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CHAPITRE VIII

Des Causes.

Les ciuses sous l'influence desquelles le piedbot peut se développer sont plutôt supposées qu'indiquées par les auteurs , et nous ne sachons pas qu'il ait été dit ou écrit quelque chose de parfaitement concluant à cet égard. La question reste à débattre, et rien ne lui assigne une solution bien prochaine. Il ne faut en accuser, au reste, ni la sagacité ni le mérite de personne : le sein de la mère est un sanctuaire impénétrable , mystérieux, où la préparation des faits qui doivent plus tard nous frapper s'opère sans appréciation possible de la part de nos sens. Chacun donc peut rêver ou deviner la nature et la marche de cette préparation selon les théories qui lui ont été enseignées ou révélées , selon le calcul plus ou moins logique de certaines probabilités , selon son organisation particulière enfin. Il est vrai de dire, cependant, que par induction et surtout par comparaison , en joignant à une théorie bien faite des observations nombreuses , et l'étude profonde des diverses causes auxquelles sont dus les pieds-bots consécutifs , le praticien peut, arriver à la certitude , non point mathématique , mais rationnelle , touchant la véritable origine du pied-bot de naissance. Voilà, du inoins,

DES CAUSES. Ol

la conviction que quinze années de pratique nous ont donnée. Nous allons donc examiner d'abord les deux causes de stréphopodie native que nous considérons comme les plus probables, et qui sont : 1° la mauvaise position des pieds de V enfant dans V utérus pendant une partie de la grossesse; 2° la lésion de V appareil cérébro-spinal ou de ses membranes^). Ensuite nous énumérerons quelquesunes des autres causes admises par les auteurs.

Quand on réfléchit à la position habituelle de l'enfant dans l'utérus, on a lieu d'être surpris que les sujets qui viennent au monde difformes ne soient pas plus nombreux. On sait, en effet, que le fœtus, depuis son premier développement saisissable jusqu'à l'âge de neuf mois, témoigne une forte disposition à renverser ses pieds en dedans, leur bord externe et leur pointe étant abaissés, tandis que leur bord interne et le talon sont élevés. Cette disposition se retrouve après la naissance , et se maintient assez généralement jusqu'à ce que l'enfant ait marché seul pendant quelques mois. On conçoit, par conséquent, avec quelle facilité une telle disposition, produit de l'arrangement naturel des membres abdominaux dans l'utérus,peut emprunter, aux moindres circonstances adjuvantes, des raisons d'accroissement et d'exagération. 11 est tout simple ensuite

(1) La lésion de l'appareil cérébro-spinal est presque toujours secondaire à une gastro-entérite , et se manifeste le plus souvent pendant les dentitions, surtout pendant la première. Cette vérité a été démontrée par nous, il y a plus de six ans.

Uli DES CAUSES.

que le développement des puissances musculaires et des ligamens puisse être modifié par la prolongation du quasi-vice de la nature , et un changement notable survenir dans les rapports utiles des os du pied entre eux. Ainsi donc, la mauvaise position despieds de l'enfantdansl'utéruspersistant, les muscles de la partie interne et postérieure de la jambe finiront par se raccourcir, par éprouver un véritable arrêt de développement , et leurs antagonistes par s'allonger. Les ligamens feront comme les muscles. Voilà pour la déviation native des pieds en dedans, stréphendopodie ou varus.

Des raisons analogues serviraient pour expliquer

les autres sortes de déviation native, déviation en

dehors, en dessous, en haut, en bas. Par exemple,

la stréphexopodie native, déviation en dehors, valgus,

tiendrait au raccourcissement permanent des muscles péroniers et souvent aussi de ceux du mollet. La stréphocatopodie native, déviation en bas , pes equinus ,

au raccourcissement semblable des muscles du mollet, accompagné quelquefois de celui des fléchisseurs des orteils. La même modification des mêmes muscles et particulièrement du court fléchisseur des orteils amènerait la stréphypopodie native , déviation en dessous,

Enfin, la déviation native en haut, stréphanopodie ,

devrait être attribuée au raccourcissement des muscles extenseurs des orteils, jambier antérieur et péroniers.

