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CHAPITRE IV LES FORllTS

Nous venons de -constater les effets de rintervention de rhomme sur la vie des peuplements. Mais, de ceite etude, il ne faudrait pas conclure que la foret se pr6te, sans protester, a ious les caprices de Texploitant. Loin de la, jl'experience de tous les jours nous rindique, chaque mode de traitement est cantonne dans un champ d'application dont les limites sont parfois tr^s ^troites et en dehors desquelles tous les accidents sont k craindre. Sans pousser les choses au pire, des que la main de Thomme elimine Tune ou Tautre des especes qui forment la foret spontanea, la fertility g^nerale en soufTre et s'amoindrit; cette modification dans le sens retrograde peut avoir une marche assez lentepour ne pas 6tre bien visible dans le cours d'une g^n^ration, mais elle n'en est pas moins fatale.

C*est dire que, toujours et partout. Taction de la nature est pr^pond^rante. Dans chaque region, dans chaque station meme, les agents sol et climal imposent ii la foret des allures papticulieres, lui faponnent une sorte de capacite fores liere^ qu^on ne- saurait lui faire d^passer. Nous pensons en fournir la preuvejdans les pages qui vont suivre.

ARTICLE PREMIER

Role du sol : g^n^ralitds ; classement. — Sols siliceux : propria I6s physiques; tapis vegetal; allures des fordts; sables A grains fins; alios ; tourbi6rcs. — Sols argilcux: propridtes physiques; tapis vegetal ; allures des fordts; Icjehm. — Sols k base calcaire : proprietes physiques ; tapis vegetal ; allures des for^ts ; marne.

R61e du sol. — Le role du sol, en mime temps qu'il sert

BO^PB et Joi.YBT. ^'

de support aux arbres, est de maintenir k leur disposition une quantity d'eau suffisante pour contre-balancer les effets de r^vaporation. D'autre part, nous avons dit que les v6getaux ligneux et surtout les especes sociales, qui forment la base detousnos peuplements, sonttres peu exigeants au point de vue de la richesse minerale dusol. Remarquons enfin, qu'il faut considerer comme faisant partiedu sol forestier, non seulement la terre arable, mais encore toutes les zones sous-jacentes permeables aux racines ; par consequent la masse nourriciere des for^ts est beaucoup plus puissante que celle qu'utilisent les v^g^taux agricoles; cependant.cette quantite n'est pas illimitee ; car, en dehors des fissures qui, en raison de leur humidite constante, font p^netrer les racines jusqu'aux assises les plus profondes des rochers disloqu^s et des eboulis, il est rare que celles-ci fonctionnent au-dela de un ou deux metres de profondeur.

Pour la foret, les proprietes chimiques d'un sol importent done beaucoup moins que ses qualit^s physiques; parmi lesquelles la profondeur et la pernieabilite d'une part, et d'autre part Taptitude, non seulement a absorber I'eau des pluies, des neiges, du givre et de la rosee, mais encore a la relenir, sontles plus importantes.

Dans la pratique, on a conserve Thabitude de classer les sols en trois groupes distincls : les sables siliceux^ les argiles et les terrains a base calcaire. Sans doute, dans les milliers d'^chantillons de terres qui se rencontrent a la surface du globe, la proportion des trois elements : silice, argile et carbonate de chaux varie a I'infini ; mais il est rare que Tun d'eux ne predomine pas suffisamment pour donner au milieu son caractere propre.

Sols siliceux. — Le sable siliceux pur, lorsqu'il contient peu de matiere organique en melange, forme un sol meuble, sans liaison a T^lat sec, n'ayant meme qu'une faible cohesion sous I'influence de Thumidite.

