‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 49 sur 67 · DEGATS CAUSES PAR LES METEORES · texte numérisé non relu

DEGATS CAUSES PAR LES METEORES

Tout d'abord, une 6tude approfondie de la met^orologie du lieu et de son passe forestier permettra de delimiter exacter ment toutes les zones dangereuses. Chacune de celles«ci sera soumise au traitement que comportentles formes d'&ges multiples, les plus r^sistantes entre toutes : le jardiriage notamment. Partoutailleurs, et quelque rassurantes que puissent^re les allures du climat, les temp^tes, toujours k craindre, commandent d'user pour chaque s^rie de certaines precautions intirienres et exterieures,

A rint^rieur, le formulaire des regies d'assietle trouve encore son application. Citons le texte de la troisieme rdgle, emprunte au manuel de sylviculture de M. le professeur Bagn^ris.

Dans touie for6t ou sdrie d^exploitation, les coupes devront tlte assises, de mani&re k toujours marcher k I'encontre des vents les plus dangereux r^giiant dans la contr^e, g^n^ralement, en France, en allant du Nord-Est au Sud-Ouest.

Le principal objet de cette troisieme regie est de prot^ger, contre les d6gkis du vent, non seulement les arbres r^serv^s dans les coupes, mais encore les peuplements en croissancc.

Par malheur, — on le constate tons les jours, — si les jeunes peuplements, quelle que soit d^ailleurs leur forme, ont peu k craindre de ce c6te, il n'en est pas de mdme des vieux bois. Parmi ces derniers, les plus exposes sont, d*une pari, les plus agds et ceux qui se rapprochent le plus de F^tat uniforme k un seul etage : d*autre part, ceux qui sont plus ou moins interrompus par le fait des exploitations ; tel est le cas des arbres d'abris conserves dans les coupes successives de r^g^n^ration et des reserves dans les taillis sous futaie (t).

(1) Les observations faites dans la for^t de Haye, cantonnement de Nancy-^cole, k la suite des ouragans des 28 octobre 1870 et 11 novembre 1875, nous out pcrmis de constater les fails suivants :

i<> dans les parcelles de futaie en rdgt^n^ration, le volume des chablis a dtc vingUtrois fois plus grand que dans les cantons non entrouverts ou trait<^8 en taillis sous futaie, bien que la surface des premieres fiit huit fois moindre que cellc des autres;

20 dans Tensemble des parcelles traitees en taillis sous futaie, les chablis dtaient localises, pour les deux tiers de leur volume, dans les coupes en exploitation ou cxploitccs depuis un k trois ans.

D'autre part, le relev^ des produits mis en vente dans Tensemble

314 EXPLOITATION ET PHOTECTION DE3 FOB^TS.

Si les points d'atUque sonl du c6t^ oppOB^ Ji la direclion dea vents d redouter, ceux-ci, maintenus k la hauteur des cimeB par les massifs intacLs, passeront avec moins de dangers sur ceux que des exploitations r^cenles rendent moins risistanta ; dans les forfits de plaine, le mieux sera de faire marcher les coupes en allant du centre vers la circonf^rencc. — Dans les taillis sous futaie, on constate c^lement que les coupes riches en grosses r^erves sont moins endommag^es que celles od la jeunesse domine : les anciens Boutiennent ef prot^g'ent les modemes et les baliveaux ; en toule situation, on devra renforcer les martelages le long des tranch^es et sur les rives de la forSt.

/ A I'ext^rieur, il sera prudent de coneerver, sur tons les p^rimetres des grandes Torels, des rideaux d'abri maintenus h r^tat de massif, par le jardinage, ou soumia k un trailement ind^pendant de celui des suites de coupes contigues.

