‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 61 sur 67 · LES BOISEMENTS FACULTATIPS · texte numérisé non relu

LES BOISEMENTS FACULTATIPS

a. Les amdliorations en fordt : considdralions generates. — Applica- UoQS dans les futaies ; — dans les taillis.

Considirations ginirales. — Bien que la r^g^n^ration naiurelle soil la base de tout traitement rationnel des for^ts, il faut lui veoir en aide dans bien des cas. En effet, quelle que soil la m^thode appliqu^e, des accidents de force majeure, des situations particuHerement difficiles, des abus de jouissance, des operations mal raisonndes peuvent d^grader les peuplements et en faire disparaitre les bonnes essences : ce qui conduit k les reconstituer par des proced^s artificiels.

Mais, avant d^avoir recours h ces moyens extremes, tou* jours tres codteux etdontlesr^sultatssontsouventincertains, on doit, sous peine de travailler en pure perte, se rendre un coiApte exact des faits qui ont amend la degradation, pour en faire cesser immddiatement les causes. C*est ainsi que, suivant les cas, il faut : changer le regime appliqud; regiementer le p&turage ou m6me le supprimer completement ; rajeunir les parties sans avenir ; ou encore, augmenter la durde des revolutions trop courtes et reformer les balivages defectueux. Quand, ces remcdes dtant inefficaces, des repeuple* ments artiOciels s'imposcnt, il y a toujours lieu de les execti* ter avec la plus stricte dconomie.

Lorsqu*il s*agit de rdintroduire une espece precieuse dans un peuplement d'ailleurs complet, on doit utiliser toutes les ressources que prdsente le massif k amdliorer; en gdndral, il suffira de disposer convenablement une faiblc minority de sujets dans la masse des tiges naturelles. L'important est alors de mettre les nouveaux venus dans des conditions telles quails se raccordent le plus t6t possible avec leur entourage* II est clair que, pour qu'il en soit ainsi, le moment le plus favorable coincide toujours avec la naissance du peuplement k soigner : c'est-&-dire avec Tdpoque ou Ton y provoque une rdgdnc^ration, soit par la semence, soit par rejets.

UorrE ct JoLYBT* 2K

43 i LES PEUPLEMENTS ARTIFIGIBLS.

Exceptionnellement, lorsqu'on veut cr6er par voie artifificielle des sous stages dans des massifs rdguliers d'essences de lumiere, il faut procdder quand, ce peupjement 6iant a r^tal de perchis, on vient d'y praliquer une eclaircie avec extraction de toutes les tiges surcim^es, — qu'on pent faire disparaltre sans arriere pensee, puisque leur temperament les condamne k une mort prochaine et qu'on vales remplacer par des essences d'ombre. Le sol estalors en bon 6tat de conservation et, quel que soit le moyen employe, — semis ou plantation, — les sujets introduits r6ussiront k merveille sous le couvert du peuplement principal.

Enfin, quand il s'agit de vides ou de clairieres, il est d'une bonne administration de les repeupler imm^diatement, afin de remettre aussitot que possible le sol en etat de production.

Applications dans les futaies. — Si, la semence etant fournie en quantity suffisante par des porte- graines convenablement repartis, le sol degrade n'est pas en etat d'assurer rinstallation du semis naturel, toute la d^pense se borne k la preparation du sol par des crochetages; nous avons insiste dans le chapitre VI, pages 185 et suivantes, sur Turgence et les bons r^sultats de cette pratique.

Si, au contraire, les porte-graines font defaut ou que, pour tout autre motif, la regeneration naturelle soit incertaine ou impossible, il faut semer ou planter. Dans un peuplement mis k Tetat d*ensemencement, le proc^de par voie de semis est tout indiqu6, puisque toutes les conditions favorables sont reunies pour assurer la germination des graines, — qu'elles soient apportees du dehors ou dissemin^es naturellement.il suffit de determiner les espaces aiTectes k Tespece a introduire et de disposer les semences de fa^on k obtenir, soit le melange intime, soit le melange par places ou par compartiments plus ou moins etendus. La plantation par mottes pent d*ailleurs Mre assimil^e au semis quant k Tage, ou, pour mieuxdire, k la situation du peuplement dans lequel on opere.

Gertaines circonstances locales s'opposent k Temploi du semis. II en est ainsi quand la semence de Tespece a introduire fait defaut, ou bien quand ces semences sont exposees k la voracite des animaux : sangliers^ mulots^ pigeons ramiers*

sasi

pour les glands et les faines, — oiseaux granivores, pour les especes r^sineuses : il est toujours imprudent, par exemple, de semer en foret des glands ou des faines apportds du dehors pendant le cours des ann^es ou les chines et les h^tres n*ont pas fructiBe dans la region. II faut alors planter des sujcts aussi jeunes que possible, afin de r6duire les d^penses k leur minimum.

De m^me, on est oblig^ d'avoir recours k la plantation pour terminer des regenerations acquises dans Tcnsemble, mais que la nature a laiss^es incompletes ; en effet, le plus souvent, on ne constate ces insuffisances que quand le sol est d6}k plus ou moins degrade sur les espaces k regarnir. II est alors trop tard pour semer, et Ton plantera des sujels dont la force sera proportionn^e k cellc des semis naturels qui les entourent. II faut tenir compte de ce fait que le semis r^ussit micux dans les sols m^diocres que dans les terrains fertiles, oil les jeunes sujcts naissants sont exposes k 6tre envahis et etouilcs par une abondante vegetation herbacee.

Les espaces k repeupler artinciellement dans les futaies jardinees se presentent, le plus souvent, sous forme de vides ou de clairieres ; comme tels, ils scront remis en etat le plus promptement possible, par les procedes gendraux les plus economiques adaptes aux exigences de la station.

