PHOTOLITHOGRAPHIE INDIRECTE PAR TRANSFERT
Les procédés cle cette sorte sont nombreux. Il peut de prime abord paraître inutile de les citer tous; mais, quand on examine de près cette question, on arrive à trouver intéressant d'en faire une étude assez complète.
S'il est vrai que la plupart des méthodes ont beaucoup de similitude les unes avec les autres, si elles présentent le plus souvent des facteurs communs, il est, en même temps, tel tour de main, telle particularité bons à connaître et qui peuvent guider le chercheur vers des applications utiles. Nous aurons soin seulement de ne pas trop nous étendre sur les procédés dont l'emploi ne nous paraîtra pas devoir être recommandé, sur ceux d'un intérêt plutôt historique que pratique.
Nos recherches ne remonteront pas au delà de trente ans en arrière, époque postérieure déjà aux brevets de Poitevin (1855), car ce n'est guère que depuis ses découvertes relatives aux propriétés des
mucilages bichromatés, en présence de la lumière, que se sont multipliés les procédés de Photolithographie que nous allons décrire.
Procédé de MM. Beatîy et Alexander (*). — Le brevet pris par ces messieurs décrit un procédé assez semblable à ce qu'il y a d'essentiel dans les procédés brevetés déjà par Poitevin. Ils prennent une feuille de papier ou autre matière bien unie et sans grain et la couvrent d'un enduit composé de
Colle de poisson 60 s*
Arrowroot 7
Gomme adragante 7
que l'on met dissoudre séparément dans de l'eau bouillante. A ces dissolutions mêlées intimement on ajoute 120sr de blanc d'Espagne coloré par un peu de gomme-gutte, ou bien on imprègne le papier d'une solution de bitume dans de la benzine ou de la térébenthine, ou bien encore d'une solution de caoutchouc dans le chloroforme. Si l'épreuve qu'on veut reproduire est délicatement ombrée, on ajoute aux composés ci-dessus quelque substance à grains durs, telle que de la poudre d'émeri, de peroxyde de fer, de verre, etc., très finement pulvérisée.
Pour rendre la surface ainsi préparée capable de reproduire une épreuve photographique, on emploie un agent chimique possédant la propriété de rendre le mucilage insoluble dans l'eau en présence de la lumière, soit un sel de chrome. Après l'insolation, on imprime sur l'image résultant de l'action de la lumière avec de l'encre à transport, et à l'aide d'une plaque d'acier, un fond à grain quelconque.
Quand l'impression est sèche, on la place dans de l'eau contenant en solution de la gomme arabique et l'on chauffe un peu. Lorsque la dissolution a atteint une certaine cha-
(1) Moniteur de la Photographie, août 1861.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 173
leur, on enlève la plaque et on la place dans de l'eau froide, on remarque alors que le fond imprimé quitte toutes les portions de la plaque qui n'ont pas reçu l'influence de la lumière.
Nous citons à dessein le résumé de cette description à cause de l'intérêt' que présente l'emploi du fond à grain comme aussi des poudres. Nous aurons l'occasion de voir plus tard l'application de ces mêmes idées à la Photogravure en relief et en creux.
Il va sans dire que l'image est ensuite transportée sur pierre ou sur zinc en vue du tirage.
Procédé de M. Pouncij (*). — Ce procédé consiste essentiellement dans l'emploi d'une encre en composition sensible ou sensibilisée sur laquelle des épreuves ou images peuvent se produire par l'action de la lumière et qui permet de faire des transports ou d'imprimer.
Quelle que soit la nature du support choisi, la surface doit être couverte d'une composition formée de matière charbonneuse ou de toute autre matière colorante, d'un corps gras, suif ou huile, de bichromate de potasse, de bitume de Judée ou de ces deux substances mélangées, et de benzine, térébenthine ou de tout autre hydrocarbure ou esprit de ce genre.
(1) Brevet du 16 juillet 1863.
L'enduit formé de ces substances est placé, dans l'obscurité, sur la surface employée, puis, après dessiccation, insolé sous un cliché, et enfin les parties no'n impressionnées restées solubles sont enlevées à l'aide d'un dissolvant, benzine ou autre. Il reste une image formée d'encre d'imprimerie dont il est facile de tirer des épreuves; si le support adopté est flexible, il est facile d'en obtenir un décalque sur pierre ou sur zinc.
Procède perfectionné par le Dr Liesegang (1865). — L'auteur de cette description a indiqué, avec une modification, un procédé du colonel James pour la préparation plus simple et plus rapide du papier photolithographique (*) :
Prenez, dit- il, du bon papier albuminé, mince et avec une surface bien glacée; faites une dissolution saturée de bichromate d'ammoniaque dans de l'ammoniaque liquide, ou une solution aqueuse de chromate jaune d'ammoniaque; faites-y nager le papier albuminé, le côté non albuminé en contact avec le liquide, séchez à l'obscurité.
Le papier préparé est jaune; il devient brun sous l'influence des rayons lumineux. Exposez à travers un négatif, dans le châssis-presse, comme pour faire un positif sur papier à l'argent. Couvrez une plaque de zinc avec de l'encre lithographique, posez l'épreuve dessus et passez le tout entre deux cylindres. L'épreuve sera couverte d'encre; faites-la nager sur de l'eau froide; après une minute, l'image sera déjà visible, si l'exposition à la lumière a été suffisante. Alors l'encre est enlevée des
Moniteur de la Photographie, 1862, p. 42
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 175
lumières en lavant avec une éponge et un peu d'eau gommée, on lave à l'eau pure et Ton fait sécher.
Le papier albuminé ne doit pas être trop sec; la couche d'albumine doit être encore pénétrable par l'eau.
L'action du bain de bichromate doit durer une minute environ ou jusqu'à ce que la surface du papier soit tout à fait homogène et brillante.
M. Liesegang donne à ce propos une préparation d'encre lithographique qui lui a paru la meilleure. On la trouvera plus loin (Chap. VIII).
Procédé de M. Toovey ('). — Du papier très doux et d'une contexture très unie est recouvert d'une solution de gomme arabique dans de l'eau pure saturée de bichromate de potasse. Ce papier bien sec est exposé sous un négatif à l'action de la lumière et, lorsque Timage est très nettement visible, on applique la feuille, côté impressionné en dessus, contre une pierre lithographique très finement grenée ou polie. La feuille est alors recouverte de plusieurs papiers humides et l'on donne une légère pression sous une presse verticale. L'eau que renferme le papier humide traverse l'épreuve photographique et dissout les parties delà gomme qui sont restées à l'état soluble; ces parties dissoutes s'attachent à la surface de la pierre.
Quand on juge la durée de la pression suffisante (c'est la pratique qui sert de guide), on la supprime et l'on détache la feuille avec précaution. On trouve à ce moment, visible sur la pierre, une image négative en gomme et possédant tous les détails de l'épreuve primitive. On sèche parfaitement et l'on passe à la surface de la pierre un rouleau chargé d'encre lithographique; l'encre grasse est mise en contact avec toutes les parties de la pierre non recouvertes de gomme.
(1) Brevet du 23 juin 1863.
On lave à l'essence, puis à l'eau et l'on procède comme dans la Lithographie habituelle.
On peut agir de même sur une plaque de zinc. L'enduit de gomme formant une réserve pourrait servir également à la gravure à la condition d'employer un positif comme cliché au lieu d'un négatif.
Photolithographie négative à la gomme — M. Lallemand, dans l'Ouvrage publié par lui en 1867, cite divers procédés, tous basés sur remploi d'un mucilage bichromaté.
Nous en extrayons un quia beaucoup d'analogie avec celui de M. Toovey, à la différence près de la suppression de la presse :
Après insolation sur un papier enduit de gomme bichromatée, on place la feuille dans du papier humide et on l'en retire dès qu'elle est devenue souple; on la pose alors doucement sur la pierre et on Ty fait adhérer au moyen de la roulette qu'on passe plusieurs fois dans tous les sens, et en appuyant fortement à la fin. On mouille ensuite la feuille avec une éponge, mais très légèrement et en ayant bien soin de ne pas mettre un excès d'eau ; on attend une ou deux minutes ; au bout de ce temps, on soulève un coin du papier pour voir s'il peut se détacher et si la couche de gomme transportée sur la pierre est bien homogène, et, lorsqu'on juge le moment favorable, on enlève doucement le papier. Si l'opération a été bien conduite, on voit sur la pierre un dessin négatif d'une finesse et d'une netteté surprenantes.
