‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 10 sur 67 · MONOGRAPHIES DBS PRINCIPALES ESSENCES · texte numérisé non relu

MONOGRAPHIES DBS PRINCIPALES ESSENCES

Le chdne ronvro et le ch^ne p^doncal^.

Aire et Station. — Indiff^rents k la composition min^rale du terrain, ces deux ch6nes se plaisent surtout dans ies sols profonds, argileux sans trop de compacit^. Bien que, pendant longtemps, on Ies ait consid^r^s comme pouvant impun^ment se substituer Tun k rautre, ils manifestent des pr^ferenc^tf distinctes (2). Le p^doncul6 exige un sol humide ou, toiit ou: moins, frais; Ies terrains argilo-sablonheux, fussent-ils submerges en certaines saisbns, lui sont tres favorables, c*est, par excellence, I'espece des grandes plaines et des valines. Au Qontraire, Ies sols bas, argileux, humides conviennent peu ao ch^ne rouvre ; celui-ci pr^f^re Ies terrains plus meubles, graveleux, sablonneux, calcaires, pourvu qu'une certaine quantity d*argile y mainlienne la fraicheur dont il ne pent se passer; Ies collines, Ies plateaux, Ies contreforts des ihontagnes, oil il trouve plus habituellement toutes cies conditions r^unies, forment sa station de predilection. One ne saurait attacher trop d'importance, dans Ies travaux.de repenplement, k cette difference fondamentale, afin de placer chacune des deux formes dans la station qui lui est propre.

Sous ces reserves, le chene p^doncule et le ch6ne rouvre, se rencontrent en France k peu pres partout, sauf dans la haute montagne et dans Ies stations Ies plus chaudes du littoral de la Mediterran^e. Le premier est tr^s abondant dans Ies regions du sud-ouest ou il peuple, presque k lui seul, Ies for^ts feuillues des Landes et du bassin de TAdour. C'est lui qu*on plante dans Ies haies de la Normandie, c'est lui qu^on retrouve dans

(1) Nous indiquerons sommairement la distribution g^o^aphique des essences et nous prierons le lecteur de se reporter pour plus de details k la Flore forestUre^par A. Mathieu, 4« Edition, revue par M. Fliche, Paris, J.-6. Bailli^re etfils, 1897. Cest & cette flore que nousempruntons toutes Ies donnees botaniques.

(2) Dubois, Cofisidirations cnlturales sur Ies futaies du chine dn Blisois, Blois, Lexesne, 1856.

LE CBESE ROVrmB BT LE CHiXB PSDONCCUS. 57

led allavions de la Sa6ne et de nos gnndes Tallies. Le second domine dans le centre de la France et dans les regions accidentees; il s'^leve ni6nie josqu'di 1 000 metres d*altitude et au dela. Ces chines atteignent leur maximum d^xpansion dans la zone temperee, oii lis caracterisent,par leur abondance^ une region se confondant souvent avec cellede la vigne; au-dessus d'eox on trouve le sapin.

Temp&rament. — Les deux especes ont un jeune plant robuste; leur convert est I^ger, souvent m6me incomplet pour le p^oncule. lis insistent bien k la chaleur, assez bien aux grands froids de I'hiver, mais leur feuillage est tr^s sensible aux gel^es printanieres ; le p6doncuU, qui entre en v6g6tation plus tard que le rouvre, est moins expose k ces accidents (1). L*un et I'autre repoussent parfaitement de soucbe et con&ervent cette faculty jusqu'k un kge tres avanc6.

Enracinement, fructification. — La racine de ces deux chenes est essentiellement pivotanie. Le gland est un fruit lourd ; les ann^es de semence, ou gland^esy sont surtout fr^** quentes dans la region du Sud-Ouest, oil Ton peutr^colter des fruits presque tons les ans; plus on s'avance vers le Nord, plus les glandees sont rares ; dans la France septentrionale, elles se font parfois attendre dix et m6me quinze ans.

