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ÉMULSION A LA GÉLATINE

Eau

Hyposulfite de soude

Prussiate rouge de potasse

50 Sr

employer une émulsion à la gélatine; on peut renforcer ces clichés en leur appliquant les divers procédés d'intensification qui précèdent.

Jusqu'à preuve contraire, nous conseillons de considérer cependant le collodion comme bien supérieur à la gélatine.

Clichés redressés.

La plupart des négatifs exécutés en vue de la Photolithographie et de la Photogravure doivent être redressés (on dit aussi retournés ou renversés), soit transposés de façon que la partie inférieure de la couche de collodion, celle qui touche le verre, paisse devenir libre et susceptible d'être appliquée directement contre la surface sensible formée de gélatine, d'albumine, de gomme bichromatée, ou de bitume de Judée.

L'emploi de pellicules, même très minces, pourrait difficilement remplacer le redressement ; il est, en effet, très difficile d'avoir des pellicules d'une épaisseur négligeable au point de pouvoir les tirer d'un côté ou de l'autre sans avoir à craindre une atteinte au bon résultat, causée par l'épaisseur du support.

Quel que soit donc le véhicule, il y a toujours lieu, pour un bon travail, de procéder au retournement du négatif. On y arrive par divers moyens qui sont les suivants :

1° Impression dans la chambre noire donnant directement un négatif redressé.

2° Procédés à l'aide desquels des négatifs directs ayant été obtenus, on les détache du support pour les retourner soit en les appliquant de l'autre côté contre une glace, soit en les transformant en clichés pelliculaires renforcés par une couche de collodion normal ou une feuille de gélatine avant l'arrachement.

3° Procédé permettant de reproduire un négatif redressé d'après un négatif direct par voie d'impression, par contact.

4° Procédé d'obtention d'un négatif redressé à la chambre noire d'après un diapositif et, en ce cas, s'il y a lieu, de dimensions plus grandes ou plus petites que celles de l'original.

5° Procédé de retournement d'un cliché pelliculaire sur papier, obtenu directement à la chambre noire, en consolidant la couche et en la séparant ensuite de son support flexible.

Nous allons passer en revue successivement ces divers moyens qu'il est bon de connaître pour recourir, suivant les cas, à celui qui pourra le mieux être utilisé.

Négatifs redressés obtenus directement dans la chambre noire. — Le plus simple de ces procédés est celui qui consiste à présenter le dos de la glace aux rayons réfléchis venant de l'objectif .

Cette méthode peut être employée avec des plaques au collodion humide ou sec. mais elle réussi!» mieux encore avec les dernières parce qu'il est plus aisé d'obtenir, sur le dos d'une plaque au collodion sec, l'absolue propreté requise.

Il est évident que les glaces (nous disons glaces. car il ne faut pas user de verres) propres à cefr usage doivent être complètement exemptes de bulles, de taches, d'éraillures et de tous défauts qui se reproduiraient inévitablement sur le cliché.

On doit naturellement tenir compte, lors de la mise au point, de l'épaisseur de la glace; une disposition particulière du châssis permet d'opérer sans avoir à songer à cette différence. La glacedépolie est renversée elle aussi et mobile ; on pose la plaque sensible dans le même châssis où elle était et de façon que le côté non sensible porte sur la feuillure contre laquelle étaient appliqués les bords ou les coins de la glace dépolie. Des ressorts, ne portant que sur les coins ou sur les bords, maintiennent la plaque sensible parfaitement au contact de la feuillure.

Dans cette méthode on a à compter avec une déperdition de lumière, due à la réflexion de la surface extérieure de la glace, et il semblerait^ d'autre part, que la finesse des traits n'égale pas celle des clichés obtenus en plaçant en avant la couche sensible.

Cette méthode est pourtant pratiquée sur une

large échelle, à l'Institut de Vienne, avec du collodion humide, et au Dépôt de la Guerre à Bruxelles, avec des plaques sèches.

Méthode du miroir et du prisme. — La méthode la plus employée, et peut-être la meilleure pour le redressement des négatifs dans la chambre noire,

FiR. 5.

a. Chambre noire. — b. Monture du miroir. — cl. Objectif, ce. Miroir.

est celle qui a pour objet remploi d'un miroir placé soit devant, soit en arrière de l'objectif, ou dans sa monture si la chose est possible. Toutefois, la position habituelle est en arrière de la lentille, ainsi que l'indique le dessin ci-dessus [fig. 5).

Comme on le voit, c'est la monture du miroir qui supporte l'objectif.

La surface du miroir doit être rigoureusement plane et argentée par la méthode employée dans l'argenture des miroirs astronomiques.

Le miroir doit être incliné à 45° et placé de telle

sorte que la ligne passant par l'axe de l'objectif vienne tomber à son centre.

Au lieu d'un miroir, on peut employer un prisme à angle droit monté d'une façon analogue.

Avec les grands objectifs que l'on emploie généralement pour la reproduction des plans, l'usage d'un prisme est presque impossible, à cause de la difficulté que Ton éprouve à trouver des morceaux de cristal de la dimension voulue exempts de défauts. Il y a, d'ailleurs, beaucoup plus de lumière perdue en usant d'un prisme qu'en employant un miroir, et l'on ne peut y recourir qu'avec des objectifs embrassant un angle de vue inférieur à 50°.

Le coût d'un prisme l'emporte aussi notablement sur celui d'un miroir et, quelle que soit la façon dont on examine la question, il semble toujours préférable d'user d'un miroir.

Quand on fait usage d'un prisme ou d'un miroir en vue du redressement du négatif, il faut placer l'image à reproduire à angle droit par rapport à la chambre noire au lieu d'adopter la disposition normale.

Quelquefois même, il est avantageux, pour les sujets de petite dimension, de placer l'original horizontalement au-dessous de l'objectif. A part cela, le travail demeure le même que pour l'obtention des négatifs directs.

Quand on a besoin d'un négatif redressé ayant des dimensions autres que celles du négatif origi-

nal, s'il doit être plus petit ou plus grand, il est indispensable de recourir à une reproduction à la •diambre noire en commençant par tirer du négatif un bon diapositif soit par contact, soit aussi à la chambre noire, soit encore par contact, sur un papier spécial au charbon préparé pour ces sortes d'impressions.

On reproduit ensuite ce diapositif à la chambre noire, à l'échelle voulue.

Négatifs redressés par voie pelliculaire. — La méthode précédente permet d'opérer sur glace et, par suite, de maintenir exactes les dimensions de la reproduction. Il n'en est pas de même dans la méthode pelliculaire qui entraîne forcément une ^certaine déformation. On peut pourtant l'employer dans tous les cas où un léger changement dans les dimensions est sans inconvénient.

11 n'est pas toujours facile de conserver les négatifs pelliculaires dans un parfait état de planité, et. dans certains pays, notamment dans l'Inde, M. le colonel Waterhouse a remarqué que les couches de collodion deviennent promptement jaunes et cassantes, tandis que, dans un climat chaud et humide, les couches de gélatine se recouvrent rapidement de points et de moisissures. Il est pourtant utile parfois de faire usage de clichés pelliculaires, surtout quand l'impression par contact exige une très forte pression.

D'ailleurs, si Ton tient à conserver le support rigide que procure une glace, il est très facile de retourner la couche de collodion, pourvu que la couche soit formée d'un collodion suffisamment résistant.

Voici une bonne méthode. Le négatif, une fois terminé et tandis qu'il est encore humide, est immergé pendant quelques minutes dans de l'eau acidulée d'acide sulfurique à 4 pour 100. Ce traitement a pour effet de détacher la couche et de lui donner en même temps de la résistance. La plaque enlevée de ce bain, on détache la couche tout autour, sur une largeur de lcm, à l'aide d'une lame très plate et très souple, après quoi on lave abondamment et l'on enlève la pellicule d'un mouvement continu pour la poser sur le revers de la glace.

Une autre glace, préalablement recouverte de gélatine à 1 pour 100 et séchée, est introduite, la gélatine en dessus, dans une cuvette pleine d'eau; le négatif y est posé dans le sens voulu, on l'amène bien à la place qu'il doit occuper en faisant glisser la pellicule sur la gélatine.

L'eau en excès est chassée vers un des bords de la glace à l'aide d'une feuille de papier buvard, pour empêcher le glissement. Le cliché est enfin séché et verni.

Redressement au caoutchouc. — Ce procédé, indiqué par Woodbury, donne aussi d'excellents ré-

sultats. En voici la description : on enduit le négatif sec et non verni d'une solution de caoutchouc dans de la benzine ayant à peu près la consistance du collodion. Quand cet enduit est sec, la plaque est recouverte d'un collodion composé de :

Éther 335 cc

Alcool 665

Huile de castor 16

Pyroxyline 16°r

On laisse sécher complètement, puis on met la plaque dans de l'eau froide pendant peu de temps jusqu'à ce que la couche se détache; quelques gouttes d'acide sulfurique, ajoutées à l'eau dans le rapport de 30§r pour 4Iil, 50, facilitent le détachement. Avec un canif bien aiguisé on coupe la couche sur les quatre côtés et on l'enlève aisément dans l'eau ; elle est alors retournée et, tandis qu'elle flotte, déposée sur une plaque propre et préalablement gélatinée. On applique sur le nouveau support en chassant l'eau avec du papier buvard et on laisse sécher; puis on vernit comme d'habitude.

Quelquefois on remplace la solution de caoutchouc par une solution de gomme additionnée d'un peu d'alun de chrome, mais la méthode précédente est préférable.

Négatifs pelliculaires avec dit collodion. Transport du cliché pelliculaire contre la couche sensible. — On peut aussi faire des négatifs pelliculaires à l'aide

de collodion; ces pellicules sont plus minces que celles qu'on obtient avec de la gélatine; mais le collodion, malheureusement, présente le désavantage de jaunir et de devenir cassant en vieillissant, ainsi qu'il a été dit plus haut.

Pour produire des négatifs pelliculaires avec la gélatine, il a été publié bien des moyens. Voici celui qu'indique Allgeyer dans son Traité de Photocollographie.

Le négatif fixé et bien lavé est recouvert d'une solution filtrée de gomme arabique à 5 pour 100, contenant quelques gouttes d'une solution d'alun de chrome, à raison de lgr pour 60cc d'eau.

La plaque est alors séchée, retouchée, s'il y a lieu, avec de la mine de plomb, la couleur noire ne pouvant être employée. Avant d'appliquer la couche de gélatine, la plaque est légèrement chauffée et placée bien horizontalement (avec un. niveau) sur un support à vis calantes.

La composition de la liqueur gélatineuse est la suivante :

Gélatine blanche 200 ^

Eau 800 cc

Alcool 200

Glycérine 30

On y ajoute quelques gouttes d'acide phénique pour empêcher la décomposition.

Avant de se servir de ce liquide, on doit le chauffer et le filtrer en évitant la formation de bulles

d'air. On le verse alors au milieu de la plaque et Ton dirige la nappe liquide, avec un triangle de papier, de façon à lui faire recouvrir la surface entière du cliché.

L'épaisseur de la couche de solution, suivant rétendue du négatif, devra varier de lmm à lmm, 5. Pour éviter qu'il n'y ait écoulement du liquide hors de la plaque, on en enduit les bords avec un peu de suif.

Quand la couche s'est figée, la plaque est mise à sécher dans un milieu aéré mais exempt de poussières, et, quand elle est sèche, elle est recouverte d'une mince couche de collodion normal ou vernie. Avant d'arracher la couche, on place la glace dans un endroit humide pendant une heure •environ, afin d'assouplir la pellicule et d'éviter •qu'elle ne se brise.

