CHAPITRE VI
Plusieurs procédés ont été indiqués pour le transport des impressions photographiques sur les surfaces à graver, bois, pierre, métal. Nous pourrions nous borner à n'indiquer que celles qui nous paraissent les meilleures, mais il convient de connaître la plupart des procédés décrits, ce qui n'est pas bon généralement pouvant le devenir dans un cas particulier.
En remontant à 1862, nous trouvons la description sommaire d'un procédé de photographie sur bois, dû à MM. Colombat et Couvez. Les bois sont préparés à l'aide d'une couche d'albumine chlorurée que l'on traite absolument comme le papier albuminé.
L'image qui résulte de cette préparation est nette et la couche sensible est d'une très faible épaisseur, le tissu ligneux n'est pas attaqué.
Procédé Adolf Beyrsdorff ( 1870). — Le bois, bien
poli, est enduit d'un mélange épais de blanc de plomb et d'eau sans gomme, de façon à bien pénétrer les pores du bois.
Le derrière du' bois est légèrement humecté avec une éponge et de l'eau et on laisse sécher. Ensuite, à l'aide d'une brosse, on imbibe la planche de la composition suivante :
Benzine 1000 cc
Mastic 10sr
Gutta-percha 10
L'enduit blanc se trouve ainsi fixé; mais, pour empêcher l'évaporation de la benzine, on vernit le bloc avec de l'albumine.
Albumine additionnée d'un peu de chlorure de sodium 960 00
Ammoniaque 40
On ne doit employer cette solution que quand elle est devenue putride. Toutefois on doit la filtrer avant d'en faire usage.
Après avoir été ainsi albuminé, le bloc est sensibilisé dans un bain positif ordinaire, exposé et traité comme le papier albuminé.
Ces procédés ne sont indiqués que pour mémoire. Il est certain que toutes précautions doivent être prises pour que le bois ne se gonfle pas par l'action de l'eau, et c'est là un des points importants de ces sortes de procédés. On a essayé différents tours de main, mais le procédé qui, jusqu'ici, semble être
préféré est celui qui consiste à opérer le transfert sur le bois d'une pellicule de collodion où se trouve l'image positive du sujet à graver.
Procédé le plus usuel. —~ D'une façon sommairement décrite, voici comment on opère. Une glace talquée ou recouverte d'un enduit isolant est collodionnée et l'épreuve positive est imprimée à la chambre noire. Après lavage et fixage, on vire l'épreuve avec une solution neutre de chlorure d'or assez forte pour noircir l'image jusqu'à la glace. Cela fait, on laisse sécher le positif, puis on le sépare de son support pour le transporter sur le bloc.
Une faible solution de dextrine ou, de préférence, de gélatine est passée à la surface du bois et on laisse sécher. La glace est plongée dans une cuvette contenant de l'eau acidulée d'acide sulfurique; elle s'en détache bientôt et, quand elle flotte, on retire la glace, on retourne la pellicule et l'on place dans l'eau le bloc (*) que Ton retire aussitôt en entraînant sur sa surface la pellicule de collodion.
Avec un blaireau on assure le parfait contact de la pellicule en chassant le liquide en excès et les bulles d'air; la gélatine la fait adhérer.
(1) Pour que les faces extérieures du bois ne prennent pas l'eau, on peut passer au pinceau une solution de paraffine dans de l'essence minérale.
Par le fait du retournement de la pellicule, le côté du collodion se trouve par-dessus.
On fait sécher le bloc sans l'intervention de la chaleur et en l'entourant de feuilles de papier buvard. Dès que la dessiccation est complète, l'impression apparaît franchement en blanc et noir, mais la surface en est brillante et dure, et il y a lieu d'éliminer le collodion, ce qui se fait en le dissolvant avec un liquide formé de
Éther 660cc
Alcool 340
Tel est l'ensemble du procédé qui implique l'emploi de tours de main propres à chaque opérateur. C'est, nous le répétons, la meilleure méthode qui jusqu'ici ait été mise en pratique.
