LES PEUPLEMENTS ARTIFICIELS
voisines de la p^pini^re : avant la maturity complete des f;6ne8, on coupe surles arbres des branches de faible grosseur at bien pourvues de semences; ces branches sont plani^es sur le terrain k ensemencer; dans cette situation, les c6nes ach^vent de mArir etla dissemination des grainesse fait naturellement ; il suffit d^une pluie, meme peu abondante, pour lea coHer sur la terre nue et, sans autre preparation, elles geripent au prin temps suivant. Ce mdme precede peut 6lre ^avantagcusement employ ^ pour le semis direct de cette essence. On r^ussit encore le semis de bouleau en r^pandant sa graine m^lang^e avec la proportion de sciure suffisantc .pour former sur le sol une mince couverture continue. Dans aucun cas, il ne faut craindre d'exagdrer la quantity de cette semence, qui pr^sente toujours une forte proportion de graines vaines. V
Comme toutes les graines l^g^res, celle du bouleau germe et se maintient inBniment mieux quand la semence est abrit^e par un leger paillis de suite apr^s T^pandage. Les aiguilles de pin font, a ce point de vue, uneexcellente couverture; une couche tres mince sufiit ; mais il faut craindre les d^g^ts des limaces, qui se refugient en grand iiombre dans ces milieux frais et humides. Nous pr^ferons le proced6 cit^ plus haut et employe par'M. Tlnspecteur Bartet, qui consiste a semer la graine en melange avec une quantity egale ou sup6rieure de sciure de bois.
Les autres esp^ces feuillues se sement rarement en pepiniere, <)u, du moins, en petite quantite. Les semences sont a bon jnarche et on ne les manage pas, d'autant plus que les plants sont presque toujours extraits k un an pour etre repiqu^s en vue de la production des moyennes ou hautes tiges. Rappelons ^eulement, au sujet des charmes, frenes et erables, que la semence ne germe r^gulierement qu'apres une annee de stratification en rigoles, comme cela a ete dit k propos de la conser- .vation des graines. La semence mise en place ne doit pas 6tre -couverte de plus de 2 ^ 4 centimetres de terreau.
Les essences resineuses de lumiere sont celles qui sont ;le plus souvent cultiv^es dans le terrain d^couvert des p6pi- .nieres. Les precedes indiqu^s plus haut leur sont applicables^
en tous points et sans autres precautions sp^ciales. U n*en ^st pas tout h fait de m6me du sapin, essence d'ombre, beaucoup plus delicate k manier ; k ce point que, meme parmi les forestiers, certains pr^tendent qu'il n'est pas possible de Tobtenir de semis en p^piniere. Rien n'est plus simple cependant : il sufiit d*avoir un terrain tel qu*il y trouvera Tabri n^cessaire k son temperament. Dans ce but, on choisit sous bois, dans une parcelle mise k T^tat d'ensemencement, une ou plusieurs surfaces, suivant la quantite de plants a produire, dont la forme sera quelconque entre les tiges des porte-graines ; on nettoie le terrain, on le d^fonce en le debarrassant de toutes les racines vivantes et, dans la terre k bois ainsi prdpar^e, on sdme, comme s'il s*agissait du pin sylvestre ou de T^picea. — 11 va sans dire que cetle petite p^pini^re annexe sera trait^e, au point de vue des clotures et des soins divers, comme Tetablissement principal. Les abris d'hiver et d*ete lui etant seuls fournis par le peuplcment qui les protege, il faudra recourir aux engrais si Ton demande plusieurs r^coltes consecutives k la mdme surface.