Quand on fait des négatifs destinés à être retournés, il faut éviter d'user de plaques enduites d'un substratum ; il ne faut pas non plus vernir les clichés.

Les clichés pelliculaires doivent être conservés bien à plat entre des feuiiles de papier, quand on ne s'en sert pas.

Les anciens clichés vernis peuvent quelquefois être retournés par un des procédés qui viennent d'être décrits, pourvu qu'on ait enlevé le vernis à l'aide d'un dissolvant convenable; mais il y a toujours à courir le risque de détériorer le né-

gatif. Aussi vaut-il mieux alors recourir à une des méthodes d'obtention de contretypes qui vont être indiquées plus loin.

Quand le cliché doit servir à une impression directe sur une plaque de métal ou sur une pierre lithographique dont les surfaces, en dépit de tous les soins, présentent souvent des parties creuses, ce qui rend difficile l'obtention, avec un cliché sur glace, de résultats ayant une acuité suffisante, il est bon de pouvoir transporter le cliché pelliculaire contre la surface sensible elle-même, qu'elle soit formée de bitume de Judée ou de gélatine bichromatée. Par ce moyen, le contact est des plus intimes et la netteté obtenue aussi parfaite que possible ; mais généralement, en pareil cas, le négatif ne peut servir qu'une fois et, au cas d'un insuccès, il doit être exécuté de nouveau.

Pour les plaques de cuivre ou de zinc enduites de bitume, voici une des méthodes en usage :

Le négatif est d'abord immergé dans un bain composé de :

Acide sulfurique 3CC

Acide acétique cristallisable 3gr

Eau 1000"

On l'y laisse peu de temps, jusqu'à ce que la pellicule se détache; on le lave ensuite. La pellicule est alors détachée de la plaque dans une cuvette pleine d'eau et posée retournée, sur une autre glace.

Pour lui donner de l'intensité, la plaque est noircie avec du bichlorure de platine ; on l'immerge dans un bain contenant 1 partie de la solution de

pour 32 parties d'eau distillée.

Quand elle a noirci suffisamment, on la soulève avec précaution, on la lave à l'eau et on l'introduit dans une grande cuvette contenant environ un demi-litre de la solution

Glycérine 200 cc

Eau 800

La plaque de cuivre ou de zinc enduite de bitume est aussi introduite dans la solution de glycérine, et la pellicule détachée est transportée sur cette plaque avec précaution et retenue sur un des bords avec une étroite règle de plomb. La pellicule est tendue, à l'aide d'un pinceau doux, jusqu'à ce qu'elle ne présente plus de plis et qu'elle soit débarrassée de toute bulle d'air. On place alors la plaque inclinée, de façon à laisser écouler la solution. Si la pellicule ne paraît pas adhérer assez solidement, on en maintient les bords avec des bandes de papier gommé.

Pour le transport des pellicules négatives contre une couche de gélatine bichrornatée, il faut d'abord cirer la surface de la gélatine avec une solu-

Bichlorure de platine Eau distillée

8sp

tion de cire dans de la (benzine, puis on opère le transport dans un bain d'alcool, en faisant adhérer avec une racle souple, ainsi qu'on le fait d'habitude.

Les négatifs au gélatinobromure peuvent s'enlever aisément par un des moyens sus-indiqués, à la condition de faire usage de plaques talquées avant d'être recouvertes de l'émulsion.

Quand le négatif est sec, on le recouvre d'une couche de collodion normal, puis, quand ce dernier enduit est sec, d'une feuille de gélatine bien distendue dans l'eau. Le liquide en excès est enlevé, on rogne les bords si la feuille de gélatine a des dimensions qui excèdent celles de la glace, et enfin on laisse sécher.

Il suffit, après complète dessiccation, d'entailler tout autour les bords avec la pointe d'un canif et on arrache la pellicule sans aucune difficulté.

Redressement à l'aide de papier sensible à couche réversible. — Le redressement ne présente aucune difficulté quand on fait usage de papiers ou de pellicules à couche réversible. Le papier Eastman, par exemple, est dans ce cas. M. Balagny a fait exécuter des papiers à pellicule réversible excellents.

Dans certains cas il suffit de laisser sécher le négatif, une fois terminé, pour le séparer aisément de son support ; les papiers Eastman (Stripping film)

nécessitent la translation sur une glace ou sur un autre support. L'emploi de l'eau chaude est nécessaire pour dissoudre la gélatine qui sert à faire adhérer la pellicule contre le premier support.

Négatifs redressés par contact ou contretypes. — Un autre moyen d'obtenir un négatif redressé, d'après un négatif direct, consiste dans l'emploi du procédé dit à la poudre : une glace est recouverte d'un enduit hygroscopique composé de gomme, sucre et de bichromate de potasse ; on laisse parfaitement sécher et, après exposition à la lumière pendant le temps convenable, on promène à la surface de l'enduit, resté hygroscopique dans les seuls endroits non atteints par la lumière, de la plombagine finement broyée. Cette poudre s'attache aux parties poisseuses et finalement on a un autre négatif, mais dans le sens inverse du premier.

Parmi les nombreuses formules de mixtion hygroscopique, nous voyons recommander la suivante, due à M. Geymet :

Gomme arabique 40 gr

Glucose 80

Sucre 16

Solution saturée de bichromate de potasse 100 ~

Solution saturée de bichromate d'ammoniaque 100

Eau 800

Filtrer avec soin.

Après le développement, on abandonne la plaque pendant quelques heures, pour laisser la plombagine s'attacher fortement à la couche ; puis on l'expose, par le dos, à l'action de la lumière qui durcit l'enduit. On lave enfin à l'eau pour enlever le bichromate libre et l'on vernit.

On peut encore obtenir des négatifs redressés à l'aide de l'impression par contact contre une glace enduite de collodiobromure sec. Après l'exposition à la lumière dans le châssis-presse, la plaque est développée comme d'habitude à l'acide pyrogallique, ce développement étant poussé jusqu'au moment où le dépôt d'argent apparaît dans la partie inférieure de la couche de collodion. La plaque est alors lavée à l'eau et recouverte d'un mélange en parties égales d'eau et d'acide nitrique, qui dissout l'argent réduit des parties atteintes par la lumière, laissant une image négative formée par le bromure d'argent dans les parties non impressionnées.

La plaque est alors bien lavée, puis passée dans une eau ammoniacale pour neutraliser toute trace d'acide. On lave de nouveau à l'eau pure et la plaque, exposée à la lumière, est développée comme la première fois, et l'on a alors un cliché négatif. Si son intensité laisse à désirer, on renforce par un des procédés qui ont été décrits plus haut pour les clichés sur collodion humide.

M. Bolas a décrit (Photographie news, 1880,

t. XXIV ) un procédé de redressement des négatifs par voie d'impression par contact qui mérite d'être recommandé; il est applicable aux plaques à la gélatine.

Une plaque au gélatinobromure est plongée pendant quelques minutes dans une solution de bichromate de potasse à 4 pour 100, après quoi •elle est rincée dans un mélange en parties égales •d'alcool et d'eau ; au sortir de ce bain, on la pose sur le dos et le liquide en excès est enlevé avec du papier buvard bien propre; on met ensuite la plaque à sécher dans une pièce chauffée. Après dessiccation, la plaque est exposée à la lumière sous le négatif à redresser ; on pose comme s'il s'agissait d'imprimer une épreuve par le procédé au charbon. Après l'exposition, on voit, à la surface de la plaque, une délicate image positive. La plaque est •d'abord lavée à plusieurs eaux pour enlever le bichromate de potasse en excès, puis elle est développée avec un révélateur convenable; on use de préférence de l'acide pyrogallique et de l'ammoniaque.

Sous l'action du révélateur, l'aspect de l'image se modifie rapidement, les parties claires devenant noires et opaques, tandis que les parties d'abord teintées par l'action de la lumière deviennent plus claires.

Le capitaine Biny a publié un procédé semblable en 1882.

Cette méthode, étudiée avec soin parM.Balagny, a été reprise par lui en 1889 et, pratiquée comme il l'indique, elle donne d'excellents résultats.

Il convient seulement, pour la mettre en pratique dans les meilleures conditions, de faire usage de pellicules ou plaques souples. Le contact est de la sorte aussi intime que possible entre le clichéoriginal et la couche sensible destinée à fournir lecontretype.

Voici d'ailleurs la méthode complète décrite par % M. Balagny lui-même (*) :

Pour faire des contretypes, on peut employer avec succès toute espèce de préparation sensible au bromure d'argent, par conséquent des glaces, des papiers Eastman à report ou adhérents, des papiers pelliculaires de la maison Lumière, enfin nos plaques souples. C'est sur cesdernières que nous avons fait toutes nos expériences. Il est évident que l'emploi de couches sensibles souples est bien préférable à celui des glaces; car les glaces du commerce ne sont pas à proprement parler des glaces : ce sont des verres plus ou moins plans, et quand on les mettra dans les châssis face à face avec le cliché à copier,, il arrivera fréquemment des accidents : Tun des deux verres cassera, et ce sera quelquefois le cliché. Donc nous recommandons l'emploi des papiers ou des pellicules^ quelles qu'elles soient d'ailleurs.

On fait une solution de bichromate de potasse à raison de 3 pour 100, soit 30=r par litre d'eau. On filtre cette solution dans une cuvette. L'opération du bichromatage est des plus importantes, puisque c'est d'elle que dépend tout le succès du contretype. Nous sommes ici en présence

(1 ) Moniteur de la Photographie, année 1889, p. 90-174.

d'une couche de gélatine qui contient sans doute du bromure d'argent, mais enfin c'est toujours de la gélatine. Nous appliquerons donc les principes du procédé au charbon. Ainsi, nous ne nous servirons pas de vieux bain de bichromate, nous le renouvellerons fréquemment, et chaque fois si nous mettons un certain laps de temps entre deux opérations consécutives.

Le bichromatage pourra se faire soit à la lumière ordinaire, soit à la lumière artificielle. La lumière diffuse, près d'une fenêtre, réussit bien; la lumière du gaz ou de la bougie donne aussi de bons résultats. Il résulte de là que l'on pourra employer pour les contretypes des plaques qui auraient été voilées pour une cause ou pour une autre, même des plaques qui auraient été déjà exposées à la lumière dans la chambre noire et que Ton n'aurait pas développées. Nous pouvons le dire, tout est bon; nos expériences sur ce point, plus de vingt fois renouvelées, sont absolument concordantes.

On trempera la plaque souple en entier dans le liquide et on l'y maintiendra avec un pinceau jusqu'à ce qu'elle y reste bien plane, ce qui arrivera au bout de quelques secondes. La plaque restera dans le bichromate environ cinq minutes. On fera bien de mettre à la fois dans la cuvette deux plaques de même dimension et de les y laisser ensemble pendant le même temps.

Au bout des cinq minutes, on retirera les deux plaques du bain de bichromate et on les placera toutes deux Tune à côté de l'autre sur une glace épaisse préalablement mouillée avec une éponge. On sarrangera de façon à mettre la couche de gélatine bichromatée directement sur la glace, de telle sorte que l'on aura devant soi le verso des deux plaques.

Alors, avec une éponge, on enlèvera soigneusement tout le bichromate en excès. Cette opération n'a besoin de se faire que sur l'envers des plaques. Il est donc inutile de les retourner pour éponger l'endroit. On rincera son éponge, et l'on recommencera l'opération, toujours sur le dos des plaques, avec de l'eau propre, de sorte que Ton n'aperçoive plus de bichromate.

