‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 25 sur 67 · ACTION DBS ARBRES SUR LE SOL · texte numérisé non relu

ACTION DBS ARBRES SUR LE SOL

des argiles pour donner quelque cohesion aux sables les plus pulverulents, sans que ses effets, dans ce sens, viennent s'aj outer k ceux de Targile ; bien au contraire, il divise les terres trop compactes. De m6me, il tempore les exces de chaleur et de froid et adoucit les propri^t^s mauvaises de certaines matieres min6rales.

D'autre part, le terreau est le principal agent d'un veritable ameublissement m^canique du sol, dont Teffet ne peut Stre compart qu'a celui du labour. Darwin avait dej& appel6 Tattention sur les precedes k Taide desquels les vers de terre brassent les couches superHcielles du terreau; mais, en ce qui concerne plus particulierement les forets, les travaux r^cents poursuivis en Danemark par M. le Docteur Miiller (1) ont montr^ que, dans le terreau forestier, existent des pl^iades d'organismes, de dimensions aussi varices que les embranchements auxquels ils appartiennent. Tons ces fouisseurs vivent dans le terreau et par le terreau ; plantivores et carnassiers le perforent de leurs galeries et le transforment en une masse mouvante, sous TefiTort constant des mangeurs et des manges, qui le parcourent dans tons les sens k la poursuite les uns des autres. Mais bient6t, attires par ce r^gal, les animaux d*un ordre plus ^lev^ : musaraignes, taupes ou sangliers, achevent de m^langer sol, sous-sol et terreau, comme ferait la pioche ou le soc de la charrue.

A ce propos, ajoutons que les arbres eux-memes contribuent, d'une maniere directe, a donner au sol, sinon Tameublissement, du moins la permeability, par leurs racines qui le p^n^trent profond^ment.

Avec le temps, Tensemble de ces actions concourt k transformer la terre sauvage en cette terre a bois, dont la consistance toute sp6ciale explique la sensation d*6la8ticit6 qu'on eprouve en marchant sur le sol d*un vieux peuplement.

ROle chimique de la couverture morte, Tacide phosphorique et la potasse, Tazote. — Le r61e chimique de la couverture n^est pas moindre. En analysant les mat^riaux

(1) Dr P.-E. Muller, Studien Uber die natUrlichen Hnmnsformen und deren Einwirkung auf Vegei&tion und Boden, Berlin, 1887. (Trad, par M. Henry Grandeau. Nancy,. Berger^Levrault, 1889).

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qui constituent la couverture morte dans des forets domahiales des environs de Nancy, trait^es en taillis-sous-futaie, M. le Professeur Henry (1) a trouvd les chiffres suivantspar hectare, dans un peuplement kg6 de 20 ans.

Acide phosphorique.. 23 kil. en sol calcaire. 29 kil. en sol argileux.

Potasse 16 — 33 —

•Azote environ A3 kil. dans Tun et Tautre sol.

Ge qui repr^sente Tequivalent de 6.000 kilos de fumier de ferme, et, aux prix actuels des engrais chimiques, une valeur de 74 francs.

Si les feuilles rendent au sol ce qu'elles lui ont pris, ou trouver la restitution des materiaux pr^cieux export^s dans la r^colte-bois et qui, malgr^ leur faible importance relative, ne constituent pas moins une perte seche?

Gette restitution se fait par une sorte de mobilisation de la. reserve d\i sol, sous Tinfluence de la vie du peuplement. « On appelle reserve du sol, dit M. Henry, les elements tels «' que les silicates de potasse, dechaux, demagnesie, etc., qui, (( insolubles pour le moment et inutilisables pour la vegeta- « tion, le deviennent peu k peu grace k Toxygene et surtout « k I'acide carbonique, dont Pair occlus dans les sols forestiers « contient toujours de notables quantites. » Or, Tair p^netre dans les sols ameublis et fournit Toxygene. D'autre part, Tacide carbonique en exces est d^gage par les microorganismes, lorsqu'ils r^duisent la couverture en terreau. Ce dernier dissout les sels nutritifs, les digere pour ainsi dire et les prepare en aliments tout prets k 6tre livres k la consommation des racines.

Mais d'ou vient Tazote? Gar, si les phosphates et la potasse restent fixes dans la terre tant que la vegetation ne vient pas les lui prendre, on sait que les nitrates ne font que traverser les couches superficielles et se perdent avec les eaux de drainage.

On admet que les matieres nitreuses en dissolution dans les eaux m6teoriques (pluies, neiges, rosees), lorsqu'elles traversent lentement les puissantes assises p^n^trees par les racines

(1) E. Henry, Poids et composition de la couverture morte des Forets (Comptes rendus Ac. des Sciences, 1896).