Cette opinion, que les pieds-bots natifs doivent leur origine à l'exagération de la position naturelle des pieds du fœtus dans le sein de la mère, pourrait être fortifiée par l'observation des flexions natives des membres. Nous avons été consulté trois fois pour des affections de ce genre. La première fois, il s'agissait d'un enfant nouveau-né qui, lorsqu'on le débarrassait de son maillot, portait aussitôt ses deux cuisses le long du tronc, les jambes étant fléchies et appliquées immédiatement sur la partie postérieure des cuisses. Le second enfant ne présentait qu'un seul membre dans ce singulier état

d'anomalie; et chez le troisième, la flexion alïectait non pas les membres inférieurs, mais les membres supérieurs : ainsi, les avant-bras étaient fléchis sur les bras, et les mains embrassaient le moignon de l'épaule. Dans les trois cas, les muscles fléchisseurs montraient un raccourcissement, remarquable , et tous les efforts tentés pour ramener les membres à leur direction normale n'obtenaient qu'un résultat imparfait, sans aucune durée. Le. même phénomène s'est présenté plusieurs fois dans notre pratique en compagnie d'un pied-bot natif.

Après cette première cause , dont la démonstration physiologique n'est rien moins que difficile , vient la seconde que nous croyons de beaucoup la plus commune et la plus féconde : nous voulons parler de la lésion de V appareil cérébro-spinal (1 ).

Nous avons vu un grand nombre d'enfans nés hémiplégiques ou paraplégiques être affectés d'un pied-bot correspondant au côté paralysé. Tous ces enfans étaient venus au monde avec une raideur générale des membres, raideur qu'ils avaient gar-

( i ^ Nous avons déjà parlé depuis long-tempf de cette cause que l'on semble vouloir se disputer de plusieurs côtés; d'abord dans le rapport que nous avons (ait au conseil royal des Hospices, à la lin de 1 83a, sur le traitement orthopédique qurnous dirigeons au bureau central, à l'hospice des Orphelins, etc., puis dans notre Aperçu surlcs -principales difformités , publié en i833, ainsi que dans différons articles d'orthopédie, insérés dans le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture. Cette cause se trouve encore établie dans les observations que nous avons adressées aux Académies de Médecine et des Sciences, en 1 836 et 1837.

dëe pendant une scmaineet quelquefois plus. L'un d'eux, entre autres, présentait simultanément un commencement de torticolis, un pied équin varus à droite , et un valgus à gauche. Chez cet enfant, les deux membres inférieurs seulement étaient paralysés. Un autre, stréphanopode à gauche et stréphendopode à droite , était en même temps affligé d'un double strabisme. Un autre, atteint de paralysie partielle des membres inférieurs, possédait une déviation en bas et en dedans sur un pied seulement, tandis que le membre opposé se montrait non point difforme, mais tout-à-fait flasque et amaigri par la paralysie. Dix fois au moins, nous avons vu un membre paralysé se terminer par un pied-bot, et l'autre membre rester sans aucune affection quelconque, ainsi que le reste du corps. Enfin, nous avons rencontré quatre enfans nés hémiplégiques , tous quatre avec un pied-bot du côté frappé de paralysie.

Chez plusieurs de ces enfans venus au monde paralysés d'un ou de deux membres inférieurs, avec déviation du pied, nous avons vu l'état paralytique disparaître en quelques mois, partiellement au moins, et le pied-bot se maintenir; chez d'autres, la paralysie persister après un intervalle analogue , et le membre difforme s'atrophier de plus en plus (1 ). On a fait la remarque fréquente que les enfans qui naissent stréphopodes, ont l'ex-

(i) Les pieds-bots natifs avec hémiplégie ou paraplégie que

DKS CAUSES. (>7

tréniité difforme violacée , plus mince, plus raidc et moins chaude au toucher, moins vivante en un mot que celle qui ne Test pas. Nous pensons, à ce sujet, que le plus ou moins de volume et de force du membre trouvé atteint de déviation au moment de la naissance peut très bien servir à faire x econnaître si la difformité s'est développée sous l'influence de contractures paralytiques, ou s'il faut l'attribuer à une autre cause, telle que la position vicieuse des pieds dans l'utérus ; car en cas de paralysie antérieure à la naissance, le membre est plus grêle, le pied plutôt dévié en bas qu'en dedans; on trouve souvent de la contracture dans les muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuisse, et même dans les fléchisseurs de la cuisse sur le bassin. Cet état de raideur générale ne dure ordinairement que quelques jours, quelques semaines au plus; la lésion cérébrale, spinale, ou cérébro-spinale étant guérie alors, ou tout prés de l'être.