Croissance, longivit^. — La croissance de ces ch^nes^ lente au d^but, devient bient6t assez active dans les bons sols ; elle se soulient jusqu'k un kge ires avancd, car leur long^vit^ est ires considerable et d^passe plusieurs sidcles. L*accroissement en hauteur des arbres en massif, comme des sujets isoles, s'arrSte vers TSge de cent ans.

BoiB et usages. — Le bois de chene doit 6tre mis au premier rang pour Tensemble des qualit^s qu'on y rencontre ; mais, suivant la nature du sol et du climat, qui active ou ralentit la vegetation, il est plus ou moins nerveux ou plus ou moins tendre. Le bois dii p^doncuie est, en general, plu^

(S) Cette observation de M. Tlnspecteur Bartet dans la for^t de Haye (Observations pMhologiqnes sur Us chines rouvre et p4doneuU), {Ann. Sc, Mgronom, fran^Aise et iirAngdre)^ sufflrait Aexpliquer ce fait souvent constats que les chines p^donciil^s donnent des glands plus frequemment que les ch6nes rouvres.

58" • . . . • j^g EssBUCES,

dense que celiii du rouvre, il coiivient mieux comme bois de construction. Le rouvre est plus estime pour le travail ei pour la fente ; le p6doncul6 de Hongrie donne, n^aaihoins du merrain tr^s appr6cie.

Produits accessoires. — L^ecorce de ces deux chSnes est utilis6e comme ^corce a tan ; celle du rouvre, qui croit sur les coteaux chauds et bien eclair^s, est g6neralement plus riche et plus recherch^e.

Allures forestidres. — « Le grand m^rite du chSne pour les propri^taires de bois, dit M. Broilliard (1), c'est qu'il abonde dans les forets, qu^il croit dans presque tous les sols, qu'il prospere k F^tat de massif ou d'arbre isole, en futaie comme en taillis, et qu*il joint kla ruslicit^ une long6vit6 permettant k la plupart des sujcts d'arriver a de grandes dimensions. »

Le chSne s'accommode ires bien du traitement en taillis simple et fournit un chattfTage estime, surtout quand il provient de taillis 6corc^s ; on le vend alors sous le nom de bois pelard,

Mais le principal merite du chdne consiste dans ses qualites comme bois d'ceuvre et dans les grandes dimensions qu'il est susceptible d'acqu^rir. Traits en futaie, il devient le geant des forets de la plaine ; par contre, ce n'est pas avant Tage de deux cents k trois cents ans qu*il acquiert son maximum de valeur. Les massifs qu'il forme ont besoin d*6tre desserr^s de bonne heure ; mais alors ils entretiennent mal la fertility du sol. II ne convient done pas d'^lever le chdne k T^tat pur et on doit le conduire en melange avec le hetre ou avec le charme ; a leur defaut, il est indispensable de conserver avec soin toute la vdg^tation arbustive qui se d^veloppe en sousbois, grkoe kla. demi-lumiere tamis^ek travers sacime (2). A ce point de vue, Texercice du pStiirage sous les vieilles futaies de chene est particulierement nuisible. En g^n^ral, le feuillage plus fourni du chene rouvre lui permet de mieux accepter ce genre de traitement.

Leur temperament robuste, leurs exigences sp6ciales au

. j(l} Broilliard, Traitenient des bois en France, (2) Dubois, 2oc. c({.

mcntoesdesx diameC p3«s jpfeM lai t a t k peAwiwewJ^^ ^ nthfenhet Telat sole 1 . asssi fes el«Te-l-<!iii iiTiec iiT»«il4i$« 90QS fome de reserves dutslestaillis sous fulaie. Ik douiMiil alors one pn^Mxtioo de bob d'cNiinr>& m*oiii$ forte qiK^ d«ii$k$ massifs de ftiUie^ nuutss £TKe a an frassissemeiil plus impide^ ieor bois acquiert la plus |jande durete. I$o)e$ d«li$ 1«$ campagnes, ils fomnissaient autn^fois des pieces ocmrbes recheicli6es poor Ics coostractioiis narales.

