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DEGATS DES ANIMAUX

pendant plusieurs ann^es de suite. D'ailleurs, pour les combattre, on ne possedeaucun moyen pratique applicable sur de grandes surfaces comme celles des forets ; le mieux serait de ne pas d^truire, par pr^jug^s ou par plaisir mal entendu, les animaux qui leur font la guerre : le hibou, la buse, le milan, le renard et le chat; mais on se trouve, ici encore, en presence d'un int^ret contraire k celui des chasseurs.

Les oiseauz. — Parmi les especes dites forestieres, les rsipaces diurnes et surtout les rapaces nocturnes sont utiles en d^lruisant une grande quantity de rongeurs.

Les passereaux granivores sont parfois nuisibles k cause des fruits qu'ils mangent et des d^gMs qu'ils commettent dans les p^pinieres au moment du semis et de la germination des graines r^sineuses : les jeunes plantules ont alors un attrait irresistible pour les pinsons, A leur d^charge rappelons qu'k Tepoque des nichees tous les oiseaux detruisent des insectes.

Les insectivores passent, k juste ti(re, pour utiles. Sans doute, il ne faut pas compter sur eux pour arrSter une invasion, et, parmi les insectes m^mes, les Ichneumonides les Tachinines et bien d'autres, qui vivent en parasites, sont d'une action plus efficace ; n^anmoins Toiseau contribue k maintenir dans la multiplication de tous ces ennemis des forets et des vergers un equilibre qu41 est imprudent de d^truire. La raqueiie, qui brise les pattes des rouges-gorges et des fauvettes, est d'unc cruaute r^voltante; le collet^ qui strangle les grives et les merles, la pip4e^ qui fait des hecatombes de mesangcs, sont ^galement nefastes. Toutes ces petiles chasses s*exercent de preference dans les boqueteaux et sur les lisiercs des massifs ; aussi, tout en d^peuplant leurs ombrages, privent-elles les pares, les vergers, les jardins et les champs de leurs plus aimablcs auxilaires.

Nous appelons du fond du co&ur la convention, jusqu*alors trop platonique, qui assurera la protection internalionalc de la gentailee qui nous aide et nous egaye.

Les />icj s'attaquent toujours au bois vermoulu ou piqu^ pour rechercher les larves dont ils se nourrissent ; mais le

(i) H. de Blanchire, Les oiseaux utiles et les oiseaux nuisibles^ 5»^dilion. Paris, 1889.

D^ Altum (1), les accuse de faire sur T^corce des iilleuls des series de piq^res math^matiquement align^es en forme de couronne auioar du tronc : cetie fois ce n*esi plus pour chercher les insectes, mais pour percer les petiies ampoules cach^es sous r^corce et boire une goulte de la seve sucr^e qu'elles renfermeni. Les pics fr^quentent de preference les forets mal tenues, oil Ton rencontre une grande quantity de bois morts sur pied, car c'est Ik qu*ils trouvent le plus facilement leur nourriture. A d^faut d'arbres d^perissants, ils dmigrent, plut6t que de peiner k jeun contre le bois sain.

Les insectes. — Les forets ont k supporter de la part des insectes des dommages considerables, et qui, dans certains cas, peuvent atleindre la proportion de v^ritables calamit^s publiques (2). Dans le grand nombre des especes nuisibles, chacune des parties vivantes de Tarbre trouve son ennemi special : les uns devorent les feuilles ou les aiguilles, les autres rongent la couche d'accroissement, ou creusent leurs galeries dans le bois ; un certain nombre mangent les racines, les bourgeons, les fleurs ou les fruits.

Quelle que soit la nature de ces ravages, les r^sineux ont beaucoup plus k souiTrir que les feuillus. Ces derniers, pourviis de bourgeons proventifs, r^parent plus facilement leurs frondaisons detruites ; d*ailleurs, ils cicatrisent mieux leurs plaies, aussi succombent-ils rarement et les degdts les plus importants se traduisent-ils par un ralentissement sensible dans la vegetation et des pertes de substances assez notables (3). Les resineux, au contraire, p^rissent en grand nombre quand leurs aiguilles sont devorees ; les plaies amenent des ^coulements de r^sine qui epuisent les arbres ; enQn, la destruction du bourgeon terminal les d^shonore et diminue leur valeur industrielle.

