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DE LA CRÉATION DU TYPE

Nous divisons ce chapitre en six paragraphes qui traitent : de la pose, — de la dissolution d'acide gallique, — du développement de l'image négative, — du fixage de l'image négative, — de la manière de renforcer un type trop faible, — et du portrait ; et nous le terminons par des observations communes à ces diverses opérations.

§ 1. De la pose.

La juste mesure du temps de pose est l'une des plus grandes difficultés de la photographie.

Par les procédés que nous allons indiquer, cette difficulté disparaît pour la photographie par glace albuminée.

On verra, en effet, que dans la production d'un

type, on peut arrêter le développement de l'image préparée par un excès de pose et continuer celui de l'image faiblement impressionnée.

On devra , malgré cela , tâcher de se tenir , autant que possible, dans les meilleures conditions, mais sans trop s'inquiéter toutefois des défectuosités que semblerait devoir occasionner le manque ou l'excès d'exposition à la lumière.

Il serait d'ailleurs très-difficile de préciser la durée de la pose que peuvent faire varier une foule de conditions, telles que l'intensité lumineuse, l'épaisseur de la couche d'albumine, la vigueur de l'objectif, la longueur de son foyer, la température, etc., etc.

Lorsqu'on opère par voie humide, c'est-à-dire en exposant la glace lorsqu'elle vient d'être lavée après la sensibilisation , il faut une minute environ, sous le soleil d'été de Paris, pour obtenir un monument, avec l'objectif normal simple de 5o cent, de foyer et un diaphragme de i cent, de diamètre.

Il ne faut pas plus de quatre ou cinq minutes en opérant dans les mêmes conditions sur la glace sèche.

M. Niepce de Saint-Victor a fait observer qu'il

était nécessaire de placer une feuille de papier blanc derrière la glace.

Il est à remarquer, en effet, que, sans cette précaution, l'opération est beaucoup plus longue et l'image aussi moins nette.

Il faut aussi veiller à ce que, pendant la pose, les rayons du soleil ne donnent pas dans l'objectif.

§ 2, De la préparation de la dissolution d'acide gallique.

Pour éviter les réductions d'argent sur le type ou cliché, pendant le développement de l'image, il est nécessaire que la dissolution d'acide gallique soit parfaitement saturée.

On met à cet effet un excès d'acide gallique dans de l'eau distillée, et, au bout de douze ou quinze jours seulement, le degré de saturation complète se reconnaît à la couleur jaune d'huile que prend la dissolution.

On doit avoir soin, dans cet intervalle, d'agiter de temps en temps le flacon.

Avant d'employer la dissolution d'acide gallique, on doit la filtrer deux ou trois fois pour lui enlever les cristaux qu'elle pourrait tenir en suspension.

Sans cette précaution, ces cristaux en se déposant produiraien t une infinité de petits points noirs sur toute la couche d'albumine , les noirs de l'image prendraient un aspect charbonneux, et le cliché tout entier perdrait la transparence qu'il doit avoir.

Lorsqu'on a une image à développer, on doit autant que possible placer préalablement dans un lieu frais la d issolution d 'acide gall ique déj à fi 1 trée , et la filtrer ensuite une dernière fois au moment de s'en servir.

On la dépouille ainsi des cristaux qu'aurait encore pu lui faire déposer l'abaissement de température occasionné par le contact de la glace.

La dissol ution d'acide gallique peut se conserver indéfiniment.

§ 3. Du développement de l'image négative.

Le développement de l'image négative est une opération délicate , et qui , pour être bien faite, exige de l'opérateur une certaine habileté.

C'est surtout dans cette opération qu'échouent les artistes et les amateurs qui font en photographie par glace tant d'expériences malheureuses; aussi ne dois-je pas craindre d'entrer à ce sujet dans des détails étendus.

Apr ès la pose, on s'enferme dans un lieu éclairé par une bougie, et, après avoir retiré la glace du châssis, on la place sur un petit support à vis calantes qui permette d'en établir l'horizontalité parfaite.