Ces deux dienes, le rouvre surtoul, possedent la precieuse faculte de se plier aux conditions les pins diverges que le traiiement Ieor impose : ils vivent meme longtemps en forme de tetards et d'arbres d*emonde. Dans le$ $ol$ les plus maigtes et les plus sees, le rouvre vegete sous les dimensions rMuiles d'un simple buisson ; c*est sous cette forme quV'^n lo \\>ii per* sister dans certaines forets ruinees, comme le dernier repr4* sen tan t des anciennes richesses. En un mot^ suivant la ferlilit^^ des milieux, le chene se montre exigeant ou frugal ; mais^ c'est seulement dans les bons sols, qu'il nitrite sa ri^puttttiou et que les depenses pour le multiplier se justifient.

Tari6t^s. — Le chene rouvre et le ch^ne pc^doacuU, comme beaucoup d'especes dent les aires sont ^tendues, prt^cntent d*assez nombrcuses variet^s.

Nous en citerons deux :

!• Le ch4ne pubescent^ vari6t6 du ch^no rouvre : c*o«t le chene blanc du midi, arbre g^n^ralemenl de petite taillo, souvent tortueux ou meme simple buisson, mais qui n'on e»t pas moins pr6cieux par la complaisance avec laquello il accepte de croitre dans les pierrailles calcaires br Alc^ctf par lo soleil.

2* he chine dejuin ou tardif^ vari^t^ du chdno p^doncuh^ : cette int^ressante vari^t6, signal^e en France par M. lo Conservateur de B^er des 1877, est surtout connue depuis Ti^tude

(1) he ch6ne p^doncul^ constitue rarement des maisifs do futftlo pleine: ainsi, dans certaines rcSgions de la Normandie, il est lr6ii conimun dans les haies qui s^parent les hdritages et fait tolalomont d^faut, A quelques pas de U, dans les futaies domanialen. II est, au contrairOf Tarbre des laillis sous futaie, dont il fournit les r49trvu id<}ilos (quand la nature du sol s*y pr^te, bien entendu).

tr6s complete qu'en a faite M. le Conservateur Gilardoni (1). L'^paaouissement tardif de see bourgeons (ila s'ouvrent un

^ig. 25. — Far&l du PetiL-Noir (Jura). Vue prise te 10 mai 18»t ; i droile Chene de juin. (Photogrephie de M. Gilardoni.)

mois, quelqiiefois deux mois plus tard que ceux des chenes pgdoncul^s ordinaires) (fig. 25), met cet arbre h. I'abri des ge-

(t) Le ch4ne de juin, notice sur i doDculd, par M. Gilardoni, ioapecle ger-LevraulL el Cie, 1X93.

]C variety bressane du ehtne p6ir dcB Forits. Nancy, impr, Ber-

LS chjEnb boitvIib bt lb ch&hb piooNcuii. 61

\in printani^ree. II est surtout commun dans la valine de la SaAa« (d^parlementa de Saflne-et-Loire et du Jura). M. le Conservateur Duchalais I'a retrouv^ dans la valine do la Loire et M. FtSldes en Hongrie. Dea experiences faites a I'Ecole Naiionale des Eaux et Forgts a Nancy (fi^. 26), ont

Pig. 36. — A gauche Ch^ne* de Juin, glands de la Tor^t du Petit-Noir (Jura). — AdroilB Ch£nes p^doncuMs ordinairea, glands de la tortl du Petit-Noir (Jura). Semis en automne 1896, dangle jardindel'^cole Nationale des Eaux et TotHs. Aspect ie 4 mai 1B98. (Photngraphie de M. I'AdJudaDt Fournel.)

montr^ que le caractere particulier k cet arbre, le retard dans la foliaison et la floraison, dtait completement h^r^ditaire (1).