Autres procédés. — Nous trouvons dans le News la description d'un procédé de transfert que nous avons nous-même appliqué avec un grand succès*
La méthode décrite est celle d'un transfert photocollographique. Le bloc de bois est d'abord préparé avec une mixtion d'albumine d'œufs frais et de poudre d'oxyde de zinc. On vend à Londres cette mixtion sous le nom de blanc de satin. Ces substances sont remuées ensemble jusqu'à ce qu'il y ait formation d'une liqueur crémeuse bien égale; on y ajoute une très petite quantité d'une dissolution épaisse de gomme arabique et l'on passe
aussi régulièrement que possible cette mixtion à la surface du bloc, soit avec le doigt, soit avec un un petit' tampon en liège. Quand la surface est saturée de la préparation albumineuse, on se sert d'un blaireau pour égaliser la couche. Plus son épaisseur sera faible et meilleur sera le résultat.
La plaque collographique est encrée avec l'encre lithographique ordinaire et l'impression a lieu sur le papier de Chine à transfert ordinaire dont on fait usage dans les ateliers de Lithographie. Avant de faire le transport, on a humidifié la feuille en l'intercalant dans des papiers humides pendant dix minutes environ ; puis on l'applique sur le bloc qu'on a préalablement essuyé, après dessiccation complète, avec un tampon de coton. On donne deux ou trois pressions, et le papier portant l'image adhère tellement au bois qu'on ne peut l'enlever qu'en mouillant le dos avec une éponge. Dès qu'on a séparé le papier du bois, on retrouve l'image transférée et prête à être livrée au graveur.
Ce mode de transfert pçut s'appliquer à toute surface métallique ou autre. On peut en user pour décorer le bois ou des panneaux d'une matière différente destinés à l'ameublement.
M. Henderson, pour éviter de mouiller le bois, propose d'employer de l'alcool au lieu d'eau pour fixer l'image sur le bois. La transparente pelliculaire est mise dans un bain d'alcool dans lequel se trouve le bloc de bois, puis on produit le con-
tact. La pellicule s'y enfonce profondément et si le colloclion est d'une nature pulvérulente, il n'en reste plus la moindre trace.
Dams le News (1883), nous trouvons l'indication d'un procédé de M. Grookes, consistant simplement à enduire le bois avec de l'oxalate d'argent et à y faire l'impression avec le négatif. Mais la surface restant sensible, le travail du graveur se trouve contrarié par l'action de la lumière sur l'image.
Le Moniteur de la Photographie (1884) a publié un procédé que nous résumons :
La surface du bois est préparée en la frottant régulièrement avec une pierre ponce; puis on la blanchit avec du blanc de céruse que l'on étend avec la paume de la main ou avec une brosse souple, et on laisse sécher complètement.
On enduit alors la surface du bloc avec de l'albumine salée que l'on verse comme si l'on collodionnait; à l'aide d'une baguette de verre, on égalise l'extension de l'albumine sur toute la surface du bois, mais en évitant soigneusement de toucher le bois directement.
Après que l'enduit a éfeé passé régulièrement, on soulève le bloc sur un de ses côtés en l'appuyant sur une feuille de papier buvard, pour faire écouler l'excès du liquide et le faire sécher.
Cette opération doit être recommencée deux ou trois fois en laissant la dessiccation se produire complètement entre chaque fois.
Quand le bloc est parfaitement sec et après avoir reçu le dernier enduit, il faut sensibiliser la couche d'albumine, dans un laboratoire obscur, avec une solution formée de 10gr de nitrate d'argent pour 100*r d'eau distillée.
Cette opération se fera, comme pour l'albuminage, en étendant le liquide argentifère sur toute la surface à l'aide d'une baguette de verre.
Après complète dessiccation, on soumet la couche sensible à des vapeurs ammoniacales pendant dix minutes et l'on met le négatif en contact avec le bloc, soit dans un châssis-presse construit ad hoc, soit en l'y maintenant avec des pinces américaines. L'exposition à la lumière peut varier de cinq à trente minutes suivant l'intensité soit de la lumière, soit du négatif.
L'impression doit être poussée un peu au delà pour tenir compte d'un affaiblissement lors du fixage.
Si l'on fait usage de pinces en bois pour retenir le négatif contre le bloc, il faut avoir soin de gratter au préalable un coin sans importance du cliché, afin de pouvoir suivre la venue de l'image.
Avec les châssis spéciaux, on peut suivre l'impression, ainsi que cela se fait pour le tirage sur papier.
L'impression étant suffisante, on fixe après avoir lavé la surface de l'image, on laisse agir Thyposulfite pendant dix minutes environ, puis on lave à fond et on laisse sécher le bois posé sur un de ses côtés, et il est alors prêt à être gravé.