On gomme les marges et, lorsque la couche est parfaitement sèche, on applique le corps gras; pour le reste, on opère comme dans la Lithographie.
(1) Lallemand, Nouveaux procédés d'impression autographique et de Photolithographie ; 1867 (Paris, Leiber).
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 177
Procédé Poitevin (1860). — On étend sur du papier gommé une solution de perchlorure de fer et d'acide tartrique :
On ajoute une dissolution filtrée de dextrine et on laisse sécher h l'obscurité. On expose à la lumière derrière un cliché, puis on met la feuille dans un endroit où l'air soit un peu humide et, au bout de quelques instants, on passe sur la surface impressionnée un blaireau chargé de poudre lithographique composée de la manière suivante :
Savon de chaux (ou suif) 1 partie
Résine commune 1 »
JNoir de fumée pour colorer la poudre.
On fait fondre ces matières dans delà benzine à chaud après les avoir bien mélangées et divisées. Lorsque la benzine est évaporée, on réduit la composition en poudre ; les parties impressionnées absorbent l'humidité de l'air, deviennent poisseuses et retiennent la poudre lithographique. On transporte sur pierre comme pour une épreuve lithographique.
Acide tartrique —
Eau distillée ,
Perchlorure de fer.
Eau distillée
30 cc 10 s* 30"
Mélanger et ajouter
Eau distillée
200 rc
Préparation des transports à V encre grasse par Waterhouse (1868). — Le savant officier du génie anglais, dont nous avons fréquemment cité le nom, a publié un travail des plus complets sur la Photolithographie et sur la Photozincographie. Voici la description du procédé qu'il recommande :
Préparation du papier sensible. — Il y a deux moyens, dit-il, de préparer le papier sensible (papier dérives ordinaire), soit en le faisant flotter sur un mélange chaud de bichromate de potasse et de gélatine, soit en l'immergeant, préalablement enduit de gélatine, dans une solution froide de bichromate de potasse.
Le dernier système lui semble préférable, surtout pour les amateurs. On peut préparer quand on veut une quantité de papier gélatiné, et une opération suffit pour le sensibiliser, ce que Ton peut faire le soir, et ce qui permettra de trouver le matin du papier sec et prêt à être employé.
L'épaisseur de la couche doit être moyenne.
La formule pour le mélange sensibilisateur est celle-ci ï
Bichromate de potasse 40 sr
Gélatine , 60
Eau 1000"
Le bichromate est dissous dans 200gr d'eau chaude et ajouté à la gélatine, dissoute dans 800gr d'eau.
Le liquide est ensuite passé à travers un filtre en flanelle et versé dans une cuvette plate, placée dans une autre contenant de Peau chaude. On étend le papier avec soin sur cette solution pour éviter les bulles et on l'y busse environ trois minutes; puis on le suspend pour sécher. Quand il est sec, il faut ie flotter de nouveau et on l.o suspend encore en ayant soin de contrarier le sens de l'écoulement, en vue d'uniformiser l'épaisseur de la couche.
Le papier est ensuite passé sous une presse pour en rendre la surface parfaitement unie.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
Pans la deuxième méthode, le papier est enduit de deux couches de
passé sous la presse et conservé dâ*ns un endroit sec.
Pour le sensibiliser, on l'immerge pendant une minute dans une solution froide de 30sr de bichromate de potasse dans 360cc d'eau. Apres avoir. été mis en presse, on peut s'en servir.
Ce papier ainsi préparé ne peut se conserver longtemps, le mieux est de l'employer après un jour écoulé. En hiver, on pourrait le conserver un mois dans un milieu très sec, mais, durant la saison chaude, il convient de l'employer presque immédiatement.
Il faut avoir soin de le conserver dans l'obscurité, vu sa grande sensibilité.
Insolation. — La prolonger jusqu'à ce que les traits les plus lins soient visibles.
Encrage de l'épreuve. — La composition de l'encre est très importante ; elle ne doit pas être trop molle, car elle chargerait l'éponge quand on procède au lavage et il serait très difficile d'obtenir les traits fins et clairs. Si l'encre était trop dure, on éprouverait de la difficulté à l'enlever du fond, surtout si le papier a été conservé plusieurs jours. L'encre ordinaire à retransport est très satisfaisante.
Voici la formule adoptée dans les ateliers de Southampton :
Encre lithographique 240 er
Vernis moyen 123
Poix de Bourgogne 90
Huile de palme 15
Cire 15
Bitume 30
Gélatine.
Eau
60 cr 1000 «
Le transport peut avoir lieu sur pierre ou sur zinc préalablement mis en état de le recevoir.
Transport sur pierre ou sur zinc. — L'épreuve à transporter est placée entre des feuilles de papier humide où on la laisse quelque temps; on met le support (pierre ou zinc) sur la presse, on essuie avec un morceau de mousseline sèche; puis on met dessus deux ou trois feuilles de papier; on fait jouer la presse une ou deux fois jusqu'à ce que la pression soit bien régularisée. On examine le transport qui ne doit pas être trop humide et on le pose avec soin à l'endroit que l'image doit occuper sur le support; puis on place dessus une feuille de papier propre, et, sur cette dernière, une ou deux autres feuilles de papier. Si le transport a été récemment exécuté, un seul coup de presse suffit; on se rend compte du résultat en levant délicatement un coin du calque. Si toute l'encre ne s'est pas détachée du papier, on passe de nouveau à la presse en augmentant un peu la pression.
Les transports adhèrent fortement au support; pour les détacher, on mouille l'envers avec une éponge imbibée d'eau, et, après avoir attendu quelques minutes, on enlève doucement le papier.
Si les opérations ont été bien faites, l'encre aura presque entièrement abandonné le papier.
On lave alors la plaque avec de l'eau et une éponge douce pour enlever toute trace de papier et de gélatine, puis on évente la plaque pour la faire sécher avec une feuille de carton portée par un manche en bois. Des retouches peuvent être faites avec de'l'encre autographique ou avec une pointe.
Les opérations ultérieures sont celles de la Photolithogrnphie ou Photozincographie courantes.
Préparation des glaces pour le transport de l'image. Procédé de M. le professeur Borlinetto
Je recouvre, dit le savant professeur, une glace bien
(') Moniteur de la Photographie, 1874, p. 168.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
propre avec du fiel de bœuf, et je frotte la surface avec un chiffon de laine, de façon que le fiel s'étende uniformément sur toute la surface et qu'il ne s'y forme pas de stries. Alors je chauffe légèrement la glace jusqu'à ce que le fiel soit entièrement sec, et je mets la plaque encore chaude sur un support horizontal. La solution suivante a été préparée à l'avance :
Gélatine 100 §r
Eau 1000"
Alun 20 sr
Dès que la gélatine est complètement dissoute, le liquide doit être passé à travers un linge, et je le verse, avant qu'il soit refroidi, sur la plaque enduite de fiel. La solution est étendue avec un tube en papier sur toute la surface de la plaque; ensuite, je prends une feuille de papier blanc, assez fort, que j'imbibe complètement dans une cuvette pleine d'eau et que je sèche après entre des doubles de papier buvard, et je l'applique délicatement sur la glace gélatinée en ayant soin d'éviter les bulles d'air et les bavures de la gélatine sur le revers du papier. Je laisse le tout au repos jusqu'au lendemain.