Le port des chines tardifs est parliculi^rement ^lanc^, avantage dA sans doute k ce que la croissance n'est pas en- Irav^e par les accidents de gcl^e.

(1) BuUtliii SoeiiU de* ScUncei de A'anev, 1899.

62 ' LES ESSBNCBS.

Le ch6ne taazin.

Aire et station. — Gette essence, propre au Sud-Ouest de la France, caraci^rise la region oc^anique qui s*6tend des Pyr6n^es k la Loire et m6me un peu plus au Nord, et du littoral k une ligne tir6e d*Orl^ans k Tulle et a Toulouse. Elle semble pr^f^rer les sols siliceux et croit plutdt dans les stations du ch6ne p6doncul^ que dans celles du ch6ne rouvre.

Temperament r — Le temperament du jeune plant est robuste ; le convert de Tarbre est l^ger ; on ne rencontre le ch6ne tauzin que dans les stations ou les grands froids de rhiver et les gel^es printanieres sont peu k craindre. D*ailleurs, comme il entre en vegetation tres tardivement, il est moins expose que les deux especes precedentes k ces derniers accidents. II repousse tres bien de souches.

Enracinement, f motif ication. — Bien que pourvu d'un

pivot, ce chene est particuli^rement remarquable par ses racines tra^antes, qui possedent au plus haut degre la faculty de drageonner.

La production des glands est assez abondante chaque ann6e.

Croissanoe. — Le chene tauzin est, le plus souvent, un arbre tortueux ; il est loin d'atteindre les belles dimensions du rouvre ou du pedoncule.

Bois et usages. — Son bois raide, se ger^ant et se tourmentant beaucoup, peu estime comme bois de construction ou de travail, est, au contraire, recherche comme .bois de feu.

Produits acoessoires. — L'ecorce jeune renf^rme beaucoup de tanin et fournit du tan d'une qualite sup^rieure. Dans les departements du Sud-Ouest, ses glands sbnt recolt^s pour Tengraissement des pores.

Allures forestidres. — Le traitement en taillis convient k tous ^gards au chene tauzin ; il doit m^me lui 6tre exclusivement appliqud, car ses dimensions toujours restreintes et ses mediocres qualit^s comme bois d'oeuvre, font qu'on n'aurait aucun interet a le traiter en futaie.

LE CH^NE U^OE BT LETCRfiNE OCCIDENTAL. %8

Le ch^ne-li^ge et le oh6ne occidental.

Le chSne-liege est une essence exclusivement m^diterran^enne. R^pandu en Corse et en Alg6rie, il occupe dans la France continentale trois regions disjointes : les Maures et TEsterel, — le Gard et TH^rault, — les Pyr^n^es-Orientales. Cette essence calcifuge se trouve cantonnee sur les sols granitiques, porphyriques et schisteux. Dans les Maures, elle monte jusqu'a 700 metres d'altitude ; dans les Pyr^n^es, jusqu*k 500.

Temperament. — Le feuillage du ch6ne-liege est persistant, mais grdle, rare ; son convert est l^ger, son jeune plant tres robuste. II repousse bien de souches.

Enracinement, fructification. — Les racines sont, k la fois, pivotantes et tragantes, suivant laprofondeurdusol; elles ont aussi la faculty de drageonner, notamment quand les souches ont 6i6 atteintes par les incendies qui ravagent les for6ts dans sa region. La fructification estpr^coce et se produit des Vkge de quinze ans ; ce n'est guere qu'k trente ans qu'elle est abondante et soutenue; en France, elle n*est le plus souvent qu'intermittente.

Croissance, longiviti. r— Arbre de deuxieme grandeur, d'une croissance assez rapide dan$ le jeune lige, mais prenant bient6t une forme trapue. Sa long^vit^ est grande.