Gela fait, on prendra l'une des deux plaques, on la retournera et on rappliquera dos à dos sur sa voisine, de manière que le contact soit complet et que l'une, autant •que possible, ne dépasse pas l'autre.

Dans une cuvette d'eau froide mise à côté de lui, l'opérateur aura eu soin de plonger une feuille de papier dioptrique ou parcheminé. Il l'en retirera et, après l'avoir laissée égoutter un instant, il la placera sur la plaque de dessus afin de la protéger, puis, avec un rouleau de pâte, il essorera vigoureusement les deux plaques bichromatées afin d'en extraire tout le bichromate de potasse en excès.

Il enlèvera ensuite le papier dioptrique, le remettra dans la cuvette et, saisissant les deux plaques à la fois par un angle, il les piquera ainsi toutes deux maintenues ensemble ■dos à dos contre une tablette du laboratoire ou contre un liteau de bois.

Le nettoyage du dos des plaques avec l'éponge, que nous venons de prescrire, a pour but d'empêcher un peu du bichromate de rester emprisonné entre les plaques pendant la dessiccation. Ce bichromate continuerait localement son action et, au développement, on aurait des parties plus intenses que d'autres, ce qui amènerait infailliblement des taches.

L'essorage a pour but d'empêcher, d'une part, la cristallisation du bichromate dans le sein de la couche pendant la dessiccation et, en outre, d'accélérer cette dernière.

Si l'on se sert de glaces pour faire le contretype, on fera bien de se procurer de vraies glaces, que l'on fera préparer avec du gélatinobromure d'argent. On les bichromatera comme nous venons de le dire, mais on ajoutera au bichromate une certaine quantité d'alcool à 40°. Ainsi, dans 1000rc d'eau, on fera fondre 30srde bichromate et l'on y ajoutera 30cc d'alcool à 40°, ceci ayant pour but d'éviter la cristallisation du bichromate, que l'on ne peut empêcher par l'opération de l'essorage.

La dessiccation des plaques doit avoir lieu dans une obscurité absolue. Une nuit suffira.

Quand les plaques seront bien sèches, on les mettra les unes sur les autres et on les gardera bien à plat enfermées dans une boîte ou dans un carton.

Lorsque, ensuite, on voudra faire un contretype, on mettra dans un châssis-presse le cliché à copier et Ton agira avec la plaque bichromatée absolument comme on ferait avec une feuille de papier albuminé.

On suivra la venue de l'image en regardant de temps en temps, mais à la lumière diffuse et non pas dans un endroit trop éclairé. En tout cas, cette opération n'est pas absolument nécessaire pour les clichés ordinaires : dix ou quinze minutes d'exposition suffisent généralement. Il faudrait qu'un cliché fût bien opaque pour qu'il fût nécessaire de le laisser plus longtemps à la lumière. Mais le cas peut se présenter. On prendra alors ses précautions.

De même que le chargement, le déchargement de la plaque bichromatée devra se faire à la lumière rouge ou jaune.

On la plongera alors de suite dans une cuvette pleine

eau froide et l'on renouvellera cette eau fréquemment pour faire disparaître aussi absolument que possible tout le bichromate de la plaque. En général, un quart d'heure de lavages réitérés ou d'eau courante est bien suffisant pour obtenir ce résultat.

On a préparé pendant ce temps-là un bain vieux, très vieux même, d'hydroquinone et on l'a versé dans une cuvette en verre. Nous appelons un bain très vieux d'hydroquinone un bain qui ne développerait que très lentement un positif par transparence fait avec trois secondes de pose sur une glace marque bleue ou sur une plaque souple delà maison Lumière. Un tel bain développera à merveille le contretype. Du reste, on peut employer quel révélateur que ce soit, car cette question est tout à fait secondaire, attendu que dans le développement des contretypes les blancs se conservent toujours.

Nous avons dit que la plaque bichromatée devait être entièrement débarrassée de son bichromate, et que cette opération devait être faite pendant tout le temps à la lumière rouge ou tout au plus à la lumière jaune. On reti-

rera alors la plaque des eaux de lavage et on la plongera dans le révélateur, contenu lui-même dans une cuvette de verre. A ce moment précis, on fera intervenir la lumière blanche du jour, par exemple en ouvrant un volet placé devant l'opérateur, et Ton suivra le développement comme l'on fait pour les négatifs ordinaires.

L'image, qui était très visible sur la couche de bromure, le plus souvent s'effacera presque entièrement. Peu* après, les blancs se teinteront d'abord en rose, puis en violet, et, de positive qu'elle était au moment où on l'a mise dans le révélateur, l'image deviendra négative. Il y aura retournement, puis, une fois mises à leur place, les teintes et les demi-teintes se montreront insensiblement^ et, au bout de quelques minutes, on aura un négatif complet, copie du négatif original.

Mais on remarquera que le contretype se trouvera retourné, c'est-à-dire dans le sens de l'image positive. Or c'est ainsi que doivent être les négatifs pour être employés pour la Photocollographie. 11 y a donc là une application des plus sérieuses et qui est appelée à rendre lesplus grands services aux impressions aux encres grasses.

Maintenant, quelle est la théorie de ce retournement d'image? Quelques personnes bien pensantes ne voient pas là, comme nous, un retournement, mais uniquement une conséquence de l'insolubilisation. En effet, disentelles, partout où la lumière a agi à travers le négatif, la gélatine bichromatée teintée en noir a été insolubilisée;, elle n'a donc pas pu s'imprégner de révélateur et, par conséquent, le développement ne s'est pas produit danstoutes ces parties touchées par la lumière. Le fixateur,, agissant ensuite sur le bromure d'argent, a détruit celuici, et les noirs sont devenus des blancs. Au contraire, pour toutes les parties non touchées par la lumière, l'insolubilisation ne s'est pas produite, le révélateur a pu pénétrer la couche et le développement a pu se réaliser à la faveur de la lumière blanche qui est intervenue pendant l'opération. De sorte que les blancs sont devenusdes noirs.

Pour notre compte, ce raisonnement ne nous touche

pas, car nous ne comprenons pas pourquoi les parties de la plaque qui ont été impressionnées par la lumière ne se laissent pas pénétrer par le révélateur et pourtant ne résistent pas ensuite au bain fixateur pour former des blancs. Nous admettrons donc, sans aucun doute, l'insolubilisation, mais nous verrons aussi et en même temps un retournement d'image, de sorte que, pour nous, l'insolubilisation favorise le développement de l'image retournée : voilà pourquoi aussi nous disions plus haut que, dans le développement des contretypes, les blancs se conservaient toujours (').

Une fois le développement achevé, on rince dans une cuve d'eau et Ton fixe dans un bain de cyanure de potassium à raison de 3 pour 100, soit 30°r de cyanure pour d'eau.

Ce produit a l'inconvénient d'être dangereux; aussi nous étions-nous servi d'abord de Thyposulfite pour fixer nos contretypes. Mais nous avons bien vite remarqué que ce mode de fixage amenait souvent des soulèvements dans les blancs, soulèvements qui finissaient par former des pochettes et qui se remplissaient de liquide. A la dessiccation, ces pochettes avaient de la peine à se vider et il restait toujours un point central jaune qui formait une tache.

Nous avons bien employé l'insolation par le dos comme remède à cet état de choses; mais, les soulèvements s'éfcant produits de nouveau, c'est le cyanure de potassium que nous avons choisi définitivement pour fixer les contretypes.

On met la solution dans une cuvette en verre et l'on immerge en entier la plaque couche en dessus. Le fixage se fait vite dans un bain neuf. On fera donc bien de le renouveler souvent.

Si le contretype est trop intense, on n'aura qu'à le retourner dans le bain de cyanure face en dessous, et on

(1) Il y a lieu de ne pas trop insister sur cette hypothèse qui pourrait donner matière à discussion. . L. V.

le verra descendr i graduellement, mais lentement. On peut donc obtenir de cette façon des contretypes de la valeur désirée. Mais, dans cette dernière opération, on évitera avec le plus .*rand soin les bulles d'air qui pourraient s'emprisonner entre le bain de cyanure et la couche de gélatine que Ton baisse d'intensité; car si on laissait les choses en cet état pendant un certain temps dans la cuvette, une fois la plaque retirée du cyanure, on s'apercevrait que partout où il y a eu des bulles d'air l'image est complètement disparue. 11 y a là encore un phénomène qui, jusqu'ici, nous a paru inexplicable.

Après le fixage, il faudra laver bien complètement et terminer en traitant les contretypes sur plaques souples comme nous faisons traiter aujourd'hui toutes nos plaques souples, opération bien simplifiée, comme on va le voir, et que nous croyons utile de reproduire en entier

Telles qu'elles sont fabriquées aujourd'hui, les plaques souples sortant de l'eau après avoir été bien alunées peuvent sécher spontanément, piquées contre une planchette en bois. Elles sécheront comme une glace et bien plus vite encore. Dans ces conditions, elles donneront au tirage une excellente épreuve. Mais leur manipulation sera rendue un peu moins aisée, parce qu'elles chercheront à s'enrouler, la gélatine sèche entraînant le support.

En pratique donc, et pour remédier à cet inconvénient, nous prescrivons d'aluner les clichés ordinaires, mais seulement après qu'ils ont été fixés et en évitant de mettre Falun dans la solution d'hyposulfite. Après l'alunage, on lave les plaques souples dans cinq ou six eaux différentes, puis enfin dans une dernière eau à laquelle on a pris la précaution d'ajouter 5 pour 100 de glycérine. Ainsi dans 1000°° d'eau on met 50cc de glycérine, on mêle bien le tout; on met ce bain dans une cuvette et l'on y plonge les clichés tous ensemble les uns sur les autres pour les y laisser tremper au moins deux heures. On peut le-s y laisser beaucoup plus longtemps, si l'on n'a pas le temps de s'en occuper, sans le moindre inconvénient. .

Quel est l'effet de ce bain? C'est de faire absorber par

la couche de gélatine de chaque cliché juste la quantité nécessaire de glycérine pour donner un cliché sec et bien plat, mais pas assez encore pour que le cliché ne puisse pas sécher d'une manière bien complète. Pour que cette absorption de glycérine se fasse bien, il est donc nécessaire de changer de temps en temps les clichés de place dans la cuvette.

Ensuite, on retire d'abord un cliché que l'on met couche en dessous sur une glace épaisse, puis un second que Ton place sur le premier bien exactement, de façon que la couche du second soit en dessus. Par ce moyen les deux clichés, au lieu d'être face à face, se trouveront dos à dos sur la glace. On les recouvrira d'une feuille de caoutchouc rentoilé ou simplement d'une feuille de papier dioptrique trempée préalablement dans l'eau, puis on passera sur le tout, à plusieurs reprises, le rouleau de pâte, de manière à procéder à un essorage complet qui enlèvera du coup tout excès de glycérine.

On retirera ensuite le papier et, saisissant alors les deux clichés par deux angles, en les maintenant toujours collés l'un contre l'autre dos à dos, on les piquera ainsi contre une planchette en bois du laboratoire. Le séchage des plaques souples se fait ainsi sans la moindre peine : plus de buvard, plus d'alcool dans la glycérine, et pour résultat un cliché pelliculaire parfaitement lisse et en tout identiquement semblable à une glace : nous n'hésitons pas à dire plus beau même qu'une glace.

On traitera donc les contretypes de la même façon que les plaques souples non bichromatées, mais on supprimera Talunage qui est rendu inutile par l'action si puissante du bichromate.

