‹ Traité pratique des convulsions dans l'enfanceChapitre 14 sur 25 · SECTION DEUXIEME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIEME

Obs. I. Madame Poizat avait été mère trois fois , et trois fois elle avait eu le chagrin de perdre ses enfants à une époque peu éloignée de leur naissance , et toujours au milieu des convulsions. Elle est elle-même d'un tempérament très-nerveux et d'une grande susceptibilité. Cinq ans s'étaient écoulés depuis son dernier accouchement, lorsqu'elle devint enceinte dans le milieu de 1820. Sa grossesse fut heureuse : seulement madame Poizat était tourmentée de l'idée que son enfant aurait le sort des autres. Cette inquiétude allait au point de l'empêcher quelquefois de dormir. Enfin le 18 avril 1821, elle accoucha d'une fille de belle apparence. Ses premiers instants furent orageux; elle demeura une demi-heure dans un état d'asphyxie , d'où M. le docteur Montain jeune eut beucoup de peine à la tirer. Mais bientôt cette innocente créature prit des convulsions qui se calmèrent pour se renouveler au bout de quelques instants. Je fus alors

100 COI^VULSIO]>r« DES ENFANTS.

adjoint à M. Montain. Déjà les convulsions s'étaient renouvelées plus de dix fois. Les muscles de la face et des membres supérieurs étaient principalement affectés; le pouls était très-vite. Nous eûmes des craintes d'une hydrocéphalite commençante. (Deux sangsues aux cuisses , fomentaiions sinapisées sur les membres inférieurs^ renouvelées toutes les deux heures; cataplasmes émollients sur V abdomen, lavements émollients ^ boissons délayantes , looch blanc avec dix grains de calomélas.) La petite malade parut soulagée pendant les vingt-quatre heures qui suivirent l'application des sangsues; mais alors les mouvements convulsifs reparurent comme auparavant. ( Vésicatoire à la partie interne de chaque jambe. ) Deux jours se passèrent sans changement notable : alors les mouvements devinrent excessivement faibles; l'enfant ne put plus téter; le pouls fut à peine sensible et très-iri égulier ; la respiration fut suspirieuse; et les yeux, presque fermés, exécutèrent de légers mouvements sous les paupières. Tout annonçait une fin prochaine. J'envoyai chercher les deux mélanges suivants : 1° Prenez extrait de jusquiame noire, gr. x; oxide de zinc, gr. v j ; sucre, gr. xx. Mêlez, et faites six prises. 2^ Prenez calomélas , ^\\ xij ; poudre de digitale, gr. iv. Mêlez, et faites six paquets à prendre, les premiers de demi-heure en demi-heure, et les seconds toutes les deux heures. — Un paquet de zinc et jusquiame fut de suile délayé dans une petite cuillerée d'infusion

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS. tOl

de tilleul; je l'insinuai dans la bouche; un mouyement de déglutition eut lieu , et le liquide fut avalé. Cinq minutes après, une deuxième prise provoqua le même mouvement et la déglutition. Peu après, la respiration devint plus régulière, les yeux semblèrent s'ouvrir, et le pouls se releva. Une troisième prise fut donnée , et l'enfant sembla tout-à-fait renaître à la vie, au point que le père, qui, vingt minutes auparavant, avait cru voir rendre le dernier soupir à sa fille , ne voulut pas croire au changement inespéré qu'on lui annonçait. Je donnai une prise de caloméias , et j'éloignai l'administration des paquets de zinc et jusquiame. L'amélioration augmenta si rapidement, qu'au bout de deux heures la petite Poizat reprit le téton, et depuis ce moment les accidents convulsifs n'ont plus reparu. Peu à peu on augmenta la distance des prises. La convalescence ne fut traversée que par une asphyxie momentanée , occasionnée par l'acide carbonique : tous nos succès semblaient perdus ; mais le renouvellement de l'air, l'éloignement de la cause du mal, une eau spiritueuse, eurent bientôt dissipé toutes les alarmes. Quoique trèssusceptible, mademoiselle Poizat a toujours joui, depuis cette époque, d'une bonne santé.

J'ignore si madame Poizat a jamais eu des convulsions; mais lors même qu'elle n'en aurait pas éprouvé, sa constitution nerveuse est assez prononcée pour assurer que ses enfants seront doués

de cette disposition aux convulsions que le professeur Baumes appelle cons^ulsionnahilité. Ainsi nous pouvons regarder avec confiance le c^s présent comme un cas de convulsions héréditaires : il peut d'autant moins y avoir de doute à cet égard, que déjà trois enfants étaient morts de la même maladie. Au reste, cette hérédité n'est qu'une prédisposition , et il faut encore rechercher la cause déterminante. J'avoue que je ne la trouve pas, et je ne sache pas qu'il y ait rien eu d'extraordinaire, excepté les secousses que M. Montain fut obligé de donner, en frappant sur les fesses pour rappeler l'enfant à la vie. Quelque peu de confiance que j'ajoute à cette cause, elle est la seule probable, surtout chez un enfant qui y était disposé par sa constitution.

Les convulsions paraissaient sans perte de connaissance ; elles occupaient rarement tous les membres , et se renouvelaient fréquemment ; elles ont duré quatre jours entiers. C'est un cas de convulsions avec paroxysmes très- rapprochés et d'une durée assez grande : aussi le danger a-t-il été imminent. L'évacuation sanguine et les antispasmodiques n'ont produit qu'une amélioration passagère. L'enfant allait succomber, et les prises de zinc jusquiame l'ont en quelque sorte ressuscité. C'est, chez les enfants, l'antispasmodique le plus énergique que j'aie trouvé. Il ne guérit pas toujours , mais toujours il calme , et c'est déjà quelque chose. Il ne dé-

truit pas la cause qui détermine les convulsions , mais il en assoupit l'effet , et donne le temps de combattre avec plus de sûreté la cause même du mal , ou plutôt la maladie essentielle , dont les convulsions ne sont qu'un épiphénomène.

A la même époque , madame Bouché ramena de la campagne son fils âgé de six mois : il était depuis deux jours dans un mouvement convulsif perpétuel , sans perte de connaissance. La respiration était très-gênée, presque râleuse; des palpitations violentes se faisaient sentir. Je prescrivis entre autres choses les mêmes prises de zinc jusquiamè. Les convulsions se calmèrent; mais la poitrine ne fut point dégagée ; et malgré les vésicatoires, les looch, etc., il succomba quelques jours après.

C'est en n'attribuant aux remèdes que les effets qui leur appartiennent qu'on arrivera à épurer la matière médicale. On cessera de voir le même médicament prôné avec enthousiasme par les uns et rejeté avec dédain par les autres. Ceci peut s'appliquer spécialement au zinc : la différence d'opinion sur ses vertus vient de ce qu'on n'a pas assez distingué les convulsions proprement dites f des lésions d'organes qui les occasionnent. En admettant cette distinction , nous apprécierons au juste toute la confiance que mérite le zinc : c'est un calmant , un antispasmodique et rien de plus; donnez-le pour les cohvulsions , il est précieux; mais pour toute autre maladie, il est impuissant, ce n'est pas sur lui

qu'il faut compter* Je l'associe avec l'extrait de jusquiaîiîe noire, pour émousser l'action irritante qu'il pourrait exercer sur l'estomac. J'ai pris l'idée de cette association dans les pilules de Meglin, et dans la manière d'administrer le calomélas de M. Vandenzande, d'Anvers. Les bons effets que j'ai obtenus de ce mélange m'ont empêché de procéder à des essais comparatifs sur leur administration isolée *. Lorsqu'un médicament composé procure d'heureux résultats, il est difficile de toucher à la formule pour la modifier ou en retrancher quelque chose : il serait possible que ce changement portât précisément sur le remède efficace ; d'ailleurs , la composition n'étant plus la même, les propriétés ne peuvent plus être les mêmes.

Si le fait que j'ai rapporté ne suffisait pas pour établir la disposition héréditaire, les autorités les plus recommandables se présenteraient en foule pour la constater , par leur opinion ou par les faits. Hoffmann 2 les croit héréditaires , non seulement des pères aux enfants, mais après une longue série de générations , surtout lorsque les

1 Je trouve dans Vogler (Pharmaca selectn, observationibtts clinicis comprobataj une formule presque semblable à la mienne ; la voici : Pr. Extrait de jusquiame , fleurs de zinc , aa , gr. x. — Magnésie d'Ep- 8om , gr. XXX. — Sucre de lait , gr. ccx.

2 Opéra omnia^ tom. m, cap. ii. Il divise les maladies héréditaires en trois ordres. Il place au premier rang celles de la tête , et donne ainsi à entendre que l'aptitude des maladies à devenir héréditaires suit le même ordre, c'est-à-dire que celles de la tête sont coranmnicablea des pères aux enfants.

parents sont hypocondriaques , hystériques , goutteux, hémorrhoïdaires ; ou si la mère a été en proie pendant sa grossesse aux plus vives affections de Famé, et il s'appuie d'un passage de Georgius Horstius *, et d'une observation de Forestus 2. Sauvages a vu une famille dont tous les enfants périssaient avant six ans dans de violentes convulsions. Willis s indique cette hérédité et cite une observation semblable. Tissot ^ en rapporte deux faits remarquables qui dataient de plusieurs générations. Vindet ^ cite un enfant de deux ans, une fille de trois, et une autre de treize, qui étaient dans un état de spasme et de convulsions presque perpétuels, pour être nés de parents déjà sujets à cette affection. Pujol ^ rapporte, dans son Mémoire sur les maladies héréditaires, une observation d'hérédité des convulsions bien évidente. Mondeville , Andrée , Perry, Delius, etc., ont tous partagé cette opinion. N'est-ce pas à une disposition héréditaire qu'appartiennent les faits qu'Alphonse Leroy a voulu rapporter à la rouille des ciseaux avec lesquels on coupe le cordon ombilical ? N'est-ce pas de la même manière qu'il faut envisager l'opinion de Moschion, qui a cru que la stagnation

1 Epist. medicin. , sect. m, p. 377.

2 Obs. med. , lib. x , obs. cxvii.

3 De Morbis convids. , cap. i , p. 8 et 9. * Traité des nerfs , tom. m , p. 9.

Traité des vapeurs ^ p. 47.

^*Euvrcs diverses de Médecine- pratique ^ t. ii, p. 305.

du sang et de la sérosité dans le cordon ombilical pouvait être la cause des convulsions , quoique Levret l'ait accueillie , et que Bajon en ait fait l'application au mal de mâchoire des negrillons, pour recommander de bien exprimer le bout du cordon restant ?

En admettant une prédisposition héréditaire , je ne prétends point inférer de là que cette circonstance doive nécessairement faire développer les convulsions. Je sais qu'un enfant peut être convulsionnable au plus haut degré, sans avoir jamais de convulsions , parce qu'il aura toujours été à l'abri de toutes les causes capables de les déterminer; mais la cause la plus légère suffit alors.

Obs. II. Madame Guiton devint enceinte pour la seconde fois à la fin du printemps 1822. Sa grossesse fut traversée par trois événements bien capables d'agir sur une femme aussi délicate, et de réagir sur le faible produit de la conception : au mois de juin elle tomba dans la Saône; deux mois plus tard, elle versa avec sa voiture; enfin une maladie assez grave, dont le siège paraissait être dans les organes biliaires, vint ajouter aux fâcheux effets des deux premiers événements. Elle accoucha assez heureusement, dans les premiers jours de février, d'un enfant du sexe fé minin. La faiblesse du nouveau -né était te® que, pendant quinze jours, il ne put crie» "

remuait a peine, et avalait le lait qui lui coulait plutôt dans la bouche qu'il ne le tëtait. Cependant le teint jaune de cette petite fille s'éclaircit; elle prit de l'embonpoint , et sembla renaître ; elle s'agita et poussa des cris ; ces cris et cette agitation ne furent bientôt plus naturels , ils dénotèrent un état de souffrance. Peu à peu ils devinrent convulsifs, et des mouvements irréguliers se renouvelèrent à chaque instant. L'abdomen devint douloureux et tendu, quelques vomissements eurent lieu , et la diarrhée s'établit : le pouls fut par moment vite et serré, mais jamais irrégulier. ( Cataplasmes éniollients arrosés auec le baume tranquille sur le bas-ventre ; eau de tilleul gommée pour boisson. ) Toutes les deux heures une des prises suivantes -.prenez extrait de jusquiame , gr. vj ; oxide blanc de zinc, gr. iv; sucre, 9 j. Mêlez et faites douze paquets; vous les délaierez dans une cuillerée de la boisson pour les faire prendre; toutes les quatre heures un lavement avec la décoction de guimauve et de feuilles d'oranger; les membres inférieurs enveloppés de coton cardé et de taffetas gommé par-dessus. Les convulsions devinrent moins fortes et moins fréquentes. La nuit elles cessèrent bientôt tout-à-fait, quoiqu'il y eût insomnie. Les évacuations aîvines se modérèrent et devinrent louables; elle téta avec force et empressement. Aussitôt qu'on la levait, elle s'agitait convulsivement, et elle ne s'apaisait que lorsqu'on la replaçait dans son berceau. Je remar-

quai qu*en la levant on lui laissait les bras libres, et que dans son berceau ils étaient tenus immobiles par le maillot et la couverture. Je conseillai de changer la manière de vêtir cette petite fille. Je la fis emmailloter de manière à lui tenir les bras caches et immobiles le long du tronc. Dèslors il n'y eut plus de mouvements convulsifs. Quatre jours après, elle cessa, dans la soirée, de prendre le téton ; elle tomba dans un état de torpeur ; la figure se colora ; les yeux étaient ouverts et hébétés; elle était immobile et ne criait point. {Cataplasmes chauds et sinapisés enveloppant les pieds et le bas des jambes; potion éthérée par cuillerée, ) Peu à peu cette espèce d'engourdissement se dissipa; à une heure après minuit, la petite fille reprit le téton, et tout rentra dans l'ordre naturel. Cinq jours après , les mêmes accidents reparurent, mais avec moins d'intensité. Les mêmes moyens les dissipèrent. Depuis lors mademoiselle Guiton n'a plus rien éprouvé; elle a beaucoup d'embonpoint, et pour la moindre cause elle tressaille et parait menacée de convulsions.

La faiblesse dans laquelle se trouvait la fille de madame Guiton au moment de sa naissance , sera peut-être considérée comme la cause des convulsions, qu'on assimilera aux compulsions des néophytes de Sauvages. Quand cela serait , il reste toujours bien évident que cette enfant a dû aux accidents de sa mère, aux frayeurs et aux

révolutions qu'elle a éprouvées, cette faiblesse et la disposition aux convulsions qu'elle a apportées en naissant, et qui, je n'en doute point, influenceront sa vie entière. Ici les convulsions n'ont point été héréditaires, puisque ni la mère ni le père n'y ont jamais été sujets; elles ont été connées , c'est-à-dire, contractées dans le sein de la mère. Tout est extrême dans l'opinion des hommes. On ne s'est pas borné à rejeter l'influence de l'imagination de la mère sur le fœtus dans la production des nœi^i materni ou envies; quelques auteurs ont poussé le pyrrhonisme jusqu'à nier toute espèce d'influence , et à regarder l'enfant dans le sein maternel comme tout aussi isolé que le poulet dans sa coque. Tout croire et tout nier, voilà le caractère de ces deux opinions : elles sont également fausses parce qu'elles sont exclusives. De ce qu'il y aurait du ridicule à croire que l'imagination de la mère a produit les nœ{>i materni^ il ne faut pas en conclure que le fœtus vit tout-à-fait indépendant. Eh quoi î une nourrice peut causer des convulsions à un enfant qui tette son lait après un accès de colère, et une mère n'agira pas sur le fœtus qui est dans son sein, qui en reçoit toute sa nourriture, et dont l'organisation est bien plus frêle ! Mon but n'est point d'examiner cette question. Trop de faits prouvent cette influence : j'y crois, et je crois aux maladies et aux prédispositions gagnées de la mère pendant la grossesse. Dans l'observation qui nous occupe, la maladie

n'a eu aucune antre cause. Cependant un peu de diarrhée s'était manifestée; mais elle cessa bientôt , et les convulsions ne s'en renouvelèrent pas moins encore.

J'ai prescrit l'oxide de zinc et l'extrait de jusquiame , à cause des bons effets que j'en ai bien des fois obtenus; et en supposant de l'exagération dans les éloges que lui ont donnés plusieurs auteurs recomraandables , toujours sera-t-il à présumer que s'ils ne lui avaient pas trouvé de vertus, ils n'en auraient pas parlé avec autant d'assurance. Gomme le cerveau ne paraissait nullement disposé à s'embarrasser , et qu'il y avait plutôt excitabilité qu'excitation vive, au lieu d'un révulsif actif qui eût pu ajouter à Tirritation , je me suis contenté d'envelopper les membres de coton cardé et de taffetas gommé. Ce moyen doux produit une révulsion assez efficace, en entretenant une chaleur vive et une transpiration continuelle dans les partiesqui en sont enveloppées. Ce moyen, auquel j'ai recours toutes les fois que les malades sont très-nerveux , et que les accidents ne commandent pas une prompte révulsion, m'a procuré des succès que je n'aurais peut-être pas obtenus par tout autre. Mais lorsque les accidents sont urgents , lorsque surtout l'encéphale menace de se prendre, les révulsifs les plus énergiques deviennent indispensables : c'est pourquoi j'y ai eu recours lorsqu'une espèce de coma vigil est venu entraver la marche de la maladie vers laguérison.

Une circonstance qui mérite de fixer notre at-

tention , c'est la facilité avec laquelle les convulsions arrivaient aussitôt que les bras étaient libres. Ce cas n'est pas le seul que j'aie observé. Il semble alors que la mobilité de l'enfant s'accroisse par la liberté de l'exercice. Cette circonstance , jointe à une autre considération, m'empêcherait de proscrire le maillot avec autant de sévérité qu^on l'a fait dans ces derniers temps. Les enfants ont les bras courts j ils ne savent point passer les mains dans les manches des corsets , il faut que la nourrice y passe la sienne :* cette manche doit avoir par conséquent une certaine dimension, et ne pas s'adapter bien juste sur le membre de l'enfant. L'air s'insinue facilement et refroidit bientôt la main et le bras. En été, il n'y a aucun inconvénient , la température n'est pas nuisible ; mais en hiver, on sent tout ce qu'a de fâcheux l'impression d'un air froid sur des membres délicats et sensibles : l'irritation et le refoulement du sang qui peuvent en être le résultat j sont également dangereux. Ainsi, tout en blâmant l'abus du maillot, il aurait fallu, non point le proscrire , mais le soumettre à un emploi mieux combiné, et lui assigner son degré d'utilité en indiquant les cas dans lesquels il convient.

Nous pourrions établir l'existence des convulsions connées ou de nativité sur un aussi grand nombre d'observations que nous l'avons fait pour les convulsions héréditaires. Disons que cette prédisposition se remarque principalement chez les enfants dont les parents ne jouissent pas d'une

très-bonne santé, ou sont épuisés parla débauche, ies excès vénériens, les maladies ou le mauvais régime ; chez ceux qui naissent d'un mariage disproportionné , lorsque , par exemple , il y a une trop grande différence entre les âges des deux époux, ou bien lorsqu'ils se sont mariés trop jeunes ou trop vieux; chez ceux qui naissent d'une mère trop sédentaire , sujette à d'abondantes leucorrhées, ou qui aura éprouvé des chagrins , des émotions trop vives, des accidents ou des maladies pendant la gestation, ou enfin qui se sera tenue dans un état presque constant d'excitation par des jouissances multipliées. Dans tous ces cas, l'accouchement a lieu ; mais l'enfant qui naît traînera une pénible existence, et sera incapable de se libérer jamais de sa dette sociale.

Obs. III. Georges Martin était né d'un père dont la susceptibilté et les emportements involontaires sont portés au plus haut point qu'il soit possible de les voir. Sa mère, douce et sensible, en avait bien souvent éprouvé des émotions très-vives, soit pendant sa grossesse, soit pendant son allaitement; cet enfant avait en outre une tête volumineuse, et sa santé fut toujours chancelante; à quatre mois il fut pris de petites crises de convulsions, qui se renouvelaient plusieurs fois par jour. Dans chaque crise , la tête se renversait, les yeux roulaient dans leurs orbites, les membres se roidissaient et s'agi-

taient faiblement, la bouche s'ouvrait, et la poitrine s'agitait par un mouvement saccadé d'inspiration et d'expiration, qui faisait pousser un petit cri plaintif tout particulier. Cet état durait une, deux ou trois minutes au plus. Mon estimable ami et collègue, le docteur Rougier, lui prodigua inutilement tous les soins qu'exigeait sa maladie. Elle résista pendant plus d'un mois ; M. Bouchet vit alors le malade. Entre autres antispasmodiques, il prescrivit une potion dans laquelle entrait Tassa fœtida, dont l'odeur et la saveur répugnèrent si fort à l'enfant, qu'il ne fut pas possible de lui en faire avaler. Ce praticien distingué , comptant sur l'efficacité du remède, voulut en faire prendre de force , en serrant les narines de l'enfant , afin de le forcer à ouvrir la bouche pour respirer, et de profiter de ce moment pour y verser le breuvage salutaire. Mais cette contrainte produisit un effet bien fâcheux: elle fit développer une crise de convulsions générales, une véritable éclampsie. Georges fut alors en proie à deux sortes de convulsions bien distinctes ; la convulsion respiratoire , plus faible et plus courte, qui revenait fréquemment, et la convulsion générale ou l'éclampsie, qui ne revenait qu'une fois par jour et même tous les deux jours. Cette maladie se prolongea encore près de trois mois, sans que les antispasmodiques variés de toutes les façons y apportassent aucun changement. Je fus alors appelé à lui donner des soins conjointement avec le docteur Rougier. C'était le 24 janvier 1825; nous convînmes d'associer aux

adoucissants et calmants ordinaires, la combinaison de Toxide blanc de zinc avec l'extrait de jusquiame de la manière suivante. Prenez : oxide blanc de zinc, gr. iv. ; extrait de jusquiame noire gr. VI.; sucre q. s. pour six prises. On en donnera une toutes les deux heures dans une petite cuillerée de potion. Il ne put pas les prendre ainsi: nous les fîmes délayer dans le sirop de violette qu'il prit sans difficulté. Leur effet fui sensible dès le premier jour ; la fréquence et l'intensité des petites convulsions respiratoires diminuèrent ; les accès d'éclampsie s'éloignèrent aussi. Nous les continuâmes peadant cinq jours; alors nous les suspendîmes pour administrer 12 grains de calomélas, associés à 4 grains de digitale en poudre et partagés en quatre doses. Ce médicament produisit quelques selles vertes et très-puantes ; il fut prescrit pendant trois jours , mais les crises semblant se rapprocher, nous revînmes aux prises de jusquiame zinc. La diminution des deux espèces de convulsions fut sensible chaque jour, et au bout de huit jours, elles avaient disparu à peu près complètement. Depuis ce moment Georges n'a pas repris de convulsions ; mais il a gardé sa tête volumineuse, et une santé frêle et délicate qui n'a paru surmonter le mauvais état de sa constitution qu'à l'âge de sept ans. Enfin à l'âge de douze ans et demi, il a été atteint d'une hydrocéphalite , qui, pendant dix jours, s'était déguisée sous la forme d'accès de fièvre intermittente, et à laquelle il a succombé.

Tout semblait devoir donnera cet enfant une prédisposition aux convulsions. Le tempérament de son père nerveux par excès , la sensibilité exquise et les émotions fréquentes de sa mère devaient déjà lui transmettre cette disposition pour héritage. A cela se joignait le volume de la tête , qui toujours indique un travail anormal dans cette partie, et par conséquent un état pathologique on une disposition aux affections cérébrales, qui sont les causes les plus fréquentes des convulsions. Cependant rien n'indiquait une maladie organique de Tencéphaîe. Pendant l'intermittence des convulsions le petit Georges ne souffrait point. Il tétait bien, et il acquérait un développement physique et intellectuel d'une manière proportionnée à son âge. Une phlegmasie aurait occasionné des phénomènes qui l'auraient fait reconnaître, et elle n'aurait pas duré cinq mois , pour cesser aussitôt qu'on a eu arrêté le retour des convulsions. Une altération organique n'aurait pas cessé non plus par cette seule disparition des crises. Celles-ci tenaient donc à un état nerveux général , ou plutôt à une modification non matérielle de l'encéphale, mais bien réelle et suffisante pour faire naître les convulsions, quoique inappréciable à nos sens. Aussi n'a-t-onpu arrêter cette affection qu'en changeant cette modification , en la ramenant à son type normal par l'administration des calmants appropriés. On ne peut pas méconnaître ici les bons effets de la jusquiame associée au zinc. Jamais peutêtre ils n'ont été plus certains ni plus efficaces.

i\6 CONVULSIONS DES ENFANTS.

Eiie a modelé les accès dès le moment de son administration , et sa reprise a fini par les faire disparaître complètement. Je ferai à cet égard une observation qui peut s'appliquer à la plupart des remèdes, mais surtout aux calmants : c'est qu'ils ont bientôt épuisé leur action. Pour continuer à en obtenir de bons effets, il faut en augmenter successivement les doses; et même le plus souvent on est obligé d'en suspendre l'emploi pendant quelques jours, afin de désaccoutumer en quelque sorte l'économie à leur impression , et pour que leur reprise produise de meilleurs effets. Ici se présente une réflexion relative à la difficulté de faire la médecine chez les enfants. On éprouve bien souvent beaucoup de peines à leur faire prendre les remèdes. 11 faut en varier les formes et le mode d'administration de mille manières; il faut même user de toutes sortes de juses pour en venir à bout; encore bien souvent ne réussit-on pas. Faut-il alors recourir aux voies de rigueur , et faire violence à la répugnance ou aux caprices de ces petits malades? On a pu réussir quelquefois ; mais le plus souvent il a dû en résulter les fâcheux effets qu'en a éprouvés le fils Martin. Aussi ai-je toujours évité d'employer ces moyens coércitifs rigoureux. J'ai préféré livrer le malade et sa maladie aux ressources quel- (juefois si puissantes de la nature, et même le laisser se tuer lui-même par son obstination , plutôt que de participer ou de paraître avoir participé à sa mort par ces violences. Il est rare que

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS. 1 il

je n'aie pas vu le mal s'exaspérer, toutes les fois que les parents ou les gardes , par un zèle tout à la fois louable et malentendu, ont voulu surmonter de force la résistance des enfants.

Cette observation nous présente enfin la coexistence de deux modes bien distincts de convulsions chez le même individu. Elle vient donc confirmer la distinction que j'ai établie entre l'éclampsie et les convulsions proprement dites. Car sans cette distinction , comment supposer ces deux ordres de mouvements bien différents chez cet enfant? Chacun d'eux avait son existence particulière, sa marche et ses phénomènes; chacun aussi avait reconnu sa cause spéciale, puisque l'un était le résultat d'une disposition organique héréditaire, et l'autre, d'une violence et d'une forte contrariété. Ce fait seul suffirait pour faire établir cette distinction, si nous n'avions pas eu bien d'autres raisons.

Obs. IV. M. le docteur Bret me fit appeler en consultation , au mois de mai 1823, pour un enfant qui était sujet à des retours de convulsions qui se manifestaient tous les deux jours, et quelquefois seulement tous les huit jours. Cet enfant appartenait à des gens riches qui en faisaient leur idole, et qui étaient trop attentifs à éloigner de lui tout ce qui pouvait le fatiguer; ils relevaient trop délicatement. Il était gros, vif, et avait la tête très-développée. Ses parents étaient sains,

mais sa mère était d'une sensibilité extrême. Déjà une multitude de moyens avaient été employés sans succès ; le quinquina lui-même n'avait pu entraver la marche périodique de cette maladie 5 les paroxysmes semblaient, au contraire, se rapprocher davantage et sévir avec plus de violence. Une fois qu'ils étaient passés, le petit malade reprenait toute sa gaîté, et il ne paraissait plus s'en ressentir : seulement il tressaillait souvent , et avait en dormant de fréquents sursauts. ÎNous convînmes de faire prendre le mélange de zinc jusquiame delà manière suivante : p/enez extrait de jusquiame noire, gr. xxx; oxide de zinc, gr. xv; sucre, 3 j. Mêlez et faites vingt-cinq prises. Vous en donnerez trois par jour; une le matin , une à midi, et une le soir. (^Boissons adoucissantes^ pieds et jambes enveloppés de coton cardé et de taffetas gommé, afin d'opérer une douce ré{>ulsion en provoquant sur les membres inférieurs plus de cha^ leuretde transpiration}^ Quinze jours se passèrent sans crise. On crut l'enfant guéri ; on se relâcha de l'administration toujours ennuyeuse des médicaments. Huit jours après, une crise de convulsion eut lieu. On vint me demander mon avis; je proposai, avec l'agrément de M. Bret, l'application d'un vésicatoire à demeure, ou mieux d'un cautère à une cuisse, et l'usage plus régulier des prises que l'on continuerait pendant très-longtemps. Gela fut exécuté, et depuis huit mois ce petit malade ne s'est plus ressenti de convulsions.

OBSERVATIONS ET Kl^FLEXIONS. 119

Vainement j'ai cherché la cause de cette maladie : il m'a été impossible de la trouver ailleurs que dans la prédisposition constitutionnelle du sujet, et dans les soins recherchés qu'on lui donnait, et qui constituent cette éducation molle et efféminée contre laquelle on s'est élevé avec tant de raison, qui a moissonné tant de victimes, et qui, au lieu d'hommes, ne donne à la société que des ombres ou des squelettes ambulants, tant leur existence est grêle et délicate.

Cette observation est un exemple de convulsions périodiques ou intermittentes, dont les paroxysmes, il est vrai, ne revenaient point à des jours fixes et déterminés, mais qu'on pourrait appeler, par analogie , convulsions erratiques. La maladie s'est prolongée plus de deux mois : cette durée est un véritable état chronique, auprès de la durée habituelle des convulsions.

Après l'emploi ordinaire des calmants et des révulsifs, il dut venir à l'idée d'attaquer la maladie par le spécifique des affections intermittentes, le quinquina. Il fut administré pendant plusieurs jours, et les accès n'en reparurent pas moins.

En rapportant cet insuccès du quinquina, je n'ai point l'intention de le proscrire dans les cas analogues : il a réussi dans bien des circonstances, et moi-même je l'ai vu produire tout l'effet que j'en attendais chez mademoiselle Caillou , qui , depuis quinze jours, était prise, tous les deux jours à sept heures du soir, d'un paroxysme de convulsions qui se faisait sentir avec intensité pen-

dant trois quarts d'heure, el ne se dissipait complètement qu'au bout de deux heures. Peut-être le succès est-il plus assuré lorsque les accès sont bien réguliers, comme chez mademoiselle Caillou, que lorsqu'ils sont vagues et irréguliers. Je n'ai pas assez de faits pour établir jusqu'à quel point cette remarque est fondée. Quoi qu'il en soit, beaucoup d'auteurs ont employé le quinquina contre les convulsions, et quelques-uns l'ont regardé comme un excellent antispasmodique.

Dans l'observation précédente, je ferai remarquer encore les prompts effets des prises de zinc jusquiame, et le retour des convulsions lorsqu'on en a cessé l'usage. Pour mieux s'assurer que cet effet était le résultat des prises, il eût fallu attaquer le retour par les prises seules ; mais comme mon intention était de guérir le malade bien plus que d'expérimenter, j'ai conseillé un révulsif énergique, et d'assez longue durée pour éloigner de l'encéphale toute espèce d'irritation.

Je dois à l'obligeance de M. le docteur Roi la communication de l'observation suivante.

Obs.v. M""^ An.jd'un tempérament lymphatique, accoucha d'un enfant mille, dans le commencement de mai 1835. Il fut confié aux soins d'une nourrice dont le lait ne larda pas à tarir. L'enfant prit très-souvent des convulsions, dans lesquelles la face était le plus souvent pâle, la respiration

fréquente et génëe, le pouls petit et misérable, mais régulier, et les mouvements des membres brusques et désordonnés. On fut obligé de chercher une autre nourrice. Pendant qu'on s'en occupait, le petit malade fut nourri avec du lait de vache, de petites soupes, du bouillon gras, et un peu de vin. Il se trouva si bien de ce régime, que pendant trois semaines il ne prit point de convulsions. Il fut alors remis à une seconde nourrice et il avait six mois. Cette dernière ne tarda pas à prendre ses règles, pendant la durée desquelles son lait était toujours abondant , mais plus séreux. L'enfant téta avidement, il grandit beaucoup ; mais il ne prit point de forces. Bientôt les convulsions reparurent, et elles revinrent tous les huit jours , excepté à l'époque de la menstruation qu'elles étaient plus fréquentes. Cet état dura jusqu'au mois d'avril 1836, époque à laquelle l'enfant fut sevré. Depuis ce moment, il conserve une susceptibilité nerveuse très-grande. Un bruit subit et un peu fort le fait tressaillir ; mais il ne prend que bien rarement des convulsions, qui durent au plus une minute ou deux, et qui vont en s'éloignant, sans laisser rien de fâcheux après elles.

Si nous cherchons le point de départ et la cause des convulsions chez cet enfant, nous ne trouverons aucun organe essentiellement affecté. Tous exécutaient leurs fonctions avec régularité j nulle part nous ne trouvons les traces d'une inflammation ou de tout autre état morbide, aigu ou chronique, qui puisse s'y faire établir. Le cer-

\eau, les pournoos, le cœur et l'appareil digestif étaient intacts. Ce n'est donc pas dans ces organes ni dans aucun autre, qu'on peut trouver l'existence d'une irritation quelconque, qui aurait pu produire les convulsions. Le système nerveux cérébral était seul devenu plus mobile et plus irritable, d'abord par la privation du lait qui manquait à la première nourrice, et en second lieu, par la mauvaise qualité du lait séreux de la seconde, qui d'ailleurs était réglée. Ce qui le prouve, c'est la disparition des convulsions pendant les trois semaines qu'il n'eut point de nourrice, et leur presque disparition depuis qu'il est sevré. Ici, comme dans les cas précédents, la cause directe des convulsions a résidé dans le système nerveux seulement ; c'est un cas de convulsion sine materiâ, comme disait Willis. Ce sont des cas semblables qui ont fait regarder les convulsions comme maladie essentielle, et qui, encore aujourd'hui, portent quelques modernes à les regarder comme telle. Cependant je ferai observer que le système nerveux portait en lui son principe d'excitation, et que cette susceptibilité, ou plutôt cette irritabilité lui venait d'une double cause de souffiance, la privation d'abord, et ensuite la mauvaise qualité du lait. Une fois que cesyslème est enrayé dans cette voie d'excitabilité, il la conserve et la rend constitutionnelle, si la cause n'en est pas combattue assez promptement. Alors le sujet reste disposé aux convulsions, sans

OBSERVATIONS ET RJÉFLEXIONS. 123

cause apparente connue ; il est dans Tëtat de con- \uKsionnabilite de Baumes.

