‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 59 sur 67 · LES ESSENCES INDKiflNBS · texte numérisé non relu

LES ESSENCES INDKiflNBS

Essences r^sincuscs. — Essences feuillues. — Les mc^langes.

Essences r6sineuses. — Les essences r^sineuses se recommandent tout d'abord par leur frugality. EUes prennent vite possession du terrain el fournissent k courte dch^ance des produits marchands : echalas, perches k houblon, ^lais de mine, poteaux t^legraphiques, bois de raperie ou de boulangerie. Les especes de lumiere : pin sylvestre, pin maritime, pin d'Alep, m^lezo, opic^a, — ajoutons meme le pin laricio noir, originaire d'Aulriche, et qui se comporte chez nous k la fagon des espdces spontant-es, — sont toutes a notre disposition. Nouspouvons choisir. Souvent meme, alorsque les ressourccs locales seront insufOsantes, nous nous adresserons a des formes e tran gores i la contree; niais rexporienco de lous les jours^ tend «'( restreindro le nombrc de ces auxiliaires. Sachant que le dernier mot reste a la nature pour arreter la situation d6fini-' tive, on ne fait usage que des especes les plus communes^ les plus rustiques, de cellos enfin, qui, douiSes d'une faculty d'accommodation suffisanto, permettent de roaliser au plus t6t, et' au moilleur marcho, le premier (^ tat boisi^ quo Ton cherchej C*es( ainsi, quo, sur tout lo torritoire de la Franco,* le pin: svlvoslro s^insLillo facilemont dans los sols ardnac^s 'de* lal

Hoi'PB et Jo!.M T. ii'

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plaineet de la basse montagne, — le pin noir dans lessols calcairOB, sees, peu profonds de ces mdmes stations, — le meldze dads lek lieux bien 6clair6s et bien a^i^s, — T^pic^a en toutes contr^es fraides et fraiches, — le pin maritime sur les sables siliceux du littoral, — le pin d'Alep sur les rochers calcaires d€ la Provence, — le pin de montagne dans les tourbieres alpestres, etc...

Ajoutons k ces grandes lignes quelques remarques d'ordre plus special :

Sous le climat parisien, le pin sylvestre pousse encore assez vigoureusement dans les argiles, pourvu qu'elles ne soient pas trop compactes; et, dans les terrains calcaires eux-memes, sa croissance, pendant la jeunesse, est plus rapide que celle du pin noir ; cependant, nous lui pr^^rons ce dernier, dont le convert plus dpais et les detritus plus abondants am^liorent rapidement la fertility du sol.

Epic^a et m6leze acceptent toutes les terres, bien qu'ils pr^f^rent naturellement les meilleures. On doit, n^anmoins, donner la plus grande place k T^pic^a qui est beaucoup plus facile k manier : sans doute, le bois du m^l^ze se recommande entre tons, meme dans les stations basses; mais, employee en masse, sous un climat trop chaud pour elle, cette essence est sujette k des maladies qui rendent sa vie pr^caire.

Dans les regions m^ridionales, concurremment avec le pin sylvestre et le pin noir, se pr^sentent le pin maritime et le pin d*Alep. Si ces deux essences acceptent des sols ingrats, elles sont sensibles au froid ; il est done toujours dangereux d'en tenter Tintroduction au nord de leur aire d'babitation. Les d^g&ts de rhiver 1879-80 ont H6 une dure le^on pour les propri^taires des pignadars de la Sologne et de la Normandie,

Sous les climats franchement montagneux, dont on connait le caractere, on utilisera, suivant les cas : le m^leze, T^pic^a, le pin de montagne et le pin cembro.

Essences teuilluea. ^— En g^n^ral, la mauvaise qualite des tierres incultes et sauvages que Ton rend k la foret, aussi bien que le plein d^couvert ou Ton op^re, limitent k]nn petit noipbre d*esp6ces le choix k faire parmi les feuillus. Le boulean, I'aune et le saule marceau crnviendraient k peu prds

souls pour constituer la masse d*un boisement; encore, ce dernier ne pourrait-il Stre utilise, concurremment avec de nombreux arbusies et arbrisseaux, que pour servir de premier abri dans les cas difficiles ; — Taune s'emploie dans les sta<^ lions fraiches ei meme mouilleuses ; — le bouleau un peu partout, k cause de la facility de sa reprise et du bon march^ des plants ; mais ce n*est pas une raison pour en trop g^n^raliser Temploi, car les r^sineux en meme situation prennent plus de valeur que lui.

Kn sol frais et profond, le choix est moins limits; car toutes les essences de lumidre qui prosp^rent dans les forets voisines peu vent Stre employees. Parmi celles-ci, le chSne se recommande entre toutes, non seulement par les qualit^s de son bois, mais encore par le bon marche avec lequel il est facile de Tintroduire par voie de semis dans les terres qui le comportent et plus particulierement dans les champs abandonnas par Tagriculture. Les autres ne peu vent guere etre employees sur de grandes surfaces qu*en forme de melange et nous allons voir dans quelles conditions.