' Quantity de graines k employer. — Cette quantity varie, non^ seulement avec Tespece, mais, pouc une meme espece, avec la nature des plants k obtenir. 11 faut semer plus dru pour utiliscr les^-plants a un an que pour les employer k deux ans, et, d*une manicre gdn^rale, d*autant plus clair que les plants resteront plus longtemps en place. Cette consideration est tr^s importante, car un semis fait pour 6tre extrait k un dge determine ne peut demeurer en rigoles, au del^ de cet Sge, sans subir une perte considerable. Chez les resineux, par exemple, qui vegetent rapidement entre la deuxieme et la troisieme annee, le dechet, par suite de manque d'espace, reduit d'envirqn moitie le nombre de plants recoltes k trois ans, alors qu'ils etaient semes pour Tdtre u deux ans. Aussi, malgre la depense qu*entraine le repiquage, il faut, si des circonstanccs indepcndantes de la volonte empdchent d'utiliser les plants k Tdgo voulu, les extraire et les rigolcr en pepiniere. Si Ton n^a ni le temps, ni le terrain prepare necessaire pour cette operation, ne pas
378 LES PEITPLEMENTS ARTIFICIBLS.
hesiter a faire le depressage^ mais, en se gardant bien de procdder par arrachage k la main ou avec un outil quelconque. La coupe au ciseau^ par petites bandes alternes dans le travers de la rigole, est beaucoup plus exp^ditive, en ce sens qu'elle limite k la proportion voulue Tenlevement des sujets surabondants, sans nuire a eeux qui restent en place.
Pour les semis fails en rigoles et destines k etre extraits apres leur deuxieme annee, dans les conditions moyennes de sol et de climat, il suffit d*employer, par 1,000 metres courants de rigoles, les quantit^s suivanles :
6 k 1 kil.d^^pic^a d^sail^.
5 A 6 — de pin sylvestre (id.)
7 A 8 — de m^l^ze (id.)
8 A 9 — >depinnoird*Autriche(id.)
30 A 35 kil. de sapin d^sailt^.
30 — de fr^ne.
30 — d'^rable.
12 — d'orme.
Si les semis doivent 6tre extraits apres la premiere annee, ces quantit6s pourront etre augment^es d*un tiers.
On compte, par are, de 600 k 700 metres courants de rigoles espacdes entre elles de 15 ^ 18 centimetres, deduction faite des sentiers de 33 centimetres reserves entre chaque planche de l'",^0 de largeur.
/^ Saison des semis. — Quelles que soient les essences et les regions, le prinlfemps parait la saison la plus convenable. ' Suivantque le climat sera plus ou moins sec, on commencera' plus ou moins tot, pour profiterdeThumidite accumuleedans le sol pendant I'hiver. A partir du 15 mars, des que la terre est assez ressuyee k la surface, on peutprofiter de tons les beaux jours pour semer, et il n'y a pas de temps a perdre, car, k ce moment, les travaux k faire pressent de tons c6t6s dans une pepiniere comma ajjleurs.
Soins k donner aux semis : pralmage des graines. — Des qu'elles sont mises en rigoles, avant meme la germination, les graines sont exposees k la voracity d'animaux de loute sorte. On att^nue les deg&ts par des precedes analogues k ceux qui sont employes pour les plantes agricoles (1).
(1) M. Neuville, professeur A Vficole pratique de Neubourg recommande le pralinage au p^trole par le proc^d^ qu'il decrit en ces termes:
On prend 200 grammes de p^trole et 6 litres d*eau bouillante; on verse d'abord Teau bouillante sur 100 granaa^g de |pG(udron de gaz
Des leur leve^e, les semis r^clament d^auires soinsjusqu'au moment de la recolte.
Abris contra la sdcheresse. — Ce sont^ d'abord, les abris qui les maintiendront ombrages contre la chaleur.
De ces abris, les uns sont formes par des tiges vivantes et cultivees, a cet effet, lelong des bandes ; on plantera, parexemple, sur^a ligne du e6te sud, soit des boutures de saule ou de peuplier, soit des feuillus de demi -tiges de maniere a former une serie d*ecrans ; on pent egalement semer sur cette meme ligne du seigle, des feves de marais, ou toute autre plante annuelle a tige droite et rigide, pouvant s'elever jusqu'a 60 ou 70 centimetres et dont on obtiendra une recolte utilisable.
Mais, au lieu de ces cultures dont la r^ussite est incertaine, qui fatiguent le sol et qui sont k demeure jusqu*k la r6coUe, il vaut mieux employer des abris morts qu*on pent placer QU enlever k volenti.