Bois .et ses usages. — Son bois est pen estim'^ comme bois de service,- parce qu'il est tres loiird et se tourmente trop ; il foui:nit un tres bon combustible et d'excellent charbon.

ProduitS accessoires. — Le liege qu'on tire de son ^corce a plus de valeur que le. bois lui-meme ; il dopne une tr^s grande importance li"cel'te pr^cieuse Essence", doht on ne saurait trop recommander la multiplication partout ou elle pent prosp^rer. hes glahds; satis^^tre triis' &pres,' ne sont pas ordinairement' comestibles. 'En AIgiri€/,"le liber est tres recherche k cause de sa Hch^dde en tanin y les vieux arbres sont exploit^s en vue de 'tfeite^Titolte. ' * .' '

' It^'chtDB ocddentaL' -^ n re^semble en tons points au rfiiftne^idge I'potfr-^e'tftrfp^fement, J'enraxiinement, la crois*

:04 LES BSSEHCES.

Bance, les qualit^s de son bois el de son Scarce, tea exigences calcifujf^B. 11 n'en diffgre que par ]a maturation biEannuelle de sea glands et sa localisation sur les c6tes de I'Oc^an,

Allures faresti^reg. — Le ch€ne-li6ge et le chene occiden- Ul n'ont d'aatre importance foresti^re que celle de leuc ^corce.

A ce point de vue, on en obtient le meilleurrendement en les disposant par pieds isol6s, k la fa^on des arbres fniitiers dans les .vergers (fig. 27).

Le ch6ne yeuse ou cfaSne vert.

Aire et station. — Cette espece m^ridionale est rare dans la region oc^anique, tr6s commune, au contraire, sur le versant mediterran^en,deMenton k C^ret, — de la merit Digne, Sisteron et Montelimart; elle remonte mSme au nord de Valence. Elle manifeate, dans la France continentale du tnoins, une pr^f^rence pour les sols calcaires, de U son

LE CH^NE YEIJSE OU GH^NB VBKT. 65'

abondance surle littoral fnMiterraheen, sauf dans les regions granitiques des Maures et de l*Esterel; de Ik aussi 'sa raretS sur le littoral de TOcdan, si ce n'est dans les stations calcaires de la Charente ; de Ik enfin, son apparition dans le Plateaa central, par les caAons des Gausses. Elle parvient dans les Alpes et en Provence jusqu'k Taltitude de 700 k 800 metres, dans les Pyrenees k celle de 600 metres.

Temperament. — L'yeuse est tres robiiste et -rdsiste aux expositions ineridionales les plus chaudes ; son feuillage, peiv> sistant, est assez leger. II fournit des rejets de souches jusqu*l( un kge avanc^.

Enracinement, fructification. — Bien que solidement (1) ancr6 dans le sol, Tyeuse possede des racines lat^rales drageonnantes. - >

La fructification est pr^coce et se produit des hiiit k dix ans ; elle se soutient abondante et reguliere jusqu'k un kg6 avanc^.

Croissance, longevity. — Sa croissance est assez rapidd dans le jeune Sge, pourtant il ne depasse pas les dimensions d'un arbre de troisieme grandeur. Sa longevity atteint trok siecles et plus. ^ ;

Bois et ses usages. — Le bois du chdne yeuse est tres dikV] tr^s lourd et extremement compact; il est fortsujet k se tour* menter et peu convenable au travail ; son poids exag^r^ et s&d faibles dimensions en longueur limitent ses emplois coiiibie bois de construction. II n'a point d'egal comme combudtibl)^;

Produits accessoires. — L'^corce du ch^ne yeuse donne un tan tres estime, sup6rieur a celui des chenes k feuilles caduques. Les glands, lorsquMls sont doux, ont une saveur agr^able et servent k la nourriture de Thomme^ qu'ils soieiit crus ou cults. On les recolte pour cet usage dans quelques d^partements du Midi.