Les contretypes, comme les clichés ordinaires, sont mis, pour finir, dans une main de buvard épais qui achève la dessiccation, si cela est nécessaire, et dont le poids suffit pour donner la planité définitive.

Les opérations diverses conduisant à la formation d'un contretype par voie de contact sur

plaque ou pellicule à la gélatine bichromatée sont résumées ci-après :

1° Bichromater toute espèce de surface sensible au gélatinobromure, pendant cinq minutes; bains de bichromate à 3 pour 100, employer préférablement les procédés pelliculaires, plaques souples ou autres, qui s'appliquent mieux dans les châssis sur les clichés.

2° Essorer ces plaques avec la raclette en caoutchouc, couche contre la glace. Laver le dos des plaques avec une éponge à l'eau pure.

3° Piquer à une tablette ; laisser sécher à l'obscurité.

4° Charger les châssis, comme on ferait avec du papier albuminé.

5° Poser de cinq minutes au soleil à une demiheure ou une heure si le temps est très sombre.

6° Décharger le châssis, plonger dans Peau la plaque souple, et changer Peau jusqu'à ce que le bichromate ait complètement disparu.

Les opérations ci-dessus, sauf la cinquième, doivent se faire absolument à la lumière rouge.

7° Retirer la plaque souple de Peau et la mettre au fond d'une cuvette en verre, couche en dessus.

8° Noircir les blancs en leur faisant voir la lumière d'un bec de gaz à 30cm pendant une demiminute.

9° Plonger la plaque souple dans le révélateur préparé d'avance, bain de fer vieux, d'hydroqui-

none vieux, ou développant lentement. Cependant le développement devra être terminé en dix minutes.

10° Rincer à l'eau et passer dans un bain d'acide citrique à 4 pour 100 deux minutes.

11° Rincer et bien enlever l'acide citrique.

12° Finir au cyanure à 5 pour 100 ou à l'hyposulfite à 20 pour 100 (bains neufs) ; rincer et faire sécher, en piquant à une tablette.

En suivant pas à pas ces indications parfaitement claires, on ne peut manquer d'arriver à un excellent résultat, tel que la différence entre le négatif original et le contretype est inappréciable.

Nous avons insisté sur ce procédé parce qu'il nous paraît appelé à rendre de grands services et à remplacer la plupart des autres moyens de redressement (1).

M. Bordet, dans une intéressante communication par lui faite le 7 février 1890, à la Société française de Photographie, est d'avis que toute la théorie de ces contretypes repose sur un fait purement physique, ainsi que l'a d'ailleurs pensé et dit M. le capitaine Biny. Les expériences de M. Bordet paraissent concluantes.

Il a eu recours, pour démontrer les faits explicatifs de la théorie qu'il croit être la vraie, à un

( 1 ) On trouve d'ailleurs, dans l'excellent T raité de Photographiepar les procédés pelliculaires de M. Bilagny (Paris, Gauthier-Villars et fils), de nombreux et très utiles renseignements sur les papiers pelliculaires et les applications des procédés pelliculaires aux contretypes et transparents.

procédé analogue à celui décrit par MM. Cros et Garpentier le 3 mars 1882 et qui a reçu le nom d'impression par voie dïmbibition. Ce phénomène a servi de base à l'hydrotypie (*), c'est du reste l'effet qui se produit quand on développe des épreuves sur albumine à l'eau colorée. La couleur se fixe dans les parties insolubles mais pourtant perméables au liquide coloré.

Nous laissons de côté, à dessein, les procédés servant à faire des clichés positifs. Nous aurons à nous en occuper quand nous en serons aux méthodes de Photogravure qui requièrent l'emploi de semblables clichés.

Les procédés orthochromatiques n'ayant qu'une utilité relative pour les reproductions de sujets au trait, nous en renverrons l'étude au moment où nous aurons à nous occuper des reproductions propres aux transformations des clichés en vue de la Phototypographie, et aux diverses méthodes de Photocollographie et de Photogravure donnant des épreuves à modelés continus.

CONSEILS DE M. JAFFÉ RELATIFS A L EXÉCUTION D UN NÉGATIF PROPRE A LA PHOTOLITHOGRAPHIE.

Pour terminer ce Chapitre, nous reproduisons, d'après le Photographie news de 1888, les conseils

i1) Moniteur de la Photograpliie, 1881. p. 07. L. V,

donnés par M. Jaffé, un des praticiens les plus compétents dans la matière, pour la bonne exécution d'un négatif propre à la Photolithographie ou à l'impression, qui nous occupera dans le Volume suivant, des surfaces à graver.

1° Nature de V original. — Quand les dessins à l'encre et à la plume sont exécutés tout exprès pour être reproduits photographiquement, on doit s'attacher à ce que les moindres lignes soient d'un noir très intense, et il est préférable d'ajouter à l'encre de Chine un peu de couleur sépia.

Les dessins à demi-teintes destinés à être reproduits photographiquement, avec lignes en grain, ne doivent pas être caractérisés par trop de délicatesse ou de douceur: ils doivent, au contraire, présenter des contrastes puissants, nettement indiqués* L'encre de Chine seule, sans mélange avec de la sépia, est, en ce cas, la couleur qui convient le mieux.

2° Éclairage de V original. — Pour les reproductions de dessins à l'encre ou d'impressions pour la Photolithographie, il est de première importance que le sujet soit éclairé aussi également que possible. La chose n'est pas difficile quand il s'agit de surfaces peu étendues ; mais la difficulté s'accroît avec la dimension des sujets, et l'on doit s'occuper avec soin d'uniformiser l'éclairage;

Une disposition convenable consiste dans un atelier installé nord et sud, le sujet faisant face au nord et recevant une lumière venant de haut.

Il y a lieu, d'autre part, cle détruire les ombres portées par le grain du papier, à l'aide de miroirs qui réfléchissent sur l'original les rayons lumineux venant d'en haut et d'en bas, et en promenant sur le dessin un écran blanc translucide.

3° Choix de l'objectif. — Tout système d'objectif double à deux paires cle lentilles peut être employé, pourvu que l'objectif soit exempt d'aberration sphérique; que l'éclairage sur toute la surface cle la plaque soit égal; qu'il soit capable do travailler avec de petits diaphragmes sans astigmatisme (perte de finesse sur les bords), et de telle sorte que la reproduction soit fine clans les coins extrêmes.

Je ne puis m'empêcher de reconnaître, dit M. Jaffé, qu'après plusieurs années d'expérience, j'ai obtenu les meilleurs résultats avec l'objectif aplanétique de Steinheil. Pour les grandes dimensions surtout, j'ai trouvé que l'aplanétique grand-angulaire de Steinheil pour reproduction était l'objectif qui convenait le mieux.

4° Exposition. — ■ Nous entendons souvent recommander par des photographes qui manquent d'expérience dans la pratique des reproductions de sujets au trait, de poser peu, cle façon à conserver les noirs aussi clairs que possible. Cette façon

de procéder n'est pourtant pas correcte, parce que, avec une exposition trop courte, les lignes et les points du négatif viennent trop larges. Ce défaut n'est pas trop choquant quand il s'agit de dessins techniques noirs; mais il l'est bien davantage pour les dessins artistiques dans lesquels il y a des effets d'ombre et de lumière.

Naturellement, avec une pose courte, il n'y a pas à craindre que des lignes ou des points du négatif soient couverts ou perdus, surtout dans les reproductions très réduites, ou quand on reproduit des gravures et des dessins présentant des parties faibles. Il faut se garder surtout de trop renforcer un pareil négatif, pour éviter que le précipité ne bouche les endroits faibles, de telle sorte que la reproduction présente des espaces où les lignes seront soit interrompues, soit supprimées. Le grand renforcement, destiné à compléter l'opacité, opération recommandée dans un grand nombre d'Ouvrages pratiques, et qui, théoriquement, semblerait correcte, n'est vraiment praticable que dans des cas très rares, et il n'est certainement pas nécessaire, car le clemi-ton qui résulte de l'opacité incomplète du négatif est enlevé par le rouleau lors du développement, pourvu que le papier à transport soit dans de bonnes conditions et n'ait pas été impressionné plus tard que vingt-quatre heures après la sensibilisation.

5° Opération. — En dépit des avantages que présente le procédé de l'émulsion à la gélatine, il ne saurait lutter encore avec le procédé au collodion quand il s'agit d'exécuter des négatifs pour des impressions photolithographiques ou photomécaniques. Les plaques à la gélatine, en général, ne donnentpas une netteté, une finesse assez grandes, et bien qu'on doive reconnaître que l'émulsion. grâce à une préparation spéciale et un traitement convenable, puisse fournir des négatifs très nets, elle n'est pas encore égale en acuité à celle que donne le collodion.

En voici une formule :

Collodion ordinaire à 2 pour 100 900 RP

Alcool 100

Chlorure de calcium 1 ,6

Bromure de cadmium 7,8

Iodure d'ammonium 4 ,7

Cette proportion d'iodure est suffisante en général. Quand on a à reproduire des dessins dans lesquels il y a de larges espaces en blanc, il est opportun d'ajouter un peu plus de la solution iodurée ; on peut même le faire dans le rapport d'un tiers en plus. Au cas où le collodion ne donne pas un résultat complètement clair, on doit ajouter quelques gouttes d'une solution alcoolique d'iode

Pour obtenir une couche aussi égale que possible, le collodion est versé sur la plaque, d'où on le fait égoutter d'abord par le coin du côté droit

le plus éloigné; après quoi, la plaque est maintenue horizontalement pendant un petit moment ; le collodion est alors ramené dans le sens contraire, puis la plaque est redressée. On l'incline de nouveau vers le coin droit inférieur; finalement, elle est saisie par [le coin gauche inférieur et agité aussi rapidement que possible, suivant un arc assez étendu.

Dans le but d'obtenir une égalité de la couche encore plus complète, la plaque est collodionnée une seconde fois. Avant de passer la deuxième couche, le collodion doit être entièrement figé; le collodion, pour ce deuxième enduit, doit être plus mince, le collodion ordinaire étant à 1 \ pour 100.

Bain d'argent. — A 1000cc d'eau, ajoutez 80?r de nitrate d'argent, et une quantité d'acide nitrique suffisante pour rougir légèrement le papier bleu de tournesol. Quand le bain est trop acide, la couche de collodion est apte à se détacher, et il est difficile d'obtenir un dépôt suffisamment dense dans la formation de l'image.

Développement.

Eau 1000-

Acide sulfurique 12 gouttes.

Protosulfate de fer.. . , 40 gr

Alcool à 90° 25

Durant le développement, la plaque doit être

légèrement et continuellement agitée, de telle sorte que la solution en parcoure toute la surface, d'une extrémité à l'autre, sans quoi l'on n'aurait pas une image également venue.

Fixage. — Solution de cyanure de potassium ou d'hyposulfite de soucie. Après le fixage, la plaque doit être complètement lavée.

Renforçage.

A. Solution saturée à froid de bichlorure de mercure.

B. Solution saturée à froid d'iodure de potassium.

La solution B est ajoutée graduellement et en agitant continuellement, à la solution A, jusqu'à ce que le précipité rouge, formé d'abord, soit redissous. Le mélange se présente alors avec une couleur faiblement jaunâtre. On doit l'étendre d'eau, suivant qu'il est nécessaire, et elle sert maintes fois. S'il se produit un léger trouble, cela prouve que le négatif n'a pas été bien lavé avant le fixage,

Si, après le fixage, le négatif paraît avoir une inégale intensité, plusieurs parties étant plus iaibles que d'autres, on peut remédier à ce défaut par une manipulation adroite dans le renforçage. Les endroits moins intenses s'impriment plus rapidement, et, par suite, les lignes et points viennent plus larges que dans d'autres parties du cliché plus intenses.