En foret, les plus economiques sont des branchages de bois resineux ou de bois de feuillus coupes au moment oil les feuilles sont deja d^veloppees, que Ton fixe en terre le long des bandes et de facon a les abriter du c6t6 du midi; Torientation des bandes dans la direction Est-Ouest facilite beaucoup cette operation. Les branchages peuvent elre simplement plantes sur une ligne ou, mieux encore, sur les deux bords- de la bande et entreFaces au-dessus d'elle en forme de berceau ; cette disposition fournit des abris d'une solidite a toute epreuve, mais elle augmente serieusenient la difficult^ des sarclages. On pent aussi installer le long des bandes deux lignes de lattes parallMes support^es par des crochets de 60 a 70 centimetres de hauteur et sur lesquelles on etend les branchages. A defaut de rames feuillefe^s, on se
^purd, en agitantf puis on ajoute 100 grammes de p^trole en remnant le melange ; on remet de nouveau du goudron puis du p^trole, en m^pie quantity, jusqu'& epuisement des provisions, qui sont dos<5es dans la proportion de :
100 gr. de goudron de gaz 100 gr. de p^trole ^pur^ 1 litre 1/2 d'eau bouillante,
proportion qui suffit pour 50 litres de semencc. Celle-ci est trempde dans le melange refroidi et employee ressuy^e.
380 LES PEUPLEHENTS AHTinCIELS.
sert, suivant les cas, de toiles, de claies, de paillassons, en donnant la preference au meilleur march^.
Quelquefois, on garnit les intervalles des rigoles avec de la mousse. On attribue k cette couverture Tavantage : V de garantir le sol contre 1q^ durcissement superficiel et'de diminuer le nombre de bmagefe que les semis n^cessilent pendant T^te ; 2° d*empecher, dans une large nlesure, la lev^e des mauvaises plantes et d'^conomiser ainsi une partie des sarclages ; 3° de garantir les plants eontr^ les fortes' pluies et surtout contre la s^cheresse, en conservant au terrain une partie de sa fraicheur et diminuant ainsi, ou m6me supprimant, les arrosages.' Par contre, la mousse pr^sente Tinconvenient de faire obstacle k Tinfluence bienfaisante des ros^es et de servir de repaire k une foule d'animaux nuisibles.
Abris d'hiver. — Les plants forestiers indigenes n'ont pas beaucoup k craindre du froid ; mais, dans certains sols, comme les marnes, on perd beaucoup de plants par TelTet du dcchaussement. Bien que ces accidents soient surtout k craindre pour les semis de Tann^e, ils produisent parfois des effets tels que des semis de tons ages et meme des plants de haute tige sont completement arraches (1).
On previent ces accidents, en grande partie du mojns, en recouvrant les semis, des Tautomne, d'un paillis grossier ou de feuilles seches fixees par des branchages. Poiir etrc efficace, la couverture doit etre maintenue jusqu'au moment " oil les plants entrent en vegetation ; car c'est au mois de mars que le dechaussement est le plus k craindre ; quand ifse produit, malgre les precautions prises, on releve avec spin les plants renverses et on en rhabille les racines et les jeunes tigelles au moyen de terreau qu'on repand sur le sol a travers un tamis; jamais on ne doit les brutaliser, en les renfon^ant
(1) On peut citer des exemples, notamment dans les environs de Barcelonnette, de poteaux t^l^graphiques soulev^s par TefTet du dcchaussement. En semblaDle circonstance, il ne faut songer, ni k creer des pCpini^res permanentes ou volantes, ni k faire des semis eh place ; on ne peut que planter, et encore faut-il avoir recours & la plantation oblique, de telle sorte que le soul^vement par la gelee deplace en mtiae temps tout I'appareii souterrain sans le tirer en dehors.
ayec les doigls, comme cela se fait trop souvent. On peut aussi buUer la terre autour des lignes de semis, soil k la houe, soil avec des outils sp^ciaux.
Ajoutons que les paillis, qui emp^chent le rechaulTemenl rapidc de la surface d^s le premier prinlemps, retardent r^volulion des bourgeons assez pour les garanlir contre les gel^es prinlanieres.