L'eau, qui traverse facilement cet amas filtrant, entraine avec elle les particules fines dans les profondeurs ; aussi la surface, n'offrant aucune resistance a T^rosion, est-elle facilement ravin^e par les eaux ou deplacee par les vents. Sa

faible fenacitS n'offre aux grands arbres qu'une assiette insuflisanle ; du reate, aussi bien pour y chercher leur nournture que pour trouver un point d'appui plus solidej les ractnes p^netrent fort avant dans ces sols et s'y etalent amptement. Trcs penetrable par I'air, le sable prend rapidement la teiU' p^rature du milieu ambianl : il s'^chaufTe et se refroidit ties

vite; aucune lerre n'est plus apte k ae dess6cher, a devenir aride dea qu'elie est ouverte k Taccfia des vents et des rayons du soleil : toutes conditions mauvaises pour la bonne fabrication du terreau, qui prendra souvent la forme fibreuse. Les accidents de gel^es, printanieres ou aulrcs, y sonl aussi plus k craindre qu'ailleurs.

Le tapis vegetal du sol siliceux est plus pauvre en especes que c'elui des terres plus fertiles; niais les plantes sociales, qui s'accommodent deces stations, se jettent jifoison dansles vides etprofitent detoutea lea fautes pour en augmenteria gravity ;

car, une fois instances, elles ne se laissent plus exproprier, m6me par les grands arbres. Ces plantes sociales peuvent etre herbaches, comme la grande f^tuque bleue, mais elles sont plus souventligneuses : comme les genets, les ajoncs, Tairellemyrtille, la callune et ces ^ternelles bruyeres, qui, suivani les climats, feront la lande ou le maquis.

Malgr^ tout, le sol siliceuxpeutnourrir de belles et bonnes for^ts, sous la condition d'etre decouvert le moins possible. Le semis y reussit tres bien ; par con Ire, les souches n'y rejettent que m^diocrement : c'est dire que le traitement en futaie est preferable au traitement en taillis. Aussi les tentatives'faites pour y perp6tuer ce dernier mode ont-elles, le plus sou vent, amene des desordres et des 6tats d'^puisement tels, qu'il a fallu remplacer les especes spontan^es par d*autres plus frugales. Les trop nombreuses taches de resineux introduits, qui envahissent progressivement les regions autrefois peuplees de magnifiques forets de hetre et de chene, n'ont pas d*autre origine .

Enfin, ces sols conviennent parfaitement a la culture en p^pini^re; car ils se travaillent sans effort et s'entretiennent a peu de frais en bon etat de propret^. Essentiellement neutres, ils n'excluent aucune essence et acceptent sous forme d'engrais et d*amendement toutes les mati^res qu'on veut leur incorporer. D'ailleurs, a cause de leur 6tat de division, les 'racines developpent un chevelu abondant, qui facilite la reprise des sujets lors de la transplantation.

Ces propri^tes moyennes peuvent ^tre profondement modifiees en bien ou en mal par des causes diverses.

C'est ainsi que ces memes sols, quand les Elements en sont fins ou tres fins, conviennent mieux que tons les autres a Teducation des massifs de futaie; les sables les plus t^nus, pourvu qu'ils soient impr^gnes de terreau, jouent k sy meprendre un role analogue k celui de Targile et assurent une fraicheur constante. Les arbres atteignent des hauleurs considerables, leurs fiits se rapprochent de la forme cylindrique et la regeneration par la semence y est des plus faciles. Les argiles a silex^ qui, malgre leur nom, rentrent dans la categoric des sols siliceux, nourrissent les plus belled futaies

de France : ainsi, celles de Villers-Cotterets, de Lyons, de Belleme, de Berc6, de Senonches, de Trongais, pour ne citer que les plus remarquables par leur splendeur et leur ^tendue. On peut en dire autant des sapinieres qui reposent sur les gr^s infraliasiques et les autres formations greseuses, sous le climat humide des Basses- Vosges.

