‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 41 sur 67 · II.LIS SIMPLE KUHET · texte numérisé non relu

II.LIS SIMPLE KUHET

UoRS, limit^esBurchaquec^p^eiiun petit nombre de perches choisies dans Triage dominant, avec reserve de tous Ics rejets moins forts, occasionneat, ^k et ]k sur la souche, des blesaures qui tendent k se cicatriaer ; d la longite, la surface de cetto souche pr^sen tedonc dee ilotsde tissucicatriciel(l),dans

Fig. S7. — Souche de laillis Turey,

leque) s'orgauisenl des bourgeons adventifs. De ces bourgeonx, les uns restent k I'l^tat dormant, d'autres s'allongent quelque peu en restant greles et chetifs, mais toussont prels k se d^velopper d^s que le hasard d'une exploitation leur donncra I'espace et la lumiere ; la question d't'ige n'enire done pour rien dans leur Evolution successive: chacun peut devenir dominant bien avant son tour d'anciennel^.

(1) Un gnnil nombre de bourf^eoni adventirs neissent sur le tissu cicatriciel ilea blesmres faiLes aux fiouclies et am racines per le Irainags dea produiLs et les autres accidents cons^culifs A I'exploitii-

Les 61^ments qui enirent dans la composition d'un taillis furet^ repr^sentent, par suite, une c^p6e en forme de buisson (fig. 57), dontles brins, emergeant tbus d'une souche d'aspect tourmente comme la cime d*un tetard, sont les uns plus ou moins dominants, les autres franchement chdtifs et trainanls : a vrai dire, au lieu de trois ou quatre classes c/'^gre, Toeil distingue k peine deux etages,

Dans son ensemble, le peuplement constitue un Iburre perpetuel, ayant de 6 a 10 metres de hauteur. Quand il est plein et parcouru par des exploitations mod^r^es', il est souvent fort difficile d'y pen^trer : la presence des trainants, notamment, rend la circulation p^nible pour peu que la pente soit accus^e. II n'y pent ^tre nonplus question de paturage; et si, pour satisfaire aux exigences de proprietaires ou d'usagers, on coupe lesdits trainants, on perd tous les benefices de la forme furetee. Cette pratique funeste explique toutle mal que Ton a dit du furelage, proc^d^ trop peu 6tudid et, par suite, souvent calomni6, veritable jardinage sur souches, qui partage avec le jardinage dans les futaies le grand m^rite de tenir le sol toujours convert et de bien le proteger contre Terosion.

Circonstances dans lesquelles il se justifie. — Bien que des chenes, des chitaigniers, des fruitiers, puissent se jeter et se maintenir quelque temps dans un laillis furet6, ce mode de traitement ne concerne que le hetre, et voici sa justification.

En general, les taillis simples r^guliersde cette essence nese perpetuent facilement que dans les stations temp^rees^ et sous la condition d'etre exploites jeunes. Des que les rejetsnaissants ne resistent plus, sans protection, k Taction d'un climat trop rigoureux par exces de chaleur ou de froid, des que les produits, pour ^tre utilises, doivent atteindre une dimension qui depasse celle oil le hetre repousse facilement de souches, il est necessaire, si Ton veut rester dans le regime du taillis, de recourir au furetage. G'est, d'ailleurs, en de semblables circon&tahces, que ce mode de traitement est ne dans le Morvan, dans les Pyrenees et, sans doute aussi, dans les Cevennes, en Savoie et en Suisse.

R^g^niration. — La necessite de manager tous les rameaux d*avenir oblige a couper les perches exploitables a un certain niveau au-dessus du sol, de telle sorte que les bourgeons donnent des rejets qui ne s'a/franchissent jamais ; les souches furelees sont done condamnees k mourir de vieillesse unjour ou TaulrcPour les remplacer, il faut utiliserles faux drageons, les brins de semence qui naissent dans les iniervalles, ou, k d^faut, marcolter des trainants. Ges remplaganls soni recepes d'assez bonne heure pour provoquer la creation de cepees, qui seront, a leur tour, mises k Tetat furet^.

R^glementation. — On doit s'astreindre, non seulement a ne realiser que des brins de calibre, mais encore a couper le plus grand nombre de ceux-ci. Sinon, les perches dominantes auraient des tendances a former un massif assez serr^, et arreteraient le d^veloppement des rameaux interm6diaires et des bourgeons dormants ; alors se constituerait un perchis plus ou moins regulier, qui ne serait plus un taillis furet^.