Puisqu'un mauvais régime a été la cause de cette disposition, c'est à lui qu'il a fallu s'en prendre pour la combattre. C'est en effet ce qui est arrivé. Dans le fait cité, nous vovons les bons effets qu'a produits une meilleure alimentation. Combien cet exemple doit nous tenir en garde contre les nourrices mercenaires, toutes intéressées à tromper, puisque leur salaire est altaclié au nombre de mois qu'elles allaitent! 11 est donc bien essentiel de les surveiller attentivement, et de ne pas balancer à en prendre une nouvelle aussitôt qu'on s'aperçoit des mauvais effets de leur lait; ce serait un crime d'en agir autrement. Quoique beaucoup de nourrices aient leurs menstrues sans nuire à leurs nourrissons, il en est quelques-unes chez lesquelles cette hémorrbagie périodique vicie le lait de deux manières; d'abord en produisant une sorte de révulsion, qui lui enlève une partie de ses matériaux et qui le rend plus séreux ; en second lieu , en lui donnant quelquefois des qualités vraiment délétères. Bien des fois j'ai vu des dévoiements abondants être occasionnés par ce lait plus séreux. Bien souvent aussi j'ai vu des convulsions, des coliques violentes, des vomissements, et des éruptions très-étendues, être le résultat du lait vicié de cette époque. De façon que sans regarder comme mauvaises toutes les nourrices qui ont leurs règles, il est important de bien surveiller les enfants qui leur sont con-

fiés. Nous aurons occasion de revenir plus loin sur les mauvais effets du régime des enfants.

Obs. VI. Madame Bouvra avait deux filles juînelles, qu'elle avait nourries elle-même, et qui s'aimaient d'une manière remarquable. Elles étaient âgées de près de cinq ans. L'une d'elles s'opiniâtra un jour, et fut corrigée devant ses compagnes. Elle en fut si outrée que sa colère se changea bientôt en crise de convulsions. Elle demeura trois heures dans cet état. Sa sœur, présente à son agitation, la regardait d'un œil fixe et sec; elle était immobile et paraissait étrangère à tout le reste. Enfin elle se jeta dans les bras de sa mère, et s'abandonna à tous les mouvements des convulsions les plus désordonnées ; de sorte que les deux sœurs se trouvèrent malades à la fois. L'aînée, sans connaissance, avait les veux ha^^ards et roulants, et la seconde conservait toute sa connaissance. Les soins furent prodigués à Tune et à l'autre. (Pm^^ de zinc iiisquiame dans une cuillerée de potion antispasmodique, et de plus, chez l'aînée, application de la moutarde aux pieds. )Ui\\née ne commença à éprouver du soulagement qu'après trois heures. La deuxième se calmait un moment, et elle n'était agitée que de quelques mouvements vagues et légers; mais, les regards fixés sur sa sœur, elle la contemplait un instant , et retombait dans

son agitation première. Elle eut de cette manière quatre crises successives et très-rapprochées. Je la fis emporter dans une chambre voisine; elle fut bientôt tranquille, quoique sa sœur continuât d'être agitée pendant encore une heure. Celle-ci conserva aussi, pendant quelques jours, un mal de léte considérable, et un air morose qui contrastait avec sa gaité habituelle.

Deux exemples de convulsions se trouvent ici réunis. Dans l'un, la maladie a reconnu pour cause un mouvement de colère qui, chez la jeune Bouvra , a produit sur le cerveau le mode d'irritation nécessaire au développement des convulsions. Dans l'autre, il n'y a point eu de colère, la simple vue de sa sœur malade a suffi pour faire naître les convulsions. Cette vue a pu causer un effet profond, un sentiment vif de peine ou de frayeur, qui aura produit le mal. Peut-être aussi n'est-ce que par imitation que les convulsions se sont développées chez cette petite fille ; ce qui me porte à le croire, c'est que les convulsions se renouvelaient chaque fois qu'elle regardait sa sœur. Alors certainement il n'y avait plus frayeur, il n'y avait qu'imitation, ou, si l'on veut, sympathie morale.

Cette cause des convulsions n'étonnera point chez les enfants , qu'on sait si disposés à l'imitation, à la mimique. Je connais un enfant de douze ans qui a contracté l'habitude de clignoter sans discontinuer , parce que , dans sa

Î26 CONVULSIOIYS DES ENFANTS.

pension , il se trouve placé en face d'un élève qui est sujet à ce tic désagréable. J'ai yu ce fait plusieurs fois.

Les convulsions par frayeur sont plus violentes que n'étaient celles de la jeune Bouvra. Le plus ordinairement cette cause occasionne les convulsions avec perte de connaissance , l'éclampsie, ainsi que l'ainée l'a éprouvé. Les exemples de convulsions par imitation ne sont point rares ; j'en ai vu plusieurs fois. On peut leur rapporter l'observation si connue de Rauw Boerbaave i , au sujet des convulsions dont tous les enfants de la maison de Charité de Harlem furent pris pour avoir vu l'un d'eux en convulsion. Il en est de même du fait curieux rapporté par Nicole ^ , d'un couvent entier dans lequel les religieuses étaient prises a la même heure d'un miaulement insurmontable. Dans une lettre insérée dans le Journal de Trévoux 3, Freind cite l'observation de deux familles dont les individus furent pris successivement de mouvements convulsifs pendant lesquels ils imitaient les aboiements d'un chien. Il ne vit là qu'une maladie naturelle, contre l'opinion de bien des gens; mais, moins habile que Boerbaave, il ne connut point la sympathie morale ni l'influence de l'imagination, et il ne sut point en tirer parti. Leluat, chirurgien à Bayeux, a vu , dans l'hôpital de celte ville, les convulsions

1 Impel. faciens , § 406.

2 Naiiiralis, des Convuls. , Soleure , 1733, t. ii, p. 116.

3 Novembre 1701, p. 261.

commencer par un soldat, et s'étendre successivement à un grand nombre. Ses recherches pour en connaître la cause ont été vaines, et il présume qu'elle fut un poison stupéfiant. Cependant ceux qui étaient pris, en cherchant à contenir leurs camarades , ne laissaient point de doute sur la communication par sympathie. Dans la fameuse affaire des possédés de Loudun , s'il y eut des agents provocateurs, il y eut aussi des imitateurs involontaires et de bonne foi : multa ficta , pauca vera, à dœmone nulla. J'ai vu l'année dernière une femme hystérique communiquer par imitation sa maladie à plusieurs malades de la même salle. Ce fait a été consigné dans le compte-rendu de l'administration.

Les convulsions imitatives se conçoivent encore; mais ce qu'il y a de plus surprenant, c'est de voir des convulsions simulées imprimer au sys» tème nerveux l'habitude de l'agitation, et devenir réelles et involontaires. Tissot en a vu des exemples.

Le traitement ne devait consister qu'en moyens calmants, et je n'ai eu recours qu'au mélange de zinc jusquiame; ce moyen seul a réussi chez la deuxième, et peut-être même a-t-il été inutile : le simple éloignement de la présence de sa sœur malade, aurait probablement suffi, puisque les convulsions n'ont plus reparu dès qu'elle en a été séparée. Chez l'aînée, j'ai fait mettre la moutarde aux pieds : chez elle l'excitation était plus forte , l'encéphale paraissait profondément af-

fectë; il fallait détourner l'irritation, l'éloigner du siège qu'elle voulait occuper, et pour cela les révulsifs devenaient nécessaires.

Obs. VII. Mariette Viallet étant sortie malgré la défense de sa mère , pour aller jouer dans la cour avec d'autres enfants. Madame Viallet s'aperçut de son évasion , et fut la chercher. En la ramenant, elle la gronda sévèrement et la menaça du fouet. Cette petite fille, intimidée, tomba en entrant dans la maison , et s'agita d'une manière effrayante : elle n'entendait point; les yeux roulaient dans les orbites, el la pupille était dilatée; îes contractions des muscles de la face faisaient exécuter mille grimaces; les membres s'agitaient dans tous les sens. Elle ne parlait ni n'avalait. Le système capillaire de la face était injecté, et le pouls excessivement vite et concentré. Les commères firent placer la malade nue sur une table de marbre, qui ne fît que la refroidir. J'envoyai chercher une baignoire et de l'eau chaude, et j'y plongeai l'enfant. Bientôt la connaissance sembla revenir; les yeux ne furent plus aussi agités, et les contractions des membres furent moins violentes et moins variées. On put faire avaler quelques gouttes d'une potion antispasmodique. Peu à peu l'agitation générale cessa. On sortit la petite Mariette du bain , et on la mit dans un lit Jjien chaud. Les membres exécutèrent encore de

ioiii en loin quelques mouvements; la figure fut agitée pendant toute la journée; les traits ne cessèrent d'être tirés tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et de la manière la plus brusque et la plus irrégulière. Enfin elle s'endormit, et ces derniers mouvements finirent par s'arrêter; les muscles de la face s'endormirent aussi. Le lendemain , la petite Viallet était brisée; elle put à peine sortir du lit.

Cette convulsion était générale et avec perte de connaissance : c'était une éclampsie. On y trouve tous les caractères des convulsions , et aucun de l'épilepsie, excepté la perte de connaissance. Ce fait est donc précieux pour nous apprendre à isoler l'éclampsie de l'épilepsie, et à la rattacher à sa classe naturelle , aux convulsions. Nous y voyons la connaissance revenir, les mouvements convulsifs persister après, et ne diminuer que peu à peu , et au bout de plusieurs heures. Il nous apprend que la perte de connaissance est le plus haut degré d'intensité des convulsions , puisqu'elle n'a existé que dans le moment de la plus grande violence du mal, et que les autres symptômes n'ont pas fini avec son retour. Aussi l'impression faite sur le cerveau estelle plus grande, et, en général, l'éclampsie annonce-t-elle plus de gravité de la maladie.

La crainte d'être corrigée a été la cause des convulsions. L'émotion vive qui en est résultée a agi avec tant de violence s\iv l'encéphale de

noire petite malade, qu'elle y a produit une impression profonde, elle en a ébranlé la texture délicate , et le cerveau troublé a réagi de la manière la plus désordonnée. Ici la cause a agi directement sur l'organe malade, sur le cerveau. C'est un des cas où la maladie pourrait être regardée comme idiopathique, puisqu'aucun autre organe n'a souffert , et qu'il n'y a pas eu réflexion sympatbique d'un organe sur un autre.

La malade a été étendue sur une table de marbre. Cette liabitude est assez répandue dans plusieurs pays; et à la campagne, où le marbre est rare , on se sert d'une table de noyer bien polie, parce que ce bois étant très-dense, se rapproche davantage du marbre pour les effets qu'il produit sur le corps. Le marbre cause une impression vive de froid qui rompt le mode de sensation du cerveau , par une sensation forte et différente sur l'organe cutané. Les bonnes gens croient franchement à l'existence d'une propriété anticonuuîsive dans le marbre ou le noyer. Cette pratique réussit rarement; et si la première impression du froid ne calme pas la convulsion , une exposition trop prolongée sur ces corps froids , en crispant le système capillaire cutané, en refroidissant les membres et le corps, opère une concentration des liquides à l'intérieur et au cerveau. Cette concentration , cette congestion peuvent ajouter au mal et le rendre plus grave.

J'ai fait placer la malade dans un bain tiède. Quoique je craignisse une congestion cérébrale,

OBSERVATIONS ET RÉFLEXÏOIfS. 131

je n'ai point voulu commencer par les révulsifs sur les membres inférieurs : j'ai pensé qu'en rétablissant la chaleur dans tout le corps, en dilatant le système capillaire cutané au moyen du bain chaud, je remplirais plus sûrement le but désiré : je trouvais de plus au bain l'avantage d'agir comme calmant. Comme antispasmodique je n'ai prescrit que l'éther et l'eau de fleur d'oranger. Je n'y ai pas même joint les prises de zinc jusquiam,e.

Une circonstance qui mérite la plus grande attention, c'est que la cause du mal est toute morale. Cette réflexion nous portera à mettre en usage tout ce que la médecine morale offre de plus capable de rassurer le jeune malade. On le consolera; on lui fera voir que sa frayeur a été mal fondée ; on lui montrera toute la bienveil* lance imaginable; on ne l'abandonnera point seul et au milieu des ténèbres; on l'éloignera de tout objet hideux et dégoûtant, et, s'il est nécessaire, on le changera de chambre, de pays.

Ce n'est point chez les enfants qu'il faut chercher ces fameux exemples des grandes passions dont la collection serait la critique la plus sévère de l'espèce humaine. Leur grande mobilité les en garantit, qui colUgit ac ponit iram temerè ^ et mutatur in horas ; mais pour y être moins exposés, ils n'en Sont pas exempts. De toutes, c'est la frayeur qui est la plus fréquente. L'enfant est trop faible pour résister, il sent son impuissance, et cette conviction décide la frayeur , la crainte et la terreur. Aussi les trois quarts des maladies

convulsives occasionnées par les passions , sontelles le produit de la frayeur.

M. Gapuron a vu le fils d'un perruquier, effrayé de la mort subite d'un banquier, tomber dans un accès de convulsions auxquelles il resta sujet, et que rien ne put dissiper que le changement d'air, les voyages.

M. le docteur Bonnet raconte qu'un enfant de huit ans , frappé de terreur par une explosion violente et des débris qui tombaient autour de lui, éprouva depuis lors des mouvements convulsifs qui se renouvelaient de temps en temps , et eut le sommeil extrêmement léger i.

On voit , dans la quatrième observation de Fr. Hoffmann , la frayeur causée par l'apparition d'un spectre, produire les convulsions.

M. Baumes ^ rapporte qu'un enfant âgé de dix-neuf mois fut tellement effrayé d'avoir été renversé par un âne chargé de fagots, que l'idée de sa frayeur le poursuivit constamment; on eut de la peine à l'endormir, et enfin les convulsions se manifestèrent : c'était une éclampsie. Le zinc remédia aux accidents et fut continué pendant plusieurs jours.

Tissot 3 a puisé dans les journaux de 1777 l'observation d'un jeune homme de quatorze ans , qui fut pris d'accidents singuliers de con-

1 Difisertadon sur les passions considérées comme l'U'ment essentiel des mcdadies , 1818, [i. GO, 14* observai.

- Traitd de la première dentiiion , p. 218. •^ Traitd des Nerfs, t. u , p. 388.

vulsions, tétanos, etc. pour avoir vu le supplice de Desîile. Deux abcès au rein firent tout disparaître au moment oii on le croyait désespéré. Il cite plusieurs faits analogues.

Allieti rapporte qu'une fille de dix ans, effrayée par un homme qui volait des herbes dans le jardin de son père, fut prise d'accès d'éclampsie qui se renouvelèrent tous les jours avec des circonstances tout-à-fait remarquables: il y eut, entre autres choses, un jeûne de trente-trois jours.

StoU ^ a décrit, sous le nom de convulsio ex terrore^ l'histoire d'un enfant de huit ans qui fut effrayé par un spectre simulé , et tomba en convulsion.

Dé Haen s raconte qu'un enfant de six ans fut tellement épouvanté par un chien qui sauta sur lui, que, pendant trois jours, il fut pris de paroxysmes de convulsions presque continuels. Ne fut-ce pas une espèce de convulsion causée par la frayeur, que cet effort du fils de Crésus qui s'écria: Soldat^ épargne Crésus l On trouve dans Galien, ZacutusLusitanus,Tulpius, etc., beaucoup de faits de convulsions causées par la frayeur. Si nous voulions adjoindre les cas d'épilépsie qui ont reconnu la même cause, nous trouverions dans Tissot et Maisonneuve une ample collection de faits à citer : car l'épilepsie reconnaît le plus souvent cette cause.

1 Ancien Journ. de Méd. , 1762 , t. xvii , p. 432.

2 Pars lii, (/e Quibusdam affectibus nervosls, obs. vi. ^ Pars V, cap, iv, t. u , p. 393.

134 coNvuLsioj^rs dès enfants.

Âpres la frayeur, la colère est la passion à laquelle les enfants sont le plus exposés. Elle n'est pas de longue durée, mais elle est quelquefois extrême, et cause d'autant plus de ravages qu'elle trouve des organes tendres, délicats, et très-disposés à la. mobilité. Aussi tous les jours on voit des enfants prendre de véritables convulsions à la suite de leurs petites colères ou de leurs cris de fureur ; car chez eux la colère s'accompagne de cris : leur impuissance ne leur laisse guère que cette manière de la manifester. Alors il y a à la fois , 1° excitation directe de l'encéphale par l'effet même de la colère ; 2° congestion cérébrale résultant des cris que pousse l'enfant. Tulpius nous en fournit une observation dans cette fille de cinq ans qui lança un regard d'indignation sur sa sœur qui l'avait provoquée, et resta immobile, etc. '

Il ne faut pas croire que les passions violentes agissent seules sur le physique de l'enfant ; les passions tristes, profondes, n'y agissent pas moins. Leurs effets, pour être plus lents, n'en sont pas moins certains. Voyez Hippocrate et Erasistrate reconnaître au pouls le fâcheux amour, l'un de Perdicas pour Phila , une des femmes de son père, et l'autre, celui d'Antiochus pour Stratonice, qui était aussi femme de Seleucus , son père.

Sous le rapport de leurs effets, on pourrait distinguer ces passions en actives ou aiguës, et en chroniques ou lentes : les premières produiront elles-mêmes, plus facilement et sur-le-champ,

OBSERVATIONS ET RiFLEXIO]^rS. 135

les convulsions ; les secondes mettront plutôt le système nerveux dans un état de susceptibilité qui favorisera l'action des autres causes, ou qui ne parviendra que lentement à occasionner les convulsions.

Obs. VIII. Le fils de madame Gérard devint triste et maigrit à vue d'œil aussitôt qu'on eut retiré sa sœur de nourrice. Sa susceptibilité nerveuse fut portée au point de le faire tomber en convulsion toutes les fois qu'il voyait faire quelques caresses à cette jeune sœur. Je conseillai les prises de zinc et jusquiame, et surtout la séparation d'avec sa sœur. Il fut renvoyé à la campagne ; sa gaîté revint, les convulsions cessèrent, et il reprit toute sa santé.

Cette jalousie de la part des enfants est plus fréquente qu'on ne pense. J'ai eu plus d'une fois occasion d'en observer les fâcheux effets. Le simple refus d'un joujou , d'un vêtement , d'un mets désiré , peut être la cause de chagrin , de jalousie, et donner lieu aux convulsions.

Obs. IX. Madame Sottison allaitait son fils, âgé de six mois, fort et d'une belle santé. Jamais il n'avait éprouvé la moindre indisposition, lorsque, jouant dans les bras de sa mère, il est pris tout-

à-coup, sans cause connue, de convulsions trèsfortes. Il se renverse et s'agite par secousses violentes; sa figure devient d'un rouge fonce; il roule les yeux, derrière les paupières presque fermées ; il fait des grimaces horribles et ne peut rien avaler, quoique son gosier exécute avec bruit des mouvements analogues à ceux de la déglutition. On court chercher une potion chez le pharmacien, on frictionne Tenfant, on l'enveloppe de linges chauds. Le mal redouble, et après une heure et demie la respiration devient stertoreuse, excessivement gênée; l'abdomen est agité d'un mouvement ondulatoire tout-à-fait singulier; au milieu de la plus grande violence du mal, l'enfant s'étend, se roidit et ne bouge plus. 11 était mort lorsque j'arrivai. J'administrai un lavement avec la décoction de tabac, je fis appliquer la moutarde aux pieds, aux jambes et aux -cuisses ; je conseillai de laisser de temps en temps tomber une petite goutte d'éther dans les fosses nasales, et d'entretenir la chaleur du corps. Tout fut inutile.

Vingt-cinq heures après, je fis l'autopsie du cadavre. Les assurances de la mère, que rien ne pouvait avoir donné lieu à cette perfide maladie, et que l'enfant se portait bien lorsque le mal avait commencé, me rendirent très-scrupuleux dans l'examen de tous les organes. L'abdomen ne présenta rien qui inspirât le moindre soupçon. Le cœur, les poumons, la trachée-artère, le larynx, n'offrirent rien non plus. La bouche, le

pharynx, les fosses nasales, tout fut trouvé intact. Les vaisseaux cérébraux, ceux des enveloppes comme ceux de l'intérieur , étaient gorgés de sang ; la substance du cerveau était assez ferme , et en la coupant , des stries de sang sortaient de tous les points de la section, et démontraient partout cet état de congestion des vaisseaux. Nulle part il n'y avait ni dépôt, ni épanchement, ni sérosité accumulée, ni changement de couleur ou de consistance.

La cause des convulsions chez cet enfant est un peu difficile à trouver : il était d'une vigoureuse constitution et il n'avait jamais été malade. Sa mère n'avait éprouvé ni chagrin , ni émotion qui pût rendre son lait nuisible. L'autopsie nous démontre une congestion sanguine bien apparente dans les vaisseaux cérébraux : a-t-elle été la cause ou l'effet des convulsions ? Est-ce l'abord plus considérable du sang au cerveau, qui a excité cet organe; ou bien est-ce l'encéphale excité qui a appelé plus de sang à lui; ou enfin ces deux causes y ont-elles participé? Puisque l'auîopsie ni les circonstances antécédentes ne peuvent nous éclairer, nous ne pouvons que nous reporter au moment oii les convulsions ont commencé. L'enfant jouait et riait beaucoup. Ce rire ne peutil pas nous expliquer la congestion ? Quand on rit la circulation est accélérée , et cependant le sang veineux traverse moins facilement les poumons. Il y avait dans ce moment, l'^ abord de

plus de sang artériel au cerveau , puisque les contractions du cœur étaient plus rapprochées; 29 stase d'une plus grande quantité de sang veineux. Voyez un homme rire, comme on dit, à gorge déployée; sa figure rougit, ses veines se gonflent, et la congestion extérieure indique la congestion intérieure, qui pourrait aller jusqu'à causer une apoplexie si ce rire ne cessait. Nous pourrions donc, avec vraisemblance, regarder l'abord du sang artériel et la stase du sang veineux comme une cause d'irritation de l'encéphale. Une fois irrité, ce viscère a opéré les convulsions, et en appelant à lui plus de sang, il est devenu un centre de fluxion. La congestion a été brusque, la compression subite et l'anéantissement des fondions cérébrales et de la vie en ont été la conséquence. C'est dans ces cas qu'il faut user d'une grande prudence, et ne pas se presser de déclarer la mort d'un individu qui, peut-être, eût été rappelé à la vie si on ne l'eût pas trop tôt abandonné.

Il n'y a pas eu de traitement : ce qu'on a fait est insignifiant. Ce qu'il aurait fallu faire, c'était un dégorgement complet du cerveau , c'était une saignée abondante; mais comme les mouvements de l'enfant et le peu de développement des veines rendent la phlébotomie très-difficile , il eût fallu appliquer les sangsues d'abord aux tempes ou au cou pour agir promptement sur l'organe malade, et ensuite sur une partie plus éloignée pour rompre la direction fluxionnaire.

OBSERVATIONS ET RlÉFLEXIONS. 139

Obs. X. La fille de M. Lecour, âgée de six mois, fut prise subitement, en jouant avec sa nourrice, de convulsions générales, avec perle de connaissance. Tout annonçait l'éclampsie comme cbez le fils Soîtison. On envoya en même temps cbez plusieurs médecins ; je pus seul me rendre auprès de la malade. ( Deux sangsues aux tempes i jambes en^>eloppées de moutarde,^ Peu à peu les accidents s'amendèrent, quelques mouvements des lèvres analogues au mouvement de téter eurent lieu; je fis présenter le sein; l'enfant le saisit d'abord faiblement. Une potion calmante fut ordonnée par M. Montain , qui arriva. Le mieux alla en augmentant. Cependant quelques mouvements convulsifs eurent lieu de temps en temps. Six beures plus tard , un peu d'assoupissement survint, la figure se colora : les craintes d'une nouvelle crise décidèrent à prescrire de nouvelles sangsues , qui furent mises au cou. Après leur effet, la petite malade s'endormit et téta comme à son ordinaire , cependant avec moins de courage. Il n'y eut plus de convulsion. Cette intéressante enfant, dont la naissance a causé la mort de sa mère , jouit depuis lors de la santé la plus belle. Peut-être aurait-elle éprouvé le sort de l'enfant Sottison si , comme cbez celuici, les secours convenables ne lui eussent pas été administrés sur-le-cbamp. Comme lui elle avait tous les caractères du tempérament sanguin , et le moindre retard eût favorisé une congestion mor-

îelle, ou tout au moins une inflammation trèsgrave.

Le danger des congestions cérébrales a été signalé par beaucoup d'auteurs, et quelques-uns les ont assimilées à Tapoplexie des vieillards, avec cette différence qu'il se fait peu d'épanchements chez les enfants, et qu'il en résulte peu de paralysies. M. Baumes i a vu la paralysie suivre immédiatement les convulsions; il pense que la congestion sanguine peut occasionner l'apoplexie et la paralysie , et que les enfants qui meurent dans une crise de convulsion meurent apoplectiques. Cette espèce de confusion vient de ce qu'on ne s'est pas bien entendu. Si on ne veut donner le nom d'apoplexie qu'au seul épancliement sanguin dans le cerveau, on a raison de regarder cette maladie comme bien rare chez les enfants. Si, au contraire, on étend l'acception de ce mot à toute espèce de compression du cerveau , rien ne sera, chez les enfants , plus commun que l'apoplexie ; car les mêmes phénomènes seront fréquemment le résultat d'une arachnitis, d'une encéphalite , d'un hydrocéphalite , etc., etc. Il me suffit d'avoir indiqué ces diverses manières de voir, et d'avoir fait ressortir la cause de ces différences.

^ Traild de la première dentition , page 249.

Obs. XI. Stéphane Dugueyt , âgé de quatre ans et quelques mois , d'un tempérament nerveuxsanguin , excessivement actif et intelligent, va passer la journée chez son aïeul, où il joue beaucoup. Le soir, il faisait un peu frais lorsqu'on le ramena chez lui. Le lendemain, il est pris d'un mouvement de fièvre avec céphalalgie. Rien ne paraissait alarmant; une boisson délayante est prescrite. Le soir, la fièvre est plus forte, la face est rouge, la peau chaude, et il y a somnolence; aucune place ne lui paraît bonne, il se retourne à chaque instant sans s'éveiller. A minuit, l'agitation devient tout-à-fait convulsive, et un violent paroxysme d'éclampsie a lieu : figure d'un rouge foncé, perte de connaissance, et alternative de roideur et de mouvements de tout le corps. M. Cartier fait appliquer quatre sangsues au cou , place la moutarde aux membres inférieurs et prescrit une potion antispasmodique. A mesure que le sang coule la connaissance revient , et les convulsions cessent après une heure et demie de durée. Le reste de la nuit se passe bien. Dans la matinée, l'assoupissement recommence, et à dix heures et demie, nouveau paroxysme d'éclampsie. Le docteur Mortier et moi, nous faisons mordre six sangsues qui donnent bien. Nous ajoutons quelques grains de calomélas à la potion ; sinapismes aux jambes. Les convulsions sont arrêtées, mais la somnolence persiste, et lorsqu'on l'éveille, Stéphane reconnaît tout le monde. Le soir, le petit malade, assez calme, s'agite moins, et reprend pour dor-

mir sa position habituelle. La nuit est bonne. Le matin , M. Cartier désire remplacer les sinapismes par un révulsif fixe; un vésicatoire est appliqué à une jambe. Pendant la journée, Stéphane joue sur son lit. Le soir, il y a un peu de chaleur, une légère exacerbation , et un peu de somnolence. Le matin, le malade était aussi bien qu'on pût le désirer. La convalescence a marché avec rapidité, et au bout de cinq ou six jours, la pâleur était la seule trace de la maladie.

Obs. XII. Le 15 décembre 1822, le fils de M. Cambon, âgé de deux ans et demi, gros, re» plet, d'un tempérament sanguin, et fort irascible, devient grogneur et ressent un peu de fièvre sans cause connue. Il est brûlant et ne veut point quitter les genoux de sa mère. A six heures du soir, je le trouvai dans un état de sommeil apparent, dont il sortait au moindre mouvement pour crier. La figure était rouge , le pouls fort et irrégulier, la cornée semblait se promener sous les paupières, aucun mouvement dans les traits de la face. Cet état du pouls et des yeux me fit craindre des convulsions. {Boisson délayante et potion calmante.) S'w s'àu^snes et des sinapismes sont mis en réserve pour parer aux accidents convnlsifs qui pourraient survenir. Pendant que j'examinais la figure de l'enfant, qui prenait insensiblement une expression de

terreur, quelques légers mouvements commençaient à se manifester. Tout-à-coup il ouvre les yeux, se roidit et s'agite; on veut lui parler, il n'entend pas : c'était un véritable accès d'éclampsie. Les six sangsues furent appliquées sur le devant du cou, et on laissa le sang couler abondamment. Les pieds furent en même temps enveloppés de moutarde. En moins de deux heures tous ces symptômes alarmants avaient disparu : le petit malade , réveillé , n'ouvrit la bouche que pour demander à manger. Vainement on s'efforçait de le distraire par toute sorte d'amusements , il fallut céder dans la crainte de voir les convulsions reparaître sous une autre forme et par une autre cause. Le lendemain, le petit malade ne désirait toujours que nourriture : on le modéra autant qu'il fut possible. La guérison ne fut entravée par rien d'inquiétant.

Dans ces deux observations, que j'ai réunies à cause de leur analogie, nous voyons deux enfants bien portants et d'une forteconstitution, tous deux gros, frais, colorés et d'une intelligence précoce. Chez tous les deux le cerveau était très développé et le système sanguin ne l'était pas moins. Ils étaient prédisposés aux affections cérébrales, et le système sanguin devait leur imprimer son cachet. Nous voyons le mouvement fébrile commencer, le sang se porter à la tête et y produire de l'assoupissement , et bientôt y déterminer un mode d'irritation plus grand et les convulsions. Si j'at-

144 CONVULSIOINS DES LNFANTS.

tribiie les convulsions à la présence du sang dans le cerveau, sans parler d'une irritation antérieure, c'est qu'en supposant que cette irritation ait existé, ce que je ne nie point, elle ne détruit pas la part active que le système sanguin y a prise. Les sangsues sont appliquées en grand nombre au dernier malade, et de suite les accidents cessent pour ne plus reparaître. Aussitôt qiie le sang en excès n'a plus irrité le cerveau , il est rentré dans son rhythme normal : le sang était donc la cause matérielle du mal. Chez le premier, presque la moitié plus âgé, les sangsues sont appliquées avec plus de timidité, et ne produisent qu'un calme momentané : aussi les accidents ont recommencé dès qu'une nouvelle masse de sang a pu rempla^ cer celle qui avait été soustraite, et il a fallu recommencer l'évacuation sanguine , et la faire assez abondante pour que le système sanguin ne fut plus dans le cas de nuire encore au cerveau. Nous pouvons donc, sans crainte de nous tromper , regarder ces deux cas de convulsions comme des convulsions pléthoriques : c'est la pléthore locale , la congestion cérébrale, qui a été la véritable et seule cause de la maladie.

D'après cette manière de voir, l'indication était facile : il fallait soustraire la cause matérielle des convulsions : la saignée était le seul moyen à employer. J'eusse préféré la saignée par la lancette , sans la difficulté de la pratiquer chez un enfant, surlout quand il est agité de convulsions. J'insisterai sur la nécessité de produire de suite un dé-

gorgement suffisant. Il est toujours à craindre qu'en ne le faisant qu'à demi, les accidents ne se renouvellent, et que ce qui n'est d'abord que congestion sanguine ne se transforme par la durée en véritable inflammation : il est alors bien plus difficile d'en calculer les résultats. C'est pour faire sentir l'importance de ce conseil que j'ai rapproché ces deux faits. Les sinapismes ont été appliqués aux membres inférieurs; ils ne doivent jamais être négligés ; ils déplacent l'irritation , la transportent sur un point éloigné et concoirrent puissamment à la guérison. Les autres médicaments, sans être d*une nécessité absolue , conviennent également; il est toujours important de s'entourer de tous les moyens dont on a quelque chose à espérer, et Tirritation nerveuse ne doit pas être négligée. Si le calomélas a été administré chez le filsDugueyt, c'était dans l'intention d'agir sur le tube intestinal et d'y produire un effet révulsif: il devait agir comme purgatif. Peut-être a-t-il sur l'encéphale une action particulière qui n'a pas encore pu être bien appréciée, que beaucoup d'auteurs lui ont reconnue, que l'observation semble sanctionner quelquefois , tandis que d'autres fois elle tend à en faire rejeter l'existence. Parmi les calmants, on choisira ceux qui ne sont point narcotiques ; on proscrira ces derniers, et surtout l'opium, qui augmenterait la congestion sanguine, puisque suivant l'opinion de Carminali, il la favorise lorsqu'elle n'existe pas. Cette remarque est devenue une vérité banale. Comme la

146 CONVIJLSIO]>fS DES ENFANTS.

congestion cérébrale détermine souvent un mouvement fébrile, quelques auteurs ont pensé devoir exclure les opiacés toutes les fois qu'il y a fièvre. Mais ce précepte est beaucoup trop général : bien des fois les narcotiques conviendront quoiqu'il y ait fièvre, parce qu'alors elle sera indépendante d'une congestion cérébrale, et liée à l'irritation d'un autre organe, ou du système nerveux ganglionaire. Cette excitation peut être le résultat de toute cause irritante qui agira longuement, par exemple , la dentition , qui bien souvent , au lieu d'appeler les fluides à la léte, ne fait qu'exaspérer le système nerveux cérébral. Cette espèce àe fièvre nerç>euse ne se combat efficacement que par les boissons délayantes, les bains, l'opium.

Les convulsions pléthoriques ou par congestion sanguine sont fréquentes chez les nouveaux-nés, lorsqu'en liant trop tôt le cordon ombilical, on ne donne pas au système sanguin le temps de se dégorger suffisamment; et, suivant Smélliei, lorsque la tète a été un peu déformée par son séjour prolongé dans un bassin étroit. Il en cite trois observations dans lesquelles les enfants ont guéri par des saignées au cou ou par Tombilic. Il ajoute trop d'importance à la légère déformation de la tète, puisqu'il a guéri les enfants par les dégorgements sanguins. A coup sûr, les saignées n'ont pas ramené la tète à sa forme primitive; elles n'ont que dégorgé le système sanguin et combat tu la pléthore cérébrale

' Tome III , Tvaitédi'n Accouchements t page 504.

primitive. Il avait déjà i donné plus haut le précepte de combattre ces convulsions par les évacuations sanguines, et de les prévenir en laissant couler par le cordon trois ou quatre cuillerées de sang avant de le lier.

Les convulsions par pléthore sont les plus fréquentes; depuis Hippocrate, tous les auteurs les ont classées dans les convulsions par réplétion , com^ulsio à repletione 2. Le docteur Monginot 3 a vu la fille de madame R... prise de temps en temps de convulsions violentes, avec céphalalgie et fièvre intense , qui se dissipaient par une hémorrhagie abondante par la bouche, par le nez, par les oreilles et par les yeux. Si nous avions besoin d'autres faits semblables, Rhodius, Rivière , etc. , nous en fourniraient abondamment. M. Th. Guibert ^ vient d'en publier de nouveaux faits très-intéressants dans lesquels il fait connaître les différentes complications de celte affection. Mais qu'est-il besoin d'emprunter ailleurs ce que l'observation place tous les jours sous les yeux du praticien ?

Tout ce qui augmentera la pléthore des enfants sera regardé comme une cause de convulsions. Ainsi un régime trop abondant et trop succulent, en fournissant beaucoup de chyle, fera beaucoup de sang, et disposera aux convulsions

* Tome I , pages 63 et 462.