Noircissement. — Si l'intensité paraît déjà être suffisante, et l'on sait qu'elle s'accroîtra une fois la couche sèche, il suffit de verser sur cette couche de l'ammoniaque diluée; si cependant le négatif exige plus d'intensité, on le couvre d'une solution contenant une partie de sulfhydrate d'ammoniaque pour quatre parties d'eau. Dans les deux cas, on doit veiller à ce que le noircissement s'effectue à travers toute l'épaisseur de la couche; on s'en assure en examinant l'épreuve par le dos de la plaque .

La solution de sulfhydrate d'ammoniaque doit être conservée dans des flacons bien bouchés, et l'on ne doit pas en faire usage au delà du moment où elle a perdu sa couleur légèrement jaunâtre. 11 est bon, pour l'usage courant, d'en -mélanger une petite quantité avec la proportion d'eau indiquée. Après le traitement au sulfhydrate, la plaque est recouverte d'un fort voile vert; on le fait disparaître avec une solution très diluée d'acide chlorhydrique, quelques gouttes dans 100cc d'eau.

Si l'intensité est encore insuffisante, le même traitement doit être recommencé.

Après que le négatif a été entièrement lavé, il est recouvert d'une solution de gomme arabique ii 12 pour 100. Il n'est pas nécessaire de vernir. Si pourtant on tenait à vernir, il ne faudrait pas oublier que l'intensité, gagnée par la dessiccation, se trouverait de nouveau perdue par le vernissage . Ce dernier effet peut être évité en passant sur la

couche, avant de vernir, au lieu de gomme, une solution de gélatine à 10 pour 100.

On conseille de ne pas laisser sécher le négatif pour le mouiller de nouveau lors de l'application de la solution renforçante; le résultat ne serait pas aussi bon et il peut se produire un voile. Si l'on n'a pas le temps de procéder immédiatement au renforcage, le négatif doit être placé dans une cuvette et recouvert d'eau jusqu'à ce que Ton puisse le renforcer.

Réduction de V intensité . — Si le négatif, après avoir été intensifié au mercure et au sulfhydrate d'ammoniaque, paraît être trop intense, on peut réduire son intensité par une forte solution de cyanure de potassium. Avec un original très foncé, ayant de très petites parties blanches, il peut même arriver que le négatif ait tout d'abord une trop grande intensité. On pourra le réduire avec la solution suivante : quelques paillettes d'iode sont placées dans un flacon avec très peu d'eau, des cristaux d'iodure de potassium sont ensuite ajoutés en quantité suffisante pour provoquer la dissolution de l'iode. Cette dissolution est diluée dans de l'eau jusqu'à ce qu'elle ait l'aspect du porter. Le négatif est traité à plusieurs reprises avec ce liquide, et puis, après lavage, fixé de nouveau : ce traitement peut être repris si c'est nécessaire.

BITUME DE JUDÉE. - MUCILAGES BICHROMATÉS. Bitume de Judée.

Le rôle que joue le bitume de Judée dans la Photolithographie est trop considérable pour que nous ne nous consacrions tout d'abord à l'étude de cette substance.

Il importe de connaître les résultats des diverses recherches tentées par plusieurs savants pour déterminer la nature exacte de ce composé et en isoler les parties les plus sensibles à l'action de la lumière.

Tout le monde sait que le bitume de Judée fut le premier des corps sensibles employés en Photographie. Nicéphore Niepce s'en servait à l'état naturel, et pendant longtemps on ne s'est pas occupé de rechercher la substance, à proprement parler, sensible à la lumière et susceptible d'être isolée des autres composés jouissant de propriétés distinctes.

BITUME DE JUDÉE

MUCILAGES BICHROMATES. 83

En 1878, M. Husnik, de Prague, trouvant que le bitume était trop lent à subir l'impression de la lumière, a fait des recherches en vue de découvrir un moyen de rendre les diverses résines plus sensibles (1).

Dans le journal Photographische Monatsblàlter, il publiait un moyen d'arriver à ce résultat, lequel consiste à faire un mélange avec un bichromate alcalin. Pour obtenir ce mélange, il fallait trouver un liquide pouvant dissoudre en même temps la résine et le bichromate.

Les solutions de borax, d'alcalis caustiques et de leurs carbonates, les savons et l'ammoniaque liquide, qui dissolvent les résines, lui ont permis d'opérer le mélange, mais il recommande spécialement l'ammoniaque liquide. Il dissout dans ce liquide de la colophane, de la gomme laque, de la gomme damar ou toute autre résine, y ajoute un peu d'alcool et à cette solution, contenant 3 ou 4 pour 100 de résine, il ajoute du bichromate d'ammoniaque, et obtient ainsi un liquide qui, coulé sur une plaque de métal, séché et insolé, donne une couche dans laquelle les parties qui ont subi l'action de la lumière sont devenues

i*) Bulletin de la Société française de Photographie. 1878.

complètement insolubles dans les dissolvants habituels des résines : alcalis caustiques, alcool, essence de térébenthine, benzine, tandis que les parties non insolées restent solubles dans les alcalis et les essences.

En 1879, M. le Dr Kayser, de Nuremberg, a fait des expériences consciencieuses et approfondies sur le bitume de Judée. La substance sensible qu'il contenait était encore inconnue

M. Kayser a démontré que le bitume de Judée, qui est le meilleur pour les procédés de Photogravure, se laisse diviser, par différents dissolvants, en trois parties distinctes.

Il reste à savoir si ces trois parties forment des corps uniques ou non : l'alcool bouillant en retire à peu près 5 pour 100 de matière, l'éther 45 pour 100, le reste est soluble dans le chloroforme ou dans l'essence de térébenthine.

La partie soluble dans l'alcool bouillant a une consistance oléagineuse et une odeur bitumineuse; la partie soluble dans l'éther forme une masse noire brillante, solide et inodore et fondant à 60°. Le résidu insoluble dans l'alcool et dans l'éther présente des propriétés analogues, seulement son point de fusion n'est atteint qu'à 156°.

[]] Bulletin tic l'Association belge de Photographie, 187'J.

BITUME DE JUDÉE. — MUCILAGES BICHROMATES. 85

La partie du bitume de Judée soluble dans l'alcool contient 7 pour 100 de soufre et a pour formule G32 H46 S; celle, par contre, soluble dans l'éther, contient 10 pour 100 de soufre et a pour formule C64H92S3 ; la partie restante insoluble dans les deux corps contient 13 pour 100 de soufre et a la formule G32 H42 S2.

Les observations de M. Kayser relatives aux propriétés photographiques des différentes parties du bitume sont particulièrement intéressantes.

Il est assez généralement répandu que , par l'exposition du bitume à la lumière, il se forme une oxydation qui rend ce corps insoluble.

D'après M. Kayser, cela n'est pas exact. Pour le prouver, il expose au soleil une solution de bitume dans la térébenthine, contenue dans un flacon bien rempli et complètement bouché, et il remarque bientôt que le bitume insoluble se sépare de la masse malgré l'absence complète d'oxygène.

Il a trouvé encore que le bitume devenu insoluble redevenait soluble en le soumettant à l'action de la chaleur.

Il essaya ensuite de mesurer la sensibilité photographique des parties solubles dans l'alcool et l'éther qu'il peut extraire du bitume.

Il fit une dissolution de 5gr de cette substance dans 200gr de chloroforme, en enduisit des plaques de verre; il les exposa à la lumière et les traita

ensuite par un mélange d'huile d'olive et de térébenthine.

De ces expériences il conclut que, tant dans le bitume de Judée que dans celui de la Trinité, ce sont les parties insolubles dans l'alcool et l'éther qui forment, à proprement parler, les parties sensibles à la lumière.

Comme le bitume de Judée contient environ 52 pour 100 de ce corps, et que celui de la Trinité n'en contient que 32 pour 100, il est facile de comprendre pourquoi ceux qui s'occupent de Photolithographie et de Photogravure préfèrent le premier.

De plus, il découle de ces expériences qu'il est bon de débarrasser le bitume de Judée servant à la Photographie de ces parties inutiles, en le faisant bouillir avec de l'alcool d'abord, et lavant ensuite le résidu avec de l'éther.

Il se trouve démontré que, par l'épuisement du bitume par l'alcool et l'éther, on obtient une substance plus sensible à la lumière que le bitume brut. M. Vogel, à ce propos, dit qu'il serait intéressant de voir si l'on n'obtient pas des résultats supérieurs avec Tanthracène ou le thymochinon, qui se trouvent maintenant en grande quantité dans le commerce.

Le thymochinon est assurément plus sensible que le bitume ; sous l'influence de la lumière, il se transforme en parathymochinon, beaucoup plus

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difficilement soluble dans l'alcool et l'éther que le thymochinon, ce qui pourrait le faire employer comme le bitume de Judée ordinaire.

Nous trouvons, dans le Photographie news du 16 juillet 1880, la description d'un procédé dû à M. Morch, pour la préparation du bitume destiné aux travaux photographiques. Il cite d'abord les recherches de M. le Dr Kayser, qui ont conduit à la purification du bitume parla séparation, à l'aide de l'éther, des corps nuisibles à sa sensibilité. Mais il en vient à un autre procédé de purification qui lui est personnel, et avec lequel il réussit très bien. Voici sa méthode :

Il choisit d'abord du bitume de bonne qualité, ce qui se reconnaît aux particularités suivantes : le bitume pulvérisé doit avoir une couleur chocolat foncé, sans la moindre teinte jaune; il ne doit pas être indéfiniment soluble dans la térébenthine; son point de fusion doit être aussi élevé que possible, pas inférieur à 100° centigrades.

Cette sorte de bitume étant trouvée, on en fait une solution assez concentrée dans du chloroforme, dans un flacon bien bouché. Après complète dissolution, on ajoute trois fois le volume en éther en agitant bien, puis on laisse en repos pendant deux jours.

L'éther précipite la partie sensible. Le précipité

est alors recueilli sur un filtre, complètement desséché dans l'obscurité, puis on en fait une nouvelle dissolution dans de la benzine. Si l'on expose à la lumière une couche obtenue avec cette solution, on remarque qu'elle est bien plus sensible que celle qu'on aurait obtenue avec du bitume brut.

Le Dr Eder a publié dans la Photographische Correspondenz une série d'indications intéressantes relatives au bitume, à l'historique de son emploi, aux divers procédés recommandés. Nous croyons devoir reproduire ici cet utile document :

1. D'après L. Schrank, M. Ghevreul a exposé dans le vide une couche de bitume à la lumière solaire. L'effet habituel produit par la lumière sur cette substance ne se produisait plus. Il en a conclu que l'oxygène de l'air jouait un rôle important dans la modification d'état du bitume. Il se proposait de rechercher quelle était la nature de cette action; si cette hypothèse se trouvait confirmée, il y aurait lieu d'abandonner la théorie de Kayser; de nouvelles expériences devraient être faites dans cette voie.

2. Niepce dit que le bitume syrien est le meilleur; il distingue les qualités qu'on trouve dans le commerce, en deux sortes : une assez sensible à la lumière, et l'autre moins sensible.

(a) Description du bitume le plus sensible. — Couleur noire rougeâtre, fracture très luisante et conchoïdale. Mis en poudre, il est rouge brun. Point de fusion, 170° à

BITUME DE JUDÉE, — MUCILAGES BICHROMATES. 89

175° G. Quand on le distille, il se produit une petite quantité d'huile fluide; il se dissout très lentement dans la térébenthine, ce liquide se colorant très peu, même après quelques heures de contact avec le bitume. Il se trouve dans le commerce en petits fragments.