Allures foresti&res. — Comme le chene tauzin et pour des causes identiques, le chSne yeuse ne comporte pas d'au«>

{1} Les pivots du ch^ne vert p^n&trent dans certaines crevasses JHSqu*A 15 et 20 mitres de profondeur. Beaucoup de v^g^tauxdes statioD^ s^ches agissent ainsi pour se procurer I'eau qui a disparu des regions superficielles du terrain.

BOPPB et JOLYET, 5

tre traiiement que celui du taillis simple. Sous cette forme, 3 peut dire uiilemeni associ^ au pin d'Alep; il fournit a celiii-ci d'excellenis sous-bois peu sujets k etre detruits par les incendies.

Le chAtaigrnier.

.. Station. — '■ Le chliiaignier, repandusur beaucoup de points de la Franise, ne paraitcependant pas y etre spontan^, et c'est line erreur populaire de croire que Thiver de 1709 Ta fait disparaitre de5 regions de la Loire. II recherche les terrains siliceux.

• . TetapitQMeni. — Le chS^laignier exig^ moins de lumiere et forme, en consequence, des massifs plus serr^s que les chen'eg k feuilles caduques ; il tient assez bien le milieu^ pour le temperament, en tre le hetre et ces ch6nes, avec lesquels il peut etre maintenu en sous-^tage. II repousse tres bien de e6uches,

z .Fjructification. — Le chataignier fructifie vers vingt-cinq ^u .trente anS, s*il est isole — vers quarante ou soixante ans, s'il est en massif; ses annees de semences se succ^dent k deux pUjItrpis atis d'intervalle et sont gendralement abondantes. -•I B^ yacinetoent. — L'enracinement est form^ d'un pivot gjiSQ^ ^Ijonge et de nombreuses et fortes racines lat^rales. oifCEOisSdnce, long6viti. — C'est un arbre de premiere gif^d^ui*, k croissance rapide et d*une grande longevity, ITialgr^ les tares centrales qu'il contracte d'assez bonne heure. BoijS et 368 usages. — Le bois de chataignier a beaucoup d'dnalogie ?ivbc celui du chene (1) ; il lui est cependant inferieur en qualite pour les constructions ; meme dans les contr^es Jes plus meridionales de la France, I'arbre se creuse avant d*avoir atteint les dimensions qui le rendraient propre 4 QO servicfe. II est estime comme bois de merrain et fournit 4gdl^ipentd.e tres bpn§ 6chalas ; en effet, son aubier ^tant toujours tres mince, il y a une forte proportion de bois de

"' ilj La conftision est toutefois impossible en tre ces deux bois : le bois 'du chSn6 a de larges rayons medullaires ; celui du chdtaignier, auconiralre^^a des" rayons invisible's k Vcsit nu : il n'est jamais ma,iU4,

LE h£tre ou foyard. 6"?

coeur, mSme dans les jeunes sujets ; il estaussi recbercb^ pour la fabrication des cercles de tonneau.

Produits accessoires. — Son fruit est comestible ; sous le nom de chAtaigne^ il sert k Talimentation dans les d^partements du Centre etduMidi. Le marron comestible n*est autre ebose que le fruit d'un cblitaignier am61ior^ ettraiteA la fagon des arbres fruitiers. Cette culture, tres r^pandue dans la region des Maures, fournit des fruits tres estimes, connus dans le commerce sous les noms de marrons du Luc ou de Lyon.

Allures forestidres. — LechMaignier exige un climat doux. En France, du moins, il constitue rarement des massifs de quelque ^tendue. II est souvent introduit artiBciellement, sur de petites surfaces, dans les sols fertiles que leur d6clivit^ rend impropres k Tagriculture. Traits en taillis, il donne alors des produits tres abondants et rechercbes comme menu bois d'ceuvre. Pour constituer un massif de futaie, le cbene devra toujours lui ^tre pr^fdre.

Le h^tre on foyard.