Si l'atmosphère est très humide, le papier se détachera de lui-même; dans le cas contraire, je le soulève avec une lame de canif. Sa surface devenue brillante se conserve indéfiniment. Quand on veut s'en servir, on immerge ce papier dans une solution de bichromate de potasse à 3 pour 100, et, quand il est tout à fait sec, on l'expose sous un cliché. Lorsque l'image est marquée dans tous ses détails, on la plonge dans une solution cle :
Nitrate d1argenl 14 gr
Eau 715"
Alcool 285
Toute la surface de l'image prend, dans ce bain, un ton rouge-brique, par suite de la formation de chromate d'argent. On lave à l'eau pure et l'on verse sur l'épreuve un peu d'ammoniaque liquide légèrement étendue d'eau. Le L. V. 16
chromate étant dissous par l'ammoniaque, la teinte rouge disparaît et l'image qui en résulte est d'un vert extrêmement pâle provenant de l'oxyde de chrome.
Après cette transformation, l'épreuve est lavée à l'eau et fixée sur une planchette à l'aide de petits clous.
L'humidité du papier doit être enlevée avec une éponge bien propre, après quoi on passe le rouleau lithographique.
L'avantage de ce procédé, comparé aux autres, consiste en ce que l'image est plus apte à prendre l'encre et n'est exposée à aucun changement ultérieur de positif en négatif, causé par le sel de chrome non décomposé, qui ne peut être complètement éliminé.
Par l'addition de l'alun à la solution et par le bain de bichromate qu'on fait subir à la couche, la gélatine devient complètement insoluble. La solution d'argent a, de plus, pour effet d'augmenter sa résistance.
Impression à l'encre grasse sans presse, procédé Jacoby (1874). — On commence par produire une image au charbon que l'on développe sur un support provisoire en verre ou métal. Ce support doit, au préalable, être enduit d'un léger vernis, afin d'empêcher ultérieurement l'adhérence de l'image.
Le vernis peut être ainsi composé :
Gomme clamar 3sr
Benzine 100"
L'image étant bien développée, on l'abandonne à dessiccation; on la borde ensuite de cire afin de maintenir la solution de gélatine dont il va falloir la couvrir.
Cette solution est formée de :
Gélatine 500 §r
Gomme arabique 250
Glycérine 250 cc
Eau 750
On dissout d'abord la gomme arabique, après quoi on ajoute la gélatine. Quand celle-ci est bien gonflée, on chauffe au bain-marie jusqu'à complète dissolution et l'on
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
ajoute la glycérine; puis on filtre à travers une mousseline humide.
C'est cette solution qu'on verse sur l'image, de façon qu'après le refroidissement, elle conserve une épaisseur de 4mm à 5mm. On a soin, à cette partie de l'opération, de chauffer légèrement le support de l'image afin de faciliter l'égale extension de la gélatine et pour l'empêcher surtout de se figer trop rapidement.
Après complet refroidissement, on peut détacher la gélatine de son support; il vaut mieux cependant attendre vingt-quatre heures, la couche offrant alors beaucoup plus de consistance.
Pour la détacher, on enlève la cire qui la borde, on la soulève par un des coins et on l'arrache par un mouvement doux et continu. L'image au charbon, qui, primitivement se trouvait sur le support provisoire, adhère maintenant à la couche de gélatine, dans laquelle elle s'est incrustée.
Il suffit d'encrer cette image pour que, sous la pression très faible d'une raclette en caoutchouc, Ton obtienne une épreuve imprimée.
Cette surface imprimante peut naturellement servir, sous une pression verticale, à fournir des transports sur pierre ou sur zinc.
Il faut avoir soin, pour le décalque, de n'user que d'une couche modérément mouillée. Un excès d'humidité aurait l'inconvénient de noyer l'image dans le creux formé par le gonflement de la gélatine autour des traits. Si cela arrivait, il faudrait le laisser reposer pendant quelques heures, jusqu'à ce que le niveau se soit rétabli.
Ce procédé est susceptible d'autres applications qu'il y aura lieu d'examiner en nous occupant de la Photogravure.
Procédé Aubel, de Cologne — On fait un cliché
(') Moniteur de la Photographie, 1877, p. 179.
au collodion sur une glace albuminée. Ce cliché est couvert: à l'état humide, d'une solution diluée de gélatine, à laquelle on a ajouté du bichromate d'ammoniaque. Cette couche est séchée dans un endroit obscur. Alors on expose le cliché à la lumière, de telle sorte qu'elle n'arrive à la couche de gélatine qu'à travers la glace du négatif et jusqu'à ce qu'on voie, sur la couche de gélatine bichromatée, le dessin en couleur brune.
On lave à l'eau froide jusqu'à ce que la couche ne contienne plus de trace de bichromate, et on l'encre avec un rouleau enduit d'encre de transport lithographique. Au moyen d'une éponge, on lave la couche encrée avec une dissolution de gomme arabique qui contient une certaine quantité de fiel.
Ce procédé convient surtout aux épreuves de sujets au trait. Nous ne savons pas si l'on a pu en tirer partie pour les reproductions à demi-teintes.
En résumé, il s'agit là d'une planche photocollographique directe impressionnée par le dos à travers le négatif. L'inconvénient de cette méthode, c'est de sacrifier un négatif, c'est de donner une couche imprimante dépourvue de solidité, c'est enfin, en cas de transfert, de nécessiter un décalque et un contre-décalque; il vaudrait mieux en user directement. Nous aimons mieux appliquer la même méthode à la formation de relief dont nous parlerons en décrivant les procédés de Photogravure.
Tirage photographique à l'encre grasse sur papier — Au mois de février 1863, dit M. A. Poitevin, je communiquai à la Société de Photographie un mode d'impres-
(1 ) Bulletin de la. Société française de Photographie, 1878.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAU TRANSFERT. 185
sion au charbon au moyen de la gélatine teintée rendue insoluble par un mélange de perchlorure de fer et d'acide tartrique et à laquelle la lumière restitue la solubilité; j'ai, depuis, constaté et expérimenté la possibilité d'obtenir des épreuves à l'encre grasse sur verre dépoli et recouvert seulement dîme couche de gélatine ou sur une couche de gélatine préalablement insolubilisée par le perchlorure de fer et l'acide tartrique, puis impressionnée à travers un positif, l'encre ne se fixant qu'aux endroits non modifiés par la lumière. J'ai également observé la netteté de la gravure que Ton peut obtenir sur ces couches, où la dissolution part de la surface; il est donc facile, en mêlant à la couche un corps grenu et inerte, d'obtenir un grain sur les planches pour l'impression en taille-douce.
Voici une propriété nouvelle dont on peut se servir pour obtenir immédiatement sur papier et avec un cliché négatif des épreuves positives à l'encre grasse pouvant être reportées sur pierre lithographique ou sur planche de zinc pour l'impression à la presse mécanique, ou bien y être mises en relief pour l'impression typographique.
Cette propriété consiste en ce que la gélatine, rendue insoluble par le perchlorure de fer et l'acide tartrique et qui n'est pas redevenue soluble par Faction de la lumière à travers un cliché négatif, peut, lorsque l'image a été développée, reprendre sa solubilité dans l'eau faiblement acidulée ou après un traitement préalable par de l'acide chlorhydrique très étendu d'eau.
On opère de la manière suivante pour obtenir par ce moyen des épreuves à l'encre grasse. Le papier gélatiné d'un côté seulement, avec de la gélatine légèrement teintée, pour mieux suivre l'opération, est appliqué des deux côtés successivement sur un bain à 10 pour 100 de perchlorure de fer et à 3 pour 100 d'acide tartrique, ou bien plongé pendant quelques minutes dans ce bain, puis suspendu par un angle et laissé sécher dans l'obscurité. Lorsqu'il est sec, on l'impressionne pendant quelques minutes au soleil, à travers un négatif photographique du dessin à reproduire. La couche impressionnée est alors
traitée par de l'eau chaude qui dissout toutes les parties ayant reçu l'action de la lumière, et Ton obtient une épreuve négative, mais redressée, du dessin, puisque toutes les parties transparentes du cliché y sont représentées par le blanc du papier mis à nu. Après un lavage suffisant, la feuille est abandonnée à une dessiccation spontanée et, au moyen d'un rouleau ou d'un tampon chargé d'encre grasse, ou mieux à la presse, on recouvre d'une couche continue d'encre grasse toute la surface de cette épreuve ; on la plonge dans de l'eau légèrement acidulée, et ensuite dans de l'eau suffisamment chaude qui dissout la gélatine partout où il en était resté, et fait disparaître en même temps l'encre grasse qui la recouvre, tandis que le corps gras, en contact immédiat avec le papier, y reste adhérent et forme une épreuve positive à l'encre grasse dont on pourra faire usage soit pour le report, soit pour la gravure, etc.
