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LE CLIMAT DE MONTAGNE

les derniers contre-forls de la Montagne Noire, de superbes massifs, dont les produiis rivalisent en quality avec ceux des Vosges et du Jura. Nulle part aussi, le pin de montagne ne donne des forets plus denses ei plus exclusivemenX pures. II regne en maitre au-dessus de Taire du sapin, dans une region ou ^piceas et m^l^zes, qui manquent completement dans les Pyrenees, ne viennent plus lui disputer Tespace, comme ils le font dans les Alpes.

Les p&tures, m^diocres, sont fortement degrad^es par des abus de toute sorte et, plus particulierement, par le paturage immod^re des moutons et des chevres.

La deuxieme zone estbeaucoupmieux partag^e sous le rapport des pluies, que lui apportent regulidrement les vents d'Ouest. Sous leur action bienfaisante, les forets et les p&turages s'ameliorent. Les valines, plus vertes et mieux boisees, prennent parfois Taspect riant de la Suisse. Les betes k come se substituent aux chevres et aux moutons et les forets, moins degrad^es, se refont plus facilement.

Les essences sont a peu pres les memes que dans la zone orientale ; cependant, les forets sont plus denses ; le hetre est en melange plus nombreux avec les r^sineux ; peu h peu le pin sylvestre se substitue au pin k crochets, qui devient d'autant plus rare qu'on se rapproche dlrun et d'Hendaye. La montagne est ici franchement pastorale et forestiere. Pourquoi faut-il que, malgrd ses aptitudes, en depit des lois et reglements, les habitants ne cessent de miner patures et forets? Dans la partie centrale et notamment dans le d^partement de TAridge, le mal a produit son maximum d'effet ; car, sous la rubrique trompeuse de forets domaniales, la statistique enregistre plus de 30.000 hectares de rochers nus et absolument improductifs. Jusqu'a ces derniers temps, la veritable situation forestiere des Pyr^n^es ^tait restee k peu pres ignoree; en dehors des sapini^res classiques de I'Aude, on parlait vaguement de surfaces couvertes de taillis de hetre, agonisant sous le regime du furetage; pour rdv^ler, sinon les richesses, du moins les aptitudes forestieres de la region, il a fallu que des forestiers fussent appeles par Topinion publique pour preserver les stations baln^aires de Luchon

BOPPE et JOLYET. 1 1

et de Bareges contre les inondations et meitre les sources thermales de Gautereis k Tabri des avalanches de pierres qui les mitraillaient du haul de la combe de P^geres. Mais ces sauvetages si vaillamment accomplis suffironi-ils pour convaincre les moniagnards que la conservation des forets est la meilleure prime d'assurance contre la mine des pMurages?

ARTICLE PREMIER

LES op£rations GULTURALES.

La r^g^^n^ration. — Les degagements de semis. — Les ^claircies; Icur but cultural. — Leur but ^conomique. — La mani^re de les conduire. — Leur importance.

La rig^niration. — Dans la culture foresiiere, Tinterveniion de rhomme se rapporlc a deux ordres d'id^es dislincts : la regeneration et les ameliorations. De la regeneration, nous ne dirons rien ici : il en a etd parle dej2i h propos de la reproduction de Tarbre et, d'autre part, les proced^s qui permettent de Tobtenir, variables avec les modes de traitement qu'ils caract^risent, seront etudies au chapitre VI.

Les d^gagements de semis. — Au contraire, les d^gagemenls de semis et les ^claircies tendent toujours a un meme but, procedeni toujours des memes principes et peuvent 6tre, par suite, Tobjet d'observations gdn^rales.

Les semis de nos grandes especes ligneuses, les brins de dix, quinze et meme vingt ans, ont une croissance lente, si on la compare k revolution rapide des morls bois qui se jcttent au milieu d'eux et, surlout,.des rejels de souche qui parfois les entourent. 11 peut aussi se faire, il arrive meme presque toujours, que, dans unpeuplement melange, une des essences se montre envahissante aux depens d*une autre. L'op^ration qui consiste a retarder I'essor des especes secondaires ou trop ambitieuses, lendant a entraver le developpement normal du pcuplement d'avenir, constitue Ic degage^ ment de semis,