Abris contre les geMes printaniires. — Ces accidents sont tellement frequents en toute region, aussi bien au Midi qu*au Nord, qu*il est prudent, en r^gle g^n^rale, d*abriter tous les plants et plus particuli^rement Les especes d^licates eik v^gdlationnaUv^, comme le ^[^n, le lu&ir^TTe fr6ne7e^...
A cet eiTet, on se sert de paillassons qu'on enleve pendant le jour, ou, plus simplement, de grandes toiles maintenues par des piquets k 1 metre au-dessus du sol et qu'on peut installer ainsi d*une fa^on permanente, tant que cela est juge utile.
Le gardien de la pepiniere doit aussi etre pourvu du materiel n^cessaire pour la creation de nuages artificiels.
Abris permanents. — Pour 6viler toutes ces d^penscs d*appareils et de main d'ocuvre, on a 616 conduit a cr6er des abris permanents contre tous les effets met^oriques: venls, chaleur, s^cheresse, froid, etc... Le plus souvent ce sont des haies vives d*essences feuillues ou resineuses: charme, epicea, thuia, qu^on laille suivant une epaisseur reduite autant que possible, en les maintenant k une hauteur de 2 metres environ. Si leur disposition varie dans le detail, du moins sont-elles toujours orient<^es suivant la direction Est- Quest. Cerlainement ces abris en-lous-cas ont une efiicacit^ r^elle, mais nous ne pouvons passer sous silence leurs inconvenienls : ils occupent une place beaucoup plus grande que leur faible projection scmble Tindiquer ; car les racines sV;talent a droite et k gaucht* et intordisent toulc culture profitable a une distance de 1 metre k 1",50 de chaque cote de leur pied ; — les haies doivent 6lre entrelenues par une laille severe et soigneuse qui absorbe du temps ; — lour presence diminue con^id^rablement les depots de rosic.
Uuoiqu'il en soit, nous pouvons citer comme exemple la
^2 LES PEUPLEHGNTS ARTtnCIELS.
diaposition adoplee dans )es p^pinidres de la forSt domaniale de Lyon 8-1 a- F ore t et dont les foreatiers locaux diaent le plus grand bien. Leshaieasont en charme, dont les feuilles marces- Eantes conlinuent, en toute saison, les elTets qu'on demande & Tabri. La figure 82 donne le plan de leur inslallation.
Nous ne terminerons pas cetle question si importante des abris sans rappeler combien I'emploi des coffrea simplifie tousles travaux, surtout en ce qui concerne les semis d'un an qui occupent la plus grande place dans les p6pinieres de r^sineux. Kien de plus facile, notamme'nt, que de consl^uire des cadres tendus de grillage galvanise ou de claies en menuea lattes ayanl la largeur du cofTrc et prot6geant les plants contre les oiseaux ou le solcil.
Arrosages, iriigatiODS. — Les arrosages, tel qu'on lea pratique le plus souvent, ne sent pas & recommander. L'eau qu'on jelte sur la lerre, en grande masse a la fois, n^y p^netre que diriicilement et s'ccoule inutilement k la surface pour peu que le terrain presente une pente, mfime legere. Un arrosage, pour etre eflicace, ne doit laisser arrivcr l'eau sur la terre qu'en quantity egale a celle qui peut 6tre immediatement absorb^e, et I'opfiration doit se prolonger tant que la Lerre n'est pas satur^e jusqu'a la profondeur p^n^tree par
Avec les uslensiles ordinaires, une telle operation serail trop on^reuse pour Stre appliqu^e a de grandes dtendues ; au lieu de produire un effet utile, les arrosages incomplcts encro6tent la surface du sol et, pour ne pas devenir nuisibles, ils doivcnt elre suivis d'un binage. Les seuls arrosages convenables seraient faits a la lance fixe qui projelte Teau en goutelettes fines et qu'on d^place k volont6 ; mais ces appareils content cher, et on ne dispose pas toujours de la pression convenable.