Aire et station. — 11 se rencontre partout, en France, si ce n'est dans la baute region des Alpes, sur le littoral m^diterran6en de Nice k Perpignan, et sur les c6les de TOc^an de Bayonne aux Sables d'Olonne; il abonde dans les regions de coUines et dans les montagnes de moyenne elevation. Le hetre, assez indifferent a la composition min^ralogique du terrain, prdf^re, n^anmoins, les sols lagers et surtout calcaires, il redoute les terres fortes et mouillees et craint la trop grande cbaleur.

Temperament. — Le jeune plant de betre est tres d^licat, le couvert de Tarbre tres ^pais. 11 supporte les plus grands froids de Tbiver, mais son jeune feuillage, bien qu*un peu moins sensible aux gel^es printanieres que celui du cbene, est souvent atteint k cause de sa pr^cocit^. Le betre repousse mal de soucbes dans les climats froids, mieux et mSme bien dans les regions m^ridionales, notamment dans les Pyr^n^es ; partout il perd d'assez bonne heure, a vingt-cinq ou trente ans, la faculty d*6mettre des rejets de bourgeons proven-

68 LBS ESSENCES.

tifs; c^ux d'origine adveniive sont alors plus frequents.

Enracinement, fructification.— Dansles premieres anii6es,laracine pivote,re8te simple ets'enfonce k peu pres autant dans le sol que la iige s*dleve dans lair ; vers douze ou quinz^ ans, le pivot s'arrete et.les racines lat^rales prennent une grande extension ; k trente ans, celles-ci cessent de croitre et sont alors remplac^es par des racines superficielles, tra^antes, souvent en partie saillantes hors du sol jusqu*a une certaine distance du pied de Tarbre. En somme, Tenracinement total est peu profond, mais tres etendu en surface, sans pour cela donner de drageons.

Le he^re appartient k la cat^gorie des arbres k semences lourdes; il ne fructifie qu'k un Iige avanc^, vers soixante ou quatre-vingts ans en massif, quarante ou cinquante ans, quand il est isol^. Les fatnes ne sont abondantes que tous les cinq ou six ans dans les circonstances les plus favorables, et, quelquefois, tous les quinze ou vingt ansseulement. Les /a^nee^ completes sont g^n^ralement plus communes dans les plaines et sur les coteaux que dans les regions montagneuses; mais, en retour, les ann^es de disette absolue n'y sont pas rares : en montagrie, au contraire, les fainees partielles se succedent k peu pres sans interruption.

Croissance, long^viti. — LehStre atteint de tres grandes dimensions, sans parvenir cependant k celles du chSne et du sapio, en raison de sa long^vite bien moins 61ev^e et qui depasse rarement deux cents ou deux cent cinquante ans. Cette long^vit^ d^croit d'une fagon notable au fur et k mesure qu'il quitte la region des collines pour s'abaisser dans la plaine ; dans les forets situ^es sur les bords de la Loire, il d^perit, en massif, avant r§ge de cent cinquante ans.

Au debut de son existence, le plant s'accroit peu, environ d*un decimetre de hauteur annuellement ; mais, passd cinq ans, il prend son essor, ^crasant autour de lui les especes de lumiere qu'on voudrait lui associer; vers quarante ou cinquante ans, il parvient k son maximum d'allongement annuel ; comme le chene, entre quatre*vingts et cent, il ne s'accroit plus sensiblement en hauteur.

Bois et ses usages. — Les cmplois du hStre sont nombreux

LE SETRE OU FOTARD. 69

comme boiis dlndustrie. II est tres esUme comme chaiiffage et donne un charbon lourd et de bonne quality.

Produits accessoires. — La falne contient une huile grasse, comestible quand elle est exprim^e k froid ; en tous caSf ires propre a Teclairage. La r^colte des faines devient, de ce fait, dans les annees d*abondance, une source importante de produit pour les propri^taires ou pour les habitants qui achetent le droit de les ramasser.