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des grands arbres, cedent k ceux-ci plus d'azote qu*elles n'en peuvent fournir aux r^coltes agricoles, dans leur court trajet k travers la mince' coiiche arable qui les nourrit.

Quoiqu'il en soil, les chiffres emprunt^s k la staiique chimique de la foret dressee par M. L. Grandeau (J), d^montrent que ces quantit^s sont insuffisantes pour r^tablir T^quilibre entre les recettes et les d^penses de cette nature. Des recherches de M. Henry mettent en lumiere ce fait nouveau que c'est encore la couverture qui vient combler le deficit. En eflfet, par I'intermediaire d'infiniments petits, encore mal d^termin^s, les feuilles mortes ont la faculty de fixer directement Tazote de Tair, jouant, ainsi, pour les sols forestiers, le role des legumin^uses en culture agricole. Dans les conditions ou etaient ins tallies ces experiences, il a il6 etabli que le gain en azote du k cette cause variait, par hectare et par an, de 13 kilogrammes, pour les feuilles de chine, k 22 kilogrammes, pour celles de charme.

« Les feuilles » ajoute Tauteur du m^moire, « sont reellement des organes admirables...^ on dirait qu'elles ont h^te, mime mortes, de travailler pour Tarbre qui les a produites. Des qu'arrivent les beaux jours, elles servent de p&ture k des niicroorganismes, dont la presence et Tactivit^ sont attest^es par un fort d^gagement d*acide carbonique, et dont un certain nombre a la faculty d*absorber, outre Toxygene, Tazote de Tair, pour le faire entrer dans la constitution de leur protoplasm a. »

Voilk done le bilan des richesses que renferme dans son sein cette couverture morte dont tant de gens voudraient s'emparer gratuitement, comme d'une mati^re inerte, qui pourrit sans profit pour le proprietaire de la foret. C*est comme si on voulait prendre au paysan le fumier de ses stables.

Les terreaux acides et tourbeux. — Mais le terreau ne se constitue pas toujours suivant la formule id^ale dont nous venons d*esquisser les bienfaits.

II suffit de regarder la couverture pour constater que

(1) L. Grandeau, Cours d'agriculture de V£cole forestiire. Nancy, Bergcr-Levrault, 1879.

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certaines feuilles, comme celles de hMre ou les aiguilles d'6pic^a, de consistance coriace, se d^composent tr^s lentement; que d'autres, au contraire, comme les feuilles de charme, d'orme, de frene, dont le b^tail se montre ires avide sous forme de feuillage vert, sont, en mdme temps, les plus recherch^es, k T^tat sec, par les plantivores du sol, notamment par les .lombrics. Cela explique pourquoi ces derni^res ont disparu depuis longtemps, animalis^es dans le terreau, quand les autres sont encore presque entidres sur plusieurs 11 ts superposes.

D'autrepart, quand Teau est en exc^s, Taction de Toxyg^ne et de la chaleur se trouve diminu^e. La decomposition des debris organiques devient extrdmement lente et reste toujours incomplete. Les combinaisons acides se produisent abondantes et il en resulte un residu analogue a la tourbe, dans laquelle, parmi nos grandes essences forestieres, Taune, le bouleau, le tremble, le pin de montagne peuvent seuls resister.

Inversement, quand il y a exces de secheresse, le terreau se brille et devient charbonneux, poudreux ou fibreux. Gette poussiere brune ou noire, de decomposition ulterieure tres difBcile, est une veritable tourbe seche, avec tous ses inconvenients. Elle se rencontre surtout dans les sables siliceux, auxquels elle se^meiange pour donner les terres dites de brnyeres.

Dans Touvrage dejk cite, M. le D** Miiller insiste tout particulierement pour caracteHser ces differentes sortes de terreau et il donne les moyens pratiques de distinguer facilement chacun d'eux. Dans I'humus, ou Tacide carbonique est pour ainsi dire le seul produit acide, la vie animale abonde et, parmi ses colons, le grand lombric se montre tres nombreux; le sol est gonfie par les taupinieres, creuse par les vermin ures des sangliers, et, au milieu des plantes qui lui sont speciales, on trouve abondamment Tasperule odorante, la mercuriale vivace, Toxalis, Tanemone des bois, etc.

La tourbe, au contraire, constitue une sorte de feutrage, dont la resistance sous le pied est encore augmentee par Tenchevetrement de racines superficielles et d'un mycelium special k cette formation.

