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LES P^PINlfeRES YOLANTES OU LOCALES

Avantages. ^ Installation.

Avantages. ^ Les p^pinieres volantes suffisenf largement k tons les besoins des repeuplements a faire, sous forme d*am^lioration, dans les terrains d^jk bois^s ; souvent mSme, bien qu*il s*agisse de terrains nus, les p^pini^res ne peuvent 6tre ^tablies que dans cette forme. G'est le cas, par exemple, pour les reboisements k ex6cuter sur le sommet des montagnes, en des climats rudes, dont les saisons de v^g^tation ne correspondent pas avec celles des stations plus temp^r^es oil les p6pinieres permanentes sont en g^n^ral etablies.

Installation. — Les p^pini^res volantes se font en pleine for^t, soit dans une petite clairiere, soit k Tabri de grands arbres. Apres avoir choisi Templacement convenable, on d^friche le terrain et Ton d6fonce, comme s'il s*agissait d*une pepini^re permanente, sans toutefois apporter d'engrais. On y fait des semis ou des repiquages, en vue d'obtenir les plants dont on pent avoir besoin dans les environs imm^diats, et, quand la terre est fatigude^ on abandonne la place, apres y avoir laiss^ autant de plants qu'il est ndcessaire pour en assurer le boisement.

Ces petites p^pinieres intelligemment dispos6es, pr^sentent les avantages suivants : 1° elles ne doivent fournir qu*un nombre de r^coltes assez faible pour qu*on puisse se passer d*engrais ; 2° dies ofTrent la possibilite d'^lever, pour ainsi dire sur place^ et dans les conditions climateriques oil ils doivent veg^ter, les sujets destines k etre plant^s ; S^ elles suppriment les nombreux inconv6nients des emballages et des transports k grandcs distances.

En montagne, les espaces de petite dtendue, ayant la dimension de pepini^res volantes, peuvent, par exception, Stre

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trait^s k la fa^on ded pdpinidres permanenies k cause de la raret6 des emplacements qui conviendraient a ces dernieres. On est souvent oblige de les maintenir dans cette forme ; car, de toute n^cessit^, les plants doivent etre produits sous un climat identique k celui des espaces oil ils seront plantes a demeure. Dans ces conditions, il fautcreer autant de centres de production qu'il y a de zones d'altitude, c'est-a-dire de climats differents.

Execution des plantations.

Preparation du sol. — Disposition des plants. — Confection et dimension des trous. — Manipulation des plants. — Plantation A racines nues; — partoulTes; — en butte; — en corbeilles. — Plantation en terrain non prepare. — Saison favorable k la plantatio/2. — Application aux principales essences. — Soins k donner aux plantations.

Preparation du sol. — Ge que nous avons dit, k Particle precedent, de Theureuse influence d*une culture du sol sur la r^ussite des semis, nous dispense d'entrer dans de nouveaux details, et notre conclusion est tout aussi absolue dans un cas que dans I'autre : a la rigueur, on pent se dispenser de cultiver le sol dans les terres naturellement tres meubles, tels que les sables sans consistance ; — dans les forets constituees oil la terre a bois est deja preparee de long"ue date; — enfin, dans les terrains enherbes oil la presence d'un tapis continu de plantes basses, se maintenant en vegetation pendant toute la saison d'ete, temoigne d'une constante fraicheur. En toutes les autres circonstances, la culture doit etre consideree, le plus souvent^ comme indispensable^ — toujours, comme avantageuse .

On precede aux famous de la terre par les moyens les plus economiques dans chaque region, en cherchant par le brassage des couches, a donner k Tensemble une composition moyenne ; contrairement k ce qui a et6 recommande pour les semis, il sera pref(§rable de localiser la meilleure terre dans les zones profondes, ou les racines vont etre appelees k fonctionner immediatement.

La culture en plein n'est jamais necessaire, elle pr^sente

Pv

meme certains inconv^nients ; en effet, dans les pentes rapides, un sol trop ameubli peut etre entraine par les eaux; de plus, Texperience indique que les d^gats du ver blanc sent bien plus a redouter dans un terrain cultive que dans ceuxqui ne I'ont pas ete. L'ouverture de bandes continues n*est avantageuse que pour des plantations de hautes tiges dont la mise en terre demande de larges defoncements ; elle est inutile lorsqu'il s'agit de basses tiges ; les d^gats de ver blanc y sont d'ailleurs a craindre,comme dans les cultures en plein. Reste la preparation du sol par trous ou potets a laquelle nous donnerons la preference, comme permettant de defoncer profondement le sol sans entrainer une grande d^pense : elle reunit done tous les avantages culturaux et economiques.

Disposition des plants. — Ces trous seront disposes suivant le trace de figures geometriques : triangles, carres ou quinconces, de maniere que les plants puissent etre retrouves facilement, soit pour les soigner, soit pour remplacer les manquants ; un bon ouvrier prend toujours la precaution de jalonner sur le terrain les lignes equidistantes suivant lesquelles seront disposes les plants : une baguette coup6e a la longueur voulue, ou bien un cordeau portant des nceuds en ficelle de couleur, donnent leur espacement dans les lignes.

Quel ecartement convient-il de donner aux plants? Gela depend des circonstances. Tout d'abord, voyons quelle est I'influence de cet Ecartement sur la vegetation.

Des experiences recentes entreprises par M. Tlnspecteur Bartet a la station de recherches de I'Ecole Nationale des Eaux et Forets semblent etablir les fails suivants, sous reserve de verification dans d'autres milieux :

1° a tous egards, Tespacement de 2 metres, plus que les espacement moindres, convient a Tdpicea ; on peut en trouver Texplication dans le besoin d'espace lateral reclame par * I'enracinement superficiel de cette essence ;

2° pour tous les resineux, le meme espacement, plus que les espacements moindres, donne aux plants un riche appareil foliace, et favorise leur croissance en diametre;

3° pour tous les resineux autres que I'epicea, on rie peut

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encore rien avancer de certain quant k la croissance en hauteur ; Jl semble toutefois, canlrairement k I'opmion qu'on pourrail se faire a priori, que les grandes distances sonl peu favorables a rallongemenl des especes de lumierc : celles-ci, en effet, ont souvent une tendance a buissonner qu'il est bon de combattre en hatant la formation du fourr6 ; M. le Professeur Fliche nous a souvent entretenus de )a forme trapue et par suite 'defectueusc que prennent lee jeunes pins noirs d'Autriche quand ib constituent des peuplements trop clairs. Va article que nous avons publit^ sur ce sujet dans le Builelin da Minisiire de I' Agriculture (1), est r^sum^ par les lignes suivantes : « k notre avis, la croissance en hauteur n'a pas une importance capitale pendant les premieres ann^es consteutives k la plantation. La vigueur et la bonne sant^ de I'arbre, accusSes par I'abondance du feuillage et I'accroissement en diamctre, en ont au contraire beaucoup. Si done, laissant de c6t6 les massifs resineux destinies k produire h breve echi5ance telle ou telle marchandise spcciale (perches a houblon ou etais de mine), nous songcons a cr^er une for^t solide et definitive, nous constatons une fois de plus avec combien de raison M. Broilliard, dans le Trailemenl des bois, recommande de ne pas surcharger les plantations d'un nombre inconsid(5r^ de sujets, trop souvent plant^s & V^conomie. «

Nous rejetons les plantations faites avec des 6cartements inf6rieurs k 1 metre (2) : ou bien elles sont ex^cul^es sans soin, avec des plants k bon march^ et conduisent k un insucces total, — ou bien les sujets viennent trop series et Ton se trouve dans la n^cessit^ d'en sacrifierU moiti^ par depressage. Nous consid^rons aussi comme imprudentes, au moins jusqu'a preuve du contraire, les distances ^gales ou Eup6rieures k 3 metres. Pour qui veut un chiffre, nous recom-

. (i) Annfc 18S9.

