CHAPITRE V
AUTOGRAPHIE
Nous entendons, par ce mot, l'ensemble des méthodes conduisant, avec ou sans le concours de la Photographie, à l'exécution de dessins destinés soit à être décalqués sur pierre ou sur zinc pour servir de base à une impression multiple, soit à être reproduits photographiquement par contact ou à la chambre noire. L'Autographie joue un rôle de plus en plus important à mesure que se perfectionnent les procédés de Photolithographie et de Photogravure ; on ne saurait donc négliger de s'en occuper dans un Traité relatif à ces procédés.
Bien souvent les dessins originaux doivent être exécutés en vue de leur reproduction par la Photographie et de leur multiplication par des impressions mécaniques. Le résultat définitif ne saurait être bon, si l'original manque des qualités nécessaires; il convient donc, tout d'abord, de faire connaître les règles auxquelles on doit se conformer quand il s'agit d'exécuter un original propre
aux travaux ultérieurs de la Photolithographie, de la Phototypographie et de la Photogravure.
Nous trouvons à cet égard, dans les intéressants travaux publiés par le colonel Waterhouse, un ensemble de règles prescrites aux dessinateurs des services publics du gouvernement des Indes.
Règles pour l'exécution de dessins originaux propres à la, P liotolithograjohie. — 1° Les dessins devront être exécutés sur du papier très blanc ayant une surface bien lisse, sur de la toile à dessiner bien nette, et, c'est ce qu'il y a de mieux, sur un carton de beau bristol. Quand cela se peut, le dessin doit rester fixé à la planche à dessin et, en tout cas, il devra être conservé aussi propre que possible, être exempt de coups de pinceau, .de plis et de parties godées.
La moindre défectuosité, à peine visible sur l'original, prend, dans la Photographie, des proportions fâcheuses.
2° La meilleure encre à employer est l'encre de Chine que l'on devra renouveler fréquemment et faire assez épaisse pour donner des lignes entièrement noires. On y ajoute souvent une substance jaune ; la terre de Sienne convient parfaitement à cet emploi.
On conseille aussi l'addition d'une petite quantité d'une solution de bichromate de potasse.
Il faut avoir soin de ne pas ajouter une matière qui permettrait à l'encre de s'étendre au delà des lignes, surtout quand on travaille sur la toile à dessiner.
3° Les traits doivent être tracés avec fermeté et netteté, ni trop fins ni trop rapprochés les uns des autres.
Les lignes, même les plus déliées, doivent être complètement noires. Les effets de lumière doivent être produits en traçant des lignes plus fines et en les séparant davantage, mais non par l'emploi d'une encre moins colorée.
AUTO GRAPHIE
Quand on efface les traits au crayon après avoir passé le dessin à l'encre, il faut bien prendre garde de ne pas altérer la couleur opaque et la netteté des lignes en les" frottant trop fort, sans quoi elles apparaîtront brisées lors de la reproduction.
4° Les traits croisés qui serviront à produire les ombres devront être très ouverts et en traits fermes et bien nets. L'intensité des ombres sera indiquée par des traits plus forts, plutôt que par des traits très rapprochés. On doit songer pourtant que Ton ne doit pas abuser des traits trop forts, parce que, s'ils étaient en même temps très rapprochés, ils pourraient, lors de l'impression lithographique, ne former qu'une masse, ce qui donnerait à la reproduction un aspect lourd et désagréable. On doit aussi éviter, pour ombrer les parties les plus sombres, de croiser et recroiser avec des traits légers; le mieux est de les ombrer avec des traits forts et distincts.
5° Quand on dessine des cartes, il est préférable de laisser en blanc le cours des rivières, les lignes côtières, les lacs, étangs ou bassins, au lieu de les marquer par des traits légers.
On doit les indiquer sur l'original par une encre d'un bleu pâle, sans qu'il y ait à craindre qu'ils ne soient reproduits.