Solution d'albumine. — Battre en neige des blancs d'oeufs qu'on abandonne ensuite au repos ; on filtre dans une bouteille et Ton double le volume par addition d'eau filtrée contenant en dissolution 2 à 3 pour 100 de sel de cuisine et 5 à 6 gouttes d'ammoniaque liquide.
Bain d'argent :
Nitrate d'argent cristallisé 100 si- Eau distillée 1000"
Bain de fixage :
Hyposulfîte de soude 150 &r
Eau ordinaire 1000 cc
Procédé décrit par M. Wilson ('). — Pour l'illustration des journaux et ouvrages, on fait d'abord un dessin douze fois plus grand environ que la gravure à publier ; ce dessin est réduit à laide de la Photographie et ensuite trans porté sur bois.
Voici comment on pratique le transport sur bois par le procédé au collodion humide :
On fait d'abord une épreuve transparente au collodion renversé en opérant à la chambre noire d'après le négatif. Il faut user d'un collodion dur et corné.
Le développement s'effectue avec
Acide pyrogallique 13 sr
Acide citrique 8
Acide acétique 100
Eau 1000 «
On fixe à l'hyposulfite de soude.
Le bois est enduit avec la solution chaude de gélatine ci-après :
Gélatine 240 sr
Eau 1000 cc
On dissout la gélatine dans l'eau chaude et l'on ajoute un tiers de gomme d'alun de chrome en mélangeant complètement.
Le bois enduit est mis à sécher. La surface gélatinée est ensuite mouillée avec de l'eau pendant dix à quinze minutes, et l'épreuve toute mouillée, en sortant de l'eau de lavage, est étendue sur le bois, pressée légèrement pour établir le contact et abandonnée à dessiccation sous une légère pression. Quand le tout est sec, le collodion se détache facilement de la glace et reste adhérent au bloc.
La plaque de verre, ou mieux la glace, est nettoyée comme d'habitude, talquée et polie; on l'enduit avec le collodion positif que l'on sensibilise et l'on expose; le fixage a lieu au cyanure de potassium, puis l'épreuve est placée dans une cuvette contenant de l'eau chaude.
(1 ) Wilson s Magazine.
D'autre part, vous avez le bloc noirci avec du noir de fumée en le promenant sur la flamme d'une lampe à pétrole. Pour l'enduire de gélatine, vous versez la solution à sa surface comme si vous collodionniez, vous placez le bloc, une fois sec, dans une cuvette pleine d'eau et vous introduisez la plaque, épreuve en dessous, dans l'eau et en contact de la surface du bloc.
En touchant les bords de la couche, vous vous apercevrez qu'elle abandonne facilement la glace. Vous pouvez alors tourner le bloc dans tous les sens sous l'eau et, dès qu'il se présente en position convenable, vous le sortez de l'eau entraînant avec lui la couche de collodion ; si elle se trouve plissée, cela vient de ce que l'enlèvement de la glace a été trop rapide, il faut alors remettre dans l'eau de nouveau et ramener la couche à l'état plan. Si elle est convenablement tendue, placez le bloc sur un de ses angles pour qu'il s'égoutte, puis mettez-le dans une pièce chaude et aérée pour qu'il puisse se sécher.
L'opération entière, depuis l'impression positive à la chambre noire jusqu'au moment où le bloc est prêt à être mis à sécher, n'exigera guère, dans des mains exercées, que vingt minutes environ. La gélatine ordinaire n'arrêtera pas du tout le burin si le bloc est bien sec et, quand il est gravé, on peut tout enlever immédiatement avec une éponge et de l'eau chaude.
Dans aucun cas il ne faut, pour noircir le bloc, faire usage d'un vernis noir, car il serait presque impossible de faire un bon travail, le burin du graveur glisserait comme s'il était appliqué sur du verre.
Procédé décrit dans Y « Anthony' s Bulletin ». — Nous trouvons dans VAnthony's Bulletin quelques indications relatives à un procédé d'impression photographique sur bois. Nous les reproduisons sous toutes réserves, attendu que nous nous mé-
fions des couches de gélatine mises à la surface du bois à graver.
Voici les formules :
Quand la gélatine est dissoute, on ajoute graduellement le savon en agitant tout le temps; on y ajoute un peu de blanc de zinc, et le mélange est filtré à travers une mousseline.