(3) Dans cerlaines forets de la Baviire, on fait les plantations exceesivemenl senses ; nous avons vu dans le Spessart dea plants disposes k C.sa les uns des autres, dans des lignee espac^es entre ellej d« 1 lakirt \ cela repriSsente 30 000 plants & I'hectare. La mise en place coftte as CraiKfl, tjuand le piiic da ta journila ne dApsBBe pas 3 fr. 50 pour les horamea, 1 fr, 7j pour les femines. Mfime !i ce \in\, il j u e\B.^cration et les I'oiesliers enseignants rtngisacnl c.ntre le ^aspillagv ilea prHtiqiiBnts .

mandons pour toutes les essences feuillues et r^sineuses, les ^cartements de l'",50, dans les lignes espac^es de 2 metres, — ou tout au moins de f^SO dans tons les sens.

Le tableau suivant donne le nombre de plants k Thectare, dans les limites les plus ordinaires des ^cartements entre les lignes et entre les plants d*une meme ligne.

ftCA«TEMIllT

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DES LioriBa.

DBS PLAMTS

dans chaque ligae.

DBS PLANTS

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Confection et dimension des Irons. — La dimension des trous est subordonn6e a celle des plants : il suffit que les racines puissent y ^tre ^taldes dans leur position naturelle.

Pour les basses tiges de r^sineux,des potets de 0",25xO",25 d*ouverture, et de 0"*,25 de profondeur sont, en g6n6ral, tres satisfaisants. On fera, d'ailleurs, en sorte de leur donner la meme largeur au fond quk Touverture, en ^vitant la forme en entonnoir; le fond en sera toujours ameubli.

L'outil le plus commode pour les ouvrir est la pioche, si le sol est d'un travail moyennement facile. Quand il est caillouteux ou tres dur et compact, on pent recourir au pic de terrassier pour le rompre, tandis que la pioche sert k extraire les d^blais. Enfm, quand nous avons eu k ouvrir des potets de dimensions exc6dant la normale, pour des plantations de demi-liges, par exemple, nous nous sommcs bien trouvds de Toutil dont se^servent les vignerons, pour la confection des fosses.

En extrayant la terre au fur et a mesure du d^foncemenl, on la disposera en lots s(^par(^s, suivant ses differentes qualit^s. Les gazons seront mis k droite, par exemple; la terre fine qu*ils recouvrent immediatemen(,5 gauche; la plus mau-

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vaise ierre du fond, en avant; on aura ainsi sous la main, au moment de la plantation, les mat^riaux tout prets pour en disposer au mieux de I'op^ration. Les grosses pierres seront ^galement conservees pres des trous pour 6tre utilisees com me il sera dit plus loin ; dans les terrains en pente rapide, elles pourront etre amoncel6es, k la main, en forme de talus ou de mur de sontenement du c6te d'aval. En plaine, ces petits amas se feront de preference du cote du Midi.

Quand le terrain comporte Temploi de la charrue, on peut ouvrir k Taide de cet instrument des sillons distants de 1™,50 et se coupant a angle droit; a chaque point d'intersection, on ouvre un potet. Mais ce proced^ n'est qu'une maniere de tracer Vouvrage et de rendre plus facile le travail de la pioche^ qui seule peut creuser des trous convenables. Le systeme expeditif qui consiste a disposer des plants dans une raie ouverte a la charrue et a les recouvrir par un second passage du versoir expose a des echecs frequents.

Dans les terrains meubles, sees, filtrants, les trous peuvent etre ouverts au moment de la plantation ; dans les sols plus ou moins compacts, ils seront faits quelques mois k I'avance pour profiler de I'ameublissement naturel que donnent la gelee ou la sdcheresse.

Manipulation des plants. — Tous les ouvriers planteurs se munissent de paniers dans lesquels les racines sont soigneusement abritees; jamais celles-ci ne doivent rester exposees a Tair et il ne suffit pas, comme cela se fait trop souvent, de placer les plants dans la poche d'un tablier. Le maintien du chevelu k I'etat frais est la condition la plus importante pour la reussite ; on ne saurait trop insister sur ce point. Tous les plants seront done mis en jauge, en attendant leur emploi; et, dans I'organisation des chantiers, pour ^viter les pertes de temps, il sera avantageux d'adjoindre aux planteurs un certain nombre d'enfants, charges d'aller prendre, dans des paniers de rechange, les provisions necessaires pour remplacer les paniers vides.

Les racines sont preserv^es du contact de Tair par du terreau frais, ou de la mousse humide ; quand les ouvriers sont inhabiles ou peu soigneux, il peut y avoir avantage k rem-

placer ces mat^riaux trop faciles k disperser par un morceau d'une vieille couverture de laine lachement cousue au panier par deux ou trois de ses c6i6s ei assez long pour abriter les plants.

Plantation k racines nues. — G^est le mode le plus commun^menl employe. Les autres precedes ne trouvent leur application que dans des cas speciaux.

Chaque trou est garni de la manierc suivante : Touvrier s'assure que le fond du potet est bien ameubli, sinon, il y jette quelques poign^es de terre fine, puis il prend un plant dans le panier, — en ayant soin de ne pas d^couvrir les autres, — et, de la main gauche, il le soutient conire la paroi du trou qui lui fait face, k une hauteur telle que le collet de la racine se trouve, soil au niveau du sol en place, 8oit k 2 ou 3 centimetres en dessous ; de la main droile, il etale les racines en position normale dans toute la largeur du trou, puis les fixe au moyen de la terre meuble qu'il trouve k sa gauche et qu'il emploie ainsi jusqu'a ^puisement. Enfin, il acheve de combler avec la terre la plus grossiere amoncclce en avant et qu'il tasse 16gerement avec le pied. Pour tenir compte du foisonnement, on donne k la surface la forme d*une butte elevde de quelques centimetres au-dessus du sol en place ; sans cette precaution, le sol s^alTaisse et met a nu quelques racines.

