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LA FUTAIE R£6ULI£RE

Principe de la mdthode. — Avantages et inconv^nients. — La regdndration. — Proc6de par coupe unique. — Proc^d6 par coupes successives. — Soins culturaux. — Application aux principales essences.

Principe de la m^thode. — On se propose pour but :

1° d'assurer la regeneration complete et naturelle de la foret en essences appropriees au sol et au climat, et de cr^er unc suite de peuplements uni formes, d'ages gradues et d'unc composition ddtermin^e k Tavance ;

2° de profiler de cet ^tat r^gulier pour am^liorer la situation des peuplemenls en croissance.

Avantages et inconv^nients. — L'irr^gularite premiere qu'affectent, en general, les fourr^s et les gaulis est favorable b. leur vegetation ; car, en-dessous de Tetage dentel^, form6 par les sujets les plus forts, se mainliennent des tiges retardataircs et surcimees, dont le grand nombre augmente la densite du massif. Le sol, hermcliquement convert, se maintient dans les meilleurs conditions de fertilite pendant toute la p^riode de jeunesse qui precede la formation de la haute futaie.

L'etat uniforme, le plus souvent acquis vers la dimension de bas perchis, permetd*intervenir efficacement pour donner aux sujets d'^lite les soins culturaux convenables. En favorisant Telagage naturel, il augmente aussi la production du.bois d'ceuvre : les arbres prennent une forme reguliere et allong^e, leur bois reste gdn^ralement sain. Au point de vue de la quality, la longueur exagdr^e des futs, qui accompagne

t'UTAlE REGULIERE.

une faible ^paisseurdes couches ligneuses, eat plus ou moins avantageuse suivanl ies especes : excellenle pour les sapins

(fig. 48), les 6pic^as, les pins, — bonne pour les helres, — parfois moins desirable pour lea chenea.

Enfin, la Tutaie r^guUere assure la mise en ordre des forSls,

le rapport soutenu, la facility des exploitations et Texactitude dans la complabilit6 et le controle.

Par contre, cette forme presente certains dangers, dontTimportance est attenu^e ou aggrav^e par la composition des massifs. G'est ainsi que, dans les peuplements purs, la haute futaie, souvent reduite a un seul etage, s'achemine plus ou moins vile, suivant le sol, le climat et les essences, vers I'etat incomplet qui caraclerise la vieillesse. Le feuillage s'eclaircit, la couverture se degrade, le sol se tasse, se durcit et la precis^ment ou il va etre appele a recevoir les semences. De plus, ces massifs sont exposes h 6tre renverses par les ouragans, ou encore ecrases par la neige, qui s'accumule en grande masse sur la surface horizontalc de leurs cimes. Enfin, chaque sujet pr^sentant les memes conditions d'age et de vegetation que ses voisins, ils oflrent k Tinvasion des insecles des milieux identiques et, partant, favorables k leur multiplication.

Dans les forets melangees, ces inconvenients sont en partie atlenu^s; mais d'aulres soins sont necessaires, car ils exi^ gent rintervention continuelle du forestier pour maintenir r^quilibre entre des especes de temperaments differents.

En tout etat de choses, cetle pdriode de regeneration, qui marque la fin d'un massif et le commencement d'un autre, constitue un veritable temps de crise, pendant lequel une imprudence ou un accident de force majeure pent compromettre T^tat boise.

En resume, les allures des futaies r^guli^res sont enti^rement artificielles : les peuplements d'un seul age ne se cr^ent jamais sponlan^ment que sur des espaces restreints, ou la nature les a jeles au hasard, en un jour de colere ; ils ne se perp^tuent dans cette forme que gr^ce kTintervention de Thomme et k Taide de soins incessants. Aussi, bien qu'on doive toujours tenter de s'en rapprocher le plus possible, k cause des avantagesinconlestablesqu'elle presente, sera-t-il prudent de ne la rechercher dans toute sa rlgueur que si les agents naturels de la production peuvent se plier k toutes les exigences qu'elle comporte.