(b) Description du bitume le moins sensible. — Couleur d'un noir rouge jaunâtre; fracture mate avec des parties brillantes; d'une couleur brun jaunâtre une fois réduit en poudre. Point de fusion, 90° C. Par la distillation, on obtient plus de moitié du volume d'une huile claire qui tache le papier. Il se dissout immédiatement dans la térébenthine, qui se colore rapidement en brun, et il se trouve fréquemment en gros morceaux.

Il est à remarquer que le D1' Kayser dit, lui aussi, à propos du bitume de la Trinité, qu'il donne une poudre plus brune que celle du bitume de Syrie.

Voici une autre observation du même auteur : elle porte sur ce que le composé huileux du bitume, dont le point de fusion est le plus bas, est insensible à la lumière. Gela confirme la justesse des observations de Niepce, qui avait remarqué que la sensibilité du bitume était d'autant moindre que le degré de son point de fusion était plus bas.

3. Il est intéressant de donner ici diverses formules pour les solutions de bitume.

A. Prince (1874) dissout le bitume dans de la benzine.

Pour les reproductions de sujets au trait sur des plaques de zinc, Fortier et Gobert (1874) emploient une très faible solution de bitume dans de la benzine.

Despaquis a fait usage du bitume pour graver le verre. En été, il dissolvait le bitume dans un mélange de : 1 partie de chloroforme et de 3 parties de benzine; en hiver, dans : 1 partie de chloroforme et 2 de benzine. Ce dernier liquide doit être exempt d'eau.

Voici une autre formule, publiée par Fitchner (1876) : il prend quelques fragments d'un bitume ne se fondant

pas à 90° C, et se dissolvant difficilement dans de la téré* benthine. Il en dissout 5 parties dans un mélange de 90 parties de benzine et 10 parties d'huile de lavande. La benzine doit être parfaitement anhydre.

Ce liquide sert à recouvrir une plaque de zinc comme si on le collodionnait. On laisse sécher dans l'obscurité.

La plaque est exposée sous un négatif pendant vingt à trente minutes en plein soleil, ou pendant trois à quatre heures en lumière diffuse, suivant la sensibilité de la couche de bitume, sensibilité que l'on doit tout d'abord vérifier expérimentalement.

Les plaques impressionnées sont développées avec du pétrole, additionné de -g- de son volume en benzine.

Quand les blancs sont parfaitement dépouillés, on lave la plaque sous un jet d'eau et on laisse sécher en pleine lumière.

Macpherson est le premier qui ait fait une dissolution dans l'éther de bitume finement pulvérisé, pour utiliser ensuite le résidu.

Dans sa Méthode de Photolithographie au bitume, publiée dès 1856, Macpherson met 190cc d'éther sur lvo1 de bitume de Judée en poudre de 4CC; il agite le flacon pendant dix minutes, laisse le liquide au repos durant quelques instants et décante ensuite l'éther, qui s'est coloré en brun. Cette solution n'est pas sensible à la lumière. Il versait une deuxième fois de l'éther sur le résidu, l'agitait durant un quart d'heure, filtrait et s'en servait pour recouvrir la pierre lithographique.

M. le professeur Ramsey. de Glasgow, et aussi Lemercier, Lerebours, Barreswil et Davanne (1854) ont fait usage de dissolutions de bitume dans l'éther.

Lemling dissolvait le bitume dans la térébenthine, et diluait ensuite la solution avec de l'éther; il développait avec un mélange de 2 parties de pétrole et 1 de benzine. Plus il y a de benzine, et plus fort est le pouvoir dissolvant.

A l'Imprimerie impériale de Vienne, on fait usage, pour la Photolithographie, d'une solution variant de lgr à

BITUME DE JUDÉE. — MUCILAGES BICHROMATES. 01

20sr de bitume dans du chloroforme, et le développement s'effectue avec de la térébenthine additionnée d'un peu d'alcool ou de benzine.

D'après Niepce, une qualité de bitume peu sensible est rendue beaucoup plus sensible à la lumière en exposant la solution à la lumière dans un flacon à moitié rempli et mal bouché.

L'exposition en plein soleil doit être d'une heure, et de cinq à six heures à la lumière diffuse. Une plus longue exposition diminuerait de nouveau la sensibilité.

Dans un Mémoire publié en 1854, Niepce de Saint- Victor dit que la sensibilité du bitume de Judée varie suivant qu'il est dans un état de division plus ou moins grand avant d'être exposé à la lumière.

Si, par exemple, le bitume est très finement pulvérisé et exposé en minces couches à l'action solaire pendant plusieurs jours, il se dissoudra de façon à former une sorte de vernis et sera bien plus sensible que précédemment. La solution prête à l'usage se comporte de la même façon : quand elle a été exposée à l'air et à la lumière pendant trois à quatre heures, elle devient deux ou trois fois plus sensible qu'avant, et, même après un délai de quelques heures, il se produit un accroissement considérable de sensibilité.

Ces deux agents ne doivent cependant agir trop longtemps, parce que, après dix à douze heures, le point maximum ne peut être dépassé, il décroîtrait, au contraire, et la solution serait perdue.

Dans un flacon parfaitement bouché, la solution, quand on la tient dans un endroit obscur, se conserve quinze jours, sans qu'on observe la moindre modification, tandis que, enfermée dans un flacon à moitié rempli et exposée à la lumière diffuse, elle atteindra un degré de sensibilité deux à trois fois plus grand que celui qu'elle avait avant.

D'après un rapport adressé à l'Académie des Sciences, en 1829, Nicéphore Niepce dissolvait le bitume dans de l'huile de lavande. Cette solution était très dense. Niepce

de Saint-Victor, dans ses études dans la même voie (1853), indiquait une solution formée de

Dans sa Note de 1854, il dit n'avoir rien trouvé de mieux comme dissolvant qu'un mélange de benzine et d'une huile volatile, cette dernière augmentant la sensibilité et produisant une adhérence plus grande.

La cire, dont il était question dans la précédente formule, n'est plus mentionnée; il recommande

Benzine , 165 cc

Huile de zeste de citron 835

Bitume de Judée 165 §r

L'examen, par le Dr Kayser, du spectre d'absorption du bitume en dissolution dans du chloroforme n'a pas donné d'intéressants résultats. Le bitume de Judée et aussi celui de Syrie absorbent toute la dernière partie violette du spectre, et donnent trois lignes d'absorption entre E et P. Ces dernières ne sont plus visibles après que le bitume a été complètement lavé à Téther.

Le Dr Draper a fait une étude de l'action des rayons colorés sur le bitume. Une dissolution de cette substance a été étendue sur une plaque de verre exposée au spectre solaire pendant cinq minutes et traitée par un dissolvant composé d'alcool et de benzine.

Le commencement d'action se manifestait au-dessous de la ligne A (par conséquent dans le rouge), et la fin en H, soit aussi loin que le violet.

Chaque rayon du spectre produit une action. L'image est continue, sauf aux endroits où se trouvent les lignes de Fraunhofer.

Benzine. . .

Bitume. . . , Cire jaune,

et, comme développateur ou dissolvant,

Pétrole..

Benzine

BITUME DE JUDÉE

MUCILAGES BICHROMATES. 93

M. Eder a publié une formule que voici (Photogrophische Correspondenz) :

Après quinze jours de repos, cette liqueur produit un meilleur résultat. Quelques gouttes d'huile d'aniline communiquent à la couche plus de résistance; quelques gouttes de violet d'aniline dans du chloroforme donnent une teinte favorable et augmentent la vigueur de l'image au développement.

M. Valenta a publié une nouvelle méthode pour augmenter la sensibilité du bitume à la lumière.

L'asphalte le plus sensible est le bitume de Syrie; c'est celui dont se sont servis dans leurs expériences Niepce, de Saint- Victor, etc. Ce dernier faisait dissoudre le bitume dans l'essence de lavande, en couvrait une plaque d'acier et, après insolation, développait l'image au moyen d'un mélange de 3 parties de pétrole rectifié et 1 partie de benzine de houille. En 1853, il décrivit un procédé dans lequel il employait, comme vernis sensible, du bitume auquel il ajoutait \ de son poids de cire et qu'il dissolvait dans la benzine de houille. Il recommande alors, comme excitant la sensibilité de l'asphalte, d'enduire la couche sensible d'une solution de foie de soufre anhydre dans quelques gouttes d'essence de lavande. Plus tard, en 1854, il publia un procédé dans lequel il exposait l'asphalte pulvérisé en couches minces pendant deux jours à la lumière. A l'essence de lavande, il ajoutait de l'essence de citron pour donner de l'élasticité à la couche et augmenter la sensibilité.

En 1879, Kayser, de Nuremberg, publia un travail sur la recherche des asphaltes naturels.

Pour augmenter la sensibilité, il traitait l'asphalte d'Assyrie avec de l'alcool (D = 0.835) bouillant et obte-

Bitume (épuré)

Benzine additionnée d'un peu de lavande du Pérou

Huile de lavande

55sr à G0sf

nait 4 pour 100 d'une substance huileuse, bitumineuse et jaunâtre, se rapprochant de la formule G32 H36 S, qui donne une contenance en soufre de 6,97 pour 100.

Le résidu, après traitement par l'alcool bouillant, était extrait par l'éther bouillant (D = 0,725) qui donnait une solution de 44 pour 100 en poids de bitume employé. La partie soluble dans l'éther était une masse brune noire, résineuse et sans odeur, fondant à 65° G., et dont la composition répond à G64 H92 S3 donnant une contenance en soufre de 10,04 pour 100.

La partie insoluble dans l'alcool et l'éther est une masse résineuse, cassante, noire et inodore, facilement soluble dans le chloroforme et la benzine, mais peu soluble dans la térébenthine et le pétrole, fondant à 126°, répondant à la formule C32H42S2, contenance en soufre 13,06 pour 100.

La première résine a, soluble dans l'alcool, n'est pas sensible à la lumière ; les deux autres p et y sont sensibles, mais la dernière est la plus sensible.

Ces expériences prouvent qu'il faut, pour la pratique photographique, décomposer l'asphalte dans ses principes et ne faire usage que des parties sensibles à la lumière.

De là, trois méthodes :

1° Dissoudre le bitume dans le chloroforme et le précipiter dans trois à cinq fois la quantité d'éther;

2° Laver à l'éther l'asphalte concassé grossièrement et employer pour les vernis sens bles les résidus desséchés (méthode Kayser);

3° Dissoudre l'asphalte pulvérisé dans. une solution la moins abondante possible de térébenthine allemande et précipiter par l'éther (méthode Husnik).

Augmentation de la sensibilité des asphaltes par incorporation de soufre. — Les recherches de Kayser ont prouvé que les asphaltes de Syrie contiennent du soufre dans toutes leurs parties constitutives et que leur sensibilité dépend de la quantité même de soufre qu'elles renferment. La plus sensible est la résine y.

Dans mes expériences, j'ai eu pour but de rendre les autres parties aussi sensibles que cette dernière.

BITUME DE JUDÉE. — MUCILAGES BICHROMATES. 95

La colophane et d'autres résines deviennent sensibles en y incorporant du soufre — Si l'on fait fondre de la colophane et si, dans la masse fondue claire, on introduit lentement à peu près 15 pour 100 de soufre, il s'y dissout. Si l'on pousse alors la température à 180° G., la masse brunit en dégageant du gaz sulfhydrique, et quelque temps après devient toute noire, puis le dégagement gazeux se ralentit et finit par cesser tout à fait.