II existe un inconvenient rdel a enfouir les racines des plants a une profondeur exagdr^e, comme k darner avec plus ou moins de brutalit6 la terre qui sert k les recouvrir. Privees d'air, elles fonctionnent mal, ne peuvent s*allonger ni se ramifier : le plant languit, tant qu'un nouvel enracinement n'a pu se substituer k Tancien, comme on peut s*en rendre compte par la figure 85. Sans doute, nous restonsconvaincus que Tennemi du planteur est toujours la secheresse, et nous pref^rons exposer nos pins ou nos epiceas a souffrir pendant deux ans, faute d'oxygene, plut(\t q\xk mourir en six mois, faute d'humidiie ; quoi qu'il en soit, la question peut se r^sumer ainsi : — dans les terrains sablonneux tres meubles, qui sont tout k la fois tres permdables a Tair, et tros exposes a se dcssechcr, planter profond ; — dans les argiles

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ires compacles, ou Tasphyxie menace toujours les plants, ne pas enfouir ceux-ci plus profonddment que le collet de la racine, au risque d'avoir un insucces si le hasard veut que I'ann^e soil ires seche; — enfin, dans les sols calcaires, dans les terrains granitiques, ne pas exag^rer la profondeur, mais utiliser, pour preserver les plants des chaleurs esti vales, les pierres qui ne font jamais d6faut sur de pareils terrains.

II est averd, en effet, que toutes les fois que Ton couvre le sol, au pied du sujet mis en terre, de grosses pierres plates, on entretient d'une fagon remarquable la fraicheur du terrain, et Ton assure la r^ussite. Les dalles calcaires, si frequentes sur certains sols de Toolithe, ont sauv6 bien des plantations et se pretent k merveille a cet emploi ; mais tous autres quartiers de rdche peuvent 6tre utilises de m^me.

Commemoyenspr^servatifs contrela s^cheresse,onarecours encore a des talus de 1 a 3 decimetres de hauteur elev^s au midi de chaque potet et qui assurent un peu d'ombre au plant : tant6t Tabri est une butte de terre ; tantot un petit mur de pierres seches ; sou vent on se contente d'amonceler les gazons d^coup^s pour Touverture du potet, et que Ton dispose, les racines en Tair.

Sur les pentes tres declives, on modifie la disposition du plant dans son potet: le sujet doit Stre maintenu, pendant que Ton comble le trou, sur la paroi aval. Sinon les eaux courantes, en entrainant la lerre fraichementremuee, dechausseraient la tigelle.

Plantation en mottes ou en gazons. — La plantation en mottes ou en gazons consiste k d6couper, dans une planche de semis, des mottes de 8 a JO centimetres de cote qui sont enlevees avec la terre et dispos^es en cette forme dans des trous prepares a Favance. Ce mode, qui a Tavantage de conserver le chevelu dans un etat de fraicheur parfait, a I'inconvenient d'employer inutilement un grand nombre de sujets, d'augmenter beaucoup les frais de transport, et d'appauvrir le sol des pepinieres ; aussi n'est-il employ^ que pour les plants extraits directement en foret parmi les regenerations naturelles ou parmi ceux qui surabondent dans des regenerations artificiellcs.

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400 P.BS l>EUPLEHBNTS

Ainsi, dans les sapini^res et les hetraies, on rencontre aouvent des semis assez nombreux pour former par place de verttablcs brasses aussi fournies qu'un carreau de p6piniere ; — ainsi encore quand un semis par bandes de pin ou d'^pic^a a bien r^ussi, rien n'est plus facile que de prelever dans ces lignea des mottes d'utic reprise cerLaine.

Malgr^ le surcroit de depense considerable qu'entraine cc proc^de, on est oblig^ d'y avoir recours dans les situations diflicilcs: notamment dans les tres mauvais sols, dans lea rocailles oil les plants a racinos nues periraient necessairement. S'il existe des jeunea semis ou des plantations r^centea dans les environs, il est naturel d'y puisen.on a r^ussi par ce proced6 le boiscment de stations tres in^rates comme des ^boulis rochcux ou des marnes exposees au dechausse' ment(l).ll est indispensable, toutcfois, que le terrain on sont decouples les moltea presente une certaine cohesion, sans quoi la terre est trop meuble pour supporter le transport el lout se d^sagrege.

Plantation, par touffes ou par bonqnets. — M. Demonlzey recommande, au lieu de planter par pieds isoles, de rcunir dans un m€me Irou une loufTe de trois h quatre plants. Suivant eel habile praticien, ce mode prfsenle le double avantape d'etre le plus ^conomique et le plus sflr de tous les moyens employes.

" Dune part, en effet, il augmente consid^rablement les chances de succes d'une plantation et ^pargne ainsi de nambreuK regarnissages, non seulement coAleux et souvenl difiiciles, mais encore dangereux pour lea plants qui ont bien vcgeto, k cause du passage des ouvriers sur des pentes souvent tres fortes,

H D'autre part, il pcrmet d'espacer davantage les plants, et par suite de diroinuer la d^pense a I'hectare. Car ces touffes forment au debut une sorte de petit massif dans lequel les plants se soutiennent muluellement, ce qui leur permet d'altendre plus longtemps et sans danger le moment ou le massif general se conslituera.

(1) A l'»idedc- cf iimcedL-, M. le eonacnrr'-^ " — ^'r^e a obl^Du ki

l.B BOISEMENT PAR PLANTATIONS. 401

« On a fait a ce mode robjection que si les plants r^unis ainsi en touffes venaient k pousser tous ^galement, ils ne tarderaient pas k s'affamer mutuellement et k produire des arbres greles, incapables d'une longue dur^e.

« A cette objection, on pent repondre d'abord que la touffe n'implique pas n^cessairement un grand nombre de plants, et que dans les limites que nous posons, c'est-^-dire de deux a quatre plants par toulTe, ce danger devient illusoire.

« Mais, bien plus, une longue experience a d^montr^ Tinanii6 de ces craintes. II est rare, en effet, que deux, trois ou quatre plants poussent, des le d6but, avec une vigueur identique ; le plus souvent, Tun d*eux prend le dessus et quand le massif g6n6rsA se produit, il demeure seul. D'autre part, bien souvent, un seul plant, deux au plus, reprennent avec vigueur, les autres viennent k mourir, soit imm^diatement aprcs la plantation, soit un an apres, de sorte qu*en derni^re analyse, on se trouve dans les conditions de la plantation par brins isolds, mais avec des chances de r^ussite bien plus completes. EnQn, il serait toujours facile d'obvicr a peu de frais a Tinconv^nient d*une 6gale pousse, s'il venait k se mani« fester (1). w

II semble, k premiere vue, que cinq ou six plants identiques, places dans les m6mcs conditions, doivent tous reprendre ou tous mourir, le plus souvent du moins. En fait, les choses ne se passent pas ainsi, et les sujets d'une meme touffe se prStent, sans doute, un mutuel appui, car leur resistance k la secheresse est supdrieure k celles des plants Isolds.

Ce precede ne nous semble pourtant pas devoir elre generalise. Son application reste confinee dans la montagne, quand on opere dans des conditions d*une difficulte toute speciale, — ou bien en plaine, quand on veut creer le plus vite possible une barriere de verdure dolimitant une plantation et risolant des champs ou des p^turages voisins.