6° De même, dans les dessins de Mécanique ou d'Architecture, les teintes conventionnelles doivent de préférence être laissées en blanc dans l'original ou bien être indiquées par des lignes teintées en bleu, violet ou en rouge d'aniline.
Des teintes ou lignes gravées pourront ultérieurement être transportées sur la pierre où elles produiront un effet bien plus net que ne le feraient les lignes reproduites directement d'après l'original.
7° Des lavis de n'importe quelle couleur, à part le bleu pâle, le violet et le rouge d'aniline ou autres couleurs qui ne se reproduisent pas, sont inadmissibles sur les dessins destinés à des reproductions photolithographiques.
Si c'est nécessaire, des contours peuvent être tracés en couleur noire avec des substances qui se reproduiront en
noir, telle que du rouge intense, du brun, du jaune, de l'orangé et du vert.
Les détails que Ton désirerait retrouver sur l'original, mais non dans la copie, doivent être dessinés en bleu pâle, en violet ou en rouge d'aniline.
Les lignes d'axe, de coupe, de côtes, de projection, etc., doivent être tracées à la même encre; il est très facile de les distinguer en les exécutant par pointillés, éléments où les deux sont combinés de différentes manières et de diverses grosseurs, comme par exemple :
Les points ou taches et autres détails qui ne devront pas apparaître dans la reproduction devront être recouverts avec de la peinture de blanc de Chine.
8° Autant que faire se pourra, ies dessins originaux devront être exécutés sur une plus large échelle que celle de la copie. Les défauts du dessin s'amoindrissent par l'effet de la réduction, et le résultat est généralement plus fin, plus net que si la reproduction était d'égale grandeur.
Ces règles s'appliquent évidemment à l'exécution des dessins destinés à être photographiés dans la chambre noire. Mais, s'il s'agit d'originaux que l'on doit reproduire directement par contact sur des papiers photographiques tels, par exemple, que les papiers au ferro-prussiate et cyanofer, au gallate de fer, Artigue, etc., d'autres prescriptions sont nécessaires.
Règles pour les dessins à reproduire par contact. — Il faut que le dessin soit exécuté sur du papier translucide (dit papier à calquer, papier diop-
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trique) aussi exempt de grains que possible. On se conforme en tous points aux indications qui précèdent quant à l'opacité des traits, à la façon d'exécuter les parties ombrées, etc. Plus encore que pour les reproductions à la chambre noire, il impôrte que les traits soient d'une opacité absolue.-
Ces mêmes dessins peuvent aussi constituer des clichés pour des impressions directes sur métal, zinc ou cuivre, recouvert de bitume de Judée, d'albumine ou de gélatine bichromatée.
Quand il faut transformer le positif en négatif, on y arrive par contact, en suivant une des méthodes indiquées au Chapitre des clichés factices.
Le papier au gélatinobromure Eastman, le papier négatif Artigue, peuvent utilement servir à cette transformation. Dans le cas du papier au gélatinobromure d'argent, il est indispensable, le plus souvent, de recourir à une méthode de renforcement pour obtenir l'intensité nécessaire au fond, qui doit être d'une opacité parfaite.
Si le dessin a été exécuté sur du papier dépourvu de la translucidité suffisante, on peut employer le moyen recommandé par M. Fisch (*), moyen très simple et qui ne détériore nullement la gravure ou le dessin original.
On fait un mélange de parties égales d'alcool et d'huile de ricin bien blanche, ou encore en prenant 1 partie d'huile
t1) Fisch, Photocopie, p. 63.
de ricin pour 2 parties d'alcool; au moyen d'une éponge douce, on applique ce mélange sur l'envers du dessin ou de la gravure en l'imbibant bien. Lorsque la transparence parfaite est obtenue, on enlève l'excès au moyen d'un papier buvard, et on laisse sécher complètement pour ne pas graisser le papier sensible employé. L'alcool s'évapore, et l'huile de ricin, qui n'a aucune odeur ni couleur, reste seule.