2 Hippocrate , Aphorisme 39, sect. vi.

3 Journal de Trévoux, juin 1701, page 180.

* l^oufelles observaiiom de congestion cdrébrale chez les enfanis, 1829,

plëlhoi'iques , ou même les occasionnera. Ainsi , selon la remarque d'Aristote ^ , une nourrice grasse , en fournissant un lait épais et trop nourrissant , sera nuisible à son nourrisson et le disposera aux convulsions. Tout ce qui augmentera la pléthore locale de la tête, deviendra aussi cause de convulsions; c'est ainsi qu'agira quelquefois la dentition, une toux nerveuse, des cris , des efforts , la compression des vaisseaux cervicaux. J'ai vu tomber, agité de violentes convulsions, un camarade d'école qui avait serré sa cravate avec force. Cette espèce de convulsion forme l'éclampsie pléthorique de Sauvages , de Baumes, et de la plupart des auteurs.

Il est une remarque bien essentielle et qui est propre à faire éviter une méprise , qui deviendrait fâcheuse en donnant au mal le temps de faire des progrès irrémédiables : c'est que la congestion sanguine cérébrale ne s'annonce pas toujours par la coloration de la face. Quelquefois l'iiritation appelle tous les liquides à l'intérieur . la congestion n'est alors que cérébrale, et les capillaires extérieurs sont vides et resserrés. Ceci a lieu principalement chez les enfants dont le tempérament n'est pas éminemment sanguin. Il est important d'être bien attentif pour ne pas s'en laisser imposer. On parviendra à éviter la méprise en tenant compte de la distribution de la chaleur : le corps est, en général, brûlant;

i Lib. VIII, (le IJisior. animal.

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS. î 49

mais la chaleur seaible se concentrer davantage au front, à la fontanelle supérieure et dans la bouche.

La congestion cérébrale n'est pas toujours aussi subite ni aussi aiguë que celle dont je viens de donner des exemples. Elle se forme quelquefois lentement. Alors l'impression que produit l'abord du sang sur le cerveau , n'étant plus aussi brusque, n'y cause pas cette irritation vive qui amène les convulsions. L'organe a le temps de s'accoutumer à l'afflux du liquide , et les convulsions n'ont pas lieu. J'ai eu plusieurs fois occasion de faire cette remarque , et les premières observations que cite M. Guibert dans son Mémoire sur la congestion cérébrale des enfants, sont dans ce cas. Cependant, lorsque cette congestion, en quelque sorte chronique , se complique d'une nouvelle maladie, comme l'hydrocéphalite, i'arachnitis, etc. , l'invasion de ces nouvelles affections est souvent annoncée par des convulsions , et M. Guibert nous en fournit des exemples dans les iv® et v* observations, dans lesquelles une hydrocéphaHte vint compliquer la congestion et produire les convulsions.

Obs. xiii. Madame Cardinal avait déjà perdu trois enfants de la même maladie , lorsque sa fille, âgée de quatre ans et demi, commença à se plaindre de la tête, à dormir moins paisiblement, et à devenir plus susceptible et plus iras-

150 CONVULSIONS DES ENFA.NTS,

cible. Ces symptômes avant-coureurs n'en imposèrent point à la mère, qui regarda son enfant comme perdu. A ces phénomènes d'irritabilité se joignirent bientôt tous les signes de l'hydrocéphalite la mieux caractérisée , mais avec une prédominance remarquable des accidents nerveux. L'enfant s'assoupissait et ne dormait pas d'un sommeil tranquille; les spasmes cyniques, les grincements de dents, l'agitation des yeux, les sursauts, quelquefois partiels, d'autres fois de tout le corps , annonçaient l'état de souffrance de l'organe encéphalique. Le sommeil était court, et toujours le réveil était brusque et annoncé par des cris d'effroi que terminait une agitation convulsive de tout le corps. Ces convulsions se renouvelaient fréquemment et duraient tout au plus un quart d'heure. Huit jours se passèrent sans aucun changement notable , si ce n'est que le sommeil devint tranquille et plus fréquent; les cris furent moins aigus, mais constants; la malade, même en dormant, poussait toujours un son plaintif. Le pouls , qui avait été très-accéléré, devint plus lent. Pendant trois ou quatre jours l'assoupissement fit des progrès , les pupilles se dilatèrent, le côté droit du corps se paralysa, ou du moins ne put exécuter que de faibles mouvements ; le côté gauche et surtout le bras furent agités de mouvements continuels, qui augmentaient chaque fois que la malade était un peu remuée. Enfin , après cinq jours durant lesquels le mal alla toujours croissant, cette jeune malade ter-

mina sa viie au milieu de convulsions violentes , qui agitaient tout le corps d'une manière effrayante, et qui durèrent quatre heures.

Il est inutile de dire que le calomëlas , la digitale, le castoréum, les révulsifs , sinapismes et vèsicatoires, etc., ont été prescrits et administrés avec la plus scrupuleuse exactitude. Ils n'ont paru avoir aucune influence sur la marche de la maladie.

Mademoiselle Cardinal avait la tète plus volumineuse que dans l'état naturel ; les os du crâne étaient très-minces et très-mous; les sutures n'étaient point encore ossifiées, et les fontanelles n'étaient point fermées. Quelques cuillerées d'une sérosité limpide s'écoulèrent en ouvrant le crâne; elle était épanchée dans Tarachnoïde ou infiltrée dans la pie-mère. Les vaisseaux sanguins veineux étaient assez pleins et gorgés de sang. Aucune partie du cerveau ne parut ramollie ; son tissu était mou, blanc, et parsemé de quelques stries de sang, résultat de la section des petits vaisseaux. Les ventricules étaient dilatés et contenaient une grande verrée de lymphe; la cavité du gauche était plus grande. Les membranes étaient saines à l'extérieur; quelques places peu larges présentaient une couleur rosée à la surface du ventricule gauche; il n'y avait rien au droit. L'estomac et les intestins étaient sains, de même que tous les autres viscères des grandes cavités splanchniques. ^

Ici les convulsions n'ont été que secondaires , que symptomatiques; la cause première se trouve dans l'irritation hydrocéphalique, qui semble tenir, dans cette famille, à une disposition héréditaire, puisque cette jeune fille est le quatrième enfant mort d'hydrocéphalite, et que , depuis cette époque, un cinquième a présenté les mêmes symptômes que ses frères et sœurs, et a eu le bonheur de ne point être moissonné comme eux. L'autopsie nous a démontré, avec une tête volumineuse, une ossification incomplète. Le cas n'est pas rare : déjà plusieurs fois j'ai eu occasion de remarquer ce défaut d'ossification des fontanelles chez des enfants atteints d'hydrocéphalite, et madame Cardinal m'a assuré que ses enfants morts avaient tous présenté cette particularité. Je me suis convaincu que ce moindre développement de la boite osseuse du crâne, était dû à une nutrition plus active du cerveau , qui , dans les cas de cette espèce , présente toujours un volume considérable. L'activité de la nutrition de cet organe a suspendu celle de ses enveloppes, en attirant à lui le fluide circulatoire, en opérant une espèce de dérivation à son bénéfice. Cette surabondance de nutrition et d'activité finit souvent par liii devenir préjudiciable. La couleur rosée de quelques points des parois du ventricule gauche y dénote une surexcitation, une phlogose, véritable maladie dont les autres phénomènes n'on t été que le résultat. Ainsi l'exhalation aqueuse,

augmentée par celte irritation, lui est toujours consécutive. L'hydrocéphalite est donc une maladie inflammatoire, ou du moins une excitation bien voisine de l'inflammation. Baumes, le premier, a signalé cette influence de Tarachnitis dans la production de l'hydrocéphalite. Selon lui, les deux tiers des épanchements séreux sont dus à cette cause. Parent-Duchatelel et M. Martinet, Senn , Abercrombie, et tous les observateurs, ont constaté cette remarque de Baumes. Sous ce rapport, j'ai eu raison de lui donner le nom à'hjdroeéphalite , dénomination dont je ne suis point , au reste, le créateur, et qui se trouve dans le Traité des Accouchements de Burton , avec cette seule différence que ce dernier a écrit hydrocéphalité,

L'hydrocéphalite a été la cause des convulsions : il est peu de ces maladies qui ne présentent ce phénomène à un degré plus ou moins marqué. Cependant on ne le remarque pas également dans tous les cas. Certains sujets sont tourmentés de convulsions si réitérées, qu'on dirait qu'elles font le principal caractère de la maladie, tandis que d'autres laissent entrevoir à peine quelques légers mouvements pendant toute la durée de l'affection. Cette remarque m'a donné l'idée d'en faire une espèce sous le nom ôH hydrocéphalite nerveuse *. La deuxième espèce de M. Matthey de Genève ^- est caracté-

I Brachet, Essai sur l'Hydrocdphalile , page 88.

^ Mémoire sur l'Hydrocéphale interne^ ou Hydropisie aiguë du cerveau.

risée de la manière suivante : invasion brusque de la maladie dans le cours de la scarlatine^ manifestée par les convulsions^ la perte de la vue et^ la dilatation des pupilles; mort prompte, îl en cite plusieurs observations. Sauvages, qui, le premier , a bien traita de l'hydrocéphale , avait tellement été frappé du caractère convulsif de la maladie, qu'il lui a donné le nom de eclampsia ab hjdrocephalo '^. Rivière et le professeur Baumes ont observé des hydrocéphales aiguës accompagnées des convulsions les plus cruelles et les plus soutenues,

Nous ne pouvons tirer aucune conséquence du traitement employé, puisqu'il a échoué. Nous pouvons seulement taire remarquer que, puisque l'hydrocéphalite est la cause des convulsions, c'est l'hydrocéphalite qu'il faut attaquer, c'est contre elle qu'il faut diriger tous les moyens de traitement. Dans les cas où on sera forcé de recourir aux antispasmodiques , il faut préférer le mélange de zinc et jusquiame, que j'ai plusieurs fois employé avec succès, puisque, par l'effet de ce remède , les convulsions ont été calmées ou modérées , lors même que l'hydrocéphalite a été mortelle.

Obs. XIV. Madame Ferroussat , dans un mouvement brusque et involontaire, laisse tomber, de

^ yosol. melhod.^ classe iv, ordre iv, espèce xviu, page 16.

dessus ses genoux, sa petite fille âgée de tjois mois et demi : la tête va frapper avec force contre le parquet. L'enfant perd connaissance, et est agité de convulsions générales qui ne lui laissent point de relâche. Le pouls était concentré, la figure rouge, et la tête chaude, surtout du côté qui avait donné contre le parquet. L'enfant était depuis trois quarts d'heure dans cette position. (^lYoîs sangsues au cou se remplissent bien et coulent abondamment^ La connaissance revient, et les convulsions se calment à mesure que le sang coule. Le calme n'est point complet ; de légers mouvements convulsifs ne cessent d'agiter les lèvres et les yeux. ( Potion antispasmodique y tisane adoucissante ^ moutarde sur les membres inférieurs^ La malade peut reprendre le sein et téter plusieurs fois. A peine quatre heures se sont écoulées, que les convulsions générales recommencent comme auparavant, et toujours avec perte de connaissance. Comme la figure était rouge et le pouls assez dur, on applique deux autres sangsues au cou : elles produisent un dégorgement complet; la petite pâlit, et les convulsions s'arrêtent; quelques légers mouvements se font encore remarquer de loin en loin dans les lèvres. Les pieds sont entretenus bien chauds; on les enveloppe de temps en temps d'un cataplasme chaud de mie de pain poudré de moutarde; les mêmes boissons sont continuées. Bientôt il n'y eut plus de vestige de convulsions; mais Tenfant resta plusieurs jours maussade et criard;

il ne téta pas avec la même vivacité ni aussi abondamment, et il vomit souvent ce qu'il avait pris. Les symptômes s'évanouirent enfin , et la petite Ferroussat reprit toutes les apparences de sa première santé. Je n'ai point tenu compte de l'affection locale ou de la contusion , parce qu'il n'est survenu ni épanchement, ni inflammation, ni même ecchymose, et que deux ou trois appli cations de compresses trempées dans l'eau blanche ont suffi.

Un enfant se porte bien, tombe sur la tête, et est pris de convulsions : la chute, voilà la cause de cette affection. Sur toute autre partie elle n'eût pas agi d'une manière aussi grave ; mais sur la tête, elle a compromis l'organe encéphalique, l'organe des sensations et des mouvements; elle l'a contus et violemment irrité; ses fonctions en ont souffert ; de là la perte de connaissance et les mouvements convulsifs. Ici la cause a agi directement sur le cerveau, c'est lui qui a été l'organe malade; il n'y a pas eu irritation d'un autre organe, et réaction ou réflexion sympathique sur lui; il a été lui-même le siège de l'irritation. T/effet le plus prompt des chutes sur la tête ou des contusions du cerveau, ce sont les convulsions. Comme cet accident se borne rarement à ce phénomène, et que le plus souvent il amène Tencéphalite, la méningite, ou l'hydrocéphalile, c'est à prévenii" ces terribles maladies que doit SU! tout viseï" le médecin. Or, le moyen le plus

efficace et même le seul efficace, c'est la saignée: aussi me suis-je empressé de faire appliquer trois sangsues qui ont fait saigner beaucoup. Trois sangsues suffisaient pour opérer une évacuation abondante chez un enfant de trois mois et demi. Les convulsions reparaissent quatre heures plus tard; deux nouvelles sangsues sont appliquées; leur action déplétive a été aidée par l'action révulsive des sinapismes, qui, en irritant le derme des membres inférieurs, et en appelant un peu plus de sang dans le système capillaire, ont établi un contre-poids favorable. Les calmants intérieurs ont pu avoir leur utilité ; mais, dans ce cas, leur action n'a dû être que bien secondaire.

Cette observation nous présente des convulsions avec perte de connaissance. Beaucoup de médecins spéculateurs ont donc eu tort de définir les convulsions mouvements convulsifs sans perte de connaissance^ par opposition à l'épilepsie, qu'ils ont définie mouvements convulsifs avec perte de connaissance. Cette distinction est fausse et illusoire.

Nous trouvons encore une remarque à faire, c'est la diminution successive des mouvements désordonnés. Ceux des membres avaient cessé, et la figure était encore agitée. Les muscles de la face sont donc les plus faciles à émouvoir 3 ceux qui demandent une moins grande irritation, une cause moins violente pour se convulser : aussi les voit-on fréquemment agités, et pour la plus petite cause.

Underwood i rapporte que l'enfant d'une dame mourut assez rapidement dans les convulsions. La cause n'en fut reconnue qu'après la mort: en enlevant le bonnet de l'enfant, on trouva une petite épingle qui s'était enfoncée dans la fontanelle antérieure. M. Ratier, dans son Mémoire sur l'Éducation physique des Enfants, cite un fait analogue: l'épingle avait été enfoncée au dos, et il fut assez heureux pour sauver l'enfant. On lit dans De Haën une observation parfaitement semblable. Je ne ferai aucune réflexion sur la cause de ces convulsions ; mais je ne puis m'empécher de m'élever contre l'usage où l'on est de se servir d'épingles pour les enfants ; elles doivent être proscrites de leurs vêlements; des liens et des boutons, voilà tout ce qu'il faut pour les maintenir. Lorsque les enfants sont piqués, ils crient et s'agitent ; mais ils ne peuvent indiquer la cause de leur mal. On croit aux coliques, aux vers, etc., et le perfide instrument a le temps d'augmenter l'irritation pendant qu'on s'occupe de toute autre chose. Le plus sûr et le plus prudent est d'en abandonner l'usage.

Ne peut-on pas rapporter aux plaies de tête, aux contusions du cerveau, la coupable habitude qu'ont certaines matrones de pétrir Ja tête de l'enfant naissant , sous le prétexte ridicule de lui donner une forme convenable ? Les victimes qu'elles font journellement sont incalculables , et leur

' Maladies des Enfants , page 416.

orgueilleuse opiniâtreté leur ferme les yeux.

Les chutes et les plaies de léte, que la lésion soit superficielle ou profonde, sont des causes fréquentes de convulsions ; il n'est peut-être pas d'auteur qui ne les ait mentionnées au premier rang. Mais une remarque importante à faire, et qui n'avait pas échappé à Hippocrate i ni à Avicenne^^ c'est que les convulsions ont lieu du côté opposé à la plaie. Cette remarque, constatée par la plupart des observateurs, a cependant été le sujet d'une foule de discussions qui ont souvent reposé sur des opinions contradictoires. Aujourd'hui , l'anatomie et la physiologie pathologiques ont éclairé ce point de doctrine, en rapportant chaque phénomène aux différentes circonstances pathologiques qui sont les résultats des plaies de tête. Aussi les convulsions, comme la paralysie, varient suivant qu'il y a épanchement ou non , suivant que l'inflammation est récente ou ancienne, légère ou intense et étendue.

Lorsque nous parlerons de la cause prochaine, nous entrerons dans quelques détails capables d'éclaircir un peu mieux ce point de physiologie pathologique.

J. L. Petits parle d'un jeune homme sur la tête

I Quibiis nempe tempora prœciduntur (vulnera)i Us convnhio contingit è parte sectionh adversa (Coacœ, lib. m, 498). L'histoire de la jeune fille d'Omile , âgée de douze ans, en est un exemple {Épîddmics; lib. v, §28).

- Lib. m , fen. i , tract, m , cap, xtv.

3 OEuvres posthumes , tome i , chapitre des Plaies de tète, page 99,

160 CONVULSIONS DES JiNFANTS.

duquel tomba une botte de foin, et qui mourut dans les convulsions: on trouva un abcès d'odeur fétide au milieu de la substance médullaire d'un des côtés du cerveau. Les nombreuses observalions deBonet^ ont fourni à Sauvages son ec/^/wpsia traumatica : elles ont de l'analogie avec celles de J. L. Petit , en ce que, dans la plupart , il a trouvé dans le cerveau, du pus , de la sérosité, un abcès , des esquilles d'os, l'inflammation, etc.

On lit, dans un Rapport sur les maladies des hôpitaux de Paris , pour l'année 1786, l'histoire d'une plaie de tête qui nécessita l'opération du trépan, et occasionna des convulsions dans un seul bras 2. L'ancien Journal de Médecine nous a transmis une observation analogue, dans laquelle la maladie se termina par hémiplégie 3. Daniel Hoffmann raconte l'observation d'un enfant qui, ayant eu le crâne fracturé à gauche, avec destruction considérable de la substance du cerveau, éprouva une paralysie du côté droit , et des mouvements convulsifs du côté gauche 4^. Ces faits, au reste , sont très-communs. Il est peu de praticiens qui n'aient eu occasion d'en observer de semblables.

Parmi les maladies convulsives, l'épilepsie est celle que les coups à la tête occasionnent le plus souvent. Dans la troisième observations des épilepsies sympathiques de Maisonneuve, la maladie

1 Scpulchrefum , obs. xxxm, tome i, p. 329. P. A.

2 Journal de Médecine, tome i.xviii , page 10.

3 1737, tome i-xxii, page 407.

^ Dissertai, de Sanationi. rarissim.

fut occasionnée, chez un enfant de dix ans, par le choc de la tête contre la porte. Dans la troisième des observations qui n'ont pu être classées dans les dix espèces qu'il a admises, elle fut le résultat de la chute d'un enfant de trois ans sur le front. Dans sa xLii^ observation, Abercrombie cite un enfant de seize mois, qu'il vit succomber à des convulsions occasionnées par une céphalite , qui avait été la suite d'une chute sur la tête.

Obs. XV. Le cinq avril 1826, à quatre heures du matin , je fus appelé auprès du fils M., alors âgé de vingt-un mois. Cet enfant était d'une forte constitution, et avait joui d'une bonne santé jusquelà. La veille, on l'avait laissé jouer assez long-temps au soleil ; cependant il ne paraissait point fatigué , lorsqu'on le coucha ; il s'endormit comme à son ordinaire, mais vers minuit il fut un peu agité, et h quatre heures moins un quart du matin, il fut pris d'une crise de convulsions des plus fortes, et à laquelle tout le corps prit unepart active.Lorsque j'arrivai, la crise était finie; l'enfant était calme, mais le pouls était plein, fort et accéléré ; la face était rouge, les yeux ardents, et la peau chaude. (Quatre sangsues aux jambes^ une infusion de fleurs de mauve ou de primevère^ julep tempérant^ coton cardé et taffetas ciré autour des pieds et des jambes.^ Je conseillai en outre de promener la moularde sur les membres inférieurs, si de nouvelles crises

162 COJN\7ULSIOHS DES ENFAJNTS.

revenaient. A huit heures du matin , au moment où j'avais promis de retourner voir le malade , le père vint me dire que son fils n'avait plus repris de convulsions, et que sa répugnance pour les sangsues lui avait empêché de les employer. J'insistai sur leur application, s'il reparaissait une crise, et il fut convenu que je ne retournerais voir Tenfant que dans la soirée, à moins qu'il ne survînt de nouveaux accidents ; à sept heures du soir je vis le malade, les sangsues n'avaient point encore été mises. M. M. prétendait qu'il n'y avait pas eu de nouvelles convulsions , cependant son malheureux enfant n'avait pas cessé d'ea prendre une au moins toutes les heures, et de retomber dans le calme de la somnolence pendant l'intervalle. Le pouls était très-accéléré , la tête brûlante , la face rouge , la peau chaude et sèche. La lumière fatiguait les yeux, dont les pupilles étaient très-resserrées, et le petit malade les tenait constamment fermés ; à chaque instant il avait des sursauts, souvent il poussait des cris plaintifs, et presque toujours, même sans pousser de cris, la respiration était plaintive. On ne retirait que difficilement l'enfant de son sommeil, et ce n'était que pour le voir s'impatienter de tout. Le père s'opiniâtra à ne point vouloir appliquer les sangsues, en prétendant que les crises que nous voyions n'étaient point des convulsions , puisqu'elles n'étaient pas aussi violentes que la première. Quatre prises de jusquianie zinc sont prescrites, en les alternant d'heure en heure avec des prises de trois grains

de calomélas, un vésicatoire à chaque jambe, un lavement avec la décoction de mauve et une demionce d'huile de ricin, mêmes boissons. Les crises des convulsions s'arrêtèrent ; mais les cris , l'agitation , la fièvre et tous les signes qui annoncent l'arachnitis la mieux décidée persistèrent et signalèrent à chaque instant les progrès du mal. Le troisième jour la somnolence devint continuelle. L'enfant n'entendait plus , ou bien il refusait de répondre. Dans la nuit du troisième au quatrième jour , les convulsions recommencèrent avec intensité, et elles ne laissèrent presque pas un moment de repos jusqu'à la mort qui arriva à onze heures du matin. ~

A l'autopsie, tous les organes furent trouvés sains, à l'exception de l'encéphale dont les vaisseaux étaient gorgés de sang, et de l'arachnoïde qui était rosée et évidemment enflammée dans plusieurs points de son étendue. Un peu de sérosité rougeâtre était épanchée dans les ventricules.

La cause des convulsions était manifeste chez le fils M. L'action directe du soleil sur la tète y a produit l'irritation sympathique des méninges et leur congestion, causes de la méningite cérébrale. ' Le début de cette phlegmasie a été caractérisé par une violente réaction qui a été sentie d'autant plus aisément, que l'arachnoïde a des connexions plus intimes avec l'organe percevant des sensations. Cette cause des convulsions est si bien établie aujourd'hui, qu'il serait superflu d'y insister. La maladie a été occasionnée par l'action du soleil sur la

tête du fils M. Combien ce fait doit engager les parents à bien surveiller leurs enfants pour prévenir des accidents aussi fâcheux. C'est au printemps surtout que Faction du soleil sur la tête est le plus à craindre, ce qui fait dire vulgairement que le soleil du printemps est très-mauvais ; mais cela n'explique pas le fait. Or voici comment on peut s'en rendre raison. Le printemps exerce sur l'économie animale une action qui n'est pas douteuse. Il s'y opère un travail intestin qui lui donne plus d'activité. S'il ne passe pas ^ comme les végétauxj d\ine mort apparente à une sorte de résurrection, le corps n'en éprouve pas moins une influence bien grande, qui a été signalée de tous les temps et dans tous les pays. C'est à ce travail qu'est due là grande susceptibilité , qu'il acquiert alors, de contracter les maladies inflammatoires. Illi'y a donc rien d'étonnant que l'action directe du soleil soit alors plus propre à produire une phlegmasie. Si la léte en devient le siège plutôt qu'une autre partie du corps , c'est parce que le soleil darde ses rayons plus directement sur elle, et qu'il l'échauffé et l'irrite ; tandis que le reste du corps est encore enveloppé d'un air frais et quelquefois glacial, qui y entretient la crispation des vaisseaux capillaires, et le refoulement du sang de la périphérie au centre et vers les parties les plus échauffées.Cet effet nuisible de l'insolation du printemps doit donc , autant que possible, faire éviter de laisser les enfants trop long-temps exposés à son action, ou du moins leur faire tenir la tête suffi-

saiiiment couverte pour la garantir de son action.

Les indications curatives étaient évidentes. Une inflammation qui débutait sous des auspices aussi graves , nécessitait le traitement antiphlogistique le plus énergique. Je prescrivis en conséquence un dégorgement sanguin qui, chez un enfant de vingts im mois, eût été suffisant pour arrêter la marche et les progrès d'une maladie prise à son début. M. M., prévenu contre les effets des sangsues, s'est opposé au seul moyen qui pouvait sauver son fils. Il n'arrive que trop souvent qu'il faut lutter contre cet aveuglement et cette coupable prévention des parents. Heureux, lorsque nous pouvons en triompher ! J'avais conseillé les sangsues aux membres inférieurs, pour opérer à la fois un dégorgement sanguin convenable, et une révulsion qui éloignât du cerveau la direction fluxionnaire qui s'y établissait. Les révulsifs de toutes les façons ont échoué. Le plus souvent ils sont impuissants contre cette terrible inflammation. Elle étend ses ravages sur un organe si important que, lorsqu'il est atteint, la révulsion n'est plus assez puissante pour détourner et enlever le mal. Il aurait fallu la faire précéder des évacuations sanguines abondantes, afin d'enlever le matériel de l'inflammation, et de prévenir son augmentation ou son extension , et de la rendre ainsi plus facile à se laisser détourner par les points d'irritation qu'on établit sur la surface du corps. Cependant les prises de jusquiame zinc ont réussi à calmer les convulsions; mais

elles n'ont rien pu contre la maladie qui les occasionnait.

Depuis que la pathologie est devenue le domaine presque exclusif de Fanatomie pathologique, Tarachnitis a été beaucoup mieux étudiée, et les exemples de convulsions qu'elle occasionne sont abondamment répandus dans les auteurs modernes qui se sont occupés des maladies de l'encéphale ou des maladies de l'enfance. Abercrombie est peut-être celui qui en a réuni le plus grand nombre dans son excellent traité des maladies de l'encéphale i. La plupart de ses observations ont été fournies par des enfants d'âge et de constitution différents: elles ont aussi reconnu des causes pathologiques différentes. Dans la troisième observation , une jeune fille de neuf ans vit sa maladie se développer par l'effet d'un écoulement purulent de l'oreille, qui revenait périodiquement. Chez le garçon de onze ans qui fait le sujet de la vii^ obs., la méningite fut, sans cause connue, précédée , pendant quinze jours , d'un état de malaise et de nonchalance, tandis que la fille de neuf ans qui fait le sujet de la Yin^ fut éveillée brusquement par une céphalalgie intense qui, le deuxième jour, occasionna de violentes convulsions, qui amenèrent le coma et la mort. Il en fut de même de la petite fille de deux ans qui se trouve dans la IX® obs. Chez la petite fille de six ans qui a fourni

' Recherches pathologiques et pratiques sur tes maladies de l'encéphale et de lu moelle épinière , Iraduiles par A. N. Gendrin , lb32 , 2= édit.

la xje obs., les convulsions se manifestèrent avec violence seulement le quinzième jour de la maladie. Elles durèrent pendant deux heures , et se terminèrent par la mort. Les convulsions se déclarèrent pendant la durée de la maladie de l'enfant qui fait le sujet de la xiii^ observation. Elles se renouvelèrent par intervalles, et une dernière crise, plus violente, précéda le coma et la mort. Chez l'enfant de la xiv^ obs., la maladie débuta par les convulsions, qui furent attribuées à la dentition. La xive obs. (bis) , recueillie par M. Gendrin , présente des convulsions au début et pendant la durée de l'arachnitis d'une petite fille de quatre ans. Dans la xviii^ obs. , une petite fille de deux ans et demi, à Ja suite de la coqueluche, fut prise, seulement à la main droite, de convulsions qui devinrent bientôt générales, et qui la firent périr. Il en fut de même de l'enfant de cinq ans de l'observation suivante, chez lequel les convulsions locales débutèrent par les yeux. Chez la jeune fille de onze ans de la xxxvii^ obs., les convulsions furent déterminées par une phlegmasie de l'encéphale , qui forma un abcès. A la page 168, il cite un fait rapporté par le docteur Powel, qui a vu les convulsions du côté gauche succéder à la danse de Saint-Gui du même côté, se renouveler par accès de plus en plus forts et plus fréquents, et finir par faire périr le malade. La xLive obs. présente un fait de convulsions occasionnées par la méningite ventriculaire chez un enfant de dix mois. D'après la fréquence des con-

vulsions dans ia méningite , Abercrombie les regarde, avecla céphalalgie, comme le caractère le plus général de la maladie. Ce fut le septum lucidum ramolli et enflammé qui occasionna des mouvements convulsifs continuels du bras et de la jambe droite chez l'enfant de la xlv© obs. La même altération se retrouva chez un enfant âgé de six ans , qui , après quelques mois de langueur, fut subitement pris de coma et de convulsions du bras et de la jambe gauche (Liii^obs.). Dans laLVii® obs. ce fut le ramollissement de la voûte qui produisit un épanchement hydrocéphalique et des convulsions auxquelles succédèrent le coma, la paralysie et la mort, chez un enfant de sept ans. Dans la Lviiie obs. , les convulsions occasionnées par une encéphalite chez une jeune fille de onze ans, se dissipèrent par une large saignée. Il en fut de même de la petite fille de deux ans et trois mois, dont l'histoire est consignée dans la lxxi® obs. Ce furent les sangsues et les révulsifs qui guérirent l'encéphalite, et, avec elle, les convulsions. Les observations Lxxxie et lxxxii^ présentent des faits de convulsions survenues à plusieurs reprises , pendant la durée de tubercules cérébraux , altérations qu'il a vues produire le même phénomène chez un autre enfant de quatorze ans, et chez une petite fille de onze ans. Dans la cxv^ obs., il rapporte qu'un épanchement sanguin occasionna les convulsions à un enfant de neuf ans. Il a vu aussi l'endurcissement de plusieurs parties centrales du cerveau , causer long-temps des convulsions chez

une jeune fille de quatre ans, et des tumeurs de différente nature produire le même phénomène chez un enfant de seize mois, et chez un de vingt mois. Enfin il a vu la méningite rachidienne, la myélite, l'épanchement séreux ou sanguin dans ces membranes, et plusieurs autres affections de la moelle, causer à divers enfanls d'âge et de sexe différents, des convulsions tantôt générales, tantôt locales et bornées soit aux membres inférieurs,, soit aux membres supérieurs , selon le lieu qu'occupe la lésion pathologique de la moelle , de ses membranes ou de ses parties osseuses.

Aux faits nombreux cités par Abercrombie^ M. Gendrin en a ajouté quelques-uns du plus haut intérêt ^.

M. Lallemand, dans ses lettres profondes sur l'encéphale; MM. Parent et Martinet, dans leur savant traité de l'arachnoïdite; M. Broussais, dans la 3^ édition de son traité des phlegmasies chroniques; M. Andral, dans le volume de sa clinique

I Dans une note (page 294) relative au moindre développement d'un membre paralysé dès l'enfance, M. Gendrin s'appuie de ce fait pour en conclure que l'action nerveuse cérébrale rnfliie sur lanutrîtion, et que celle fonction n'est pas exclusivement sous Vinfluence du système circulatoire à sang rouge. Quoique j'aie réfuté cette objection dans mes Recherches expérimentales sur les Fonctions du système nerveux ganglionaire^ je crois devoir rappeler que les organes se développent à proportion de leur usage. Un membre paralysé qui ne sert pas , doit , par conséquent , se développer beaucoup moins. Ce qui prouve encore mieux contre cette prétendue influence directe du système cérébral, c'est que le moignon d'un membre amputé diminue de volume à proportion qu'il est moins utile , quoiqu'il n'ait pas cessé de recevoir l'influence intacte des nerfs cérébraux.

170 CONVULSIOIYS DES ENFANTS.

qui traite des maladies du cerveau; M. Serre, dans plusieurs mémoires et dans son Anatomie du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés, etc., ont rapporté un très-grand nombre de faits de phlegmasies et d'altérations diverses de l'appareil céphalo - rachidien , dans lesquels les convulsions ont joué un très-grand rôle. Mais comme leurs observations sont fournies presque toutes par des sujets qui sont sortis de l'enfance, nous ne pouvons guère en faire usage. D'ailleurs elles se rapportent entièrement à la manière de voir d'Abercrombie , et leur indication ne présenterait qu'une froide et insipide nomenclature qui n'ajouterait rien à ce que nous avons dit précédemment.

Dans sa lxxxii^ obs., M. Billard cite le fait d'un enfant de cinq mois qui avait été pris de convulsions qui reconnaissaient pour cause une méningite cérébrale. Dans sa lxxxi^, ce fut une méningite rachidienne qui détermina des convulsions auxquelles succomba un enfant de trois jours. L'autre enfant de trois jours qui fait le sujet de la Lxxxiii^ obs., succomba à unp gastro-entérite et encéphalo-myélite.

M. Senn i a réuni un grand nombre d'observations, dans lesquelles les convulsions ont reconnu pour cause la méningite. On en remarque surtout des exemples dans la première, la cinquième et

^ Recherches anatomico-pathologUjues sur la Méningite aiguë des enfants.

la sixième. Cet observateur judicieux signale y comme un signe de la méningite de la base du cerveau , Taugmentation de sensibilité des téguments du tronc, qui deviennent douloureux au moindre attouchement. Celte exaltation est aussi accompagnée d'augmentation de chaleur. Les quatrième et sixième observations en sont des exemples, danslesquels M. Guersent a toujours pronostiqué, sur ce phénomène, la phlegmasie de la base. Quelle que soit ma déférence pour les opinions de M. Senn , je ne puis pas adopter le conseil qu'il donne de placer toujours les sangsues derrière les oreilles ou le plus près possible du siège de la maladie. Trop souvent j'ai vu cette application locale augmenter la fluxion cérébrale^ et devenir la cause d'accidents nouveaux , ou tout au moins prolonger les accidents déjà existants , après avoir produit quelquefois un calme momentané. L'application de sangsues aux membres inférieurs ne présente point cet inconvénient. Au contraire, elle produit toujours une révulsion salutaire qui diminue d'autant la fluxion phlegmasique des méninges. Bien souvent après une première application, si les accidents inflammatoires le nécessitent, je fais mordre de nouvelles sangsues en même temps derrière les oreilles, et aux membres inférieurs. Cette méthode m'a procuré des avantages que je n'ai jamais obtenus de leur application seulement vers la tête. Cependant je conviens que, dans plusieurs circonstances, on doit les appliquer vers cette partie 5 j'en

ai moi-même donne i exemple et le conseil plus haut.