Souvent aussi, quelle que soit la grosseur des Elements et Tapparence filtrante de ces sables, on est surpris de les voir constamment mouilleux ; c'est qu'alors il s'est form6, a une faible profondeur, cette couche d^alios si connue dans les Landes de Gascogne et dont la composition n'est autre que celle du sable lui-m6me, agglutine en une sorte de roche compacte, impermeable, de couleur brune, par un ciment organique dans lequel les sels de fer ne manquent jamais. Partout oil cet alios se rencontre, les effets ordinaires d'une v^g^tation mauvaise sont encore aggrav^s par des accidents frequents de gel^es prinlanieres et de gel^es d'hiver. Quand les circonslances le permettent, et plus particulierement lorsque le relief est peu accus^ ou en forme de cuvette, la presence de Talios est pour ainsi dire falale. Le seul moyen d'y remedier temporairement serait de per^er de loin en loin la couche impermeable par des trous de sonde, qui rempliraient Toffice de pui(s perdus.

On peut encore faire rentrer les tourbi^res dans le groupe des terrains siliceux. Celles-ci, heureusement assez rares en France, n'y ont qu*une faible importance foresliere. Souvent d'ailleurs, surtout dans la moyenne montagne, elles jouent, au point de vue de Talimentation des cours d'eau pendant ret6, un r6le analogue k celui des glaciers. Aussi, sans pr^-> tendre les mettre en valeur par des assainissements coiiteux, suffit-il de preserver par des fosses d'^coulement les cantons bois6s qui les entourent, contre leur envahissement ioujours h craindre.

Sols argileux. — Les terrains argileux sont froids, humides, et, quand ils se dessechent sous Taction du vent ou du soleil, ils se transforment en une masse dure, crevass^e par un retrait considerable et dou^e d'une odeur sp^ciale lorsqu'elle 8*humecte. Les eaux s^journent a leur sgrface si la

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pente fait d^faut; alors Texces d'humidit^, le manque de chaleur retardent la v^g-^taiion et entravent la decomposition des debris organiques; le terreau y prcnd la forme acide et la pauvrete de sa faune ne lui permet d*amender que les couches les plus superficielles. Ces terrains sont, en general, profonds; mais les racines des arbres s'enfonpent difficilement dans ces masses compactes, ou elles ne fonctionnent qu'avec peine, faute d'oxygene.

Un convert prolong-^ sera done plus nuisible qu' utile aux sols argileux et Tacces mod6r6 de Tair et du soleil ne pent que leur donner plus de fertility ; leur teneur suffisante en sels nutrilifs, leur fraicheur constante permettent de leur appliquer un genre de culture assez epuisant; toutes raisons qui justifient le traitement en taillis sous futaie ou meme en taillis simple, qu*on applique generalement aux forets feuillues de ces stations. De pareils modes de traitement, quelque peu artificiels, conviennent a ces terrains, qui donnent de belles recoltes en bois, comme ils donneraient de belles recoltes en ble, k condition que Thomme se charge de veiller k la regeneration de la foret, aussi bien qu'il le fait pour la semaille des c^r^ales. Par contre, ces terres, tres difficiles k travailler, sont tout k fait impropres k la culture des plants en pepiniere.

Le tapis vegetal varie suivant le degr^ de compacite des argiles ; souvent compose d'herbes denses et touffues : joncs, graminees, carex, il se r6duit parfois, dans les cas extremes, k une couche de mousse peu 6paisse, dans laquelle Tensemencement semble assez bien reussir; mais oil, bient6t, les jeunes plants disparaissent, faute de pouvoir enfoncer leurs radicelles dans la terre. Bien que la flore arbustive n*ait pas la variete de celle des terrains calcaires, on y trouve, outre la bourdaine, fr^quente comme sur les sables, d*abondants fourres d'6pines noires et blanches. Parmi les grandes essences, les plus communes sont le chene p^doncule, lefrene et surtout les bois tendresrtilleuls, aunes, saules, trembles, etc., qui, d'ailleurs, y rejettent bien de souches.