Dans la premiere jeunesse, les brins de semence, dont

les rameaux lateraux n*ont qu'une faible importance, vivent surtoui par leur bourgeon terminal, et Ton favorise leur developpement par la simple suppression des obstacles qu'ils peuvent rencontrer suivant la verticale : aussi, Top^ration se fait-elle rapidement et k peu de frais. Saufquand il s'agit ded^gagerde tout jeunes semis perdus sous un roncier qui les ^touffe, point n'est besoin de couper rez terre : on se contente d'^teter les tiges nuisibles, en enlevant d'un coup de serpe les parties genantes de leur cime. L'instrument le plus commode est le croissant, sorte de serpe, a manche long de 1 metre k 1",50, qui pcrmet de faire Top^ralion (res viteet sans se blesser (fig. 45). En principe, un deffagement de semis n'est pas une guerre aux morls bois, L'objectif, dans une operation de ce genre, ne doit pas etre la chose a ditruire, mais le brin a degager, Aussi ecartonsnous le tcrme neiloiement, qui est parfois employe Croissant, comme synonyme de degagement de semis. Chaque coup de serpe donne sans but precis est inulile et nuisible. Inutile, parce qu*il augmenle sans profit les frais d*un travail toujours couteux, — nuisible, parce qu'il est important de ne jamais ddtruire T^tat de fourre, quelque n^gligeables que soient, au point de vue de leur valeur v^nale, les especes qui entrentdans sa composition. En isolant completement les tiges d'avenir, on risque, en effet, de les voir se courber sous le poids de la neige, du givre ou de leur propre feuillage ; de plus on decouvre le sol : r^sultats facheux k tons les points de vue. Nous ddconseillons done absolument les expurgades trop souvent pratiqu^es.

Quand faut-il commencerles ddgagements de semis? Quelle p6riodicit6 faut-il leur donner? Ces questions ne comportent pas de r^ponsc calegorique. Un pareil ddgagement n'est justifie que s'il est opportun : c'est au forestier de voir quand les semis ont besoin de son secours, et il doit le leur apporter aussitot, ei aussi souvent quil est necessaire.

Nous pr^voyons une objection : les degagements de semis sont des operations ondreuses... C'est vrai ; mais les d^penses

LES OPKRATIONS CULTURALES, 165

seront bien r^duites si 1^3n 6viie des rec^pages inutiles. Quant k vouloir compenser les frais par la vente des produits, ce serait faire iin mauvais calcul : on se laisserait aller k de vdritables coupes, dont le prejudice ddpasserait la mince rdmundration.

Nous terminerons par deux conseils : le premier est de donner ses soins toujours aux m^mes individus. U est regrettable, en effet, de prendre la peine de degager une premiere fois un brin, puis de Toublier pour s'occuper d'un autre qui, noy6 jusque-1^ dans le fourrd, a perdu toute vilalitd. Le second est de faire exdcuter, dans la mesure du possible, les ddgagements par les gardes de la fordt. Un bon garde doit ddfendre les semis confids k sa surveillance centre les morts bois, comme il les defend centre les ddlinquants. Des primes I'encourageant dans cette voie sont un argent mieux placd que des salaires donnas a des lecherous ignorants des choses foresti^res et qui saccagent tout autour d*eux. Si m6me le propridtaire veut precher d'exemple et, quand il se prom^ne dans sondomaine, s'armerd'un croissant au lieu d*une canne, il sera tout 6tonn6 du nombre tres respectable de jeunes chenes ou de jeunes dpicdas qu*il « tirera d'aiTaire » dans un temps relativement court. Les ddgagcments les mieux faits sont ceux dont le prix ne ddpasse pas la valeur de deux ou trois journdes par hectare.

Les iclaircies; leur but cuIturaL — Pour r^claircie, au contraire, lebdkcheron s*impose : nous travaillons au milieu de perches ou m6me d'arbres.

Bien que TelTet principal de Tdclaircie soit toujours de favoriser la croissance des sujets d'elile, on peut dire qu'elle poursuit un double but : au point de vue cultural, maintenir un peuplemcnt dans les meilleures conditions de v(^g6tation, ou un melange dans les proportions voulues ; — au point de vue dconomique, augmenter le rendement.

Dans un peuplement, on constate k tous les figes la lutte pour la vie entre les sujets qui le composent, lutte qui se traduit par Tdlimination d'un nombre considerable d*entre eux, surtout pendant la jeunesse.