On n*a pas intdret k multiplier le nombre des exploitations ; au contraire, en augmentant, dans une limite convenable, rintervalle qui s^pare les retours de la hache dans une meme cepee, on rend plus nette la distinction des perches de calibre ; le peuplement se trouve moins souvent expose aux fatigues et auxabus d*une exploitation ; enfin, on a Tavanlage d'augmenter la surface des cantons ou, les rejets etant plus ages, le paturage est moins nuisible. A tous les points de vue, les rotations de douze a quinze ans sont pr^ferables a celles de huit h douze ans.

ARTICLE V

Constitution. — Solidaritd entre la futaie et le taillis. — Avantages et inconv6nients. — Rdgc^neration du taillis. — Constitution de la futaie. — Les d^gagements de semis. — Les dclaircies.

Constitution. — Le taillis sous futaie^ ou taillis compos6^ est caract^rise, comme ce dernier nom Tindique, aussi bien par son mode de regeneration, que par sa nature complexe. II est form6, en elfet, de deux elements : un sous etage

exploits h inlervalles dgaux, k la fa^on des iaillis simples, — et un etage compost d'arbres irregulierement diss^mines, dont les cimes, qui domineni le iaillis, se d^veloppent k T^tat isole jusqu'au terme deleur existence utile. Ges arbres constituent ce qu'on appelle la rSserve ou la futaie.

Cette reserve, d'ailleurs, est constituee et s'exploite de la maniere suivante: lors du passage des coupes, on realise dans la futaie, individuellement et en jardinant, les arbres devenus exploitables. En m^me temps, on choisit, pour les conserver, un certain nombre de brins de Vkge du taillis, qui, k partir de cet isolement, sont acquis k la reserve et viennent la renforcer de fa^on a entrelenir sa composition, sa consistence et sa production aussi constantes que possible.

11 r^sulte de cette maniere d'operer que les arbres de la futaie ont d'abord vecu avec le sous etage, danslesein duquel ils ont ^t^ confondus pendant une revolution, et que, dans Tehsemble, la reserve se compose d'arbres appartenant k plusieurs classes, dont les ages different entre eux d'un temps egal a la duree des revolutions de taillis.

Dans ces conditions, ces divers elements peuvent se combiner de mille fagons differentes ; aussi la forme des taillis sous futaie est-elle essenliellement variable. Entre un taillis simple regulier, ombrag6 par quelques arbres epars, el un autre doming par une reserve tres nombreuse, il y a place pour tous les interm^diaires.

Solidarity entre la futaie etle taillis. — D'ailleurs, entre les deux elements du taillis sous futaie, il existe une solidarite complete.

D'une part, la consistarice du taillis est en raison inverse de celle de la futaie, puisque ce taillis, qui forme Tetage domine, est d'autant plus clair et chelif que la reserve, c'est-^dire I'etage dominant, est composee d'arbres plus nombreux et plus gros. Cette derniere consideration engage done k composer la reserve, autant que possible, avec des essences k feuillage leger, et dont la valeur acquise par le grossissement soit suffisante pour compenser la perte que leur couvert fait eprouver au sous bois.

D'autre part, la reserve agit sur la composition du peuple-

menl, lequel est loin de conserver la atabiliU relative que prgeentenl lea taillis simples. En efFet, par son couvert, elle

Fig. hi. — Un tuillis sous TuUic avant la coupe. Fordl de Champenoui.

fait perdre k un certain nombre de soucfaes la faculty de pro-

duire des rejets. D'aprirs lea recherches failea par M. d'Arboig

de Jubaiiiville dans Ics taillis de la Meuse (1), on peut admel-

(1) Rechtrchei $ar let TAiUiMtoat Fuliiit, Grimblot. Nancj. 1860.

tre que, dans les conditions moyennes, sous le couvert direct des chenes, 3 a 6 p. 100 des souches ne rejettent plus. Cette proportion augmente encore si, au lieu de chenes, la reserve est formee d'especes a couvert 6pais, ou peu ^leve, notamment de hetres ou de charmes. De plus, la cepee dans laquelle on fait une reserve est, en general, perdue pour le sous etage, celle-ci ne devant etre exploit^e qu'^ un age ou sa souche ne fournira plus de rejets durables.