Kn eifct, il occasionnc une consommation de plants exage*

(1) Demonizey, l^udeM Mur leg trnvRur de reboisement ties mojiUgneM, p. 227.

Boi'iT vl Jni.YFT. *^>

402 LES PBUPLEMENTS ARTIFICIELS.

r6e, ei, de plus, les touffes constituent bientdt des milieux qui sont tr^s propres au d^veloppement des maladies contagieuses si Ton ne se hkie de proc^der k un ddpressage. Les faits ne manquent pas a Tappui de cette observation : ainsi, au printemps 1886, les deg&ts de Peridermium pinij ont 6te constates dans le p^rimetre de Bareges (Hautes-Pyren^es) sur des pins de montagne qu'on avait omis de desserrer en temps utile; des plantations voisines, faites par pieds isolds, 6taient k pQU pr^s indemnes. Semblables accidents ont et^ signal's depuis sur bien d'autres points, notamment dans les Basses- Alpes.

Pour le meme motif, la plantation par touffes est k deconseillerd'une mani^re absolue avec le m'leze ; dans la pratique, elle n*est gu^re utilis'e qu*avec les pins.

Plantation en butte. — Ce precede, imaging par M. le baron de Manteuffel (1), consiste a cr'er de toutes pieces des buttes ou monticules de terreau sur lesquels on plante. II a rinconvenient de coiiter tres cher de main d*oeuvre; c*est une veritable plantation de luxe. D'ailleurs il n'est applicable qu'en foret, ou, du moins, k proximity de terrains deja bois6s et pouvant fournir, k un prix abordable, la quantite enorme de terreau n'cessaire, quantite qui pent ^Ire 'valu'e a 4 metres cubes par mille plants, soit au minimum 12 4 15 metres cubes par hectare. Le proc6d6 Manteuffel n*a du reste 616 imagine que pour boiser les terrains tourbeux dans lesquels on ne pouvait planter . directement ; la butte forme ainsi un sol d'apport tout artificiel dans lequel s'enracine le jeune plant.

Dans des conditions analogues, on pent employer la m^thode de Biermann, qui conduit k peu pres au m6me r^sultat d'une maniere inRniment plus economique. On trace k la charrue, k 70 ou 80 centimetres de distance, deux sillons ouverts en sens oppos^, de telle sorte que la terre en soit vers6e sur Tintervalle inculte entre les deux sillons ; on forme ainsi une s^rie d'k-dos regulierement align^s, espac^s [entre eux de deux metres, {par exemple, et sur les-

(1) Vart de planter , par M. le baron de Mauteuffel, traduit par S. P. Stumper. Paris, Rothschild, 1868.

quels on plante, k distance convenable, dans une terre assainie, ameublie par Tinsolaiion el enrichie par les debris de la v^g^tation herbacee.Geiie preparation doit Stre faite quelques mois avant la plantation, de fagon a laisser au gazon renferm^ dans les buttes le temps de se decomposer .

Plantation en corbeilles. — Le proc^de consiste k creuser un trou en forme de tronc de cdne renvers^, ayant de 60 centimetres k 1 metre d'ouverture et de 25 k 35 centimetres de profondeur ; tout autour des parois de ce trou, on place une seHede basses ou moyennes tiges (gen^ralement des feuillus), espacees entre elles de 10 k 15 centimetres et disposees a la fagon des baguettes qui forment la carcasse d*un gabion ; on remplit ensuite le trou avec de la terre meuble, meiangee de terreau si cela est possible. Dans les sols exposes au soulevement par la geiee, on couvre la terre rapportee avec de grosses pierres ; celles-ci conservent Thumidite en mime temps qu'elles fixent la surface.

La reprise des plants est assuree et, en espagant ces troua de plusieurs metres entre eux, on cree une serie de petits Hots de verdure ; si Ton a pris soin de planter des especes susceptibles de se propager par le marcottage, la vegetation s'etale rapidement en zones concentriques et s'avance en raison du carre des diametres de chacun de ces cercles mobiles : bient6t tons les intervalles se trouvent boises. Ce mode, imagine par M. le conservateur Carriere, alors qu'il etait chef du service du reboisement dans les Basses- Al pes, a ete employe par lui dans les atterrissements du fond du lit des torrents et des ravins, oii, complete par le marcottage, il a produit des resultats parfaits dans des sols qui, au dcla de la couche la plus super ficielle, etaient encore refractaires k la vegetation ligneuse. II serait applicable dans maintes circonstances.

Plantation en terrain non pripard. — La plantation en

terrain non prepare consiste k ouvrir dans le sol un simple trou ou une fente dc dimension proportionnee k celle des racines des sujets k planter ; dans ce trou, dirige soit verticalement,soit obliquement (1), suivant la profondeur du terrain,

(1) M. rinspoctour Prouvt^ recommande «• d'incliner les plants vers

404 LES PEUPLBMENTS ARTIFICIEL9.

on glisse les racines du plant, en ayant soin de les staler aussi r^guli^rement que possible sans qu'elles restent jamais en pinceau ; puis, on ferme la fente en pressant la terre avec le pied, ou bien avec Toutil.

Sice mode primi tif a Ta vantage d*etre tres economique, ses inconv^nients sont nombreux ; car les racines des sujets se trouvent dispos^es dans un meme plan et en situation toute dif- Krente de celle qu'elles devraient occuper normalement; enfouies dans un sol vierge et pauvre, trop loin de la couche d*humus superficielle oil lesjeunes plants naturels ^talent de pr^f^cence leur chevelu, ces racines sont en outre bien souvent press^es avec exag^ralion par des mouvemenis dont il n*est pas facile de mesurerle degr6 d'intensit^,et, par suite, dans les sols argileux compacts, privies de Tair necessaire k leur respiration. Sans doute, on a peu a craindre les d^gats du ver blanc ; sans doute, on ^vite le dessechement; mais la vegetation reste cxtremement lente; si les plants ne meurent pas, ils boudent, comme disent les p^pini^ristes, et, dans cet ^lat languissant, ils risquent d'etre etoufT^s dans les herbes. D'une maniere g6n6rale, avec ce systeme, les r^sultats sont d'autant meilleurs que Ton emploie des plants plus jeunes et, partout ou Tenvahissement des herbes n'est pas k craindre, on se servira avec avantage de sujets feuillus ^g^s d'un an et de r^sineux Ag^s de 1 k2 ans, suivant leur force.

Pour activer le travail, quand on plante en terrain non prepare, on a imagine, aussi bien en France qu'en AUemagne, une foule d*instruments sp^ciaux : beches, plantoirs, baches, fourreaux destines k proteger les racines du plant quand on les glisse dans la fente qui doit les recevoir. Les outils construits sur les indications de M. I'lnspecteur Prouve (1), se recom* mandent parmi ious les similaires. Avec ceux-ci, un des meilleurs est certainementle planioir iriangulaire a nervure^

le Midi, afin de diminuer Teffet funeste des rayons solaires sur la tige au moment de la transplantation ».