Pour rendre ensuite au papier du dessin ou de la gravure sa blancheur, son , caractère et son aspect primitif, c'est-à-dire pour enlever l'huile absolument, on l'immerge pendant quelques heures dans de l'alcool absolu qui dissout l'huile de ricin et en enlève jusqu'à la moindre trace. On termine par un lavage à l'eau et Ton fait sécher; l'original reprend alors son aspect primitif et aucune trace de ces opérations n'est visible même pour l'œil le plus exercé.
Tout le monde connaît le procédé autographique qui consiste à écrire ou à dessiner, sur un papier spécial dit papier aatographique, avec de l'encre lithographique.
Le dessin terminé, on décalque sur pierre et sur zinc, et Ton procède comme dans les tirages de la Lithographie ordinaire (fig. 10). Le papier autographique est vendu tout préparé. Il en est de deux sortes : un papier normal et un autre, translucide, pour calquer.
Au lieu de se servir de ce papier et de confier le tirage au soin d'an lithographe, on peut, s'il s'agit de sujets de petites dimensions, employer un autre procédé, celui dit de V Autocopiste noir. On écrit alors sur un papier quelconque, mais lisse et
Fig. 10.
Cliché d'après un dessin à la plume sur papier autographique.
bien collé, avec une encre spéciale ayant la propriété de coaguler ou mieux de tanner la gélatine. Quand le dessin ou récriture sont terminés et secs, on applique la feuille contre la surface de parchemin gélatiné bien tendue, dans un appareil ad hoc. On laisse à l'encre le temps d'agir sur la gélatine humide, puis on l'enlève et l'on encre au rouleau comme dans les procédés de Lithographie. Ce procédé dispense d'une presse et il met l'Autographie directe à la portée de tout le monde. Un simple lissage à la main ou avec un rouleau, sur le dos du papier, suffit pour le tirage des épreuves.
Nous n'en parlons que pour mémoire, ces procédés spéciaux étant exploités par une Société qui fournit aux acheteurs des outils et tous les renseignements nécessaires.
Nous passons aussi sous silence des moyens d'Autographie qui sont applicables plutôt à des travaux civils et administratifs qu'à un tirage artistique, tels que le cyclostyle, le papirographe, le chromographe, la plume d'Edison, etc.
Mais il est intéressant de nous occuper de papiers spéciaux, propres aux dessins susceptibles d'être décalqués sur pierre et sur zinc.
Papiers spéciaux pour V Autographie. — Il est plusieurs sortes de papiers autographiques de ce genre. On doit y exécuter les dessins soit avec des crayons, soit avec de l'encre lithographique.
AUTOGRA.PHIE.
Les uns sont à grains, les autres à lignes, de telle sorte que le modelé exécuté au crayon gras ne touche jamais que les sommets ou arêtes des points et des lignes, sans jamais pénétrer dans les parties creuses.
Les papiers en question sont recouverts d'une couche de blanc, et cette couche, au lieu d'être unie, est gaufrée. Ce gaufrage produit soit une granulation plus ou moins fine, soit des lignes disposées de diverses façons. Ainsi il est des lignes en relief parallèles entre elles et très rapprochées; il est des lignes se coupant en croix ou se coupant obliquement.
On se trouve donc en présence d'un grain irrégulier dans les papiers dits à grains, et régulier dans ceux à lignes.
Le dessin peut s'exécuter de toutes pièces sur ces divers papiers. On fait usage d'encre lithographique pour exécuter à la plume les lignes continues et les ombres complètement noires, et du crayon lithographique pour les divers modelés.
Le crayon ne pouvant pénétrer dans les creux du gaufrage, il résulte de cet artifice un dessin entièrement formé de surfaces ou de points noirs sur un fond blanc. La fig. 11 représente un dessin de cette sorte.