La regeneration. — La regeneration naturelle d'une futaie. se realise par trois sortes d'operations conseciitives :

LA FUTAIE REGUUERE. 185

1^ le desserrement des cimes, qui favorise la mise k fruits des porte-graines ;

2** la destruction du sous bois et le relevement du couvert, qui permeitent au sol de recevoir la lumiere et la chaleur necessaires k la germination des graines et k revolution des semis;

3** la mise en 6tat du sol, qui doit etre assez meuble pour que les graines s*y enterrent l^gerement et surtout que les racines des jeunes plants puissent y penetrer.

Le desserrement des cimes est plus ou moins intense suivant les cas; il pent aller jusqu'k Tisolement complet.

La destruction des sous bois consiste dans Tenlevement de toute la vegetation basse : sujets domines ou morts bois. Le relevement du couvert s'obtient par la coupe ou I'ebranchage des sujets dont le feuillage descend pr^s du sol : les hetres, les charmes surtout, sont le plus souvent dans ce cas.

La mise en elat du sol est inutile si le terreau et la couver* ture morte soht normalement constitu^s. Cette situation heureuse peut exister dans les forets dont lepalurage est proscrit, quand on y a observe le respect des sous bois jusqu'^ I'cpoque de la regeneration. Mais, souvent aussi, le sol est trop tasse, ou bien une couverture vivante fait obstacle a I'inslallation des semis ; il faut alors intervenir.

Pour les semences lourdes, il sufQt de remuer la couche superficielle du sol avec une charrue speciale (1), ou simplement a la houe. L'operation se fait en automne^apresla chute des glands et des faines. Ces,« crochetages », d'un usage courant dans les futaies de I'ouest de la France, ou ils produisent les meilleurs eiTels, couteni une dizaine de francs par hec^ tare.

Quand il s'agit de graines legeres, on detruit, avant leur chute, la couverture vivante (herbes, bruyeres, myrtilles, mousses), ou bien on rompt la couverture morle trop epaisse (aiguilles d'epicea, feuilles de hetre) par les moyens les plus economiques dans la localite. Ces enlevements se font tanlot sur toute la surface, tantot sur des bandes allernes, de 0™,60 a

(1) Dubois, Travaux de reboisement ex^cutdi k la charrue forestiire dans le BUsois. Blois, impr. Lecesne, 1862.

0"*,80 de largeur, s^parees par des iittervalles incultes de 1 a 2 in6tres. Mais, en ioute circonstance, Tessentiel est de limiter les effets de la culture k queiques centimetres au-dessous de la surface, de fa^on k ne pas enfouir la couche de terreau en la m^langeant avec la terre min^rale des zones plus profondes ; car c'est seulement lorsque les semences sont en contact imm^diat avec Thumus, qu*elles germent et se developpent assez promptement pour r^sister a la chaleur et k la s6cheresse de T^t^. < .-^wx ..^*^

Parfois, dans les pentesexposees^ I'ouestou ail midi, lasuperficie est d^grad^e k ce point que toute regeneration naturelle ou artiQcielle y serait impossible. On pent am^liorer la situation a peu de frais, en ouvrant une s^rie de petits fosses disposes horizontalement en la forme de gradins. Les feuilles morles s'accumulent au fond de ces rigoles, Thumidit^ s'y conserve, et il se- forme une couche fertile, dans laquelle le semis naturel prend k la longue.

On pent aussi, dans certains cas, recommander Texploit^tion par extraction de souches, qui ameublit le sol par places.

Enfin, dans les regions oil I'habitude du panage s'est conserv^e, on a souvent recours a Tintroduclion des pores. Mais cette pratique doit toujours etre consideree comme un moyen de culture, et non comme un profit ; car les produits de la glandee peu vent etre entierementd^vor^s paries hardes qu'on laisserait sojourner k jeun dans les coupes.

Nous ne saurions trop insister sur Tutilite de ces travaux de mise en etat du sol. En l§s n^gligeant, on s'expose a attendre indefiniment une regeneration que queiques coups de pioche eussent suffi k provoquer.

Nous conseillerons d'ailleurs de ne pas hesiter k recourir k la regeneration artificiellequand, logiquement, celle-ci s'impose, c'est-k-dire toutes les fois que les porte-graines sont en nombre insuffisant, toutes les fois que des geiees printanieres repetees ou une cause accidentelle quelconque entravent manifestement Tintallation du semis. II vaut mieux, en pareil cas, realiser les bois exploi tables avant qu'ils se degradent, et reboiser par un des procedes que nous indiquerons dans le chapitre VIII.

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