Dans les futaies rdsineuses, en monlagne, la stricte observation de la troisieme regie d'assiette doil avoir une port^e plus 6tendue encore. Elle doit Stre appliqu^e, non seulement de coupe k coupe, mais de canton & canton et de s^rie a s^rie. 11 serait m^me desirable de faire accepter entre proprietaires voisins le principe des zones de defense tel qu'il existe dans certaines provinces de I'Allemagne cenlrale, oil de larges bandes de forSls sont, au point de vue du iraitement, grevees de v6ri tables servitudes de voisinage. En tout elatde cboses, il est indispensable, dans les regions montagneuses, d'ettblir, vera lea limites sup^rieures de la v^g^tation, un rideau pro- (ecteur qui s6pare la forSt r^gulieremcnt trail^e des parties r^serv6es au pfiturage; ce rideau sera plus ou moins large, suivant I'altitudc, la violence des vents et la configuration du terrain ; il ne subira d'aillcurs que des exploitations moderees et toiijours faift's m jaidiuaiil, ciir il est exlrememenl difficile, powr ae pas dire Jmupible, de r^generer par les m^

uinquMUiale iSct>iil<;c de

thodes perrectionn^es les massifs aboutissant k la crete des hautes cimes ou voJsins des alpages.

II est inutile d'inaister sur ce fait que la troisieme r6gle d'assielte n'est efiicacemenl applicable que dans les peuplemenU d'un aeul gge chacun ; elle perd sa raison d'etre dans les cantons jardin^a ou furet^s.

Le froid. — Le froid, qui trace les frontieres septenlrionales des essences soontanecs. occasionne aussi. dans les limitcs de < es o es eL su to c cu s o Nord, les trou-

bles le |lu (. I I I ]e g i lard a et pr6coccs

Fig. 73. — Rondetle de chfne pr^sentanl, dans sa region cenLralc, une lunurc, donl la portion de gauche est d^jd aUaqu^epar la pourrilure.

detruisenl les organes verts au printcmps et <i I'automne ; tantdt les gelees d'hiver tuent lazone canibiale,produisant des necrotes d'abord superiicielles, mais qui deviennent de plus en plus profondcs, et qu'on nomme, suivanl les cas : gelures, morsares de gelie, friasses, etc... ; ou bien encore, penetrant daus le corps de I'arbre, elles provoquent dans le bois toutes ces tares que, d'apres leur aspect, lea praticiens ont appel^s : lunure ou double aubier, quand les couches les plus jeunes alteintcs dans leur vitality, ne peuvent plus se transformer en bois parfait; — gelivureoa rondure, quand les dislocations, rayonnantes ou circulaires, erevaasent la masse tpute enliere.

ESPt.OITATION BT PROTECTION DBS FOhEts,

souveni mAme, k col^ de ces efTeli m^caoiques, les arbres voisinB de celui qui est foudroy^, Bont tu^s, sans lesion apparente, par ce qu'on appelait autrefois le choc en retoar. On a beaucoup discuU sur les causes qui font tomberla

Fig. 74. — Sapin bris£ par !■ foudre dans les Hautes-Voiges.

foudre but tel arbre plut6t que aur tel autre. Les uns altribuent cette disposition fftcheuse k une forme plus ou moins ai^e de la cime, d'autres k I'epaisseur du feuillage, d'autreB encore h la proximity des eaux stsgnantes ou courantes ; des observations r^centes semblent en avoir trouv^ la veritable cause dans )a conductibilil^ variable du bois suivant les essences et son elat vert ou sec. Malgr^ notre incompetence sur cette question de physique, il nous semble, en toutcas,

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rayons du soleil,quand,& tousles autres aspects, le sujetrestera indemne ; — 2® que dans les sols siliceux, meubles, qui se laissent plus profondement pen6trer par les froids vifs, les accidents de lunures, de g^livures, de roulures sont plus frequents que dans les sols argileux, argilo-calcaires et surtout tourbeux ; — 3° que les arbres h. .^corce lisse, et vivante dans toute son ^paisseur, sont plus souvent n^cros^s que ceux dont la couche cambiale est prot^g^e par un rhytidome ^pais.