Mais, ces degradations sont compensees par Tapparilion de brins de semence, Ceux-ciapparaissentdans les circonstances les plus diverses grace k la disposition vari^e de la reserve, dont les arbres sont en grande partie fertiles. Ainsi les semis de bois blancs et des autres especes a grain es legeres, telles que : frenes, ornies, erables, etc., se jettent, aussit6t la coupe faite, sur le sol mis a decouvert. Ces semis ont un sort variable : ceux de charmes, qui naissent nombreux, ne r^sistent k Yei6 que dans les sols assez frais pour ne pas se dessecher au del^ de la zone peu profonde p^netr^e par les racines superficielles de cette essence ; ceux de chene et de hdtre se produisent apres chaque annee de semence, mais ils ne renconlrent pas toujours des conditions favorables pour se maintenir : tant que le taillis est k I'^tat de fourre, k couvert tres bas, leur r^ussite est impossible ; s*ils se forment vers la fin de la revolution, les jeunes hetres sont exposes k etre tu^s parFinsolation trop brusque, consecutive a la coupe ; quant aux semis de chenes, ils peuvent, sans doute, resister k la pleine lumiere, mais, le plus souvent, ils sont domines par des rejets de souches et disparaissent en presque totalite dans le cours de la revolution suivante, k moins qu'on ne vienne a leur aide. ; Toutefois, profitant d'une serie de circonstances propices, quelques brins de charme, de chene, de hetre, parviennent a entrer definitivement dans la composition du peuplement. On constate d'ailleurs que les semis se montrent d'autant plus nombreux que les revolutions sont plus longues, et la reserve plus riche en arbres fertiles. Aussi peut-on dire que, dans les taillis sous futaie bien tenus. Taction de la reserve tend k enrichir la composition du taillis en bonnes essences, plut6t ((u'k rappauvrir.

Avantages et inconv^hients. — Le taillis sous futaie emprunte au taillis simple son mode de regeneration facile, siir etgratuit; mais, mieux que lui, il utilise, en sol profond, toute r^paisseur de la couche p^n^trable aux racines. Le changement perp^tuel dans la situation des reserves etablit, dans cette zone^ une sorte d'assolement entre les regions superficielles et les regions profond es, occupies alternativement par les racines des c^p^es, et par celles des arbres. Mieux que lui encore, il protege le sol et fournit k la couverture morte des detritus abondants; on ne remarque pas d*ailleurs qu'il excrce une action facheuse sur la fertility des terrains de bonne qualite ; toutefois, epuisant par nature, comme tout taillis, il peut ctre d'une application dangereuse dans les sols pauvres et sees, surtout si la revolution adoptee est courte.

Le sous etage, en tant que taillis simple, ^chappe k tous les dangers ext^rieurs. Les arbres de la futaie, eux-m^mes, grace k Tenracinement solide qu'ils doivent a leur dtat isole, ofTrent une grande resistance au vent ; c'est seulement au cours des deux ou trois ann^es qui suivent I'exploitation qu*i]s risquent d'etre renverses ; les anciens protegenl, d'ailleurs, les modernes et surtout les baliveaux. Dans son ensemble, le peuplement, d'ages multiples et de composition variee, est peu expose aux ravages des insectes. En toutes circonstances, et mieux que la futaie, le taillis sous futaie repare le lui-meme les degats dont il a pu elre victime ; car quel que soit le sort de la reserve, Tensouchement du taillis est toujours Ik, pour fournir une regeneration par rejets et sauver Tetat boise.

Au point de vue economique, le taillis sous futaie se recommande par ses produits varies, de nature k satisfaire les besoins les plus multiples du commerce. 11 permet, en outre, d*obtenir, dans un temps relativement court, des chenes d'un fort diametre, dont le bois est tres nerveux, et, accessoirement, d*elever les grandes especes disseminees que la futaie eiimine presque toujours. Enfin,cemode de traitement seprete aux combinaisons les plus diverses ; il demeure applicable aux forels de toute etendue, aux plus grandes comme aux plus

234 LBS DIFFBRBMTS MODES DE TRAITEMENT.

petites ; il est k la port6e de toutes les bourses, de toutes les categories de propria taires.

Tels sont les avantages foodsunentaax de ce mode de traite-

ment; par contre, il exige, commele taillis simple et pour les memes raisons, un climat doux, une longueur suffisante de la saison de v^g^taiion, un sol assez frais pour ne pas craindre des d^couverts souvenis r^p^t^s, et, — en plus — un terrain dont la fertility et la profondeur rendent possible la culture des essences pr^cieuses, surtout du chene.