On met sur le bois une couche de cette mixtion aussi mince et aussi égale que possible, puis on laisse sécher. On passe ensuite la solution suivante avec un large pinceau :
Albumine 1200 f
Chlorhydrate d'ammoniaque 48
Acide citrique 8
Eau 1000"
L'albumine est battue en neige, on laisse reposer et l'on ajoute, en suivant l'ordre de l'indication, l'eau, le chlorhydrate d'ammoniaque et l'acide citrique. Après dessiccation, on sensibilise en étendant avec une baguette de verre la solution de
Nitrate d'argent 128«r
Eau 1000"
L'excès du liquide sensibilisateur est enlevé et on laisse sécher.
L'impression s'opère comme d'habitude sans qu'il soit nécessaire de surexposer.
Après l'insolation, on plonge la surface imprimée dans une solution faible de sel ordinaire; l'épreuve s'y affaiblit un peu ; on lave et l'on fixe pendant quatre à cinq minutes dans une solution concentrée d'hyposulfite de soude. On lave encore pendant dix minutes à Teau courante et on laisse sécher.
Gélatine
Savon blanc Eau
Procédé de transfert à la poudre de M. Pawlowski (News, 1884, p. 192).— On fait d'abord l'image par le procédé dit aux poudres, sur une glace; puis la glace est collodionnée, immergée dans de l'eau acidulée, et, quand la pellicule s'est détachée et flotte, on la transporte sur le bloc de bois blanchi comme il a été dit plus haut, et enduit d'un mucilage formé de :
Gomme épaisse. 30 sr
Esprit-de-vin faible 1000 cc
Quand l'adhérence est complète et après entière dessiccation, on détruit le collodion par l'emploi d'abord d'un mélange d'éther et d'alcool en parties égales et ensuite d'éther seul.
Ce procédé, bien que peu compliqué, est moins employé que celui du transfert sur le bois d'un diapositif sur collodion. Il offre, comme ce dernier, sur les procédés directs, l'avantage de ne pas exiger un négatif redressé.
Procédé de M. V. Roux. — Dans son Manuel de Calcographie M. V. Roux décrit, avec de complets détails, le procédé de transfert d'an diapositif, procédé que nous nous sommes borné à résumer plus haut parce que nous avions à le décrire plus complètement en citant les indications fournies par M. Roux.
Opérations photographiques pour l'obtention de la positive « Ambrotype ». — L'image photographique devant être isolée de son support, il convient d'employer de
(') Roux (V.), Mayiuel de Photographie et de Calcographie, à l'usage de MM. les graveurs sur bois, sur métaux, sur pierre et sur verre (Transports pelliculaires divers. Reports autographiques et reports calcographiques. Réductions et agrandissements. Nielles). In-18jésus; 1886 (Paris, Gauthier-Villars ).
préférence de la glace et non du verre, qui, au bout de quelques opérations, se métallisé, donne lieu à des adhérences partielles au moment du transport et annule ainsi toute l'opération.
Le nettoyage de la glace est beaucoup plus important dans ce procédé que dans certains autres, sa perfection est la base de l'enlèvement régulier de la pellicule; on y arrive aisément en immergeant les glaces neuves ou ayant déjà servi, dans une cuvette ou un vase quelconque de dimensions suffisantes et contenant une solution composée de :
Eau ordinaire 835 cc
Bichromate de potasse 335 sr
Acide nitrique 165 cc
Cette immersion doit durer deux ou trois heures au plus; on lave soigneusement les glaces à l'eau courante. Au sortir de ce bain, on les essuie avec un linge fin et sec et aussitôt après on les frotte avec un tampon de coton imbibé d'une solution alcoolique d'iode dans les proportions de :
Eau ordinaire 500 cc
Alcool à 36° 500
Iode en paillettes 20 sr
On termine le nettoyage avec un linge fin et sec par un vigoureux frottement circulaire, la glace est prête alors pour l'usage.
Collodion. — Le collodion nécessaire à ce procédé doit être fait avec un coton azotique soyeux qui permet une pellicularisation plus complète et plus rapide, sans cependant donner à la couche une épaisseur qui pourrait gêner le travail du burin.
Voici la formule que nous recommandons :
Alcool à 40" 500 <*
Éther à 65» 500
Iodure d'ammonium ; . 4sr
lodure de cadmium 3
Bromure de cadmium 1
Coton azotique ; . 8
On doit préparer ce collodion au moins vingt-quatre heures d'avance, en mettant en digestion le coton azotique et les iodures et bromure dans l'alcool. Après dissolution de ces iodures, on ajoute l'éther et on laisse le collodion se décanter lui-même jusqu'au moment de s'en servir.