C'est à l'observation de cette raideur, de cette contracture primitive , qu'un mécanicien de Paris doit la singulière erreur dans laquelle il est tombé relativement à l'origine des pieds-bots natifs. Ce mécanicien, ainsi qu'il résulte d'un mémoire adressé par lui à l'Académie royale de Médecine, et sur lequel une discussion est dans ce moment même engagée , ce mécanicien, disonsnous, fait consister la cause des pieds-bots natifs

j'ai en le bonheur de guérir seront rapportés et décrits au chapitre dés Observaâon».

dans la pression exercée sur le fœtus par les contractions utérines , en rahon de l absence plus nu moins complète des eaux de Tamnios. No us laisserons un célèbre professeur, M. Breschet, si compétent dans la matière, répondre à la découverte de l'auteur du mémoire.

« Comment admettre , dit M. Breschet, que l'u- « térus puisse jamais comprimer le fœtus assez « long-temps pour dévier les pieds de leur directe tion normale, si, comme tout le monde en est « instruit, les eaux de l'amnios s'opposent à cette <( compression ? La supposition de l'absence du lice quide amniotique ne saurait logiquement con- K duire à la conséquence qu'on voudrait en tirer, « car cet état ne serait guère durable. Toutle monde « sait , en effet, que du moment où les eaux de l'am- « nios ont coulé, l'accouchement est inévitable, soit <( que cet écoulementait lieu spontanément ou bien ce accidentellement. Si l'accouchement n'a pas lieu <( immédiatement , l'enfant meurt , et dans aucun « cas on ne saurait admettre que la compression « de la matrice puisse déterminer la formation du « pied-bot congénital. »

Depuis qu'il nous est arrivé de lire dans les journaux de Médecine l'extrait ou l'analyse du mémoire dont il s'agit , nous avons eu occasion de voir plus de trente enfans nouveau- nés atteints de déviations congénitales, et jamais nous n'avons appris que l'accouchement d'un seul se fût fait à sec. Presque toujours, au contraire, on nous a dit que

si l'enfant était difforme, c'était sans doute parce qu'il avait pu se déplacer et prendre une fausse position dans l'utérus y à cause de. l'abondance des eaux de îamnios , propos de parens , si l'on veut, mais qui est l'expression d'un fait opposé à la théorie que nous combattons.

D'autres raisons viendraient encore à l'appui de notre opinion sur l'influence des lésions de l'appareil cérébro-spinal en ce qui touche la production des difformités de l'enfant dans le sein de la mère. Ainsi, par exemple, la plupart des femmes qui donnent naissance à des sujets affectés de stréphopodie ont eu une grossesse pénible ; elles ont éprouvé des malaises fréquens et répétés , des maladies dans lesquelles le système nerveux a été exalté; elles ont été soumises à de vives commotions morales, à des chagrins cuisans, à des peurs, à des frayeurs , etc. D'autres ont souffert de la misère, de la faim, du froid; d'autres ont fait des chutes, ou bien elles ont subi un travail forcé, hors de proportion avec leur organisation et leur santé. Tous les médecins physiologistes , tous les praticiens observateurs connaissent la puissance des relations sympathiques de la mère sur son enfant, non-seulement durant la gestation , mais encore pendant l'allaitement. Ne voyons-nous pas journellement une violente commotion morale tuer un enfant dans le ventre de sa mère , ou déterminer des convulsions terribles chez, le pauvre petit aussitôt après qu'il a tété l'infortunée que cette

commotion vient de frapper ? Ce sont là des faits trop vulgaires pour qu'il soit nécessaire d'y insister.