Procédé Fisch. — C'est le principe ci-dessus indiqué par Poitevin, qui a servi de base au procédé suivant mis en pratique par M. Fisch (1).
Il recouvre du papier avec un composé liquide formé de perchlorure de fer et d'acide tartrique et le laisse sécher dans l'obscurité, puis la feuille de papier sensibilisée est placée au châssis-presse sous le cliché positif dont on veut avoir l'image. L'exposition en plein soleil est d'environ six minutes.
Après l'insolation, on retire la feuille dans un endroit peu éclairé et l'on voit que la teinte jaune de chrome verdâtre que lui avait donnée le composé a presque disparu dans toutes les parties correspondant aux clairs du cliché.
Le dessin se détache en jaune sur le fond pâli par la lumière.
(') Voir, au Moniteur de la Photographie, 1879, p. 100, la Note publiée sur ce procédé par M. Ch. Gravier.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 187
On passe sur cette surface, ainsi modifiée par la lumière, un rouleau chargé d'encre grasse peu épaisse, de façon à ce que le papier soit un peu visible. La surface est zébrée par le croisement des passer du rouleau, mais on égalise la teinte à l'aide d'une petite brosse dure semblable à celle employée pour décrotter les chaussures.
La feuille encrée est placée, la surface encrée en dessus, dans une cuvette dont le fond a été préalablement mouillé ; on mouille de même avec une pomme d'arrosoir la surface encrée en inclinant la cuvette, pour que les molécules d'encre détachées par cet arrosage ne restent pas sur cette surface.
Si la pose a été exacte, le dessin ressort immédiatement en noir sur un fond gris.
Pour développer, on passe sur la surface encrée soit une éponge, soit un pinceau doux, soit un simple chiffon très doux (le mieux est une lavette à vaisselle), mais il faut, quel que soit le moyen, que l'éponge ou le chiffon soit chargé d'eau pour éviter que les molécules d'encre ne se collent sur les traits et n'altèrent leur netteté.
Le fond du dessin doit rester parfaitement blanc.
Voici les causes d'insuccès :
Si l'encre s'enlève difficilement, la pose n'a pas été assez longue; dans ce cas, le fond reste verdâtre; il suffit de mettre quelques instants l'épreuve au soleil, puis de laver de nouveau l'image. L'encre appliquée en couches trop épaisses s'enlève difficilement; le seul inconvénient est dans la lenteur du développement.
Si l'encre s'enlève facilement par un simple arrosage, la durée de la pose a été dépassée et il faut frotter doucement pour éviter d'enlever les traits.
Après chaque développement, il faut rincer la cuvette pour éviter de tacher le verso des autres épreuves à développer.
Il ne faut pas retarder le développement après l'encrage, l'encre sécherait et adhérerait au papier. Les parties qui ont été modifiées par la lumière sont devenues hygroscopiques, mais, après un certain temps, le papier peut absorber cette humidité, le composé s'oxyde et alors l'encre a plus d'affinité pour la surface qu'elle recouvre.
On peut à la rigueur ne procéder à l'encrage que quelques heures après l'insolation, mais, nous le répétons, mieux vaut ne pas attendre trop longtemps.
Toutes les couleurs employées en Lithographie peuvent servir de même que les diverses qualités d'encre.
Ce procédé peut donc fournir d'excellentes épreuves de transport.
Procédé photolithographique du capitaine Hannot {'). — Ce procédé a quelque rapport avec celui de M. Toovey, décrit plus haut.
Une feuille de papier albuminé ordinaire est, pendant cinq minutes, étendue, le côté albuminé en dessus, sur une solution concentrée de bichromate de potasse et suspendue ensuite pour sécher. Sèche, elle est exposée sous un négatif, puis de nouveau étendue, par son envers, sur de l'eau dans laquelle on a versé un peu d'ammoniaque. On l'y laisse flotter à l'abri de la lumière; l'eau imbibe le papier assez promptement, y dissout la combinaison de bichromate de potasse avec l'albumine aux places où la lumière n'a pas agi. On renouvelle ce bain trois ou quatre fois, toujours additionné d'un peu d'ammoniaque, jusqu'à ce que l'eau, parvenue à la surface de l'épreuve et y restant, ait dissous toute l'albumine non impressionnée par la lumière, ce que l'on reconnaîtra lorsque l'eau du bainne se colorera plus en jaune, puis onplongeralaplaque entièrement dans l'eau et on la rincera convenablement.
Le dessin ainsi obtenu se transporte sur pierre ou sur zinc de la manière suivante :
Sur une pierre lithographique ou une plaque de zinc très finement grenée et polie, suivant la nature de l'image qui doit être reproduite, on applique l'épreuve en mettant en contact avec la pierre ou le zinc son côté impressionné; par-dessus on étend une feuille de papier enduite de gomme arabique, puis sur la feuille de papier gommé une ou deux feuilles de papier buvard légèrement mouillées.
( 1 ) Bulletin de l'Association belge de Photographie, 1878.
La pierre ou la plaque de zinc, qui a dû être préalablement disposée sous une presse à percussion, est, ainsi chargée, aussitôt soumise à une forte pression.
Par l'effet de la pression, l'humidité- du buvard gagne la couche de gomme arabique; celle-ci, dissoute par l'eau, traverse répreuve et se dépose sur la pierre ou la plaque de zinc, excepté aux endroits correspondant aux traits du dessin, parce que la substance insoluble dont ils sont formés s'oppose au passage de la gomme ; de sorte que la pierre ou la plaque de zinc retirée de la presse et Tépreuve enlevée, il reste à la surface de la pierre ou de la plaque de zinc une image négative formée de gomme arabique. Les parties intactes et non gommées constituent un dessin parfaitement identique à celui du cliché.
L'effet désiré est ordinairement obtenu au bout de quinze à vingt minutes de pression. Alors, après avoir gommé les marges, on laisse bien sécher la pierre ou la plaque, puis on étend à sa surface une encre grasse, appliquée au moyen d'un rouleau. Le corps gras ne pénétrera la pierre ou la plaque de zinc qu'aux endroits où la gomme arabique n'aura pas atteint la surface, par conséquent aux endroits correspondant aux traits du dessin et le transport sur pierre ou sur zinc se trouvera effectué.
La pierre ou la plaque de zinc lavée à Fessence de térébenthine, puis soumise à un encrage à l'encre d'imprimerie ordinaire, pourra être tirée ensuite à un nombre illimité d'épreuves sur la presse lithographique ordinaire.
Pour recouvrir une feuille de papier d'une couche de gomme arabique, on fait dissoudre dans de l'eau de la gomme, 20s'" pour 100cc d'eau.
On verse la solution dans une cuvette plate à laquelle on donne l'inclinaison nécessaire pour amener tout le liquide vers le bord de la cuvette le plus rapproché de soi.
On y plonge une grosse baguette de verre et l'on introduit le papier dans la solution en le faisant passer entre la baguette et le bord de la cuvette. Le papier retiré de ce bain en sort parfaitement imbibé de gomme arabique et la baguette a servi à arrêter les bulles.
On suspend la feuille pour la laisser sécher. Si, quand
la feuille que l'on a suspendue est sèche, on trouve qu'elle est beaucoup plus épaisse vers le bas que vers le haut, on la replonge une seconde fois dans la solution de gomme arabique, mais en ayant soin de la retirer pour la faire sécher en la suspendant en sens inverse.
Les feuilles de papier buvard humectées se préparent une demi-heure d'avance. On en mouille un certain nombre avec une éponge et Ton en intercale d'autres entre elles. L'humidité s'y trouve bientôt répartie uniformément.
Parmi les avantages présentés par ce procédé, il convient de noter celui-ci : l'épreuve obtenue après les bains successifs d'eau ammoniacale peut attendre indéfiniment l'opération du transport et celle-ci a toujours lieu en pleine lumière.