D'apr^s M. R. Hartig, le nombre de tiges k Thectare dans

les forets de hetre du Spessari, en Pranconie, est environ le suivant (1) :

A 10 ans, 250.000 I h 40 ans, 5.000 A 20 — 15.000 » A 50 — 2.500 A 30 — 8.000 1 A 60 — 1.700

k 70 ans, 1.400 A 80 — 1.160 A 90 — 960

A 100 ans, 800 A 110 — 690 A 120 — 610

D'apres M. Broilliard (2), la composition moyenne d'un v peuplement regulier, bien complet, pout presenter en sapins des Vosges :

A 0™,20 de diam^tre A hauteur d'homme : 1.200 A 1.800 perches. A 0™,30 — — 500 A 700 arbrcs.

Or, pendant la durde des 6lats de fourres et de gaulis, les tiges les plus vigoureuses ontfacilement raison des faibles: on pent laisser, sans inconv^nients, la nature agir seule ; on a Tn6me interet h le faire, car la selection naturelle favoriselcs individus les mieux conslitu^s. Au contraire, des Tetatdepcrchis, les Eliminations portent sur des sujets plus gros, doues d'une plus grande vitality et, par suite, presentant plus de resistance ; les plus forts triomphent encore des plus faibles, mais les vainqueurs ne sortent pas indemnesde la bataille : il devient utile d'intervenir dans la lutte, pour pratiquer un veritable desserrement . II arrive trop souvent que des arbres parviennent k se maintenir vivants en nombre excessif sur un espace donne ; alors se constitue un peuplement dont les cimes etriquees, le feuillage insuffisant, attestent la situation precaire ; non seulement la vegetation se ralentit a Textreme, mais ces peuplements sans vigueur sont a la Rierci de tons les accidents: ravages des insectes et des champignons, ecrasement sous le poids de la neige, etc... Des edaircies faites a temps et bien conduites auraient reagi contre cette tendance naturelle a s'uniformiser, toujours a craindre dans les peuplements d'un seul ^ge et constitues par une seule essence (3) ;

(1) Chiffres iiv6s du traite de M. HiilTel : Les arbres et les peuple- ' menls forestiers.

(2) Broilliard, Trailement des bois en France.

(3) Ce danger est particulierement grand pour les peuplements d'origine artificielle.

LES OPERATIONS CULTURALBS. 167

mais une fois les choses arriv^es k ce point, le diametre trop faible des tiges, hors de proportion avec leur hauteur, ne permet plus d'entr'ouvrir ces massifs, que le vent renverserait aussit6t.

D'autre part si, dans les peuplements melanges, on ne continue pas, sous une forme quelconque, les d^gagemenls commences dans les fourr^s et les gaulis, tous les sujets sauv^s pendant le jeune dge seront bient6t irr^m^diablement tues ou degrades. D'oii la necessite de donner k T^claircie, dans certains cas tout au moins, le caractere A'eclaircie-degage' meni.

But ^conomique des ^claircies. — Nous avons, la chose est ^vidente, interet k activer le plus possible la croissance des arbres en hauteur et surtout en diametre.

Beaucoup s*imagincnt que plus les arbres sont serres, plus leur croissance en hauteur est rapide, plus Us fileni^ suivant Texpression courante. G'est tout le contraire de la r^alit^. Sans doute unarbrc isole n'acquiertpasles hauteurs exagdr^es des arbres de massifs mais encore faut-il, pour qu'un arbre grandisse, qu'il dispose de Tespace n^cessaire k la constitution de sa cime, et que sa frondaison receive une part suflisante dc lumi^re. G'est dans Tatmosphere et par leurs feuilles que les arbres puisent la majeure partie de leur nourriture, et, s'ils sont malnourris, ils ne s'allongent pas.

II semblef qu*il soit bien inutile d'insister 8ur ce fait que des arbres trop serrds se ddveloppent mal, tant en hauteur qu'en diam6tre... Varenne de Fenille, dans son premier memoire (1790), sipnale les bons efTets de Tdclaircie sur Taccroissement en hauteur dc jeunes bois trop serrds. — Voici, littc^ralemcnt traduit, ce qu'on lit, page 16 du volume de M. V. Baur, sur T^pic^a (1876) : « C'est une erreur de croire qu'un 6tat de massif trop serr^ favorise Taccroissement de la hauteur des peuplements; au contraire, la lulle trop longue et trop rude entrave le ddveloppement des hauteurs... u Le m6me auteur s'ezprime d'une mani^re analogue au sujet du hdtre en IKNI [Die Rothbache, page 115]. DifT^renls autres 6crivains en 1885, 1888, etc... ont r^pete cettc observation, devenue pour ainsi dire banale dans le monde fores tier (1^.