Si, cependant, les circonstances obligeaient à un usage immédiat, on pourrait sans inconvénient filtrer le collodion soit sur un filtre en papier, soit sur un tampon d'ouate fortement tassé dans la douille de l'entonnoir.
Bain d'argent sensibilisateur, — La quantité d'iodure et de bromure dans le collodion étant moindre dans ce procédé, on emploie des bains d'argent relativement faibles et suffisamment saturés et acidulés pour donner des images brillantes; voici la formule que nous conseillons en toute saison :
Eau distillée 1000 «
Nitrate d'argent cristallisé 60 sr
Acide acétique pur 10
Pour donner au bain ses qualités sensibilisatrices immédiatement, on doit avoir soin d'y ajouter, après dissolution du nitrate, environ 5CC de collodion ioduré; on le laisse se saturer pendant une heure environ, on filtre avec soin et le bain est alors prêt à servir avec son maximum d'action.
L'exposition à la chambre noire n'offre aucune particularité, mieux vaut seulement se tenir plutôt en dessous qu'en dessus de la durée de pose pour avoir des blancs mieux modelés et des noirs plus puissants.
Révélation de limage. — La glace sensible posée est développée au moyen de la solution suivante :
Eau ordinaire 940 cc
Sulfate de fer 38
Acide acétique 28 cc
Alcool à 36° 28
Acide sulfurique 4
Il est utile de se conformer à cette formule et surtout de ne pas négliger la quantité d'acide sulfurique, dont
l'emploi est nécessaire pour obtenir des images brillantes d'un ton métallique.
On fixe comme suit :
Une solution de
est versée à la surface du cliché en nappe régulière; dès que tout l'iodure d'argent non insolé est dissous, on lave abondamment et l'on procède à l'opération qui a pour but de rendre la couche entièrement transportable sur le support définitif, bois ou métal.
Pellicularisation de la couche. — Le cliché terminé, comme nous l'indiquons ci-dessus, est plongé dans une cuvette contenant
Eau ordinaire 1000cc
Acide sulfurique ordinaire. 100 s»'
On y laisse séjourner le cliché jusqu'à ce que la couche de collodion puisse, en l'essayant sur les bords avec le doigt, se détacher de la glace avec facilité.
On lave alors abondamment et le diapositif est prêt pour son transfert.
Préparation du bois, transport des couches pelliculaires. — Le bois servant à la gravure est livré revêtu d'un encollage blanc qui peut être conservé et suffit pour le transport des pellicules positives obtenues par transparence ou par contact. Si, au contraire, on veut transporter un diapositif ambrotype, il est nécessaire d'enlever l'encollage blanc et de le remplacer par un encollage au noir fin, obtenu en passant au tampon, sur la surface du bois, une couche de noir Bourgeois additionné d'un mucilage de gomme.
On lisse, et en même temps on sèche cette encre en passant plusieurs fois de suite, et en sens divers, la paume de la main ou un tampon de linge fin.
Quel que soit l'encollage du bain, on procède de la manière suivante pour le transport des pellicules.
Eau ordinaire
Cyanure de potassium
Le positif ambrotype, terminé et non séché, est placé horizontalement sur une table; on mouille une feuille de papier fort en la trempant dans un vase rempli d'eau et on l'applique à la surface du collodion, en ayant soin de chasser les bulles d'air par une légère pression à la main ou au rouleau de bois. L'adhérence étant complète, on détache par un des angles la pellicule cle la glace, et l'on pince entre l'index et le pouce le papier et la pellicule de collodion ainsi réunis. Si la glace support est exempte d'impuretés, la pellicule négative doit, en continuant l'opération du détachement, venir se fixer entièrement au papier qui la sépare de son support provisoire.
On passe à la surface un blaireau légèrement imbibé d'eau gommeuse et la pellicule peut alors être appliquée d'une manière définitive sur le bois. On l'y fait adhérer par une légère pression et, après dessiccation, on procède aux additions, aux retouches nécessaires, etc.
Dans ce procédé il n'est pas question de la destruction du collodion, mais nous croyons cela nécessaire pour que le burin du graveur ne rencontre aucune résistance.