Ce procédé présente des particularités qui le rendent intéressant et surtout le fait du décalque de la gomme à travers les pores du papier mis à nu par la dissolution de l'albumine non atteinte par la lumière.
Photozincographie au Ministère des Travaux publics. — Ce procédé ne diffère d'un autre déjà décrit que par un tour de main dû à M. Mougel fils, grâce auquel l'opération est d'une très grande simplicité.
Voici d'ailleurs l'ensemble des opérations :
On prend une plaque de zinc du commerce, sans bosses ni défauts, mais qui n'a pas besoin de subir une préparation mécanique quelconque, telle que ponçage, grenage ou polissage. C'est là un premier avantage pratique sur lequel il est inutile d'insister.
On trempe cette plaque de zinc dans un bain acidulé à 3 pour 100 d'acide azotique, et on l'y laisse séjourner une
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
à deux minutes. La plaque prend un aspect terne et, à la loupe, on distinguerait les aspérités du grain correspondant à une faible attaque de l'acide.
Après l'avoir essuyée, on la couvre d-une préparation gallique ainsi composée :
Eau 1000^
Noix de galle concassée 50 sr
Après l'avoir réduite d'un tiers environ par l'ébullition, on laisse refroidir et Ton filtre à travers un linge, puis on ajoute
Acide nitrique 10 s1'
Acide chlorhydrique 0, G
On laisse la préparation en contact avec la plaque pendant cinq minutes en moyenne, on lave et l'on essuie ; puis on sensibilise le zinc avec le bitume de Judée à la manière ordinaire.
Après développement, on déprépare les traits avec de l'eau acidulée d'acide acétique à 5 pour 100.
Aussitôt après le passage à l'acide acétique, on peut enlever le bitume du fond avec un tampon imbibé de benzine, essuyer la plaque avec un linge et la livrer à l'imprimeur qui, sans précautions spéciales, lui fait subir les opérations habituelles de la Lithographie pour l'encrage et l'impression.
A l'époque où ce procédé, ou mieux cette variante d'un procédé connu, fut publiée (r), nous fîmes remarquer que le résultat obtenu serait meilleur en encrant d'abord et en chauffant un peu le zinc parle dos. L'encre pénétrerait mieux dans les plus
{1 ) Bulletin de la Société française de Photographie, 1882, p. 159 à 161.
petits interstices du grain et l'on aurait plus de solidité.
Procédé de Photolithographie Asser ('). — On prend du papier de premier choix sans colle, un peu fort, et l'on recouvre le côté lisse d'une couche d'amidon.
L'amidon s'écrase d'abord à l'eau froide, en bouillie épaisse, qu'on éclaircit en ajoutant de Feau et en remuant. Ensuite on met le vase sur un feu modéré, sans cesser d'agiter jusqu'à ce que le bouillie perde sa couleur blanche et devienne bleuâtre, tout en restant suffisamment liquide pour couler lentement et régulièrement sur le papier.
L'amidon est versé dans une cuvette plate en porcelaine ou en faïence. Le côté uni du papier est mis en contact avec l'amidon, en ayant bien soin d'éviter les bulles d'air. On relève la feuille et on la laisse sécher à plat, le côté net en dessous.
Au préalable, on coupe la feuille en morceaux de la grandeur du format des travaux à exécuter, afin de ne pas avoir recours à des cuvettes d'une dimension trop grande.
Dans une pièce obscure, on aura préparé une solution concentrée de bichromate de potasse pour en saturer complètement la surface amidonnée. On suspend le papier dans l'obscurité, à une corde, par un des bords, et retenu par une épingle en bois.
Après le séchage parfait, on glace le côté enduit d'amidon et de bichromate de potasse en le mettant sur une pierre polie et en donnant plusieurs pressions.
Toutes ces opérations doivent avoir lieu à l'abri de la lumière à partir du moment, bien entendu, où le papier a été sensibilisé au bichromate de potasse.
Dans cet état, on l'emploie comme du papier photographique. On le place sous un négatif enfermé dans un châssis, et on l'expose à la lumière jusqu'à ce que l'image formée par une couleur brun foncé soit bien complète.
(1) .Tournai l'Imprimerie, 1884, p. 09.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 193
On retire alors le positif et on le lave plusieurs fois à l'eau pure. Les endroits non impressionnés doivent venir d'un blanc clair et les parties impressionnées d'un vert pâle.
Si l'on n'arrivait pas à ces nuances avec l'eau froide, on remploierait chaude pour finir d'enlever toute trace de bichromate aux endroits non impressionnés. On fait sécher l'épreuve comme ci-dessus, soit au soleil, soit en face d'un feu doux. La chaleur contribue beaucoup à la pureté des traits.
On procède à l'encrage en mouillant le revers de l'image avec une éponge fine imprégnée d'eau froide en été, légèrement dégourdie en hiver; on ressuie avec du papier brouillard, et l'on place l'image sur une pierre polie ou sur une glace la face en dessus.
L'encre est celle dont se servent les lithographes pour les transports en y ajoutant toutefois une portion convenable d'oléine.
Préalablement à l'encrage, on a du mastic dissous dans de l'alcool, on en étend, à l'aide d'un tampon de ouate une couche égale sur le papier; on passe et Ton repasse le coton jusqu'à séchage complet.
L'encre est mise sur une pierre et bien distribuée avec un rouleau de bois, recouvert de drap doublé d'ouate ou de velours de soie.
L'humidité qui reste sur les blancs de l'image suffit pour repousser l'encre.
Les impuretés attachées sur les parties blanches et sur les parties colorées s'enlèvent en passant doucement le rouleau qu'on nettoie ensuite avec une éponge fine légèrement mouillée.
Ce qui peut rester d'humidité est enlevé une dernière fois en se servant de petits tampons de papier brouillard.
L'image encrée se décalque sur pierre ou sur zinc comme un transport ordinaire, par la pression du râteau et se traite ensuite comme un dessin lithographique.
Le velours ou la ouate du rouleau doit se renouveler souvent.
Procède Husnik. — Le professeur Husnik, de Prague, préfère employer du papier gélatiné recouvert d'une couche d'albumine.
D'après lui, la couche de gélatine sous-jacente donne au papier plus de résistance à l'action de l'éponge quand on développe l'épreuve, et lors du frottement comme aussi quand on encre, la matière colorante ne peut atteindre les fibres du papier.
L'image n'est donc pas facilement détériorée, le développement est des plus faciles, puisque, dans les parties non insolées, l'albumine se dissout et découvre la gélatine.
On a ainsi non seulement des traits d'une très grande finesse, mais encore des fonds exempts de teinte.
Yoici la méthode indiquée par M. Husnik :
Du beau papier est enduit d'une mixtion de
Gélatine 25 §r
Eau 860"
Alcool 115
Glycérine 25
Le papier est mouillé, puis étendu à la surface d'une glace posée de niveau et l'on y verse la mixtion cidessus.
Quand le papier est sec, on peut le conserver dans cet état tant qu'on veut.
Pour le sensibiliser, on le met à flotter pendant deux minutes sur la mixtion filtrée ci-après :
Albumine ( bien battue et reposée ) 360 sr
Eau distillée 1000"
Bichromate d'ammoniaque 70 §r
M. Husnik prépare un papier tout gélatiné et albuminé d'avance et qu'il suffit de sensibiliser au bichromate de potasse quand on veut s'en servir.
La formule de la préparation de ce papier, d'après Schnauss, serait la suivante : une partie de belle gélatine est dissoute dans 24 parties d'eau, ^oo de partie
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
d'alun de chrome dissous dans un peu d'eau y est ajouté. Le mélange est filtré et versé, tandis qu'il est chaud, dans une cuvette en zinc où on le maintient chaud avec une lampe à essence de pétrole ou à gaz à la température de 45°. La surface est débarrassée de l'écume, on y fait flotter une feuille après l'autre et on les met à sécher. Le papier est ensuite enduit une deuxième fois sur la même solution, mais il est mis à sécher suspendu par le bout opposé à celui de la première fois.