En laissant refroidir, on obtient une masse de [poix brillante noire, d'une odeur désagréable, à cassure écaillée, contenant du soufre et d'une solubilité différente de celle de la colophane employée.

Si l'on fait dissoudre 4&1' de cette masse dans 100cc de benzol ou de chloroforme, on obtient une solution claire brun foncé qui, étendue sur zinc, donne après séchage une couche mince de résine de couleur jaune d'or.

En exposant longtemps au soleil cette couche sous un cliché approprié, on obtient, au développement à l'essence avec un peu de térébenthine française, une image qui ne résiste pas aussi bien à l'acide dilué que les images de l'asphalte. Cette préparation n'est donc pas propre à la photozincographie par mordançage acide.

Il faut incorporer directement le soufre à l'asphalte.

Après la description de plusieurs méthodes opératoires pour introduire le soufre dans l'asphalte, leur non réussite et leurs défauts. M. Valenta donne le meilleur procédé qu'il a découvert et que voici :

On dissout dans un ballon environ 10sr de fleur de soufre dans du sulfure de carbone, on ajoute 100sr d'asphalte réduit en poudre, qui s'y dissout en peu de temps. De ce liquide brun foncé, on prend un essai à la pipette. On laisse évaporer le sulfure de carbone et l'on dissout la résine dans la benzine; on étend ensuite le vernis obtenu sur zinc. On remarque alors une augmentation de sensibilité.

on

Il faut maintenant distiller la solution d'asphalte et de soufre dans le sulfure de carbone et chauffer longtemps le résidu au bain-marie pour chauffer à l'air jusqu'à 180° C.

Le gaz sulfhydrique commence à se dégager ; on maintient cette température pendant plusieurs heures, en évitant de surchauffer.

L'asphalte ainsi traité présente une masse noire, luisante, insoluble dans l'alcool, peu soluble dans l'essence de térébenthine, la benzine, le chloroforme et le sulfure de carbone. Un vernis composé de 4 parties d'asphalte dans 100 parties de benzine de houille, versé sur zinc, donne une couche mince jaune d'or, beaucoup plus sensible à la lumière, et qui, après une insolation plus courte, sous un cliché bien opaque, donne au développement à la térébenthine une image claire et nette.

Développement des images au bitume. — Les images faites au moyen d'asphalte sulfuré peuvent être développées avec toute espèce d'huile de térébenthine, alors que ces images, faites à l'asphalte sensible de Husnik, ne peuvent se développer qu'avec de la térébenthine allemande, connue dans le commerce sous le nom de térébenthine hongroise ou russe; je me sers, dans mon procédé, des autres espèces de térébenthines du commerce, savoir : térébenthine française (développe lentement et clair}; autrichienne et américaine, cette dernière espèce rectifiée (essence de térébenthine).

J'ai examiné sous d'autres rapports ces différentes huiles, et voici un tableau de leur réfraction et de leur degré de polarisation, expérimentés à l'appareil de Mitscherlich :

Réfract

Térébenthine de Neustàdten.

» lie qualité. 1,46504

Térébenthine française 1,46603

» 1™ qualité. 1,46644

Térébenthine hongroise — 1, 16791

» russe 1,46820

Polarisât. Composition.

BITUME DE JUDÉE

MUCILAGES BICHROMATES. 97

La térébenthine non rectifiée contient ordinairement de l'acide formique.

Pour la purifier, il faut la secouer avec du carbonate de potasse. Il vaut donc mieux employer l'huile rectifiée, qui est positivement neutre. On laisse bien refroidir la plaque pendant dix minutes et on l'arrose avec de l'essence de térébenthine. L'image apparaît très vite et se développe très nette; du moment que le métal est visible, on arrête le développement; on lave bien la plaque à l'eau, et on l'expose au soleil pour durcir, puis on gomme à l'épreuve.

Influence de produits ajoutés au vernis au bitume sur la sensibilité de la couche. — En employant l'air ozonifié, on augmente la sensibilité, mais l'ozone rend insoluble dans la térébenthine une partie du bitume, de sorte que les images ne se développent pas bien.

L'iode agit de même; par contre, le quinone, dont j'espérais un excès d'oxydation, est sans effet.

La résine de gaïao, sensible par elle-même, ajoutée jusqu'à 20 pour 100 à l'asphalte, est avantageuse, puisque, au développement, l'image est plus claire.

Conclusion. — 1° Pour préparer l'asphalte sensible, on fait dissoudre 7S*", 10 de soufre dans une quantité suffisante de sulfure de carbone; on y ajoute 100sr de bitume de Syrie. La solution est alors traitée de la manière décrite pour enlever le sulfure de carbone, et, ce qui vaut mieux, chauffée pendant une heure à 100° C. dans un mortier en la travaillant continuellement avec le pilon ; puis lentement évaporée dans une grande capsule jusqu'à ce que tout le sulfure de carbone soit chassé, et ensuite maintenue pendant cinq à six heures à 180° à 200° G.; on évite surtout de surchauffer. L'asphalte ainsi préparé, sentant tout au plus encore le sulfure de carbone, doit être conservé dans un endroit obscur, dans des flacons bien bouchés.

2° Pour le travail à la lumière du jour faible, ou lorsqu'on demande une grande sensibilité, il est bon d'enlever à cet asphalte la résine p; de le réduire en poudre et de

le secouer avec l'éther, ce qu'on fait dans une bouteille à large goulot et à bouchon de liège. Après deux ou trois heures de traitement, on décante féther et on laisse sécher la partie non soluble sur du buvard.

3° Pour l'usage, on dissout 4 parties d'asphalte sulfuré dans 100cc de benzol (non pas de la benzine); on filtre le liquide et l'on dilue jusqu'à ce que la couche étendue sur zinc ait la couleur jaune or ( et il est bon d'exposer la solution d'asphalte en plein soleil pendant une demi-heure à une heure dans une bouteille ouverte).

4° Pour le développement, on' emploie de la térébenthine rectifiée et neutre.

Les divers procédés de préparation indiqués par MM. Husnik, Kayser et Valenta, tout en donnant des solutions de bitume de Judée plus sensibles, ne permettent pas. cependant, de réaliser une rapidité d'impression telle qu'il puisse être comparé à ce point de vue à la sensibilité des couches de mucilages bichromatés et encore mieux de celles contenant des sels haloïdes d'argent.

Quand on dispose d'une belle lumière solaire directe, on peut obtenir des impressions dans un temps qui varie d'un quart d'heure à une demi* heure. Cette durée devient plus longue en lumière diffuse et, par un temps couvert, il faut compter avec des journées d'exposition plutôt que des heures.

Dans les ateliers où l'on fait de la gravure à l'aide du bitume, l'impression s'obtient avec la lumière électrique, moyen qui permet d'opérer à une coup sur quant à la durée de l'exposition $

fois celle-ci déterminée par l'expérience et

condition de placer le foyer lumineux très près du châssis. Pour éviter réchauffement, M. Gillot fait usage d'un châssis à double glace avec circulation d'eau entre les deux; le porte-foyer FF (fig. 6) est mobile sur un pied de fonte articulé qui permet de lui faire parcourir toute l'étendue de la glace. Le châssis bascule autour des tourillons T, il peut faire un tour complet sur son pivot en P et, avec cette disposition, tous les points de la glace peuvent recevoir successivement uno très forte lumière.

Généralement, les solutions de bitume sont meilleures quand elles ont vieilli; il est facile d'en préparer toujours à l'avance en vue des besoins.

Jusqu'ici, nous ne disposons d'aucune autre substance susceptible de remplacer avantageusement le bitume. Les couches de gélatine, de gomme, d'albumine bichromatées, ne sauraient donner ni une plus grande acuité dans les traits, ni présenter surtout une résistance pareille à Faction des mordants.

Nous aurons lieu de dire ultérieurement par quel tour de main on peut arriver à en faire usage, tout en utilisant la sensibilité bien plus grande de l'albumine bichromatée ; mais nous ajouterons que les procédés conduisant à un effet qu'on peut appeler indirect n'ont jamais la valeur des effets immédiats.

Il est bon, néanmoins, de connaître les divers

BITUME DE JUDÉE, — MUCILAGES BICHROMATES. 10 1

tours de main qui, dans certains cas, peuvent servir à l'obtention du résultat désiré, sans avoir à compter avec une trop longue durée d'exposition.

Le bitume est un des principaux éléments de la Photolithographie, surtout pratiquée sur zinc.

Nous avons maintenant à nous occuper des autres produits sensibles qui constituent d'autres points de départ des procédés photolithographiques.

Mucilages bichromatés.

Les méthodes collo-bichromatèes sont celles qui sont le plus employées,

On sait ce qui se passe sous l'action de la lumière sur une couche de gélatine, de gomme ou d'albumine, en présence d'un sel de chrome alcalin. La lumière rend ces substances organiques plus ou moins insolubles, plus ou moins susceptibles d'absorber de l'eau ou de se dissoudre, et dans un rapport égal à celui de l'action lumineuse.

Ainsi la gélatine bichromatée deviendra insoluble dans les parties impressionnées qui, d'autre part, n'absorbent pas de l'eau, et les parties non impressionnées ne sont solubles que dans de l'eau chaude.

La gomme, l'albumine bichromatées sont aussi rendues insolubles dans les parties actionnées par la lumière, tandis que les autres parties sous-

traites à cette action demeurent solubles dans de l'eau froide. Ce sont là des notions très connues maintenant et au sujet desquelles il suffit de dire quelques mots seulement.

Ces diverses propriétés des mucilages bichromatés actionnés par la lumière sont utilisées suivant les résultats cherchés, et c'est de la diversité des effets obtenus que sont nés les nombreux procédés photolithographiques qui vont être décrits.

Voici quelques exemples des résultats distincts réalisés suivant la substance employée et suivant le mode de traitement.

Si une feuille de papier enduite d'albumine et de gomme bichromatée est exposée à la lumière un temps convenable, puis recouverte avec un rouleau d'encre grasse lithographique, et enfin plongée dans une cuvette pleine d'eau, on remarquera que les parties impressionnées par la lumière demeurent attachées au papier, retenant l'encre qu'on y a déposée, tandis que les autres parties, protégées contre l'action lumineuse, sont restées solubles, et se dissolvent emportant en même temps l'encre grasse.

Il reste donc à la surface du papier une image très nette, formée par de l'encre grasse, et que l'on peut transporter sur pierre ou sur zinc.

C'est là la base d'un procédé de transfert par voie de mouillage ou de dissolution.

Si la couche sensible est mise directement à la

BITUME DE JUDÉE. — MUCILAGES BICHROMATES. 103

surface d'une pierre ou d'une plaque métallique, on peut exposer cette surface sous le cliché et produire de la Photolithographie directe.

Quand le mucilage bichromaté est de la gélatine, il constitue un mélange insoluble dans l'eau froide et, après l'exposition à la lumière, la couche mouillée préalablement jouit de la propriété de retenir le corps gras dans les parties impressionnées, tandis qu'il n'adhère pas aux autres parties susceptibles de se gonfler et de se saturer d'eau.

Ce principe peut servir soit à des tirages directs, soit à l'obtention d'une épreuve destinée à être transférée sur pierre ou sur zinc.

11 est une autre propriété de certaines couches formées de mucilages bichromatés et dont il convient de dire un mot ici, bien que l'application en soit plus spécialement réservée à des procédés de Photogravure.

Nous faisons allusion aux préparations contenant du sucre, de la gomme et d'autres substances hygroscopiques mélangées à un bichromate alcalin.