Ainsi toute espèce d'irritation de l'encéphale deviendra cause de convulsions , qu'il y ait ou non inflammation, qu'il y ait ou non exhalation séreuse, purulente, etc.; mais la cérébrite et l'arachnitis surtout en sont les causes les plus fréquentes. Toutes les autres affections, soit de la substance même du cerveau , soit de ses enveloppes molles ou osseuses, telles que les ramollissements, les abcès, les kystes, les épanchements sanguins et séreux , les squirrhes , les cancers, les tubercules, les concrétions osseuses ou pierreuses, les hydatides, une matière gélatineuse, des dépôts de substances différentes ramassées en foyer concentré , ou largement étendues sur la surface de l'encéphale et de ses cavités, toutes sans exception peuvent occasionner et occasionnent bien souvent les convulsions. Mais faut-il conclure, avec quelques auteurs, que ces affections cérébrales en sont les seules causes, et que ce phénomène pathologique en est toujours un signe certain ? Cette conséquence absolue serait une erreur : car, ainsi que nous le verrons, les convulsions reconnaissent un bien grand nombre d'autres causes.

Dans toutes les observations que j'ai rapportées jusqu'à présent, le cerveau était primitivement

OBSERVATIONS ET lil^FLEXIONS. 173

affecté. Dans les observations suivantes, la cause agira sur les nerfs et secondairement sur lui.

Obs. xvr.M. Murât, de la Dordogne, rapporte que Kost a vu une fille qui était prise de commlsions depuis six heures du soir jusquà minuit i.

Dans ce fait on reconnaît l'influence du jour et de la nuit. Cependant, pour plus d'exactitude , il eût fallu s'assurer ^i l'absence seule de la lumière solaire était la cause des convulsions, en soumettant la jeune fille , pendant le jour, à l'action d'une lumière artificielle, prolongée fort avant dans la nuit, sans que cette malade s'aperçût de la fm du jour. Ce n'est pas sur les convulsions seulement que la révolution diurne exerce son influence; tout le monde sait combien les retours de l'asthme , de la migraine , de l'épilepsie, sont subordonnés à cette cause secondaire. Je ferai remarquer que le plus ordinairement les convulsions surviennent pendant le jour, que l'éclat d'une lumière vive, en agissant fortement sur les yeux, peut être une cause d'irritation capable de produire les convulsions 2. Cependant il est bien rare que cela aille jusque là : presque toujours alors il y a une cause occasionnelle, et la lumière du

1 Mémoire sur l'Influence de la nuit dans les maladies, couronné par la Société de Bruxelles, page 123.

2 Le docteur Baumes a vu un enfant à qui tout objet rouge causait un accès d'épilepsie. Ainsi les couleurs éclatantes agissent sur le sens de la vue de la môme manière qu'une lumière vive.

jour n'a été que secondaire. L'insolation , qui est l'action la plus capable de produire les convulsions, n'agit point par la lumière, mais par l'irritation que causent les rayons solaires sur la tête, et la raréfaction capillaire; l'une et l'autre appellent le sang et occasionnent une congestion sanguine ou une inflammation : dès-lors les convulsions rentrent dans l'une de ces deux causes occasionnelles. Abercrombie a cité (page Î68) entre autres un fait de convulsions qui se renouvelaient à chaque instant pendant le jour, et qui cessaient pendant la nuit. Elles avaient succédé à des crises d'épilepsie.

La lune exerce aussi son influence sur la marche et le retour de ces maladies. Méad a observé, chez un enfant de cinq ans , une correspondance singulière entre les phases de la lune et les paroxysmes, qui suivaient parfaitement les marées; ils commençaient avec le flux et cessaient avec le reflux. Cet état dura quatorze jours. Nicolas Tulpius 1 cite une observation analogue : c'était chez une fllle d'un tempérament phlegmatique ; les paroxysmes duraient près de deux heures et coïncidaient avec les mouvements de la mer, et quelquefois avec la marche du soleil. On trouve dans Pitcairn l'observation d'un homme de trente ans qui, depuis l'âge de neuf ans, à la suite d'une hémorrhagie, éprouvait tous les ans^ aux mois de mars et de septembre, au temps de la nouvelle

' Obs. uicdic. , lib. i , cap. xii.

OBSERVATIONS ET îlliFLEXrONS. 175

lune, une attaque de convulsion dans le bras droit. Le fait le plus singulier est celui de deux filles qui prirent des convulsions et devinrent épileptiques, pour avoir fixé le soleil pendant quelques minutes (Maisonneuve). Je n'essaierai point d'entasser les observations pour prouver cette influence ; elle est connue. Jetons seulement un coup-d'œil sur les effets de la .révolution diurne sur le corps.

La lumière, avons-nous dit, produit une excitation, et cette excitation peut être cause de convulsions lorsqu'elle est trop vive. Cependant je ferai observer qu'il est bien rare qu'elle soit la cause unique, la cause efficiente de la maladie. Si l'on observe un plus grand nombre de convulsions pendant le jour, cela ne lient point à l'action de la lumière , mais à ce que c'est le moment où nous sommes exposés à tous les agents capables d'agir sur nous. Cela est si vrai , que dans les convulsions périodiques ou intermittentes, rarement les paroxysmes surviennent le jour. L'excitation générale de la lumière est un bienfait qui opère une révulsion salutaire qui réveille la vie. Dans la nuit, au contraire, l'absence de la lumière attriste et produit une impression pénible qui favorise les affections nerveuses , en rendant la susceptibilité plus grande. Le sommeil gagne , et pendant cet acte vital négatif, le sang afflue en plus grande quantité à la tête ; l'encéphale éprouve une congestion sanguine, et peut être suffisamment excité pour réagir et eau-

ser les convulsions. N'est-ce pas durant le sommeil qu'ont lieu les prodromes, les premières étincelles des convulsions ; que se font apercevoir îe mouvement des lèvres et des yeux , le grincement des dents , les soubresauts ? Ces considérations nous porteront à conclure que les convulsions devraient être plus fréquentes pendant la nuit que pendant le jour. C'est ce qui a lieu pour les convulsions périodiques et les convulsions indépendantes de causes extérieures ; tandis que les convulsions produites par des causes accidentelles sont mille fois plus fréquentes pendant ie jour , parce que c'est pendant le jour que ces causes agissent et produisent leurs effets. Cette remarque trouve son application dans les effets funestes de la veille. Tout le monde sait que les personnes qui prolongent leurs occupations bien avant dans la nuit, surtout lorsque ces occupations sont des travaux d'esprit, acquièrent une susceptibilité nerveuse très-marquée ^ et que , chez les enfants, les convulsions en sont une conséquence assez fréquente. Déjà le père de la médecine avait établi cette vérité : A vigiliâ convulsio y aut delirium malum ^.

L'influence de la lumière est étroitement liée à celle du soleil, puisque notre lumière naturelle n'est autre que la lumière solaire. Cette influence varie, non seulement aux différentes époques de la journée, suivant que cet astre nous envoie

' Aj)lior. 18 , sect. vu.

OBSERVATIOJ^S ET RDÉFLEXIONS. 177

ses rayons dans des directions différentes, mais encore aux diverses époques de l'année, suivant que le soleil, plus rapproché, ou plus éloigné, nous éclaire d'une lumière plus ou moins oblique. On observe , en effet , que toutes les saisons ne sont pas indistinctement affectées au développement de toutes les maladies. C'est ce qui avait fait dire à Trilleri que l'année est un long jour, loTigior dies ; et le jour une courte année, brevior quasi anrius. Le père de la médecine avait déjà dit : sicut in anno continentur peiiodi œgri' tudinuin^ eodem modo, unâ die, continetur periodus morbi.

Quant à l'influence de la lune, je ne sais jusqu'à quel point il faut la reconnaître ; on lui a trop accordé et trop refusé. Cette influence est réelle, les meilleurs observateurs l'ont reconnue, des faits nombreux l'attestent , et je pourrais moimême en citer de bien concluants, s'ils n'étaient pas étrangers à mon sujet. Ce n'est donc que parce que les uns ont exagéré les effets , et que les autres ont tout nié, que la question est restée indécise. L'action de cet astre est-elle due à l'attraction signalée par Newton et cause des mouvements de la mer? Je ne le crois pas, puisque chaque jour la lune passe sur notre horizon, et que chaque jour, elle détermine le flux et le reflux ; tandis que son influence sur notre corps ne se marque qu'à ses phases d'apparition plus

2 Opus med. , tome, m, page 168.

OU moins grande. C'est donc par sa lumière qu'elle agit sur nous, c'est en excitant le sens de la vue et peut-être tout le corps (car la lumière n'agit pas seulement sur les yeux), qu'elle monte le système nerveux el dispose aux convulsions. Cela est si vrai que, pendant la pleine lune, j'éprouve une agitation bien marquée ; j'ai le sommeil beaucoup plus court et plus léger : je connais plusieurs personnes qui sont dans le même cas.

Quoique la vue soit de tous les sens celui dont la fonction influe le plus sur le cerveau , il n'est pas le seul. L'excitation vive de la sensibilité des autres n'exerce pas une action moins fâcheuse, et peut également devenir une cause de convulsions. Skenkius rapporte qu'un enfant fut si effrayé par le bruit inopiné des trompettes , qu'il tomba dans un accès d'épilepsie qui le fit périr en dix heures de temps. Van-Swieten , chargé de surveiller l'éducation des enfants du sang impérial , les plaignait de la nécessité qui les plaçait, à leur naissance, dans des appartements trop éclairés, etauprès desquels le canon tirait à coups jedoublés. Si nous voulions les recueillir, nous trouverions un grand nombre d'exemples de convulsions occasionnées par les odeurs les plus suaves comme les plus irritantes , et par les saveurs susceptibles d'affecter péniblement le sens du goût. Après la vue, le sens du toucher est celui qui a le plus d'action sur le cerveau ; la vaste élendue de la peau qui enveloppe et pro-

tège tous les organes, la met en rapport avec tous les objets extérieurs , et tout peut devenir sur elle, cause d'excitation et de convulsion. Selon Boretius, il a suffi à un enfant du pli grossier de son béguin pour causer des convulsions. Buchan a vu un enfant entrer en convulsions par le simple emmaillottement, comme cela arrivait à la petite fille de M°^^ Guiton. Tout le monde connaît les effets dangereux du chatouillement. On a vu le seul contact de la peau avec du linge sale ou du linge neuf et trop rude, causer des convulsions violentes. Lorry a signalé lés poux et les punaises comme causes de convulsions. Je connais un enfant , d'ailleurs bien portant , sur lequel la piqûre des puces produit des effets étonnants.

Obs. xvii.«Dans le mois de juillet de l'année 1756, un enfant âgé de six ans était affligé , depuis un mois ou envir®n, d'une légère suppuration dans le conduit auditif externe de Toreille gauche, qui ne lui occasionnait aucune douleur. Ses parents se contentaient de laver la conque avec de l'eau tiède ou de la décoction d'orge. Le 14, cet enfant se plaignit d'une douleur vive dans l'oreille affligée; on y fit jaillir du lait de femme, on y jeta de l'eau d'orge : la douleur se calma. Quelques heures après, elle reparut avec la même vivacité; on eut recours aux mêmes remèdes, avec le même succès. Le 15, la douleur fut plus considérable 5

180 CONVULSIOTfS DES ENFANTS.

elle fut calmée par les mêmes secours. Le 16, la douleur devint plus \ive et plus fréquente ; on était obligé d'employer à chaque instant et les mêmes remèdes , et l'huile d'amandes douces , dont on laissait couler quelques gouttes dans l'oreille. Le 17, la douleur fut si aiguë vers le soir, que i'enfant eut des mouvements convulsifs, et rendit par Toreille quelques gouttes de sang. Le sieur Régis essaya, mais sans succès, de calmer la douleur pat les saignées, par les mêmes remèdes, et par les gouttes anodynes de Sydenham, qu'il joignit a l'huile d'amandes douces. Le 18 au malin, la douleur fut si grande, que les mouvements convulsifs devinrent plus fréquents et plus considérables. Vers le milieu du jour, le sang commença à couler par l'oreille constamment, et en si grande quantité , que dans l'espace de quelques heures il en sortit la valeur de deux palettes. Lorsque je le vis, il poussait les hauts cris, les mouvements convulsifs persistaient, et l'hémorrhagie ne discontinuait pas: les saignées, les narcotiques et les adoucissants furent mis en usage sans aucun succès ; on n'apercevait rien dans l'oreille, quelque attention qu'on y apportât. A six heures du soir, les mouvements convulsifs devinrent plus forts, et les forces diminuèrent considérablement. A sept heures, les mouvements convulsifs se calmèrent beaucoup, la douleur diminua, et l'enfant se plaignit de quelque chose qui lui rongeait l'oreille. La mère aperçut un corps blanc dans le conduit auditif externe; elle y introduisit

la tête d'une épiogîe, et elle en tira un ver blanc, qu'elle jeta à terre avec précipitation, où il se

rapetissait et s'alongeait A l'aide de petites

pinces que le chirurgien introduisit assez avant, il en tira deux vers semblables au premier. Dès que ces vers furent sortis , l'hémorrliagie cessa , la douleur se calma, et les mouvements convulsifs disparurent. Ce jeune enfant s'endormit bientôt après; à son réveil, il fut trèscalme; il ne lui resta qu'une très-légère suppuration dans le conduit auditif, qui se guérit en peu de jours par le secours de la décoction d'orge et des eaux de Barèges i.»

Bertrand a publié 2 une observation qui a la plus grande ressemblance avec la précédente. Il n'y a de différence qu'en ce qu'il y avait cinq vers dans l'oreille, et que les os du conduit auditif étaient un peu cariés. Andrys, Verduc ^ et beaucoup d'autres auteurs nous ont transmis des observations de vers engendrés dans le conduit auditif; mais ces parasites ont rarement occasionné les convulsions.

Je ne ferai aucune réflexion sur la génération de ces vers. Il est évident, comme le pensait Farjon , que les œufs ont été déposés dans le conduit auditif par quelque mouche, et qu'ils y sont éclos. Ce que ces deux observations offrent

1 Observât, de Farjon , ancien Journal de Médecine, tome ix , page 136.

2 Ancien Journal de Médecine , tome ss , page 150.

3 Traité de la, Génération des vers , 1. 1 , pages 91 et 92.

4 Pathologie de Chirunjie , tome u , page 145.

d'intéressant pour nous, ce sont les accidents multipliés, et surtout les convulsions qui ont été le résultat de la présence des vers. Le premier effet a été de la douleur et de l'inflammation ; le reste s'en est suivi naturellement. Les convulsions ont donc été produites par la présence des vers dans le conduit auditif. Ce conduit est très-sensible, mais il l'est bien plus lorsque des insectes se sont introduits dans son intérieur. Leurs mouvements sont une cause perpétuelle d'irritation, et bientôt l'encéphale devient le siège d'une excitation sympathique qui se manifeste par les convulsions. Ce qui le prouve, c'est la résistance des accidents à l'emploi de tous les moyens, et leur disparition par l'extraction des vers. La première indication était de procéder à cette extraction ; il fallait enlever la cause du mal^ au lieu d'en combattre les effets; mais il n'est pas toujours facile delà reconnaître; l'insecte peut s'être enfoncé profondément, ou être recouvert de cérumen ou de pus. Les enfants sont d'ailleurs incapables, le plus souvent, de bien rendre raison de ce qu'ils éprouvent et de ce qui leur est arrivé.

Obs. xviii. Le fds de M. Bonnin éprouve pendant deux jours un malaise général avec mouvement fébrile, céphalalgie, vomissements, yeux larmoyants, éternuements, toux rauque, chaleur

OBSERVATIONS ET RlÉFLEXIONS. 183

vive à la peau. 11 était âgé de quatre ans. Le troisième jour, 14 octobre 1819, l'agitation devient plus grande, la figure est plus colorée, et tout-à-coup des convulsions générales ont lieu avec perte de connaissance : il y avait éclampsie. Au bout d'une demi-heure, je fis couvrir les membres inférieurs de linges trempés dans de l'eau sinapisée; je fis donner quelques cuillerées d'une potion antispasmodique, dont quelques gorgées furent avalées', quoique avec beaucoup de difficulté. Cette crise dura en tout deux heures , et le calme revint. Quatre heures plus tard les mêmes accidents reparurent avec la même intensité ; les mêmes moyens furent employés avec le même succès. Malgré la rougeur générale de la peau, malgré la congestion sanguine apparente, persuadé que Fenfant allait avoir une rougeole, je me refusai aux évacuations sanguines. Mon attente ne fut point trompée : quatre jours après ce second paroxysme, le cou et la poitrine se couvrirent de la plus belle éruption de plaques rubéoleuses. Les accidents ri'ont pas reparu, et la maladie a parcouru ses périodes avec toute la régularité possible.

Cette observation nous fournira le sujet de quelques réflexions. Pourquoi le moment de l'éruption a-t-il été annoncé par des convulsions violentes? Pourquoi une maladie annon-

cée par des symptômes si effrayants a-t-elle été si bénigne ?

1^ Pour résoudre la première question, nous nous rappellerons que l'organe cutané est composé de plusieurs parties distinctes, et exécute plusieurs actes ou fonctions. Sans rejeter les divisions subtiles des différents tissus de la peau, je ne ferai mention que de ce qui est essentiel à notre objet. Le corps muqueux ou réticulaire est la réunion des parties les plus actives et les plus vivantes de la peau , les nerfs, les vaisseaux sanguins et lymphatiques : c'est donc par lui que se fait le principal travail des fonctions et des maladies de cet organe, et que se perçoivent les sensations. Les fonctions de la peau sont de deux ordres : les unes appartiennent à la vie nutritive ou organique ; les atitres , à la vie animale ou de relation , ou mieux sensoriale. Les premières sont la nutrition , la circulation capillaire , l'exhalation et Tabsorption : comme elles dépendent de la vie organique, elles sont sous l'influence du système nerveux ganglionaire , qui préside aux actes de cette vie. Les secondes sont la sensation qui se transmet au cerveau, laquelle dépend du système nerveux cérébral. La plupart des maladies, et surtout des maladies aiguës de la peau, ont leur siège dans le corps réticulaire, qui est l'aboutissant des nerfs cérébraux. Lors donc qu'un travail inflammatoire a lieu, quoique borné au système capillaire , qui est indépen-

dant des nerfs cérébraux, il les excite cependant à cause des rapports qu'il y a entre eux, et si cette excitation réagit avec force sur l'encéphale , celui-ci opère à son tour la réaction convulsive. Or, les convulsions ont lieu au moment où l'éruption va se faire, parce que ce moment est celui de la plus grande irritation. Règle générale en physiologie : la première impression est toujours la plus forte, et les effets en sont d'autant plus grands qu'elle s'exerce sur une surface plus étendue. Ainsi, quoique les phénomènes locaux de la rougeole, bornés aux capillaires cutanés , dépendent du système nerveux ganglionaire, nous ne nous étonnons plus de les voir réagir sur le système cérébral, et causer les phénomènes qui en résultent.

2*^ L'étiologie que nous avons donnée des accidents nerveux expliquent aussi la bénignité de la maladie. En effet, les convulsions ont dépendu de l'irritation des extrémités nerveuses dont la réaction sur le cerveau a amené l'enchainement des phénomènes observés. Aussitôt que la première impression a été passée , l'irritation a cessé et avec elle l'exaltation de l'appareil cérébral ; tout est rentré dans son type primordial. Le cerveau n'a été affecté que sympathiquement; en conséquence, sa réaction n'a pu durer plus long-temps que la sensation ou l'excitation première qui cesse avec l'éruption. Il peut arriver cependant ce qui arrive dans d'autres cas ; l'irritation sympathique de l'encéphale peut se convertir en irritation réelle,

et le cerveau devenir à son tour le siège le plus important de la maladie. On sent qu'alors on aura deux maladies pour une; que le danger viendra, non de l'éruption, mais de rirritation du cerveau, quoique l'affection cutanée ait été la cause première de tous les accidents. C'est faute d'avoir bien établi cette distinction , que des auteurs ont prononcé d'une manière trop générale sur l'innocuité des convulsions. Nous dirons avec plus d'exactitude : les convulsions qui surviennent au moment de l'éruption de la rougeole, ne sont point défavorables lorsqu'elles sont sympathiques; elles annoncent, au contraire, le plus grand danger lorsque le cerveau lui-même est malade. Au reste, nous retrouvons ici: irritation de l'extrémité dermoïde des nerfs cérébraux, et réaction sur l'encéphale et consécutivement sur les muscles , ensuite guérison par l'apparition de l'éruption. Comme il est toujours à craindre que l'irrilation sympathique du cerveau ne soit quelquefois assez forte pour y occasionner une fluxion et causer la rétrocession ou métastase, il importe de favoriser, autant que possible , l'éruption par un air chaud, de calmer l'irritation nerveuse par les moyens appropriés, et de rompre la direction fluxionnaire du côté du cerveau, en excitant les membres inférieurs par l'application des rubéfiants.

Ce que je viens de dire de la rougeole s'applique en entier à toutes les maladies éruptives, et principalement à la variole, d'autant mieux qu'elle

OBSERVATIONS ET RlîFlEXIONS. 187

a fixe l'attention des praticiens les plus célèbres. Deux sœurs habitaient la même chambre et couchaient dans la même alcôve; l'une d'elles avait la petite-vêrole et touchait à la dernière période de celte maladie, lorsque l'autre fut attaquée des plus violentes convulsions. Notre avis fut qu'on plongeât celle-ci dans l'eau tiède ; elle ne fut pas plus tôt dans la baignoire, qu'elle éprouva un calme inexprimable, et vingt-quatre heures après, tout son corps fut couvert de boutons varioleux i. On trouve une observation semblable dans le Traité des Maladies chroniques de Bordeu ; Sthal en cite deux ; Stoll a observé les mêmes résultats sur un enfant de quatre ans 2. Van-Swieten , dans ses savants Commentaires sur les Aphorismes de Boerhaave, a trouvé la véritable cause de la facilité des convulsions chez les enfants, au début de la variole : nec hoc mirum videtur ^ cum ad- TTiodum irritabile in hâc œtate genus nervosum à le^ioT'ibus etlam causis totiim turbetur facile . Mais Sydenham est le premier qui ait fait observer avec quelle bénignité la variole parcourt ses périodes lorsqu'elle est annoncée par des convulsions : il les regarde comme d'un bon augure, et croit qu'elles annoncent une belle éruption; et le peuple imitateur, servurn pecus ^ est devenu l'écho de ces grands hommes. Cependant il faut ici, comme pour la rougeole, établir la distinc-

1 Gapuron , Maladies des Enfants ^ page 415. /^ Pars IV, Adversaria varii argumenti , page 358.

tion des cas où les convulsions sont sympathiques, et de ceux où l'encéphale est lui-même malade.

Obs. XIX. Madame Deschamps avait deux filles. La plus jeune est atteinte de la petite-vérole , qui se développe et marche régulièrement. Bientôt l'ahiée, âgée de six ans, est prise de convulsions après deux jours d'agitation fébrile et de céphalalgie. Les mouvements étaient presque continuels; la figure était rouge et gonflée; il y avait de l'assoupissement et on avait de la peine à éveiller la malade pour en avoir une réponse ou pour la faire boire. Deux jours s'écoulèrent dans cet état ; presque tout le corps fut alors couvert de boutons : l'éruption était confluente. Les convulsions furent un peu calmées , et elles ne se montrèrent plus que de temps en temps et faiblement. La somnolence persista. Je prescrivis huit sangsues et quelques antispasmodiques, et je ne revis plus la malade. Les sangsues effrayèrent les palents, et ils préférèrent s'en rapporter à la nature. Le quatorzième jour , mademoiselle Deschamps avait cessé de vivre. Tout ce que j'ai pu savoir, c'est que les accidents ne se calmèrent point, et qu'on se borna à la potion et à une tisane de fleurs de bourrache et de violette.

J'ai vu périr de la même manière, mais au sixième jour de la maladie, le fils de madame Moulins. Slojl observe que les convulsions ne

OBSERVATIOÎfS ET RÉFLEXIOrfS. 189

sont pas toujours un signe de bénignité de la variole, mais bien souvent un signe fâcheux : etsi enim variolœ sœpe benignœ sint, attamen malœ ob con{>ulsiones rémanent.

Les éruptions cutanées les plus bénignes peuvent trouver quelquefois des sujets si disposés aux convulsions, que la légère douleur qu'elles occasionnent suffit pour les déterminer. C'est de cette manière qu'il faut envisager les faits de convulsions suites de la vaccine, recueillis par les docteurs Sarrois et INéron, et que M. Husson, cet ardent apôtre du préservatif, a consignés dans son rapport sur la vaccine pendant les années 1806 et 1807.

Obs. XX. L'enfant de M. Devers , âgé de quatre mois et demi , était en nourrice à la Guillotière , le plus considérable des faubourgs de Lyon. La grippe^ régna comme partout, pendant le mois de février 1837. Cet enfant, qui avait bien prospéré jusque-là, fut atteint de la maladie régnante, le 10 février. Les yeux, les fosses nasales, le pharynx, la trachée-artère, et l'estomac, fournirent des signes non équivoques de l'invasion du mal. Il s'établit une toux quinteuse très-pénible; dès la première quinte, des convulsions violentes de tout le corps eurent lieu et durèrent un quart d'heure. La nourrice effrayée apporta sur-le-champ son nourrisson à ses parents. Une seconde quinte de toux provoqua une seconde crise de convulsions,

trois heures après la première. Je fus appelé. Lorsque j'arrivai auprès du malade , il ne paraissait fatigué que par les accidents de la grippe. Quelques instants après je fus témoin de la manière dont une quinte de toux, en secouant l'enfant extraordinairement , ramena une troisième crise de convulsions. La tête parut s'agiter la première, les bras le furent bientôt eux-mêmes, et le reste du corps ne tarda pas à y participer. Ce fut alors une véritable éclampsie qui dura près de demi-heure. La face était rouge et la tête chaude. La crise dura près de demi-heure. Après elle , l'enfant resta plus morne; il prit le sein avec pkis de peine, et il téta fort peu. Quatre grains d'extrait de jusquiame et trois d'oxide blanc de zinc furent partagés en cinq prises, et administrés de deux en deux heures. (^Infusion de fleurs de jiiaiwe et de caille -lait jaune ^ potion gommeuse , cataplasme de farine de lin sur Vépigastre^ coton cardé autour des pieds et des jamh es, ^ Il était six heures du soir; à minuit, il n'avait point reparu de convulsions , mais la face restait rouge et chaude, et la somnolence persistait. L'enfant ne prenait plus le téton avec avidité, et il le quittait presque aussitôt qu'il en avait exprimé quelques gouttes de lait. Pour éviter les dangers d'une congestion cérébrale imminente, deux sangsues furent appliquées aux cuisses. Elles produisirent une évacuation sanguine abondante. La congestion sedissipa;renrant reprit ses habitudes; il téta bien; et les crises de convulsions ne reparurent plus,

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIOîfS. 191

quoique les quintes de toux se renouvelassent de lemps en temps. Cet état satisfaisant dura cinq jours. De nouvelles convulsions eurent lieu. Les prises de jusquiame zinc furent administrées, et un vësicatoire fut appliqué à chaque mollet. Les convulsions furent une seconde fois arrêtées, et huit jours s'écoulèrent sans qu'il y en eût de nouvelles. Alors une crise très-violente se déclara. Elle fut la dernière, parce que je fis continuer l'antispasmodique pendant dix jours de suite, tous les matins. Aujourd'hui cet enfant se porte très-bien.

Nous trouvons dans cette observation la plus grande analogie avec la précédente. L'invasion de la grippe a produit une sensation pénible et douloureuse sur le système nerveux cérébral, et elle a déterminé les convulsions. Elle présente cependant une différence : c'est que chacune des crises a toujours été provoquée par une quinte de toux; parce que, sans doute , ce phénomène, en agitant les parties uTitées, augmentait l'irritation, et parce que le sang, poussé en plus grande quantité vers la tète, y occasionnait une con-gestion momentanée. Quoi qu'il en soit, \di grippe a bien évidemment été la cause des convulsions.

Le traitement nous fournit une nouvelle preuve des bons effets de l'extrait de jusquiame associé à l'oxide blanc de zinc contre l'irritation convulsive des nerfs. Il nous montre aussi combien il est avantageux de combattre les congestions cérébrales parles évacuations sanguines, et j'ajouterai , par les évacuations révulsives , puisque la con-

Î92 CONVULSIONS DES ENFA.NTS.

gestion qui se manifestait, a sur-le-champ été complètement dissipée.

Cette observation pourrait fourair l'occasion de quelques réflexions sur l'épidémie singulière de la grippe qui règne si généralement dans ce moment. Les phénomènes nerveux qu'elle occasionne, ont un caractère particulier et bien tranché qu'il serait curieux d'examiner : mais de semblables recherches seraient déplacées ici. Je me contenterai de faire observer que les enfants en bas âge n'en ont pas été exempts. Le fils Devers n'a pas été le seul que j'aie observé. J'en ai vu plusieurs autres dont un n'avait pas deux mois. Parmi ces derniers, un seul a pris des convulsions au début de la maladie, mais il n'y a eu que deux crises, et l'extrait de jusquiame zinc les a calmées de suite.

Obs. XXI. Pendant le froid rigoureux de 1820, madame Bouvard envoya sa domestique faire une commission dans un quartier un peu éloigné. Sa petite fille , âgée de trois ans , voulut sortir avec sa bonne. Malgré les précautions pour la garantir du froid, à peine était-elle dehors depuis huit ou dix minutes, qu'elle éprouva un resserrement spasmodique qui gênait la respiration et menaçait de la suffoquer. Sa gouvernante la rapporta bien vite: il en était temps, car le spasme de la gorge devint tel que la respiration parut suspendue. La petite Bouvard s'étendait en se roidissant et en

agitant les membres dans tous les sens. Au milieu de son agitation, cette intéressante enfant s'efforça de me tendre les bras aussitôt qu'elle m'aperçut. La figure était d'un rouge livide, le pouls concentré, lent et dur. Je fis approcher la malade d'un bon feu pendant qu'on chauffait de l'eau pour un bain ; j'envo^^ai chercher des prises de zinc jusquiame et une potion calmante. Mademoiselle Bouvard fut mise au bain ; elle avala quelques cuillerées de potion et quelques prises. Les convulsions s'amendèrent peu à peu , semblèrent se calmer quelques instants, et reparurent à plusieurs reprises, mais plus faiblement. La chaleur de la peau devint brûlante. Je fis sortir la malade du bain. La chaleur persista une grande heure avec douleur vive à la tête, etrougeurintense de la face. ( Moutarde aux pieds. ) Une transpiration abondante succéda ; la petite malade s'endormit paisiblement pour ne plus éprouver, à son réveil, qu'une grande lassitude et une légère pesanteur de télé. L'enfant garda la chambre pendant toute la durée du froid, et n'eut aucune récidive.

Sans nous mettre en peine de savoir si le froid est tonique , débilitant , sédatif ou irritant , sujet interminable de disputes, parce qu'on ne cherche point à faire accorder les systèmes avec les faits , mais à plier les faits aux systèmes, à les habiller, à les parer des couleurs dont on veut les voir et les faire voir; sans , dis-je , nous inquiéter de ces discussions oiseuses , nous reconnaîtrons que le

194 CONVULSIONS DES ENFAJNTS.

froid a été l'agent provocateur des convulsions, et qu'il n'a pu agir que sur deux surfaces et de deux manières. Les deux surfaces sont la peau et la membrane muqueuse pulmonaire. La peau est dans un contact perpétuel avec Tair ambiant; elle reçoit l'influence de toutes ses modifications, et en garantit nos organes, dont elle est l'enveloppe protectrice. La membrane muqueuse pulmonaire n'est jamais en rapport qu'avec la petite portion d'air qui se précipite dans les poumons par la dilatation de la poitrine.

L'air peut agir sur ces deux surfaces par ses qualités physiques^ ou par ses qualités chimiques. Dans la circonstance qui nous occupe, il n'a pu agir que par ses qualités physiques ; mais celles-ci ont pu produire les convulsions , soit en agissant sur les extrémités nerveuses qui aboutissent aux deux surfaces cutanée et muqueuse, soit en agissant sur le système capillaire. Dans la première manière d'agir , il n'a pu être tonique , son action eût été trop lente. Il n'a pu être non plus sédatif: les sédatifs causer les convulsions!... Comme débilitant : alors on pourrait comparer son action à celle d'une hémorrhagie abondante, mais dans une hémorrhagie il y a soustraction rapide d'un des matériaux essentiels à la vie, et il en résulte une faiblesse réelle. Dans l'action du froid, les convulsions ne sont pas le résultat de la faiblesse ; car, aussitôt que le froid est arrivé au point d'engourdir et d'affaiblir l'action musculaire, il n'y a plus convulsion. Il ne reste donc plus que l'irritation.

0BSI:RY.\.TI0NS et RÉJFLEXIOJ>rS. 195

K'en doutons point, le premier effet de l'action brusque d'un air très-froid est l'irritation. Voyez la peau rougir et s'animer, voyez l'énergie musculaire augmenter, voyez la sensation douloureuse qu'il occasionne. Comme je l'ai dit, je ne cherche que le premier effet. La seconde manière d'agir du froid , c'est de crisper et de resserrer les tissus , par conséquent de refouler à l'intérieur les fluides que leur expansion par la chaleur retenait à la périphérie. La congestion subite qui se fait sur l'encéphale peut causer mille accidents cérébraux et les convulsions. Nous reconnaissons donc, 1° une action irritante du froid sur les surfaces cutanée et muqueuse ; 2° une congestion intérieure par refoulement des liquides. A laquelle de ces deux causes peut se rapporter le cas de convulsions que nous examinons ? Il est difficile de prononcer, et peut-être ces deux modes y ont-ils eu part. Je croîs pourtant que la seule irritation des extrémités nerveuses par l'impression du froid a suffi pour causer la maladie. Je me fonde sur ce que la malade n'a pas perdu connaissance , ce qui arrive toujours, lorsqu'à la suite de l'action du froid il y a cout gestion cérébrale , et sur ce que les convulsions produites par une congestion sanguine ne se dissipent pas aussi aisément qu'elles l'ont fait.

Il a suffi, pour obtenir la guérison, d'éloigner, en quelque sorte la cause du mal, en réchauffant la malade. C'était effectivement la première indication à remplir ; et pour cela, j'ai choisi le bain chaud , comme le moyen le plus sur de bien ré-

chauffer le corps en totalité et dans toutes ses parties, et comme calmant et sédatif. Quelle que soit sa manière, physique ou physiologique, d'agir sur les nerfs, toujours est-il vrai qu'il est calmant. L'action des calmants administrés intérieurement n'a été que Lien secondaire. Il est certain que isi le froid avait déterminé une congestion cérébrale , je n'aurais pu me borner aux moyens simples que j'ai mis en usage. Il eût fallu attaquer la congestion elle-même, et aider ou favoriser par une évacuation sanguine préliminaire l'action des autres moyens.

Ajoutons que la réaction qui s'est faite à la peau, qui a peut-être été amenée par le bain chaud , est une espèce d'accès de fièvre qui a terminé la maladie et en a été la crise. Ce cas n'a présenté aucune espèce de gravité; mais il confirme l'observation faite par tous les praticiens depuis Hippocrate *, que les convulsions qui précèdent la fièvre ne sont point dangereuses. Sauvages 2 en a fait son éclampsie (éhvUe , eclampsiafebricosa. Mais comme ici la fièvre précède le plus ordinairement les convulsions, la maladie prend un caractère de gravité relatif au danger

' Febrim coiividsioni mpervcnire melius est , qiiâm co)nmIsio)}em febri ( Aphor. 26, secl. n). Quœ in febrim cadit convulsio, si eadem diç quiescat , bene est.... (Aphor. 162, secl. vu;. Convidsiones et tétanos supervcniens febris exsolvit (Coacœ , lib. ii , cap. xiv, § 373). Repentinœ convulsionis remedinm febi'is, ei alvi profluvium (ici, ici. ici., § 377). A convulsioue uut tetano deteitio febris superveniens, solvit morbum (Aphor. 57, sect. iv).