Enfin, quand il est sec, le papier gélatiné est enduit avec un mélange de 1 partie d'albumine et 2 parties d'eau et prêt à servir une fois sec.
Pour sensibiliser ce papier, M.Husnik recommande la solution suivante qu'il a trouvée utile aussi avec d'autres papiers :
Bichromate de potasse 53 sr
Eau , 790«
Alcool 210
De l'ammoniaque liquide est ajoutée pour ramener la couleur au jaune clair. Le bain doit dégager une odeur d'ammoniaque très marquée ; un petit excès est sans conséquence.
Ce bain se conserve bien s'il est enfermé dans un flacon bien bouché et maintenu dans un endroit obscur. Quand on veut s'en servir, la solution filtrée est versée dans une cuvette et le papier y est mis à flotter par la surface non préparée et mis à sécher dans Pobscurité, mais dans un milieu très aéré pour que la dessiccation soit rapide.
Après avoir sensibilisé la quantité de papier voulue, il convient de renfermer la solution dans son flacon pour éviter l'évaporation de l'ammoniaque. Si l'on a à s'en servir fréquemment, il faudra y ajouter de temps à autre un peu d'alcool et même l'enrichir avec une solution neuve.
D'après M. Husnik, l'alcool est une des parties importantes de la solution sensible; il rend plus durable le bain dans lequel se dissolvent peu à peu des matières orga-
niques enlevées du papier, et il produit un effet qui facilite le nettoyage du dessin avec l'éponge.
Un bain sans alcool ne donne pas des parties ouvertes dans les grandes ombres du dessin et produit une teinte clans les lumières.
L'ammoniaque neutralise complètement Je bain, de telle sorte qu'il ne peut se décomposer dans ces conditions et reste en bon état.
Quand le papier est sec, l'ammoniaque s'est évaporée et elle a été remplacée par un double sel sensible.
L'immersion du papier dans le bain doit se faire avec soin, la préparation étantau-dessus, et, quand il est humide, on ne doit le toucher ni avec les doigts ni avec un objet solide, ce qui pourrait le détériorer. Quand il est sec, le papier doit être satiné sur une presse ou sur un laminoir avant de servir.
Ce papier est très sensible. Il peut donc servir par tous les temps et toutes les lumières. On ne peut le conserver en bon état que pendant un ou deux jours, et surtout durant la saison chaude.
Procédé de M. Boises. — Pour la reproduction de sujets très fins par la méthode du mouillage, M. Bolas a indiqué la préparation d'un papier semblable à celui de M. Husnik : 180 gr d'une gélatine très soluble sont dissous dans 750cc d'eau chaude et la solution est battue vigoureusement pendant vingt minutes, après quoi Ton ajoute 2250cc d'eau chaude, et le mélange est encore battu pendant quelques minutes afin de bien mélanger la gélatine et l'eau.
Pendant ce temps on ajoute 3 gouttes d'acide phénique et 7&r d'ammoniaque liquide.
La solution de gélatine est alors passée à travers une fine mousseline et versée dans une cuvette placée dans un bain-marie que Ton maintient chaud. La surface est nettoyée des bulles et autres impuretés qui pourraient s'y trouver, et une feuille de papier y est déposée avec précaution, d'un mouvement continu. On l'y laisse flotter pendant environ une demi-minute et on la met sécher.
PHOTOLITHOGRAPHIE PAU TRANSFERT.
Les papiers préparés les premiers auront l'enduit le plus parfait et ils conviendront aux travaux les plus délicats; les suivants sont moins bons, ils sont mieux^ appropriés aux sujets moins déliés.
Après dessiccation, le papier peut être enduit d'albumine.
procédés d'impression photozincographique de sujets au trait.
Nous extrayons du Moniteur de la Photographie (') une description complète d'un procédé de Photozincographie dont l'application conduit à d'excellents résultats.
Il s'agit d'une méthode d'impression permettant d'obtenir sur zinc une réserve photographique, pour en venir ensuite à imprimer avec de l'encre grasse sur le zinc, comme sur la pierre lithographique.
La première opération, quand on s'est procuré du zinc d'une épaisseur convenable, soit delmm d'épaisseur pour les épreuves d'une certaine étendue, et de 0mm,5 pour les petites surfaces, consiste dans le décapage du zinc en le plongeant dans de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique à 3 pour 100; avec un pinceau doux on fait échapper les bulles qui se forment à la surface de la plaque, puis, quand le décapage paraît complet, on lave à grande
(') Moniteur de Isl Photographie, année 1887.
eau et Ton prépare le métal pour le rendre hygroscopique (soit pour lui donner la propriété des pierres lithographiques) en l'immergeant durant une ou deux minutes dans la liqueur dont notre savant collaborateur, M. le capitaine Biny, a donné la formule.
Elle se compose d'une dissolution aqueuse saturée en même temps, et à la température ordinaire, d'acide gallique et d'iode en paillettes, et l'on ajoute 2sr d'acide phosphorique solide pour 100 cc de mélange.
Après immersion bien régulière dans ce bain, la plaque est lavée, séchée rapidement entre du buvard et, quand elle est complètement sèche, on la recouvre d'une solution de bitume de Judée composée de
Bitume 50 sr
Benzine anhydre 1000'°
Pour avoir la certitude d'employer delà benzine anhydre, on met dans le flacon qui contient ce liquide quelques fragments de chlorure de calcium bien sec.
Pour les petites surfaces à couvrir, on peut verser la dissolution de benzine de la même façon que l'on collodionne les plaques et sans faire usage de la tournette.
Mais l'emploi de cet outil est indispensable s'il s'agit de surfaces assez étendues, et, dans ce cas,
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 199
le titre de la dissolution de bitume doit être abaissé à 3 pour 100.
Quand la couche de bitume est absolument sèche, on la recouvre d'une deuxième couche formée d'albumine bichromatée (M.
La composition de l'albumine bichromatée est la suivante :
4 œufs frais battus en neige, soit environ albumine... 50 gr
Eau 50 cc
Bichromate d'ammoniaque 5sr
Le tout est bien battu, puis filtré à travers du papier, et l'on ajoute quelques gouttes d'ammoniaque à la liqueur filtrée.
La plaque bitumée est posée sur la tournette, on la recouvre d'albumine bichromatée en évitant les bulles et les poussières. Il faut, avec un morceau de papier propre, diriger le liquide sur toute la surfacepour l'en bien recouvrir. On rejette l'excès et Ton égalise la couche avec la tournette qu'il faut faire fonctionner assez lentement, surtout en débutant, sans quoi on produirait des bulles.
On termine la dessiccation sur une plaque de fonte chauffée à 50° seulement, et dans un milieu sombre, l'albumine bichromatée sèche étant assez sensible.
(1) Ce procédé, qui permet de profiter en même temps et de la sensibilité de l'albumine bichromatée et de la résistance aux acides du bitume de Judée, a été publié par M. Fisch en 1882.
Dès que la dessiccation est absolument complète, on expose sous le cliché, positif ou négatif, suivant le genre de travail que l'on veut obtenir. S'il s'agit d'un dessin au trait, d'une gravure au trait dont on veut faire des impressions à l'encre grasse, il faut user d'un cliché positif, soit d'un dessin original sur du papier dioptrique, soit d'un positif photographique.
S'il s'agissait de gravure en relief, on userait d'un négatif et, au contraire, d'un positif pour la gravure en creux. Nous aurons à revenir sur cette dernière application.
L'exposition varie évidemment suivant l'intensité lumineuse dont on dispose. En plein soleil, elle varie d'une à deux minutes avec des positifs très translucides dans les blancs. S'il y a à traverser du papier, qui constitue un écran plus ou moins opaque, la durée de l'exposition s'accroît suivant le degré d'opacité du papier.
Quelques essais^sufïisent pour qu'on devienne maître dutemps d'exposition.