Il faut, pendant toute la série d'opérations de ce paragraphe , empêcher sur la glace l'influence trop directe de la lumière de la bougie.

Comme il faut que l'acide gallique agisse immédiatement et en même temps sur tous les points de la surface albuminée on doit, pour en faciliter la répartition régulière , couvrir d'abord cette surface d'eau distillée.

Cela fait, on enlève délicatement la glace en la tenant par deux angles opposés, et on en fait parfaitement écouler l'eau.

Alors, au lieu de la remettre sur le support, on la place sur l'extrémité des doigts de la main gauche, afin de pouvoir l'incliner à volonté dans un sens ou dans un autre, puis on y verse une quantité d'acide gallique suffisante seulement pour mouiller la couche d'albumine , et on a soin de faire qu'elle se répande le plus rapidement possible sur toute la surface, en donnant à la glace les inclinaisons nécessaires.

Quelquefois la chaleur des doigts peut préci-

piter sur les points où ils appuient le développe* ment de l'image qui cesse alors d'être régulier. Pour obvier à cet inconvénient on peut placer la glace sur un petit cadre qui sert à la tenir.

Après cette opération, on la replace sur le support horizontal , et on la laisse ainsi soumise à l'action de l'acide gallique pendant huit ou dix minutes environ.

Pendant ce temps, il faut veiller à ce que l'humidité persiste sur toutes les parties de la surface albuminée ; si sur quelque point cette surface paraissait prête à sécher, il faudrait immédiatement enlever la glace de dessus le support, et rétablir par les inclinaisons nécessaires l'égale répartition du liquide.

Au bout du temps indiqué, on reprend la glace par les angles , et on en fait bien écouler l'acide gallique que l'on remplace aussitôt et de la même manière par une dissolution de 3 ou 4 gr- de nitrate d'argent neutre dans ioo gr. d'eau distillée.

Presque instantanément l'image apparaît, et lorsque la pose a eu lieu dans les bonnes conditions elle doit être entièrement développée au bout de six ou huit minutes.

Si la pose n'avait pas été suffisante , et qu'alors

l'image ne fût pas assez accusée, on laverait la. glace en y répandant un peu d'eau et on recommencerait absolument de la même manière les deux opérations, c'est-à-dirè d'abord l'application de l'acide gallique, ensuite celle du nitrate d'argent.

On peut ainsi, par ces opérations successives, développer parfaitement l'image sur une glace qui n'aurait été que très - faiblement impressionnée.

Si, au contraire, la pose avait été trop prolongée, l'image apparaîtrait rapidement, et, sitôt qu'elle serait arrivée, au point convenable , il faudrait la laver pour en arrêter le développement, et la fixer ensuite comme nous allons le voir au paragraphe suivant.

Il arrive très- souvent que des parcelles d'argent réduit se forment à la surface du liquide pendant le développement de l'image ; elles surnagent alors et sont entraînées par le lavage, mais elles s'attacheraient fortement aux parties de la glace où on aurait, laissé sécher l'acide gallique, et où, par conséquent, il n'aurait agi qu'insuffisamment.

On aurait aussi à craindre ces réductions si la

dissolution d'acide gallique n'était pas parfaitement saturée.

Un des plus sûrs moyens de mener une épreuve à bonne fin, c'est de ne pas chercher à trop presser cette opération, d'en suivre avec attention tous les détails, et d'y apporter une grande propreté.

Pour observer les progrès du développement de l'image, on place en dessous d'elle une feuille de papier blanc qui réfléchit la clarté de la bougie tenue comme on l'a dit à une certaine distance et plus bas que le niveau du support.

On se rappellera qu'un type pour donner de Bons résultats ne doit pas être trop vigoureux, et, qu'à la lumière de la bougie on est toujours tenté de le croire trop faible; — Quoiqu'on puisse affaiblir par le fixage l'image trop accusée, il vaut mieux l'arrêter au degré convenable.