De ces faits, on pent tirer les consequences suivantes :

eviter de faire des repeuplements arlificiels k Taide d'essences introduites au nord de leur station d'origine; — placer les plantes k feuilles persistantes de preference aux expositions froides, pour leur epargner les passages trop brusques du froid au chaud ; — dans les depressions plus particulierement exposees aux geiees printanieres, planter les especes k frondaison tardive ou peu sensible ; — craindre la transition rapide, de retat du massif k celui d'isolement pour les essences k ecorce mince et privee de rhytidome ; — et tant d*autres qu*un sens des choses de la forSt sugg^re k tout forestier, qui sait, par experience, que, quoi qu'il fasse, il a toujours des chances k courir, bonnes ou mauvaises.

Les coups de soleil. — L*exces de^chaleur, comme Texces de froid, peut occasionner des necroses. Ce sont encore les especes k ecorce lisse, les jeunes sujets, ceux qui sont nouvellement plantes et dans le corps ligneux desquels la seve circule mal, qui ont le plus k soufTrir. On attenue le danger en prenant partout les mSmes precautions que centre le froid, et, en ce qui concerne les haules tiges, en les orientant, lors de la mise en place, aux mSmes aspects que lorsqu*ils etaient en pepiniere; — en les arrosant abondamment pendant la secheresse ; — en habillant leurs tiges d*un fort manchon de paille : toutes choses qui interessent plus le verger que la foret.

La foadre. — La foudre produit sur les arbres les desordres ^les plus varies, depuis la decortication partielle ou le simple Billbn qui marque la trace de son passage, jusqu'a la rupture la plus complete (tig. 74), qui pulverise un arbre en mille dclats ;

320 BXPLOITATION PT PROTECTION PES FOBGts.

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aval de ces abris mdrts, exposes aus injures du temps, on. plante des arbres qui seront seuls d'un secoursd^finitifs ; la

Fig. 7fl. — Arbres renverecs par le diiptBCement de I'air su passape d'une avalanche sur les pentes de la Jungfrau, le l*"" mai mis, d'apris une photographic.

meilleure essence k employer est le pin cembro, I'srolledeB montag'nards, Partout oil la forSt n'a pas encort' kKi di^truile, dans les

BOPPB el JOLYET. •''

zones dangereuses, elle devra Sire menagee avec le plus grand soin, afin de prevenir les accidents k naiire. Dans ces contrees, il ne faut pas risquer les regenerations trop systemaiiques ; et si, contraini par la necessite, on est conduit k r^aliser un arbre mort ou vivant, il est sage de le couper k 1 metre ou 1°^,50 au-dessus du sol, de fa^on que le chicot attenant k la souche continue a jouer longtemps le r6le de soutien devolu k Tarbre sur pied^ ' . ^.

La gr61e, le givre, le verglas: — Bien que les forSts passent pour ^carter les nuages k grele, on pourrait citer nombre d'exemples d'arbres portant dans leur sein des traces de blessures caus6es par les grelons, il y a vingt, cinquante ans et plus, et recouvertes par un nombre egal de couches ligneuses.

A cela nous ne pouvons rien I On pretend, aujourd'hui, que des salves d'artillerie empSchent, dans un certain rayon, la formation de la grele ; mais une longue experience nous fait craindre que, de tons les biens de la terre, la foret soit encore la derniere en faveur de qui on fera parler la poudre de protection.

Enfin, nous signalerons les graves accidents dus au givre et au verglas, dont le poids couche les jeunes brins et brise les plus grosses branches des vieux arbres. Souhaitons au lecteur de n'avoir jamais a les constater dans ses forSts ;... faire plus, nous est impossible (1).

(1) Dans la foret de Fontaincbleau, on a lvalue k 150 000 stores le volume des debris, — arbres et branches — cassis par le verglas pendant les journ^es des 22 et 23 Janvier 1879.

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