Au point de vue dconomique, on peut reprocher au taillis sous futaie Tirregularite dans I'^paisseur des anneaux ligneux fabriqu6s par les arbres, et Texcds de densite du bois de chene : celui-ci, trop nerveux, se tourmente, et le travail en est difficile. D'ailleurs, les produits en bois d'oBuvre sont moins sains que dans les futaies : les alternatives d'isolement et d'enclave au milieu d*un sous etage grandissant, disposent les arbres k conlracler des tares, si bien que, memedans les circonstances les plus favorables, il est rare qu'ils fournissent de402i 50p. 100 de leur volume total en bois d'oeuvre ; le reste n'est que du chaufTage de mediocre quality. — D'autre part, les peuplements s'^loignent des formes naturelles : ils sont le r^sultat de combinaisons entre des elements antagonistes et trop variables pour qu'on puisse les modeler dans un moule unique ; chaque foret, chaque climat, chaque sol, chaque propri^taire peut exiger, dans un sens ou dans Tautre, des modifications du type qu'on se serait impose. — Enfin, si Ton n'y prend garde, la futaie partage , avec toutes les exploitations d'arbres considdr^s isoldment, I'inconv^nient d'etre toujours mobilisable, et, par suite, exposee aux abus de jouissance.

Regeneration du taillis. — Dans I'ensemble, le taillis assure Tensouchement, c'est-^-dire I'^tat bois6, et constitue, en outre, une veritable pepiniere, oil se recrutent les brins destines a remplacer les futaies qui tombent sous la hache . 11 est, en un mot, I'agent fondamental de la perp4tuation de la foret.

La futaie, au contraire, est I'element principal du revenu, c'est elle qui fait la richesse des peuplements.

La regeneration du sous etage est identique k celle d'un

taillis simple regulier en semblable condition : les m^mes precautions sont k prendre pour Tassurer (article V). II n'y a pas, d^ailleurs, k faire fonds sur les rejets eventuels, et generalement sans avenir, que peuvent donner les souches des reserves exploit^es.

II est inutile, d'autre part, de trop s*attacher k la predominance des bois durs dans le sous etage. Aujourd'hui bois durs et bois tendres, — les premiers moins recherch^s- qu'autrefois pour le chauffage, les seconds plus employes dans la fabrication des pMes a papier, — se vendent aussi bien,... ou aussi mal Tun que Tautre. Le seul point essentiel est de veiller au maintien, en nombre suffisanl, des essences qui doivent assurer un bon recrutement de la reserve.

Constitution de la futaie. — Toutes les regies culturales propres au taillis sous futaie concernent done la reserve, nous rechercherons k ce sujet : les essences qu'il convient de pr6ferer; — le choix k faire quant k Vorigine de ces reserves ; — enfin la repartition la plus avantageuse k leur donner.

Les reserves k preferer sont, avant lout, les essences do lumi^re, puisque le besoin qu'elles ont d*espace pour staler leur cime les dispose tout nalurellement k croitre k T^tat isole, plut6tqu'en massif plein. D'autre part, c'est dans ce groupe que se rencontrent les especes k feuillage ledger, dont le couvert est le moins prejudiciable au d^veloppement du taillis.

Parmi celles-ci, les chenes rouvre et pddoncul^ se rangent en premiere ligne ; on pent meme dire qu'en dehors de leur presence on n'a aucune raison serieuse de faire du taillis sous futaie. Aux chenes, il est int^ressant d'associcr des essences disseminees, telles que : frenes, ormes, erables, fruitiers, qui, suivant les stations, fournissent chacun d'exccllents produits. Les bois blancs, comme le tremble et le bouleau, dont le couvert est tres l^ger, sont utilement conserves sur les points ou ne se rencontrent pas de meillcures espdces. lis poussentvite, etleur production se trouve pour ainsi dire, en supplement, car ils entravent peu la croissancc dea cep^cs qu'ils dominent. Au contrairc, la conservation de Taunc et du

iilleul, dont le couvert est assez 6pais, n*est h recommander que dans dcs circonstances exceptionnelles : Taune sur les bords des ruisseaux, le tilleul dans les pierrailles amoncelees et les debris de carrieres, ou aucune autre essence ne prospere aussi bien que lui.

