‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 32 sur 67 · NOTIONS D'AM£NAGEMENT · texte numérisé non relu

NOTIONS D'AM£NAGEMENT

Capital forestier. — D(^finitions. — Realisation de la possibility : par contenance, par volume, par pieds d'arbres. — Observations g&n6rales.

Capital forestier. — Un arbre ne donne des produits marchands qu'apres de longues annees d'existence. La r^colte forestiere est done essentiellement periodique sur un point determine, et, pour la rendre annuelle comme Texigent les besoins de Thomme, il est necessaire de realiser les produits, successivement, sur autant de points ou de surfaces differentes qu'il faut d'annees aux arbres pour atteindre les dimensions requises. Pour satisfaire a cette condition, la foret ^conomiquement constitute, c'esl-k-diream^/ia^ee, doit done presenter, sur des surfaces (^quivalentes, une suite non interrompue d'arbres ou de peuplements differant enlre eux d'une annee

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d'&ge, depuis les sujets naissanis jusqu'k ceux qui ont v6cu le nombre d'ann^es que ces m^mes dimensions comportent.

Ces derniers constituent seuls la recolteou le revenu.

Le deplacement successif des surfaces occupies par les r^coltes annuelles a fait naitre Tidee de rotation, et on est convenu de nommer revolution le temps qui s'ecoule entre deux recoltes successives sur lememe point. G'est, en theorie, le temps laissd aux arbrcs pour atteindre les dimensions qu'on leur demande.

Les bois en croissance, c'est-^-dire ceux qui restent sur pied dans les surfaces autres que celles qui portent la r^colte, font n^cessairement parlie du capital generateur, puisque, en dehors de leur presence, on ne pent concevoir de revenu annuel.

Exemples : Soit une foret de 100 hectares couverte, par parties ^gales, d'une suite de peuplements §g6s de un k vingt ans et dont les produits sont reputes r^alisables a Tage de vingt ans. La recolte sera fournie par les 5 hectares qui portent les boisde vingt ans, etles peuplements en croissance, r^partis sur les dix-neuf aulres surfaces, ferontpartie du capital d'exploitation.

De meme, dans une foret de 100 hectares peupl^e de bois d'&ges gradues de un k cent ans, le revenu sera fourni par le seul hectare oil sont localises les arbres de cent ans, et ceux qui sont kg6s de un k qualre-vingt-dix-neuf ans et repartis sur les quatre-vingt-dix-neuf autres surfaces, seront compt^s comme capital superficiel.

II en r^sulte que la partie du capital g^n^rateur representee paries bois en croissance est essenliellement variable. Son importance est entierement subordonn^e a la longueur de la revolution et va sans cesse en augmentant avec cette derniere : k des revolutions courtes correspond un capital superficiel restreint; les revolutions longues exigent un capital d^exploitalion d'autant plus considerable qu'il renferme des arbres plus ages et, par consequent, ayant plus de valeur. — De plus, ce capital ligneux n'est pas seuiemcnt represents par un cube de bois de dimensions quelconques, mais par ce menie volume constitue d*une fagon toute parli*

culiere au point de vue de la gradation des &ges. C'est seulement lorsqu'il renferme la suite complete de ceux-ci, r^partis sur autant de surfaces d'^gale production, qu'il est normalement constitu6 : on dlt alors que la foret est normale,

Des lors, le capital forestier se compose de deux elements distincts, qui fonctionnent concurremment, mais chacun k sa mani^re, ce sont: d'une part le fonds de terre (1), dont la valeur, subordonn^e a sa fertility, est soumise aux m6mes fluctuations que celles des autres biens ruraux : il donne Vespace et fournit la quantity 'j-^d'&uire part, lecapital superficiel, de valeur essentiellement variable, mais de forme d^finie : ce dernier se constitue par Tepargne et grandit avecle^em/}y;iltravaille uniquement k Taccroissement des produits en quality.

Le caractere particulier du capital ainsi constitu^ est d'etre toujours en partie mobilisable : ce qui expose k des confusions f&cheusesavec le revenu et, par suite, k des abus de jouissance. Par centre, toute fraction du revenu qu'on ne realise pas, s'incorpore et fonctionne avec lui, naturellement et sans frais.