^ Nosol. méthodique , classe iv, tome i , édit. iii-8", pago 779.

OBSERVATIOISS ET Rl^FLEXIOIS^S. 197

que fait courir l'organe affecte. Cette remarque n'avait pas non plus échappé à Hippocrate *.

Si l'impression aussi passagère du froid a pu produire des effets aussi fâcheux chez mademoiselle Bouvard, on ne doit pas s'étonner de la quantité d'enfants qui meurent de convulsions en arrivant en nourrice. N'est-ce pas une barbarie que d'envoyer ces innocentes créatures, quelque rigoureuse que soit la saison , à des distances souvent très - grandes? Comment veut-on que ces petits malheureux, dans des voitures mal fermées, et entre les mains de nourrices mercenaires, puissent être convenablement soustraits à l'action du froid, dont Hippocrate avait déjà remarqué l'influence sur la production des maladies convulsives 2? Cette observation n'a point échappé aux modernes : Abercrombie en fait le sujet d'importantes réflexions.

Le froid n'est pas la seule qualité nuisible de Tair; il peut agir d'une manière non moins fâcheuse lorsqu'il est trop chaud , ou chargé de

ï In febribus acutis convidsiones , et circà viscera doloves véhémentes , ?fiaft<m ( Aphor. 66, sect. iv). fn febribus, ex somnis pavores ^ aut cotimilsiones , wa/um ( Aphor, 67, sect. iv ). Febris convulsio vacationcm adfert , qiiœ aut eadem febris die, aut postridiè , aut ad summum perendiè incidit, sin eam quâ cœpit horam excesserit, neque quieverit; mali est ( Coacœ, lib. i, § 163). Et verd convulsiones eumfebre acutd , funestœ ( Coacae , lib. ii , § 281 ). Convulsio febri superveniens , omnino funesta^ perrarô autem puerilis . Qui verd septem annis provectiores sunt , comulsione non tentantur in febre : sin autem desperati (Coacae, lib. ii, cap. xiv, §375).

'■i Frifjidum autem convulsiones, tétanos, etc. (Aplior. 17, sect, v).

principes délétères. Cependant ne le rendons pas responsable de tous les manx qui nous arrivent sans cause bien connue. Le plus souvent ces causes de nos misères sont en nous , et nous ne devrions pas les chercher ailleurs que dans nos imprudences. C'est ainsi qu'Hoffmann lui - même place dans les qualités funestes d'un air vicié la cause des convulsions violentes qu'il a désignées sous le nom de motus con^ulsun vagi^ et auxquelles il a consacré le chapitre m. Il leur reconnaît bien les mêmes causes ordinaires qu'aux convulsions ; mais il admet, de plus , une matière vénéneuse particulière qu'il regarde comme la cause première, Willis avait plus de franchise ou plus de sagacité ; il ne parle de ces convulsions à verte fîcio , à diaboli prœstigils ^ que pour en démontrer la fausse interprétation : vel impostara suntpleni , vel admirationis creandœ gratiâ ^ fictitiis narrantium commentis semper aucti.

Si l'on peut élever des doutes sur la plupart de ces observations singulières qu'on s'est plu à trouver surnaturelles , il n'en est pas de même de l'influence des vapeurs délétères animales , végétales, ou minérales, et des différents gaz méphitiques , azote , carbonique , hydrogène , etc. , etc. Le plus souvent leur premier effet, chez les enfants, est de causer des convulsions, qui ne sont alors que le début d'une maladie dont "elles annoncent la gravité; à moins que la cause délétère n'ait pas encore porté sur l'économie une action bien profonde, et qu'elle ait été éloignée le plus

promptement possible. Qu'il me suffise d'avoir indiqué cette cause de convulsions : les détails en appartiennent à l'histoire des asphyxies. Je ne puis que renvoyer sur ce sujet aux ouvrages de Bichat, de Nysten , de MM. Portai, Orfila, etc. , et aux articles, Air^ Gaz, Asphyxie j des différents Dictionnaires de Médecine.

C'est ici le lieu de parler de l'air vicié des grandes villes , de l'air renfermé des appartements , et de quelques autres qualités que nos instruments ne peuvent saisir, et qui ne se manifestent que par leurs effets sur notre corps. C'est à ces causes , en quelque sorte immatérielles, que nous devons ces grandes influences qui constituent les épidémies. Quoiqu'il semble bien difficile qu'il y ait des épidémies de convulsions, l'action de l'air sur notre corps et sur le système nerveux en particulier, suffit pour les faire admettre, et mieux que cela, l'observation les confirme. Outre la maladie épidémique de la Hesse en Weslphalie, Willis en a décrit une qu'il a observée dans presque toute l'Angleterre en 1661 ^. Cette maladie attaquait principalement les femmes, les enfants, et les hommes d'un tempérament lymphatique. Hoc tempore , iiiquit, ad plm^es alios cujusque œtatis , et sexûs homines , eodem morbo tune plane epidemico affectos vocabar : namisteper totas familias grassatus , non tantiim in hâc urbe ^ ejusque vicinia , sed in regionibus longe dissitis;

^ Opéra , tome i , pages 496 et 497.

et il cite quatre observations parmi lesquelles se trouve celle d'un enfant de douze ans. L'épidémie de fièvre automnale des enfants , qui fut observée en 1780 par M. Baumes , fut marquée par des convulsions i qui survinrent à toutes les époques de la maladie, et ne devinrent funestes que dans la troisième. Sauvages ^ l'admet sous le nom à' éctampsie tjphode , et s'appuie de l'autorité de Sennert ^ , de Cardan ^ , etc. , el de l'épidémie qui ravagea la Westpbalie en 1 595. Si dans tous ces cas les convulsions ne furent qu'un épipbénomène, elles n'en existèrent pas moins. Mais appuyons-nous encore d'autorités dont le talent observateur ne laisse point suspecter les opinions. Hippocrate s a vu , pendant un automne, jusqu'au coucher des pléiades, et même jusqu'en hiver, de fréquentes convulsions, surtout chez les enfants : la fièvre s'y joignait ; d'autres fois les convulsions se joignaient à la fièvre ; elles se soutenaient longtemps chez la plupart, sans danger cependant, à moins que la maladie ne fût mortelle d'ailleurs. Foës et Lepecq-de-la-Glôture nous ont transmis l'histoire d'une épidémie de fièvres bilieuses catarrhales, qui, à Caen (1768), sévit principalement sur les enfants. Cette maladie s'accompagnait de mouvements spasmodiques et de con-

' Traité des convulsions dans l'enfance , page 192.

2 Nosologie y tome i, page 770.

3 De Febr. , lib. iv, cap. xiv. Febres malignœ cnm spasmh. 4Lib. Il, de Subtiliî.

^ Lib. I, Epid.

vuIsions;une éruption psorique en fut souvent la terminaison. Stoll, après nous avoir décrit la constitution atmosphérique * : temps variable ^ beaucoup de vent, pluie, froids, grandes chaleurs, s'exprime ainsi : Nunquàm tôt œgros vicli coTWulsos ^ ac istâ mense : quidam convellebantar tempore febris acutœ; quidam , data le^i occasione, ira, terrore^ etc.; de tetanis et Sancti-Fiti choreâ suprà dixi hoc tempore frequentioribus . Certè anni constitutio talisfuit. Plus loin , il ad» met conuulsio à rheumate^ in infantibus terierioribus ^ femellis ^ frequens morbus \ La cinquième période du typhus contagieux décrit par Hildenbrand, consiste dans un état nerveux pendant lequel les soubresauts des tendons, les convulsions , les crampes , les spasmes , sont les symptômes dominants : ne pourrait-on pas , en forçant les analogies, y voir des convulsions épidémiques? Les convulsions qu'occasionne la grippe à son début chez les enfants , ne peuvent-elles pas en faire placer ici l'épidémie ?

Je ne dirai rien de l'influence des localités, j'en ai suffisamment parlé (pag. 93). Rappelons cependant que les pays chauds, en exaltant la sensibilité, favorisent singulièrement le développement des convulsions , et qu'on les y observe beaucoup plus fréquemment que dans les pays froids et tem» pérés.

^ Pars IV, an. 1780, page 54, juîius, 2 Pars V, Febris rhumattca, page 269.

L'eau froide entraîne les mêmes inconvénients que nous avons dit être le résultat de Faction d'un air froid. Son application trop subite sur le corps , soit par immersion , soit par infusion , est toujours nuisible; elle Test beaucoup surtout lorsque l'enfant vient de naître , et que sa peau délicate n'est pas même accoutumée à l'impression de l'air ambiant; elle l'est beaucoup aussi lorsque le corps est échauffé par la température ou l'exercice. L'impression est, dans ces cas, plus vive, plus pénible; il s'opère une constriction subite des capillaires de la périphérie , qui repousse les fluides de la circonférence au centre. Cette double action est bien suffisante pour occasionner les convulsions. Je ne prétends point pour cela condamner l'usage des bains froids. Non sans doute; leurs bienfaits sont trop grands. Mais ce n'est que peu à peu et progressivement qu'on doit y arriver. On lavera l'enfant à l'eau tiède pendant les premiers mois, et avec une éponge fine (]ui n'irrite point les nerfs cutanés. Lorsque déjà l'enfant a acquis un certain développement, et toujours dans la belle saison, on commence à moins chauffer l'eau , et peu à peu on finit par ne plus employer que le bain froid : alors on en obtient tous les bons effets qu'on peut s'en promeltre, et on évite tous les inconvénients qui auraient pu résulter de leur administration intempestive. Les mères de famille ne se laisseront plus séduire par l'envie d'élever leurs enfants à la Jean-Jacques. Les maux de celle méthode.

faussement attribuée au philosophe de Genève ^ sont incalculables; elle a immolé bien des victimes. Malheureusement quelques enfants, échappés à ses ravages à cause de leur forte constitution, sont présentés comme des exemples de ses brillants résultats. Un succès aussi illusoire, aussi faux, a porté la conviction chez bien des gens : l'erreur a tant de moyens de s'insinuer dans l'esprit humain !

Obs. XXII. M. Méraut avait mené avec lui son f)ls âgé de quatre ans. Dans la maison où il était allé, se trouvait une escarpolette. Il voulut procurer ce plaisir à son fils, et le balança pendant une demi-heure. ïout-à- coup l'enfant se roidit , et serait infailliblement tombé si son père ne l'avait pas retenu. Ce père désolé et tout étourdi de l'état de son fils, le prend dans ses bras, et le rapporte en courant à la ville. Près d'une heure s'était écoulée depuis le commencement de la crise. La figure était d'un rouge violet, les yeux profondément cachés sous les paupières; les sens paraissaient éteints, ainsi que les facultés intellectuelles; le corps était roide , et les membres s'agitaient avec violence et roideur, tantôt d'une manière brusque, et d'autres fois avec lenteur, et en se contournant; le pouls était élevé et rebondissant. Rien n'avait été employé. [Moutarde aux pieds ^ huit sangsues au cou.) L'état du pouls semblait faire espérer une hémorrhagie ; mais les, accidents

étaient si urgents que je ne crus pas devoir Faltendte. Les sangsues se remplirent bien , et les piqûres coulèrent beaucoup : le calme en fut la conséquence. Mais un état de somnolence succéda , et il était impossible de tirer le malade de son assoupissement. ( Fomentations sinapisées dans toute V étendue des membres inférieurs ^polion antispasmodique , prises de zinc jusquiame. ) Huit heures après , quelques mouvements des lèvres et des yeux, et des grincements de dents, effrayèrent avec raison les parents. Ces phénomènes furent les avant-coureurs d'une seconde crise. Huit nouvelles sangsues furent appliquées , et on les fit bien couler. La crise dura moins que la première, parce qu'elle fut plus tôt combattue. La somnolence fut moins grande ; le malade reprit toute sa connaissance. Mais une tendance assez grande au sommeil demandait la plus grande attention. ( Continuation des révulsifs sur les membres inférieurs , et des antispasmodiques. ) Peu à peu tout rentra dans Tordre naturel. Seulement , pendant assez long-temps , quelques mouvements de l'angle des lèvres, et des grincements de dents, eurent lieu durant le sommeil, et finirent par disparaître.

Il est impossible de méconnaître l'action de l'escarpolette dans la production des convulsions. S'il nous faut expliquer comment elle a agi, nous trouverons, dans cet exercice, deux effets bien marqués sur l'économie. L'un est le refoulement

OBSERVATIOJVS ET R]éFLEXIOi?îS. 205

du sang vers la léte, comme cela a lieu dans toute espèce de mouvement de rotation. L'autre est purement nerveux, et dépend de plusieurs causes : 1° une sensation particulière se fait sentir dans tout le buste; celte sensation, qui n'est pas sans volupté, part ordinairement des organes génitaux , et va se concentrer à l'épigastre : elle est quelquefois telle, que j'ai vu plusieurs dames nerveuses se trouver mal, et ne pas pouvoir la supporter. 2*^ Dans le mouvement rapide d'allée et de venue, les objets se succèdent de manière à provoquer Tétourdissement. 3^ Le changement subit de direction agit sur les liquides, qui sont ballottés et agités d'une manière pénible; mais il agit surtout sur les nerfs; il produit une espèce d'ébranlement, de commotion générale, qu'ils ressentent bien vivement. Cette courte analyse des effets de l'escarpolette suffit pour nous donner la clef de la manière dont l'accidenta pu avoir lieu : les nerfs ébranlés, le cerveau abreuvé d'une trop grande quantité de sang, tout a contribué au développement des convulsions. L'impression a été assez grande pour que les convulsions constituassent une éclampsie. Si la cause occasionnelle se trouve dans l'exercice de l'escarpolette, la cause physiologique se rencontre dans l'irritation nerveuse , et surtout dans la congestion sanguine qui s'est opérée du côté de la tète.

D'après cette étiologie , l'indication était facile: débarrasser le cerveau de cette surabondance de sangj et calmer le système nerveux. La première

indication a été remplie par les sangsues et les révulsifs; la seconde par les antispasmodiques, le calme et le repos. Mais le moyen le plus efficace a été bien certainement l'application des sangsues. Sans elle les calmants eussent été sans effet ; ils auraient pu calmer les convulsions ; mais la maladie essentielle, la congestion cérébrale, aurait persisté, et le danger n'aurait pas changé ; il se serait même accru par le développement d'une^ cérébrite, d'une bydrocéphalite, ou d'un épanchement sanguin, ou de toute autre maladie non moins fâcheuse. Il fallait donc attaquer la véritable cause des accidents, la congestion sanguine, et ne pas se borner h de futiles palliatifs qui bercent d'une trompeuse espérance en inspirant une dangereuse sécurité.

Le fait qu'Abercrombie rapporte dans sa lxiv*" obs., n'a point de rapport avec celui du filsMéraut, car la petite fille qui en fait le sujet, ne dut les convulsions dont elle fut atteinte, qu'à la chute qu'elle fit de l'escarpolelte. Ce que l'exercice de l'escarpolette a produit sur le fils de M. Méraut , les exercices des enfants dans lesquels ils pirouettent, culbutent, s'agitent avec rapidité, les chariots des montagnes russes, le rebours d'une voiture, le roulis d'un vaisseau, etc.; tous ces exercices le produiront également, et à peu près de la même manière. Une cause analogue aura des effets semblables, et demandera uii traitement basé sur les mêmes principes.

Obs. XXIII. Appelé pour donner des soins à une jeune personne qui éprouvait de temps en temps de vives convulsions , avec perte de connaissance de très-peu de durée, M. Portai considéra que ces convulsions commençaient par des douleurs au pied droit qui avait éprouvé, long-temps auparavant , une vive distension par une chute. Il conseilla d'oindre la partie douloureuse, à plusieurs reprises avant l'accès, avec de l'huile animale de Dippel, sur une once de laquelle il fit ajouter deux gros d'extrait d'opium gommeux, « Je donnai, dit-il, ce topique en attendant la « consultation de deux célèbres chirurgiens aux- <c quels je croyais pouvoir proposer de couper « quelques fibrilles nerveuses du nerf saphène , « qui paraissaient être les voies par lesquelles la c< douleur du pied se transmettait au système « nerveux du tronc, et enfin au cerveau. Mais « quelle fut ma surprise, lorsqu'ayant été revoir « ma jeune malade, j'appris que le topique que « j'avais proposé avait eu un tel effet, qu'il n'y « avait pas eu la moindre convulsion ! j'en or- « donnai la continuation , et l'enfant a passé à Pâte ris une douzaine de jours sans éprouver d'au- « très accès *. »

L'entorse que s'était faite cette jeune fille, avait probablement compris quelques filets nerveux

I Portai , Mémoire sur la nature et le traitement de plusieurs maladies , tome 11 , page 233.

dans le tiraillement des parties molles qui entourent l'articulation. L'irritation s'est prolongée , et îa douleur qui en a été le résultat se renouvelant périodiquement, a été la cause de chaque accès de convulsion.^ Il n'y avait point de lésion organique, puisque la malade n'avait point de douleur fixe, point d'engorgement, qu'elle restait un temps plus ou moins long sans rien sentir, et que ce n'était qu'au moment où la douleur se développait que les convulsions avaient lieu. Le succès du traitement employé le prouve aussi. Quelques frictions avec l'huile animale de Dippel opiacée , ont suffi pour calmer la douleur et prévenir le retour des convulsions. On ne peut pas présumer que le siégé primitif du mal fût dans le cerveau, et que l'exaltation nerveuse du moment de l'accès se fit sentir davantage sur le pied qui avait souffert antérieurement. La douleur était locale , puisqu'un topique Ta dissipée. Si elle n'eût été que sympathique , elle aurait résisté : c'eût été le cerveau sur lequel il aurait fallu agir. Cette douleur périodique dépendait de l'ancienne lésion des nerfs cérébraux du pied, et comme en la guérissant on a guéri les convulsions, nous pouvons la regarder comme leur cause réelle. La pensée de combattre la maladie par la section des fdets nerveux qui partaient du siège de la douleur, prouve que l'auteur a eu sur la cause de cette atfection la même opinion que nous. Il était conduit à ce moyen , par le succès que plusieurs auteuis ont obtenu d'une semblable section dans

les cas d'ëpilepsies sympathiques, dont le point de départ se trouvait dans des parties susceptibles d'être atteintes par l'instrument. Alors l'irritation n'est plus transmise au cerveau par la prétendue aura epileptica, et celui-ci ne répète plus les actes que la douleur locale avait jusque-là provoqués. Cette intention de M. Portai serait encore le précepte à suivre, si l'on ne pouvait obtenir la guérison par les calmants appropriés.

Presque toutes les convulsions sont le résultat de la douleur, et la plupart des causes ne les déterminent qu'en produisant d'abord cette sensation sur une partie qui réagit sur l'encéphale. Mais, comme dans toutes les autres observations, la douleur est entretenue par une cause physique ou pathologique; j'ai cru devoir rapporter ce fait, d'autant mieux que la plupart des auteurs admettent une convulsion causée par la douleur. Sauvages en a fait plusieurs espèces dont la première, d'où dérivent toutes les autres, est l'eclampsia à dolore. M. André a vu un enfant de dix ans, fort et robuste, devenir sujet aux convulsions à la suite d'un coup qu'il avait reçu d'un autre enfant, au côté droit de l'épigastre. C'est à la douleur qu'il faut rapporter les convulsions que causa la colique de plomb chez une fîlle de deux ans dont parle Combalusier. Galien avait déjà dit : nullum sjmptoma ità molestât sicut dolor.

Tel enfant supportera toutes les incommodités de IcT vie, et résistera à la douleur la plus vive ,

210 C0]>fYULS10î^S DES liNfANTS.

tandis que son voisin, ou mérne son frère, sera le triste jouet de tout ce qui l'entourera; presque tout lui sera souffrance. L'organisation particulière à chaque individu est la cause première de cette différence. Mais combien elle a été exagérée! combien les vices de notre éducation ont ajouté à la sensibilité de nos organes ! C'est là une cause effrayante de dépopulation. Le docteur Lange a vu périr, en treize ans, à Copenhague, 12769 épileptiques ; et , selon lui , ce nombre excessif de victimes n'est du qu'à Tédacation trop délicate. Si nous voulions feuilleter nos registres mortuaires, nous serions étonnés de voir s'accroître, tous les jours, le nombre de ces victimes d'une éducation mal entendue qui, pour vouloir épargner une larme à un enfant, le rend sujet à tous les maux. « Une fille , dit Pomme , qui , à dix ans , « lit au lieu de courir, doit être à vingt une femme « à vapeurs. » Il ajoute plus loin : « Plusieurs or- « dres de gens qui se servaient eux-mêmes il y a « trente ans, se font servir aujourd'hui. Ceux qui « allaient à cheval vont en voiture; ils trouvent (c même le cahotement des voitures publiques « trop rude, et les derniers artisans ne voyagece ront bientôt plus que dans des carrosses à res- « sorts bien pliants. On demeure beaucoup plus « en ville qu'on ne faisait. Le mot vague d'éducaa tion a frappé les oreilles , et sans savoir quelles « idées on y attachait, on est venu en ville donce ner de l'éducation à ses enfants : ils y ont perdu

GBSERVATrONS ET RÉFLEXIONS. 211

« leur santé, et trop souvent peut-être leur vertu. « Qu'ont^ls acquis en échange? »

Chez des enfants d'une susceptibilité excessive, le chatouillement peut causer des convulsions, ainsi qu'on l'a vu bien des fois, et que Van-Swieten en cite une observation dans le tome m de ses Commentaires sur Boerhaave.

Obs. XXIV. Mademoiselle Alexandrîne Baret, âgée de huit ans, jouissait d'une très-bonne santé, lorsque, le 18 septembre 1816, en jouant dans les champs , elle fait un faux pas , porte les mains en devant pour se garantir, et rencontre sous la main droite une petite branche de buisson, dont une épine pénètre profondément entre les éminences thénar et hypothénar. La douleur est excessive. Elle se relève en criant, et court comme une désespérée rejoindre sa mère; elle se jette dans ses bras , lui tend la main malade avec un mouvement violent, se roidit tout le corps, et perd connaissance. Le bras droit est agité par un tremblement continuel et très-fort ; tout le reste du corps était aussi agité, mais par des mouvements plus irréguliers et non continus. (^Eau vulnéran^c sur la plaie ^ potion calmante^ sinapismes.) Tout fut inutile, au bout de deux heures, elle était dans le même état. Je la trouvai avec tous les signes d'une éclampsie, et surtout avec celte agitation violente du tremblement du bras droit. Le lécit

de raccident, l'existence de la plaie et son inspection , ne me permirent pas de chercher ailleurs la cause des convulsions. Il ne paraissait au dehors qu'une petite ouverture de la largeur d'une tête d'épingle. Déjà un peu de gonflement existait. En pressant sur la plaie, les mouvements convulsifs redoublaient tellement , que je n'osai me livrer à d'autres recherches. Je débridai de suite en faisant tenir la main de la malade. Une légère incision mit à découvert un point noirâtre. J'agrandis l'incision, le point noir devint plus sensible, et il fut facile de reconnaître une épine que je ne pus qu'avec la plus grande difficulté saisir et retirer, tant elle était solidement engagée. Elle avait la longueur d'un centimètre, et sa pointe était dirigée profondément en haut et en arrière, du côté du poignet. L'agitation du bras cessa de suite, et la connaissance revint. Quelques mouvements de la figure et quelques sursauts de tout le corps, eurent encore lieu pendant quelques instants. Un cataplasme fait avec de la farine de graine de lin et arrosé avec le laudanum, fut appliqué sur la partie malade et renouvelé toutes les trois heures; un bain chaud entier, des bains locaux dans la décoction de mauve et de têtes de pavots, lors du changement des cataplasmes, furent les moyens mis en usage; les convulsions ne reparurent plus, et la petite plaie fut bientôt cicatrisée.

Je pourrais réunir à cette observation une observation presque en tout semblable. La diffé-

OBSERVATTOIVS ET RÉFLEXIONS. 213

rence ne consiste qu'en ce que la piqûre fut l'effet d'une aiguille qui s'engagea au niveau de l'articulation du premier os mélata^sien avec la première phalange du pouce , et surtout en ce que l'accident arriva à madame Leti, femme âgée de quarante ans , et non à un enfant. L'extraction de l'aiguille fut le seul moyen qui put calmer les accidents nerveux que son introduction avait occasionnés.

De longs raisonnements ne sont point ici nécessaires pour démontrer la cause des convulsions. Mademoiselle Barret se porte bien ; elle s'introduit une épine dans la main, les convulsions se développent; l'épine est extraite, les convulsions cessent. La chose est évidente ; le corps étranger a, par sa présence, été la cause irritante de la partie où il a été momentanément introduit, et l'irritation s'est réfléchie sur le cerveau, organe intermédiaire entre le point irrité et les muscles convulsés. Le bras , siège du mal, a été plus agité que le reste du corps; la chose est naturelle. On a vu dans des cas analogues le membre malade être seul agité, pendant que le reste du corps était tranquille; d'où l'on peut présumer que la médiation de l'encéphale n'est pas toujours nécessaire à la production des convulsions , et que l'irritation simple des nerfs peut les déterminer. Ce qui fortifie cette opinion , c'est qu'un gros nerf irrité par une piqûre agite convulsivement les muscles auxquels il se distribue; c'est qu'un nerf, coupé et séparé du centre nerveux , fait également

entrer en convulsion les muscles auxquels il se rend, si on irrite son extrémité coupée. Ce phénomène est connu de tous les physiologistes et de tous les chirurgiens, et plusieurs médecins placent les piqûres et les plaies des nerfs au nombre des causes des convulsions. Dans notre observation , il y a une différence essentielle : car en supposant que l'épine ail blessé un nerf (ce serait le médian), elle n'aurait du causer de convulsions que dans les muscles auxquels le nerf se distribue au-delà de la piqûre, et tout le bras était convulsé. Il est arrivé ce qui arrive souvent : la douleur de la plaie a rétrogradé, et ne s'est pas bornée au point irrité, de sorte que les nerfs issus du même plexus ont participé à l'irritation de l'un d'eux, à l'insu du cerveau. Ceci n'est, au reste, qu'une supposition , parce que 1 ° il est impossible de savoir quelles ont été les parties lésées par l'épine; 2^ rien n'empêche le cerveau de réagir avec plus d'intensité sur quelques muscles que sur d'autres, surtout lorsque l'irritation du membre semble provoquer cette réaction partielle , dont on observe chaque jour des exemples, tantôt sur une partie, tantôt sur une autre. Quoi qu'il en soit, il est rigoureusement prouvé que c'est la présence d'un corps étranger qui a causé les convulsions. Cette étiologie conduit à l'indication ihérapeutique. Puisqu'une épine, en irritant, cause les accidents, il faut enlever cette épine pour détruire l'irritation , et faire cesser les accidents. Lors même qu'après l'extraction de l'é-

OBSERVATIONS ET RÉFLEXfONS. 215

pine , les convulsions auraient continué ^ je n'en conclurais pas moins qu'elles étaient dues à Tirritation qu'elle avait causée. Mais alors l'irritation locale serait restée assez giande pour entretenir seule les accidents , ou sa réaction sur l'encéphale aurait été assez forte pour le rendre lui-même l'organe malade. Si pareille chose fut arrivée, il est évident qu'il eût fallu combattre les accidents consécutifs; l'irritation de la plaie, par tous les topiques calmants , et peut-être par la section complète du nerf, qui n'était que piqué; l'irritation de l'encéphale, par tous les calmants imaginables, et par les révulsifs, et surtout , s'il y avait menace d'une congestion sanguine, par les évacuations sanguines proportionnées à l'état et à Tâge de la malade.

Hippocrate a trop exagéré le danger des convulsions dans les blessures : elles ne sont pas toujours le présage de la mort *. Remarquons cependant qu'Hippocrate observait dans un pays chaud, et que cette circonstance ajoute à leur gravité. Galien a connu l'effet de la piqûre des nerfs, sur la production des convulsions 2. H avertit aussi,, dans son traité De Fractttris, du danger d'étendre le membre autant que l'exigerait sa rectitude naturelle, lorsqu'il en résulte des douleurs violentes t ner^i et tendinis punctura , pr opter sensus

1 Vulneri conmhio superveniens, lethale (Aplior. 2. sect. v). Convulsîo traumati supervenierts , grave malum (Coacœ, lib. m, § 559). Convulsia traumaii supervenîem ^ fimesta (Goacœ, lib. ii , § 374).

2 Method. med. , lib. vr, cap, ni , et lib. m , cap. ui.

vehementiam , et quoniam hœc pars principio ^ ici est , cerehro connectitur , prompta est ad nervorum conwulsionem e^jccitandam *. Les disciples de Thessalus avaient déjà conseillé de couper en totalité et en travers le nerf piqué, afin de combattre les convulsions qui en étaient le résultat. Âmbroise Paré a connu les convulsions occasionnées par la piqûre des nerfs , et a donné le sage précepte de les traiter par la section complète du nerf offensé. Il rapporte à cette cause la maladie de Charles iX, que Sylvius Deleboè a si longuement commentée. Sennert a consacré un article particulier aux convulsions qui viennent compliquer les plaies. Fr, Hoffmann rapporte différentes convulsions à des lésions extérieures, et s'appuie de Rhodius et de Forestus ; il cite, d'après Ettmuller , des observations de convulsions produites par la lésion de la vessie et de l'utérus 2 ; il met aussi au nombre des causes des convulsions les coups et les morsures d'animaux.

C'est encore de la même manière qu'agissent les esquilles osseuses dans les fractures comminutives : leurs angles déchirent , irritent les filets nerveux, et ceux-ci transmettent l'irritation au cerveau.

Obs. XXV. « Au mois d'octobre 1703, une fille, après avoir joui d'une santé parfaite jusqu'à l'âge

I Art. mediCf cap. xcvin.

^ Collect. practic. , pars h , tome i , page 658.

de douze ans, fut subitement attaquée d'un accident des plus fâcheux, qui fut d'être tourmentée pendant un quart d'heure de convulsions des plus violentes de tout le corps. Je fus appelé pour la voir j et je me contentai de lui faire prendre de la thériaque pendant plusieurs jours, et de la purger souvent, tantôt avec l'émétique, tantôt autrement; mais ces remèdes eurent si peu d'effet, que les accès, de courts et éloignés qu'ils étaient dans le commencement, devinrent de jour en jour plus longs, plus fâcheux, et enfin si fréquents, que cette jeune fille mourut deux années ensuite.

«Toutes les parties du cerveau étaient également bien disposées , aussi bien que les méninges ; les ventricules ne contenaient de sérosité que ce qu'il doit V en avoir dans l'ordre naturel.... Je trouvai dans le bassinet du rein droit une pierre de forme triangulaire, assez semblable à un trochisque d'à' garic, grosse comme une fève, et de la pesanteur d'environ 5 gros ; ce qui ne me laissa aucun doute que cette pierre venant à s'engager dans l'extrémité de l'uretère, n'y causât des douleurs vives et piquantes, qui venant à se communiquer au genre nerveux, en altéraient l'économie, et troublaient les fonctions de l'ame; en sorte qu'elle donnait occasion aux fâcheuses convulsions dont cette jeune malade était affligée , et qui devinrent si longues et si fréquentes à mesure que cette pierre grossissait. »

Obs. XXVI. « Au mois de novembre de l'année 1 684, une jeune demoiselle, âgée de dix à onze ans, était affligée de vapeurs épiieptiques. M. Doucet, avec qui je la voyais , la fit purger plusieurs fois, et deux fois entre autres avec l'émétique, et lui fit prendre quantité de lavements diversement composés. Etant un jour sur la chaise percée pour en rendre un en notre présence, elle fut saisie d'un si violent accès, que nous étions tous ensemble très-embarrassés à la contenir, se renversant tout le corps en arrière , de sorte qu elle en formait une espèce de cercle , faisant toucher sa tète à ses talons ; et comme à la sortie de ces convulsions, elle se remit sur la chaise , nous fûmes surpris d'entendre tomber dans le bassin quelque chose qui faisait du bruit. Nous trouvâmes cinq pierres, dont la plus petite était de la grosseur d'un pois, et la plus grosse bien deux fois davantage. Elles étaient dures, et elles avaient été formées par lits, comme celles qui se tirent par la taille. Depuis que la nature se fut déchargée de ces corps étrangers, cette demoiselle a joui d'une santé parfaite^.»

Les réflexions judicieuses dont Lamotte accompagne ces deux observations, prouvent combien ce chirurgien distingué était attentif à toutes les circonstances capables de dévoiler la véritable cause du mal. Ainsi nous ne pouvons que répéter

I Lamolté , Traité complet de chirurgie , tome ii, p. 189 , obs. xxxviu cl xxxix, édil. iii-12.

OBSERVikTlONS ET RÉFLEXIONS. 219

avec lui , que la présence de ces calculs sur une membrane aussi délicate que la membrane muqueuse des voies urinaires, a produit une irritation assez vive pour réagir avec énergie sur l'encéphale 5 et devenir cause de convulsions. La cessation des accidents (dans la deuxième obse!'vation) aussitôt après l'expulsion des calculs qui eut lieu pendant la plus forte crise, ne permet pas de douter que si, dans la première observation , le calcul avait pu de même s'engager et être expulsé, la jeune fille n'eut été guérie. Le traitement ne peut être que palliatif dans des cas de cette espèce. C'est par les antispasmodiques et les bains, que l'on cherchera à calmer la t4op vive irritation, d'autant mieux que la véritable cause . n'est pas connue. Car si l'on parvenait à la connaître, ce qui ne peut se faire que lorsque la pierre est dans la vessie, il faudrait alors imiter la natui'e, et retirer, par les procédés connus, la cause matérielle de l'irritation et des convulsions. Il est rare que la présence des calculs soit aussi fâcheuse qu'elle l'a été dans les deux cas cités. Lamotte lui - même nous fournit une foule de faits dans lesquels il a trouvé des calculs dans les voies urinaires et dans les voies biliaires, sans avoir observé auparavant ces graves accidents. Fr. Hoffmann , dans son excellente dissertation sur les calculs biliaires et leurs effets, les a vus causer des douleurs déchirantes et du délire; nulle part il ne fait mention de convulsions. Il en est de même des calculs salivaires et de tout

autre corps étranger engage dans les conduits naturels, comme dans les fosses nasales, les oreilles» le fondement. Lamotle cite plusieurs observations de pois, de haricots, de noyaux, introduits dans ces cavités sans causer d'autres accidents que les inconvénients attachés à leur présence. Fabrice de Hilden a vu une jeune fille de dix ans tourmentée pendant six ans , de douleurs atroces dans Fo- • reille et de convulsions très-rapprochées, qui ne cédèrent qu'à l'extraction d'une petite boule qu'elle s'était introduite dans l'oreille gauche.

On peut rapporter à ces faits de convulsions, tous ceux dans lesquels ce phénomène aura été provoqué par une douleur physique quelconque. Tels sont la pression du testicule par un agent extérieur, ou lors de son passage à travers l'anneau, comme je l'ai vu une fois; la pression de l'intestin dans une hernie étranglée; la pression du pied dans une chaussure trop étroite, des liens ou des vêtements trop serrés, des positions forcées des membres, etc. La manière d'agir est absolument la même que dans les cas précédents. Les moyens curatifs seront aussi les mêmes; enlever d'abord la cause du mal, combattre ensuite ses effets.

