CHAPITRE VIÏ
De la Stréphnnopodie.
Quant à la déviation du pied en haut , strcphanopodie, c'est , avec la stréphypopodie que nous venons de définir, la plus rare variété du pied-bot. Les deux ou trois cas observés avant nous avaient été , bien à tort , confondus dans l'espèce dite •valgus, déviation en dehors , stréphexopodie. Il nous a semblé que ce genre de difformité présentait des caractères distincts : nous. avons cru pouvoir le séparer des autres et l'indiquer à part, comme une cinquième et dernière division.
Dans la stréphanopodie , le pied présente sa face
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dorsale couchée sur la région antérieure, interne ou externe de la jambe. Les orteils sont dirigés en haut, le talon en bas, la plante en avant, en dedans ou en dehors. Les muscles extenseurs des orteils, le jambier antérieur et les péroniers sont raccourcis. Quand on essaie d'éloigner le pied de la jambe pour le ramener à une position plus rationnelle , on éprouve une résistance puissante et qu'il serait très dangereux de vouloir vaincre. Si c'est à la partie antérieure et interne de la jambe que répond la face dorsale du pied, les extenseurs, les tibiaux sont plus tendus , plus contractés que les péroniers ; le contraire se manifeste si le dos du pied est debout contre la face externe de la jambe (Voyez planche VIII, fig- 4).
En général , le pied est peu déformé dans la slréphanopodie. La cavité tibio-péronienne n'embrasse la poulie articulaire de l'astragale que dans sa partie antérieure; tout le reste de la face supérieure de cet os se trouve reporté derrière la jambe, à la partie antérieure du tendon d'Achille. Le calcanéum , situé verticalement, touche le sol par sa tubérosité postérieure.
Ainsi que nous l'avons dit, cette sorte de difformité est probablement la plus rare; sept fois seulement il nous est arrivé de la rencontrer. Trois des sujets en étaient affligés depuis Peur naissance; et, de ces trois, deux avaient l'un et l'autre membre atteints à la fois par elle; le der-
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nier était stréphanopode d'un côté, et stréphendopode (varus) de l'autre. Chez le reste de nos malades, la difformité était accidentelle ou consécutive, moitié surdeus pieds, moitiésur un seul. Nous allons, au surplus, entrer là-dessus dans quelques détails.
En 1832, on nous présenta à l'hôpital des enfans malades, une petite fille nommée Pauline Jeannin, âgée de deux mois. Cette enfant était atteinte de stréphanopodie native. La face dorsale du pied droit se montrait couchée sur le côté externe de la jambe droi te, tandis que le pied gauche paraissait accolé à la région antérieure de la jambe gauche. Les muscles extenseurs des orteils , tibiaux et péroniers étaient fortement raccourcis et contracturés; les muscles du mollet étaient allongés et relâchés; il n'existait ni torsion ni déviation sur l'un et sur l'autre côté des pieds. Les orteils avaient une direction en haut et les talons en bas, de manière que les membres inférieurs semblaient terminés par deux pilons de jambe de bois. Nous avons eu occasion de revoir quelques mois plus tard cette petite fille qu'on était presque parvenu à guérir, au moyen de tampons de linge, dont on avait augmenté graduellement le volume , et de tractions et extensions souvent répétées.
Dans le cours de l'année 1835 , Mme Chapet, sage-femme et concierge de l'hôpital St.-Antoine , présenta à notre consultation une petite fille,
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nouvellement née , atteinte de stréphanopodie double. La face dorsale du pied droit était couchée sur la région antérieure et externe de la jambe droite ; la même partie du pied gauche touchait la face antérieure et interne de la jambe gauche. Les pieds n'étaient pas déformés. Avec des tampons de coton on est parvenu à les ramener dans leur direction normale.
Le 14 mars 1838, il est entré dans notre établissement de l'Allée des Veuves, un jeune homme de la Normandie, Charles Rapilly, âgé de 16 ans, né avec deux pieds-bots excessivement difformes dont l'un eu dedans et l'autre en haut, ce dernier pied renversé sur la face antérieure de la jambe et retenu dans cette position par les muscles tibial antérieur, extenseur du gros orteil et extenseur commun des orteils. La section des tendons de ces muscles a suffi pour permettre de ramener le pied presque à angle droit, etc. (Voyez pl. VIII fig. 4j.
Dans le mois de décembre 1 832, nous fûmes consulté, à l'hôpital Saint-Antoine, pour une jeune fille nommée Philiberte-Hortense Charpentier, d'une constitution lymphatico-sanguine, âgée de 14 ans, demeurant rue du Pont-aux-Choux , n° 5, atteinte depuis trois ans d'un pied-bot en haut et en dehors. Quand elle se tenait debout, elle avait la pointe de son pied éloignée du sol de plus de trois pouces; la malléole interne était saillante et le bord externe du pied un peu concave. Quand elle mar-
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chait , elle prenait sa base de sustentation tout entière sur le talon. Cette difformité était survenue après une entorse qui avait fait long-temps souffrir la jeune malade. Un brodequin pour le jour, disposé de manière à empêcher le pied de se relever, et l'appareil de Venel, modifié pour la nuit , portés tous deux pendant deux ans , ont guéri complètement cette jeune fille.
Le 1 8 février 1 835, on a présenté , à notre consultation du bureau central des hôpitaux , l'enfant Alphonse Guéner, âgé de 34 mois, atteint de deux pieds-bots en haut. Les pieds étaient renversés vers la région externe et un peu antérieure des jambes : la face dorsale des orteils s'éloignait de la jambe de deux pouces seulement. 11 n'y avait pas de déformation des pieds. Cette difformité s'était développée après une gastro-entéro-céphalite et des convulsions éprouvées à l'âge de \ 3 mois. Depuis le mois de mars \ 835, que l'enfant a été admis au traitement orthopédique , il porte des appareils qui ont ramené la plante du pied vers le sol ; mais en marchant il est encore forcé de tenir la pointe des pieds en dehors.
Nous avons fini de décrire trop succinctement peut-être, mais aussi clairement qu'il nous a été possible, les cinq principaux types du pied-bot.
Le lecteur aura déjà du s'apercevoir que ces cinq types sont pour ainsi dire cinq familles entre lesquelles il existe une foule de subdivisions et de
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mélanges , participant à la fois de deux ou trois espèces primitives. Nous croyons inutile de décrire, par surcroît , toutes ces variétés mixtes que l'on trouvera d'ailleurs expliquées suffisamment dans nos observations et souvent même représentées dans les planches qui accompagnent notre ouvrage.