Applications dans les taillis, — Dans les taillis composes, les repeuplements artificiels doivent etre executes dans le meme esprit que les degagements de semis, c*est-&-dire localises sur les points ou Tetat de la reserve demande une amelioration. Aussi, dans la majorite descas, fau(-il planter avcc grand soin, dans un sol bien prepare, des sujets assez forts pour resister k Tetreinle des rejels. Faire peu, mais ne rien negliger pour bien faire, tel est le principe dont on ne doit jamais se departir. Pour tenir compte du dechet, il est toujours prudent de ne pas planter des brins isoles, mais de les reunir par groupes de 4 k 8 individus, convenablement espaces. Puisque Tobjectif est ici de creer des ressources pour les balivages futurs sur les points oil la reserve presente des lacunes, ce sont toujours des especes de lumiere ct notamment des chdnes qu'il s*agit d*introduire ;'suivant les cas, ormes.

436 LBS PEUPLBMENTS ARTIFICIELS.

frenes, ^rables^ peuvent elrc associ^s ou subsiilues aux chines. Les plantations seront done faited en plein d^couvert, immediatement aprds Texpiration des d^lais fix^s pour Tenlevement des produits. G'est d'ailleurs k cette 6poque qu^on pent le mieux juger, en constatant T^tat de la reserve, de la nature et de rimporlance des travaux a ex6cuter. Un proced6 simple et economique consiste a faire ces plantations sur les emplacements des souches concedees sous forme de menus produits ; les places de loges ou d'ateliers, les places a charbon, les chemins temporaires peuvent 6galement etrc repeupl^s a peu de frais. Ces menus travaux suffisent, daps la plupart des forets situees en bon sol, pour entretenir la richesse du taillis en essences pr6cieuses et pour assurer le recrutement de la reserve.

Mais les plantations ne sont profitables que si V on vient periodiquement les degager dans la m^me forme que les semis naturels ; les deux operations sont solidaires Tune de Tautre. Et si, en faisant ces d^gagements, on prend la precaution de donner une legere culture au sol autour des brins plant6s, on leur assure une vigueur telle que Ton pourra souvent les reserver comme baliveaux a la fin de la revolution au debut de laquelle ils auront et6 introduits.

N^cessairement ces degagements sont onereux; aussi, tout compte, est-il preferable de planter des moyennes ou des hautes tiges. Quelques sujets bien soignes couteront, en definitive, moins cher que les milliers de basses tiges jetees sans soin et au hasard, et dont Tentretien sous forme de degagements n^cessite, en meme temps que des frais ^normes, une perte de production considerable. II ne manque pas d'exemple de ces plantations negligees dont le profit a ete nul pour la foret.

On suit des proc^d^s analogues dans les taillis simples reguliers, soit pour y combler les vides, soit pour y ramener les bonnes essences, — notamment le ch^ne dans les haies k ecorces.

Dans les taillis simples furet^s, ind^pendamment des semis et plantations, on a recours a la marcotte pour remplacer les c^pees mortes de vetuste.

SB

L\ MISE EN VALBUR PAR LE BOISEMENT. 437

b. La mise en valeur des terres arables abandonndes par ragricnltore : conditions du d^classement. — Les proc^d^s de boisement. — Boisements sp^ciaux. — Arboriculture fruiti^re. — Les t^tards; les arbres d'^monde et les ramilles-fourrage.

Conditions du diclassement. — Les motifs qui engageni k restituer k la forel les terres autrefois livr^es k Tagriculture se rattachent k des questions ^eonomiques ; telles sont : Tabondance de la terre arable, le prix 6\ev6 de la main d'oeuvrc, la raret^ des fermiers, etc... Gcs causes sont d'ailleurs purement locales, souvent meme passag^res. Ainsi, dans une province riche en terres fertiles, franchement agricole, ou la main d'oeuvre est chere, oil les bois sont rares, on sera conduit economiquement a abandonner comme Irop mauvaise, telle terre, qui, dans une autre region moins bien partag^e, serait encore consider^e comme d*une culture avantageuse.

Quoi qu*il en soit, avec la culture intensive que Ton poursuit k Taide des engrais min^raux, T^tendue des surfaces emblav<^es diminue tons les jours et la contenance des terres disponibles augmente d*autant. D'ailleurs, on a pu dire avec raison que « meme sur un sol fertile, la foret pent lutter, parfois avec avantage, contre le champ cultiv^ » (1). M. HiifTel cite Texemple de la ferme de Dombasle, connue par sa bonne exploitation, qui donne a son propri^taire un revenu net de 40 francs par hectare, tandis que la foret communale de Pontk-Mousson (Meurthe-et-Moselle), qui lui est contigue ct traitee en tail lis sous futaie, rapporte 00 francs par hectare et par an.

Les procMis de boisement. — L*ancienne culture agricole est toujours une excellente preparation pour le reboisement. Elle a d'ailleurs des consequences pratiques qui influent sur le choix des m^thodes k employer :

1® le sol est debarrass^ de la vdgtMation sauvage et meuble, ce qui rend possible le boisement par semis direct ;

2"* 11 est facile k travailler et suffisamment profond pour permettre Temploi de la charrue avec cultures en plein ;

(1) G. HulTel, Sols foresUerM el 9ols ugricoles. Nancy, iroprimerie ccntrale, 1H94.

438 LB^ PBUPLBKBNTR ARTIKICIBLS.

3° souvent il conserve ei^core assei de la fertility due aux .anciennes avances pour qu'oa puisse associar une plante agricole aux essences forestieres : une plante sarcl^e avec le chSne, — une c^r^ale de prinlemps avec les r^smeux. La r^colte en grains ou en pomme de terre paie une bonne part des frais de semis.

M. Henry (1) cite, k tilre d'exemple, le d^compte suivant des d^penses et receltes d'une pareille exploitation dans une region calcaire de la Meuse :

A. Dipensei.

pir hectare.