Aussi, au lieu d'arroser, vaut-il mieux irriguer. La d^pense de premiere installation n6cessit6e par T^tablissement d'un systeme complet d'irrigation sera largement compens^e par les Economies qui en resulteront plus tard et par la meillcure quality des plants obtenus. Quand Teau courante pent etre amende jusqu*au bord des planches, un ouvrier creuse, le long de chacune d*elles, un sillon oil ii dirige une petite quantity d*eau q\i*il y laisse assez longtemps pour que la bande enti^re soit imbib^e entre deux terres, par voie de filtration, sans que Teau puisse couler k la surface : ce qui serait nuisible et parfois dangereux^ Pendant les ann^es ordinaires, deux irrigations, pratiqu^es k des 6poques bien choisics, sont suffisantes pour entretenir en bon 6tat de fratcheur un carr^de semis. Dans les regions plus seches, le mode d'irrigation par submersion, dans des compartiments bien nivelds et enloures d*un bourrelet de terre, donne d*excellents rdsultats.
Sarclage. — Le sarclage consiste dans Tenl^vement de la v^g^tation herbacee qui se prdsente plus ou moins abondante dans toutes les cultures. On doit sarcler la pepini^re aussitot que les mauvaises herbes commencent k poindre et avant qu'elles aient developp6 de fortes racines ; quand ces herbes sont encore jeunes, on les arrache facilementa la main, surtout apres une pctile pluie ; si on les a laiss(5es grandir, il vaut mieux les couper : Tarrachis ne pourrait plus se faire sans danger pour les jeunes plants. Le point essentiel est de ne jamais (aisjfcr /e.v mauvniites herbes monter en sentence ;<\c telles negligences sont impardonnables, car les graines mures se rc^pandent k profusion sur le sol et le terrain en est litt^ra* lement empoisonn<^ pour plusieurs annees. A ce point de vuc,
384 , LES PEUPLEMENTS ARTIFIClBLS.
il est important que les carr^s vides, les chemins et les abords des pepinieres soient sarcl^s comme les bandes de semis ellesm6mes. Quand respacement entre les lignes de semis est sufEsant pour qu^on puisse y passer le fer d*un racloir, on fera facilement et 6conomiquement le sarclage en mdme temps qu'un Linage.
Binage. — Les jardiniers pr^tendent que binage vaut arrosage. L*operation Consiste k donner au sol une l^gere culture pour en ameublir la surface. Elle a pour effet, en augmentant. la perm^abilite du sol, de faciliter Tabsorption de Tair et des eaux de pluie, de fixer les vapeurs et les rosdes, de ralentir T^vaporation, en un mot, de rompre la liaison entre la couche sup6rieure et celle sous-jacente : ce qui fait remplir k la premidre le role de couverture.
Travaux divers : repiquage. — Le repiqukge ou le rigolage est toujours une pratique tres couteuse, non seulement k cause de la depeiise qu'entraine Toperation elle-meme, mais encore, et surtout, a cause de la grande ^tendue du terrain qu'elle n^cessite et dont Tentretien en bon elat de production est tres on^reux. C'est en faisant les semis d*une maniere convenable et dans des carreaux bien fum^s qu'on se dispensera de ces repiquages ; car le plus souvent, si les plants resineux de 2 ans ne sont pas assez forts pour elre plant^s k demeure, c'est parce que Tengrais ou les soins n^cessaires leur auront manqu6. Aussi, malge la superiority incontestable des plants qu'il procure, le repiquage doit-il 6tre Texceplion pour les plantations de resineux en basses tige ; il est, au contraire, la regie pour les essences feuilluesjj( ajoutons enfin que nombre de p^pinieristes sont partisans du repiquage quand mime ; il importe des lors d'en connaitre les effets et la pratique.