De même, nous avons observé que le pied-bot natif ou consécutif à la naissance pouvait souvent coïncider avec l'état lymphatico-nerveux de la constitution de l'enfant, avec le grand développement de la masse cérébrale dans le premier âge. La stréphopodie, dans les familles, est généralement en proportion de la disposition des sujets aux convulsions et aux inflammations cérébrales. Remarquons } au reste, que les enfans dans le sein de leur mère sont exposés non-seulement aux affections de l'appareil cérébro-spinal, mais à presque toutes les autres maladies. Tous les ouvrages qui traitent des maladies des enfans, et notamment l'intéressant mémoire de M. L. Véron, en font foi. Lorsque M. L. Véron était interne à l'hôpital des Enfants-Trouvés , dans ses nombreuses autopsies de nouveau-nés faites , comme on sait , sous les yeux de M. Baron, il a trouvé des abcès dans les poumons, des inflammations du tube digestif, e(c. M. Husson, médecin de l'Hôtel-Dieu, a vu un enfant naître avec la petite- vérole. Ces observations ne sont-elles pas de nouvelles et irrésistibles preuves en faveur de ce que nous avons avancé ? Oui, sans aucun doute, les enfans peuvent, pendant la vie utérine, éprouver des inflammations du cerveau, de la moelle épinière et de leurs membranes , maladies qui doivent agir avant, comme elles agissent après la naissance, en paralysant tout

un cote du corps , ou seulement un ou plusieurs membres , en soumettant certains muscles à un état violent de contracture qui les raccourcit et les amène à développer le pied-bot. Quant à la manière dont se fait ce développement, il- est démontré pour nous que tout se passe dans la vie utérine pour le pied-bot natif , comme après la naissance pour le pied-bot consécutif.

Voilà, selon nous, les deux causes qui produisent le plus souvent le pied-bot congénital. Avant de parler du pied-bot consécutif, nous croyons devoir dire quelques mots de l'arrêt de développement, regardé par quelques savants, et notamment par M. le professeur Brescbet, comme une cause fréquente de strépliopodie. Si l'arrêt de développement était considéré comme consécutif aux deux causes principales que nous avons admises, comme entretenant la difformité une fois qu'elle est développée, nous pourrions affirmer qu'il existe dans tous les cas de difformité de cette nature, car il se trouve toujours alors des muscles qui sont dans un état de raccourcissement permanent, que le pied-bot soit équin , varus , valgus , etc. Nous allons rapporter quelques faits où cet arrêt de développement ne se bornait pas seulement à quelques muscles , mais s'étendait aux os et autres parties constituant le pied et tout le membre du côté difforme, quelquefois même le pied du côté opposé, ainsi que les mains. Nous raconterons les faitssans réflexions, tels que nous les avonsobservés.

Ainsi , un sujet alteint de pied-bot équinvarus nous fit voir un défaut de longueur comparative d'environ trois pouces sur son membre difforme , un pouce pour le fémur et deux pouces pour les os de la jambe (Voyez l'observation de Pascaline François). Un strépbendopode (varus) avait le membre malade de cinq pouces moins long que celui du côté opposé , un pouce pour le fémur et quatre pour la jambe. Chez un autre malade qui nous fut adressé par M. le professeur Breschet lui-même, nous avons trouvé que tous les orteils, excepté le cinquième, n'existaient que jusqu'à la première phalange (Voy. l'observation de Mlle Leroy). Il y a quatre ou cinq mois, on nous a consulté pour une petite fille âgée de deux ans, affectée d'une déviation du pied en dedans avec trois étranglemens à la jambe, que nous regardons comme aponévrotiques. Le premier de ces étranglemens apparaissait à la hauteur de la jarretière ettout-à-faitcirculairement; des deux autres, qui n'embrassaient que la demi- circonférence du membre , l'un attaquait le défaut du mollet, l'autre le quart inférieur de la jambe; puis, chose étonnante ! les orteils de l'autre pied, ainsi que les doigts des deux mains, étaient tous arrêtés à la première phalange. Dernièrement encore on nous a présenté le jeune Saint-Ange Mercier, un petit garçon de quatre ans, rempli d'intelligence et de gentillesse, chez lequel nous avons remarqué les arrêts de développement snivans : le pied droit na