(1) Unsre Spechte und ihre forstliche Bedeuting. Berlin, 1878.

(2) £n 1791-93, une invasion du bombice du pin a detruit 23,000 hectares de forets dans une seule province d'Alleniagne.

(3) On peut facilement constaler sur la section transversale d'un chd* ne la trace de ces deg^ts : les couches ligneuses correspondant aux ann^es ou la frondaison a ^t^ detruite par les hannetons, sont r^duites k une cpaisseur souvent insignidante.

En general, chaque espece d'insecte vit sur un arbre determine. Aussi, quand, sous I'influence de circonstances favorables, Tune ou Tautre se multiplie en nombre exager^, les cantons peupl^s de Tessence qui la nourrit sont-ils ires compromis. Dans les peuplements purs, il n'est pas rare que des surfaces considerables soient d^vastees : on est alors oblige d'abattre le massif entier pour tirer parti des bois dep^rissants ou morls et pour emp^cher la propagation du mal; on a meme 6ie contraint parfois d'avoir recours k rincendie.

La principale cause des invasions lient k la grande f^condite des insectes, qui permet a leur nombre de s*augmenler en progression geom^trique, quand Tinfluence des milieux est favorable a leur d^veloppement. Parmi les circonstances qui activent celte multiplication, nous citerons :

P Tabondance de nourriture convenable;

2° Tabsence d'ennemis ;

3° la temperature.

Les forestiers conservent, dans certaines limites, une action sur les deux premieres circonstances ; ils sont absolument impuissants en presence de la troisieme.

Pour justifier les moyens preservatifs k employer conireces redoutables fieaux, il est nccessaire de diviser les insectes nuisibles en deux groupes : les insectes lignivores eiles phyllophages,

Les insectes lignivores sont ceux qui perforent le bois constitu6 comme : Bostrichus lineatus, Sirex giffHS, dans les r^sineux ; Cossus ligniperda^ Zeuzera cesculi, dans les boiq feuillus ; — ceux qui creusent leurs galeries dans le liber et Tecorce comme : Bostrichus typographuSy si redoutable dans les forSts d'^pic^a, //t//o/)eu« abietis ({dJi^ les forels de pin sylvestre, Scolytus ulmi chez les ormes; — ceux qui d^truisent les jeunes pousses et les bourgeons, comme : Ilylesinus piniperday Torlrix huolianay 7\ turionana; — ceux enfin qui, vivant dans le sol, rongentle chevelu des racines, tels sont : la larve du hanneton commun (Melolontha vulgaris) et la courtiliere [Grillolalpa vulgaris) dans toutes les phases de son d^veloppcment. Kt nous n'avons prcUcndu nommer ici que les types

de families dans lesquelles les especes nuisibles sont legion.

Les plus redoutables parmi les phyllophages, c'est-k-dire ceux qui delruisent les feuilles at les autres parties vertes des v^g^taux, sont : dans les forets r^sineuses, les chenilles de Lasiocampa pini^ Liparis monacha^ Fidonia piniaria^ Lophyrus pini ; et, dans les forets feuillues, celles de Orgya pudibunda^ Bombyx neuslria^ Bombyx processionnea, de Py rales et de Tiniides, En de certaines regions, le hanneton commun k T^tat parfait exerce periodiquement ses ravages.

A chacun de ces groupes correspondent des moyens preventifs sp^ciaux.