Prenons, par exeniple, deux plants de pin sylvestre de 2 ans provenant du meme semis. L'un (fig. 83 a) a ei6 extrait directement dans le sillon oil il a 6ie seme ; Tautre (fig, 83 ib.), enleve de la bande de semis et repique a sa premiere ann^e, ayant par consequent une ann^e de repiquage. Le premier est Glance, grele; ses aiguilles preset rares,son enracinement represente par de longs filets k peine ramifies forment un ensemble de mediocre aspect. Le second est trapu ; ses aiguilles
loiigues et de coulcur foncee, sea raciiicB nombreuses el bien pourvues de chevclu temoi^ncnl de sa vig'ueur. •A cause de la faiblesse de leur enracinemenl, les '^piceas
Fig. B3. — Eltcls du repiquBKC. — «, Pin -lylvcitlrc de 1 ans, non rcpique ; b, pia "ylveslro repiqui:; c, Ciiine p^oncutii de 3 ans, nna repiquc ; cliine puJonculi' (It 5 aim n-piquc a|iiis n'scction du
doivenl presquc loujours I'Irc repiques avant emploi. Toutes lea essences exif;eiit cclle pratique quaiid on vciil les conduirc jusqu'aux dimensions de mnvcniiett el de haules tigcs; alorri plusieurs operations tiuccessives sont ntVessaires, ea
llori'Kcl .lontr. 25
386 LES PEUPLEMENTS AHTinCIELS.
augmentant les espacements en proportion de la taille qu*elles atteindront.
^>^wA/ ' Plus particulierement en ce qui concerne les chenes, les types c el d de la figure 83, nous montrent les effets du repiquage. Le premier reprcsente un plant de 2 ans^ tel qu'il a 6i6 extrait de la rigole avec toutes les precautions voulues pour qu'il soit complet : cime chetive, tige grole, pivot simple d*une longueur exager^e. Le second, repique k un an, aprds resection du pivot, s'est forme un appareil radiculaire multiple, bien pourvu de radicelles en meme temps qu'il dtoffaii sa region aerienne. Inutile d'insister pour faire ressortir lequel des deux sera d'une reprise plus certaine.
Mais venons 5 la pratique du repiquage. II se fait en pepiniere dans des compartiments speciaux, qu'on nommait autrefois des batardieres,
Qu*il s'agisse d'especes r^sineuses ou feuillues, on emploie, pour 6tre repiqu^s en pepiniere, des jeunes plants ag^s d'un ou deux ans au plus. On les arrache avec les precautions necessaires pour ne pas endommager les racines ; on en fait le triage et Ton dcarte les sujets trop greles ou trop chetifs. Les bons sont abritds avec soin contre le soleil et le vent, pour les preserver du dessechement.
La mise en terre de ces plants se fait d'apres Tune des trois mcthodes suivantes :
1** au moyen d'un plantoir k main, dont la grosseur et la longueur sont proportionnees k la dimension des jeunes plants, on fait uneserie de trous alignes au cordeau, et regulierement espac68; dans chacun de ces trous, on enferme un plant de maniere que le collet de la racine se trouve au niveau du sol; puis on les rebouche au moyen d'une simple pression qu'on exerce avec le plantoir enfonc6 k une faible distance de la premiere ouverture. Ce proc6d6 s'applique surtout aux resineux d*un an ;
2° avec une beche, on ouvre, le long d'un cordeau, une simple fente qu'on 61argit k sa partie sup6rieure en appuyant successivement k gauche et k droite sur le manche de Toutil; dans cette fente, on glisse les plans un k un, k la distance voulue, et Ton remplit avec du terreau; on les fixe
PAH I'LANTATIONS. 387
ensuile, en pressant la terrc, soil avec le pied, Eoil avec la b€che ;
3° un ouvrier creusc a la houe une rigolc align^e au cordcau ; un autre, le plus g^n^ralement une femme, pose lea plants, un k un, en les appu^'ant contre Tune des parois dela rigole que Ton a eu soin de maintenir h peu pr^s verticale : pendanl qu'il les soutient en bonne posilion avec , la main ^'auche, il fixe les racines refoulant, dela main droite laterre meuble qu'on vient de retirer do la rigole. II sufnt, quand une plaiiche est cntieremenl remplie, de donner un coup de raleau entre les lignes pour terminer la beso^ne Cette Iroisif^me m^thode, de beaucoup prdf^rable aux deux autres, s appli que aux plants de toutes dimensions ^^D^ilteilrs, la rapidity du travail et la rdgularit^ parfaile dans I emplacc Rient des plants peuvent clrc assures par I'cmploi de la regie k repiquer (fig. 81 c. c.) dont M. I'lnspecteur Cardot a fait le pendant de sa ri.-glc ft semer (I). Sensiblcment de meme forme et de mSme dimension que celle-ci, elle porle sur une de ses faces une suite d'encochca cquidis- Untes, dont chacune est deslinec !i recevoir un plant, qui y est pose dc telle facon que le collet de la raiinc soil au niveau de la fac-e inferieurc dc la ri'gle. Quand toutes les encoches sont garnies, on maintient la si^rie en appuyant la rfglctte mobile dans Tangle supfricur de maf;asin et Ton place le lout sur le bord de la rigole ; il suffit dc rechausser
lliqu.'