Labour dauUnnne A quatre chevaux, suivi d'une

Wgferc fa^on au printempg 70 /r,

Avoine de semaille, 11^ kilogr 10

Greine de pin, 10 kilogr 50

R^pandage & la vol^e de t'avoine et de la graine de

Hersage et roulage 18

FraU de r^colle de I'avoine 30

ISOfr.

B. Reeelle$.

14 hectolitres d'avoine 112 fr.

1 000 kilogr, de paiUc 30

li2 fr, EzcMent des ddpcnses : 190 — H2 = 48 francs par hectare (3). Dans les terrcg profondes, froides, argileuses sans trop de compacit^, on donne la pr^f^rence au chSne. On le s^me en Hgoles et, entre les lig'nes, si Ton ne plante pas des pammcs de terre, on lui assocle des esp^ces k croissance rapide lelles que saules boulur^s, ou aunes plant^s. Les grandes especes diss^minees formeront aussi un utile melange.

D6s que, la profondeur faisant dcfaul, la secheresse est k redouter, on choisira parmi les resineux I'espece la plus convenable k la station. Ces derniers sont, tantdt plant^s par potets, tant6t sem6s en plein ou en bandes, Les essences

(1) Ueai-y, Un reh<n.'<cme„l :, ho„ nu,rcl,-} . /(ci'ue dex Eiiux el fortd, I'-'juin 1SO0).

(a) Voir auBsi, pour lo EfiboiiieilMul v A bon marcli^ " : rajlicle dc M. Dufav, dans le Ball ^^jjj^g/g/^re de Fraaeht'Comli

A llelfort, d0..iuUlt>l '

feuillues diss^min6es, et les resineux autres que les especes courantes : ^picea, pin sylvestre, etc., sont loujours plan* t^es.

Ajoutons deux observations ;

1 . dans les regions infestees de lapins, les plants sont infailliblement detruits. Les semis, au contraire, ont beaucoup plus de chances de passer inaper^us ; encore faut*il que le semis soit fait en plein, les bandes indiquant a ce d^sagreable rongeur qu'il y a des d^gats k commettre ;

2. le d^chaussement est plus k craindre dans les anciennes terres agricoles que partout ailleurs. Ainsi, au mois de mars dernier, une de nos plantations a 616 tres endommagee de ce fait, et cela dans une region ou nous n'avions jamais souffert de pareil accident : mais il s'agissait d'un champ cultive en pommes de terre Tannic prdcedente, et dont la terre friable ^tait d^pourvue de toute vegetation. II sera done prudent, dans les conditions analogues, non seulement de renoncer au semis, mais encore de planter des sujets assez forts, Ages' de trois ou quatre ans par exemple ; d'ailleurs, la facility avec laquelle se creusent les potets permet de leur donner, sans augmentation de depense, des dimensions un peu sup^rieures k la normal e.

Boisements sp^ciaux. — L*6tat morceie des terres arables est le principal motif qui detourne le propri^taire d'y cr^er une fdret. Aussi, quand une parcelle a moins de 5 hectares d^un seul tenant, peut-on, tout en la reboisant, orienter sa mise en valeur vers un but special.

Quelle qu*en soit la variete, ces cultures ligneuses ont un caractere commun : les bois y sont realises k court terme et en bloc.

C'est ainsi que cela se pratique dans certaines contrees du nord de TEurope, ou Ton fait entrer une recolte forestiere dans la rotation d'un assolement agricole. A cet effet, on boise le terrain appauvri par une culture vampire en m^langeant la graine forestiere k une demi semence de c^r^ales. On donne les soins convenables au peuplement que Ton coupera k blanc etoc, entre vingt et cinquante ans. Apr^s le defrichement du terrain, on profite de son humus pour en obtenir

440 LES PErPLBMENTS ARTIFICIELS.

deux ou trois r^coltes agricoles. Puis on reboise k nouveau et ainsi de suite.

En France, on peut utiliser de la sorte le pin sylvestre, le pin noir et le pin maritime. Nous d^conseillons le m^leze, qui, meme dans sa jeunesse, ne comporte pas T^tat serre, et le pin Weymouth, bien que ce dernier soil sou vent employe k cet usage dans d'autres pays. ^

Ailleurs, on supprime Talternance des c^r^ales, et Ton fait une culture ligneuse permanente. G'est le cas des taillis de ebudriers, de robiniers et de ch&taigniers, qui donnent des cercles de futaille ou des ^chalas dans les vignobles, — des taillis de tilleul dans TAube et dans toutes les regions ou les fibres lib^riennes de cette essence servent comme matidre textile, — des oseraies, — des taillis de micocoulier, etc. Nous avons dit un mot deja de ces dift'^rentes exploitations (page 225), renvoyant au Traiiement des bois en France^ par M. Broilliard, pour les details qui concernent leur creation et leur exploitation.

Nous mentionnerons toutefois d'une fa^on plus spdciale les taillis de charme cr66s dans certains pays ou la propriety est morcelee, — sur les coteaux calcaires de Franche-Comte notamment, — par des cultivateurs qui utilisent ainsi des pieces de ter^e de quality mediocre. La m^vente des bois taillis ne les inquiete pas, car ils consomment des quantitds considerables de bois pour la cuisson des aliments destines aux betes de boucherie. Au besoin, on briile le bois de ses « buissons » et Ton vend sa part d'affouage. C'est une culture tr^s rationnelle.

- De meme se recommandent : le bouleau dans les champs sablonneux ; sa presence est peu genante pour les cultures agricoles voisines, — Taune sur les parcelles de prairies trop mouilleuses ou trop expos^es aux inondations, — et bien d'autres encore.

C'est li, direz-vous, de Tarboriculture industrielle, plut6t quede la sylviculture. Peu importe, pourvu que le sol rende. Nous irons meme plus loin dans ce sens.

Arboriculture fruitiSre. — Aiors que les c^r^ales ont baiss6 de prix, deux productions restent r^mundratrices :

la viande et les fruits. Toutes deux peuvent s*obtenir de pair : il suffit de cr^er des pAtures^vergers^ en utilisant trois choses qui ne mauquent pas en France : la terre, Teau et le soleil.