(1) Revue des eaux et forets, t. XVI, p. 305 ; XVII, p. 433 ; XIX, p. 273 et Prouve, Regeneration par plantation des coupes de futaies, Paris, P. Mouillot, 1899 {BulL Societe des Agriculteurs de France.)

en usage dans le Palatinai qui,toul en donnanlle moyen d*ameublir le sol par un mouvement eirculaire, permet d*ouvrir des fentes assez larges dans les sols forestiers encombr^s de racines. Sans rejeter de parti pris ces instruments qui, dans dcs cir- Constances donn^es, peuvent presenter des avantages r^els, il est nccessaire, k leur sujet, de faire certaines restrictions : c*est que, d*abord, un outil, quelque perfectionn^ qu'il soit, ne compensera jamais V absence de preparation du terrain ; — ct qu*ensuite les plantations se font seulement dans un laps de temps tres court, deux mois au plus dans Tannde (3 ou 4 semaincs au printemps et autant en automne) ; or, Touvrier, aussi bien le laboureur que le 'biicheron, ne travaille adroitement qu*avec Toutil qu*il a Thabitude de manier, Toutil du pays, celui avec lequel son pere et ses anc^tres ont nourri leur famille ; chaque fois qu*on lui change cet outil, il y a pour lui un apprentissage a faire, et Ton risque ainsi de perdre tout le b^n^fice qu*on attendait de Tinstrument perfectionnd.

Saison favorable & la plantation. — En principe, il est imprudent de transplanter un vegetal quelconque pendant le plein de la saison de vegetation si Ton ne pent Tarroser et lui donner tous les soins que comporte cette p^riode de crise. De plus, on ne peut pas planter quand la tcrre est durcic par la gelcc : ce n'est qu'exceptionnellement, sous les climats tres doux, que les travaux se prolongent sans interruption pendant tout Thiver. Restent done, dans la majority des cas, Vautomne et \e printemps. La question est desavoir k laquelle de ces deux saisons donner la preference; nous recommandons Tautomne pour les motifs suivants :

l^les grandes pluics du solstice et les neiges de Thiver, survenant apres la mise en place des plants, font coulerlcs particules de terrc entre les racines; elles tassent d'unc fa^on progressive et des plus heureuses Ic sol fraichement remu6 ;

2"* chez les sujets mis en terre des Tautomne, il sc produit pendant Thiver un travail vegctatif dont les elfcts semblent localises dans Ics racinos : le chevelu se rcconstitue, s^allonge et facilite revolution normale au premier printemps ;

3^ on dvite Ic danger des hAles de mars^ trop souvent mor*

406 LES PEUPLBMBNTS ARTlFIClBLi^ .

tels aux jeunes plants que Ton manipule et dont on expose plus ou moins les racines au grand air, — nuisibles a la reprise quand, immediatemeni apr^s la plantation, ils soufflent pendant de longues semaines, avcc une Constance desesp^rante.

M. Duparchy (1) pense qu'on pent planter les resineux des la seconde quinzaine de septembre ; dans les environs de Saint-Claude (Jura), il s'est bien trouv^ des travaux fails dans une saison que d'autres trouveront prematur^e. Quant a nous, nous conseillons d*attendre cette ^poque de Tannee difficile k d^finir, mais que savent reconnaitre tous ceux qui ont habits lacampagne, oii Ton sent que Ton n'est plus en eie : c'est le moment des premiers brouillards, celui ou murissent les raisins et les alises, ou les grives commencent a passer; en un mot, vers les premiers jours d*octobre. On planie d'abord les resineux ; quant aux feuillus, qui peuvent etre encore en pleine frondaison, on a la ressource d'enlever les feuilles, ou mieux encore d'attendre leur chute naturelle.

Dans quelques cas, n^anmoins, la plantation de printemps doit etre pref^ree ; ainsi :

1° dans les climats montagneux, ou la brusque transition des saisons reduit a quelques jours le temps propre aux plantations ; 1^, I'automne n*existe pour ainsi dire pas, et c'est au printemps, des la fonte des neiges, qu'il faut planter ;

2° dans les terrains exposes au d^chaussement par la gel^e.

Signalons ce fait, bien connu en arboriculture, que les especes d^licates a feuilles persistantes supportent la transplantation en temps de seve, m^me k une epoque tardive, tandis que leurs racines mutil^es, plac^es au d^but de I'hiver dans un sol bientdt durci par la gel^e, ne peuvent assurer Tapprovisionnement en eau n6cessaire pour contrebalancer les pertes cons^cutives k la transpiration. Mais, en general, les essences utilis^es dans les grands travaux de boisement sont assez rustiques pour ne rien craindre de ce chef, a moins

(1) Duparchy, Memoire sur le deboisement et le reboisement dans la rdgion de Saint-Claude. (BulL Societd forestiire de Franche^Comte et Belfort, septembre 1898).

^AriM

que Ton ait la malchance de subir un hiver exceplionnel par rintensit^ du froid et Tabsence de neige.

Quelle que soil la saison adopt6e, il ne faut jamais planter dans une terre trop d^tremp^e, qui se prenne en boue collante, sans qu*on puisse la disposer convenablement autour des racines.

Application aux principales essences. — Dans les sols nus, assez profonds pour que Ton puisse y cultiver le chine^ cette essence est g6n^ralement introduite par voie de semis. C*est elle, au contraire, qu'on a le plus souvent Toccasion de planter en forSt. Les plants d'un ou deux ans non repiqu^s sont utilises dans les r6g^n^rations de futaies ; aocidentellement, on les plante dans les tail lis simples exploil^s pour leurs decrees ; ces plants n'ont, en g^n^ral, pour toute racine, qu'un long pivot presque nu et Tabsence de chevelu rend leur reprise assez chanceuse ; n^anmoins, dans les sols oil Ton pent creuser des trous proportionn^s k la longueur du pivot, divers outils sp^ciaux permettent de les utiliser ; partout ailleurs il vaudra mieux n*employer que des plants repiques aprds amputation du pivot et mis en place dans des potels d^fonc^s. Dans les taillis sous futaie, on plantera des demi tiges ou, tout au moins, des basses tiges vigoureuses, repiqu^es une ou deux fois ; le sol sera cultiv^ avec soin pour activer, autant que possible, la croissance. Si les p^pini^res sont mal approvisionn^es, il vaudra mieux s*abstenir, plut6t que de mettre en terre des plants trop vieux et mal constitu6s, comme cela se fait trop souvent.

Le jeune heire s'utilise surtout en forSt, soit sous forme de peuplement principal, soit, comme sous ^tage, sous des es* sences de lumi^re. Dans ces conditions, les plants de deux ans repiquds r^ussissent trds bien. A d^faut de ceux^i, on a recours au mode de plantation en mottes ou en gazons : ce proc^dd permet de prolonger le travail assez avant dans le printemps, alors mdme que les semis ont d6ja pouss^ leurs premieres feuilles.