rtfie i rr)iii|ur
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r, fcr,
388 LES PEl'PLEMENTS ARTIFICIELS.
les racines en procedant comme ci-dessus, apres quoi on enleve Tappareil.
La rfegle peut servir k des espacements diff^rents en garnissant k volonle une eneoche sur2, — 3, — etc.
L'espacement a donner aux plants varie avec Temploi auquel on les destine. Si Ton ne veut que des basses tiges, I'ecartement entre chaqueligne pourra varier, suivantles essences, de 15 k 25 centimetres et la distance dans les lignes de 4 a 5 centimetres ; pour les moyennes tiges, on devra augmenter ces dimensions et donner 10 a 15 centimetres ^Tespacement des plants dans les lignes ; enfin, pour les hautes tiges, il conviendra de donner aux lignes au moins 50 centimetres d'^cartement et aux plants un espacement minimum de 10 centimetres.
Ilestentendu qu'au point de vuedela fumure, des sarclages, des binages et meme des irrigations, les planches repiqu^es seront entretenues comme les planches sem^es.
Extraction des plants. — Lors de Textraction des plants, on evitera deblesserles racines et les petites tiges ; aussi Tarrachage k la main doit-il etre absolument proscrit. Le meilleur proc^d6, celui qui est surtout facilite par le semis ou le repiquage en lignes, consiste k ouvrir,sur le bord des sentiers et tout contre la premiere rang^e,une jauge assez profonde pour atteindre I'extremit^ inferieure des racines ; puis, au moyen d'une beche, ou mieux encore d'une fourche a dents plates, on exerce une pression du cote oppos6 de fagon k renverser les plants dans la jauge, sans que la terre se d^tache des racines ; celles-ci restent absolument intactes quand il s'agit de jeunes plants resineux d'un ou de deux ans ; des lors, il n'y a jamais besoin delestailler oud'en retrancher une portion quelconque. L'extraction est toujours suivie d'un triage, qui permet, tout en comptant les plants, de rebuter tons ceux qui ne paraitraient pas de bonne quality. Cette operation doit etre faite sous un hangar ferme ou, tout au moins, a I'abri de paillassons, pour ^viter le contact d'un air trop agite ou trop chaud et, par suite, le dessechement.
Les feuillus d'especes pivotantes, les demi ou moyennes tiges s'arrachent beaucoup plus difficilement; il faut faire des
f. ^--. __ *.--''* - r r - -^ i gp-fs.* -TlT'Ti" l-**" MlirTri OTI \\iUirf^9*m^JmmSSlL
irous profonds et, malgre cette precaution, il est rare qu'on puisse extraire les racines entieres. Alors, la taille de ces racines est justifi^e; mais Toperation se limite k pratiquer une section bien nette, faite obliquement avec une serpette tranchante, immediatement au-dessus des cassures ou des portions trop fortement 16s6es ; en aucun cas, il ne faut rien retrancher aux parties saines, car les filaments les plus tenus sont les plus utiles.
