CHAPITRE i. — APPLICATIONS AUX SCIENCES MÉDICALES. I
Accidents opératoires.
A peine avait-on commencé Tapplicalion de la Radiographie auîc études médicales, que Ton signalait de divers côtés des accidents particuliers survenant chez les sujets en- expérience et môme chez les opérateurs. Il est intéressant de signaler ces troubles, d^en reconnaître l'étendue et de dire s'ils sont une conséquence forcée de l'action des rayons X, ou si, au contraire, ils ne proviennent pas d'une technique opératoire défectueuse ou d'une prédisposition individuelle du sujet traité.
Première observation, publiée par le D^ Rad Crœker ( ' ). — Radiographie de thorax. Distance de l'ampoule 12**". Pose : une heure. Le lendemain, dans la partie exposée la peau devient sensible et rougit fortement; elle devient peu à peu noire et, au bout de six jours, complètement rigide et tendue : au neuvième jour apparaissent des vésicules qui augmentent en nombre et en étendue. La partie qui était la plus exposée au raisonnement de l'ampoule forme une plaque grande comme la main, de couleur rouge pourpre, les bords nettement limités et saillant d'une façon très nette. De grandes vésicules disséminées sur cette plaque s'ouvrent en laissant des excoriations qui ont été très longues à guérir. Au bout de deux mois il restait encore un ulcère de la grandeur d'une pièce de I franc.
Deuxième observation, publiée par M. Soret{''). — Radiographie de bassin. Ampoule Colardeau, à 1*^'" de l'épigastre, avec interposition d'une feuille de celluloïd. Temps réel de pose : vingt minutes. Six jours après, apparition dans la région exposée d'une tache rouge de (3^*° de diamètre avec un centre blanc de 2*'". Légère douleur au toucher. Huit jours après, douleurs profondes; le médecin applique une pommade au menthol : une suppuration abondante s'établit qui dure un mois. Pendant cette période, une
(' } British med. Journal y 2 janvier 1897.
(•') Comptes rendus des séances de V Académie des Sciences, 7 avril 1897.
igô SECONDE PARTIE. — APPLICATIONS DE LA RADIOGRAPHIE.
plaie de même nature, mais plus petite, survient à la jambe audessus de la cheville : elle est très douloureuse, obligée au repos absolu et se cicatrise au bout d'un mois. La plaie de Tépigastre, dont le diamètre s^était réduit à la partie blanche et qui ne suppurait plus, grâce à l'application de compresses d'acide borique, forme une escarre très douloureuse. Trois mois après, la malade n'était pas remise. M. Soret fait remarquer que le sujet était essentiellement nerveux, et que la production de la plaie à la jambe qui n'avait pas été exposée aux radiations indique une prédisposition particulière.
Le même auteur signale une autre expérience dans laquelle il y a eu également une tache rouge, destruction de la peau, mais sans douleur ni escarre. Le tube était placé à 20^" (tube Colardeau; pose réelle une heure).
Troisième observation. — M. G. Apostoli signale un cas très grave de dermatite, à la suite de deux applications des rayon s X ( * ). La première séance avait duré quarante minutes, le tube de Crookes étant distant de iS*^" de la peau ; la seconde avait duré une heure et demie, le tube étant rapproché à 9*^"*. Quelques nausées sans vomissement après chaque séance, Férythème progressif se déclare deux jours après la deuxième séance. Il a fallu près d'un an de soins variés et continus pour obtenir la guérison.
Quatrième obsen^ation. — M. le D"" Paul Richer et nous-méme avons présenté à l'Académie deux cas d'érythème des mains, observés chez des opérateurs qui manient journellement les rayons X et qui surtout interposent souvent leur main derrière l'écran radioscopique.
Cette affection cutanée présente les caractères suivants :
La peau est lisse, luisante, rouge, violacée, offrant un peu la coloration des engelures.
La surface en est durcie, comme parcheminée. La peau parait un peu épaissie et se laisse plus difficilement déplacer sur les parties profondes (/l^- 98).
(') Comptes rendus, 1^ juin 1897.
(») Jbid., 3i mai 1897.