La plaque insolée est immergée dans de l'eau teintée avec de l'aniline bleue ou rouge. Toutes les parties qui correspondent aux traits opaques du cliché, n'ayant pas été insolubilisées par la lumière, se dissolvent dans l'eau, tandis que les parties insolubles se teignent en rouge ou en bleu, et permettent de se rendre compte très nettement de l'état de la réserve ; si elle est bien complète,
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 201
ce dont on s'aperçoit rapidement, on termine le lavage avec de l'eau propre et l'on sèche.
Si elle n'est pas complète, on nettoie la plaque et l'on recommence.
Dès que la réserve formée par l'albumine est tout à fait sèche, on procède à la dissolution du bitume qui se trouve dans les parties couvertes; pour cela faire, on immerge la plaque dans un bain formé de
Essence de térébenthine 1000"
Benzine 250 cc
Peu à peu les traits se montrent avec la couleur du métal, tandis que le bitume recouvert d'albumine demeure inattaqué. La dissolution une fois terminée, on lave à grande eau pour bien chasser l'essence et dégraisser la plaque que l'on soumet ensuite à l'action d'un bain d'eau acidulée d'acide azotique à 3 pour 100, pendant cinquante secondes environ.
L'acide mord le zinc dans tous les traits et le creuse très peu, mais suffisamment pour le dépréparer et le rendre, par suite, apte, dans tous les endroits dépréparés, à retenir aisément l'encre grasse.
On lave au sortir de l'eau acidulée et on laisse bien sécher. Après quoi, on passe de l'huile sur toute la surface de la plaque, de façon à l'en bien garnir. Cette substance grasse pénètre dans le zinc
partout où il est à nu ; un quart d'heure après, on essuie la plaque pour enlever toute l'huile en liberté, puis on la nettoie à l'eau pour enlever la réserve d'albumine, et à la benzine pour enlever le bitume. Elle est alors prête pour l'impression ; on n'a pas à gommer, il suffit de mouiller et de passer le rouleau chargé d'encre, on verra le dessin monter peu à peu.
Grâce au creux qu'a produit l'acide, le trait se trouve comme cloisonné, d'où il résulte une impression bien plus fine. On a presque l'avantage de la gravure en taille-douce, tout en usant du mode d'encrage et de tirage lithographiques.
On pourrait, au lieu de mettre de l'huile, passer le rouleau de façon à faire tableau noir, et il ne serait pas mauvais d'exposer durant quelques instants la plaque, du côté du dos, à une chaleur modérée. Les pores du zinc, dilatés par la chaleur, se dilatent et absorbent plus facilement la matière grasse.
En résumé, c'est la combinaison, en un seul et même procédé, de deux méthodes publiées, l'une par M. Fisch, en 1882, et l'autre par le capitaine Biny, en 1883.
Nous ne pensons pas qu'il puisse être rien fait de plus pratique et de plus complet en matière d'impression photozincographique.
PHOTOZINCOGRAPHIE
Deux méthodes sont indiquées ; bien qu'on les connaisse dans leur ensemble, nous devons en extraire les formules et les tours de main spéciaux.
Procédé à V albumine. — On fait usage d'un négatif redressé. Le zinc employé doit être en feuilles minces, pour que le contact avec le négatif, au châssis-presse, soit aussi complet que possible. La plaque, après les lavage et grenage usuels, est mouillée avec une forte solution dégomme et d'une décoction de noix de galle. Elle est mise ensuite à sécher, puis lavée pour enlever toute trace de gomme. On la fait sécher de nouveau, puis on l'enduit également et avec beaucoup de soin, à l'aide d'un tampon de flanelle, avec la solution ci-après :
Arrowroot 30 §r
Bichromate de potasse 13
Eau 1000-
dont on prend 40 cc. On y ajoute 5gr de bichromate de potasse, puis d'une solution d'albumine et d'eau, en égales parts, on prend 15cc.
L'enduit déposé sur la plaque est excessivement mince; la plaque est rapidement séchée à une
(1) Annual gênerai Report oftheSurvey of India (1887-1889), par le colonel Waterhouse.
20 i CHAPITRE QUATRIÈME.
chaleur modérée et elle est sèche en quelques minutes. On l'expose alors pendant environ six minutes au soleil sous un négatif de traits redressé, puis la plaque est immergée dans de l'eau fraîche pendant une demi-heure pour enlever le bichromate. La surface exposée est ensuite épongée, de façon à enlever toute la matière non altérée par la lumière pouvant y rester ; après un rincement complet à l'eau claire, on la fait sécher, puis on la recouvre d'encre à transport, et environ un quart d'heure après, aussitôt que cette encre s'est séchée, on nettoie la surface avec de l'essence de térébenthine.
Quelques gouttes d'eau sont projetées sur la plaque et elle est alors roulée avec de l'encre à impression ordinaire.
Une application ultérieure de la solution de gomme et de noix de galle semble inutile, si ce n'est pour nettoyer les marges ; mais on ne doit faire cette application qu'après que l'image a été bien encrée.
Une plaque ainsi préparée a fort bien marché jusqu'à un tirage de 700 exemplaires d'un môme sujet très fin et beaucoup mieux qu'aurait donné une plaque par voie de transfert.
Procédé au bitume. — Un négatif redressé est nécessaire comme dans la méthode précédente. La solution de bitume est préparée en prenant
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 205
120 gr de bon bitume de Syrie que l'on broie ; on le lave ensuite à l'éther pour séparer la portionsoluble ; on ajoute du nouvel éther quatre fois, en laissant s'écouler une heure environ entre chaque changement. Ce traitement laisse environ 50 pour 100 de bitume insoluble dans l'éther; ce résidu est séché et forme un approvisionnement.
Ce lavage a pour objet de supprimer les parties les moins sensibles qui entrent dans la composition du bitume.
Une solution à 2 ou 3 pour 100 est faite dans de la benzine avec ce bitume purifié ; on laisse reposer une heure ou deux, puis on filtre avec soin. Cette solution peut se conserver indéfiniment.
La solution dans de l'essence de térébenthine donne lieu à un précipité au bout de peu de temps ; mais on peut l'empêcher par une addition de chloroforme ou de thymol.
Il faut un peu d'habitude pour enduire avec succès des plaques d'une grande dimension, à cause de l'évaporation rapide.
M. Turner a trouvé que le mieux était de poser la plaque de zinc sur une glace de même dimension et d'y verser la solution de bitume comme quand on collodionne, en faisant écouler rapide ment l'excès par le coin droit inférieur. Il faut avoir soin d'en mettre sur la plaque une quantité assez considérable pour lui conserver l'état liquide.
La solution est alors ramenée rapidement vers le coin gauche supérieur, et la plaque est mise à sécher sur un support, sur lequel porte seulement la partie centrale de la plaque. Les deux extrémités qui dépassent ce support se courbent légèrement, ce qui contribue à égaliser l'épaisseur de la couche.
On a pu de la sorte préparer des plaques de 60 x 80 centimètres sans aucune difficulté. Au bout de quelques minutes, la plaque sera sèche et prête pour l'usage. Le bitume, préparé comme il a été dit, est très sensible, et il suffit d'une exposition de dix minutes au soleil, avec un bon négatif de traits, très limpide.
A la lumière diffuse, il faudra de vingt minutes à une demi-heure.
Si l'impression a lieu au soleil, il faut avoir soin de laisser les plaques se refroidir complètement avant le développement, et, pour y arriver plus sûrement, il convient de les mettre dans de l'eau froide, puis de les sécher entièrement avant de les immerger dans le bain de térébenthine.
Il a été reconnu qu'une très légère élévation de la température dans la plaque influençait considérablement le développement en amenant la dissolution de bitume partout, comme dans le cas d'une exposition insuffisante.
Le développement s'opère en plaçant les plaques dans une cuvette contenant assez de térébenthine
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
pour les recouvrir. On agite la cuvette jusqu'à ce que l'image apparaisse, et la plaque est maintenue dans ce bain jusqu'à ce que tout le bitume soluble ait été dissous.