Procédé de M. E. Frewing. — Les blocs du commerce sont préparés de la façon suivante :
Gélatine !Gsr
Savon blanc 16
Eau 1000"
On laisse tremper la gélatine dans l'eau pendant quelques heures, puis on la dissout au bain-marie. On ajoute alors le savon coupé en petits morceaux, on agite avec un bâton de verre de façon à bien mélanger le tout, puis on met dans le mélange de l'alun en poudre jusqu'à ce que la mousse ait disparu. On passe à travers une mousseline.
Le bloc est alors recouvert de ce mélange et d'un peu
de blanc de zinc, puis essuyé de façon à ne laisser qu'une couche très mince; on termine l'opération en frottant doucement, de manière à bien égaliser l'enduit, puis on laisse sécher.
On applique alors, au moyen d'un blaireau, la composition qui est donnée plus loin. Ce pinceau doit être assez large parce que souvent, si Ton n'y apporte pas grand soin et si l'on n'opère pas très promptement, les reprises sont visibles sur l'image terminée. Une couche donnée en passant le pinceau d'une bande à l'autre suffit. On laisse, après cela, sécher la surface.
Composition :
Albumine 570 cc
Eau 430
Sel ammoniac 22 &r
Acide citrique 6
On bat l'albumine en neige, puis on laisse reposer; c'est la partie limpide qu'on emploie. On ajoute de l'eau, puis le sel ammoniac en agitant soigneusement avec un bâton de verre, et enfin on met l'acide citrique. Le bloc bien sec est prêt à recevoir la sensibilisation.
Solution sensibilisatrice :
Nitrate d'argent , . . . . 100
Eau distillée 1000"
On verse une petite quantité de ce liquide sur le bloc, on rétend avec un bâton de verre, et l'excédent est rejeté dans un flacon pour servir une autre fois après avoir été filtré. Une fois sec, le bloc peut être exposé dans un négatif. Le tirage doit être exactement au ton voulu, parce que l'image ne perd pas dans les opérations suivantes* L'impression obtenue, le bois est placé face en dessous pendant trois minutes dans une cuvette pleine d'eau fortement salée. Cette opération affaiblira légèrement l'image. On lavera dans un filet d'eau et l'on fixera dans une so* lution saturée d'hyposulfite de soude, en plaçant le bois
face en dessous pendant quatre ou cinq minutes dans la cuvette contenant cette solution; alors on verra tous les détails de l'original.
On lave sous un filet d'eau pendant environ dix minutes, et l'on fait sécher en mettant le bloc sur le champ.
On peut alors le livrer au graveur.
L'image peut, si on le veut, être virée par un des moyens usités pour les autres subjectiles.
Ce procédé convient très bien pour la gravure sur bois en ce qu'il n'offre pas de couche perceptible, et que l'image est nette et pure.
Il est bien d'autres procédés encore, mais nous nous en tiendrons à ceux qui viennent d'être décrits; ils contiennent l'ensemble des moyens les plus usités et les mieux appréciés des praticiens.
Il est tout aussi intéressant de pouvoir décalquer sur métal à graver des dessins ou images photographiques. Parmi les procédés sus-indiqués, il en est, par exemple celui aux poudres, qui peuvent fort bien s'appliquer au transfert d'une image photographique sur cuivre, mais à la condition de dorer préalablement la planche, afin d'avoir un fond plus clair et en même temps inoxydable. On peut encore, en passant d'abord un enduit blanc sur la planche, y décalquer une photocollographie, ainsi qu'il a été dit pour le bois.
Il existe divers procédés directs. Voici celui qu'a publié M* Mialaret en 1865.
Procédé Mialaret, — 11 ne s'applique qu'aux plaques de cuivre, la réaction se produisant par le
fait même de la sensibilisation du cuivre. On pourrait pourtant en user pour toutes autres surfaces, à la condition de les cuivrer fortement soit au trempé, soit à la pile.
On prend une plaque de cuivre rigoureusement plane et bien décapée, et on la plonge d'un seul coup dans la solution suivante :
Sulfate de cuivre 125sr
Sel marin 75
Eau 1000cc
On aiguise le liquide avec quelques gouttes d'un acide quelconque pour éviter la formation d'une pellicule qui tacherait la plaque. Après immersion de trente secondes à une minute, et plus si l'on veut, la plaque est retirée du bain, lavée à grande eau et complètement asséchée avec un vieux linge, assez mou pour ne pas rayer le métal, puis frottée vivement avec une flanelle douce jusqu'à ce qu'elle présente un beau poli.
Dans cet état, la plaque offre un aspect qui peut varier du rouge vif jusqu'au violet, sans que cette différence de teinte influe notablement sur la sensibilité.