Allures ioresti^res. — L*etat de massif plein est celui qui convient le mieux au hStre; par son couvert epais et ses detritus abondants, il fertilise le sol. Les produils les plus precieu?; sont aussi tires des arbres dont le fut Glance et lisse s^est cons* titu^ dans les futaies r^guli^res. II se reg^nere facilement par la semence, et la faculte qu*ont ses jeunes plants de supporter un couvert prolonge, permet d*user de tous les delais n^cessaires pour obtenir un ensemencement naturel complet. II peut dtre 6\ey6 k T^tat pur, mais il est avantageux de lui associer d'autres essences k croissance aussi rapide que la sienne : un massif de hStre est, en elFet, le milieu f^condaht le plus favorable k leur bon developpement. Par centre, il faut surveiller ses tendances k devenir dominant et, lorsqu'on ne veut lui reserver qu'un rdle secondaire, c'est k r^tat.de sous-^tage qu*il rendra le plus de services, sans devenir jamais nuisible. Le hetre accepte le jardinage, mais alors les arbres fournissent moins de bois d*oeuvre que dans les futaies r^gulieres. Cette essence conserve trop peu de temps la faculty de rejeter de souches pour 6tre avantageusement trait^e en taillis simple. Sous cette forme, le peuplement ne se maintient complet que sur les versants bien ^clair^s et k la condition expresse d'etre exploits tr^s jeune. Parmi toutes les essences foresti^res, c'est a peu pr^s la seule qui puisse s*accommoder du traitement en taillis d'dges m61es ou furetes. Maintenu a T^tat de reserve dans les taillis composes, le hetre se constitue une cime ample, ^paisse, qui ^crase toute la v^g6tation inferieure ; on n'obtient ainsi que des arbres k t^i court, donnant un bois de travail de mediocre qualite et en faible quantity.

En resume le h^tre est I'espece par excellence k cultiver

dans les sols sans profondeur ; on ne saurait trop le propager dans les collines jurassiques du Nord ei de TEst de la France; sa frugality le d^signe ^galement pour remettre en etat les terres sableuses fatigu^es par le paiurage, par le maintien ^busif du chdne k T^tat pur, ou par le traitement en iaillis.

Le charme.

Aire et station. — G'est un arbre de plaines ei de coteaux : en moniagne, qu'il s'agisse des Vosges, du Jura ou du Plateau central, il disparalt brusquement, sans passer par Tetat buissonnant qu'affectent beaucoup d*essences k la limite sup^rieure de leur aire. II occupe toute la partie de la France situee au nord d'une ligne tiree de Grenoble a rembouchure de la Gironde ; il est surtout commun dans les departements du Nord et de TEst. Le charme accepte tons les terrains, mais il accuse une preference marquee pour les sols frais et profonds (1).

Temperament. — Le charme, bien que son temperament soit robuste, a besoin d'abri dans sa jeunesse, en raison de la faiblesse de Tenracinement des plants naissants et des dangers auxquels les exposerait le dessechement d*un sol decouvert. II demande bient6t de la lumiere, qu'il faut lui menager prudemment. En sols sees, pierreux, les chaleurs exceptionnelles de certains etes lui sont parfois furestes; en revanche, il presente, en toutes circonstances, une resistance remarquable k Taction des gelees printanieres. Le charme rejette parfaitement de souche.

Enracinement, fructification. — L'enracinement est faible et superficiel. II se compose de nombreuses racines lat^rales, issues d'un pivot bientdt oblitere, et Tensemble p^netre rarement k plus de 50 centimetres de profondeur.

Malgre leur disposition tra^ante, ces racines n'^mettent pas de drageons ; mais les brins trainants du charme se mar-

(1) G'est, du moins, en pareille station qu'il constitue les arbres les plus longevifs et les plus beaux ; mais ses taillis couvrent des ^tendues considerables de terrains calcaires superficiels.

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