Le h6tre s'accommode assez mal de T^tat isol6, et le regime du taillis compost ne lui convient pas en principe. Aussi dis* parait-il bient6t des for6ts en bon sol, ou son absence n*est pas k regretter, puisqu'on peut obtenir mieux k sa place. Au contraire, dans les sols m^diocres, il persiste pendant assez longtemps, parce qu*il ne s'y trouve pas d'espece plus vivace que lui pour T^liminer.

Si le charme est I'arbre par excellence pour former les sous etages, il a moins sa raison d'etre dans la futaie. Sa croissance est trop lente, son feuillage trop epais, son bois trop peu estime pour le travail ; en outre, k cause de son couvert bas, il tue le plus grand nombre de cep^es qu'il couvre el ne permet a aucun semis de s'installer a son ombre. L'abus de la reserve charme est une cause de ruine pour les taillis ; tout au plus est-il permis d'en conserver quelques sujets, auxquels on ne laissera pas d^passer la dimension de modernes; d'ailleurs, ceux-ci n'ont pas seuls la propri6te d'enrichir en semis de Tespece les taillis oii elle serait insuffisamment representee, car les perches fructifient de bonne heure et suffisent k tous les besoins.

En ce qui concerne la constitution de la reserve, nous devons citer les observations recueillies par M. Mathey (1) dans le bassin de la Sa6ne ; nous ne pouvons que r^sumer ce travail, ou les taillis sous futaie de la region sont repartis en six groupes, d6finis par les qualit^s de leur sol, et caract^ris6s par leur flore ligneuse et herbacee. Les conclusions, souvent d*ordre tres g<^n6ral, int^ressent les proprietaires de taillis sous fulaie de toute la France.

Les trois premiers groupes comprennent les terres k chSnes, celles oil le taillis sous futaie donne son plein rende-

(1) Mathey, £tade sommaire des taillis sous futaie dans le bassin de la Sadne, {Bulletin Sociile forestiire de Franche-ComU et Bel fort, scptembre, 1898.)

ment. A tout seigneur, tout houneur..., la futaie est coustitu6e en chene. Pourtant, sur les colmatages^ dont la fertility est exceptiohnelle, on lui associe des essences diss^niin^es : frene, orme champetre, sans toutefois donner une trop grande preponderance k ces especes, dont Taccroissement n'est sup6rieur k celui du chene que pendant les deux premiers figes, dont la valeur marchande est variable, et qui sont tres ^puisantes. — Dans les sables argileux el siliceux fins^ une petite place est faite au hetre, auquel on ne laisse pas d^passer la dimension d*ancien de 1",50 de tour. — Enfin, dans les marnes compacles, mais profondes et feriiles^ les baliveaux et modernes de bouleau et de tremble, essences k convert tres l^ger et d'un bon rapport, sont utilement associ^s au ch6ne, quand celui-ci est insuflisant. On cede trop souvent sur dc parcils sols k la fScheuse habitude de reserver des charmes.

Le quatrieme groupe englobe des argiles oxfordiennes ou autres, des conglom^rats calcaires ou siliceux, terres de composition vari^e, mais toujours compacies, froides et acides, Le chene seul, dit M. Malhey, doit y constituer la futaie, mais, « au milieu des maigres taillis que decime la bruyere, « il v^g^te mal. Aussi le forestier doit-il,ge pr^occuper, avant « tout, de resserrer la trame ordinairement trop l&che et trop « uni forme du sous bois. »

Quant aux deux derniers groupes, leur caract^ristique est la profondeurdeplusen plus faible du sol, et, commecorollaire,lc r61e de plus en plus preponderant du h6tre. Sur les calcaires marneux des pays de collines et de basse montagne, la terre est m^lang^e de plaquettes calcaires ou de rognons marneux; le chene decline; il devient logique d'accepter largement le hetre, qui est, en fait, Tessence la plus productive: « il ne « faut pas craindre de le multiplier en modernes, et d*en gar- « der les beaux anciens, les plus longs; » quelques chenes, 1^ oil la profondeur sera sufTisante, quelques alisiers torminaux, enrichiront la reserve et achalanderont les coupes. — Sur les arknes provenant de la decomposition des granits ou des porphyres, sur la terre rouge qui recouvre certains calcaires jurassiques, sols ^minemment superficiels tons deux, reposant tons deux sur des roches dures, « la reserve du chdne

(( ne compense, a aucun &ge, la perte du recrii qu'elle entraine ; « le h6tre, jusqu'aux dimensions d'ancien, est I'essehce fonda- « mentale et exclusivement r^muneratrice de la futaie. »

Certes, nous le reconnaissons, riniroduction dans la reserve d'une essence d'ombre comme le h^tre, n'est pas conforme au principe du taillis sous futaie. Mais peu importe la thdorie, si, ne pouvant faire mieux, nous constituons une foret solide et d'un bon rapport. Or, il suffit de constater Taspect chetif des chenes que Ton reserve, en semblable situation, pour se convaincre de leur faible production, c'est-k-dire de leur inutilite ^conomique.

