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CHAPITRE VIII LES PEUPLEMENTS ARTIFICIELS

ARTICLE PREMIER

OBSERVATIONS 6£n£RAL£S

But k poursuivre. — Definitions. — Los diiT^rents procdd^s de

boisement.

But & poursuivre. — Si nous portons nos regards en arridre, nous constatons que la sylviculture, telle que nous avons cherch6 k la presenter dans son application, nous enseigne k exploiter les forSts surtout k Taide des moyens naturels, sans^ avoir recours k des capitaux strangers, si ce n'est pour subvenir aux d^penscs de mise en valeur.

Dans les pays de vieille civilisation, oil Ton doit poursuivre, partout et (oujours, Texploitation rationnelle du sol, la foret a sa principale raison d'etre quand elle fonctionne k Taide du temps dans les terrains non reclames par d'autres emplois. Sa culture est done extensive au premier chef.

Quel que soit le point de vue auquel on se place, (fe carac* t^re s'impose. En eiTet, s'il s'agit de la foret de protection, on est largement pay^ du service indirect qu*elle rend par sa seule pt^sence, pour qu*il ne soit pas n^cessaire d'engager des capitaux en vue d*augmenter une production en bois qui n'est ici que Taccessoire. S'il s*agit de forSts de rendemeht, le bois, premier objectif de leur culture, n'est rdellement utile que s'il est abondant et k bon march^ ; des qu'il devient cher, la consommation Tabandonne pour le remplacer par des succ^dani^s, souvent de quality moindre, mais qu'on obticnt k meilleur compte. Aussi, tout progres doit-il 6tre recherch<i dans un choix judicieux des modes de traitement les mieux adaptes aux conditions locales : car le surcroltde production

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obtenu k Taide de proc^d^s dispendieux a pour eifet d*augmenter le prix de revi^Tit de la maiiere ligneuse dans des limites qui depassent rinterei normal des sommes engagees : c'est la consequence n^cessaire du fonciionnetnent des capitaux forestiers k int^rets composes.

Si, de la foret naturelle nous passons a la foret artificielle, nous constatons que les memes causes doivent amener les m^mes effets. Ici encore, nous devons demander k la sylviculture les moyens de reduire les d^penses necessities par le boisement k leur strict minimum, de fa^on que le resultat financier de Tentreprise soit accessible k toutes les categories de prpprietaires et au plus grand nombre des bourses.

Difinitidn. — Nous appelons boisement toute formation nouvelle de peuplements forestiers dans les sols nus.

Le plus souvent, en France du moins, Thomme ne fait que rendre k la foret les terrains dont ses ancetres Tavaient deposs^d^e ; cependant, le fait n'est pas assez g^n^ral pour justifier, dans tons les cas, le terme de reboisement, Quoi qu'il en soity nous nous proposons d'^tudier les proc6des, dits artificielSy mis en pratique pour creer, de main d'homme, la foret dans les espaces ou elle n'existe pas. A cette occasion, nous parlerons des trav^ux de meme nature qui s'ex^cutent dans les peuplements acquis dont on veut am^liorer la situa* tion.

Le9 diffirents proc6d6s de boisement^ —^ Les plus usitds. sont le semis et la plantation. La boutuye et la marcotte^ tres employees par le^ arboriculteurs, ne trouvent leur application en sylviculture que dans certains cas particuliers <iont nous indiquerons les principaux.

. Mais faut-il planter, faut-il semer? Telle est la premiere question qui se pose. Les circonstances si di verses de climat, de sol et de situation dans lesquelles on est appel^ k op^rer, la variety meme des essences k employer, ne permettent pas de r^pondre d'une maniere cat^gorique. Toutefois, d'apr^s Tensemble des faits acquis, on pent r^sumer la situation comme suit :

II vaut mieux planter que semer :

V sur les terrains mouilleux, sur ceux que les gel^es sou-

. OBSERVATIONS GENERALES. -SiS

Invent avec facility, ou qui sont couverts d'herbes, et dans les stations 6lev^es ou le climai est rude ;

2° dans les endroits oil les graiiies sont expos^es a etre d^vor^es par les animaux ;

3° dans les regions chaudes, ou les racines doivent ^tre de suite assez profondement enfonc^es pour r^sister k une vive insolation et h des s^cheresses prolong^es.

En outre, avec la plantation, on pent, mieux qu*avec le semis, regler k son gr6 la consistance des peuplements et le melange des especes. Enfin, on s'aper^oit plus t6t des insucces et il est plus facile de les r^parer.