Obs. XXVII. Pierre Desolme, enfant de quatre ans, excessivement vif et turbulent, se plaint, pendant quelques jours, de douleurs à la tête, et, sans y faire beaucoup d'allention, continue à

jouer avec ardeur. Le 3 juillet 1821, il est pris de mouvements convulsifs généraux avec perle de connaissance. La figure élait rouge et animée, le mouvement l'agitait davantage. (^Potion antispasmodique^ moutarde aux membres abdominaux,^ Pendant que la domestique courait chez le pharmacien , j'observai que dans ses mouvements l'enfant dérangeait sa coiffe, et que chaque fois que sa mère éplorée cherchait à la lui rétablir, les convulsions redoublaient. Je promenai ma main sur différentes parties de la tête; les convulsions devenaient plus intenses dès que je l'approchais de la partie latérale antérieure droite. Le bonnet fut enlevé, et je trouvai, au-dessus et un peu au devant de l'oreille droite, une tumeur fluctuante. Je ne balançai point; la lancette fut plongée dans ce foyer; une cuilleiée de pus fut évacuée, et le calme se rétablit comme par enchantement.

Obs. XXVIII. Quelques jours après, l'enfant qui fait le sujet de l'observation précédente, la petite fille de madame Monnet, âgée de huit mois, est prise subitement de convulsions générales : on ne put juger s'il y avait ou non perte de connaissance. Cette enfant était sur les genoux de sa mère ; elle avait été moins gaie depuis deux jours , et elle avait moins tété. Les accidents étaient violents. {Moutarde aux pieds.) Dans ses mouvements, cette petite malade se retournait toujours

2 22 CONVTJLSIOINS DES EINFANT^.

sur le côté et y semblait plus câline ; les mouvements redoublaient aussitôt que la mère, dans la crainte de la laisser tomber, la remettait sur le dos. J'enlevai les vêtements, je visitai toute la partie postérieure du tronc, et je trouvai, à un pouce au-dessus de l'anus, une tumeur du volume d'une noix : elle était très-rouge, enflammée et fluctuante; la ponction en fit sortir une petite cuillerée de matière, et le soulagement fut aussi prompt que dans le cas précédent.

Un dépôt se forme, les mouvements convuîsifs ont lieu; il est ouvert, ils s'arrêtent. Le dépôt, voilà la cause évidente; les nerfs cérébraux qui se rendent à la partie enflammée ou qui la traversent sont irrités, et en transmettent la sensation à l'encéphale : c'est la douleur. Lorsque le pus s'amasse en foyer, les tilets nerveux reçoivent un surcroît d'irritation, ou par le contact de leurs extrémités avec ce liquide, ou par le tiraillement des filets qui traversent le foyer, ou enfin par l'extension de l'inflammation aux téguments ; la douleur se fait sentir plus aiguë, et le cerveau ne conserve plus Tharmonie de ses fonctions; la volonté n'exerce plus d'empire, ne régularise point les mouvements , et les convulsions en sont la conséquence.

On trouve dans Fr. Hoffmann une observation qui ne diffère des deux précédentes que par la durée : c'est la huitième. Il y est question d'une jeune fille qui, pendant deux mois, fut prise de

violents maux de tête et de convulsions. Hoffmann l'examina, trouva un dépôt autour de lu parotide gauche, et le regarda comme le point de départ du mal. Il le fit couvrir de cataplasmes : l'abcès s'ouvrit dans le conduit auditif externe , et la malade fut guérie. Ne pourrait-on pas rapprocher de cette observation celle dans laquelle M. Jacques Carron , médecin à Annecy, a guéri une épilepsie en enlevant une petite tumeur fixée au pouce de la main droite, et qui était le point de départ de Y aura epileptica i? Short a guéri une épilepsie invétérée en disséquant un petit corps dur situé sur le nerf tibiaL Tissot 2 cite une observation de convulsions occasionnées par une tumeur glanduleuse placée sur le corps des vertèbres lombaires, et qui, après plus de deux années d'accidents , fit périr la jeune fille qui en était affectée. Whytt a vu une petite fille qui , dès sa naissance, avait été tourmentée de vents, de coliques et de convulsions. Elle mourut à cinq mois, "^t Ton ne trouva d'autre allération qu'un squirrhe d'environ cinq doigts de longueur , qui occupait une partie du colon. L'enfant du bourg d'Hippoioche dont parle Hippocrate3, n'était-il pas dans le même cas? Il avait au bas des hypocondres de chaque côté une tumeur élevée : il y eut de la fièvre, des mouve-

1 Cette observation , communiquée à la Société de Médecine de Paris, est la sixième des épilepsies sympathiques de Maisonueuve.

2 Traité des Nerfs , tome m , page 2i9. 3£;7/d., lib. IV, § 56.

iiients convulsifs, et il mourut subitement dans une convulsion.

Obs. xiçx. M"^ Charmay nourrissait son enfant. Celui-ci était arrive à son neuvième mois avec toutes les apparences de la plus belle santé ; il était frais , gros et d'un bon appétit. Aucune dent n'avait encore percé , et depuis plusieurs jours tout semblait annoncer l'éruption prochaine de quelques-unes. ïout-à-coup, après des cris aigus, cet enfant se renverse, s*agite en criant, roule les yeux, et paraît sans connaissance ; les membres supérieurs et inférieurs sont également agités, la figure devient rouge et animée, et les artères carotides battent avec force. ( Quatre sangsues à la partie inférieure du cou , deux audessus de chaque clavicule , sinapismes autour des /pieds ^ potion calmante.) Les sangsues coulent abondamment , la forcé du pouls diminue , le visage pâlit , l'agitation générale tombe , un calme léger succède. Bientôt quelques mouvements convulsifs se font sentir, se calment ensuite pour reparaître après, et continuent ainsi pendant deux jours , malgré l'emploi des moyens indiqués. Enfin deux dents incisives inférieures se font jour , et tous les accidents cessent.

Les gencives enflammées et gonflées, la salive (jui s'écoulait , l'empressement de l'enfant à porter les doigts à sa bouche , et, plus que cela , la

disparition complète de tous les accidents par l'éruption de deux incisives; tout indique que ces petits os irritaient vivement la gencive, et que cette irritation était la cause des accidents, puisque tout a cessé au moment où l'éruption des dents a fait cesser l'irritation. Cette cause m'était connue, ou du moins je Tavais jugée telle; et comme je l'ai vue bien des fois occasionner une des maladies les plus terribles de l'enfance, l'iiydrocéphalite, j'ai pensé qu'il importait, tout en calmant les convulsions, de combattre encore plus la direction fluxionnaire qui pouvait avoir lieu sur le cerveau ; en conséquence , j'ai eu recours à l'évacuation sanguine et aux révulsifs sur les membres inférieurs. On me reprochera peut-être d'avoir confié à la nature le soin de percer la gencive, et de n'avoir pas moi-même incisé cette enveloppe. Je ne l'ai point fait, parce que plusieurs autres fois je n'en ai obtenu aucun effet avantageux; parce que le gonflement des gencives ne permet pas de juger le lieu où paraîtra la dent , et que, chez un enfant agité de convulsions, il n'est guère possible de diriger son instrument au gré de ses désirs. N'y ayant trouvé que le mince avantage de l'évacuation sanguine qu'opère l'incision, j'ai préféré me procurer cet effet à l'aide des sangsues appliquées un peu loin du siège de l'irritation : par leur moyen, j'ai pu retirer une quantité de sang bien supérieure à celle que j'aurais obtenue des gencives. Déjà plusieurs fois j'ai tenu la même conduite , et je ne puis que m'en

applaudir. Je ne saurais trop recommander d'être bien attentif aux dangers que court Tencéphale, et aux moyens capables de détourner et de prévenir de plus grands malheurs. Aussitôt qu'un enfant qui dort d'un sommeil long et paisible , éprouvera de l'insomnie, qu'il aura de la peine à s'endormir, et qu'il se réveillera pour crier, il faut se tenir en garde. On combattra l'éréthisme qui résulte de la dentition par tous les moyens les plus capables d'émousser la sensibilité : sangsues, bains, demi-bains, antispasmodiques, zinc et jusquiame, camphre trituré avec un peu de sucre et incorporé dans la poudre de guttète, à la dose d'un quart ou d'un tiers de grain par prise, qu'on répète toutes les deux ou trois heures. Si enfin tous ces moyens échouent, il reste une ressource dans l'incision de la gencive.

Le père de la médecine a exposé dans un aphorisme les effets fâcheux de la dentition i : ad dentitionem vero accedendbus gingivarum pruritus , febres , convulsiones , ahi proflu^ia ; et maxime ubi caninos dentés producunt^ et Us qui inter pueros sunt crassissimi, et qui alvos duras habent. Mauriceau ^ a fait cesser des convulsions qui duraient depuis deux ou trois jours, en incisant la gencive enflammée qu'irritait trop vivement une dent, dont l'issue artificielle calma tous les accidents.

1 Aphor. 23 , sect. m.

2 Traité des accouchements et des maladies des femmes, lom. u, p. 603,

Obs. DXIII.

OBSERVATIONS ET RÉELEXIONS. 227

L'observation de Lemonnier, qui ressuscita un enfant enseveli en lui incisant la gencive, est trop extraordinaire pour être fréquente. Elle nous avertit de la réserve avec laquelle on doit constater la mort dans les cas de convulsions aiguës.

Tissot ^ a vu échouer tous les antispasmodiques chez un enfant de neuf ans, qu'un chirurgien de Lyon guérit par l'extraction de quelques dents qu'il jugea le point de départ de l'irritation. Armstrong , Hunter , De Haen , Brunner , etc., ont constaté les bons effets de l'incision de la gencive.

Il ne faut pas croire que les convidsions odaxystiques se terminent toujours d'une manière favorable; lorsqu'elles se prolongent, l'irritation sympathique du cerveau devient essentielle ; il y a fluction , et l'enfant meurt comme apoplectique par congestion; ou bien l'encéphale s'enflamme, et la mort en est la suite fréquente; ou bien enfin les membranes irritées fournissent une exhalation plus abondante, et Thydrocéphalite a Heu. Willis donne l'étiologie la plus satisfaisante de ces accidents d'une dentition difficile. Le filet nerveux qui se rend à la gencive est irrité, et la douleur qui en résulte estiam atrox ^ ut excitari vix possit atrocior^etc^.

Croirait-on cependant que quelques auteurs s et même des plus récents, aient nié tous ces ef-

1 Traité des nerfs , tome m, page 217-

2 0/)era , tome I , page 469.

2 Cadogan , Armslrong , etc.

fets de la dentition , et aient traite de roman tout ce qu'ont écrit là-dessus les meilleurs observateurs, parce que bien souvent la dentition s'accomplit sans accident , et que tel est sans doute le vœu de la nature? Certainement toutes les convulsions qui se développent pendant la dentition n'en sont point l'effet; elles peuvent, à cette époque, reconnaître toutes les autres causes générales; mais de ce que toutes n'en dépendent pas , faut-il conclure qu'aucune n'en dépend ? Lors même que la pousse des dents ne serait pas elle-même cause des convulsions, toujours serait-il vrai qu'elle .y dispose singulièrement, et que c'est pendant la dentition que les convulsions surviennent le plus ordinairement, et pour la plus légère cause. La dentition occasionne donc une exaltation nerveuse bien sensible : l'irritation des filets nerveux des gencives l'explique assez.

Ce n'est pas la pousse des dents seule qui est susceptible de causer les convulsions; la douleur excessive que produit quelquefois une dent cariée * , ou son extraction, peut les occasionner aussi 2, de même qu'en général toute douleur vive, quelle qu'en soit la cause. C'est ainsi que Guérin a vu les convulsions succéder aux opérations, lorsque celles-ci étaient accompagnées de douleurs trop vives; que Willis ^ a vu, chez une jeune fille de douze ans , la simple compression des glandes de

^ White ( Opéra, cap. m , page 116) en a cité une observation.

2 Vilal, Traité des maladies de tCle.

3 De Morbis convulsivis.

Faine par un bandage mal disposé , causer des vertiges et de fortes convulsions, qui revinrent fréquemment jusqu'à ce qu'on eût remédié à cet inconvénient. Au rapport de Bonet, une jeune fille qui éprouvait des douleurs vives sous les fausses côtes gauches, fut, pendant les six semaines que dura la maladie, sujette à de fréquents mouvements convulsifs *.

Obs. XXX. Madame Rabatet accouche pour la première fois, avec lenteur mais heureusement, d'un enfant mâle, gros et jouissant de toutes les apparences de la meilleure santé. Deux jours après sa naissance, cet enfant a le sommeil inquiet et agité ; il fait les grimaces du spasme cynique, dort les yeux entr'ouverts et se réveille fréquemment. Cet état dura Aângt-quatre heures et fit place aux convulsions les plus variées ; tout le corps y avait part. Il fut impossible de juger si l'enfant avait ou non perdu connaissance. La cause du mal fut d'abord difficile à juger; rien ne paraissait avoir dû l'occasionner , ni de la part de la nourrice, ni de la part de ceux qui entouraient l'enfant. ( Potions antispasmodiques , prises de zinc jusquiame , sinapismes aux pieds. ) Les convulsions ne se modèrent point et continuent avec la même violence pendant deux heures. J'ap-

I Sepulchr.^ t. 1, sect. xui, obs, xxiv, page 330.

230 COîîVULSIONS 2>ES ENFANTS.

prends que l'enfant n'a point eu d'évacuations alvines depuis sa naissance. {^A dix minutes d'intervalle ^ deux petits lavements avec V huile d'olive tiède.) L'enfant se vida copieusement de tout son méconium; les convulsions se soutinrent d'abord un peu, mais se ralentirent ensuite si rapidement, qu'elles parurent avoir cédé subitement. L'attention de maintenir le ventre libre, a prévenu toute espèce de récidive.

Les faits semblables sont fréquents; je pourrais en citer plusieurs, entre autres celui de la petite fille de madame Gagnaire, qui, le 15 décembre 1823, fut prise de convulsions sans cause connue; elle avait trois ans. Rien ne pouvait la calmer, lorsque j'appris que depuis quatre jours elle n'avait point été à la selle. Deux lavements avec du lait et deux onces de manne rétablirent le calme en dissipant la constipation.

La rétention du méconium et la constipation ont causé des convulsions; la chose est évidente, puisque en provoquant les évacuations, les convulsions ont cessé. La manière d'agir de cette indisposition première, la constipation, ne saurait être douteuse : c'est par la présence de matières acres et irritantes sur une surface sensible. Le méconium et les matières fécales ne peuvent être retenus trop long-temps sans acquérir un degré de piftridité de plus , et sans que leur contact prolongé avec les parois du gros intestin , ne produise une irritation plus forte de moment en moment.

Le plus souvent, cette irritation ne fait qu'occasionner des coliques et des tranchées , mais elle peut aller jusqu'à réagir sur l'encéphale , et devenir cause de convulsions. Ces convulsions n'ont rien eu de dangereux, parce que l'irritation de l'intestin n'a pas été assez grande pour l'enflammer, et que la réaction sur le cerveau n'a pas été assez forte pour y laisser des traces profondes.

L'indication était évidente, et une fois qu'elle a été remplie, les accidents ont cessé. Il fallait débarrasser le gros intestin de cet amas de matières qui l'irritaient autant par leurs qualités physiques que par leurs qualités chimiques ou acres. Ainsi le traitement consistait dans la simple administralion de quelques lavements, parce que c'est le moyen le plus prompt et le plus sûr. On pourrait bien les remplacer par de légers purgatifs ; mais la lenteur et l'incertitude de leur action doit les faire rejeter dans un moment aussi urgent. Il convient, au contraire, d'y avoir recours lorsque les prodromes seuls font craindre les convulsions. En dissipant la cause, on prévient l'effet, et alors on a le temps d'attendre leur action. C'est dans ces cas que seront utiles les légers purgatifs, tels que les sirops de^fleurs de pécher,' de chicorée composé, de rhubarbe, et, chez les tout petits enfants, le sirop de violette. Quant aux calmants, leur effet n'est que secondaire : cependant ils ne doivent point être négligés. Il est toujours essentiel de calmer le système nerveux : la cause est bien enlevée par le purgatif; mais l'irritatioii

peut rester, et si on n'y prend garde, elle peut, de sympathique qu'elle était , devenir maladie essentielle.

Stoll a décrit , sous le nom de convulsion interne des enfants, une espèce d'éclampsie occasionnée par la constipation et très-fréquente en Allemagne. Après deux ou trois jours les malades meurent s'il ne survient point d'évacuation par le bas ni par le haut. Aussi conseille-t-il les purgatifs et les calmants. Peut-être les calmants seuls, et entre autres le camphre et l'assa fœtida, produiraient-ils le même effet en diminuant Téréthisme qui est la cause de la constipation. Hippocrate avait déjà fait la remarque que les enfants qui alvos clensas habent sont très-sujets aux convulsions. Klein a confirmé la même observation i. Rivière 2 a vu son fils Charles mourir des convulsions occasionnées par la constipation. Le docteur Chalupt nous apprend que, dans les pays chauds, les convulsions des enfants sont fréquemment occasionnées par la constipation s. Il cite plusieurs observations dans lesquelles il a fait cesser instantanément cet accident, au moyen de laxatifs huileux ou salins.

1 Klcinii , Interpres clinicus , infant, et pueror. morbi, page 160.

2 \ojez la trente-unième lettre de Morgagni.

5 Essais sur les convulsions les plus fréquentes des enfants en état da fièvre ^ observées pendant plusieurs années à la Guadeloupe , Paris, 1824

Obs. XXXI. Madame Arthreux avait son enfant en nourrice. Celui-ci, âgé de sept mois, jouissait de la plus belle santé; il était gros, frais et fort. Il n'avait encore éprouvé aucun accident, lorsqu'il fut pris tout-à-coup, dans le mois de juin 1823, de convulsions violentes: les membres supérieurs surtout étaient dans une agitation remarquable; les inférieurs étaient un peu moins violemment agités; à la face, les yeux seuls étaient convulsés, ils tournaient rapidement dans tous les sens ; il ne paraissait pas y avoir perte de connaissance ; l'enfant buvait aussi bien que son agitation le permettait. Cet état durait depuis une heure et demie. A force de questions j'appris que la nourrice, une heure avant l'accident, s'était mise dans une colère voisine de la fureur contre uae femme qui l'avait injuriée, et que l'enfant avait tété après. Cela fut suffisant. Je fis boire de l'eau chaude pendant que j'appliquais de la moutarde aux pieds et aux gras des jambes : le malade vomit un liquide verdâtre, au milieu duquel nageait une grande quantité de grumeaux ou petits caillots de lait. Les convulsions s'amendèrent de suite , et quelques cuillerées d'eau sucrée et aromatisée achevèrent de ramener le calme. Je fis extraire le lait de la nourrice avant qu'elle présentât le sein, et nul accident n'est arrivé depuis, quoique déjà six mois se soient écoulés.

Pourrait-on ici mécontiaîlre la cause de la ma-

ladie ? c'est le lait pris après l'emportement de la nourrice. Ce lait sécrété pendant la colère avait donc acquis des qualités nuisibles et irritantes. Il serait curieux sans doute de rechercher par l'analyse chimique si, dans ce moment, le lait diffère de celui qui est sécrété dans Tétat naturel. Cette pensée, que j'ai depuis long-temps, est restée sans résultat , parce qu'il ne m'a jamais été possible de tenter cette analyse. Tout ce que je puis assurer, c'est que les propriétés physiques ne paraissent avoir subi aucun changement : cependant le lait m'a semblé un peu plus séreux. Quoi qu'il en soit, ce liquide acquiert un principe irritant quelconque inappréciable autrement que par ses effets. Ce n'est pas sur le lait seul que la colère porte sa maligne influence. On sait combien sont plus dangereuses les morsures des animaux en colère; on en a vu occasionner tous les accidents de la rage: l'imprégnation dé la salive en est la cause. Les faits de ce genre ne sont point rares ; et à cause de cette influence fâcheuse des passions vives, tous les auteurs recommandent à la nourrice le calme le plus parfait ; et si les circonstances ne le lui permettent pas toujours, tous conseillent de ne pas donner à téter de suite, et de rejeter le premier lait qui a été formé dans le moment de l'agitation de l'ame.

Quoiqu'elle fût générale, la convulsion n'a point été une éclampsie, puisque l'enfant n'a point perdu connaissance.

Le traitement a été bien simple : de l'eau tiède

et des sinapismes. L'eau tiède a secondé mes intentions en faisant rejeter le lait. La moutarde avait pour but d'empêcher que l'irritation du cerveau, d'abord secondaire, ne devînt la maladie essentielle. Le lait a été vomi, et tout s'est dissipé. Cette cure nous démontre de plus la véritable cause du mal, puisqu'il a cessé avec l'éloignement de cette cause. Elle nous donne aussi la solution de la question, de savoir si le lait agit par son absorption et son transport au cerveau ^ ou par la simple irritation des nerfs cérébraux qui se rendent à l'estomac. Les accidents ont commencé peu après l'ingestion du lait. Déjà on peut présumer qu'il n'y a pas eu absorption^ et que l'action a consisté dans le contact du lait avec les nerfs pneumogastriques. La conviction s'établit dès qu'on voit tous les accidents cesser après le vomissement. S'il y avait eu absorption, et que le lait, transporté par la circulation , eût agi luimême sur le cerveau, le vomissement n'aurait plus été d'aucune utilité, à moins qu'il n^eût été provoqué par une substance irritante, telle que le tartre stibié, qui aurait produit sur l'estomac une irritation révulsive ; mais il n'en a rien été puisque l'eau tiède a suffi. Ainsi le lait a agi sur les nerfs pneumogastriques , la chose est indubitable. Cette observation nous trace aussi la conduite à tenir dans les cas semblables. Puisque la présence du lait dans l'estomac est la cause des accidents , c'est en débarrassant l'estomac de cet aliment qu'on obtiendra la guérison. Aussi, je ne

236 COIfVULSîONS DES ENFANTS.

balancerais pas à administrer l'ipécacuanha en poudre ou en sirop. Si, dans le cas cité, je ne l'ai point fait, c'est qu'il fallait agir sur-le-champ, et que je ne pouvais pas attendre le temps qu'on aurait mis à s'en procurer. Cependant je ne nie point qu'il ne puisse y avoir absorption du lait avalé, et action directe sur le cerveau. Le cas deviendrait alors plus grave, et démanderait qu'on insistât beaucoup sur les révulsifs et sur les antispasmodiques. Il est inutile d'observer que s'il paraissait y avoir menace de congestion et d'inflammation cérébrale, il faudrait recourir aux seuls moyens efficaces, les évacuations sanguines.

Des observations semblables sont communes ; Heintcke, Boerhaave , Albinus , M. Baumes en citent quelques-unes. Mais ce n'est pas la colère seule, toutes les émotions vives produisent aussi cet effet.

Si l'on pouvait avoir quelques doutes sur l'influence du lait, le fait publié par J. G. Sommer ^ serait bien le plus capable de les dissiper. Une femme sèvre son enfant pour prendre un nourrisson; celui-ci est bientôt constipé et pris de convulsions. On le lui relire, tous les accidents se dissipent; on le lui redonne, les mêmes accidents se reproduisent. On lui donne un autre nourrisson, et bientôt il éprouve et la constipation et les mouvements convulsifs. Il paraîtra singulier qu'une femme ait pu nourrir un bel enfant,

' Ephémi'rides des Curieux de la nature t dccad. 2 , an 6 , obs. tii.

et donner des convulsions à un autre; mais l'on cessera de s'en étonner, en faisant attention que l'un était son fils, et qu'il y avait déjà rapport entre les deux. individus, et surtout qu'une mère ne quitte guère son enfant sans une émotion profonde.

Ce serait ici le cas déparier de toutes les mauvaises qualités que le lait de la nourrice est susceptible d'acquérir , ou tout au moins de fixer l'attention sur quelques-unes. On a beaucoup parlé des effets de la menstruation sur les qualités du lait. Si quelques auteurs avec Rosen , Ghambon, etc , la regardent comme la cause de convulsions, on peut leur opposer l'autorité de Van-Swieten et de beaucoup d'autres , qui s'accordent à regarder cette circonstance comme incapable de vicier le lait , et déclarent bien plus nuisible le changement de nourrice. Le plus souvent la chose est ainsi ; mais , dans quelques cas, j'ai vu les enfants, agités , prendre un mouvement fébrile ou être sujets à une éruption plus ou moins générale , dans le moment de la menstruation de la nourrice. Ainsi, on n'exclura point une nourrice par le seul fait qu'elle est réglée ; on aura égard aux accidents qui en résultent, et s'ils sont assez graves, il ne faudra pas balancer.: une nouvelle nourrice sera la première indication à remplir.

Ce que nous venons de dire de l'influence des règles peut s'appliquer à l'influence de la grossesse. Comme il est des faits pour et contre lesef-

fets nuisibles du lait d'une nourrice enceinte, la prudence commande de changer la nourrice aussitôt qu'on est convaincu de sa grossesse, dans la crainte des accidents qui pourraient survenir, et qu'on serait alors bien fâché de n'avoir pas prévenus.

Mais tous les auteurs sont d'accord sur les^ mauvais effets d'un régime irrégulier. De quelque nature que soient les aliments de la nourrice , les écarts auxquels elle se livre doivent îa faire rejeter : il est impossible que son lait soit de bonne qualité, et qu^il n'en résulte pas des suites fâcheuses pour l'enfant. Les faits en sont ^ trop souvent renouvelés, pour qu'il soit besoin d'appuyer ce précepte par des exemples.

Nous rapprocherons des qualités nuisibles du lait les cas où la nourrice n'en a pas suffisamment pour nourrir l'enfant. Ce petit malheureux s'épuise par le défaut de nourriture et par ses cris ; tout le système nerveux acquiert un degré de sensibilité plus grand, et bien souvent le sentiment de la faim devient si pressant et si vif, que les convulsions en sont la suite. Ce que la privation d^une quantité suffisante de lait produit dans le premier âge de la vie , la privation des aliments le produira de même à une époque plus avancée. ( Voyez l'Obs. v.)

Obs. xxxii. Le 25 août 1823, le fils Lavirotte, âgé de trois ans et demi , était venu de la cam-

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIOIÎS. 239

pagne pour assister aux. fêles de la ville. Sa gaîté ne se démentit point pendant toute la matinée ; il dina avec appétit , et après il sauta beaucoup selon sa coutume. On le fit sortir. A peine fut-il à vingt-cinq pas de la maison , qu'il chancela et tomba en se roidissant. Il était sans connaissance, les membres étendus et par moment agités de quelques mouvements. Les yeux étaient à demi couverts par les paupières ; la pupille fuyait la lumière et se cachait en haut. Cet enfant ne donnait aucun signe de sensation. Le pouls était petit et excessivement vite. Je fis sucrer une cuillerée d'eau de fleurs d'oranger, j^y ajoutai dix gouttes d'élher, et je l'introduisis dans la bouche du petit malade. La présence du liquide vers le pharynx détermina la déglutition. Quatre ou cinq minutes après, pendant qu'on préparait la moutarde, je fis avaler une seconde cuillerée. Des efforts de vomissement se manifestèrent presque aussitôt ; il rejeta quelques gorgées d'aliment, où il fut facile de reconnaître les débris d'une pomme crue qu'il avait mangée avecaviditéaprès sondîner.Une troisième cuillerée d'eau de fleurs d'oranger éthérée fut administrée : les mouvements de caption furent exécutés, et la déglutition devint plus facile. Deux ou trois minutes se passèrent , le fils Lavirotte ouvrit les yeux, regarda tout le monde avec étonnemenl , fut surpris de se trouver déshabillé et au lit, et tout-à-coup se leva et fit mille gambades. On lui fit avaler une grande tasse de thé *, un instant après, on l'habilla et il alla se

promener comme s'il n'eût rien éprouve. Son état de malaise avait duré trois quarts d'heure.

Voilà une cause de convulsions en apparence bien légère , et qui pouvait avoir les plus graves résultats. Un enfant bien portant mange, après son dîner, une pomme un peu verte, et les convulsions ont lieu ; cette pomme est rejetée, et les convulsions cessent : cette pomme ingérée dans l'estomac a donc été la cause de la maladie. On s'étonnera peut-être de ce que ce fruit, que cet enfant aimait beaucoup et qu'il ne cessait de manger toute la journée, ait pu causer cet accident. Mais îoutétonnement cessera, si l'on fait attention que depuis deux jours le jeune Lavirotte était à la ville, que son régime n'y était plus le même, et qu'il venait de bien dîner. Qui ne sait que la chose la plus innocente peut causer de grands ravages , lorsqu'elle trouve des circonstances qui les favorisent ? C'est ainsi qu'il est arrivé dans le cas présent. Cette pomme , qui , dans tout autre moment, n'eût rien causé, a trouvé un estomac rempli d'aliments et différemment modifié par un régime différent : la sensibilité n'étant plus la même , les effets n'ont pas dû être les mêmes. Y a-t-il eu indigestion, ou simplement excitation des parois gastriques par la présence de la pomme ? Il y a eu l'un et l'autre , c'est-à-dire , que la pomme a trouvé la sensibilité de l'estomac disposée à s'exalter, qu'elle a ajouté à cette exaltation ; que l'estomac, trop excité, a suspendu ses fonc-

OBSERVATIONS ET RlÉFLFXIONS^ 241

tions, qu'il a éprouvé une indigestion momentanée , et qu'enfin la réunion de toutes ces causes a réagi vivement sur le cerveau et produit la maladie. La perte de connaissance en a fait une éclampsie j mais les mouvements étaient peu violents.

La quantité d'aliments que l'enfant avait mangés et le souvenir de la pomme me les ayant fait regarder comme la cause d'une indigestioîî, et celle-ci comme la cause de la maladie, j'aurais du chercher à provoquer le vomissement. Si j'ai préféré d'abord les calmants, c'est que je sais avec quelle facilité les enfants digèrent, et que j'ai présumé qu'un peu d'eau de fleurs d'oranger et d'éther agirait comme calmant du système nerveux, et comme tonique de l'estomac , ou tout au moins qu'il rappellerait ce viscère à des actes plus réguliers et lui ferait reprendre le travail de la digestion. L'estomac, surchargé, a rejeté une fort petite quantité d'aliments; il ne s'y trouvait pas le quart de la pomme. Quoique ce vomissement léger n'ait peut-être pas été la cause unique de la cessation des accidents, toujours a-t-il suffi pour ramener l'estomac au point le plus favorable à ses fonctions. L'événement a justifié mes espérances, et sans oser donner le conseil d'imiter ma conduite dans un cas semblable, j'avoue que je ne m'en écarterais pas, sauf à en venir à l'émétique ou plutôt à l'ipécacuanha, lorsque j'aurais reconnu l'insuffisance des moyens employés. Quoi qu'il en soit, ces convulsions par indigestion sont

excessivement graves, et elles sont fréquemment le prélude de congestion , d'inflammation ou d'hydropisie cérébrales. Disons aussi que bien souvent déjà l'indigestion n'est plus cause , mais effet du mal, et que l'estomac n'a été paralysé dans ses fonctions que parce que l'encéphale était malade le premier.

Le régime des enfants ne doit pas seulement consister dans une nourriture saine ; mais il faut encore que tout soit administré convenablement. Si tous les aliments de difficile digestion ne causent pas des convulsions subites , ils fatiguent l'estomac et y produisent une sur-excitation qui tôt ou tard se réfléchira sur l'encéphale , et amènera son excitation consécutive. Bien souvent ils deviennent cause irritante par leur contact avec la membrane muqueuse. Quelquefois encore les mauvaises digestions qu'ils causent , favorisent la formation de gaz intestinaux, qui distendent les intestins outre mesure , et produisent une irritation assez forte pour amener des convulsions qui ne se dissipent que par l'issue naturelle ou provoquée de ces gaz. Ainsi tout aliment, qu'il soit de mauvaise qualité , ou pris en trop grande quantité ou dans un moment peu opportun , deviendra cause de convulsions, lorsqu'il irritera l'appareil digestif ou ajoutera à une irritation préexistante. J'ai été témoin, dans une circonstance, de convulsions déjà mentionnées par les auteurs, et causées par la déglutition d'une certaine quantité de sang après la section du filet.

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIOIN^S. 243

Le vomissement de ce liquide coagulé les fit cesser. Le choix des aliments réclame donc toute notre attention. En général, on a observé que les peuples qui vivent de farineux sont moins sujets aux convulsions que les autres ^.

En 1758 2j Vandermonde publia le problème à résoudre : savoir , si Von doit saigner dans les indigestions y principalement dans celles qui sont compliquées ui^ec les convulsions. M. Chartier, docteur-régent de la Faculté de Médecine d'Angers, distingua, dans sa réponse, les indigestions par faiblesse, et les indigestions par pléthore des parois de l'estomac, et conseilla, dans le premier cas, les toniques et l'émélique, et dans le second , la saignée ^.

Quoique j'aie insisté beaucoup sur l'influence des mauvais aliments et des indigestions dans la production des convulsions, je me garderai bien de leur rapporter tout, et de placer dans l'estomac toutes les causes des maladies dli cerveau. Il existe entre ces deux viscères une étroite liaison. L'un n'est pas malade sans que l'autre s'en ressente; mais, quelque étendue que soit cette réaction , doit-elle faire admettre que toutes les maladies du cerveau dépendent de l'estomac ? Voilà ce que le fanatisme et l'enthousiasme peuvent seuls nous apprendre, et ce qu'un homme,

1 Tissot , Trailé des nerfs , tome ni , page 44. — Et Bomare , DicdoTt' nairecl'Hist. natur. , ùTl'icle Farineux.

^ Journal de Médecine, octobre 1758, tome ix- 3 Idem, février 1759 , tome x , page 118.

qui a étudié les maladies au lit de la douleur, ne croira point. Faisons donc une juste application de celte réserve philosophique à l'opinion exclusive qu'a émise, en 1776, le célèbre Deleurye , lorsqu'il plaçait dans le bas-ventre la cause de toutes les convulsions. Coliques, vers, aliments indigestes ou en trop grande quantité, lait de mauvaise qualité ou non approprié, venant d'une nourrice forte pour un enfant faible, ou d'une nourrice délicate pour un enfant fort, telles sont les véritables causes des convulsions : si, par hasard, le froid, les coups, les produisent, c'est en agissant d'abord sur l'abdomen. Les dents, disaitil, peuvent bien occasionner les convulsions, mais elles ne seront jamais cause première, ce sera toujours la saburrequi les occasionnera. En mettant à part l'exagération que présente ce système, il sera toujours vrai que la cause occasionnelle des convulsions réside fréquemment dans le basventre ^. Ce ne sont pas seulement les aliments indigestes qui deviennent cause; mais aussi tout corps irritant par ses qualités physiques, chimiques ou vénéneuses; toute inflammation, toute rétention de matière; le volvulus, les coliques, la passion iliaque 2, les coups sur le bas-ventre , le pincement de l'intestin par une hernie.

J Baglivi a remarqué que l'infusion de rhubarbe, entre autres légers purgatifs, suffit presque toujours pour guérir les convulsions des enfants, parce qu'elles dépendent ordinairement des vices de l'estomac. Maisonneuve a fait une épilepsie gastrique ; c'est la deuxième espèce des épi- Icpsies sympathiques.