que les trois principaux os du tarse , le calcanéum, l'astragale et le scaphoïde ; ce dernier os est dévié en dedans sur la tète articulaire de l'astragale, et le deuxième métatarsien est directement articulé sur le scaphoïde, qui, ainsi que le deuxième orteil, comporte plus de volume que dans les conditions ordinaires. Il résulte de ce bizarre assemblage une espèce de pied-bot vaius ayant une figure arrondie, formée par le deuxième métatarsien , le deuxième orteil , enfin par le scaphoïde que le tibial antérieur très raccourci lire fortement en dedans. Les muscles du mollet sont aussi plus courts que dans l'état normal; quant au pied gauche , il manque complètement. Les muscles qui vont ordinairement de la jambe au pied se sont arrêtés à la partie inférieure de la jambe et y ont pris leur insertion, du moins ceux que j'ai pu sentir sous la peau, car plusieurs , j'en suis convaincu , n'existent qu'à l'état rudimentaire, ou même n'existent pas du tout. C'est ainsi qu'en touchant le pied droit de ce sujet extraordinaire, je n'ai senti que la portion du long extenseur qui s'insère communément au deuxième orteil. Sous la mortaise des. os de la jambe gauche on observe une apparence de talon à peu près passable. Le membre entier est moins gros que l'autre, et il s'en faut de dix-huit lignes qu'il soit aussi long. A la main droite on ne trouve que deux doigts , l'index et le petit doigt avec leurs métacarpiens ; les autres os du métacarpe manquent, tandis que ceux du carpe m'ont paru exis-

ter tous, seulement un peu moins développes que dans l'état normal. Nous terminerons là nos citations, en ajoutant seulement qu'il est assez fréquent de rencontrer chez les pieds-bots natifs des arrêts de développement dans tout le membre difforme , mais surtout dans les os du métatarse et dans les phalanges.

L'hérédité est encore regardée par quelques praticiens comme une cause de stréphopodie native; nous allons en l'apporter quelques exemples assez curieux.

Nous avons rencontré onze fois des enfans, atteints de pieds-bots natifs, qui étaient fils ou petitsfils de parens stréphopodes-natifs aussi. Ainsi , deux frères affligés d'une double déviation des pieds en dedans avaient leur grand'mère maternelle attaquée depuis sa naissance de la même difformité. Ainsi, deux jeunes filles dans lemêmecas, mais simple, nous dirent que leurs grand-pères paternels possédaient une difformité identique. L'hiver dernier, nous avons traité un jeune garçon belge, âgé de huit ans , ayant deux pieds-bots en dedans, né d'une mère aussi maltraitée que lui, et depuis sa naissance comme lui. Cet enfant, qui est le dernier de cinq, a son frère ainé atteint aussi de deux pieds-bots natifs: les trois autres enfans de la famille ont les pieds à l'état normal.

Tous les autres su jets que nous avons remarqués révélant des singularités héréditaires semblables, avaient , comme ceux que nous venons de citer,

leur mère ou leur grand'mère infirmes, si c'étaient des garçons ; leur père ou leur grand-père, si c'étaient des filles.

Voilà les faits tels qu'ils nous sont passés sous les yeux. Nous les donnons sans y attacher plus d'importance qu'il ne convient. D'autres rencontreront peut-être l'inverse.

La fréquence remarquable du pied-bot consécutif venu à la suite de maladies de l'appareil cérébro-spinal , de convulsions , de paralysies, de contractures musculaires, confirme encore ce que nous avons dit pour les déviation \ natives. En effet, huit pieds-bots consécutifs sur dix dépendent des lésions du cerveau, de la moelle épinière, etc. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans l'état natif ? Lorsqu'un membre inférieur est frappé de paralysie générale ou partielle, on voit la difformité commencer aussitôt; les muscles du mollet, et plus souvent encore les longs fléchisseurs des orteils, entrent dans un état de contracture qu'il faut promptement arrêter et vaincre, si l'on ne veut pas qu'il devienne permanent ; car alors l'emploi des machines, suffisant peut-être pour remédier à la mauvaise modification des fléchisseurs des orteils, serait sans action sur le raccourcissement des muscles du mollet, et la difformité ne pourrait plus être guérie que par la section du tendon correspondant à ces muscles. Remarquons, en passant, au reste, que la contracture des muscles doit être soigneusement distinguée de leur raccourcis-