P Presque tous les insectes lignivores ont besoin, pour se d6velopper en grand nombre, de bois morts, dep^rissants ou atteints de maladies* L'abondance deces materiaux dans une forSt cree un foyer de contagion ou les insectes se multiplient en telle quantite que les arbres qui leur ont servi de berceau deviennent bient6t insuffisants; les bois en bon 6 tat de vegetation sont attaqu^s, a leur tour, et menaces d'une perte imminente. Pour emp^cher la formation de ces foyers, il faut : entretenir les peuplements & T^tat sain par des soins appropri^s, -^ cultiver les essences adapt^es au sol et au dimat et leur appliquer un traitement rationnel, — donner la preference aux peuplements melanges et surtout au melange de feuillus et r^sineux, — exploiter radicalement et annuellement les bois morts ou d^perissants, — ^corcer totalement les arbres r^sineux des qu*ils sont abattus, et, pour rendre reparation possible, les cou« per de preference en temps de seve, — enlever les produits aussitot apr^s le fa^onnage et nc pas laisser de bois gisants en for^t.

2° Sauf les cas d'invasions, les insectes qui mangent les feuilles ou les aiguilles trouvent toujours la nourriture qui leur convient ;* il n'est pas possible, comme pour les lignivores, d'augmenter ou de diminuer Telement principal de leur multiplication. On reste done a peu pres desarme contre eux; cela est d'autant plus regrettable que ce groupe renferme les especes les plus k craindre pour les bois r^sineux comime pour les bois feuillus.

DOMMAGES CAUSES PAR LES vic^TAUX. 305

De plus, lorsqu'ils ne font pas p^rir complMement les massifs, ils les affaiblisseni au point de preparer les invasions des xylophages ; ceux-ci ach^vent fatalement Tceuvre de destruction.

Les seuls moyens k recommander sont : T^ducation de peuplements m^lang^s adapt^s au climat et au sol ; — la conservation de la couverture morte dans les forets et la protection des animaux insectivores utiles.

Mais ces moyens restent souvent inefficaces et, quel que soit le gi'oupe auquel il appartiendra, la meilleure sauvegarde contre un insecte sera la connaissance complete desesmoeurs. II est rare qu'une invasion se produise soudainement, -:- le cas se presente n^anmoins — : en g^n^ral, elle marche progressivement et celui-lk seul qui possede une connaissance exacte des faits pent la pr^venir et la combattre. Le plus s6r sera done d*avoir imm^diatement recours k un homme competent k qui Ton adri^ssera, avec les exemplaires de Tinsecte en cause, un ^chantillon des d^gats dont on Taccuse et des fragments de toutes les parties d^grad^es ou suspectes de Tarbre ; car, bien souvent, les d^g&ts d*un insecte ne sont que le corollaire de Tattaque pr^alable du sujet par une autre espece ou par un champignon. Ce sp^cialiste pourra, en m6me temps que sa consultation, renvoyer aux ouvrages et articles d*entomologie qui traitent la matiere.

ARTICLE IV

DOMMAGES CAUSfS PAR LES V£g£TAUX.

Les plantes sarmcnteuses. — Les plantes parasites. — Le gui. —

Les champignons. — Les bact^ries.

Pas plus que nous Pavons fait pour les animaux, nous ne pouvons, au sujet des v^g^taux nuisibles, entrer dans tons les details que comporte une branche aussi importante de Thistoire naturelle appliqu^e aux forets. Le simple aper^u qui va suivre n'a d*autre but que de signaler les principaux dangers, et d'engager les int6ress^s k recourir, en cas de besoin, aux botanisies autoris^s.

BOPPB et JOLYBT. 20

306 EXPLOITATION BT PROTECTION DBS FORETS.

Sans nous occuper du tapis vegetal, nous ne parlerons que des esp^ces directement nuisibles aux arbres. Celles-ci sont toujours ou sarmenteuses on parasites ; et, parmi ces dernieres, plus on ^tudie la forSt, plus on est frappe de Timportance ^norme que prennent les champignons.

Sous le climat de la France, les plantes sarmenteuses nuisibles appariiennent aux classes sup^rieures du monde vegetal : le Her re y les clematites et le ch^vre-feuille des bois sont ligneux ; les crampons et les circonvolutions de leurs tiges fatiguent et d^gradent les sujets qui leur servent de support ; il y a lieu de les extirper partout ou on les rencontre quels que soient T^ge et la forme des peuplements (Bg. 70 c).