Du reste, ces diverses opérations peuvent se faire à la lumière diffuse d'un appartement en évitant toutefois le trop grand jour.
Pour impressionner la plaque, il suffit de la placer dans un châssis derrière un négatif et d'exposer le tout à la radiation solaire. Avec un beau soleil, il faut une exposition de cinq à dix minutes, selon l'opacité du négatif. Par un temps couvert, l'exposition doit être prolongée pendant une heure et même davantage.
Après impressionnement, la plaque peut se conserver quelques jours sans altération sensible, pourvu que le temps soit sec et qu'on ne l'examine pas à une trop forte lumière.
Mais comme elle est très hygroscopique, si l'atmosphère est humide, elle est susceptible de se recouvrir de
fluorescences verdâtres, et dès lors elle est impropre au fixage.
Il vaut donc mieux la fixer au sortir du châssis. A cet effet, on la plonge dans une solution d'hyposulfite de soude, additionnée de quelques grains de chlorure d'argent.
La solution doit toujours être bien filtrée, afin de mieux surveiller la marche de l'opération.
Au bout de quelques secondes d'immersion, on voit l'épreuve blanchir dans les tons rouges; les ombres prennent une teinte violacée pour virer définitivement en noir.
C'est à ce moment précis qu'il faut retirer la plaque pour l'agiter vivement dans une cuvette contenant de l'eau pure. Après quoi on enlève le dépôt noirâtre qui forme les ombres, si mieux on naime le laisser subsister. Dans ce cas, on lave à grand eau et Ton sèche rapidement avec une lampe à alcool donnant une large flamme.
Gomme les noirs de l'image sont formés d'une poussière qui s'enlève au moindre frottement, on leur donne de la stabilité en recouvrant la plaque d'un vernis transparent. Le graveur peut alors l'attaquer hardiment avec son burin.
Ce procédé peut rendre cle très grands services, vu sa simplicité, aux aquafortistes voulant pratiquer de la graphotypie sur cuivre et graver ensuite.
Le fait qui vient d'être décrit est basé sur la sensibilité à la lumière du protochlorure de cuivre, et ce sel, attaquable par l'hyposulfite avant l'action de la lumière, ne Test plus après.
Lors de l'immersion dans les bains d'hyposulfite double d'argent et de soude, le protochlorure non altéré se dissout et l'argent se dépose sur le cuivre mis à nu. Les noirs, au contraire, n'étant pas dis-
sous, il ne se forme, sur cette partie de la plaque, aucun précipité d'argent.
Méthode du colonel Waterhouse pour les dessins à décalquer sur cuivre (1). — La plaque de cuivre, prête à recevoir l'image, ayant reçu un enduit de bitume, est exposée à la lumière sur le dessin à reproduire, puis développée à l'essence de térébenthine comme on le fait habituellement.
Quand elle est développée, les lignes du dessin sont marquées par le métal mis à nu et se détachent sur un fond de bitume. Si, maintenant, on passe sur la plaque un tampon de coton imbibé d'une solution de chlorure de platine, les lignes deviendront noires. Le bitume qui recouvre le fond est enlevé alors avec de la benzine et le dessin apparaît en traits d'un beau noir sur le fond de cuivre.
Gette méthode peut s'appliquer à l'ornementation des lames métalliques.
Le colonel Waterhouse a tenté de résoudre la question des demi-teintes (-) en essayant l'effet des révélateurs ordinaires, employés sur plaques sèches, sur une mince couche de bromure d'argent obtenue en argentant le cuivre et en exposant la surface argentée à l'action du brome.
Il fit usage d'une solution de bromure de cuivre à 3 pour 100 d'eau placée dans une cuvette verticale, ce qui lui a donné des plaques d'une grande sensibilité.
Le cuivre non argenté, placé dans ce bain, devenait aussi très sensible.
L'exposition a lieu à la lumière diffuse sous un négatif; elle n'est que de quelques secondes.
(1 ) Bulletin de la Société française de Photographie, 1882, p. 218. (2) L'Imprimerie, 1884, p. 216.
Les révélateurs, celui à l'oxalate de fer et celui à l'acide pyrogallique et ammoniaque, développent l'image également. L'oxalate de fer semble pourtant préférable. L'image apparaît en rouge sur un fond vert jaunâtre, celles développées à l'acide pyrogallique sont plus foncées et plus noires.
