CHAPITRE VL
De la Stréphypopodie.
La stréphypopodie , déviation du pied en dessous , est une difformité des plus rares. Nous n'avons pu l'observer que huit fois, dont moitié à l'état natif. M. le professeur Stolz, de Strasbourg, est le seul auteur qui rapporte et décrive un exemple de cette singulière difformité. Le cas qu'il a rencontré affectait les deux pieds simultanément; la face dorsale de chaque pied était devenue plantaire, si l'on peut s'exprimer ainsi, et la face plantaire, dorsale. Étant, debout, le sujet se portait sur le tarse, un peu plus en dehors qu'en dedans, sans que les métatarsiens ni les orteils touchassent aucunement la terre. 11 était chaussé de brodequins ordinaires, mais qui avaient le quartier en avant et la pointe en arrière.
Nos observations personnelles nous ont montré la stréphypopodie à trois degrés bien tranchés ,
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dont nous allons essayer de faire comprendre la différence.
Dans le premier degré , le pied est plutôt en-
roulé sur la plante que brisé en deux. Le point d'appui a lieu sur la face dorsale des orteils et les articulations métatarso-phalangiennes; lemétatarse est dirigé obliquement de haut en bas et d'avant en arrière; le talon est situé très haut, et des plis transversaux d'une grande profondeur raient partout sur la face plantaire. Les stréphypopodes au premier degré sont toujours des enfans qui ont peu marché; à mesure que le sujet grandit, son corps devenant plus lourd, la déviation et la flexion de l'avant-pied en arrière augmentent de manière à produire le second , puis le troisième degré.
mence entre le métatarse et la seconde rangée des os du tarse; le métatarse plié à angle droit sous le tarse sert de point d'appui ; les orteils sont quelquefois relevés sous le talon. Cette quasi-luxation du métatarse au-dessous et en arrière de la seconde rangée des os du tarse , oblige la face antérieure des cunéiformes et du cuboïde à devenir inférieure, et souvent la fait concourir avec la face dorsale du métatarse au point d'appui monstrueusement anormal du sujet. Les personnes atteintes de stréphypopodie au deuxième degré marchent assez facilement, du reste , au moyen dune chaussure informe, large et arrondie par le bas , ressemblant beaucoup à celles que sont forcés de porter les stréphocalopodes (pieds équins). Cette presque identité de la chaussure dans les deux difformités les a souvent fait confondre au premier abord.
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Le troisième degré enfin nous montre le pied
brisé entre la première et la seconde rangée des os du tarse, avec une sorte de luxation du scaphoïde et du cuboïde au-dessous et en arrière de la tête articulaire de l'astragale comme de la tubérosité antérieure du calcanéum. Le point d'appui se fait sur la face dorsale de la seconde rangée des os du tarse, sur les éminences antérieures de l'astragale et du calcanéum, devenues inférieures. Le métatarse et les orteils soustraits à tout contact avec le sol sont relevés sous le talon, et le dépassent de beaucoup. Rien n'est affligeant comme la figure que présente le pied ainsi déformé , avec toute sa moitié antérieure rejetée au-dessous et en arrière de la jambe. Vu par devant, le malade semble être privé de pieds et marcher sur des moignons; vu par derrière, on dirait qu'il (raine ses pieds après lui.
Des huit stréphypopodes que nous avons eu à
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soigner, quatre, comme on vient de le dire, étaient difformes de naissance. Chez deux de ceuxci, la déviation embrassait simultanément l'un et l'autre pied. On observait en même temps en eux une raideur singulière des principales articulations des membres, des genoux , des hanches , des poignets, des coudes, etc. Les deux autres présentaient la déviation en dessous sur un pied seulement, mais avec la slréphendopodie (varus), ou la stréphexopodie (valgus) de l'autre pied. Quant aux quatre sujets frappés consécutivement , chez l'un la difformité était double ; chez les trois autres, elle n'existait que sur un pied, mais avec déviation en dehors ( valgus ; du pied opposé.
Au reste, que la stréphypopodie soit congénitale ou accidentelle, son développement tient toujours aux mêmes causes , c'est-à-dire au raccourcissement des muscles du mollet , des fléchisseurs des orteils longs et courts , etc. Il est évident que presque tous les ligamens de la plante du pied , ainsi que l'aponévrose plantaire , doivent être de même raccourcis et opposer un immense obstacle au redressement du pi ed .
En effet. , après la section du tendon d'Achille, seul moyen d'obtenir la cure de la stréphypopodie, on éprouve une très grande difficulté à faire rentrer la poulie articulaire de l'astragale dans la cavité tibio-péronienne; la remise en contact des surfaces articulaires du calcanéum e. du cuboïde,
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de l'astragale et du scaphoïde , de la seconde rangée des os du tarse avec celle du métatarse , n'est guère chose aisée. Il faut pour cela de puissantes machines, carie redressement complet doit être obtenu en quinze ou vingt jours, sous peine de recommencer la section.
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