Pour entretenir en bon etat la consistance du taillis, il y a lieu de ne pas: choisir les baliveaux sur les grosses cepees, qui, donnant d'abondants rejets, forment sa veritable richesse. On leur pr^fere les brins de semis ; k leur defaut, les rejets dejeunes souches, et les drageons ; en dernier lieu, les brins isolds, d^tach^s des cepees, comme il s'en rencontre presque toujours.

On admet que les brins de semence et les drageons ont le plus de vitality. A ce point de vue, les rejets provenant du premier rec^page d'un jeune sujet de franc pied ont k peu pres meme valeur que lui ; en fait, ils fournissent m^me la majeure partie des bons baliveaux, car il est rare qu'un brin soit assez fort pour etre isole k la fin de la revolution au d^but de laquelle il est n^ : c'est seulement apres avoir 61^ recep^, qu'il s*elance avec asisez de vigueur pour marcher comme le sous etage. Les rejets de vieille souche se carient d'assez bonne heure, et c'est se tromper soi-m^me que de conserver des arbres, sur Tavenir desquels on ne doit pas compter.

On choisit d'ailleurs les baliveaux parmi les tiges de forme reguliere, droite et bien equilibr^e, car les sujets fourchus risquent d'etre d^chires par le vent, et, quand ils ^chappent k ce danger, leur bois est d^pr^cie par la presence d'entreecorces.

Les arbres bons a etre reserves ne se presentent pas tou-

jourB dans la aUtion g^om^trique voulue pour obteiiir un bon eapaceinent. De plus, les reserves sont entremSl^ea de telle Borte que Ton peut voir avoiain^es lea eapecea tea plus diiT^rentes, appartenant ^ une cat6gorie quelconque de baiiveaux, et parmi leaquellea it faut opter. Sans entrer dans plus de details, nidiscuter les probl^mea queaouleve la question, nous

Fig. S9. — Un laiUis sous futaie apris la coupe. Varit de Pont-4- Mousson (Meurlhe-et-Moselle), terrainai^ileui. — Photograpliie de M.J. Geoi^e.

engageonslesop^rateurs ase p^n^trer de cette viirit^que, sur cheque point, rarbrelcmeilleuraconaerver, eat toujours celui qui, eu ^gard k Teapecc k laquelle il apparticnt, k sa vigueur, it BOD 6lai sain, & ses dimensions, k aa valcur actuellc, travaille le plus utilement dans Tint^ret du propri^taire (I) ; ici nous marquerons un chene ancien, Ih un hStrc moderne, ailleurs autre choae.

Dans la pratique, il est essentiel de porter d'abord toute son attention sur la grosse reserve. C'est seulement quand le choix de celle-ci est bien arr^t^ qu'on s'occupe des baliveaux, en les repartissant dans les espaces ou les arbres manquent, en ^vitant surtout de les marquer trop pres des modernes et des anciens, ou comme cela se fait trop souvent, sous leur projection. Ce serait, d'ailleurs, se faire illusion que d'en exag6rer le nombre pour masquer I'indigence d'une reserve trop pauvre en arbres constitu^s; il faut etre convaincu que les modernes et les anciens forment la veritable richesse de la foret : c'est le capital indispensable h la fabrication des gros bois, les seuls qui se vendent cher au metre cube.

Enfin, il est bon : 1** de renforcer le balivage sur les lisieres des forets : on cree ainsi, sur 15 k 20 metres de largeur, des rideaux de protection du plus utile effet; — 2° de reserver, le long des tranchees ou des chemins de vidange, des cordons d'arbres de futaie, qui embellissent la foret^ rendent plus facile I'entretien des lignes et assurent une riche ^pargne, que Ton est heureux de trouver le cas ech^ant; cette excellente pratique, en honneur autrefois, s*est perdue de nos jours : a tous ^gards' ilserait avantageux d'y revenir.