Deux variet^s principales se rencontrent dans les terrains de ce groupe ;

1° Le lehm ou le loess , que sa fertility incomparable a converti depuis longtemps en nos meilleures terres agricoles, aussi n*en reste-t-il k la foret que des lambeaux sur les rives submersibles des grandes rivieres, comme TAdour et la Saone.

2° Les terrains feldspathiques provenant de la decomposition de roches comme les granits ou les syenites, dont les 616ments argileux sont divis^s par de menus cristaux et qui, malgr^ leur peu de profondeur, sont tres favorables k la v^g6tation forestiere ; dans les regions montagneuses, oii on les rencontre le plus souvent, ils sont converts de fort belles sapinieres.

Sols k base calcaire. — Dans la majority des cas, les sols calcaires donnent une terre de tdnacit^ moyenne, tres avide d'humidite et se delayant en boue, mais qui se desseche tres vite, se fendille finement et tombe en poussiere. Parfois aussi, les plateaux oolithiques ont leur ossature calcaire recouverte d'un manteau d'argile rouge ferrugineuse, terre excellente, d*une ^paisseur toutefois trop variable. Dans Tun et Tautre cas, ces sols s'echauffent avec une grande facility et, si rhumidit^ ne fait pas defaut, la couverture morte s'y decompose rapidement dans d'excellentes conditions, en meme temps que les acides organiques s'y neutralisent. Toujours riches en principes nutritifs, ils conviennent tout particulierement k la vegetation ligneuse, bien qu'ils manquent, en general,de profondeur et que la nature fissuree des roches sous-jacentes les rende tr^s perm^ables et les expose au dessechement (Hg. 34). Ces inconvenients sont, d'ailleurs, attdnues ou aggraves suivant rorientement du systeme de fissures. Lorsque celles-ci sont verticales, les racines peuvent les suivre et s'y nourrir jusqu'^ de grandes profondeurs dans la terre qui les remplit. Si, au contraire, la direction en est horizon lale, la roche se prdsente en la forme de dallages superposes, contre lesquels les racines se buttent en vain.

Dans ces conditions, le choix du mode de traitement est entierement subordonnd k la profondeur. Quand elle est sufQsante, on pent tout demander et tout obtenir; partout ou elle fait defaut, on s'efTorcera d'eviter le dessechement que causerait un decouvert trop complet et trop souvent repete

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et, renongant aux chines et autres arbree pivotanls, on ne cullivera que dea especea ^ racinefl tracantes. Dans lee r^g'ions m^ridionales, les fordts en terrain calcaire sonl exploit^cs surtoul en vue de leur production en ^corce, ou ulilis^es comme pStures; chene yeaee et ch6ne blanc, trail^s en taillis simple, couvrent de grands espaces, dont I'l^tendue d6passe 100 000 hectares. Assez souvenl le pin d'A)ep les accompagne,

Le calcaire nourrit une Gore trfis vari6e ; plantes herbac^es, arbrisseaux, arbustes, grands arbres y abondent en espaces;

Fig. 3i. — Taillis soub futaie sur roche calcaire fiBsurce (oolithe). Forfit de Cbargey-l^a-PorL (Haute -Hafine).

n'en aont exclues que les formes calcifugea d^jk signal^es. Les essences les mieux appropri^cs k ces terrains sent le hfitre et i'^picSa 4 cause de leur enracinement auperficiel; puis les essence^ exlgcantea : ormes dc monlagne, erablcs, fruitiers, h cause de la Hchesse du sol ; enCn les especes frileuses, comme le pin d'Alep et le chene yeuse, qui y Irouvent la chaleur dont e lies onl besoin.

I'tant donn^e cette richcsse de la Gore ligneuse, partout oil la s<5cheresse n'est pas absolue, il ae rencontrera toujours quelques sujcts aaaez accommodants pour se con tenter des maigres conditions qui leur sont offertes par les calcairea lea plua d(5grad^s. Aussi le caractere veritable de ces stations ae

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