2 Ab ileo vomttus , ant .v'nguitus , aut convnlsio , aut delirium , malum (IJipp. Aphor.).

Ne quittons point celte observation sans dire que l'usage abusif du vin , quoique toléré par quelques auteurs, est du plus grand danger à toutes les époques de la vie i , et bien plus encore chez les enfants dont Testomac, débile et irritable, reçoit facilement toutes les impressions et les transmet de suite. Malgré cela je ne le proscrirai pas absolument du régime de l'enfance : il est des circonstances où il peut convenir et être utile, surtout chez les enfants lymphatiques, et affaiblis par de longues privations , bien plus que par des maladies.

Obs. XXXIII. c( A la fin de mars 1670, six petites filles et deux petits garçons mangèrent de la ra* cine de ciguë aquatique , et voici quels en furent les résultats. Jacob Mœder, âgé de six ans, assez délicat et cependant bien portant, revint à la maison gai et riant; bientôt il se plaignit d'une vive douleur au creux de Testomac, et dans le moment même il tomba sans connaissance, et urina avec tant de force que le jet de l'urine s'élevait à plus de cinq pieds. Bientôt il fut saisi dans tout 1© corps de convulsions affreuses : les mâchoires étaient si serrées qu'il était impossible de les écarter; les dents craquaient continuellement; les yeux étaient horriblement renversés; le sang

ï si qids ehnus ex imnroviso miUus fiai conviilsus moniur , yii&i fel^ris. corviputrh ( îlipp. , Aphor. 5, sect. v).

246 co]?fvuLsior»rs des enfants.

sortait par les oreilles; il avait un hoquet trèsfort, et de fréquentes envies de vomir; mais la violente clôture de la bouche fit qu'il ne put jamais rien rendre. On voyait à l'ëpigaslre une tumeur de la grosseur du poing qui battait fortement; les bras et les jambes étaient agités par les plus fortes convulsions ; la tête et tout le corps , recourbés en arrière, formaient un arc sous lequel un autre enfant eût pu passer. Les accidents cessant un moment , il implora le secours de sa mère ; mais ils revinrent bientôt avec la même violence; ses forces se perdirent, et il expira avant que toute cette scène de douleur eût duré une demi-heure. L'autre garçon, qui n'eut aussi aucune évacuation, périt de la même manière; toutes les filles se sauvèrent parce qu'elles vomirent assez promptement le poison. Une d'elles fut bientôt rétablie , parce que son père la voyant déjà en convulsions, écarta de force ses dents serrées, et provoqua le vomissement avec de l'infusion de tabac ^. »

Huit enfants mangent à la fois de la racine de ciguë aquatique. Chez tous , le narcolisme est porté au pins haut degré; les accidents sont excessivement graves et sont caractérisés par une exaltation du système nerveux, qui réagit avec force sur tous les muscles de l'économie, tant externes qu'internes : de là les convulsions des membres et du tronc; de là, dans la région épigastrique,

I Wepfer , de Cictild a(][iiaiic(H , page 5.

ce mouvement singulier qui ne peut être que l'agitation convulsive de l'estomac; de là encore ce jet d'urine lancée avec force par une contraction excessive de la vessie. Ces phénomènes extraordinaires furent tous l'effet de la racine de ciguë , puisque, sur huit enfants qui en avaient mangé, aucun n'en fut exempt ; il n'y eut de différence que dans le degré d'intensité. Tous ceux qui purent rejeter naturellement ou par provocation le végélal avalé furent sauvés. Deux enfants périrent parce que le vomissement n'eut point lieu, et que le séjour prolongé du poison lui donna le temps de développer toute la violence de son action. Ce serait le cas de discuter la manière dont le toxique a agi. Y a-t-il eu absorption ? y a-t-il eu simple irritation de la muqueuse gastrique et réaction sympathique? Les phénomènes nerveux sont si singuliers qu'on ne sait bien souvent nî d'où ils viennent ni où ils vont. Ils apparaissent subitement et avec la plus grande violence , sans cause connue, ou pour la plus légère; tandis que d'autres fois les agents les plus irritants, les plus capables d'exalter le système nerveux, produisent à peine une légère douleur. Ceci peut s'appliquer principalement aux poisons végétaux ; et dans le cas qui nous occupe , leurs effets funestes ont été portés aussi loin que possible. Leur action ïie se passe d'abord que sur les parois de l'estomac; c'est la membrane muqueuse de cet organe qui reçoit la première impression ; le nerf vague la transmet au cerveau; le mode de sensation est

tel que le centre nerveux en est modifié ; ses actes ne s'opèrent plus dans Tordre naturel, et celte perversion peut aller, et va effectivement jusqu'à anéantir les fonctions de l'encéphale. Il n'y a pas eu et il n'a pas pu se faire d'absorption, puisque cette opération ne commence guère que dans le duodénum, et que les racines n'ont pas eu le temps d'être digérées et de passer dans cet intestin, avant l'apparition des accidents. Ce qui le prouve mieux que tout le reste, c'est que dans le plus fort de la crise , les accidents se sont calmés lorsque les enfants ont eu rejeté la racine fatale. S'il y avait eu absorption, le vomissement n'aurait point empêché que ce qui était absorbé ne continuât à agir. Cette explication sur le mode d'action de la ciguë nous trace l'indication curative. Puisque la présence de cette racine dans l'estomac est la cause de tous les accidents, il faut pour les combattre la faire rejeter , et alors sublatâ causa , tollitur effectus. C'est précisément ce qui a été fait : la thériaque délayée dans le vinaigre et l'infusion de tabac ont agi comme vomitifs, et rempli la seule et véritable indication qui se présentait. N'eût-il pas été convenable , en administrant les vomitifs en lavement, en friction, ou même en injection , de chercher à faire vomir les deux malheureux qu'on ne put faire boire?

Hippocrate a consacré dans plusieurs endroits les effets fâcheux de l'ellébore *. Boerhaave nous

^ Convulsio ab helleboro y lelhale (Goacai, lib. in, § 632). Hdkborm

OBSERVATIONS ET RÉELEXIONS. 249

apprend qu'il vit huit enfants empoisonnés par la racine de ciguë : tous avaient des angoisses , des rêveries , des envies de vomir et des convulsions. 11 leur donna à tous une solution de vitriol^ et tous ceux qui vomirent furent guéris i.En 1797, au mois d'octobre , trois enfants d'environ neuf à dix ans, sont pris de mouvements convulsifs trèsirréguliers. Ils agitent brusquement leurs membres, ont le regard fixe, exécutent toutes sortes de gestes, de pantomimes, etc. Ils avaient mangé des baies de belladone. M. Pinel leur prescrivit rémétique et de Teau acidulée avec le vinaigre. Tous furent guéris 2.

Sauvages 3 a fait , d'après les principaux végétaux vénéneux, plusieurs espèces d'éclampsies par empoisonnement. De tous les poisons narcotiques, celui dont les effets se présentent le plus souvent c'est l'opium. Il n'est pas d'auteur qui n'ait eu occasion d'en remarquer les dangers , principalement chez les enfants, dont le système nerveux est très-sensible à son action et dispose beaucoup au narcotisme. Ces faits sont trop connus et trop multipliés ; il me suffit de les avoir signalés ^.

periculosus est sanas carnes habenlibus : convulsionem enim md«c«V(Aphor. 16, sect. iv).

1 Prœlectiones , at? § 1158.

2 Pinel , Nosographie philosophique , tome m.

3 Nosol. méthodique f loco cilato , tome i , page 775.

* Je n'irai point fouiller dans les Mémoires de Madden, deMortimer, de Langrisli ; dans les ouvrages de Sprengel, de Freind, de Vicat (^Histoire des planles vénéneuses de la Suisse J, de Murrai (Apparatus medica-

250 CONVULSÏOJ^J-S DES EI?fFA.NTS.

Les poisons végétaux ne sont pas les seules suÎ3stances vénéneuses capables de causer les convulsions : les règnes animal et minéral fournissent des poisons non moins dangereux. Hippocrate cite i l'observation curieuse d'un jeune homme qui avala, en dormant, un serpent qu'il ne put retirer et dont il ne put qu'écraser la partie postérieure. Des souffrances horribles et une agitation excessive en furent les suites : il mourut dans les convulsions. On trouve dans un Voyage à V Ile-de-France -par un officier du roi , en 1773, la description d'un poisson connu sous le nom de vieille , d'un goût fort agréable, et qui , ainsi que quelques autres poissons , cause des convulsions et l'empoisonnement. Il y a aussi un ramier si dangereux, que ceux qui en mangent sont saisis de convulsions.

Quelles pénibles et intéressantes réflexions ne nous présenterait point l'histoire de la rage, celle du tarentisme , de la morsure de la vipère et des différents serpents, etc. , et les empoisonnements par l'arsenic , le sublimé, le plomb , le verdet, etc. ! Quelles que soient les divisions admises par les auteurs les plus célèbres , tels que Boerhaave ,

minumj, de Bergius (Maleria medica è regno vegetabilij, et encore bien moins dans les travaux des modernes sur les effets des poisons et sur leurs antidotes : cela est l'objet d'un Traite de Toxicologie^ et M. le professeur Orfila nous en a donné le meilleur traité ex professa. Sennert (Opéra omnia , tome i , cap. xxii , de GalœnisJ a passé en revue tous les poisons végétaux connus, et a consacré ensuite un autre chapitre aux animaux vénéneux.

^ Épidémies , liv. v, § 88.

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS. 25 î

Méad, Prest-Wich, Lindeftope, Orfila, etc. ;queiie que soit la voie par laquelle ces substances pénétrent , leurs effets n'en existent pas moins , mais avec quelques légères nuances dans la violence. La belladone n'agit point comme le stramonium , le stramonium comme la jusquiame ^ etc. ; chacun a son mode d'action , son cachet particulier. Il importe donc au praticien de bien connaître cette partie de la médecine.

Obs. XXXIV. Madame Bayeul fit prendre à sa jeune fille de quatre ans une dose du remède de Leroi, parce qu'il lui semblait qu'elle avait un peu perdu l'appétit. Ce remède incendiaire ne fut pas plus tôt avalé que des coliques se manifestèrent avec une agitation extrême. Au bout de quelques minutes les convulsions les plus fortes s'y joignirent, mais sans perte de connaissance ; il y eut des vomissements et des selles abondantes ; le pouls devint petit, serré et intermittent ; la figure était grippée; les évacuations continuaient avec rapidité ; la superpurgation était complète; c'était un véritable choîera-morbus provoqué . Le danger était imminent. (Potion calmante avec addition dune once de sirop diacode. Dans chaque cuillerée de cette potion , donnée de quart d'heure en quart d'heure^ je fis ajouter une prise de zinc jusquiame. Deux lavements avec la décoction de son, et six gouttes de laudanum liquide de Sydenham.

Bain chaud, ^ Les évacuations semblèrent s'éloigner un peu par l'effet du bain , malgré la difficulté de maintenir d'abord la malade dans la baignoire : elle y resta cependant trois heures. Peu à peu les convulsions se calmèrent, et les évacuations diminuèrent. La prostration était extrême ; la petite Bayeul semblait expirante. On lui fît prendre de l'eau de salep, des crèmes de riz ; on rendit le régime plus nourrissant , à mesure que la digestion se faisait mieux. Les forces se rétablirent un peu. Le ventre est resté douloureux et tendu pendant plusieurs mois , et la susceptibilité nerveuse est bien plus grande qu'elle n'était auparavant.

Il ne faut point chercher ailleurs que dans l'administration du purgatif de Leroi, la cause des convulsions qui sont survenues. L'irritation que ce poison trop accrédité a produite sur l'estomac et les intestins, a été réfléchie sur le cerveau. Des vomissements et des évacuations alvines ont eu lieu assez promptement, et ont bien entraîné le remède ; mais la présence seule du perfide breuvage n'est pas la cause des accidents ; ses qualités irritantes ont agi sur l'estomac et l'intestin , y ont produit une violente irritation qui a persisté après la soustraction de la cause , et qui d'effet, est devenue cause à son tour. Le purgatif n'a donc point agi par une qualité particulière, mais par la vive irritation qu'il a produite sur une surface aussi sensible , et aussi étroite-

ment liée avec le cerveau que la membrane muqueuse digestive : tout autre purgatif acre ou intempestivement administré aurait causé le même effet. Ainsi les convulsions ont été l'effet direct de l'irritation gastrique ; les mouvements convulsifs ont duré autant que l'irritation du canal alimentaire s'est soutenue à un haut degré d'intensité, et ils ont cessé à mesure que cette irritaliou s'est calmée.

L'indication était évidente. On ne pouvait point s'occuper du purgatif, puisque déjà il avait été rejeté ; je ne devais envisager que ses cruels effets, l'irritation. Malgré la réserve nécessaire dans l'administration des opiacés chez les enfants, les évacuations étaient si abondantes et si souvent répétées, les douleurs si violentes et la léte si libre , que je n'ai pas cru avoir de temps à perdre ; il m'a semblé lugent de modérer la rapidité du mouvement intestinal, et de calmer les douleurs. L'opium m'a paru le moyen le plus sûr pour arriver à ce double résultat , et je lui ai donné la préférence : il pouvait en outre concourir à modérer la sécrétion intestinale. Mais je ne l'eusse point employé sans l'état d'intégrité parfaite de la tête : les menaces d'une congestion sanguine me l'eussent fait rejeter. Aux opiacés j'ai associé le zinc et la jusquiame, et le bain tiède. J'ignore quel a été l'effet du premier mo^^en ; mais il a du concourir avec les autres au rétablissement du calme. Ici je ne lui accorde pas un effet bien grand : le mal dépendait de l'irritation intestinale,

et c'est celte irritation qu'il fallait calmer : je suis persuadé que les opiacés y ont le plus contrilMié. Le bain était d'une utilité plus grande. En agissant comme topique sur toute la surface du corps , son effet calmant s'est réfléchi sur les organes renfermés dans la cavité abdominale , et il n'a pas peu contribué à la guérison. L'expérience journalière prouve les heureux résultats des bains chauds , et même des simples fomentations, dans les cas analogues. Quoique j'aie réussi , je ne veux point donner ma conduite pour modèle ; je sens tout ce que de pareilles circonstances ont de délicat , et avec quelle réserve il faut manier l'opium chez les enfants. Cependant toutes les fois que la tète aura conservé toute son intégrité, on peut agir de la même manière, et je ne ferais pas difficulté de recommencer.

Peut-être trouvera-t-on que la dose de l'opium était un peu forte pour un enfant : douze gouttes de laudanum et une once de sirop diacode ont été prises en deux heures de temps. J'ai remarqué que dans tous les cas de douleurs excessives, de violentes excitations du système nerveux , il ne fallait point tâtonner, mais administrer brusquement de fortes doses.

Obs. XXXV. M. Bulliod est pris de coliques atroces, d'un véritable miserere. Tout ce qu'il buvait était rejeté. Trois consultations avaient eu lieu

OBSERVATIONS ET r:éflexions. 255

dans la même journée avec M. le docteur Mermet. Saignée , sangsues, bains, sinapismes, lavements, rien n'avait modéré la violence du mal. Le malade avait été déclaré perdu. Cet estimable père de famille appelait lui-même la mort, tant ses souffrances étaient cruelles. Un demi-lavement avec la décoction de mauve et demi-once de laudanum liquide de Sydenbam, fut bientôt rejeté comme les autres par le vomissement. J'en administrai un second, qui fut retenu un quart d'beure entier. Un troisième resta près d'une demi-heure, et ne fut pas rendu en totalité. Un quatrième ne fut pas rendu. Gomme les douleurs se soutenaient toujours, j'en fis encore administrer six de demi-heure en demi-heure, et j'y joignis une potion calmante dans laquelle je fis entrer dix grains d'extrait gommeux d'opium. Tout cela fut pris en sept heures de temps. Alors le calme fut complet. Il ne restait à M. Buliiod qu'un sentiment de lassitude extrême. La tête ne faisait rien éprouver ; il n'y avait pas même disposition au sommeil. Cependant une heure après, le malade s'endormit paisiblement et reposa trois heures , après lesquelles il s'éveilla, n'ayant plus que le souvenir de ses souffrances, et un sentiment de brisement.

Cinq onces de laudanum et dix grains d'opium ont été donnés en sept heures. Supposons qu'une once de laudanum ait été rejetée par le vomissement, quatre sont restées dans le corps et ont été

256 CONVULSIONS DES ENfANTS.

absorbées. Celte dose d'opium , qui , dans toute autre circonstance, aurait, empoisonne le malade , n'a pas même produit le plus léger narcotisme, parce qu'ici le système nerveux était trop exalté. C'est par la même raison que, dans le tétanos, j'ai vu administrer de prime abord, par MM. Bouchet et Janson, chirurgiens de l'Hôtelî)ieu de Lyon, des doses considérables d'opium sans même provoquer le plus léger sommeil.

Les effets nuisibles des purgatifs ont été reconnus dès la plus haute antiquité i. Boerhaave, Sydenham , Viridet , Stahl , Lorry , Hoffmann , Tissot, etc. , les ont proscrits chez les personnes hypocondriaques et nerveuses, et chez les enfants. Les purgatifs drastiques ne sont pas les seuls dangereux; quelquefois les plus légers laxatifs, lorsqu'ils sont administrés intempestivement, produisent les plus graves accidents. J'ai vu un enfant succomber après avoir pris une once et demie de manne, conseillée par une sage-femme. Morgagni (^epist. x, § 16), raconte les terribles effets du mercure doux. Ce purgatif, ordinairement si innocent pour les enfants, avait été ordonné par un charlatan; peu d'instants après, l'enfant perdit la vue et tomba dans des convulsions accompagnées d'accidents singuliers. Rien n'est plus fréquent, dans le peuple, que l'usage des purgatifs : aussitôt qu'un enfant crie, ce sont

ï Purgatîoni immodicœ convuîsio , nut sîngullus superveniens , malum ( Aplior. 4 , secl. v). A purgantis potione convuîsio , lethale (Aphor. 25, sect. vu;.

des tranchées , la constipation ou une humeur de râche, et il faut évacuer; les purgatifs sont prodigués, et leur action irritante sur la partie inférieure du tube intestinal remplace bien des fois l'ombre d'une maladie par une maladie grave.

L'action des émétiques sur l'estomac n'est pas moins nuisible que celle des purgatifs. Si on en observe moins souvent les mauvais effets, c'est parce que leur administration est beaucoup moins commune. On peut leur appliquer tout ce que nous avons dit des purgatifs.

Obs. XXXVI. Mademoiselle Cady éprouva, à l'âge de six mois , tous les accidents d'une fièvre muqueuse : mouvements fébriles, exacerbations irrégulières, plus marquées vers le soir; aphthes à la bouche , parfois vomissements , évacuations alvines glaireuses, ventre tendu, etc. Quelques vers furent rendus pendant le cours de la maladie. Huit mois après, les mêmes accidents se renouvelèrent et se terminèrent de même. Pendant seize mois, l'enfant jouit d'une bonne santé, à part quelques coliques légères , pour lesquelles la mère lui faisait prendre un peu de semen contra dans du lait, et qui, assez ordinairement, se terminaient par l'issue d'un plus ou moins grand nombre de lombrics. Le 17 mai 1823, elle fut prise tout- à- coup de coliques si vives qu'elle poussa des cris déchirants. Dix minutes après, se

manifestèrent des convulsions universelles, mais sans perte de connaissance. Au milieu de ces mouvements désordonnés , on remarquait les efforts que faisait la petite malade pour se frotter les narines : la pupille était dilatée. La mère m'assura que depuis deux jours l'haleine de sa fille avait Yodeuj' des vers ^ et que trop d'occupations l'avaient empêchée de lui donner son remède ordinaire. [Potion antispasmodique; quatre paquets de deux grains de calomélas et de sementine ^ à prendre dans les quatre premières cuillerées , à un quart d'heure dH intervalle ; sinapismes aux pieds et aux jambes; emhrocations avec Vhuile de pétrole sur le bas-ventre.) Un quart d'heure après la seconde cuillerée delà potion, évacuation d'une quantité prodigieuse de vers , cessation de tous les accidents.

On a beaucoup écrit sur les vers et les maladies vermineuses, et on ne peut guère s'en rapporter aux auteurs. Les uns n'ont vu , dans ces animaux , que des hôtes innocents et même naturels à l'homme. Les autres les ont considérés comme des parasites nuisibles, susceptibles de produire tous les maux, et les ont rendus responsables de tout ce qui arrivait de fâcheux à l'enfance. Leur histoire mieux connue ne permet plus ces deux extrêmes. Dans l'observation précédente, nous trouvons un enfant sujet à rendre des vers; des convulsions violentes ont lieu à la ^uite d'indispositions qui se terminaient ordi-

OBSERVATIONS ET RlÉFLEXIONS. 259

nairement par l'évacuation de quelques vers, et tous les accidents ont cessé après la sortie d'un grand nombre. On ne peut douter que les convulsions n'aient été le résultat de la présence des vers dans le canal intestinal; niais comment ontils agi? En irritant la longue surface muqueuse dans laquelle ils sont logés. Quoique appartenant à la vie nutritive , le canal digestif a d'étroites connexions avec le système nerveux cérébral. D'une part, les pneumogastriques ; d'autre part, de nombreux filets des paires lombaires et sacrées entretiennent cette liaison. C'est parla médiation de ces nerfs que le système cérébral sent l'irritation du tube digestif, et lorsque cette irritation est au point convenable, il réagit sur les muscles sans régulariser leurs contractions. Je pourrais rechercher de quelle manière le ver irrite la membrane muqueuse : ou bien il la pique, ou bien il ne fait que se tenir en contact avec elle , ou bien enfin il exhale sur elle quelque liqueur stimulante; peut-être ces trois causes agissent-elles séparément , peut-être réunissent-elles leur action. En effet , chacune de ces causes peut suffire^ surtout chez les enfants , si disposés aux convulsions. On n'en doutera point si l'on envisage la sensibilité de la membrane muqueuse, et la facilité avec laquelle la moindre modification de cette sensibilité réagit sur l'encéphale. D'un autre côté , les vers sont toujours présents, l'intestin a dû s'y accoutumer : pourquoi donc sont-ils si nuisibles dans un moment, et si peu

dans un autre ? La membrane muqueuse est accoutumée à la présence des vers : cela est vrai , mais à chaque instant elle peut en recevoir des impressions variées , et sa sensation en être modifiée. Notre système cutané, accoutumé à toutes les impressions extérieures , ne nous transmetil pas quelquefois les sensations les plus pénibles pour la cause la plus légère ? Au reste, je crois que presque toutes les fois que les vers occasionnent des accidents, ils sont malades eux-mêmes. Ce qui me fait penser ainsi, c'est le séjour habituel des vers tant qu'ils n'ont rien causé de fâcheux , et leur constante issue à la suite de quelques accidents vermineux. On ne peut guère attribuer cette sortie aux anthelmintiques , puisque souvent les vers sont rejetés avant ou sans leur administration , et que souvent les plus accrédités n'en expulsent aucun. Je suis donc porté à croire que les vers ne deviennent nuisibles et dangereux que lorsqu'ils sont eux-mêmes malades. Alors leurs mouvements ne sont plus réguliers *, ils s'attachent^d'une manière différente aux parois de l'intestin , et ils évacuent des humeurs viciées , plus irritantes que celles qu'ils rendent en santé. Grâce aux travaux des Pallas , des Bloch , leur histoire naturelle est assez bien connue : il nous manque leur histoire médicale : ce travail n'est pas aussi dépourvu d'intérêt qu'il le paraît d'abord. Si , en effet, l'on parvenait à connaître leurs maladies et les moyens de les guérir, bien souvent, au heu de bourrer les

enfants de dangereux vermifuges , le moyen le plus simple suffirait pour les calmer. Déjà bien des fois j'ai vu cesser, par la plus simple prescription anthelmintique, les accidents vermineux qui avaient résisté à tous les autres moyens les mieux ordonnés. En nous en tenant au fait, nous trouvons toujours irritation de la surface muqueuse par les vers , et guérison par leur évacuation , sans admettre , comme Font fait quelques auteurs , une phlegmasie intestinale nécessaire. Car comment supposer que cette phlegmasie puisse disparaître instantanément après l'évacuation des vers ? Leur présence trouble donc la santé d'une autre manière que par l'inflammation,

Je pourrais multiplier les faits de ce genre ; j'ai eu de fréquentes occasions d'en observer ; mais j'ai pensé qu'un seul suffisait, et j'ai choisi le plus simple , le plus dégagé de complications, et le moins propre à faire naître des doutes. Tous les médecins qui ont parlé des convulsions ont reconnu qu'elles pouvaient être l'effet de la présence des vers.

On lit dans l'ancienne gazette de santé * un fait des plus curieux. Un enfant de onze ans, à force d'être tourmenté par les convulsions , était demeuré stupide dès son bas âge. Il retrouva la santé et l'intelligence, en s'empoisonnant avec une demi-pinte de couleur, composée d'oxidede

I Année 1771, 11° m.

plomb gris, d'huile de lin et de noir de fumée , qui lui fit évacuer une grande quantité de vers. Houzelot , chirurgien en chef des hospices civil et militaire de Meaux ^ , nous a transmis une observation fort curieuse. Le malade eut pendant plusieurs jours et à plusieurs reprises, entre autres accidents nerveux, des convulsions des yeux, de la face , d'un bras , du bas-ventre, de tout le corps , etc. , et rendit successivement une quantité prodigieuse devers lombrics (83) dont un était velu , noir , et gros comme le doigt. Après une évacuation des plus abondantes, les accidents ne reparurent plus. Brera ^ cite plusieurs faits de différentes affections vermineuses convulsives occasionnées par les vers : l'un est extrait des Ephem. natur. curiosior. ^ ; l'autre est de Siblot et est inséré dans le Journal de Médecine ^; un autre est tiré de la pratique de Selle. Van-Doeveren ^ a pris une observation dans Marchant. Les accidents convuîsifs et autres cessèrent par l'expulsion de deux lombrics assez grands , provoquée par de l'eau dans laquelle on avait fait bouillir du mercure. Il a emprunté de Kramer une observation analogue : la seule différence fut qu'on donna l'huile animale de Dippel pour expulser les vers 6. (nOn voit , ajoute ce savant, quil

' Journal général de Médecine, floréal an xii.

■^ Traité des affections vermineuses.

•'* Aun. IV, observ. clxx>vii,

'>■ Ann. 1783 , tome lx , juillet , p. 22.

'' Observations physico-médicales sur les vers, page 295,

C Cotinnerc. litur. nor. , ann. 1754 , page 29.

OBSERVATIONS ET RÉrLEXIONS. 263

« n est presque point de symptômes morbifiques, « surtout parmi ceux qui ont une cause spas- « modique , qui n aient été produits quelquefois <c par des vers. » StoU ^ cite l'observation d'une jeune fille de la campagne , âgëe de deux ans , chez laquelle les vers étaient l'a cause des convulsions. Pechlin dit qu'il n'y a point de symptômes graves et malins que les vers ne puissent exciter. C'est aux vers qu'il faut rapporter le cas de convulsions singulières rapporté par Junker 2. Perrault ^ a vu des convulsions périodiques se terminer tous les jours par le vomissement de quelques vers. Les remèdes chauds n'y faisaient rien ; il eut recours à la glace , parce que l'eau froide tuait subitement ces vers : la guérison fut bientôt complète.

Lieutauda fait une remarque qui, si elle était vraie, concourrait à éclairer le diagnostic des convulsions causées par les vers. Selon ce médecin distingué, les vers sont aussi rares dans les enfants au lait qu'ils sont communs parmi ceux qui sont sevrés f et encore plus depuis sept ans jusqu'à l'âge de puberté. Parmi les auteurs modernes qui se sont occupés des maladies des enfants, le docteur Sablairoles ^ est celui qui a

1 Pars IV, Adversaria varii argumenti ^ page 319.

2 De Moiibus terrificis quibusdam. Halaî.

'^ Journal des Savants , 1675 , tome iv, page 154.

^ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiques relatives à la prc'dominance et ù l'influence des organes digestifs des enfants sur le cerveau; 1826.

réuni le plus grand nombre de faits relatifs à la production des convulsions par les vers. Ses nie, ixe xxxiie, obs. en sont des exemples. M. Bricheteau * a guéri par l'usage des anthelmintiques qui firent rendre plusieurs ascarides à une petite fille de quatre ans qui présentait tous les phénomènes de l'hydrocéphalite avec mouvements convulsifs. Le docteur Chalupt, de la Guadeloupe, a guéri pareillement des convulsions en faisant rendre des vers à l'aide des anthelmintiques^.

D'après ces observations et mille autres, on s'étonnera qu'un célèbre médecin, Rufh, veuille soutenu- que les vers sont nécessaires pour conserver la santé des enfants. On aurait pardonné cette assertion à Bloch , qui aurait pu l'émettre comme naturaliste, et qui s'est contenté de dire que les vers ne sont pas toujours la cause des maladies dans l'organisme animal. Nous avouerons même avec lui que la chose est vraie, et que les circonstances où les vers sont causes de maladies sont beaucoup plus rares qu'on ne pense; mais il y a loin de cette opinion mitigée à une exclusion absolue. Le docteur Helye rapporte dans sa dissertation, un fait remarquable dans lequel l'esprit de système coûta la vie à son fils, âgé de huit ans. Différents accidents convulsifs, des douleurs dans l'abdomen, etc., furent pour le médecin appelé des signes non équivoques d'une gastro-entérite. Cette phlegmasie fut poursuivie par l'application

1 Traiti! théorique et pratifjuc de l' hydrocéphale ajgua ; 1829.

2 Ouvrajje cité.

de 170 sangsues en quatre jours de temps. L'autopsie ne fit découvrir aucune trace d'inflammation ; mais elle démontra la présence de trente lombrics très-longs dans Testomac. Combien ce fait doit rendre réservé sur l'adoption systématique et exclusive d'une opinion en médecine , surtout au lit des malades I

Nous rapporterons à cette cause de convulsions toutes les causes mécaniques susceptibles d'irriter les intestins. C'est de cette manière qu'on a vu l'introduction de corps étrangers non alimentaires, et surtout d'un corps étranger aigu, comme une aiguille , une épingle ^ , des noyaux , des pièces de monnaie , etc. , provoquer des convulsions par l'irritation vive qu'ils déterminaient sur la surface muqueuse intestinale. C'est ainsi qu'un intestin contus par un coup dans une chute, compris dans une hernie étranglée ^, de même que la chute du rectum , est devenu plusieurs fois le siège d'une douleur assez vive pour réagir sur l'encéphale. C'est ainsi que Fintus-susception de l'intestin grêle produit de grandes souffrances et devient cause de convulsions, etc., comme M. Mâtthey en cite une observation remarquable. A l'an-

1 On en trouve une observation dans le Mémoire d'Hévin sur les corps étrangers, inséré dans le premier volume des Mémoires de l'Académie de chirurgie , page 466. C'est une jeune fille qui en est le sujet. Les accidents ne cessèrent que lorsqu'elle eut rejeté une grosse épingle, Leclerc a recueilli une observation semblable chez un enfant de trois ans,

2 Pipelet a vu la hernie étranglée de l'estomac produire des convulsions.

îopsie, il trouva quatre invaginations. Les auteurs en ont, depuis, recueilli plusieurs autres cas.

Obs. XXXVII. Elisa Berrod , âgée de six ans , et d'une constitution nerveuse , fut légèrement indisposée par le froid des premiers jours de janvier 1837. Le 15 du même mois , elle mangea copieusement d'un mets qui lui faisait plaisir. Une indigestion des plus violentes se déclara pendant la nuit. Des douleurs atroces eurent lieu dans l'estomac d'abord, et s'étendirent bientôt dans le bas-ventre. Quelques vomissements de matières alimentaires soulagèrent momentanément les souffrances de l'estomac, qui bientôt recommencèrent avec la même férocité. Elles s'accompagnèrent alors de vomissements extraordinaires : la plus légère goutte de liquide était rejetée avec des efforts inconcevables et bien douloureux. Boissons adoucissantes, potion calmante, lavements émollients, fomentations narcotiques, sinapismes , rien ne calma la violence de ces accidents. La langue devint rouge sur les bords; le pouls était vite et serré ; l'épigastre et l'abdomen ne pouvaient plus supporter le moindre attouchement. L'irritation , produite par l'indigestion , avait rapidement passé à Tétat de phlegmasie intense ; ou peut-être la phlegmasie existail-elle déjà , et , après avoir causé l'indigestion , en avait -elle reçu l'exagération qu'elle présentait

alors. Cinq sangsues fuient appliquées sur Tépigastre , et les piqûres saignèrent prodigieusement pendant toute la nuit. Le lendemain, l'amélioration était sensible ; les douleurs vives de l'estomac étaient apaisées, le vomissement avait cessé, la langue était plus humide et moins rouge, et le pouls, quoique précipité, était moins serré et plus souple. ( Eau gommée , édulcorée et aromatisée ; potion gommeuse ; lavem^ent avec la décoction de mauve; fomentations et cataplasmes émollients sur V abdomen; coton cardé et taffetas ciré autour des pieds et des jambes.) Pendant la journée, des douleurs plus aiguës se firent sentir dans répigastre et s'étendirent vers le nombril et les autres régions de l'abdomen , et il survint une agitation extraordinaire ; les bras , les jambes et la tête étaient dans un mouvement continuel, et à chaque instant les souffrances arrachaient à la petite malade des cris déchirants. Cette agitation nerveuse augmenta jusqu'au milieu de la nuit, et se transforma en une véritable crise de convulsions générales qui durèrent cinq minutes. De pareilles crises se renouvelèrent toutes les deux ou trois heures avec la même intensité. Quatre prises d'oxide blanc de zinc et d'extrait de jusquiame furent prescrites le soir, avec la recommandation de n'en administrer que dans les moments d'agitation extrême. Deux prises seulement furent données pendant la nuit : elles produisisirent un calme remarquable. Les convulsions n'eurent plus lieuj les bras seuls restèrent en-

core agités et continuèrent à se porter dans tous les sens, en s'accompagnant au cri plaintif de rhydrocéphalite. La prostration devint extrême, les vomissements reparurent de temps en temps; la langue était toujours rouge et sèche, et Fèpigastre et l'abdomen douloureux et tendus. Le délire survint , les rêvasseries Turent continuelles , et l'enfant parut ne reconnaître personne. Tout faisait craindre xin épanchemenî dans le cerveau. (Application d'une peau de lapin sur V abdomen ^ vésicatoire à chaque jambe.) L'abdomen s'affaissa et devint souple et moins douloureux; mais les accidents cérébraux firent des progrès. Quoique les signes de l'épanchement ne fussent pas encore bien caractérisés, tout semblait en faire pronostiquer le prochain développement. Un vésicatoire fut placé à la nuque , douze grains de calomélas furent administrés par le haut et provoquèrent quelques selles. Un peu de connaissance revint à Fenfant. La gastro-entérite fut combattue avec persévérance par les moyens ordinaires , et la guérison eut lieu en dix jours de temps.

Deux choses méritent de fixer notre attention dans cette observation : la cause des convulsions et leur traitement.