« L'arboriculture fruitiere, dit M. Ballet, est entr6e dans une voie nouvelle de grande culture et de grande production. De simple d6lassement d'amateur, elle est devenue une branche importante de la richesse rationale en approvisionnant nos marches de fruits frais, ou transform^s par Tindustrie, et en ajoutant une source de revenus a Texploitation agricole (1) ».

D*ailleurs entreles cerisiers ou les pommiers Therbe pousse abondante, et le kirsch, le cidre, le lait, le beurre se vendent toujours bien. On a dit, avec raison, que la France 6tait le « verger de TEurdpe » ; c*est ici Toccasion de le rappeler.

LesUtards; les arbres d'imonde et les ramilles-four-

rage. — Dans les prairies humides, sur le bord des rivieres ou des ruisseaux, partout ou les gel6es printanidres rendent impossible la culture des arbres fruitiers, partout encore oil, bien que donnant la plus large part a la production des herbages, on veut n^aifmoins r^colter les produits ligneux n^cessaires au chauffage domestique, les essences forestieres r^apparaissent, mais cultiv^es sous la forme de tStards ou d'arhres demonde,

Quand on tron^onne la tige d*un arbre feuillu, naturelle- ' ment dispose k fournir des rejets, on vojt ^voluerdes rameaux nombreux dans la zone qui avoisine la section ; ces rameaux se d^veloppent k la fa^on des rejets de souche. Exploit^s euxmSmes syst^matiquement k de courtes revolutions, ils ferment bientot, au sommet de la tige mutil^e, un renflement caracteristique, qui a fait donner le nom de tetards aux arbres ainsi traites.

Le tetard n*est done autre chose qu*une cdp^e a^rienne, se reproduisant k Tabri des atteintes du b6tail, et dont Tel^vation au-dessus du sol est g^n^ralement suflisante pour permettre la circulation des hommes et des animaux sous des

J) Ch. Baltctf TrtkiU de V arbor icuUurt fruUiire^ commerciAle ei bourgeoi$e. Paris, MasBon, IKHt.

dans bon nombre de iaillis sous futaie, ioutes les reserves sont ^mond^es, et Ton voit les sous 6tages en chSne pur, se d^velopper, a la fa^on d*un iaillis simple, sous ces futaies, dont la projection est pour ainsi dire nulle .

Nous n*avons envisage jusqu*ici Tarbre d'^monde que comme producteur de bois d'cBuvre et de chauffage. II pent encore fournir du fourrage et un fourrage appn^ci^, ainsi qu*en t^moignent les experiences faites k ce sujet de difiT^rents c6t68 (1).

M. Grandeau (2) k la suite de nombreuses analyses a constats que les feuilles et les ramilles d'arbres sont beaucoup plus riches en matieres protSiques au printemps qu*en ^16 ; mais, comme de tons les organes d*un vegetal, ce sont toujours les feuilles qui ont le plus de valeur alimentaire, et comme, d'autre part, c*est en 6i6 que ces feuilles entrent en majeure proportion dans la masse d'un rameau, il en rSsulte que Ton rScolte presque autant de substance azotSe en cueillant les branches en aout et meme en septembre qu*en le faisant aux debuts de la v^gStation. D^ailleurs, ces branches feuillSes sont un fourrage d'une reelle valeur : « les foins les plus riches en mati^rc azotSe, tel que le foin des Alpes, dit M. Grandeau, atteignent seuls la teneur en cette prScicuse substance des ramilles de printemps bien prSparSes, et sont ires peu supSrieurs aux ramilles d*St6. Quant aux pailles, elles se montrentinfmiment plus pauvres que les ramilles de bonne composition ».

Toutefois, cette ramille alimentaire est d*autant plus nutritive que les parties de Tarbre qui la composent sont plus jeunes. Kile devra done elre exclusivement constitute « avec des pousses de Tannee (axes et feuilles) ct des jeunes brancheltes dont le diamdtre n*excedera pas 5 h millimetres ».

(1) CormouU HouI6s, Utilisation des ramilles d'arbres ensiUes pour Valimentation du bitail, Mazamct, Carazol, 1K93.

Circulaire minisU^rielle de juillct 1K93.

Pucssler, Uber Futterworth und Gerbstoffgehklt des LtiubeSy der Triebe und der schwachsten Zweige der Eiche^ 1891.

D' Ramann et lena, lioltzfQtterung und Heisigfdtterung. Berlin,

(2) L. Grandeau, /^ For^t et U disettede fourrage. Paris, C. Pariset,

-144 LES PEUPLEMBNTS ARTIHCIELS.

II y a longtemps d*ailleurs que les Romains avaieni invents Farbre d'^monde pour supplier aux prairies fauch6es rares dans leur pays, et pour se procurer le fourrage d'hiver necessaire au b^tail pendant les courts moments qu*il passait a ratable. Gette pratique s*est conserv^e jusqu'k nos jours telle qu*elle ^tait au temps de Virgile, dans la plupart •des vallees de nos basses montagnes, sur tout dans la France mdridionale. Nous ne pouvons qu'en souhaiter le maintien et Texpansion , comme un des meiileurs moyens de detourner des fordts le fl^au du p^turage de printemps.

c. La mise en yaleur des terres incultes en pays de plaines et de coteaax : les landes. — Les friches. — Les gamgues.

Les landes. — La lande est caracteris6e par la nature sillceuse du terrain. Nous savons que sur de pareils sols le boisement par semis direct donne les meiileurs r6sultats, pour certaines especes, du moins.

On emploiera suivant les cas : pin sylvestre, pin maritime, chene, bouleau, en y ajoutant par plantation, si on le juge k propos,les essences exotiques appropriees a la station, notamment le cerisier tardif.