Le balivage. — Tous les arbres qui entrent dans la reserve se nomment des baliveaux, Suivant leur categorie, on les distingue en : baliveaux de VAge^ baliveaux modernes et fcaliveaux anciens, Au moment de la coupe, les premiers sont ^g^s d'une revolution, les seconds de deux, les autres de trois revolutions etplus. C'est ainsi que les ordonnances etleCode forestier les distinguent.

Mais, en fait, le terme de ialiveau est exclusivement attribu6 aux brins de I'^ge, aussitot apres leur isolement. On

en general, le plus gros qu'il faut conserver, & condition qu'il soit sain, bien entendu. C'est lui, en efTet, qui fabrique le bois ayant le plus de valeur A I'unite de volume ; c'est lui qui sera le plus t6t et le plus siirement exploitable.

Entre plusieurs reserves d'essences autres que le ch6ne, c'est la plus vigoureuse qu'il faut conserver, quelle que soit sa grosseur, car ici le prix du m&tre cube de bois fabriqu^ n'augmente pas sensiblement avoc Je diamfetre.

appelle modernes les arbres des deux &ges, elanciens tous ceux de trois kges et au-dessus. Ced denominations isonl insuffisantes : il serait bon d'adopter des iermes plus precis et permettant de dislinguer chaque classe d'Age, par exemple ■:

Baliveau 1 revolution.

Moderne 3 —

Ancien de 2»« classe 3 —

Ancien de i^^ classe 4 —

Vieille ^corce de 2"»« classe 5 —

Vieille ^corce de l""* classe 6 —

II est d*ailleurs assez rare que le m6me arbre puisse supporter six fois la crise de Tisolement, en restant assez sain pour ne pas Mre exploitable (1).

Leur designation se fait par Tapposition de Tempreinte du marteau du propri^taire sur une flache, ou miroir, ouverte a la patte de Tarbre k r^server, savoir : une einpreinte sur un miroir, pour les baliveaux de T^ge, — deux, chacune sur un miroir, pour les modernes, — trois, superpos^es sur le meme miroir, pour les anciens. On ne saurait sans de graves inconv^nients multiplier les miroirs et les coups de marteau, mais une excellente mesure consiste k tracer un num^ro d'ordre sur r^corcede chaque ancien, avec de la couleur ou avec une roanne ; sur le calepin de balivage on inscrit, en regard de chaque num^ro, le diametre ou la circonf^rence de Tarbre. Ce proc6de permet de reconnaitre et de bien specifier les exploitations frauduleuscs ; il permet aussi de suivre, dans I'avenir, la marche de Taccroissement de tous ces sujets de valeur.

Cette marque, dite en rherve^ est evidemment le proc^de donnant le plus de s^curite au proprietaire vis-i-vis de bdche^ rons insouciants ou mal intentionn^s ; mais ces plaies faites k la base des arbres sont une cause de pourritures. On pent leur substituer des indications a la couleur rouge ou de simples coups de grifTes ou roannes, d'une imitation malheureusement bien facile. En tout cas, ce dernier procdd6 peut etre employ^

(1) II est souvent dirflcile de determiner TAge d'une reserve, aussi se basc-t-on sur la grosseur pour qualifier un arbre comnie moderne ou ancien. On decide, par exemple, d'appeler «ncien«, les sujets de 35 centimetres de diamdtre ei au-dessus. . \

BOPPB et JOLYET. 16

sand inconv^nieDt pour les baliveaux de I'age, dont la valeur marchahde est ires faible; quant aux gros arbres, le garde marqueur prendra soin de faire le miroir le plus petit et le moins profond possible, et de le placer sur une grosse racine plut6t que sur le fdt meme du sujet. Pour ^viter tous ces dangers, il serait pr^f^rable d'exploiter le taillis, apres designation des baliveaux de Tage, et, seulement ensuite, de choisir dans la futaie les arbres k conserver et ceux a abandonner : ces dcrhiers seraient alors marquds en delivrance par Tapposition d'une empreinte au corps et k la racine. Ce systeme, appliqu^ en Belgique, n'est pas encore entr6 en France dans le domaine de la pralique.

La base du traitement en taillis sous futaie repose sur cc fait que la regeneration naturelle du sous-etage par rejet, et sa consistance en massif, doivent etre assures d'une maniere permanente.