Le gui vit en parasite sur un grand nombre d'essences feuillues ou resineuses. Bien qu*il soit tres rare sur le chene, on Vy rencontre n^anmoins ; c'est, sans doute, en raison de cette raret^ extreme que les Druides Tavaicnt choisi comme plante sacree. Mais Velleda, notre patronne, avait du r6v6ler k ses pr6tresses les proced^s d'en multiplier les buissons n^cessaires h Tentretien du culte.

En g^n6ral, le gui fait peu de mal aux bois feuillus, parce que, install^ sur leur cime, ses racines ne d^gradent que les regions destinees a dtre debitees en bois k bruler. Sur les r6sineux, sur les sapins surtout, ses racines tra^antes, partent des branches sur lesquelles la touffe a pris naissance et peuvent atteindre le trone, ou elles laissent des traces profondes et causent de st^rieux dommages(fig. 70ib). Amputer les branches envahies par le gui, c'est ^videmment emp^cher sa propagation par los oiseaux qui se nourisscnt deses baies ; mais le moyen est peu pratique; le vrai remede serait, au passage dos <^clairci(>s, dVnIever de preference les sapins qui portent de ces bui»son$«

Etant donnas los ravages qu*ils engendrent, les champignons peuvent t^tre compares aux insectes les plus nuisibles.- De meme que ces redoutables ennemis de la culture forestiere, les champignons s'attaquent aux arbres, qu'ils endommagent ou font mourir; — aux massifs, qu'ils ^laircissent ou detruisent en tuant )e» »ujcts qui les constituent; — au bets, qu'ils rendent impropiv t^ tous usages. Quelquet exemples

DOMHAGES CAUSES FAR LBS viC^TAUX. 307

pemiettent de se readre compte de ces faits ; citons : CEd* diam elatinam, qui fait lo balai de sorciires et, sans tuer le Bapin, provoque le grave d^faut connu sous le nom de chaa-'

Fig. 70. •— DfgkU da vigiUax : a, frucUQcalion en Epaulette d'uo polypore qui ravage une tige de sapin ; b, plateau de etpin portant lea b-aces dei racines Uu pii; e, ti^ de hAlre d^rorcn^e par le* circonvolutions du chivrercuille des bois ; d, balai de sorciire sur une tig« de upin : au point d'inscrlion, on peul voir le renfleni«DL qui donnera un chaudron ; e, li^e de chsmie dJforinfe par le chancre {Ntclrit dilittima) ; f, nodosilcs caus^ea par la bacl<!rie du pind'Alcp.

droit (Rg. 70 d) ; Cceoma pinUorqaum, qui d^fomie simplement lea tiges; Pertdermium pint (var. corticola), Agaricui mtlltus, Trameles radiciperda, qui laeotun grand nombre

308 EXPLOITATION BT PBOTECTION DES FOR^S.

d*arbres dans les pineraies; Rhizoctonia quercina^ qui s'aitaque aux fordls de chene ; Peziza calycina^ qui atleint le m^leze et fait p^rir des arbres en pleine vigueur. On peut remarquer ce fait que les coniferes sont plus exposes aux attaques des champignons que les feuillus ; sous ce rapport Tanalogie se continue entre la nocuit6 de ceux-ci et celle des insectes. Quant k Taction funeste exercee sur le bois, elle n'est pas moins redoutable pour les feuillus que pour les conifdres : c'estainsi que Hydnnm diversidens^ Telephora perdix, Polyporus sulfnreus^ Polyporus igniarius^ d^lruisent le bois de ch^ne, — comme le font, des bois de sapin, de pins et d*^pic^as : Polyporus fulvuSy Polyporus vaporariuSy — tons produisant chez les uns et les autres les vices connus depuis longtemps sous les noms de : rouge, grisette, etc., sans qu'on les e(it rapport^s k leur veritable cause.