Si l'exposition a été convenable, on peut laisser durer le développement assez longtemps sans avoir à craindre que les traits ne soient attaqués. Le développement terminé, la plaque est sortie et immédiatement lavée sous un fort jet d'eau, en commençant par un des bords de la plaque et en chassant la térébenthine par le bord opposé ; ce lavage doit durer à grande eau pendant environ dix minutes, et elle est prête alors soit à être gravée, soit à être encrée de la façon ordinaire pour les transports. Après le traitement habituel à la solution de gomme et de noix de galle, on nettoie la plaque à la benzine pour enlever l'image formée par le bitume, puis on peut imprimer comme d'habitude.
PROCÉDÉ DE PHOTOLITHOCtRAPHIE PRATIQUÉ DANS LES PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS D'AUTRICHE ET D'ALLEMAGNE.
Le bain de bichromate de potasse est formé de :
Eau 1000"
Bichromate de potasse 50 >r
On ajoute à cette solution de l'ammoniaque jus-
qu'à ce que la couleur orange du bain tourne à un jaune clair ; un excès d'ammoniaque ne nuit pas. La température du bain de bichromate doit être portée à environ 19° G.
Ce bain est filtré dans une cuvette de la dimension convenable, et le papier, la surface préparée en dessus, y est entièrement immergé; on l'y laisse jusqu'à ce qu'il soit bien assoupli. Cela est important, car, si la durée de l'immersion a été, insuffisante et si la température du bain a été inférieure à 19°, la solution ne pénétrera pas assez profondément dans la couche, et, par suite, lorsqu'on encrera l'image, l'encre adhérera mal aux parties impressionnées, surtout aux traits et espaces du dessin les plus larges.
Après une durée d'immersion suffisante, le papier est sorti du bain, maintenu sur la cuvette, de façon que le liquide en excès s'y écoule par un des coins inférieurs, et, dès que le gros égouttage est terminé, la feuille est étendue sur une glace d'une dimension un peu plus grande que celle du papier, préalablement bien nettoyée et talquée, la surface préparée en dessus ; on tamponne avec un chiffon souple.
Il faut éviter cl'épousseter trop complètement la plaque talquée, car il pourrait arriver que le papier, après dessiccation, n'adhérât à la glace que partiellement ; il vaut donc mieux qu'il y ait du talc en excès plutôt qu'en moins. Si, après entière
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT. 209
dessiccation, le papier adhérait en quelques points de la glace, c'est qu'elle aurait été mal nettoyée.
Il faut aussi prendre garde qu'il ne reste des bulles d'air entre la glace et le papier, car on les apercevrait sur le papier sec avec l'apparence de points mats, ce qui nuirait à la perfection du travail.
Dès que la feuille est bien étendue sur la glace, on passe à sa surface supérieure un linge doux formant tampon, en pressant assez fortement pour chasser le liquide et, de cette façon, obtenir une plus rapide dessiccation.
La glace portant le papier est alors placée dans une pièce obscure, pas trop chaude, où on le laisse se sécher spontanément, ce qui aura lieu dans un intervalle de six à douze heures. On s'en assure facilement en touchant le dos du papier et en vérifiant s'il se détache aisément.
La surface du papier, après qu'on l'a détaché de la glace, est très brillante et elle est prête à recevoir l'impression ; on doit donc le tenir dans l'obscurité.
Le papier sensibilisé doit être employé dans les vingt-quatre heures ; il y aurait plus de difficultés à vaincre si l'on attendait plus longtemps. On doit éviter de le conserver dans un milieu trop sec, parce que l'excès de siccité lui enlève sa souplesse et il est plus difficile d'obtenir un contact immédiat avec le négatif ; d'autre part, il est
nécessaire que le papier ait un certain degré de flexibilité pour pouvoir mieux contrôler les progrès de l'impression par l'ouverture d'un des volets du châssis-presse, sans courir le risque d'avoir une image doublée.
S'il arrivait que le papier fût trop cassant, il devrait être placé entre des feuilles de buvard légèrement mouillées, en évitant que le papier de transfert ne devienne trop humide.
L'emploi d'un photomètre est inutile, puisqu'il est possible de suivre la venue de l'image en ouvrant un des côtés du châssis-presse. L'épreuve sera d'une couleur brune et elle devra se détacher nettement du fond.
Une surexposition est très nuisible, parce que les lignes et points de l'image deviennent plus larges et aussi parce que le développement devient plus difficile. Si, cependant, il y a sous-exposition, l'encre n'adhère pas à l'image lors du développement ou bien elle n'adhère tout au moins qu'aux parties vigoureuses.
Il faut aussi prendre garde que les surfaces intérieures du châssis-presse ne soient humides : cela nuirait à la finesse de l'épreuve.
Il peut arriver, surtout dans les cas de reproduction d'après des dessins d'un travail serré et d'après des gravures au burin, que certaines parties du négatif s'impriment trop rapidement ; on passe alors au dos de ces parties-là un enduit de
carmin, ainsi qu'on le fait d'habitude dans la retouche des négatifs à demi-teintes.
L'encrage de l'épreuve à transporter peut s^pérer de diverses façons, mais il est essentiel, dans tous les cas, de n'y employer qu'une encre légèrement colorée, même pour la totalité de l'image; on y arrive à l'aide d'une éponge ou d'un chiffon aussi bien qu'avec un rouleau de velours. Voici la marche opératoire :
La face poncée d'une pierre lithographique est encrée au rouleau avec de la bonne encre à transport, et le rouleau de velours, qui peut-être est celui qui convient le mieux pour cet objet, est chargé avec soin d'une mince couche de cette encre ; alors l'impression qui a été placée sur une surface polie est encrée avec le rouleau jusqu'à ce que la surface entière soit recouverte d'un ton gris moyen. Les parties vigoureuses de l'image seront encore visibles à travers la couleur, sans quoi l'on aurait mis une couche d'encre trop épaisse.
Quand l'opération a eu lieu dans de bonnes conditions, le transfert est placé dans de l'eau froide propre, en ayant soin que, dans Feau, des bulles d'air n'adhèrent à l'image et que le dos du papier soit complètement recouvert d'eau. Après dix à quinze minutes, le transfert est enlevé; on laisse égoutter et le dos du papier placé de nouveau sur une surface polie et le liquide enlevé à la surface delà couche à l'aide de papier soie: on
roule par-dessus un vieux rouleau lithographique propre, en évitant avec soin la formation de plis qui pourraient endommager la couche.
Le transfert humide est de nouveau encré avec le rouleau de velours chargé de couleur.
Si, après quelques coups de rouleau, l'image sort très distinctement, le papier ayant perdu la coloration jaune due au bichromate de potasse, il n'y a plus qu'à enlever, avec une éponge propre et très souple imprégnée d'eau, la couleur qui adhère encore aux parties non impressionnées de la surface.
Si, cependant, le transfert, après avoir été encré, paraît encore jaune, il doit être placé, avant d'user de l'éponge, encore une fois clans l'eau, et l'on recommence l'encrage avec le rouleau de velours.
Les transferts développés sont placés entre du papier buvard sec, propre et très glacé et débarrassés de l'eau qui y adhère encore par une pression convenable; on les attache ensuite à l'aide de punaises sur une planche, où on les laisse se sécher spontanément, dans une pièce légèrement chauffée et exempte de poussière.
L'épreuve sèche est placée entre des feuilles de buvard humides dans le cas d'impressions grenées ou coupées ; du papier de soie doit être employé au lieu de buvard ordinaire.
On doit, pour le premier coup de presse, ne donner qu'une pression légère, que l'on accroîtra
PHOTOLITHOGRAPHIE PAR TRANSFERT.
ensuite graduellement. Le transfert est, comme d'habitude, mouillé à plusieurs reprises. Après la dernière pression, le transfert est enlevé sdus son nouveau mouillage ; si l'on éprouve la moindre difficulté à y réussir, la pierre doit être enlevée de dessus la presse et placée, pendant un court espace de temps, dans une pièce froide, ou bien le transfert doit être abandonné à une dessiccation spontanée. Dans les deux cas, l'enlèvement du transfert se trouve facilité.
La morsure s'opère comme d'ordinaire avec de l'eau gommée, légèrement acide; toutefois, dans le cas des dessins très fins, on doit appliquer un liquide donnant un relief haut et net ( 1 ) .