Ces deux conditions ne seront satisfaites que si Ton maintient toujours les reserves k Vetat (sole. Par ce terme, il faut entendre qu'immediatement apres la coupe, les cimes des arbres voisins jouiront d'un espace tel qu'elles puissent se developper librement sans'se rejoindre avant la fin de la revolution ; c'est dire que jamais elles ne formeront massif. Get espacement minimum, est d'ailleurs suffisant, et il n'y a pas d'espacement maximum : les arbres peuvent etre aussi eioignes les uns des autres que le veut le bon plaisir du proprietaire.

Toutefois, si ce dernier dispose d'une marge considerable, encore ne doit-il pas marcher k Taventure. En toutes circonstances, il est prudent d'etablir, en meme temps que la division en coupes, un plan de balivage, a Tesprit et a la lettre duquel Toperateur ^vra se conformer.

: Le plan de balivage fixt par hectare — approximativement tput au moins — le nombre de reserves de chaque essence et de chaque categoric ; il n'y a pas d'autre moyen de faire cesser retat d'incertitude dans lequel flottent le capital d'exploitation et le revehu de la plupiart des taillis sous futaie. Divers precedes ont ete mis en avant pour I'etablir. Le point de

depart de tout calcul de ce genre est le choix d'un age d*exploitabilit^ pour les- reserves des diffdrentes essences, et la determination du nombre de sujets, parvenus k cet age, que Ton entend r^aliser au passage de la coupe. Ce nombre est subordonne k la long^vil^ Ses especes, aux prix des marchandises sur les marches, et au chifTre du capital que le propri^taire veut engager dans son exploitation ; il est aussi fonction de la projection horizon tale de la cime des reserves dans chaque categoric : baliveaux, modernes, anciens et vieilles ^corces.

« Dans une semblable question, dit M. le Conscrvateur Burel (1), le convert des arbres est le facteur preponderant, car il importe, par la distribution des futaies et leur abatage mesure, de manager k chaque catdgorie la place indispensable pour se d^velopper librement jusqu'au terme de Texploitabilite. »

M. rinspecteur Galmiche (2), admet, en moyenne:

pour un arhre de 25 ans, un couvert insignifiant ;

— 50 — de 22 metres carrcs ;

— 75 — de 58 —

— 100 — de 89 —

— 125 — de 116 —

— 150 — de 145 —

A chaque exploitation, on est dans la necessity de reuliser, outre les arbres murs, un certain nombre de sujets appartenant k tous les ages de la reserve, mal venants ou mal choisis, tar^s, brisks par le vent ou la neige ; il en resulte un d^chet, qui oscille entre le tiers et les deux tiers de Tensemble, dit M. Galmiche dans le meme travail, ou nous lisons plus loin :

Si nous pouvions trouver en tous points, Tarbre qui nous convienl: si cet arbre devait arriver sans encombre jusqu'au terme de Texploitabilitc, nous n'aurions qu'& diviser la surface de la coupe par la sommc des converts, pour obtenir le nombre des r«5serves de 1, 2, 3, 4 revolutions k marquer ; nous enl^verions exactemcnt le nombre des arbres

(1) Burel, £tude sur les taillis composes, {Revue des Eaux et Forils^ fivrier 18S5.)

(2) Galmiche, ilade stir les reserves des laillis sons fulaie. {Dull, SocUU forestiire de Franche-Comte et Belfort, aoOt 1893.)

exploitables et d^signerions un nombre egal de baliveaux pour les remplacer. Ce serai t admirable !

Malheureusement, nous ne trouvcrons pas k la distance convenable rarbi*e k reserver et, quelque ddsir que nous ayons de voir la coupe enti&rement couverte par les cimes k I'expiration de la revolution qui va commencer, nous ne realiserons japiais ce souhait : ce sera superbe si le convert futur est des 3/4 de la surface de la coupe ; il y a plus de chance pour qu*il ne soit que des 2/3 ; pent £tre meme ne sera-t-il que de 1/2. Nous r^ussirons moins encore k maintenir toutes les reserves sur pied jusqu'& une dimension uniformc.

II est absolument chim^rique, des lors, de rever la formule du plan de balivage integral applicable en toutes circonstances, II appartient k chaque proprietaire de calculer celle qui convient k sa fortune et a la situation de son bois, en tenant compte des circonstances de temps et de lieu.

A tilre de specimen, nous donnons, en forme de tableau, le resume des operations' faire,sansd'ailleursinsister aucunement sur la valeur absolue ou relative des cbiffres employes.

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