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Tant6t elle est pulTemlente et imperm^ble, tant5t elle s'imbibe oomme one eponge et retient Teau en exces. Tonjonrs riche en matieres organiques acides, elle porte une ▼egetation basse caracterisee par la canche flexueuse, par le triental et par les mousses, qui, a part quelques touffes de poly* trie, font defaut surThumus. Enfin^la faune, beaucoup moins riche. est surlout remarquable par Tabsence presque complete de lombrics et de taupes. En un mot, sur ces terreaux deserts, la couverture echappe k Taction reductrice des milliers de tubes digestifs qui elaborent les engrais animaux, et attend, pour se decomposer, le fonctionnement des reactifs chi* miques.

La tourbe est des plus communes dans les regions froides et brumeuses de TEurope septentrionale. En France, ou les saisons de vegetation sont longues, ou les sols calcaires sont abondants, elle est beaucoup plus rare. Elle se rencontre, cependant, sous la forme seche, dans certaines forets sablonneuses, — sous la forme humide, dans la montagne, et il imporle d'y veiller.

RAIe du sylvicnlteur dans la constitution de la convertare morte; dans celle dn terreau. — Sous ces r6serves, voyons quelle est la part d action du sylviculteur dans la con> fection des seuls engrais dont il puisse disposer. Sur la cou-» verture, comme sur le terreau, il peut agir, autant par des soins culturaux que par des mesures r^pressives.

En maintenant les massifs complets, en respectant les sousstages, en evitant les dScouverts trop frequents, il contribue k augmenter la quantity de detritus qui s'accumulent sur le sol. Mais il doit surtout s'opposer de la fa^on la plus ^nergique k renldvement des feuilles mortes. Heureusement, ce flSau, qui sSvit encore en AUemagne, est tres localise en France ; car, parlout, les experiences dirigees en vue de traduire par des chifTres Tinfluence de cette funeste pratique, lui ont fait imputer une perte de 50 p. 100 et plus sur la production ligneuse.

En ce qui concerne le terreau, on peut conseiller : de choisir des revolutions plut6t longues que courtes, afm de decouvrir le sol le moins souvent possible ; — de maintenirles

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SOUS bois; — de conserver, tout autour des enceintes, des arbres de lisidres, qui tiennent le peuplement bien clos, a Tabri des coups de soleil et aussi des coups de vent ; car ceuxci, en bouleversant la couverture, rendent la vie difficile aux animaux qu'elle abrite; — enfin, de cr^er des forets melangees, oil, la decomposition des feuilles se faisant beaucoup mieux, on ^vite la formation de ces litieres de feuilles de hitres, ou de ces feutrages d'aiguilles d'^pic^a, parfois si genants dans les forSts de la montagne.

Dans les sables grossiers^ sees et briilants : exag^rer encore le principe du convert bas et continu ; faire tons ses efforts pour maintenir les esp^ces k feuillage epais, qui ont trop de tendances k fuir ces regions ou Thumidite leur fait defaut ; dans ce but, pref^rer les peuplements d^^ges multiples aux peuplements d'un seul 4ge, ou choisir des revolutions tres longues. Au contraire, dans les argiles froides et tres humides : relever le convert, pour faciliter Tacces de la chaleur; choisir des traitements qui decouvrent p^riodiquementlesol; pr6f^rer le taillis sous futaie k la futaie pleine.

En resume, dans toutes les circonstances et en tons lieux, maintenir le sol a I'etat de saine fratcheur que commande I'hygidne de la for6t, et qui convient aux lombrics et autres animaux, sur le r61e desquels on ne saurait trop insister.

La couverture vivante. — La couverture vivante, telle que nous Tavons definie, varie suivant la nature du sol; sa presence est toujours Tindice d*une degradation dans Tetat du peuplement; en effet, elle absorbe a son profit les reserves alimentaires du terrain. Elle entravela regeneration naturelle en empechant les graines d'arriver au contact de la terre; et les jeunes semis qui, malgre tout, viendraientk s'installer, ont k lutter contre les racines des plantes rivales, qui les enserrent et les affament.

Ndanmoins, cette couverture vivante est encore preferable k un etat de denudation complet. Elle donne de Tassiette au sol, le protege contre les erosions des eaux et les ardeurs trop vives du soleil, empeche le tassement, et, de plus, par les debris morts qu'elle abandon ne, fournit k la terre des elements organiques, dont les grands arbres peuvent profiter.

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Aussi, en dehors du cas special ou Ton cherche une r^gen^-^ ration par la semence n'est-il pas indiqu^ de la faire disparaitre par des travaux on^reux. Ce serait supprimer Teffet sans supprimer la cause ; car revolution d*un tapis v^g^tal est la consequence n^cessaire de rarriv^e au sol de rayons lumineux, tamises k travers la frondaison insuffisante d'un peuplement incomplet ou mal compost. Le seul moyen d*en avoir raison, sans frais, est done de laisser le peuplement se reconstituer normalement et de provoquer la reinstallation des sous bois.

ARTICLE IV

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