sèment, conséquence fatale et fréquente de la contracture. Quand un côté du corps ou un membre quelconque est atteint de paralysie, ily a d'abord rétraction plutôt que raccourcissementdes muscles, car long-temps encore ils peuvent être ramenés a leur longueur normale au moyen d'une machine à extension lente et graduée, ou même avec la seule puissance des mains. On a vu des rétractions musculaires de ce genre se maintenir pendant plusieurs années sans dégénérer en raccourcissement véritable. Nous rappellerons à cet égard, entre autres faits de notre observation personnelle, celui qui est relatif à Mlle de Bertrand , et pour lequel nous avons été consulté avec M. le professeur Roux. Cette jeune fille, âgée de huit ou dix ans, avait depuis cinq ans au moins une paralysie partielle des membres inférieurs, paralysie venue à la suite de convulsions , et qui était accompagnée de la contracture des muscles fléchisseurs, des orteils longs et courts , des tibiaux , des muscles du mollet , enfin des fléchisseurs de la jambe sur la cuisse. Ces diverses rétractions musculaires étaient à peu près dissimulées et empêchées par les brodequins que portait la malade, brodequins armés de tuteurs latéraux qui se prolongeaient jusqu'au haut des cuisses. Venait-on à déprisonner les membres de ces entraves salutaires , la jeune fille présentait aussitôt une double déviation des pieds en bns et en dedans et deux fausses ankyloses angulaires des genoux; mais il étail facile

avec les mains seules de ramener les pieds et les jambes à la rectitude normale. M. Roux fut d'avis, ainsi que nous , que Mlle de Bertrand devait être traitée médicalement ; qu'il fallait l'envoyer à une Eau minérale appropriée à son genre d'affection , et continuer surtout l'emploi des brodequins à tuteurs latéraux , afin de prévenir la permanence de la rétraction musculaire, c'est-à-dire le raccourcissement des muscles. Aujourd'hui plus que jamais nous pensons que l'état paralytique auquel la jeune infirme devait cette quadruple difformité prenait son entretien et sans doute aussi sa source dans une inflammation chronique des membranes de la moelle épinière ou de la moelle épinière elle-même; et notre pensée est conforme à celle qu'exprimait, pour des cas analogues, M. Janson , ancien chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de Lyon, dans son compte-rendu de 1822.

Quelquefois les contractures musculaires sont accompagnées de mouvemens convulsifs; mais cette complication ne s'observe en général qu'à l'invasion de l'affection , ou bien encore lorsque l'affection passe de l'état chronique à l'état aigu : ainsi, nous avons vu dans deux cas de paralysie des extrémités inférieures avec contractures musculaires très anciennes , l'état des membres se trouver fort amélioré par le renouvellement des accidens convulsifs qui avaient déterminé la paralysie. 11 faut dire toutefois que ce renouvellement avait failli faire mourir les malades; mais un traitement actif ayant

écarté le danger, il n'en était heureusement resté qu'un amendement musculaire qui leur permettait de se tenir sur leurs jambes beaucoup mieux qu'auparavant.

Les contractures musculaires résultant d'une lésion de l'appareil cérébro-spinal, commencent presque toujours par affecter les muscles fléchisseurs. Ainsi, pour ne parler ici que des membres inférieurs, ce sont les fléchisseurs longs et courts des orteils , et le long fléchisseur propre du gros orteil qu'on voit pris les premiers. Après eux la contraction s'empare des muscles jumeaux et soléaire , puis ensuite des tibiaux et des péroniers, selon que le pied èquin doit devenir éguin varus ou èquin valgus. Nous avons dit, en décrivant la stréphocatopodie et la stréphendopodie, que les tibiaux bien plus que les péroniers sont exposés au raccourcissement: les premiers, en effet, étant plus volumineux, plus forts, sont, par leur volume et leur force même , sollicités, pour ainsi dire , à entrer en contraction, et quand il arriverait que la contracture musculaire pût s'exercer simultanément sur les péroniers et les tibiaux , les tibiaux dévi aient nécessairement vaincre l'obstacle opposé par les péroniers et entraîner le pied vers eux. Ceci ne fait aucun doute ; et comme nous l'avons déjà démontré , c'est à la puissance et à l'action prédominantes des muscles tibiaux comparés aux muscles péroniers qu'il faut demander pourquoi la déviation on bas el en dedans est de beaucoup