Pour les images sur les plaques non argentées, une faible solution de cyanure semble ce qu'il y a de mieux. Elle ne dissout pas le fond jaune, elle l'éclaircit seulement et lui donne une teinte plus vive.
L'image définitive est d'un riche brun pourpre avec des lumières d'un jaune pâle. L'hyposulflte aussi fixe les images, mais il dissout le fond jaune et, à moins de très grandes précautions, l'image se détruit, surtout si elle a été développée à l'acide pyrogallique.
Une vieille solution d'hyposulfite contenant de l'argent semble être le meilleur moyen de fixer les images obtenues sur plaques argentées et développées avec l'oxalate de fer. L'épreuve, après qu'on a enlevé le dépôt pulvérulent, a une grande ressemblance avec le daguerréotype.
Une plaque argentée, exposée sous un négatif pendant quelques minutes, au soleil, donne une image très claire, qu'il s'agisse de traits ou de demi-teintes; on peut la fixer à l'hyposulflte. En enlevant le dépôt pulvérulent qui se trouve à la surface, on a des images encore suffisantes pour qu'on puisse travailler sur elles.
Pratiquement, cette méthode semble meilleure que celle par développement, parce que l'action est plus régulière.
Procédé de i¥. Cheetham pour transporter des photographies sur métal. — M. Cheetham fait une image photographique ordinaire sur collodion ; il la renforce en épaisseur au moyen d'un vernis composé de :
Borax 100 §r
Gomme laque 300
Eau 1000"
En même temps il prépare une feuille de papier également enduite de ce vernis, qu'il colle contre l'image vernie de même, puis il plonge le tout dans de l'eau ordinaire froide. L'image se détache delà glace en se fixant sur le papier. Ce papier portant l'image est ensuite appliqué contre une plaque de cuivre amalgamée au mercure, et, au moyen d'une pression modérée, le précipité métallique de l'image photographique primitive se combine avec la surface amalgamée de la plaque de cuivre, et quand on détruit ensuite la pellicule de collodion au moyen d'une chaleur modérée, on obtient, d'après M. Gheetham, une image parfaite sur la surface métallique. Il recommande, en outre, le transport de la pellicule de collodion au moyen d'une couche de gutta-percha dissoute dans la benzine; on laisse sécher la pellicule ou couche de gutta-percha; ensuite on fait disparaître la pellicule collo* dionnée et la gutta-percha en les dissolvant par du chloroforme. Cette dernière méthode paraît être la meilleure, quoique la description que M. Cheetham en donne soit très incomplète.
Reproduction directe de sujets au trait sur métal ( 1 ) . — On prend une plaque de zinc poli ou de tout autre métal; on verse dessus, dans un endroit obscur et à l'aide de l'ammoniaque, de manière à
i') Moniteur de la Photographie, 1888 (Phipson).
la couvrir complètement, une certaine quantité d'une solution ainsi préparée : le blanc de deux œufs, 90tc d'eau, 3cr de bichromate d'ammoniaque; on mêle bien et Ton filtre. On passe à plusieurs reprises sur la plaque. On fait sécher en passant rapidement sous la plaque une lampe à alcool.
On expose cette plaque sous la gravure ou le dessin dans une lumière diffuse. Le temps d'exposition varie suivant l'épaisseur du papier; il peut être d'une demi-heure comme de deux heures.
Après l'exposition, on porte la plaque dans un lieu obscur et l'on verse dessus la préparation suivante, qui adhère bien à la couche d'albumine :
Benzine 900cc
Térébenthine de Venise'. 100
Cire blanche 25 sr
et assez de bitume pour donner à la liqueur une couleur brune foncée. On filtre plusieurs fois à travers de la mousseline très fine.
La plaque est recouverte de ce liquide bien également, on laisse égoutter et elle se sèche bientôt par l'évaporation de la benzine.
Cependant la surface de ce vernis reste molle ou collante pendant assez longtemps pour qu'on puisse la couvrir aisément, au moyen d'un pinceau, de plombagine très fine, et cela d'une manière homogène.
Cette opération faite, on couche la plaque à plat
dans une cuvette d'eau froide, toujours dans l'obscurité aussi complète que possible.
Au bout de trente à quarante minutes, on frotte légèrement la plaque avec une éponge très douce; les parties sur lesquelles la lumière n'a pas agi sont ainsi enlevées, donnant un négatif ou un positif très satisfaisant, suivant la nature du cliché employé.