Le sapin se comporte de m6me, Tobservation Ta d^monlrd. Le fait que les ^claircies activent la croissance en diametre

[{) G. Huffel, hoc. cit.

est trop connu pour qu'il y ait lieu d*en parler davaniage. 11 suffira de citer les chiffres suivants, tirds d'^ludes de M. rinspecteur Brenot sur les sapins du Jura (1) :

Diamdlrei haateur d'komme.

Ages. SapiQS en massif Sapins en massif

non eclairci. Sclairci

40 ans 5«™,5 2l«»

60 ans 12«» 35*"

80 ans . 19c" 48c"

100 ans.. ', aec-.S 59e-,5

120 ans 32C" 69c"

140 ans 36«n» 74cm

De ce que le desserrement active la croissance en hauteur et en diametre, il ne r^sulte pas qu'il solt toujours une cause d 'augmentation de volume pour Vensemble du peuplement\ car celui-ci est appauvri de tous les metres cubes r^alis^s par r^claircie. Mais, si Ton pent perdre en quantity, du moins est-on sur de gagner — et beaucoup — en quality : les tiges d'elite representent les bons ouvriers, ccux qui fabriquent le bois de choix, le bois se vendant cher au metre cube. On a done tout intdret a favoriser leur production, meme au prix de sacrifices consentis au detriment de la masse, peu int6ressante, des faibles ou des inhabiles.

Les eclaircies sont de v^ri tables exploitations donnant des produits marchands : mais, ici encore, Tidee de recolte ne doit pas intervenir dans la conduite de I'operation, qui est d*ordre cultural avant tout. Toutefois, en mSme temps que Teclaircie, peuvent se faire certaines realisations, qui Vaccompagnent sans en faire partie inherente. Ainsi Ton proRte de la presence du bucheron pour d^barrasser le peuplement des sujets tar^s ou difformes, — de ceux qui sont envahis par les champignons et menacent de contaminerleurs voisins, — enfin de tous les bois morts ou mourants, qui attirent les delinquants, et ne jouent plus aucun role utile. De meme encore, on fait coincider avec une 6claircie Texploitation des bois tendres, saules, trembles et autres essences sans longevity, qui d6p6riraient avant le passage de la coupe principale.

(1) Ces resuUats sont traduitsg-raphiquement, par M. HiifTel, loc, cit.

LES OP^BATtONS CULTURALBS. 169

Haniire de conduire les ^daircles. — L'^claircie consiete done, k desserrer les sujets pr^cieus, dans la region o& leur cime maiique d'eapace, et cela progressivemenl. Les termes de celte d6iinitioQ demandent quelques explications.

11 B'agiidevemr en aide aux iu jets precieux; ceuz 1& seuh serontnotre objectif, et, agissant comme nous I'avODs dil k propos des d^gagements de semis, nous chercherons du re-

Fig. 46. — Schema dun peuplement A fclaircir. — aa, tigeg d^lite; bb, sujets dominanls mats qui'nuisent aux tiges d'flite (A enlever) ; ee. suJeU dominis (6 conserver).

gard, non paa des tiges a abattre, mais des tiges k gauvegarder. Ces deraieres sont celles qui, par leur esp^cc, par leur forme, et par la place qu'ellea occupent, pr^sentent le plus d'int^rSt pour I'avenir. En g^n^ral, d^9 les premieres annees, elles sont reconnaisaables k leur aspect plus sain, h leur diamctre plus groB, & leur cime plus fournie (iig. 46). S'il en est autrement, ce qui arrive quelquerois, surtout dans lea peuplements d'origine artiiicielle, la premiere dclaircie tpnd k rompre cette uniformity trop grande : on choislt au hasard, k des distances convenables, des perches k desserrer, ausquelles ce premier

travail donne sur leurs voisins un avantage qu'il ne reste plus qu*& maintenir dans la suite.