Si l'on n'avait pas le temps de fixer l'épreuve immédiatement après l'avoir lavée , il faudrait conserver la glace dans l'obscurité la plus complète, de même que si l'on ne pouvait pas développer l'image peu de temps après l'exposition à. la chambre noire : car il n'y a nul inconvénient

à laisser écouler vingt-quatre ou quarante-huit heures entre la pose et le développement.

§ 4. Du fixage de l'image négative.

On emploie pour le fixage de 1 épreuve négative une dissolution de bromure de potassium dans la proportion suivante:

Bromure de potassium 6 gr.

Eau distillée 200

Lorsque l'image a acquis un développement convenable, on la lave avec précaution en la plongeant dans une cuvette ou en répandant sur elle de l'eau filtrée ordinaire, puis on replace la glace sur le support et on la recouvre de la dissolution de bromure de potassium ci-dessus. Quinze ou vingt minutes environ, plus ou moins suivant la température, suffisent pour que l'épreuve soit parfaitement fixée, avec cette proportion de bromure.

Si cependant au bout de ce temps l'image était trop vigoureuse, il faudrait laisser continuer encore l'action du bromure qui la dégrade peu à peu.

Lorsque le dessin est arrivé au degré d'intensité convenable, on jette le liquide qui recouvre la glace, on la passe rapidement dans l'eau pour la rincer et on la laisse enfin sécher en la posant verticalement sur un de ses angles.

Si, cependant, comme cela peut arriver quelquefois , il s'était formé des boursoufflures dans la couche d'albumine , après avoir fait égoutter un instant la glace, on devrait la laisser sécher dans la position horizontale.

Quoique l'épreuve soit alors fixée et complètement terminée, il est préférable de la laisser sécher dans l'obscurité.

Une fois sèche, on n'a plus du tout à craindre de voir la couche d'albumine s'écailler , quelque temps qu'on la laisse exposée au soleil.

L'emploi du bromure de potassium conseillé par M. Niepce de Saint- Victor pour le fixage de l'épreuve négative laisse au dessin toute l'harmonie qu'il doit avoir.

Le bain d'hyposulfite de soude dont l'énergie devient nécessaire pour le fixage du négatif sur papier est tout à fait impropre au fixage du négatif sur glace dont il altère les blancs en leur donnant la limpidité et la transparence parfaite

qui sont la seule cause de la dureté du dessin.

Le bromure de potassium, au contraire, tout en fixant l'image, laisse au cliché l'opacité générale qui est nécessaire pour en obtenir de bons effets.

§ 5. De la manière de renforcer un type trop faible.

Lorsqu'on s'aperçoit qu'un type entièrement fini est trop faible, on peut le renforcer, même après qu'il a déjà été exposé aux rayons du soleil, pour reproduire des images directes.

Pour cela, il suffit de le traiter de nouveau et comme il a été indiqué au § 3, d'abord par l'acide gallique, puis par le nitrate d'argent ; seulement il faut que la dissolution de nitrate d'argent soit plus faible : — 2 gr. de nitrate d'argent pour 100 gr. sont une bonne proportion.

Il ne reste plus ensuite qu'à le laver et à le fixer comme il a été dit.

§ 6. Du portrait.

Le portrait s'obtient tout aussi facilement sur la glace albuminée que sur le papier. — Il suffit pour cela d'une simple addition aux préparations

indiquées dans les paragraphes précédents et d'opérer par voie humide.

A cet effet, il faut autant que possible sensibiliser la glace au moment même de s'en servir, et, lorsqu'elle a été parfaitement lavée, comme nous l'avons dit (§ 4> chap. Ie'), on y répand de l'acide gallique étendu d'un volume égal d'eau distillée de manière à imprégner toute la surface.

Quand la surface albuminée a été ainsi mouillée partout pendant une minute environ, on fait bien écouler tout le liquide, et on expose immédiatement la glace à la chambre-noire.

Il faut, par ce moyen-là, de quarante à soixante secondes, à un jour favorable, pour obtenir un portrait avec l'objectif normal français, à verres doubles.

L'image est développée ensuite comme il a été dit.

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