plus fréquente que celle en bas et en dehors. Nous avons observé deux cas dans lesquels la contracture musculaire n'avait intéressé que les muscles du bord interne du pied, surtout l'adducteur du gros orteil ; dans ces deux cas le bord interne du pied élait très concave et le bord externe convexe. L'éminence ou tubérosité du cinquième métatarsien présentait une forte saillie sur le bord externe, etc. On rencontre aussi des cas de stréphexopodie sans raccourcissement des muscles péroniers ni du tendon d'Achille , causés simplement par la contraction permanente de l'abducteur du cinquième orteil et de la portion du long extenseur commun qui va se terminer au petit orteil.

En outre des deux grandes et principales causes que nous venons de développer , la mauvaise position des pieds de l'enfant dans l'utérus et la lésion de l'appareil cérébro-spinal ou de ses membranes, les déviations consécutives ou accidentelles du pied peuvent provenir de tout autres causes. On en voit qui se forment à la suite de contusions sur les muscles du mollet, de la cuisse, à la suite d'abcès froids dans les jarrets, entre les muscles de la cuisse , dans les muscles même de la jambe. De nombreux cas sont dus aux subinflammations du genou, ou de l'articulation ti bio-tarsienne, à des fractures voisines de ces mêmes articulations , à des entorses, à des luxations, même réduites, de l'articulation de la jambe avec le pied, aux fausses position* prises dans la marche afin d'atténuer la

douleur causée par une plaie , par un cor, par un oignon, à la lésion d'un nerf, au maintien prolongé du pied dans l'extension, etc. Nous rappellerons à cet égard quelques observations qui nous ont paru curieuses.

En 1 836, nous fûmes consulté pour une jeune fille de quinze ans, Marie-Françoise Prière (Voyez aux observations). Cette jeune fille, qui présentait les apparences caractéristiques de la constitution nerveuse, s'était bien portée jusqu'à l'âge de deux ans, époque où elle fut renversée par un cabriolet dont la roue lui passa sur une jambe. La violente contusion qui résulta de ce fatal accident obligea l'enfant à rester couchée pendant plus d'un mois ; et, lorsqu'étant guérie, Marie Prière voulut marcher, il se trouva que les muscles du mollet avaient été raccourcis par la contusion , au point d'empêcher le pied de mettre plus de la moitié antérieure de sa face plantaire en contact avec le sol. Le talon était déjà relevé de plus d'un pouce.

En 1 834 , on nous présenta au Bureau central d'admission dans les Hôpitaux , une jeune fille de Versailles, atteinte d'une monstrueuse déviation du pied en bas. Vers l'âge d'un an, elle était tombée malade d'une gastro-entéro-céphalite, suivie de l'apparition successive de quinze ou seize abcès froids qui pendant six ans avaient labouré toute la longueur du membre abdominal. Les muscles du mollet étaient comme disséqués par l'inflammation , et des cicatrices épaisses couvraient

la jambe et la cuisse ; on pouvait sans témérité ne point chercher ailleurs le principe de la production du pied-bot (Voyez aux Observations).

Un cas analogue avait déjà attiré notre attention en 4 831 , dans la personne d'un enfant de six ans devenu stréphocatopode (équin), à lage de quatre ans, après une assez nombreuse invasion d'abcès froids.