Le dessin est ensuite appliqué contre une pierre lithographique poncée ou contre une feuille de zinc, on donne la pression, puis on humecte le dos
Fig. 11.
Cliché d'après un dessin sur papier à grain décalqué directement sur zinc. (Photogravure de la maison Angerer et Goschl.)
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du papier jusqu'à ce que le blanc qui constitue la couche gaufrée soit complètement dilué; on enlève le papier, on nettoie la pierre ou le zinc au pinceau pour la débarrasser de tout le blanc, et il *este à la surface de la pierre le dessin complet, tel qu'il a été exécuté. On n'a plus qu'à traiter la pierre ainsi qu'on le fait pour les dessins directement exécutés au crayon sur la pierre elle-même.
On choisit le numéro du grain du papier suivant la nature du dessin à exécuter. Il faut que le grain soit très fin pour des sujets délicats où le modelé doit être très serré. Plus le grain est fin et plus il est difficile d'obtenir de bons reports. Aussi vaut-il mieux alors se servir de la chambre noire pour obtenir une reproduction, un bon négatif, dont on tire une image, soit sur bitume de Judée, soit sur albumine bichromatée, ces couches sensibles étant appliquées sur tel véhicule convenable, suivant l'usage qu'on devra en faire ultérieurement.
Il faut être un très habile dessinateur pour arriver à faire de toutes pièces, sur ces papiers spéciaux, une œuvre artistique originale ou une copie fidèle d'un sujet à multiplier. Nous croyons que l'on fera bien d'user de la Photographie pour obtenir, sur le papier autographique, un faible décalque en bleu du sujet à dessiner.
Ce décalque s'obtient aisément à l'aide d'un procédé photocollographique. C'est dans ce cas que L. V. 22
la Photocollographie pelliculaire peut devenir vraiment utile en permettant à tout dessinateur
d'avoir à sa disposition, et sans recourir à un photocollographe, le moyen de faire les décalques dont il peut avoir besoin.
L'encre grasse employée doit être bleue pour deux motifs : d'abord, pour que l'épreuve décalquée ne vienne pas, lors de la reproduction pho-
AUTO G R APHTE.
tographique ultérieure, et ensuite pour que tout le travail exécuté en noir par le dessinateur soit
Fig. 13.
Décalque complété à l'aide de la plume et du crayon.
bien nettement visible et parfaitement distinct de l'épreuve décalquée.
Muni de ce guide, le dessinateur peut interpréter le modelé à sa guise, mais il est contraint de respecter les contours et les lignes d'ensemble, et son œuvre présente un caractère d'exactitude bien
autrement complet que s'il s'était borné à tout interpréter.
On conçoit combien est grande la facilité donnée à un dessinateur, même peu exercé, par ce décalque qui ne lui laisse pour ainsi dire plus qu'à accentuer les vigueurs et à suivre des contours déjà tout indiqués.
Ainsi les fig. 12 et 13 montrent un travail de cette sorte exécuté par nous-même. La fig. 12 est la reproduction de répreuve telle que l'a donnée le décalque d'une photocollographie sur papier quadrillé blanc. La fig. 13 est le rendu obtenu par nous avec le crayon, la plume et le pinceau. Nous n'avons pas eu grand' chose à faire pour donner au décalque toute la vigueur et toute la netteté qui lui manquaient.
Dans le cas actuel, le décalque a été exécuté avec de l'encre noire ; il y avait tout avantage à opérer de la sorte, une partie du noir du décalque pouvant servir à l'image complète et, par suite, faciliter la tache du dessinateur.
Quand le dessin, ainsi exécuté, est terminé, on peut soit le transférer directement sur pierre ou sur zinc, soit en faire, en vue de la gravure typographique, un bon négatif à la chambre noire.
Papiers pour dessins à photographier. — Il est d'autres papiers autographiques absolument destinés à être photographiés. Ce sont les papiers