De la composition toute speciale du capital forestier r^sultentles consequences suivantes, qu'il suffit d*enoncer ici sous forme de propositions : l^toutes choses restant ^gales d'ailleurs, plus les revolutions sont longues, plus le revenu annuel est considerable ; 2** le taux de placement suit une marche inverse, il est d*autant plus faible que les revolutions sont plus longues (2).

(1) Ce fonds de terre comprend le sol, avec son ensouchement ou les graines forestiferes prates k germer qu'il renferme, sa reserve d'humus, et aussi les travaux de Vhomme qui facilitent Texploitation de la for^t : homages, chemins de vidanges, etc.

(2) Ce capital-superficie augmente avec la longueur des revolutions. Tr6s faible dans un taillis simple amenagd k 15 ans, oii il ne comprend que des taillis de 1 A 14 ans, presque sans valeur marchande, il devient irhs grand dans un taillis sous futaie riche en reserves, plus considerable encore dans les futaies pleines amenagees k 150 ou 200 ans. Dans la foret domaniale de fierce (Sarthe), certaines parcelles contiennent, k I'hectare, 700 k 800 metres cubes de chdne, representant une valeur de 30 k 40 000 francs pour le capital-superficie. Dans la for^t de Levier (Doubs), plus d*un hectare, dont le sol nu vaudrait 100 francs k peine, porte 1 000 metres cubes de sapin d'une valeur de 25 000 francs. Ces massifs sont peut-etre les plus beaux de France ; mais dans des forets meme heaucoup moins riches en materiel, le capital superficie est sou vent assez considerable pour rendre

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Definitions. — Conpcs (1). — On appelle coojoe, toute dtendue d^terminee dans une for6t pour y abatlre le bois, en tolalit^, ou aveC reserve d*un certain nombre d'arbres. Le mot exploilation est souvent employ^ dans le sens de coupe oil de vente.

La designation du lieu oil doit se faire une coupe s*appelle Vassietle, Ainsi, asseoir une coupe ou faire Tassiette d*une coupe, c*est determiner son emplacement.

Une coupe est en usance lorsqu'on Texploite, elle est us^e lorsqu'elle est exploil^eet vid^e.

Les coupes sont dites prmcipales , lorsqu'elles ont pour consequence la regeneration des surfaces parcourues.

Quand, dans une coupe, on exploite tous les arbres, on dit que celte coupe est faite k blanc-eioc.

Accroissemcnt. — \J accroissement de volume^ ou simplement V accroissement d*un arbre ou d*un peuplement est la quantite dont le volume de cet arbre ou de ce peuplement s'accroit au bout d'un temps determine.

V accroissement annuel est celui que les bois prennent en unan; V accroissement per iodiquee^i celui que Ton realise au coursd'uneperiodedeplusieursannees.L'accroif^eme/i^anniie/ moyen^oM V accroissement moyen^esi le quotient d'un accroissement periodique quelconque par le nombre d'annees de la periode consideree, laquelle pent correspondre k la duree totale de Texistence des sujets. 5^.^-^

Rent60. — Taax de placement. — Le revenu brut d*une foret est le montant de ses produits, sans deduction d*aucun frais. Si Ton deduit de ce revenu brut les frais de production, on a le revenu net ou la rente,

Le iaux de placement est le rapport' entre la rente et le capital qui la produit (2) .

le capital fonds presque n^gligeable dans les estimations en fonds et

superiicie.

(1) Tassy, VAmdnagement des forils, 3* edition, Paris, 1887.

(2 1 Le Iaux de placement est le rapport du revenu au capital generateur.Donc,si beau que puisse etrele rendement d'une fordt comme celle de Berc(^ ou celle de Levier, clle fonctionnera toujours k un taux tr^s reduit. Au conlraire, les plus mauvaises « rapailles » de chdne vert, avec un rendement infime fonctionneront k un taux trfes eicve, le capital engage etant nul ou k peu prte.

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Am^nagfemcnt. — L'amenagement est un travail qui consiste k regler Texploitation d'une foret, de fa^on quecelleci fournisse un revenu annuel aussi soutenu et aussi avantageux que possible.

Tout amdnagement a pour but de creer T^tat normal et de le perp^tuer quand il est obtenu. Le moyen employ^ consiste k regler I'ordre et la nature des exploitations, apres avoir fix6 Tage ou la dimension des arbres k couper et le volume des produits k realiser annuellement.