Les landes les plus etendues sont celles de Sologne et de Gascogne. En Sologne, on fera bien de s*en tenir au pin sylvestre et au chene comme essences principales de reboisement. Malgre les d^sastres que Thiver de 1879-1880 a fait eprouveraux nouvellesforels de pin maritime, bon nombrede proprietaires reviennent encore k cette espece ^ cause de la rapidile de sacroissance pendant la premiere jeunesse; avant de s'engager dans cette voie, on fera bien de considerer que le pin maritime est loin de presenter tous les avantages qu*on lui suppose trop gen6ralement (1).

On seme le chene et le pin sylvestre apres trois cultures agricoles, dont la derniere, faite par petit billons, avec emblavure de sarrasin, rend le sol meuble et propre. La r^colte faite, on rdpand k la vol^e, sur chaque hectare, cinq hecto-

(1) E. Girard, Tr&iU de sylviculture pratique en Sologne, Romoran tin, Joubert ^diteur, 1881.

LA MISB EN VALBUR PAR LE BOISEMENT. -445

litres de glands, en aulomne, ou huit kilogrammes de graine de pin sylvcstre, au priniemps suivant. La depense est en partie payee par la r^colte du sarrasin.

Si le terrain n^est pas susceplible d*6tre ensemence en c^r^ales, on procede par bandes; la depense ne d6passe pas 100 k I20'fr. par hectare. Le semis par poieis est surtout employ^ pour regarnir les vides dans les parties trait^es par les proc^d^s pr6c6dents; de mSme encore, dans les forets recemment exploit^es, oil la presence des souches empeche Temploi de la charrue. La dimension des bandes et potets est variable, suivant T^tat superficiel du sol : on donne jusqu'k 1 metre et 1™,33 de largeur aux unes ct de c6t^ aux autres dans les terrains fortement envahis par Tajonc et la fdtuque bleue ; dans ceux ou Ton ne rencontre que de la bruyere courte, cette dimension est r6duite k 40 centimetres et meme 25 centimetres ; la depense, dans ces dernieres conditions, ne d^passe pas 70 a 90 francs par hectare. Malgre les bons r6sultats obtenus par le semis, bon nombre de praticiens pr^ferent la plantation bien faite, surtout pour le pin sylvestre (1).

La region autrefois d^sol^e et malsaine de la lande de Gascogne s'est transform^e rapidement en riches domaines forestiers, grace au systeme d'assainissement applique vers 1850 par M. Ting^nieur en chef Chambrelent. Sur ce grand triangle dont la surface d^passe 8,000 kilometres carr^s, le sol est formd d'un sable siiiceux a peu prds pur. A une profondeur moyenne de 30 a 40 centimetres regne une couche continue impermeable k laquelle on a donne le nom d' alios ^ laquelle est formee du meme sable agglutine par un ciment de sels de fer et de matieres organiques. La presence de ce sous-sol etanche et le peu de relief du terrain entretenaient dans la region une humidite insalubre, et s'opposaient en mdme temps k la vegetation ligneuse. Une etude approfondie a permis a M. Chambrelent d*y decouvrir un systeme de pentes naturelles et, par suite, un moyen de Tassainir. De grands canaux ont ete

;1) David Cannon, le Propriitaire pUniwir, Orleans, 1887.

416 LES PBUPLEMENTS ARTIFICIELS.

creus^s qui d^versent les eaux au Sud, vers TAdour, et au Nord, vers la Garonne ou les grands Jiangs qui longent le littoral : Arcachon, Cazau, Biscarosse, Aureilhan, etc. A ce systeme g^n^ral se rattache tout un lacis de fossds, formant une sorte de drainage k ciel ouvert, et qui vont partout chercher Teau en exc^s. Chaque hectare assaini pr^sente environ 400 metres courants de ces fosses, dont le prix actuel ne d^passe pas 15 centimes par metre (1).

La lande devient ainsi un bon sol forestier, dans lequel le ch6ne p^doncul6 et surtout le pin maritine s'installent sans aucune difficult^. On connait d^ailleurs la facility avec laquelle le pin maritime se multiplie dans cetle region. II sufBt pour obtenir un semis complet de peler la terre soil par bandes, soit par trous et d'y repandre 10 i 1 2 kilogrammes de graines par hectare ; le prix de revient de Fhectare sem6 est d'environ 50 k 60 francs. Le chene p6doncul6, encore beaucoup trop rare jusqu'i present, y prend aussi de super bes accroissements. II serait int^ressant, a titre d'essai^ d*y tentei* Tacclimatation de quelques chenes d*Amerique a v6g6tation tres rapide, tels que : Quercus rubra, Q. tinctorial Q, palas* tris et Q, Phellos^

Les pouvoirs publics devaient donner leur appui k Toeuvre de M. Chambrelent : la loi du 19 juin 1857 regie la question de la mise en valeur par Tassainissement et le boisement, d'environ 400.000 hectares de terrains communaux, en mSme temps qu'elle renferme des dispositions relatives k Touverture de routes agricoles.

Les f riches. — La friche est dans les terrains calcaires ce qu'est la lande dans les sols siliceux. Son caractere est Tirr^gularite : irr^gularite dans la profondeur du sol, le plus souvent assez faible, mais qui pent etre nulle quand la roche affleure, ou au contraire assez considerable dans les poches ou les crevasses, — irr6gularite dans Taspectde lasuperficie, tantdt gazonnee, tant6t recouverte de blocs ou de pierrailles ^parses, de murgers, de debris de carriere ou de vedtiges de cl6tures abandonn^es ; — irregularity enfin dans la v^g6-

(1) Croisette-Desnoyer, Notice foresti^re sur les landes de Gascogne' Glermont (Oise), Daix, 1874*

LA MtSB BN VALEUR PAR LE BOlSEMENT. 447

iation sponian^e: ici, c*esi un gazon court et tondu par les moutons, la, un melange de plantes aussi variees dans leur taille que dans leurs especes, mais souvent ligneuses et buissonnantes : coudriers, troenes, trembles, charmes, Opines, genevriers, etc. (fig. 35, p. 137).

