‹ Traité pratique de pied-bot [electronic resource]Chapitre 10 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Do la Stréphexopodie.

Le pied-bot de la troisième espèce , déviation du pied en dehors , que les anciens appelaient v aigus , et que nous nommons stréphexopodie , est beaucoup moins commun que les précédents , surtout à l'état natif.

Nous n'avons eu occasion de l'observer dans ces conditions natives, que trois fois sur les deux pieds ensemble, six ou sept fois sur un pied, tandis que l'autre était atteint de stréphendopodie, et huit fois enfin sans que l'autre pied fût déformé. Voici sous quelles formes il se présente le plus ordinairement , quand il est congénital ou natif.

DE LA. STREPHEXOPODIE. 43

Le pied est fortement dévié en dehors , il ne peut toucher la terre que par la moitié antérieure de son bord interne , en appuyant principalement sur le premier métatarsien et le gros orteil. Il existe toujours un écartement entre les surfaces du premier métatarsien et du premier cunéiforme. Quelquefois le scaphoïde et le premier cunéiforme, le scaphoïde et la tête articulaire de l'astragale subissent dans leurs rapports un semblable dérangement. Il n'est pas impossible de rencontrer ces trois écarlements divers sur le même pied. Le bord

externe de la poulie articulaire de l'astragale et le côté correspondant de cet os sont seuls reçus dans la cavité tibio-péronienne. La tubérosité postérieure du calcanéum est déviée en dehors, et sa tubérosité antérieure l'esten dedans, vers la plantedu pied. Le tendon d'Achille est souvent raccourci, les muscles péroniens le sont toujours. Le bord interne du pied est convexe et semble partir de la malléole interne devenue saillante et portée beaucoup plus en avant que dans l'état normal ; le bord externe du pied , au contraire, est concave, et le centre de

44 DE LA. STRÉPHKXOPOD1E.

sa concavité répond à l'articulation calcanéo-cuboïdienne. La dépression ou gouttière qui sépare le tendon d'Achille du tibia a l'air de se prolonger jusqu'au-dessous du scaphoïde. La plante du pied est souvent comme creusée, et des plis nombreux, profonds, la couvrent en tous sens.

Chez deux stréphexopodes natifs soumis à notre observation, le pied n'était point déformé , mais seulement dévié en dehors, sans raccourcissement notable des muscles du mollet. Les péroniers seuls n'avaient point la longueur nécessaire, et c'est à leur défaut de dimension qu'étaient dus les mouvemens de rotation et de torsion subis par la poulie articulaire de l'astragale dans la cavité tibio-péronienne.

Deux autres cas présentaient les particularités suivantes. Dans le premier, l'avant-pied, fortement incliné en dehors , devait cette direction forcée au raccourcissement des péroniers , à celui des muscles du bord externe du pied, enfin à celui des deuxtendonsde l'extenseur commun des orteils qui se terminent aux quatrième et cinquième. Le coudepied était affaissé, parce que la face inférieure du calcanéum touchait le sol , en obligeant à la suivre la tête articulaire de l'astragale , ainsi que le scaphoïde , dérangé dans ses rapports avec celui-ci. Le premier cunéiforme était éloigné de plus de six lignes de la partie interne de son articulation avec le scaphoïde. Ainsi , la face inférieure du calcanéum , la tète articulaire de l'astragale , le sca-

DE LA STRÉPHEX0P0D1E. 45

phoïde, le premier cunéiforme, le premier métatarsien et le gros orteil formaient, par un bizarre assemblage , la base de sustentation.

Dans ce second cas , analogue à l'un de ceux que nous avons d'abord rappelés, le pied, quoique très dévié en dehors, était cependant peu déformé.

La principale cause de la déviation consistait dans l'affaissement du bord externe de la poulie articulaire de l'astragale et l'augmentation de volume de son bord interne. Quand on voulait ramener le pied sous l'axe de la jambe , les seuls muscles tendus étaient les péroniers.

Ces détails descriptifs feront sans doute facilement comprendre que dans l'espèce de pied-bot qui nous occupe, les ligamens correspondans au bord interne du pied, doivent être relâchés et leurs antagonistes tendus. C'est, au reste, une loi géné-

40 DE LA STREPHEXOPODIE.

raie des déviations sur laquelle nous ne reviendrons pas.

La stréphexopodie consécutive est beaucoup plus commune que la stréphexopodie native. Nous l'avons observée plus de quarante fois. Trois malades étaient slréphendopodes de l'autre pied: deux étaient stréphocatopodes à gauche et stréphexopodes à droite. Presque toujours la déviation consécutive en dehors avait commencé par être une déviation en bas ( pied équin ) assez légère. Les malades avaient , en marchant , appuyé sur le bord interne plutôt que sur le bord externe de leur pied , traînant le membre difforme au lieu de le soulever, à cause de la faiblesse qui leur était venue à la suite de quelque paralysie partielle, etc. Cette mauvaise condition du pied avait dû mettre les muscles tibiaux en état forcé d'extension, et raccourcir les péroniers, double action dont la permanence ne pouvait point tarder à produire la stréphexopodie.

Quelques stréphexopodes , devenus difformes après une paralysie , peuvent dans la progression se servir du talon en même temps que du bord interne de leur pied. En les voyant marcher, on dirait qu'il n'existe pas chez eux un raccourcissement des muscles du mollet ; cependant ils boitent, et cette circonstance suffirait pour démontrer l'inégalité de longueur de leurs membres abdominaux. En outre, si , saisissant le membre difforme, vous essayez de ramener le pied sous l'axe de la

DE LA STRÉriIEXOPODIE. 47

jambe, il vous est impossible de mettre les deux pieds à angle droit; dès qu'ensuite vous abandonnez le pied à lui-même, vous voyez la poulie articulaire de l'astragale s'incliner en dedans et ne permettre qu'à son bord externe de correspondre avec la mortaise tibio-péronienne. C'est à l'action simultanée des muscles du mollet et des péroniers qu'est due cette sorte de glissement , cette nuance de difformité que nous n'avons vu décrite par aucun auteur, et sur laquelle , malgré son apparente simplicité, l'action des machines les mieux conçues est sans action appréciable. La plupart des sujets qui nous ont servi à la constater , avaient été soumis à un traitement mécanique de plusieurs années, sous la direction de praticiens très habiles, sans que l'état de leurs pieds fût aucunement modifié. C'est en pareil cas surtout que la section du tendon d'Achille est triomphante ; quinze jours suffisent, après cette petite opération, pour la restitution normale de la forme et des fonctions du pied.

DE LA STREPHYPOPODIE.

Page 1