La plantation sera done la regie, le semis se trouvant localise :

1® dans certains terrains pierreux oil la plantation serait tres difficile ;

2*^ dans les regions od Ton pent obtenir de la graine k tr^s bas prix, et quand le terrain, pour etre ensemenc^^ ne demande pas une preparation particuliere ; car, dans tous les autres cas, il coiite plus cher que la plantation.

Un des principaux inconv^nients du semis est, en cas de reussite, de donner sur un meme point des plants trop nombreux, qu'il faut largement desserrer de bonne heure, surlout lorsqu*il s*agit de rcsineux. Ce travail occasionne un surcrolt de d^pense dont il faut tenir compte.

Depuis que I'art de planter, trop longtemps neglig6 en France, a rapidcment progress^ sous Tinipulsion des grands travaux de reboisement, la pratique de la plantation a ^tabli sa superiority sur le semis : le fait est incontestable. Mais, en matiere de boisement, pas plus qu'en matidre de traitement, il ne faut s'en tenir k la theorie immuable ; car rien ne peut se r6soudre en dehors des questions de temps et de lieu. Tous les moyens sont bons quand on sait les employer a propos.

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ARTICLE II

LE BOISEMENT PiU SEMIS

Quality des sentiences. — Leur r^colte. — Leur conservation. — Preparation du sol avant le semis. — Les difT^rents modes de semis : ea plein ou A la vol^e ; — par places ; — par bandes continues ou brisdes ; — par trous ou potets ; — en terrain non prepare ; — semis ezpeditifs. — R^pandage de la semence. — Quantity de semence A employer. — Saison favorable pour faire les semis. — Application aux essences sociales. ~~ Soins k donner aux semis.

QualiU des semences. — La r^ussite du semis depend, en premier lieu, de la quality de la semence ; on doit toujours 8*en rendre compte avant Temploi.

A la simple inspection, on pent juger si la graine est bien pleine, si elle a une odeur et une saveur fraiches, si Tamande pr^sente la couleur normale de Tespece a laquelle elle appar* tient; on peut aussi, en^plongeant les semences dans Teau, consid^rer comme bonnes celles qui tombent au fond et comme vaines, celles qui surnagent; ou bien encore, en les mettant sur une plaque de fer rougie au feu, on regarde celles qui ^clatent en sautillant comme ayant conserve leur faculty germinative, tandis que celles qui se consument lentement sont mauvaises. Mais tous ces procedes ne donnent que de simples pr^somptions; pour avoir des renseignements h. peu pr6s certains, — et la question en vaut la peine, — il faut soumeltre toutes lesgraines k Tepreuve du germoir artipciel : c'est ^galement le seul moycn de constater la fraude qui consiste k livrer certaines especes, au lieu d'autres, dont les fruits sont plus rares. A defaut d'appareils sp^ciaux, on peut toujours placer dans les conditions convenables k la germination un certain nombre de graines compt^es k Tavance, et etablir la proportion de celles qui germent et de celles qui ne germent pas ; il suffit, par exemple, de les semer dans des terrines que Ton place sous vitraux sur couche chaude ; ou bien de les disposer, dans une serre ou dans une chambre k temperature ^levee, entre deux

doubles de flanelle dont Ics cxtrdmit^s plongeni dans un recipient plein d'eau, etc.

D'une mani^re g(^n^ralc, plus les semences sont Ic^g^res plus grande est la proportion des st^riles. A 1 'exception des glands et des falnes, dont la bonne quality est toujours facile k constater, les semences des autres espdces feuilluea sont peu employees sous forme de semis direct ; ellea B*obtiennent du reste k des prix assez bas pour qu*il n*y ait pas grand ]nt6rdt k les mdnager. La qualit(^ des graines r^sineuses est trds variable suivant les esp^ccs; ainsi, quand les semences de sapin pectin^, d'6pic(^a, de pin sylvcstro, pour 6tre consid^r^cs comme bonnes, nc doivent pas renfermer plus de 10 p. 100 de graines vaines, on en accepte 30 p. 100 pour celles de m^lc^ze (1).

II faut aussi tcnir compte de ce fait qa'k Tair libre, la germination naturelle donne toujours un rdsultat infdrieur k celui des dpreuves ; outre les accidents m6t6orologiques k redouter, les mulots, les oiseaux et les insectes occasionnent, en efTet, un d^chet s6ricux. Dans tous les cas, si Ton achele deS graines dans le commerce, c'est une (Economic mal placee quo de 8*adre8ser k des maisons n'inspirant pas toute coniiance, ou d*utiliser des « fonds dc sac » des annc^'cs prdcedcntes, Le mieux, quand cela est possible, est dc ramasser soi-m6me en for6t les semences dont on a bcsoin. 11 faut alors donncr tous ses soins k leur ricoUe ct k Icur conservation ; les indications suivantes scrviront de guide dans ccttc double operation.