PoUr faire comprendre Timporlance de ces questions, il est n^cessaire d'indiquer sommairement ce qu'on entend par les termes exploitabilite eipossibilite.

Exploitabllit^. — Un arbre ou un peuplement est exploitable, quand il realise le mieux possible le genre d'utilite qu*on reclame de lui.

Sans entrer dans le detail des differents services qu'une propridtd bois6e est susceptible de rendre, nous constaterons les deux faits suivants :

V Dans les for^ts de protection, on doit, en principe, laisser les arbres sur pied jusqu'a leur d^p^rissement : les produits ligneux n'ont done qu'une faible valeur marchande ;

2° Dans un grand pays comme la France, Tindustrie reclame desbois de fortes dimensions. Pour les obtcnir, il faut exploiter a des ages tres avances ; cela conduit a entretenir sur pied un capital superficiel considerable, et abaisse le taux de placement k un chiffre trop peu r^munerateur pour l^s proprietaires particuliers .

Ces deux considerations juslifient la possession par I'Etat d'un certain nombre de forets. Seul, il pent logiquement accepter cette situation, en vue de Tinteret general.

Possibility. — Theoriquemeni^ \di possibilite est Texpression de la capacile productive de toute surface bois^e.

II est Evident que si, dans une foret normale, on se contenle tous les ans d'enlever k la foret, sous forme de bois exploitables, un yolume moyen Equivalent k celai dont s*accroissent les peupleittents repartis sur toute la surface, le revenu en matiere seta constant etle capital g^nerateur maintenu intact.

Toutefois, le proprietaire desire tirer de son bien un revenu

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constant, tandis que la quantite de bold fabriqu^e est ^videmment variable suiv^nt les ann^es ; d'autre part, les forets 6tant, en g^n^ral, plus ou moins ^loign^es de T^tat normal, en suite d'exces ou d'insuffisance du capital g^nerateur, il peut y avoir n^cessit^ de couper plus ou moins que la production, en vue de se rapprocher de cet ^tat. II en r^sulte que, dans les forets am^nag^es, la recolte annuelle, ou taxe^ dilFere sensiblement de la possibility vraie; n^anmoins, et par extension, on est con venude designer la quotite qu'elle repr^sente par ce meme nom de possibility. Des lors, la possibility devient Texpression pratique du revenu en matidre, tel qu'il est fix^ par Tam^nagement en cours d'application (I).

S^rie d'exploitation. — La s^rie d'exploilalion ou simplement sirie^ est Tunit^ de gestion de la propri^td forestidre, car chaque s^rie est destin^e k fournir, durant la revolution, une meme suite de coupes principales annuelles, ayant chacunek peu pres meme valeur. Nous avons donn^ la definition de la s^rie, page 106, en. note.

Parcelled. — Lorsque, dans une meme station et sous Tinfluence d*un meme traitement,le peuplement se conslitue identique a lui-meme dans toutes ses parties, la surface qu'il occupe reprdsente une parcelle nalurelle. Quand, dans un peuplement, il se rencontre des dilferenccs dues k des causes permanentes, eirangeres au traitement (essences, sol, exposition), on a alTaire & des parcelles distinctcs. Ainsi constitute, la parcelle est Tunitd culturale de la s6ric.

Rtalisationde la possibility. — Pourrealiser la possibility, on peut : ou bien faire porter les exploitations sur des surfaces egales ; — ou bien abatlre des arbres en nombre indetermind jusqiik concurrence d'un chifTre de metres cubes fixd k Tavance ; — ou, enfin, couper chaque annde un meme nombre d'arbres, choisis parmi les tiges exploilables, sans se preoccuper autrement de leur volume. De \k trois mdthodes d'amdnagement.

La m6thode par contenance, la plus simple, suppose implicitement que les facteurs de la production sent partout les mdmes, et que les produits matdriels sont entre eux comme

(1) A. Puton, TraiU d*dconomie foresUire, Paris. 188».

les surfaces. Elle est toujours appliqu6e aux forlts irait^es en talllis, mais peui irds bien convenir aux autres.