Si Ton commence k connaitre assez bien bon nombre de champignons nuisibles aux forets k des titres divers, non seulement dans leur structure, mais encore dans leur mode de d^veloppement et dans Taction qu*ils exercent sur le vegetal ligneux dont ils sont Thdte, on n'est pas toujours a meme de mettre les forets k Tabri de leurs d^glits. Les spores de champignons sont d*une extreme t^nuit^ qui facilite singulierement leur transport par les vents ; elles sont aussi ires nombreuses; enfin, assez fr^quemment, elles germent sur un v^g^tal tr^s different de celui sur lequel s'est constitue le corps reproducteur qui leur a donn6 naissance, et ce v^g^tal est parfois ignor6 : c'est le cas, par exemple, pour jEcidium elatinum.

Cependant, m6me dans cet ^tat imparfait de la science, il est certaines mesures de protection dont Tefficacit6 n'est pas k d^daigner. D*une fapon g^n^rale, il sera bon de supprimer tous sujets sur lesquels se sont d^veloppds les corps reproducteurs ; quand il s*agit des espdces dont les spores ne germent que sur le bois, — souvent mSme, que sur le bois de coeur, — on devra^viter, avec le plus grand soin, de le mettre k nu, proscrire, par consequent, tous les elagages sur les essences comme le chdne et le sapin, tr^s sujettes a Talteration de leurs tissus ligneux. Enfin, pour quelques esp^ces, il y aura d*autres

DOMMAGBS CAUSES PAR LES ViSgiStAUX. 309

mesures sp^ciales h prendre, tel, VAgaricus melleus^ qui produit dansles pineraies la maladie dite du rond^ parce qu^elle s'^tend en cercle k partir des premiers arbres attaqu^s et qui se propage sous terre au inoyen d'une forme sp^ciale de mycelium, connu sous le nom de rhizomorphe; on le combat avec efficacit^ par la suppression, non seulemeni des sujets alteints, mais encore de ceux qui les entourent immediateraent, et par une culture du sol apr^s extraction de toutes les racines, — ou, tout au moins par Touverture d'un foss6 d'isolement.

Ce serait sortir de notre cadre que parler des baciiries et autres infiniment petits, dont, parait-il, nous avons autant h craindre pour nos for6ts que pour nos personnes. T6moin, ces nodosit6s dues au travail de formes sp^ciales, parmi lesquelles on pent excuser les esp^ccs qui agr^mentent certains rameaux d'enjolivurcs varices, au grand profit des fabricants de Cannes ou de manchcs de parapluie. Mais les autres?...

En resume, si tout foresticr ne peut pas dtre initio aux secrcls les plus intimes de la mycologie, chacun peut, du moins, diagnostiquer la presence des champignons, soit par leurs fructifications en forme de chapcau, d*epaulettes ou de toulTes, soit par les lames de mycelium dont les filaments, k la fa^on de radicelles, serpentent sous T^corce ou dans les tissus du bois. D6s que ces signes apparaissent, il faut, sans b^siter, abattre et en lever Tarbre qui les porte ; car, d^sormais, on no peut rien attendre de Tui que pourriture progressive, et, de plus, il devient un bouillon de culture, d'oii s'^chappent des milliards de spores avides de nouvelles victimes (fig. 70 a).

Disons, en passant, que les champignons ne s'attaquent pas seulement aux arbres sur pied, ils d^truisent aussi le bois apr^sson emploi. II appartient k la technologie forestidre et k Tart du constructeur d'indiquer les moyens k employer pour mettre le bois en ceuvre k Tabri de ces dangereux parasites.

310 EXPLOITATION ET PROTECTION DBS FOHETS.

ARTICLE V

d£gats caus£s par les m£t£ores.

General! i^s. — Le vent : iroisi^me r6gle d'assiette et massifs de protection. — Le froid et les tares qu'il engendre. — Les coups de soleiL — La foudre. — La neige et les avalanches. — La grcle, le givre et le verglas.

Giniralitto. — Nous avons ^labli que, sur chaque point, la for^t spontanee est la r^sultante de tous les phenomenes m^teoriques d'une suite en quelque sorte indeBnie d'ann^es ; par leur long^vite, les arbres ou les peuplements ont traverse les saisons les plus excessives : les hivers les plus rigoureux, comme les ^tes les plus sees. Une telle for^t n'a done rien a craindre des efTets normaux du climat dont elle est fonclion ; et, mSme, les accidents sporadiques, dont les actions mauvaises depassent la moyenne, n'y atteignent que les individus sans compromettre Texistence de Torganisme en tant que terrain boise : ce ne sont qu^episodes dans son processus vers les fins de la nature..