Ricolte des semences. — A moins dc circonstanccs exceptionnelles, on ne doit rc>coltcr que des gruines provcnant d*arbres sains, exempts de tares h(!»r6ditaircs (fig. 77), vigoureux et croissant dans leur station. La r^colte nc hc fait quo quand les graines sont completcment mQrcs. Les graines lourdes se ramassent sur le sol apr^s leur chute naturelle ; les graines

(1) Les cAneB de rc^sineux, dans Icurn portions tcrminalc ct boHilaire, no renrermcnt souvent que den graincfi HlerilcH. Dch c/^nes tr6M courts, comnic ceux du nii^li'Kr, fournifiHcnt done uno proportion do bonne graine bien infiVieure ik cellc cjuc I'on trouve chcz dus enpdcuH & c(*jne «Uong<5, commo l*^picda.

32S LES PEUPLBMENTS ARTIFtCIELS.

I^geres el tes cones des resioeux doivenl etre cucillis dJrectement, en moDtantsur Ics arbres. -

Les glandt des chines murissent el se dissemtnent vers la fin de I'automnc. Parmi ceux qui Icmbent les premiers, il s'en

trouve beaucbup de v^reuK ; pour les ramasser, il faut done allendre le moment oii la chule se fail abondamment ; on choisit alors ceux qui sonl fraichement tombes et les plus gr09, I'experience ayant indiqu^ que ces derniers donnent les plants les plus forls. En faisant celle recolte, il est extremement important de bien dislinguer les

glands du chSne rouvre et ceux du ch6ne p^doncul^ ; les deux especes ont, on efTet , des exigences bien difT^rentes, dont il faut tenir compte, sous peine de m^saventures difficilement Teparables.

La fatne milrit ^galement a la fin d'automne; on la recueille parterre, k la main ou au balai ; quelquefois, on la fait toni-» ber sur des draps ^tendus au pied des arbres, dont on frappe les rameaux avec de longues perches.

Les glands de charme se recoltent k la main vers lia fin d'automne, apres la chute des feuilles, ou bien on gaule les arbres, comme cela vient d'etre dit pour les faines. La Samare des erables- et celle du frene^ murissent aussi en automne ; on les-r^colte k la main, sur Tarbre, apres la chute des feuilles; chez Terable sycomore et le frene,ces semences restent suSpendues jusqu'k la fin de Thiver, celles de Terable plane se diss^minqnt plus t6t,

La samare des ormes milrit vers la fin de mai, ou au com« mencement de juin; elle s*envole bient6t. On la ramasse surtout le long des routes et dans les allies des promenades publiques ou ces arbres sont abondants. II importe alors de savoir distinguer Torme champetre de Tormede montagne, car ces deux especes, dont les bois ont des qualites bien difT^rentes, sont sou vent melangees comme arbres d'agr^ment. Les semences d*ormc germent de suite apres leur dissemination ; beaucoup sont vaines.

Les cdnes du bouleau milrissent en septembre; ils se d^sarticulent bienl6t apres, et la graine tombe en meme temps que les ^cailles. Ceux qui murissent les premiers, de m6me que ceux qui restent sur Farbre jusqu*en novembre, ne contiennent g6n^ralement que des semences infertiles.

Les cones des aunes blancs et glulineux ne se d^sar* ticulent pas ; ils s'entr*ouvrent et laissent ^chapper leurs petites graines, depuis le commencement de d^cembre jusqu'au printemps. On ramasse ces c6nes, en automne, d6s que les 6cailles en deviennent brunes; on les conserve dans un lieu sec, et la semence se separe tout naturellement.

Les graines de «a/>i/i peeling milrissent en septembre et iombent des c6nes avec les ^cailles, surtout aprds les gelees,

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dans Tespace d*une quinzaine de jours. Les c6nes sont dresses sur les branches du sommet de l*arbre ; il faut se h&ter de les y cueillir au moment prdcis de la maturity.

Les c6nes d*epic^a murissent au mois d'octobre, ils ne s'entr*ouvrent pas de suite et on les cueille pendant rhivep, Lorsque la temperature est douce, les graines commencent, d^s cette saison, k s'^chapper des c6nes et a s'envoler ; le plus souvent la dissemination ne se fait qu'au prin temps.