Les melanges. — Le melange des essences dont nous avons constats les bons offices dans les vielles forets en 6tat de rendement (page 113), retrouve son utility, pour des motifs semblables, dans la foret naissante (\).

Bien que, — nous venons de le voir, — la composition initiale de la foret artificiclle se modide sans cesse, il est cer* tain qu*en jetant, des les premiers jours^ sur un sol nu, des Elements varies, nous donnons k la nature un plus grand choix de mat<^riaux, quVUe faconnera k son gr^ et, le plus sou vent, au mieux de nos intdrets (Rg. HO).

A un fond d'une esp^ce donn^e, choisie comme la plus avantageuse economiquement, nous en associerons d*autres; nous adjoindrons, par exemple, des pins et des m^Idzes k une majoritc^ d*6picea8 ou inversement. Mais il sera surtout excellent de m^langer feuillus et rdsineux. Les essences de lumiere, les seules donl il ait 616 question jusqu*^ present, nousolTrent

.1) MiUngeM natureU et ariificieU^ par R. B. — Traduit du Joartutl suisaed'iconomie forutiire^ par P. Poirot, ^\bve dc Tlu^ole forestiire. Revu€ den £aox et ForMt^ mars 1900K

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d^jk les elements d'un grand nombre de formules : rien n'empSchCf si le sol est profond, de jeter quelques glands dans une plantation r^sineuse, de disseminer des charmes dans les parties fraiches, des bouleaux dans les interlignes des sols les plus pauvres, etc. ; toutefois, en ce qui concerne le bouleau, on doit se m6fier des dommages qu'il cause aux r^sineux^ quand, par les grands vents, ses rameaux greles viennent fouetter les cimes de leurs voisins et en briser les bourgeons, ^fy

Puis, dans la solution du probleme des melanges, les essences diss^min^es et les essences d'ombre sont appelees, k leur tour, k nous venir en aide. Dans Timmensit^ des surfaces k reboiser, il y a place pour tout le monde : c*est pr^cis^ment le talent du metteur en oeuvre d'y loger chacun chez soi.

Se rencontre-t-il, par exemple, quelques poches de terre, plus profondes et plus fertiles que Tensemble, les frenes, les ormes sont tout d^signes pour les occuper. Dans quelles proportions ? c'est affaire de fantaisie et de convenance de la part du proprietaire ; mais il conviendra rarement de depasser le chiffre du dixieme. Partout, — et dans la meme mesure, — des places seront r^serv^es, Qk et 1^, aux grands Arables, principalement au sycomore.

Un r61e different est d^volu aux essences d'ombre. On sait qu'elles ont, en general, le convert epais; on connait enfin leur tendance envahissante et leur faculty de resister sous le convert : toutes qualit^s dont on doit tirer parti au profit de la foret k venir. Leur introduction est chose peu malais6e quand on y met de la patience, vertu dont il faut toujours ^tre arni6 dans une entreprise d'aussi longue haleine que la creation d'une foret. Ainsi, des le d^but, et partout ou le climat le comporte, on profite de tons les abris qui se rencontrent sur les surfaces a travailler : touffes de gen^vriers, buissons d'epines, haies, rochers, murs, versants rapides sont une occasion de planter, k leur ombre, au Nord, quelques pieds de hetre ou de sapin ; les grosses pierres, les quartiers rocheux sont surtoutprecieux, carils entretiennent un ameublissement et une humidity dont profitent les racines des plantes les plus voisines; si, comme cela se presente dans certaines regions, notamment en Franche-Gomte, les friches sont entrecoup^es

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par cea longues bandes de buissona appelees dea Usieres, on profitera de leur abri du c6l^ Nord pour faire une ou deux

lignes il'cspdccs d'ombrc, la plus vuiaine de I'abri, en sapin, la teconde, on holre; ailleum, cc sera autre chose, le princjpe

LEH PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.

resiant le meme. Plus tard, quand le moment est venu de combler les vides, on remplace les manquants de la premiere heure par des sujets d*ombre. Plus tard encore, une fois le massif constitu<§ k V6iai de perchis, on peut, sous son couvert, cr^er un sous-bois en essences d'ombre. Tout cela est facile, il suffit d*y penser et de vouloir; car, les jeunes plants de hetre et de sapin eleves en pepinikre et bien constitu^s sont plus accommodants qu'on le suppose g^n^ralement ; et, pour peu que Tattitude et le climat s'y pretent, ils ne sont pas r^fractaires aux terrains nus ; il en est ainsi dans touie la zone parisienne a partir de 300 metres d'altitude, des que la moindre broussaille donne un peu d'abri; k plus forte raison en montagne, dans les genets et les fougeres. Sous les climats plus m6ridionaux, il faut renoncer a ces deux especes et le ch&taignier peut avantageusement les remplacer ; en sol sableux,il croit k merveille sous Tombrage des pins, dont il abrite le pied, en les preservant des invasions d'insectes.

A chaque pays sa for^t. Cherchez vos auxiliaires et vous les trouverez ; et si, ce dont nous doutons fort, la flore indigene ne vous donne pas pleine satisfaction, la flore exotique sera pour vous une supreme ressource.

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