L'^claircie porte sur Vetage dominant, c'est-k-dire qu*elle enleve des perches, ou des arbres, dont le feuillage s*epanouit a peu pr^s au mdme niveau que celui de Tindividu dont on veut am6liorer la situation. Au contraire, le respect scrupuleux de Tetage franchement doming est la base fondamentale du systeme.>Toutes les tiges qui, de guerre lasse, ont abandonn6 le combat pour la lumiere, toules celles qui sont reduites a v^g^ler k un niveau inf^rieur k celui de rivales plus heureuses, tous les etages inljermddiaires, tous les sousbois plus ou moins buissonnants, doivent 6chapper k la hache. Leur enlevement serait inutile puisqueleur feuillage nc pout plus faire concurrence a celui des sujets d'avenir. II serait nuisible pour trois motifs: d'abord, leur maintien permet d'agir vigoureuscment sur Tetage dominant sans crainte de decouvrir le sol; en second lieu, cos bois dominds pcuvent souvcnt reprendre leur essor et remplacer une tigc d'elite d6truile par un accident ; enQn, celle v6g6lation ixiterm^diaire forme un dcran, qui preserve les fiils contre la lumiere direcle du soleil, fait deperir les branches basses, favorise en un mot I'elagagc nalurcl. (Jr&ce k leur presence, on peut placer les sujets d'avenir dans cette situation excellenle pour les arbres destines a produire de bon bois d*oeuvre : la cime au soleil, le fut k Tombre, et les racines au frais.

Enfin Teclaircie doit 6tre progressive, Ceci nous amene k parler de Tepoque a laquelle doit se faire la premiere ^claircie dans un massif, et de la periodicity avec laquelle les autres la suivront.

Dans les peuplements melanges, les eclaircies-ddgagements sont la continuation des soins donnds aux semis et leur succedent sans qu'un intervalle trop long permette aux essences envahissantes de reprendre leur oeuvre de degradation. La grosseur des sujets et la realisation de produits marchands fait changer Tetiquetle de Toperation; son but reste le meme.

Dans les peuplements purs, la premiere eclaircie se fait plus tot quand il s'agit d'essences de lumiere que quand il s'agit d'essences d'ombre. II est important, dans tous les cas,

LES OPERATIONS CULTURALES. 171

d'op^rer prudemment. En g^n^ral, ceite premiere 6claircie doit avoir lieu, dans les fuiaies, aussit6t les peuplements arrives k V6iai de gaulis ou, au plus tard, de bas perchis.

La periodicity varie surtout avec Tfige des peuplements. A chaque operation, on n'isole pas la cime des sujets d'avenir d'une maniere complete, mais on se contente de d^gager une ou deux de ses faces par Tabatage de quelques arbres g6nants(l), avec Tid^e d*op6rer de m6me dans la suite aux autres orientations. Or, dans les peuplements jeunes, Tenldvement d*une gaule ou d'une petite perche fait une lacune de peu d'importance bien vite referm^e: les ^claircies devront done se succdder k courts intervalles. Dans les peuplements Sig^s, au contraire, le vide cr^^ par la disparition d*une grosse perche, ou d'un arbre, reste b^ant pendant plusieurs ann^es : les 6claircies ne passeront que plus raremcnt.

La pdriodicite de 6 k 12 ans convient, dans les forets trait6es en fulaie^ depuis Tctat de gaulis jusqu'^ la On de celui de haut perchis, — et celle de douze a vingt ans, dans les hautes futaies constituees. Dans les sols fertiles, il faudra passer plus souvent que dans les sols m^diocres et mauvais; plus, en elTet, les conditions de vegetation sont bonnes, plus les arbres tendcnt k prendre de Tampleur, plus par suite leur nombre tend 6 diminuer k Thectare; ainsi les forets de pins sylvestres de TAllemagne du Nord contiennent approxima* tivement k Thectare, les nombrcs de tiges suivants (2) :

Conditions Conditions Condition"

trds bonnes, moyennes. mauvaises.

A 40 ans 1.750 3.050 5.600

k 50 ans 1.150 2.050 4.000

k 60 ans 800 1.500 2.800

k 70 ans 650 1.100 2.000

A 100 ans 425 625 1.075

Dans la pratique, un bon criterium pour juger de Topportunite d*une ^claircie est Taspect meme des arbres du peu-

(1) Ces arbres sont ceux dont la cime cntrave le d^veloppement de celle de Tarbre d'^lite. lis peuvent fort bien ne pas 6lre les tiges les plus voisines de ce dernier, mais s'en trouvei- sdpar^s par quelques Biyels domines.