La plantation du charme est facile ; pourtant cette essence boude pendant plusieurs ann6es, quand le sol n^est pas frais

408 LBS PEUPLEMENTS ARTinCIBLS.

et fertile. Vu le faible enracinement, de Tespece, employer de preference des plants ayant au minimum trbis au quatre ans de p^piniere.

Les frines^ les irables^ les ormes^ diss^min^s au milieu d'essences sociales dans les travaux de boisement des terrains nus, sont, en pareil cas, plant^s k Tage de deux ans, apres repiquage : les semis sauvages sont d'une reprise tres incertaine. Sous forme d'am^lioration, ces especes sont introduites dans les coupes de taillis sous futaie, concurremment avec les chenes : alors comme ces derniers, on les emploie k T^tat de demi et de hautes tiges.

Uaune est d'une plantation facile. On utilise soit des plants de pepinieredeun ou deux ans, soit de^semisnaturelsde deux ans.

Le bouleau est 6galement facile k transplanter dans sa premiere jeunesse ; il Test moins dans un kge plus avanc^ et quand son ^corce commence k blanchir. h'kge le plus convenable pour la plantation est de deux k quatre ans ; bien que les plants de p6piniere soient pr^f^rables, on peut, nous Tavons vu, se procurer de bons plants sauvages en foret.

Les saules et les penpliers sont plus souvent introduits sous forme de boutures que sous forme de plantations.

La plantation du sapin se fait dans les memes conditions que celle du hetre. La seule difference est que, si Ton plante a racines nues des sujets isoles, il est preferable de n'utiliser que des sujets de quatre ans repiqu^s ; plus jeune, le sapineau, k peine ramifi^, est trop delicat. La plantation en mottes donne aussi d'excellents r^sultats.

L*epicea k trois ou quatre ans, le m^leze^ le pin sylvestre et \epin noir k deux ou trois ans sont les especes resineuses les plus couramment employees dans les plantations en terrain nu. Ce choix est justifie par la facility de leur reprise et de leur frugality.

Nous devons une mention toute sp^ciale k I'^pic^a. Si le pin noir r^ussit dans des sols plus superficiels, si le pin sylvestre accepte des sables plus grossiers, c'est r^pic6a, par la facility avec laquelle on se le procure dans le commerce, par la complaisance avec laquelle il reprend presque en toute station et en tout terrain, qui a decide les habitants de nos

campagnes k cr^er dans les mauvais sols ce quails appellent des « bois de sapins ». II ne faui point abuser pourtant de sa souplesse pour I'employer en tous lieux ou le planter sans soins, car, s'il ne meurt pas, il restera ch^tif et mal venant.

Ajoutons qu*en tout ^tat de choses, sa v^g6tation est tr^s lente pendant les toutes premieres annees qui suivent la plantation : ce n'est que quand ses branches couvrent bien le sol, quand il a tu6 V her be a son pied^ qu*il commence k s'clancer. Mais, alors, il a bient6t rattrap^ le temps perdu I

Pendant toute cette p^riode d'installation, le feuillage jaunil, Tarbre prend une forme bnissonnante et son aspect reste languissant ; dans les terrains susceptibles de s'enherber fortement, des sarclages feront le meilleur effet. Cette premiere crise pass^e, on remarque que, sur un meme terrain, plants dans des conditions identiques, avec des sujets de m6me origine, un certain nombre d*individus conservent leur feuillage jaunfttre, quand leurs voisins ont rev6tu d^finitivement la couleur d'un vert bleu qui caract^rise I'espdce : les plants jaunes entrent en v6g6tation longtemps avant lesautres, ils sont des lors beaucoup plus exposes aux gel^es printanieres ; leur croissance est plus lente, et dans certaines terres, ils meurent apres avoir langui plus ou moins longtemps. Ne serait-on pas en presence de ces deux variclds signsrtees par M. Brcnot aussi bien dans le Jura que dans les Alpes et qu'il a dccriles sous les noms d'^pic^a k cdnes verts et d'^pic6a k cones rouges {\) ? Le temperament de ce dernier n*est pas sans une certaine analogic avec celui des sujets k feuillage jaune. II n'y aurait d'ailleurs rien que de naturel, puisque les graines du commerce sont rdcolt^es dans les stations ou les deux vari^tds sc rencontrent en melange.

Le pin d'Alep reussil^ par voie de plantation comme par voie de semis, dans les conditions de sdcheresse qui seraient fatales k toutes Ics autres essences ; il lui suffil de quelques pouces Carres de terre pour qu'il puisse s'installer. Sa v^g6tation est assez rapide pour qu*on metle en place des plants d*un an.

(1) Brenot, Hemarques Mur les deux variilin de Vipicia commun, Paris, Imprimerie nationalc» 187K. {Revuedes eaux ef /br^<«, juillel 1870.)

410 LBS PBUPLBMBNTS AHTinClELS.

On ne planle gu^re le pin maritime <[ue pour regarnir les semis directs dont la r^ussite est incomplete. On prend alors les jeunes sujets k replanter sur les points voisins les mieux foumis : Top^ration n'offre d'ailleurs aucune difficulte si Ton n'emploie que des plants kg6s d'un an ou de deux ans au plus.

Soins k donner aux plantations. — Lar^ussite des plants mis en terre n'est pas toujours assuree, mSme apres une saison de bonne vdg^tation ; plus les sujets sont forts, plus il faut de temps pour qu'on puisse r^pondre de leur avenir, et la pdriode de crise qui accompagne tout deplacement d'un sujet, dure, en moyenne, deux ans pour les basses tiges et trois ans, au moins, pour les hautes. Quelles que soient done les precautions prises, on est expos6 k voir disparaltre un certain nombre de plants pendant les premieres ann^es et Ton doit considerer la reussite comme bonne, si ce d^chet n*atteint pas 10 p. 100; pour ^viter les clairieres, il faut remplacer les manquants des i*automne qui suit T^poque de la plantation. On facilite le travail, si, avant de mettre les ouvriers en chantier, on parcourt avec soin toutes les surfaces, pour y compter les pieds manquants et en marquer la place par des fiches apparentes. En general, il est bon d'employer des sujets de meme essence et de meme taille que ceux qu'il s*agit de remplacer ; cependant, si Ton a tard6 plusieurs annees avant de proc^der a cette operation, le mieux sera de profiter de Tabri existant pour introduire dans les places les plus claires quelques pieds d'essences d'ombre.

Dans les stations fraiches et humides, les basses tiges des esp^ces a croissance lente, celles d*6picea notamment, sont exposees a Stre etoufT^es dans les herbes ; il est indispensable de nettoyer ces plantations etTon procdde alors d'unemaniere analogue a celle qui a ete indiqu^e plus haut pour les semis. Si, n^anmoins, au lieu d'arracher les herbes a la main ou de les couper a la faucille, on les enleve k la houe, en donnant une 16gere culture au sol, on assure la reprise des sujets ainsi prot^g^s, en activant leur vegetation d'une fagon tout a fait exceptionnelle.