Le sylviculteur avis^ saura, comme nous Tavons dit, se plier k cette diversity, et, utilisant chaque chose k sa place, attendre patiemment, aprcs avoir mis en valeur les meilleures parties, que la nature se charge de repeupler les mauvaises.

II convient done de respecter soigneusement toutcs les broussailles existantes, — il est meme bon de receper celles qui sont trop fatiguees par la dent du betail, — puis on ouvre des potets partout ou il y ade la lerre. Avec un pen d^habitude, on reconnait vile les bonnes places, que Ton marque par de» jalons ; mais le propria taire devra se charger lui-mdme de cette besogne ou la faire ez6cuter par des hommes de confiance. En general, ou poussent des sureaux hyebles ou des epines noires, Ic sol est profond ; de meme, quand on remarque sur la surface du terrain des sortes de ressauts, d'escaliers, il y a des chances pour qu'au bas de chaque coniremarche existe une crevasse, une fracture du soussol ; au contraire, la petite terrasse qui forme la marche est le plus souvent constitute par une roche k fleur de terrc. On v^rifie d*ailleurs tres vite ce qu*il en est en sondant le terrain avec une barre k mine.

Tout ce que nous avons dit k propos des essences indique suffisamment k chacun ce qu'il peut planter et comment il doit s*y prendre, en utilisant tous les abris naturels et toutes les ressources locales. Dans les friches, plus que partout ailleurs, il faut faire preuve d*opportunisme et songer aux peiiles recelles,

(^est ainsi qu^il peut etre permis d*avoir recours au semis direct, en terrain non prepare dont M. Tlnspecteur des f6r6ts Pierre Leddet signale les excellenls r^sultats (1) : dans les friches de Reuilly et Saint-Georges (Indre), on a jet6 k la voI6e 10 kilog. de semence (8 kilog. de pin noir

(1; Bulletin de U SocUU des Amis des arbreSi n^ 23, 1N90.

LES PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.

et 2 kilog. de pin sylvesire) par hectare ; avec un double hersage k tour crois^ suffisant pour recouvrir la semence, les fraisn'ont pas d6pass6 58 francs par hectare, ycomprisTach at de la graine. Le r^sultat a 616 parfait et les massifs de plus de 30 ans sont tres beaux. II s.'agit d'un terrrain appartenant au groupe corallien de Foolithe moyenne, aride au point d'etre appel^ Champagne] la nature filtrante du sous-sol, fissur6 en tons sens, draine les surfaces sans permettre a la capillarite d'y faire rencontrer les eaux profondes ; la mince couche de terre ne conserve quelque fraicheur qu'en raison de son 6tat de tassement : tout ameublissement, toute culture ne feraient qu'en augmenter Textreme s6cheresse. En semblable situation, on pent proc^der de meme; mais pour etre certain de r6ussir, il faut comparer la flore sauvage des deux stations ; car rien ne fait mieux ressortir Tanalogie des milieux que la presence simultan^e des m6mes plantes : arbustes, herbes, mousses ou lichens.

A titre d'exemple, nous citerons encore Tinteressante etude de M. Duparchy (1), oil Tauteur d^crit le procede qu41 a mis en usage pour boiser des versants chauds pauvres en humus des environs de Saint-Claude, dans le Jura :

. . . On doit tout d'abord renoncer k la satisfaction de faire des plantations bien aligndes, contenant le nombrc reglementaire de plants k Thectare... il faut se borner k mettre ceux-ci au hasard des places qui semblent propices, de preference tout contre un buisson, si petit soit-il, et le plus possible du c6i6 nord. J'ai acquis la conviction que \k ou vegfete un buis de mediocre vigueur, \k aussi pent vivre et prospdrer un ^pic^a, k toute exposition, sauf peut-6tre le plein midi; mais k la condition que le plant sera placd de mani^re que ses racines soient en contact immediat avec les racines du buis et, par consequent avec rhumus qui entoure celles-ci... Comme il s'agit ici d'un sol pierreux et pauvre en terre v^getale, on devra s'abstenir de faire des trous k Tavance et k la pioche, ce serait s'exposer k perdre le peu d'humus qu'on aurait d^plac^... II est preferable de se servir d'une forte barre de fer ou sorte d'epieu termini, k une de ses extremites, par une pointe aci^r^e, et k Tautre, par une tSte arrondie. Avec la pointe on sonde le sol, et, quand on a trouv^ un fond suffisant, en agitantla barre, on elargit le trou assez pour pouvoir y introduire le plant. Quelques coups donnas avec le pommeau serrent la terre contre les racines.

(1) Loc, cil. page 406.

Mil

A chacun de s^ing^nier !

Les garrigues. — La garrigue, c*est la friche sous le soleil du midi. On peut la boiser, grkce au pin d*Alep et au chdne vert, qui reussissent partout ou Ic vent n'est pas trop violent.

On peut encore y introduire des plantes ligneuscs diverses, arbrisseaux ou sous-arbrisseaux, tels que le sumac fustet, Tepine-vinetle, qui ont des emplois industriels, et surtout le buis, si recherche des tourneurs, mais qui se fait rare dans le midi comme dans le Jura. La bruyere en arbre, Tarbousier sont dans le meme cas.