Après exposition à la lumière sous un cliché, la couche sensible n'est plus, dans les parties insolées, dans un état semblable à celui qui existait avant l'action lumineuse. Ces parties ont perdu leur propriété hygroscopique, tandis que celles qui ont été protégées contre la lumière restent hygroscopiques. Une poudre quelconque, passée

lOi

à la surface d'une pareille couche, n'adhère que dans les parties devenues poisseuses grâce à l'humidité absorbée.

Nous aurons à indiquer les applications utiles que Ton peut faire de cette propriété.

D'après les recherches de Swan et ensuite d'Eder, il résulte que la modification produite par la lumière sur un mélange, à l'état sec, de gélatine el de bichromate de potasse tient d'abord à la réduction d'un excès de l'acide chromique, du bichromate et à l'oxydation de la substance organique.

Sous l'action de la lumière, la gélatine teinte en jaune par le sel de chrome devient brune et, par la continuité de cette action, les parties brunes deviennent vertes, montrant clairement la formation de chromate de chromium et finalement d'oxyde de chrome.

Le premier effet de la lumière est probablement de produire de l'oxyde de chrome, lequel entre ensuite en combinaison étroite avec une partie de l'acide chromique du bichromate, qui est toujours en excès, formant ainsi du chromate de chromium ; et c'est cette dernière substance qui, en se combinant chimiquement avec une partie de la gélatine, rend celle-ci insoluble. Le restant de la gélatine est décomposé par l'oxygène mis en liberté, et converti en acide formique et autres composés oxydés qui sont solubles, et ne contribuent pas à la formation de la partie insoluble qui constitue

BITUME DE JUDÉE, — MUCILAGES BICHROMATES. 105

l'image. L'analyse montre, en effet, que cette image est uniquement composée de gélatine non modifiée et d'oxyde de chrome.

L'action des bichromates sur la gomme est semblable à celle qui se produit sur la gélatine, la substance insoluble étant un composé de gomme et d'acide chromique. Pourtant, avec l'albumine, il semble qu'il se produit bien une oxydation de la matière organique, car l'albumine n'est pas rendue insoluble par l'oxyde de chrome.

On peut obtenir une décomposition semblable à celle de l'insolubilité produite par la lumière sur la gélatine bichromatée, mais sans l'intervention de cet agent physique. Il suffît, pour cela, de l'action de la chaleur ou de conserver assez longtemps la préparation même dans l'obscurité la plus complète.

L'action dans le dernier cas est plus lente, bien que la chaleur et l'humidité, surtout lorsque leur effet est combiné, la favorisent particulièrement.

Les papiers et plaques sensibilisés ne peuvent guère servir que pendant quelques jours après leur préparation, et l'on doit les conserver dans un milieu sec et absolument obscur, attendu que l'action de la lumière continue même dans l'obscurité dès qu'il s'est produit un commencement d'action.

On arrive à tirer parti de ce fait quand l'insolation directe produite par la lumière a été insuffisante. Une plaque trop peu exposée, puis conservée

pendant quelques heures dans l'obscurité, devient plus intense et peut, au développement, être aussi venue qu'une autre épreuve ayant été impressionnée pendant le temps voulu.

Il faut donc éviter de faire sécher le papier sensibilisé à une chaleur trop élevée pour empêcher qu'il se produise une insolubilisation complète; l'encre grasse s'attacherait en ce cas sur toute la surface.

Dans la plupart des procédés de Photolithographie basés sur l'emploi des mucilages bichromatés, la matière organique utilisée de préférence est la gélatine, ou bien un mélange de gélatine et d'albumine, surtout dans les méthodes où l'on procède par voie de transfert.

La gélatine permet de former facilement sur le papier un enduit régulier et imperméable par rapport à F encre de transport lorsqu'on encre pour garnir les traits.

Son insolubilité dans l'eau froide lui donne sur les autres méthodes un avantage parce que l'on peut directement imprimera l'encre grasse sur la gélatine humide.

D'autre part, la gomme et l'albumine, à cause de leur rapide solubilité dans l'eau froide, permettent de simplifier les opérations.

Dans les méthodes directes, on se sert généralement de ces substances pour enduire les pierres ou les plaques de métal. Dans ce cas, et aussi pour

BITUMÉ DE JUDÉE. — MUCILAGES BICHROMATES. 107

enduire le papier, l'albumine est généralement préférée à la gomme, parce qu'elle produit une couche plus résistante. Les images obtenues avec de la gomme ont une tendance à se briser, à s'enrouler.

L'albumine, pour quelques opérateurs, est même préférée à la gélatine, lorsqu'il s'agit de procédés applicables au transfert de lignes très fines où il faut beaucoup d'acuité et de délicatesse dans les traits. La gélatine, au contraire, semble convenir mieux quand il s'agit de travaux exécutés à grands traits.

Quant à la qualité de la gélatine qui convient à la Photolithographie, il n'y a pas grand' chose à dire. Toute gélatine de bonne qualité peut être employée.

Pour les photo-transferts, elle ne doit être ni trop tendre, ni trop soluble, sans quoi l'enduit pourrait être trop mince à la surface du papier et le fond serait exposé à être taché par l'encre. D'autre part, elle ne doit pas être trop dure et trop insoluble à une température modérée, parce qu'il faudrait, pour le lavage, employer une eau trop chaude, ce qui entraînerait la fusion de l'encre et sa pénétration dans les traits.

La gélatine opaque de Nelson est très convenable , ' au dire de M. Waterhouse, à la condition d'y ajouter, pendant la saison chaude, une petite quantité de la gélatine dure de ce même fabricant.

Quand on doit encrer au rouleau l'image à transporter, la gélatine à employer doit être un peu dure.

Les sels de chrome qui servent généralement à la Photolithographie pour la sensibilisation des papiers, etc., sont le bichromate de potasse et le bichromate d'ammoniaque.

Le sel de potasse est celui dont on use le plus communément, et il répond à tous les besoins ; bien que quelques-uns préfèrent le bichromate d'ammoniaque comme donnant le plus de sensibilité, vu sa solubilité plus grande et la quantité plus grande, naturellement, qu'on peut introduire dans les substances colloïdes à sensibiliser, sans qu'il se produise des cristallisations.

Selon les cas, on procède soit directement, soit par voie de transfert. Nous dirons, lorsque nous en serons à l'étude spéciale des divers procédés, comment s'opère le décalque sur pierre ou sur métal.

Les opérations directes évitent les modifications dans les dimensions; aussi, pour certains sujets qui doivent être tirés à une échelle déterminée, conviendra-t-il de faire usage de surfaces rigides au lieu de feuilles de papier, de même que, poulies négatifs, il convient de renoncer, en ce cas, aux méthodes de redressement pelliculaire.

Mais, tant qu'on n'a pas à compter avec cette question des dimensions, les méthodes par voie

BITUME DE JUDÉE

MUCILAGES BICHROMATES. 109

de transfert donnent de grandes facilités, autant pour opérer à coup sûr que pour la faculté qu'elles procurent d'ajouter Tune à l'autre plusieurs parties d'un même sujet pour n'en faire qu'une seule et même planche imprimante.

D'ailleurs, les images ainsi transportées permettent délirer un grand nombre d'exemplaires, mais elles ont moins de finesse que les images directes ; ce sont là, du reste, les conséquences de tous les procédés de transfert.

La pierre lithographique étant d'un maniement difficile, surtout quand il s'agit de sujets d'une grande dimension, il faut, pour tous les tirages directs, ne faire usage que de plaques de zinc.

Analyse de la gélatine. — Le capitaine Abney a publié à ce sujet une très intéressante Note (*) que nous croyons utile de reproduire ici; les indications qu'elle contient étant de nature à faire mieux connaître une substance qui joue un rôle aussi important dans la Photolithographie et dans un grand nombre de procédés photographiques :

Les fabricants de plaques à la gélatine, dit-il, savent parfaitement que la qualité de la gélatine varie considérablement quant à sa tendance à la réticulation. On a souvent pensé que cette tendance dépend simplement de la quantité d'eau que la gélatine peut absorber.

(*) Photographie news, 1882, page 12.

11 n'est pas douteux, jusqu'à un certain point, que cette idée ne soit correcte, bien qu'elle ne soit pas exacte d'une façon générale. Lorsqu'une couche de gélatine est étendue sur une plaque, la durée de sa dessiccation dépend naturellement de la température et de l'état de siccité de l'air ambiant; mais il est de fait que diverses gélatines, placées dans les mêmes conditions, se sécheront dans des temps différents et que le simple fait de la dessiccation est la cause d'une distension de la gélatine dont la direction est plutôt dans le sens du plan de la plaque que dans le sens d'un plan vertical à sa surface.

S'il en est ainsi, des gélatines séchées dans les mêmes conditions, soit à l'état de couches étendues sur des plaques de verre, se dilateront plus ou moins dans la direction de la surface des plaques; et l'on doit s'attendre à ce que plus la gélatine se distend latéralement et plus grande sera la tendance à la formation de rides, de moutonnements et de réticulation.

Pour vérifier ce fait, une série de plaques a été enduite avec des gélatines de diverses sortes, une égale quantité de chacune ayant été uniformément étendue sur j de plaque ; après dessiccation à l'étuve, les pellicules ont été séparées de leurs supports, coupées et mesurées avec soin.

Une partie des feuilles de gélatine mesurées a été placée dans de l'eau à la température de 15° G. et laissées se gonfler pendant douze heures. Une autre partie a été placée dans de l'eau à laquelle ont été ajoutées six gouttes d'ammoniaque pour chaque 60gr, ce qui est à peu près le titre de l'alcali dans le révélateur. Une autre partie fut placée dans une solution de monocarbonate de potassium et une autre dans une solution de monocarbonate de sodium. Les plaques furent laissées pendant une heure dans ces deux dernières solutions et dans le bain contenant de l'ammoniaque. Les différentes sortes de gélatine furent ensuite placées sans tension sur des plaques de verre et de nouveau mesurées soigneusement.

Le Tableau ci-après montre les résultats obtenus, les nombres indiquant l'extension linéaire en prenant pour

BITUME DE JUDÉE. — MUCILAGES BICHROMATES. 111

unité les dimensions d'une des feuilles de gélatine sèche.

Monocarbonate

de sodium

À m m n « xxIIllilU"*

Eau.

niaque.

potassium.

Batty

X opaque Nelson. .

Cross et Blackwell.

Les résultats de ce Tableau sont assez curieux; ils montrent que l'ammoniaque provoque les réticulations, tandis que les monocarbonates, bien que causant une plus grande extension que l'eau seule, produisent une moindre tendance que l'ammoniaque à la réticulation. C'est ce qui se passe dans la pratique et c'est pourquoi, à ce point de vue tout au moins, les monocarbonates sont supérieurs à l'ammoniaque dans le développateur.

Il n'est pas difficile, d'après ce Tableau, de déterminer quelles sont les gélatines les plus tendres et les plus dures, l'extension étant d'autant plus grande que la qualité est plus tendre.

Voici la quantité d'eau absorbée par quelques-unes de

ces gélatines pour un poids de 3er, 3.

Cendres Eau

pour 100. absorbée.

Gélatine photographique Nelson n° 1. 2 environ 22 sr

» » Heinrich 2 » 16

Siméon 2 » 20

» » Amber, 1 » 16

La gélatine est altérée dès qu'on y a ajouté une quantité quelconque d'ammoniaque et surtout, à une température élevée, il n'est pas douteux que sa nature devienne plus spongieuse, ce qui la rend plus perméable au développateur.

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