La pioche sert encore k butter, au prin temps, les tiges

d^chauss^es par les gelees de Thiver. Ce travail est pr^cis6men! facile dans les terres abandonn^es par ragriculture, ou rinsuffisance du tapis herbac^ rend plus frequent ce genre de dommage. D'ailleurs, Temploi des pierres en couverture pr6vient le ddchaussement et Tenvahissement des herbes.

Le recepage des plants, au moment de la plantation, est une mutilation que rien ne justifie, lorsqu'on opere sur des sujets bien conform^s et bien 6quilibr^s ; les brins de deux k trois ans sortant de p^pini^re ne doivent jamais avoir besoin d'etre rec^p6s. En effet, le plant ddplac^ subit une forte crise ; il n*a pas trop de toutes les ressources qu'il renferme pour Taider a la supporter ; a quoi bon, d6s lors, le priver de la reserve alimentaire contenue dans sa tige ? Pourtant, quand il faut utiliscr des plants sauvages, mal ^quilibr^s, pourvus d*un mauvais enracinement, il est souvent utile de les rabatlre plus ou moins; de meme encore, dans des stations tres seches ou Tessentiel est de diminuer T^vaporation, on pent etre conduit k restreindre la surface de Tappareil foliac^ en sectionnant la tige ou les rameaux; mais ce ne sont Ik que des cas particuliers, et cette pratique ne doit pas Hre ^rig^e en principe.

Au contraire, le recepage d'essences feuillues plant^es depuis quelques ann^es, dont la reprise est bien certaine, mais qui restent languissantes, qui ne poussent pas de t6te, donne les meilleurs resultats. L'op^ralion est trop souvent negligee et c'est ainsi que Ton voit des chines ou des charmes bonder ind^finiment, se recoqueviller sur eux-mdmes, k la fa^on des v^g^taux gcles ou abroutis par le b6tail : un coup de serpe ou de secateur remplace ce mauvais buisson par des rejets vigoureux. Toutefois, il ne faut jamais rec^per les sujets plant^s sous un convert, quelque l^gcr soit-il.

Enfin, on 6vite tout recepage si, aux chenes et aux charmes, on a eu soin de m61anger des pins, des m^lezes, des ^pic^as ou des bouleaux, qui forcent leurs compagnons k s^^lancer 8*ils ne veulcnt 6tre dominds.

La iaille des essences feuillues pendant les ann^es qui suivent la plantation n^est pas k recommander en principe ; elle

412 LES PEUPLBMENTS ARTIFICIBLS.

ne doit etre pratiqude que ires sobrement ct avoir, pour chaque individu^ un objectif precis : supprimer, parexemple, une fourche naissanle, couper une branche horizontale qui s*allonge d^mesur^ment ou line autre qui se redresse pour former une double cime. II ne faut pas poursuivre autre chose; c*est en vain qu*o.n demanderait k la taille de faire filer les sujcts qui lui sont soumis ; Toperation ralentit plutot la croissance. A plus forte raison ne faut-il jamais elaguer les conifdres, en dehors des cas suivants : quand, au moment ou un jeune plant resineux prend son essor, il lui pousse deux ou trois fleches, on fait choix de la plus belle de ces pousses et on rabat les autres ; — de meme, quand les pins noirs d'Autriche se bifurquent k 2 ou 3 metres au-dessus du sol, il est bon d'enlever, de suite, une des deux fleches avec un echenilloir; plus tard, la section ferait une plaie de mauvaise nature ; dans ces deux cas, au lieu de couper le rameau rez-tronc, il vaut mieux eteter la pousse de Tannic, ou simplement casser le bourgeon terminal ; — on voit quelquefois la tige des jeunes sapins transplantes se couvrir, au niveau d*un ou de plusieurs entrencBuds, de v^ritables branches gourmandes, qui montent parallelement k Taxe principal en s'insinuant entre les branches plus kgees : les briser k la main ou les couper; — M. Mer (1) indique la possibilite d*activer Tallongement des jeunes sapins par Tamputation ou le raccourcissement des branches basses, qui s'etalent parfois d'une fagon exageree; nous n*avons jamais proced6 k ces amputations completes, mais tres souvent nous avons coupe I'extremit^ de ces longs rameaux s'etalant a quelques centimetres au-dessus du solet qui semblent concentrer toute I'energie vitale d'un sapineau : toujours nous avons obtenu d'excellents r^sultats; — enfin, quand un accident a rompu ou froisse la fleche d'un jeune resineux, il ne faut pas h^siter k faire une section en dessous la blessure, avec Tespoir de voir une nouvelle pousse se substituer k Tancienne.

Certes, tons ces soins sont bien minuticux et leur applica-

(1) Mer, Moyend'sictiver Vallongement des jeunes sapins. (Revue des eaux et fordts, 1890.

PROGl^DES SPEGIAUX DB BOISEMENT. 413

tion dans des reboisements de grande ^tendue seraii d^autant plus on^reuse qu'on ne peut en confier rex6cuiion qu*k des ouvriers ir^s soigneux. Si done nous en avons parl6, c'est quails peuventint^resser le garde qui, au cours de ses tourn^es, trouve du plaisir k rendre meilleure la situation de quelques plants, ou le propri^taire qui ne craint pas d'utiliser ses loisirs en veillant sur ses 6pic^as comme un amateur taille ses espaliers. Mais, nous le r^p^tons, dans des boisements importants, le plus simple sera de laisser agir la nature, et de faire tomber, dans les d^gagements de semis et les ^claircies, les sujets d^fectueux.

Les depressages sont moins urgents, sans doute, dans une plantation que dans un semis bien rdussi, — du moins, si Ton a adopts entre les plants un espacement au moins ^gal k un metre. Mais, quand le cas se pr6sente, il ne faut pas h^siter a procdder k Topdration.

ARTICLE IV

PROG£d£S SP£GIAUX de BOISEMENT

Les boutures. — Les plan^ons. — Les marcottes.

Les boutures. — La multiplication par bouture ne concernc qu'un petit nombre d'essences indigenes appartenant toules k la catdgorie des bois tendres, notamment : les saulcs ct les peupliers.

Commc boutures^ on choisit des branches lisses, longucs de 75 centimetres k 1 metre, Agt^es de un k trois ans, dont on retranche les rameaux latdraux en ayant soin de ne pas endommager Tdcorce ; la section infdrieure de la bouture est taillee en biscau, k quelques eentim^tres au-dessous d*un bourgeon. Les rameaux ainsi prdpards sont enfoncds en terre jusqu'aux deux tiers de leur longueur, de telle fa^on qu*il rcste en dehors trois ou quatro yeux bien formds. Plus le sol est sec, plus les boutures doivent 6tre plac«^es profondement, et c*est en leur donnant une direction oblique qu*on a le plus de chance de rdussite. Les boutures reprennent d*autant mieux qu*elles sont mises en terre plus

414 LBS PEUPLEMENTS ARTIFIGIELS.

vite apres avoir 616 couples ; cependant, comme, le plus souvent, elles doivent etre pr^par^es k Tavance pour Sire transport^es au lieu d'emploi, il faut les preserver contra la s^cheresse en les conservant dans Teau, ou, mieux encore, en les couvrant de terre dans un lieu frais et expos^ au nord, de faQon k retarder autant que possible leur v6g6tation ; car, des que les bourgeons evoluent, il est trop tard pour les mettre en place.