Voici maintenant une observation qui nous est tout-à-fait personnelle. En 1818, à l'âge de vingt ans environ , pendant la convalescence très longue d'une gastro-entéro-céphalite, il me vint aux jarrets deux énormes abcès froids qui me retinrent au lit pendant plus de trois mois, obligé, à moins d'intolérables douleurs, de tenir continuellement les jambes à demi fléchies sur les cuisses. Lorsque, débarrassé de ces deux abcès, je voulus me lever et marcher, je reconnus qu'il m'était impossible d'étendre les jambes sur les cuisses et de fléchir les pieds. J'avais les muscles demi-tendineux, demimembraneux et biceps crural tendus et raccourcis au point de forcer mes jambes à garder la demiflex?on où je les avais tenues durant les trois mois de mon repos obligé. Je me trouvai en même temps une contraction des muscles du mollet qui élevait mes talons de plus de deux pouces. Enfin, il se passa près de quatre mois avant que la locomotion me devînt praticable autrement qu'à l'aide de béquilles très courtes sur lesquelles je me traînais. Après celles-ci, j'en pris d'autres , et ce ne fut

qu'au bout d'un an de soins continuels, de bains

de vapeur, de massages, de frictions, d'extensions variées que je parvins à remettre mes pieds à angle droit avec mes jambes, et celles-ci aux trois quarts de leur extension normale sur les cuisses. Alors je pus marcher sans soutiens artificiels, mais très péniblement, et j'eus besoin de deux années encore pour faire disparaître totalement cette difformité générale de mes membres inférieurs. Il est évident que si je n'eusse pas été alors élève en Médecine, conséquemment éclairé sur la nature et les dangers de mon affection , je serais resté estropié pour, la vie.

Au mois de juillet 1 836, l'illustre Broussais nous adressa une petite fille de sept ans, affectée depuis plus d'un an d une subinflammation de l'articulation tibio-larsienne. Pour diminuer la douleur que cette subinflammation lui faisait éprouver , la jeune malade avait constamment tenu son pied tendu ; cette posture, en relâchant les muscles du mollet, avait fini par déterminer leur raccourcissement permanent et par produire une véritable déviation en bas ( stréphocatopodie).

Bruckner rapporte l'histoire d'un homme de soixante-quatre ans qui avait contracté une déviation du pied en dedans, strèphendopodie , à la suite de pustules varioliques qui lui étaient venues sous la plante du pied, de façon à ne le laisser marcher que sur le bord externe.

Il y a plusieurs années, nous fûmes consulté par un laboureur do la Picardie, à qui un morceau

de verre avait autrefois blessé et fendu le talon. Le traitement de cette plaie et les souffrances qu'elle occasionnait ayant obligé pendant plus de six mois le malade à élever le talon de quelques pouces et à ne marcher que sur la partie antérieure de la face plantaire du pied, il en était résulté une très forte déviation en bas (stréphocatopodie).

Delpecb rapporte deux curieux exemples destréphopodie développée soit consécutivement à une blessure, soit après un abcès avec nécrose. Pour le premier fait , il s'agit d'un militaire atteint d'un biscaïen qui traversa la partie charnue de la cuisse droite , d'arrière en avantj en dehors et près du fémur, sans toutefois intéresser cet os. A peine frappé, le blessé perdit à l'instant même la faculté du mouvement clans la partie externe de la jambe et du pied. Les muscles péroniers, le jambier antérieur, l'extenseur commun des orteils, l'extenseur propre du gros orteil étaient et sont restés paralysés , parce que le projectile avait coupé le nerf sciatique poplité.

La seconde de ces observations du grand prati cien de Montpellier est un pied-bot survenu après un abcès avec nécrose chez une jeune personne de vingt-quatre ans. Le siège de cette collection purulente était dans la partie interne et inférieure de la cuisse gauche , et les muscles de la partie postérieure de la jambe souffrant sympa thiquement , devinrent à la longue tellement contractés qu'ils

déterminèrent une très forte déviation du pied en dedans.

Enfin, le rachitis a été donné par quelques praticiens comme une source féconde de pieds-bots.

Au surplus, qu'une déviation native ou consécutive du pied soit la suite d'une lésion de l'appareil cérébro-spinal, d'une position vicieuse prolongée ou d'une plaie, la cause efficiente n'en est pas moins toujours la même, inégalité dans les forces musculaires antagonistes. La déviation des os du tarse s'opère en raison de cette inégalité plus ou moins prononcée ; les muscles contractés tirent à eux l'ensemble de l'appareil, et les muscles rélâchés leur obéissent.

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