Enfin, les garrigues pourraient Stre transformees en p^" tures ligneuses; diverses esp^ces de genets, de saulcs, de peupliers, le noisetier, les vari^t6s de robinier sans ^pi* nes, etc., prdsenteraient des ressources sous ce rapport. « Je suisconvaincu, ditM. Lecoq (1), que la plupart des terrains sees, des pacages, par exemple, donneraient d*abon dantes feuillces, bien sup^rieures en quantity aux maigrcs plantes herbac^es qui les couvrent ou que Ton peut y semer, si on y plantait des arbres k feuiliage, dont les souches, tail» l^es chaque ann^e, donneraient en abondancc des jeunes pousses qu'une sdcheresse prolongce ne saurait d6truire, comme elle arr6te la vegetation des prairies. »

M. Grandeau (2) cite dans une brochure signde M. A. P. et imprim^e k Bourg, les lignes suivantes, qui peuvent trouver place ici, bien qu*int6ressant une autre region de la France :

Dans quelques parties du haut MAconnais, on coupe, au mois de septembref les taillis de Vtge de six an s pour fourrage, et on les vend, k cet 6(^c, aussi cher que si on les vendail k dix pour le bois seulemenl... On coupe les branches pour feuill<^e8« avant les brouillards, autant que possible, par un beau jour d'automne, et on fagote le lendemain, alors que la feuillc s'est un pcu fan^e au soleil...

L*utilite de cos fourrages ligneux 6tant ainsi bien demon-* tree, nous ferons seulement k leur emploi deux objections :

1. II ne faut employer qu'avec prudence, dans Talimentation du betail, les ramilles ou les jeunes pousses dont Tusage n'est

(1) TniU de$ pUnte$ fourrAqires. Paris, Librairie agricole de la maison rustique, 1K62.

(3) Loe, cii.

BOPPB et Jot.TBT. 29

450 LES PEUPLEMENTS ARTIFICIELS.

pas courant : des indispositions, ou, tout au moins, des symptomes suspects se sont produits deja k diffdrentes reprises ; ainsi, les h^maturies qui sont attributes k Tabus des papilionac6es. De plus, quelles que soient les essences, les feuilles vertes recolt^es au premier printemps amenent des desordres analogues k ceux qu'on appelle le mal du brou ou la folic des chevreuiUy chez les bStes fauves.

2. Un terrain quelconque, — mais surtout un terrain pauvre et superficiel, sous un climat chaud, — consentira-t-il k produire des r^coites ind^finies et quasi annuelles de fourrage ligneux? II s*6puisera sans aucun doute, car on n'a pas la pretention de fumer de pareilles cultures comme on le fait pour les oseraies, — mode d'exploitation analogue et dont on connait les exigences. — Nous avons aussi souvenance de certaines landes des environs du'Mans oil, k force de couper la bruy^re, on est arrive a un 6tat d'appauvrissement tel qu'elle-m^me s'est refuse d*y croitre. Pourtant, s'il est un vegetal frugal, c*est bien la bruyerel

Quoi qu'il en soit, nous concluons qu*au lieu de mener le betail paturer en foret, ce qui entraine le gaspillage, le tassement du sol, la perte des engrais, le mieux serait, au point de yue agricole comme au point de vue forestier, de recolter les feuilles vertes, en cas de penurie de fourrage, ou de couper au secateur les jeunes ramilles feuillues, de preference enjuin, juillet et aoi^t, dans les coupes destinies a etreexploitees rhiver suivant.

d. La mise en yaleur des terrains stables en montagne : les proc^dds

de boisement. — Les prcs-bois.

Les proc^dis de boisement. — Dans les massifs montagneux qui, par suite de leur kge gdologique, de leur nature rocheuse, de la vegetation herbacee ou ligneuse prot^geant les surfaces, semblent avoir acquis des conditions definitives d'equilibre, la denudation se pr^sente sous forme d'accidents purement locaux : les torrents dangereux n'existent pas. Les reboisements conservent alors leur caractere de mise en valeur et d'utilitd priv^e : ils restent facultatifs. A cette cat6-

gorie appariienneni les Ardennes, les Vosges, le Jura, le Morvan, le Plateau central, les coUines de Bretagne et les montagnes basses des Maures et de TEsterel.

En toutes cos regions, on peut proc^der k Taide des seuls moyens ddjk cites : rien de special ne doit pr^c^der ou accompagner Top^ration. 11 suflit de choisir les essences les mieux appropri^es au sol et au climat, en tenant compte de Taltitude, et de suivre les procdd^s les plus 6conomique8 suivant les ressources locales. S'il se pr^sentait quelque difficult^, elle serait facilement r^solue grAce aux indications donn^es plus loin, k propos des boisements obligatoires en montagne.

Les prte*boi8. — Mais ici encore, plus qu'ailleurs peutelre, il y a lieu pour un proprietaire de bien peser si son int^rdt est de boiser partout et k tout propos, s'il ne conviendrait pas, au contraire, de reserver une place k la production des herbages ou, mieux encore, d'associer sur certains espaces Texploitation forestierc et Texploilation pastorale.

Cette association existe dans la forme excellenle du pr^-bois, Dans le Jura, ces sont de bouquets d^arbres dissdmint^s en ilots parmi les p&tures et constitu^s par des essences diverses, dont les plus importantcs sont : le helre, le coudrier, IVpic^a etle sapin. Ces deux derni^res se trouvent quelquefois a T^tat de sujets isoles et prennent alors une forme sp^ciale et pitloresque, comme on se plait a se repr^senter les anciens cedres des montagnes du Liban. Dans les Alpes, Tesp^ce habituelle est le mdl^ze qui, par temperament, acceple mieux la forme de « clairs-bois », dont le sol convert d'herbe est p&tur^ ou iauch6 (fig. 87). Dans les Fyr6n6es, le pin de montagne, le sapin et le hdtre se pretcnt k cette double culture.

Nous prendrons pour type les prds-boisdu Jura, qui passent, k juste tilrc,pour les modeles du genre (fig. 88). Les valines de la Suisse, celles de la Savoie en possedent aussi de tr6s beaux exemples, et Tadministration des Kaux et Forcts emploic tou6 ses elTorls k en gc^neraliser Tusage aussi bien. dans les Alpes que dans les Fyrcindes et dans le Plateau central (1).

(1) Gcbharl, Pitttnge* •( forSU. Paris, Berger-Levrault, 18K9.