Quel que soit Tetat d'ameublissement de la terre, on ne doit jamais enfoncer directement les boutures dans le sol ; afin de ne pas detacher leur ^corce, il faut les introduire dans un trou ouvert k Tavance soit avec un pic, soit avecune barre k mine ; elles sont ensuite consolid^es par un tassement convenable. Dans les terrains Ir^s exposes au dechaussement par la gelee, il est prudent de disposer les boutures tres obliquement, presque horizontalement, pour qu'elles ne soient pas rejetees hors de terre.

Les plangons. — Les plan^ons ne sont autre chose que de fortes boutures de 1",50 k 2 metres de longueur et pouvant avoir jusqu'^ 5^6 centimetres de diametre. lis sont prepares et mis en terre de la meme fa^on que celles-ci et, quelle que soit leur grosseur, il ne faut jamais les frapper pour les faire entrer de force k la profondeur voulue. Les trous auront un calibre suffisant pour que le plan^on puisse y glisser librement ct, pour assurer la reprise, il est utile, apres la pose du planQon, de remplir le vide avec de la terre meuble et de bonne qualite.

Le mode de repeuplement par bouture est de beaucoup le plus economique; il ne pent malheureusement etre utilise que dans les terrains frais et humides et convient surtout pour fixer les berges des torrents ; dans ces conditions, les plangons, employes comme piquets de clayonnages, prennent racine etconstituentdesbarrieres vivantes des plus utiles pour la solidity et la dur^e des ouvrages.

Les marcottes. — Le marcottage des branches basses d*un arbre ou des brins les plus ext^rieurs d'une c^p^e permet de faire rapidement gagner du terrain k un centre de vegetation existant. On pent encore, de la maniere suivante, obtenir

LES ESSENCES DE BOISEMBNT. 4l5

des sujeU susceptibles de transplantation : il suffit de recouvrir le pied d'une jeune c6p6e d'une bulte dc terre de 15 2i 25 centimetres de hauteur et dans laquelle les jeunes rejets en croissance prennent racine au-dessus de la souche ; deux ou trois ann^es apres, en rompant la butte, on trouvera autant de tiges enracin^es qu*il y avait de rejets ; d^tach^s au niveau de la souche, ils pourront etre mis en terre k la fa^on des brins de semence. Si Ton prend la precaution de faire une l^gere entaille au pied des rejets dans la region enterrde, on facilitera revolution des racines.

On sait d*ailleurs que la marcotte fournit un tres petit nombre de sujets relativement k celui des pieds 6talons. En foret, elle n*est employee que pour remplacer les souches us^es dans les taillis furet^s ; elle est au contraire trds en faveur dans les travaux de boisement pour diminuer, dans la mesure du possible, les frais de plantation, dont le prix est d'autant plus eiev^ que les conditions de reprise sont plus difficilcs.

ARTICLE V

i. U^N^nALIT^S.

Choix des essences. — Caract^res de la for^t artificielle.

Choix des essences. — Quelles essences employer dans les boisements? La question est des plus complexes, tant est grande la variety des circonstances de temps et de lieux, la diversity des services demand^s k Tentreprise.

Aussi, quel que soit le but poursuivi : foret de rendement ou de protection, boisement temporaire ou deOnilif, avant de rien decider, faut-il se rendre compte des faits.

Caractires de la torM artificielle. — Quiconque veut

boiser doit toutd*abord se mettre moralement au point ; c^est- ^-dire depouiller le « vicil homme », dont Tesprit est hante par l*6volution rapide des cultures usuelles : semer aujourd*hui, r^colter demain. Car la foret est un au-deU, dont Tavenir

416 LBS PEUPLEMENTS ARTIFIGIELS.

lointain correspond k une p^riode d'enfantemeni d'auiant plus loDgue que les surfaces k meltre en valeur soni ellcsmSmes plus pauvres ou dans un 6lat de degradation plus avanc^. En toute situation, il faut compter sur le temps, qui*, travaille gratuitement, afin d*epargner Targent, qui fonctiohne k int6r6ts composes.

D*autre part, quels que soient Ics regions et les procedes employes, on constate que tout peuplement cr^d de main d'homme ne conserve pas la composition simple et Taspect uniforme qu*il doit k son origine artificielle. Bientot, la nature intervient pour reprendre ses droits : un veritable travail de reconstitution s*opere (1), la flore et la faune se modifient en meme temps que le sol prendla consistance de terrek bois.

On voit ainsi les massifs se modifier lentement pour se rapprocher sans cesse des types spontan6s ; alors seulement que cette forme derniere sera bien acquise, on pourra consid6rer le sol comme rendu k la production forestiere; car, on ne saurait trop le r^peter, la foret naturelle est seule durable : adapt^e au sol et au climat, elle porte en elle les remedes contre les maux qui peuvent Tatteindre; elle s'est installee en depit de ses ennemis et sait au besoin les combattre et les vaincre. Qu'il s'agisse de boisements, de brousaillements, d*enherbements, la loi reste la meme ; elle domine toutes les situations : meconnaitre ses elTets serait tenter une aventure.

Si cette metamorphose contrarie parfois le but dconomique poursuivi, du moins a-t-elle, au point de vue forestier, un effet doublement heureux :

\^ elle remplacc le peuplement pur et uniforme, constitue le plus souvent a Taide d'especes plus ou moins d^pays^es, par des individus des longtemps accoutum^s k la station, c'est-adire plus resistants k tous 6gards ;

2° elle transforme lentement un sol quelconque en cette chose toute speciale et complexe qui constitue la terre a bois.

Ajoutons enfin que, si Ton fait une culture ligneuse temporaireetsanss'inquieterderavenir, onpeut, ii]arigueur, sacrifier quelques principes, tandis que la creation d*une foret perma-

(1) P. Fliche, Un rcboisement {Annales de la science agronomique frangaise et itrangire 1888).

nente est toujours 8ubordonn6e k la stride observation des r^egles culturales : faire une for^t solide, se r6g^n6rant par la yoie naturelle, et cela avec le moins de frais possible, tel est le but & atteindre. .

.Ceci ^tant admis, nous allons passer en revue les principales essences indigenes, en indiquant sommairement le parti qu'on peut tirer de chacune d'elles, tant kV6isit pur qu'^ Tdtat m^lang^; nous renvoyons d'ailleurs au Cbapilre II pouf tout ce qui concerne leur temperament et leurs allures forestieres. Puis, nous donnerons quelques dtHnils sur les especes exotiques introduites jusqu'k ce jour, en appr^ciant les services qu'elles sont appeldes k rendre.

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