La melhode par volume n^cessile la determination de Taccroissement moyen en volume; quel que soit le systeme employe pour arriver h ce resultat, on taxe la foret h un chiffre de metres cubes que Ton realise annuellement sans s*inquieter du nombre de tiges n^cessaires pour i'obtenir. Une pareille maniere de proc^der n*est rigoureusement possible que dans les futaics regulieres, oil tous les arbres qui constituent un massif donn6 arrivent en meme temps au terme de Texploitabilite.

Quand on traite une foret comprenant des peuplemenls d'ages multiples, et dont les individus arrivent un a un au terme de Texploitabilit^, on pent opdrer autrement: on estime, par tradition ou par comparaison, la production ^vientuelle de celte foret; on lvalue d'autre part le volume de I'arbre repute exploitable, et le quotient du premier nombre par le second donne le nombre des pieds d' arbres a r^aliser.Les futaies jardinees, la reserve des taillis sous futaie, peuvent 6tre amenages de la sorte.

Observations generates. — Quelle que soit la methode adoptee pour determiner les possibilitds par volume ou par pieds d'arbres, elle ne saurait etre parfaite. La prudence exige done que des inventaires frequents — repet^s tous les dix ans par exemple — etablissent les oscillations du materiel sur pied. G'est le seul moyen d'dviter des abus de jouissance ou des epargnes exagerees. Si ces inventaires sont dresses de maniere a faire ressortir Taccroissement, ils fourniront des renseignements interessants sur Teffet cultural des operations.

Dans le m6me ordre d'idees rentre la tenue de sommiersde controle, registres oil sont inscrits, par parcelle et par ann^e, la nature et I'importance des coupes, les prix de vente, les travaux d'am^lioration executes, le but poursuivi, les d^bours, etc. Une colonne est r^servee aux « faits divers » de la foret : gelees printanieres, invasions d'insectes, annees de se-

mence, etc.

Les anciennes pratiques forestieresfran^aises, reglementees par les ordonnances remarquables qui ont servi de modeles k notre Code forestier, pr6voyaient les exploitations par conte-

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nance. On ne concevait pas autrefois, dans notre pays, une foret am^nag^e,sans compartiments d^limite's sur le terrain et afTect^s chacun aux exploitations de telle ou telle ann^e. On a fait a ces m^thodesle reproche d'etre trop primitives, trop pen savantes. Peut-dtreles critiques oubliaient-ils qu'elles avaient 6te un objct d'etudes raisonn^es pour des agents de la marine et des forestiers 6minents, parmi lesquels on s'honore de compter Reaumur, Duhamel du Monceau, de Buffon, Varenne de Fenilles. Peut-6tre aussi ne songeaient-ils pasque Vordre et la suite dans les operations degestion sont plus assures quand on est \i6 par des divisions assises sur le terrain, que lorsqu'on a pour seul guide unnombrede metres cubes d'un calcul souvent probl^matique.

D'aillcurs, rien n'empeche de concilier les deux choses ; libre in chacun de faire intervenir les volumes dans son systeme d'ara^nagement ; mais nous ne cesserons de recommander, avec M. Broilliard, la division de la foret en compartiments limit^s par des chemins de vidange ou des tranchees bien trac^es, d'une cohtenance de 5 a 10 hectares, verilables unites de gestion, dont le developpement sera suivi pas a pas.

Rappelons cnfin, avant de commencer Tetude des divers modes de trailement, que si les auteurs forestiers ont du, pour les bcsoins de leurs reglements ou de leurs traites didacliques, classer les 8yst6mes employes, leiir donner des noms et leiir imposer des definitions, ils admettent, du moins, que les m^thodes se fondent entre clles, et que chacune possede une elasticity sufflsante pourse plier aux exigences des arbres.

Sous Tempire de cette idee, nous avons, dans les quatre premiers chapitres, attache la plus grande importance h tout ce qui concerne la vie de nos essences ligneuses. Les donnees qui vont suivre, et surtout le sens foreslier du sylviculteur, suffiront, des lors, k lui tracer sa ligne de conduite.

Nous etudierons successivement :

1*. Le regime dela fulaie : futaie reguliere, futaie jardinee.

t2^. Le regime du taillis simple : taillis simple regulier, taillis fureie.

3^. Le regime du taillis sous futaie.

A**, Les ameliorations possibles en toutes situations. '

ARTICLE PREMIER

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