(2) G. ^ufTel, loc. cit.

plement dominant. Si, par exemple, des chdnes de futaie se couvrent de branches gourmandes, sans que leur kge ires avanc6 ou loute autre cause accidentelle explique cette evolution anormale, c'est que leur cime manque de lumiere dans les regions 61ev^es ; il en est ainsi encore des chenes dont la cime apparait ^triqu^e, soufTreteuse, k frondaison chlorotique. De meme, dans un perchis, un pin, un sapin, d^pourvu de branches vivanles sur plus des deux tiers et surtout des trois quarts de la hauteur de sa tige, reclame d*urgence qu'on le desserre.

Nous avons dit qu'on rencontrait parfois des peuplements trop uniformes et trop serres, dont les cimes r^duites, us6es par le frottement sous Tacliori du vent, accuisaient T^tat de langueur (fig. 47) : on pent, a la rigueur, esperer les remeltre en ^tat par des ^claircies tres prudentcs, et repetees k intervalles frequents, tous les trois ans par exemple. Dans les sapinieres des Basses Vosges, des massifs compromis ont repris lentemeht leur essor, gr&ce k des operations qui suivaient pour ainsi dire pas a pas la reconstitution du feuillage. Quoi qu*il en soit, il vaut mieux pr^venir un pareil 6lat de chosesjfw^ que d'avoir k y rem^dier.

Dans les taillis sous fulaies, on ne fait, en g^n^ral, qu*une seule eclaircie, six k huitans avant la coupe principale. Pourtant, sur certains sols, il pent y avoir int^ret k r^aliser plus t6t, dans une premiere Eclaircie, les bois tendres parvenus k maturity.

Importance des ^claircies. — L'eclaircie, telle que nous venons d'en exposer les principes, est appelee quelquefois eclaircie par le haul] elle est d'origine toute frangaise. C'est elle que pratiquait le marquis deRostaing, Reformateur general des eaux et forets sous le roi Charles IX (1) ; c'est elle qui a fait I'objet des importants travaux de Varenne de Fenille en 1790 et 1791 ; enfin, mieux que toute autre, elle convient k notre tendance nationale qui nous invite k faire des individus, des beaux arbres, plutot que des massifs d'une uniformity parfois monotone. Pendant quelque temps on a sembl^

(1) G. Huffel, loc. cit.

LH8 OPERATIONS CULTUHALBS. 173

roublier dans son pays natal, et il a fallu les travaux de MM. Bagneris el Broilliard, pour lui rendre la place qu'elle m^rite dans la culture forestiere.

In.* ■! i

Fig. il, — Pcrchia dc sapins Ires sarri^ (oril domoniale dus Klicux (MeurUie-et-MoscIlt!). (Pholographie de M. Juvanon du Vachat.)

Aujourd'hui, son rdlc s'impose plus que jamais : on cr^e dc tous c6l6s, par voie arlificielle, des peuplements d'ipic^a, de pin sylvestre, de pin noif, de m^i^ze, dans des stations

114 LBS MODES DE TRAItBMENT.

souvent ^trang^res k ces essences. Si Ton ne se decide pas a entrer hardiment dans la voie des dclaircies, 11 ne faut pas esp^rer y produire autre chose que de la p&te a papier ou des 6tais de mine. Le maintien jusqu'k la haute futaie depareilles fordts, toujours menac^es de maladies cryptogamiques ou d*invasions d'insectes, n'est possible que si Ton y constitue des individus, en m6me temps que Ton hate la formation d'un sous bois feuillu*.

D'ailleurs, k une epoque oil il faut faire vile^ il est bon de se rappeler que Ton a dans T^claircie le meilleur adjuvant a la rapidite de Taccroissement en grosseur. Ajoutons toutefois que, si Teclaircie est toujours utile pour qui sait la manier, elle est d'une application delicate. Elle change de forme et d'intensite suivant les essences, suivant leur 6tat de melange, suivant le but poursuivi, suivant, enfin, les id^es et le bon vouloir de celui qui la dirige. En un mot, c'est, pour les futaies pleines au moins, Top^ration culturale par excellence, et celui qui n'en comprend pas le m^canisme fera mieux de s'abstenir.

ARTICLE n

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