La r^colte des graines de meleze s'opere dans les m6mes (Conditions que celles de Tepic^a, en evitant de ramasser les c6nes vides, qui restent plus d'une annee attaches k Tarbre ftprds la dissemination . On pent aussi la r^colter sur la neige durcie, dans les depressions oil le vent Ta balayee.

Les c6nes de pin sylvesire mArissent dix-huit mois apres la floraison, pendant Tautomne de Tannee suivante; les 86mences se disseminent au printemps. On cueille les c6nes pendant rhiver. II en est de m^me des pin maritime^ pin de montagne^ pin laricio^ pin cembro, Les graines depin (TAlep se recoltent au printemps de la troisieme annee qui suit la floraison ; les c6nes vides restent indefiniment attaches aux rameaux.

La desarticulation des c6nes du sapin se fait facilement et par simple torsion dans les mains. Tons les autres c6nes s'ouvrent sous Tinfluence de la chaleur et de la secheresse.

La recolte et la preparation des graines, — des graines resineuses surtout, — sont I'objet d'une industrie tres importante. Le plus souvent, le commerce les fagonne dans des etablissements speciaux, auxquels on donne le nom de secheries', k defaut de sechoir artificiel, on soumet les c6nes k la chaleur solaire, en des endroits exposes au midi et bien abrites contre les vents. Les graines ainsi obtenues sont munies de leurs ailes; si elles doivent dtre conservees un certain temps, il est preferable de les laisser intactes, mais, avant I'emploi, il convient de les desailer. Celte operation se fait en humectant legerement la graine ; on la met ensuite dans des sacs remplis au quart environ, et qui sont secoues par

des ouvriers tenant chacun deux des quatre coins. Le nettoyage s'obtient au moyen de vans (1).

CoDsenration des semeDces. — Les fruits lourds, comme la ch4taigne, le gland et la falne, moisissent facilement ; il est impossible de les conserver pendant plus d'un hiver, et encore est-il n^cessaire de prendre certaines precautions assez d^licates, car il faut les garantir en m^me temps contre la germination (2), la moisissure, le froid, le dess6chement et la voracity des animaux. C'est dans des silos qu^on obtient les meilleurs resultats ; on peut aussi renfermer les glands dans des tonneaux perc^s de irons et qu*on immerge dans de Teau courante. Si Ton pr^fdre conserver ces semences dans un grenier, — ce qui est ^galement bon, — on doit, aussit6t apr^s la r6colte et le netloyage, les 6tendre au soleil, en couches minces; on les brasse deux ou trois fois par jour, si elles sont trds humides. Aprds complet dess^chement^ on les place par couches de 3 a 5 centimetres d*epaisseur sur le plancher d'un grenier, oil il faut les remuer tous les jours pendant le premier mois, — ensuite, une fois par semaine. Une forte a6ratipn du grenier est n^cessaire.

La graine de sapin est aussi trds delicate, k peine se conserve-t-elle pendant un hiver.

Celles des pin d*Alep, pin pinier, pin cembro, qui ren* renferment une assez grosse amande, rancisscnt trds vite et se conservent difficilement au-delk de six mois. De meme les semences l^g^res et s^ches de plusieurs bois feuillus, tels que l*drmd, le boulcau, Taune, perdent en quelques mois leurs facult^s germinatives.

Les glands de charme, les samares de frdne, quelquefois aussi les samares d'^rable, restent une ann^e en terre avant de germer; on les stratiOe alors, durant un an, au fond de simples rigolcs ouvertes dans un terrain sain et frais, en les recouvrantde 10 k 15 centimetres de terre. La graine d*orme doit etre sem^e au printemps, aussit6l apr^s dissemination ;

(1) Voir Icfl arlicleR de M. Thil sur la « H(^coltc ct preparation des ^aincs resincuses *» {Hevue de$ eaux et foriU^ i. XXIII, 1884).

(3) Une temperature dc + 4o sufUl A la germination det glands.

LES PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.

le meme proced^ permet de retarder sa germiniation jusqu*au printemps suivant.

Touies les autres graines se conservent plus ou moins longtemps dans des greniers bien aer^s, oil Ton a la precaution de les remuer pour eviter rechauffement. Mais la conservation d'une semence a toujours pour eflet d'en alt^rer peu k peu la vitalite, jusqu'au moment ou toute faculty germinative est perdue. En general, plus on s'eloigne, en semant, de T^poque do la recolte, plus la germination est irr^guliere, lenle k se prod u ire, et moins aussi les plants obtenus ont de vigueur. Le tableau suivant contient le resultat des essais de graines de differents ^ges, poursuiyis par M. Tlnspecteur Pierret a T^cole forestiere des Barres.

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