Mais, ce qui est vrai pour la foret en soi, ne s'applique plus k nos series amenagees. Celles-ci, en effet, sont compos6es d'arbres ou de peuplements savammeni distribues en raison de leur ^ge et de leurs dimensions ; toute action qui, a un moment donn^, change I'etat d'un seul des elements dans un tout si bien organise, en detruit Tharmonie generale.

En cela, la culture forestiere est encore bien differente de la culture agricole. Quand un accident m^teorique supprime la recolle pendante de c^r^ales ou autres planf,es annuelles, Ik se borne la perte ; Tinstrument de production, la terre, reste indemne, et, des Tannic suivante, les choses reprenant leur cours normal, le cultivateur continue k toucher son revenu moyen. En for^t, au contraire, le meteore brutal frappe au hasard jeunes et vieux : les bois en croissance, comme les bois murs ; derriere lui, le revenu gkch6 est compromis pour un temps dont la dur^e ddpasse parfois Texistence du proprietaire.

DfoATS CAUSliS PAR LES IliTEOflES. 311

Quand bien ni4me la tourmente 4pargne les plus vieux cantons, loute avarie dans le capital ^^nerateiir amoindril son

aclivit^ productive cl marque un lemps d'arrel dans la marche de Tenscmble vers le but coininun.,Car,surccs champs de balaillc, il faul compter, non seulemcnt avec les cadavres

gisanis ou en esiani, mais encore avec les blesses, qui^ pour muets qu'ils soient,n^en souffrent pas moins d^infirmit^s incurables ; la maiiere bois va se d^grader progressivement dans la foret,qui en est Tenirepdl en mSme temps que la fabrique. Par suite, si Ton tient compte de la dur^e plus que s6culaire d*un massif de futaie ou d'une reserve de taillis, il faut bien admetlre que tout arbre ou peuplement aura, au moins une fois en sa vie, a subir, de Tun ou Tautre des agents m^teoriques, une des alteintes n^fastes que les hommes d'une g^n^ration peuvent ne connaitre que par oui-dire.

Le devoir du sylviculteur est done de pr^voir Timprobable comme le possible, et de garer la forSt des mechanls coups^ meme les plus rares, et d'oii quails viennent : froid^ verity foudre^ neige, grele, etc... Voyons quelles sont k ce sujet les limites de ses pouvoirs.

Le vent. — Mainles fois deja nous avons parle du vent et note, a leur place, les influences,' bonnes ou mauvaises, du sol, de Texposition, de la forme des peuplements, etc...

II suffit k un profane de visiter un abatis de chablis (fig. 71) pour etre saisi d'une ^pouvante salutaire. Mais les forestiers, comme les marins, s'habituent au danger de tous les jours, et quelques avis sont necessaires pour les ramener a la r6alit6 des faits (1).

(1) On peut dire que, en montagne surtout, ces accidents sont devenus la r^gle. II ne faut pas remonter bien haut dans i'histoire foresti^re d'une region pour trouver trace de nombreuses catastrophes qui ont boulevers^ les plus sages provisions. Rien que dans les for^ts de I'Est, les dates suivantes sont enregistrees comme particuli&rement nOfastes :

novembre 1868: Jura et Suisse; dOsastre suivi d'uue redoutable invasion de bostriches.

28 octobre 1870 et 11 novembre 1875 : plaines et collines de la Lorraine.

20 fOvrier 1879 : Suisse. •

22 ao(it 1889 : Basses-Vosges.

septembre 1890 : Vosges, Jura et Suisse.

29 mars 1891 : Vosges.

Janvier 1895 : Jura et Suisse.

Trop souvent, la plaine n est pas epargnee : tdmoin les ouragans qui, pendant Thiver 1899-1900, ont saccagO les forSts de TOuest, entre autres les beaux massifs de chdnes de BercO.

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