Quand il s'agit de plants precieux ou delicats, le mieuxest de les extraire et de les transplanter en motle; le surcroit dedepense que Toperation entraine est largeraent compens^ par une reprise plus certaine et une vegetation meilleure. D'ailleurs, quand on veut assurer la transplantation en motte d'un sujet,quelles que soientses dimensions, on procede de la maniere suivante : des le printemps qui precede la saison ou sefera le deplacement, on creuse, tout autour de la tige et a une distance variable entre iO centimetres et 1 metre, suivant la force du sujet et la nature de son enracinement, une jauge circulaire de la largeur d'un fer de b^che et de 50 ou 60 centimetres de profondeur. Cette jauge, taill^e k parois verticales, au moyen d'une beche aviv^e, est ensuite remplie avec de la bonne terre mdlangee de terreau. Si Ton a soin de Tarroser plusieurs fois dans la saison de vegetation, il se formera, dans cette terre neuve, un chevelu abondant, et, quand le moment sera venu, on extraira la motte sans occasionner de nouvelles lesions aux racines (1).
Taille ou rhabillage des plants. — Quand les plants de basses tiges ont 6i6 convenablementarrachees, les racines sont suftisamment intactes pour qu*il ne soit pas necessaire de les parer^ a moins qu'il ne s'agisse de rabattre le pivot sur des sujets destines k 6tre rigoles en pepiniere.
Quant aux branches des feuillus ou des r6sineux, il ne faut jamais y toucher. Kn effet, la regie est de ne mettre en place que des plants bien conformi^s; ceux-ei n'ont pas besoin qu'on enleve quoi que cc soit a leurs tiges ou k leurs rameaux. La taille ne devient nc^cessaire que quand les sujets sont
1/ A. ('har{;tM*un(l. Trailp des planlalions iValignement et d'ornement. Paris. Kotlischild, \Wt\,
390 LES PEUPLEMENTS ARTinCIELS.
mal ^quilibr^s : tige irop grele ou fourchue, rameaux insuffisants ou trop d^velopp^s. Dans ce cas, il vaudra mieux Top^rer dans la p6piniere, rigoler k nouveau les plants et n*en disposer qu*une ann^e ou deux plus tard lorsqu^ils seront sufHsammeni refaits ; c'est ainsi qu'on est souvent conduit h receper les individus mal conform^s, soil au moment de la mise en terre, soit en pepiniere, ce qui vaut mieux.
Transports et emballage des plants. — II faut se persuader que de la bonne conservation des plants depend, en grande partie, la rdussite des plantations et ne jamais perdre de vue cet axiome important : moins longtemps les racines restent a decouvert^ mieux elles se conservent,
A partir de Textraction jusqu'au moment de la plantation k demeure, les sujets, surtout les r6sineux, dontles racines sont tres delicates, doivent etre garantis des accidents de nature k dessecher le chevelu ou a leur occasionner des lesions, S'ils ne doivent pas etre transportes au loin, et si Ton juge inutile de les emballer avec soin, on les dispose, par bottes, dans un panier ou dans une brouette en les entourant de mousse humide, de Families ou de terre meuble. On recommande souvent de plonger les racines dans une bouillie liquide de terre grasse et, apres les avoir entour6es de mousse, de les emballer dans des paniers ou dans des caisses, mais ce pralinage a le grave inconvenient d'agglutiner les racines en pinceau et d'en provoquer la mise en terre dans des conditions tout k fait anormales.
Pour les especes a feuilles persistantes, il est prudent d'entre-croiser les bottes de telle fagon que les feuilles de Tune soient en contact avec les racines de I'autre, parce que les parties vertes pressees et accumul^es en grande masse fermentent facilement. 11 faut eviter aussi de faire voyager les plants par un froid trop rigoureux ou une chaleur excessive, sous peine de s'exposer aux accidents tres frequents de gelee ou d'echauffement.
Si les sujets ne pen vent etre exp^di^s ou plant^s k demeure aussi tot apres I'extraction, on creuse une fosse dans laquelle on les dresse et on couvre leurs racines avec de la terre fraiche ; cela s'appelle mettre les plants e/iyai/jre. De mtoe.
des leur arr)v6e k destination, les plants doivent etre imm^diatement d^ball^s et mis en jauge. En hiver, pendant les grand es gel^es, les especes k feuilles persistantes seront utilement recouvertes d'un paillasson ou de branchages.