45*2 t^-i PEUPLEHENT9 ABTinclBLS.

Un pri-boii, dit M. , Broil Jiard, est un terrain, mi-perUe en prairies ou en pftlurageg A peu pri» dfpourvus d'arbres, el mi-partie en bois i Vital de bouqueU ayanl une certaine consistance ; les arbres isol^s n'ysont qu'eiceptionnela. Les parties d^prim^eg, doii cement on dulses, fratches, riches en ^rre vigilaie, sont laissfes i I'herbe, qui s'y d^veloppe abondante, gr&ce aui ros^es et A I'abri des arbrea voisins. Ceui-ci, occupant les hauteurs, les pentes raides, les parties pauvres ou rocheuses, rorment dcs massirs, dea bosquets, dea lisifcres, d^fendus sur tea bords par des buissons et des arbrea de tailles diverscs qui en root comme une masse de feuillage (1).

Rien de frais el d'agr^able k I'ceil conime ces vdrifables pares, aortes de jardins anglais qii'animent les magnifiques troupeaux jurasstens. Rien aussi de mieux compris au point de vue utilitaire.

Aub6n6fice cultural que levoisinage des arbres entretlent la fralcheur dans ces prairies sur sol naturcUement sec et superficiel, s'ajoute le profit que Ton tire du bois, Les boqueteaux fournissent les perches nccessaires a I'ddification des clotures, le chaulTage indispensable pour la fabrication du fromage et des epiceas, des saping, qui, s'its n'ont pas comme bois de sciage et comme bois de fente toutes les qualites de leurs cong^neres des futaies voisines, trouvent pourtant acqu^reur dans dea conditions tres acceptables ; enfin ila abritenl le b^tail

(1) Broilhard, loc. cit., edition de 18!)j, p. 3^6.

contre leB ardeurs du soleil, centre la pluie el la tempSte.

Mais, si Ton n'y pread garde, un des associ^s absorbe I'autre et la faillite g6n^rale est fatale. En fait, c'est loujours I'arbre qui succombe viclime dc I'herbage ; cherchons le motif et le remade :

D'abord, la comme en foret, I'arbre est un capital, dont la r^aliBation lente toujours le proprielaire. De plua, sur les ■

surfacog en pr^a-bois, on ne pent pas indiquer par deschilTres let ^tendues relatives des patures et des boia^B : le rapport varie h I'infini Bulvant I'^tat des Heux ; I'essentiel est de mettre chacune des deux exploitations aux points que )ui assigne la nature, en afTectant aux arbres les endroits rocheux et les penles rapides, car, quelles que soient les precautions prises, tout versanl un peu incline se degrade quand il est livr^ au parcours.

L'ne foiB reconnue ta place faite au bois, pour y malntenir ou pour y installer les essences ligneuses, il suffil de meltn;

454 LES PEUPLEMENTS ARTinCIELS.

k proRt uu fait d'observation : Tunion intime qui existe entre Tarbre et le buisson. Partout, en effet, nous voyons les bouquets de hStres ou d*^piceas maintenus k Tabri de la dent du b^tail par une ceinture d*6pines, de genevriers, veritable rempart plus ou moins abrouti, mais qui supporte tous les mauvais coups. La chose est plus frappante encore, quand on assiste k la formation naturelle d'un pr6-bois : comme dans toute foret naissante, les arbrisseaux s^installent les premiers, — arbrisseaux ^pineux pour la plupart — et, quand ils ont pris possession du sol, les semis des grands arbres se jettent dans le fourr^.

Utilisons done tous ces auxiliaires d^voues et^ quand ils font d^faut, remplaQons-les par des obstacles inertes. Ainsi, dans le Jura, on entoure de fagots d*epines les jeunes plants d*^pic^a. Aux environs d'lschl, dans le Salzrammergut, on nous a montre des plantations faites au milieu de p^tures et que protegeaient efficacement des planchettes de 4 a 5 centimetres de largeur depassant le sol de 20 a 30 centimetres, et fichees pres de chaque sujet ; ce modeste obstacle suffisait k empecher les vaches de poser le pied sur le jeune ^pic^a ou de brouter dans son voisinage immediat. A notre avis, le meilleur est encore la cloture continue en ronce artificielle, en fil de fer galvanis6ou en palissade (( a la suedoisey>. Ces defenses, utiles partout, sont indispensables autour des parties nouvellement boisdes ; elles n*empechent pas d'ailleurs le b^tail de venir chercher pres des arbres Tombre et la fraicheur.

Les herbages reclament aussi nos soins. Le plus efficace est un bon amenagement^ laissant k chaque pature, k tour de r61e, un repos de deux ou trois annees, pendant lequel rherbe fatigu6e « se refait » ; les vides disparaissent, les bonnes especes fructifient. Cette jachere, revenant tous les huit k dix ans, remplace Tengrais que Ton donne aux prairies de la plaine. D*ailleurs, le proprietaire qui comprend son int^ret profite de ce moment pour epierrer le paturage, pour arracher la gentiane, le veraire, le genet sagitte, les aconits, les lin aigrettes, les euphorbes et autres mauvaises plantes, — pour defricher aussi les genevriers et les epines, \k oil Ton ne

veut pas que le bois s'installe, — pour ^iendre les fourmilieres et les taupini^res — pour semer un peu de bonnes graines dans les vides, etc., etc., — toutes precautions que nous avons entendu recommander si justement aux ^leveurs jurassiens par M. Tlnspecteur Cardot. II en est de ceci comme des d^gagements de semis: un bon patre, aussi bien qu'un bon garde, pent, le plus sou vent, sufRre lui-meme k la bcsogne. L'un et Tautre meritent d'en etre bien recompenses.

Mais, qu'il s^agisse du Jura, des Alpes, des Pyrenees ou du Plateau Central, tons ces soins sont perdus si chevres et moutons sont admis au pr^-bois. Seules les betes bo vines en meritent Ics honneurs.

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