1^ Une gastrite intense se développe : elle est la maladie première, puisqu'elle a été due à une cause en quelque sorte mécanique, à une indigestion. Traitée avec énergie par la méthode antiphlogistique, elle a été modérée; mais la phleg-

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIO]>fS. 269

masie ne s'en est pas moins étendue aux intestins. Cependant elle ne paraissait pas intense et une amélioration sensible s'était prononcée , lorsqu'une agitation nerveuse vint s'y ajouter et se transformer bientôt en de véritables crises de convulsions. Évidemment ces accidents nerveux, agitation générale et convulsions, ont été le résultat de l'irritation qui a été produite par la pblegmasie des voies digestives, et parla réaction qui s'en est opérée sur l'encéphale. Ces faits ne sont pas rares; ils se présentent fréquemment aux praticiens qui ont l'habitude de donner des soins aux enfants. Les convulsions ne semblent alors qu'un symptôme de la gastrite ou gastro-entérite; mais celte irritation d'abord sympathique ou symptomatique de l'encéphale, est toujours une irritation; et les convulsions, quoique simple phénomène, annoncent presque toujours alors par leur violence qu'un nouvel organe bien important va prendre part à la maladie. Presque toujours elles sont le prélude d'une affection essentielle du cerveau. Elles sonnent l'alarme d'une manière effrayante , et elles avertissent le médecin que la scène va changer et que ce n'est plus à une gastro-entérite seule qu'il aura affaire. Malheur à celui qui n'écouterait point cet avis de la nature souffrante, et qui, sur de son premier diagnostic, ne verrait pas le mal plus grave qui se déclare et qu'il a maintenant à combattre ! C'est ainsi que je vis périr la fille de M"^ Albert, qui, atteinte d'abord d'une gastroentérite intense, vit sa maladie, amendée par un

traitement rationnel , donner naissance à des con vulsions qui furent le prélude d'une liydrocéphalite, pour laquelle je fus appelé en consultation, et dans laquelle le médecin ne voyait encore que la gastro-entérite primitive. C'est aux mêmes accidents convulsifs et hydrocéphaliques que faillit succomber le fils de M. Blum , pour lequel je fus appelé en consultation au moment où la réaction de l'abdomen sur la tête commençait à s'o-

pérer.

Ainsi que j'ai eu bien des fois occasion de le signaler, il existe des relations intimes entre l'encéphale et l'appareil digestif, ou bien entre la tête et l'abdomen. Cette remarque n'avait point échappé aux anciens, comme je l'ai dit ailleurs; et les modernes s'en sont occupés avec un zèle qui a fait répandre de grandes lumières sur les réactions de ces deux appareils l'un sur l'autre. C'est à l'école de M. Broussais que nous sommes , en grande partie, redevables de l'impulsion qui a été donnée à la science sous ce rapport, et des recherches nombreuses qui ont été faites. Malgré l'importance de ces travaux, défîons-nous de l'enthousiasme de quelques-uns des partisans exagérés du gastrititisme , qui, poussant plus loin que leur maître leurs idées sur la centralisation gastrointestinale, ont voulu placer les causes de toutes les convulsions dans la gastro-entérite. Certainement , des faits nombreux prouvent que cette phlegmasie les produit souvent; mais des laits plus nombreux encore prouvent qu'elle n'en est

OBSERVATIOISS ET REFLEXIONS. 271

pas la cause unique. Et pour être vrai , il faut n'en rejeter aucun ; il faut surtout ne pas les torturer pour les plier à nos idées préconçues , et ne voir , par exenaple , qu'une gastrite dans quelques accidents de l'estomac occasionnés par la réaction de l'encéphale sur ce viscère, ainsi que cela est arrivé bien des fois, et que nous le remarquons dans bien des observations ainsi dénaturées. Cette concentration exclusive dans l'appareil digestif est tout aussi fausse, tout aussi mensongère que celle qui veut faire dépendre les convulsions de la seule arachnitis.il est en effet quelques auteurs qui trouvent , dans leurs interprétations, le moyen de faire toujours dépendre tous les phénomènes de cette phlegmasie quelquefois imaginaire , et d'autres fois consécutive à l'entérite , comme M. Senn nous en offre un exemple dans sa première observation , page 1 , et dont Abercrombie a fait, page 471, la sixième forme sous laquelle se présentent quelquefois les maladies de l'encéphale. Quoi qu'il en soit de l'exagération systématique de ces idées, il reste toujours démontré que les phlegmasies gastro-intestinales sont fréquemment la cause des convulsions. Indépendamment des faits multipliés que nous avons vus et de ceux que nous ont fournis les anciens, on en trouve de nombreux exemples dans les modernes. M. le docteur Sablairoles i , surtout, en a réuni une quantité considérable, comme on peut

I Ouvrage cité.

le voir dans les v, viii, x, xi, xiii, xiv, xv, xvi, XL, xLi, xLii observations, et dans toutes celles qu'il a empruntées aux auteurs qui se sont occupés du même sujet. Au nombre de ces entérites, causes de convulsions, il place les invaginations, dont il donne plusieurs exemples, et qui, selon lui, sont moins rares qu'on ne l'a cru. Il fait une remarque imporiante sur un phénomène qui induit fréquemment en erreur sur le diagnostic de la gastro-entérite ; c'est la voracité qu'elle produit chez certains enfants : ce qui ne permet pas toujours de la reconnaître aussi promptement qu'il le faudrait pour l'attaquer à temps et convenablement. J'ai été bien des fois témoin de cette voracité ; mais le plus souvent, au lieu d'être occasionnée par une gastrite ou une gastro-entérite, elle était due à une affection cérébrale dont elle était le prodrome , et ce diagnostic ne m'a jamais trompé. Dans les faits recueillis par M. Sablairoles, les convulsions ont été quelquefois générales, d'autres fois partielles et limitées à un ou plusieurs membres seulement, à la léte, à la face et même à la langue, sans en donner aucune raison, et sans qu'il soit possible d'en déduire aucun des faits cités. M. Leclercq, dans sa dissertation inaugurale , a fait connaître plusieurs observations de gastro-entérite qui ont produit des convulsions très-variées. Nous en trouvons un autre fait dans la dissertation de M. Thibeaud. Dans un cas rapporté par Matthey, de Genève, il y avait des taches gangreneuses à l'intestin grêle, et une forte

inflaaimalion des ganglions mésentériques. Abercrombie i en cite plusieurs faits, et il en fait une des causes des inflammations cérébrales. Dans une note, M. Gendrin fait judicieusement obsert^er que c'est vers la fin des pblegmasies gastrointestinales que l'irritation et la phlegmasie cérébrales se développent , et il cite plusieurs faits à l'appui. C'est ce que tous les praticiens ont pu remarquer et ce qui résulte des observations mêmes que j'ai rapportées. Pendant la période aiguë de la maladie première , la direction fluxionnaire est trop forte sur les organes digestifs pour en permettre une autre. Ce n'est que lorsqu'elle a commencé à diminuer qu'une autre fluxion devient possible et que cette espèce de révulsion métastatique peut s'opérer.

Le plus souvent, cette réaction de l'appareil digestif enflammé s'opère dans les pblegmasies aiguës. Cependant il n'est pas rare de voir, chez de jeunes enfants réduits au marasme par des gastro-entérites chroniques, survenir des convulsions , qui ne sont que le prélude d'une maladie cérébrale qui vient terminer cette scène déchirante de souffran^^es. J'en ai recueilli bien des faits. M. Denys 2 nous en a transmis un exemple remarquable chez un enfant de vingt-quatre jours, qui fait le sujet de la viii^ obs. page 550. Lorsque la gastro-entérocolite eut réduit cet enfant au der^

1 Ouvrage cité ; pages 212 et 505.

2 Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiques sur plusietus maladies des enfants nouveaux-m's. 1826.

nier degré de marasme, elle amena une forte inflammation de l'arachnoïde , et par suite, un épanchement de sérosité dans les ventricules. Dans la xiie obs., page 558, il décrit, chez Aimée Nasigne, enfant de six jours, une gastro-entérite qui devint chronique , et qui , au bout de trois semaines, donna lieu subitement à une cérébrocérébellite aiguë qui, en douze heures, enleva la malade au milieu de convulsions qui duraient huit à dix minutes et qui se renouvelaient toutes les heures. La douzième observation citée par M. Senn présente des contractions toniques , espèce de trismus , qui avaient été occasionnées par un ramollissement de l'estomac et de l'œsophage, la tuméfaction inflammatoire des ganglions mésentériques, et les désordres de quelques autres organes. Au sujet de l'altération de l'œsophage, il avance que cet organe est si rarement malade , que lorsqu'il présente des lésions organiques, on est à peu près sûr d'en rencontrer de pareilles dans l'estomac. Cette coïncidence n'est pas aussi constante qu'il l'annonce. Bien des fois l'œsophage se présente profondément altéré, quoique l'estomac soit parfaitement sain. Le docteur Laisné, dans ses Considérations médico-légales sur les érosions et perforations spontanées de l'estomac, page 169 et 170, nous a transmis une observation recueillie par Chaussier , et dans laquelle un enfant de onze ans succomba à une perforation de l'estomac qui produisit, entre autres accidents cérébraux, des alternatives de convulsions

OBSERVATIOSÎS ET HÉFLEXIOiyS. 275

et de coma , et surtout des mouvements çonvulsifs de la langue et des bras. M. Desruelles i a vu la même cause produire aussi des convulsions chez un enfant de quatre mois.

2^ Le traitement qui fut mis en usage dans la maladie de M"^ Berrod fut d'abord ënergiquement antiphlogistique, afin de combattre la gastrite intense qui s'était déclarée. Elle semblait céder aux efforts qui étaient dirigés contre elle, lorsque le cerveau , venant participer à la maladie , a nécessité une combinaison nouvelle de moyens. Elisa était trop faible pour supporter de nouvelles évacuations sanguines, qui eussent même pu devenir nuisibles, en diminuant les qualités plastiques du sang et en augmentant la quantité proportionnelle de la lymphe , ce qui aurait favorisé Fépanchement cérébral. C'est aux révulsifs seuls et aux dérivatifs que j'ai eu recours. Je n'ai pas même craint de réveiller l'inflammation de l'estomac en administrant le calomélas, parce que la gastrite m'a paru moins dangereuse que Thydrocéphalite , et qu'en opposant ainsi inflammation à inflammation, j'ai pensé que j'obtiendrais plus sûrement la guérison de celle de l'encéphale , en la rappelant sur l'organe qui en était le siège primitif. En couronnant mes efforts, le succès semble avoir justifié mon opinion, et, dans un cas semblable , j'agirais encore de même. Indépendamment des révulsifs pour calmer le

ï Journal universel des Sciences médicales, lorae six , page 345.

mal , j'ai prescrit l'extrait de jusquiame associé à l'oxide blanc de zinc, afin de combattre l'irritation nerveuse qui produisait les convulsions. Je li'ai pas cessé non plus de diriger contre la phlegmasie des voies digestives , les fomentations et les autres applications émollientes les mieux appropriées. Il ne fallait pas perdre de vue les deux maladies ; et en cherchant à guérir Tune , il ne fallait pas s'exposer à laisser enlever la malade par l'autre.

L'appareil digestif n'est pas le seul qui réagisse sur l'encéphale j et qui en cause l'irritation, les maladies et la réaction dans la production des convulsions; tous les autres organes enflammés peuvent opérer de la même manière , mais bien moins souvent. C'est ainsi que M. Billard a vu les convulsions résulter de la péripneumonie. C'est ainsi que j'ai vu la pleurésie, la péritonite, et même des phlegmons et des érysipèles produire le même effet. Il serait inutile et superflu de citer des observations sur chacune de ces causes de convulsions. Dans tous ces cas , ainsi que dans la gastrite, l'inflammation agit de deux manières sur le cerveau. Ou bien elle ne fait que l'irriter sympathiquement, et cette irritation est la cause des convulsions sympathiques : c'est le cas le plus ordinaire. Ou bien cette irritation cérébrale produit la congestion, la phlegmasie ou toute autre affection du cerveau , et alors cet organe malade réagit lui-même, et il ne se borne plus à servir de moyen de réflexion.

Obs. XXXVIII. Chailes Dutour, âgé de huit ans , d'un tempérament sanguin , était depuis longtemps accoutumé à des hémorrhagies nasales fréquentes. Le 10 juin 1822, la chaleur étant excessive, après un petit exercice qui l'avait agité et fort échauffé, cet enfant saigna abondamment du nez. Le sang coula avec tant de force, qu'en moins d' une demi-heure, il remplit deux fois une écuelle ordinaire. Pâle et mourant, il tombe en syncope. Bientôt des mouvements convulsifs ont lieu : les jambes, les bras, les yeux, sont ensemble ou alternativement agités. Tantôt il y a des contractions violentes avec extension des membres; le plus souvent c'est une agitation analogue au tremblement, mais beaucoup plus grande. Le pouls n'était pas sensible à l'artère radiale; on sentait la carotide battre d'une manière irrégulière ; les pulsations étaient tantôt rapprochées, tantôt assez éloignées pour paraître ne plus avoir lieu; elles étaient dures, petites et profondes. Vinaigre, alcali, eau de Cologne, et aulres stimulants, rien n'avait agi. La moutarde n'avait pas produit plus à' eîïel. {Des linges chauds sont renouvelés sans cesse autour du corps du malade ; frictions aç^ec la main, air libre dans l'appartement , eau de fleurs d oranger éthérée par cuillerées ^ alternée avec un peu de vin d Espagne et du bon bouillon.) Un quart d'heure après (une heure et demie après la syncope) , le malade reprit un peu connaissance, regarda fixement les objets sans les disringuer, se plaignit d'un grand bruit dans les

Î27S CONVULSIONS DES ENFA.NTS.

oreilles, et retomba dans son premier état de convulsions. ( Continuation des mêmes moyens. ) H y eut pendant deux heures encore une alternative de léger retour à la vie et de rechute. Enfin la connaissance revint tout-à-fait. Le petit malade continua pendant plusieurs heures à se plaindre qu'il ne voyait pas bien , et qu'il se faisait dans ses oreilles un bruit ou bourdonnement très -fatigant. Quelques cuillerées d'un bon consommé souvent réitérées dissipèrent toutes les craintes de convulsions. Le pouls revint et resta petit et serré. Pendant plusieurs jours , ce malade fut d'une pâleur effrayante; sa faiblesse se dissipa assez vite , et le troisième ou quatrième jour, il cessa de se plaindre des tintements d'oreilles.

A ce fait je pourrais en joindre plusieurs. Je me contenterai de rapporter le suivant.

Obs. XXXIX. Le 23 décembre 1823, Mademoiselle Clapisson, âgée de quatre ans, est attaquée subitement du croup. La suffocation était imminente. Six sangsues sur le devant du cou saignent beaucoup et soulagent la malade. Le troisième jour, les accidents recommencent avec la même intensité. Nouvelle application de quatre sangsues. Le sang coule beaucoup à la fois et longtemps. Une syncope a lieu , s'accompagne de convulsions, et fait craindre pour les jours de l'enfant. Cependant, des moyens analogues aux précéclenls , el surtout l'application des révulsifs,

OBSERVATIONS ET R:éFLÉXIONS. 279

raniment la malade , et le 27 décembre elle est lout-à-fait hors de danger.

J'insiste moins sur cette observation que sur la première, parce qu'il y a complication de croup, et qu'on pourrait lui rapporter ce qui n'a été que l'effet de l'hémorrhagie, d'autant plus facilement que le croup lui-même est souvent accompagné de convulsions , qui ont déterminé quelques auteurs à admettre un croup nerveux *.

Je ne cherche point à établir que l'épistaxis a été la cause des convulsions dont le jeune Dutoura été pris. Tout le monde connaît trop bien cet effet des pertes de sang rapides et considérables. Il faudrait n'avoir jamais fait d'accouchement, n'avoir jamais saigné ou vu saigner, pour n'avoir pas observé ces convulsions , suile immédiate d'une trop prompte et trop grande soustraction de sang. Cette cause de convulsions a été reconnue dès la plus haute antiquité. Hippocrate en a parlé dans plusieurs aphorismes 3. On en trouve beaucoup d'exemples dans les observateurs. Dans la deuxième observation d'Hoffmann, les convulsions furent occasionnées chez une jeune fille par un flux excessif des menstrues, la XXXI® observation , rapportée par M. Berton 5^

* Double , Traité du croup. Paris, 4814.

2 Sanguine mullo effnso , convulsio , aut singultus supei^eniens , malum (Aphor. 3. secU v). A sanguinis fluxu delirium , aut eiiam convulsio ^ malum (Aphor. 9, sect. vu). Convulsio fit aut à repletione, aut ab évacuation» (Aphor. 39, secl. vi).

•^ Rechercher sur l'hydrocdphale aigue-> 1834.

est un exemple fort remarquable d'hémorrliagie interne occasionnée dans la cavité abdominale par la rupture du foie dans une chute. La faiblesse qu'elle occasionna donna naissance à des accidents nerveux qui simulèrent une affection cérébrale, erreur qui ne fut reconnue qu'à l'autopsie.

Le fait est connu bien exact et bien vrai ; mais la manière dont cette cause de convulsions agit , ne semble pas l'être beaucoup encore. C'est pour expliquer ce phénomène singulier que Tissot * est entré dans quelques détails sur Taugmentation de convulsibilité par l'action des hémorrhagies sur le corps; et que, pour éluder la question , les Browniens , et , dans ces derniers temps encore, Darwin, dans son fameux ouvrage sur la zoonomie, ont admis des convulsions par faiblesse, et citent entre autres ce fait, auquel ils associent les convulsions des animaux mourants , et celles qui sont produites par toute autre évacuation excessive, diarrhée, vomissement, leucorrhée, etc. Cette opinion présente une vraisemblance capable de séduire. Tous les jours, en effet, les personnes affaiblies par de longs jeûnes ou de longues maladies acquièrent un degré de sensibilité bien plus grand, et une singulière aptitude aux convulsions. La physiologie moderne nous donne de ce phénomène une explication plus satisfaisante. Tous les organes

^ Traite des- nerfs , lorne m, pagu 128.

OBSERVATIONS ET fl£FLEXIOi>rS. 28 î

reçoivent à chaque instant une ondée de sang qui y entretient le degré d'excitation convenable au libre exercice de leurs fonctions, et leur fournit les matériaux de leur nutrition. Les organes , accoutumés à cette succession non interrompue d'ondées, ne peuvent s'en passer, ils en ont un besoin constant. Si donc cette ondée vient à manquer, l'organe ne recevant plus les matériaux de sa nutrition, ni cette impression habituelle, en éprouve un sentiment de malaise et de souffrance qui se fait vivement sentir : or, le cerveau parlicipe à cette privation, en ressent l'effet pénible, et témoigne sa souffrance par sa réaction irrégulière sur les organes du mouvement. Il en est du cerveau et des autres organes à l'égard du sang qu'ils reçoivent, comme de l'estomac à l'égard des aliments; une privation trop prolongée, une faim excessive, donnent lieu à une foule de phénomènes analogues. Il en est de même de toute espèce d'habitude qu'on ne peut satisfaire. Quelle agitation pénible, quelle souffrance pour celui qui ne peut satisfaire le besoin , qu'il s'est créé , de prendre du tabac ! Si encore on voulait élever des doutes et croire que c'est la faiblesse qui cause les convulsions, je ferais observer qu'en saignant une personne nerveuse, elle se trouve bientôt mal et est agitée de convulsions , lorsqu'une bien petite quantité de sang lui a été enlevée : en arrêtant l'écoulement, les capillaires renvoient dans les gros vaisseaux une masse de sang suffisante; le cœur se contracte et les con-

vulsions cessent, quoique la personne n'ait ni plus ni moins de force. On laisse couler le sang : une nouvelle syncope a lieu et de nouvelles convulsions. Retour du sang capillaire aux gros vaisseaux : contraction du cœur et disparition des accidents. On peut renouveler ce phénomène plusieurs fois. Ce que je dis là n'est point une supposition ; je l'ai vu plusieurs fois, lorsque je voulais une saignée copieuse, et que des syncopes ne me permettaient pas de l'obtenir sur-le-champ telle que je la désirais. Auprès des femmes en couches, lorsqu'une perte utérine se manifeste, on observe souvent ce phénomène. L'hémorrhagie est abondante : syncopes et convulsions. Rétablissement de la circulation ; retour à la connaissance. Nouvelle hémorrhagie : nouvelles syncopes, nouvelles convulsions : etc. J'ai vu plusieurs fois, malgré tous les soins, ces alternatives se renouveler cinq ou six fois. On ne dira pas que c'est la faiblesse qui a causé la première convulsion , puisque, après la dernière, les forces sont bien moins grandes, et que cependant la convulsion cesse. Cela ne tient évidemment qu'à la soustraction brusque du sang par la syncope , qu'à l'impression subite et pénible qu'en éprouvent les organes, puisque les convulsions cessent aussitôt que la circulation est rétablie et que le sang arrive aux organes, quelque petite qu'en soit la quantité, quelque grande que soit la faiblesse.

Un fait beaucoup plus concluant , ce sont les convulsions qui surviennent aux personnes qui

tombent en syncope. Il n'y a point eu de suppression de sang , point d'hémorrhagie ; mais par la syncope, le sang a cessé d'arriver aux organes: ils ont éprouvé la même sensation que s'il y avait eu liémorrhagie; le même effet a eu lieu. Pour mieux m'en assurer , j'ai asphyxié plusieurs animaux, cabiais , souris , oiseaux , etc. , en faisant le vide sous la machine pneumatique. Toujours alors l'asphyxie et la syncope ont déterminé des convulsions. Il n'y a point eu d'hémorrhagie , point de soustraction , point de faiblesse absolue ni relative, point d'action délétère ; mais il y a eu syncope, suspension de la circulation , en quelque sorte, jeûne des organes ; la privation de sang a causé sur eux et sur le cerveau le même effet que s'il y avait eu hémorrhagie.

Cette théorie n'est pas, au reste , de pure spéculation ; elle se trouve en rapport avec la pratique et peut servir à la diriger. Puisque les convulsions sont le résultat de la suspension de la circulation , c^'est à rétablir la circulation que doivent tendre tous les efforts. C'est en effet ainsi qu'on agit : ce sont les stimulants qu'on met les premiers en usage ; on cherche à réveiller l'action du cœur , afin qu'il envoie aux organes le sang dont ils ont besoin , dont ils ont faim, et qu'il lasse cesser leur état de souffrance. Dans les cas de convulsions par syncope ou asphyxie, le traitement se borne là. Mais lorsqu'une hémorrhagie abondante en est la cause , si la perte qui s'est opérée est excessive, il faut

chercher à la réparer le plus proaiptement possible, en associant les cordiaux et les analeptiques aux stimulants. C'est ce que j'ai fait dans ce cas et bien d'autres fois, en administrant du bouillon , du vin , etc. La circonstance doit dicter la conduite, et le praticien éclairé ne prendra conseil que du moment.

Il résulte que cette espèce de convulsion par hémorrhagie est, comme les autres , le produit de l'irritation. Son danger n'est point dans elle, il est tout dans la maladie qui l'a déterminée. Si la perte de sang est excessive, le danger sera plus grand; si elle est modérée , le danger est nul; les convulsions et la syncope se dissipent avec le rétablissement de la circulation. Le cas devient plus grave lorsque l'iiémorrhagie est chronique, que le sang coule lentement, et que ce n'est qu'après une perte de plusieurs jours que les accidents se manifestent. La raison en est évidente. Lorsque rhémorrhagie est brusque, les gros vaisseaux se vident seuls ; le système capillaire est une espèce de réservoir gorgé de sang qui se vide et rétablit la circulation suspendue. Lorsque l'hémorrhagie est chronique, le système capillaire a le temps de se vider pour fournir à la perte contiiuielle ; et lorsque la syncope et les convulsions arrivent , il n'y a pas seulement vacuité des gros vaisseaux , les capillaires sont aussi dépourvus et le danger devient plus imminent.

OBSERVATIpNS ET RÉFLEXIOjYS. 285

Obs. XL. Le fils de madame Ph avait

commencé , à Tâge de cinq ans, à se livrer aux excès delà masturbation. Plus de quatre ans s'écoulèrent avant qu'on y fit attention. Chaque jour on voyait dépérir cet enfant, et de temps en temps il éprouvait quelques mouvements brusques et involontaires, tantôt d'un membre et tantôt d'un autre, et le plus souvent des angles des lèvres. Ces mouvements allèrent en augmentant et se convertirent peu à peu en véritables accès de convulsions. Pendant plus d'un an, tous les remèdes furent inutiles; les paroxysmes augmentaient toujours. Il ne perdait jamais connaissance, mais il se jetait par terre et se roulait en se débattant; la douleur qu'il ressentait dans les membres agités lui arrachait souvent des cris. L'altération des traits de la figure et l'expression des yeux me donnèrent des soupçons sur la cause première de ces accidents. Ils furent bientôt confirmés. La mère découvrit tout , et ce qu'elle était loin de soupçonner, c'est le bas âge auquel son fils avait commencé. L'époque était facile à trouver ; il avait été instruit par un de ses cousins absent depuis plus de quatre ans. Remontrances, punitions, promesses , menaces , rien ne put le corriger. On lui fit faire plusieurs corsets ; rien ne réussit ; sa fureur éludait tout , et il s'acheminait à une fin certaine. Je donnai à madame

Ph le conseil de ne pas quitter un instant

son fils, et de l'avoir constamment sous les yeux et le jour et la nuit. Ce mojen fut pénible, mais

il réussit. Un régime doux et analeptique, quelques calmants, et l'application de quelques compresses imprégnées d'oxicrat sur les organes génitaux ramenèrent les forces et la santé. Un an de surveillance active lui ôta l'habitude. On le plaça dans une école d'église tenue par quelques prêtres. Les sentiments religieux qu'on lui inspira achevèrent sa guérison; et, à quinze ans, il avait acquis à peu près le développement qu'on doit avoir à son âge.

De tous les auteurs , Tissot est celui qui a le plus accumulé les exemples propres à démontrer les effets funestes de la masturbation. Tout le monde sait qu'elle agit d'abord sur le système nerveux , et que tous les autres effets ne sont presque que secondaires à celui-ci. Si Ton possède peu défaits de convulsions occasionnées par ce terrible vice , c'est que rarement les enfants en bas âge le connaissent, et que plus tard, les convulsions deviennent moins fréquentes et se présentent sous une autre forme : alors c'est l'épilepsie.Feuilletez les ouvrages, et vous verrez combien de malheureux ont dû cette maladie à cette habitude insurmontable. La masturbation, en irritant le système nerveux , en ajoutant chaque jour à cette irritation , finit par amener la mobilité nerveuse à ce degré pathologique qui constitue les convulsions. Le système nerveux est devenu le siège même delà maladie, et elle s'est présentée comme essentielle^ puisqu'aucun organe irrité

ne la provoquait par sa réaction sur l'encéphale. Les convulsions n'étaient point graves par ellesmêmes, mais par l'état de dépérissement de l'individu, et surtout parla continuation de la pernicieuse habitude à laquelle il s'était livré. Les convulsions ont été chroniques et intermittentes; elles peuvent toujours être considérées comme intermittentes toutes les fois qu'elles sont chroniques. La maladie était le résultat de la masturbation , puisqu'elle a cessé à mesure que les précautions ont mis obstacle aux excès accoutumés, et si elle n'a pas cessé tout-à-coup , c'est que le système nerveux était trop irrité et depuis trop long-temps ; il lui fallait le temps de revenir à son rhythme naturel.

Le \ traitement ne pouvait être dirigé contre les convulsions, mais contre la cause qui les avait occasionnées et qui les entretenait. Tous les calmants imaginables n'auraient rien pu, et n'ont effectivement rien fait contre une semblable affection. En supposant qu'on fut parvenu à calmer et à dissiper les convulsions , on n'eût rien gagné pour le malade ; le pronostic de son état dépendait de toute autre chose : aussi me suis-je appliqué à faire disparaître cette cause malheureuse, et n'ai-je obtenu de l'amélioration que lorsque la surveillance la plus active a rendu impossibles les manœuvres vicieuses. Beaucoup de corsets et de machines ont été imaginés pour empêcherles attouchements et corriger celte honteuse habitude : ils ont été presque tous mis en usage ; le jeune Ph..

en éludait si facilement le but, que j'avoue ne les croire que d'une bien faible utilité. Je suis persuadé que la surveillance est le seul moyen efficace : il est plus pénible ; mais des parents qui aiment leurs enfants doivent-ils négliger quelque chose pour les conserver, et leur transmettre une bonne santé ?

Une puberté trop, précoce , l'apparition des menstrues avant l'époque ordinaire, indiquent une grande susceptibilité nerveuse, et peuvent être regardées comme des causes, sinon efficientes, du moins prédisposantes des convulsions. Cela arrive principalement à l'apparition des règles , qui s'accompagnent toujours d'une vive excitation de Tutérus, et peut devenir ainsi le point de départ de la réaction sur l'encéphale. Lommius, Boerhaave *, Gaubius ^^ Zimmermann ont constaté les accidents convulsifs occasionnés par la masturbation. Tissot a vu succomber dans les convulsions le fils de M*** V. Son Traité de l'Onanisme contient plusieurs faits semblables. L'enfant dont parle Rast , de Lyon , avait été instruit par une servante : quelle leçon pour les parents! avec quelle précaution ils doivent faire leur choix, et surveiller la conduite de leurs domestiques !

Les jouissances et les abus prématurés des plaisirs de l'amour ne sont pas moins funestes que la masturbation. Si les convulsions en sont moins

I Institut. , § 77G.

'• Inslilutiones paihologiœ medicinalis.

OBSERVATIONS ET RlÉFLEXIOIVS. 289

souvent la suite, c'est qu'à l'âge où l'on commence à jouir, la disposition convulsive est moins grande. Cependant il est des observations de jouissances prises dans l'enfance qui ont amené les convulsions. Comment cela ne serait-il pas , puisque , chez l'homme adulte, elles produisent une commotion comparée par Démocrite à une courte épilepsie , et qu'elles sont même cause de véritables convulsions, ainsi que Stoll rapporte l'avoir observé sur un sacerdos de quarante-trois ans , qui fut pris , à coïtu, de convulsions qui durèrent long-temps ^ ? On trouve des faits semblables dans Galien, Fa~ brice de Hilden ^^ Henri Van-Heers, Didier, Boerhaave, Van-Swieten, Haller, Tissot, etc. La première observation d'Hoffmann en est aussi un exemple. Sauvages ^ en a fait une espèce de convulsion causée par l'onanisme, et il cite l'observation d'un jeune horloger dont l'épuisement fut au point de le faire périr.

On trouve le fait suivant dans un poème latin publié en 1784, à Tubinge, sous le nom de Janus Soliscus 5 qu'on croit être Clossius , dont le mot Soliscus est l'anagramme. Une fdle de treize ans , attaquée de convulsions et d'autres symptômes qu'on attribuait à la présence des vers , fit infructueusement usage de tous les vermifuges. On s'était mépris sur la cause, que l'auteur a décrite en vers obcènes, et qui consistait en pratiques de

1 Pars V, Observ. medic. , an. 1774 et 1775, page 72,

2 De Morb. ex nim. vener. , § 20 et 21 .

2 NosoL méthod. , tome i , page 752 , classe iv, genre xin, espèce 15.

débauche et de masturbation auxquelles elle se livrait avec une autre fille. On découvrit ces malheureuses habitudes; la tribade fut renfermée dans une maison de force; la demoiselle, devenue plus raisonnable, guérit.

Je n'essaierai point de retracer le tableau hideux de ces malheureux dont les plaisirs sont des crimes. Ils connaissent toute la turpitude de leurs fautes et en rougissent ; mais un penchant fatal les entraîne; ils retombent h chaque instant dans leurs coupables habitudes , et creusent eux-mêmes leur tombeau. Jeunes encore, leur front a ceint le bandeau d-e la vieillesse et de la décrépitude. Le plus souvent ils se font horreur à euxmêmes, et presque toujours alors ils finissent par se corriger, heureux lorsqu'ils n'ont pas épuisé les derniers ressorts de leur organisation. Quelques insensés comptent sur leur bonne constitution , se livrent avec fureur à leur passion brutale et ne tardent pas à payer bien cher les plaisirs d'un moment. S'ils ne succombent pas, leur débile existence n'est qu'une longue agonie plus pénible que la mort.

Obs. xli. La petite fille de madame Vignet avait prospéré jusqu'à dix-huit mois. Alors un suintement purulent , qui s'était fixé derrière les oreilles depuis l'âge de six mois, se supprima. L'application imprudente de je ne sais quelle poudre hâta

celte suppression. Cette petite fllie pâlit, devint très-peureuse; le moindre bruit la faisait tressaillir. Son sommeil n'était plus aussi régulier ; elle se réveillait souvent; quelques mouvements de la face avaient lieu , et il n'était pas rare de la voir grincer des dents. La santé de mademoiselle Vignet s'altérait de plus en plus. La moindre contrariété ou la moindre émotion produisait une agitation convulsive. Bientôt il ne se passa pas de jour que, sans cause connue , il ne survint une ou deux crises de convulsions. Les paroxysmes se prolongeaient davantage à mesure qu'un plus grand nombre avait eu lieu. Les parents m'apportèrent leur enfant. Le récit de ce qui s'était passé, et surtout le souvenir de cet écoulement derrière les oreilles, me traça ma conduite. Un petit vésicatoire fut placé derrière chaque oreille, et entretenu avec l'écorce de gàrou. L'enfant fut mis à l'usage des prises de zinc jusquiame, et je le fis renvoyer à la campagne. Le premier pansement du vésicatoire occasionna une douleur si vive qu'il s'ensuivit une convulsion plus forte que toutes celles qui avaient eu lieu : ce fut la dernière. On vit peu à peu se dissiper cette agitation , signe avant - coureur des convulsions, et deux mois après, quand je revis cette petite fille, sa santé était parfaite. Les parents étaient contrariés des vésicatoires des oreilles. Je les fis transporter aux bras. Quelque temps après je fis sécher celui du bras droit, et je recommandai de conserver celui du bras gauche pendant très-long-temps.

J'ai eu occasion de revoir cette petite fille : elle continue à se bien porter.

Une suppuration établie depuis un an , derrière les oreilles, est suppiimée sans précaution; la santé de l'enfant s'altère ; les prodromes des convulsions et bientôt les convulsions ont lieu : on rétablit l'écoulement, et la santé revient. Cette suppression inconsidérée a été la cause des convulsions. Il est arrivé ici ce qui arrive dans tous les cas de suppression quelconque. Cette observation pourrait fournir matière à une longue dissertation sur la manière dont cette suppression a agi. Certainement elle n'a pas eu lieu parce que l'encéphale a été primitivement affecté, et a appelé à lui toute l'irritation en la déplaçant de son siège primitif C'est la suppression qui a commencé, et peu à peu le cerveau est devenu malade et l'a manifesté par l'agitation de l'enfant et par les convulsions. J'avoue que ce fait et tant d'autres semblabbles me semblent mettre un peu en défaut la théorie des solidistes exclusifs. La disparition des accidents par l'action des vésicatoires derrière les oreilles est plus facile à expliquer : ces dérivatifs ont agi en rappelant l'irritation à son siège primitif; ils ont combattu irritation par irritation. Je ne pousserai pas plus loin ces réflexions; pour les rendre plus intéressantes il eut fallu laisser clore les vésicatoires pour en observer les résultats; mais je voulais guérir et non expérimenter. La maladie prenait de jour en

OBSERVATIONS ET RÉFLEXIOiyS. 293

jour un caractère plus sérieux, et l'irritation prolongée de l'encéphale pouvait faire craindre une inflammation ou une altération organique. Cependant la rapidité avec laquelle les vésicatoires ont agi prouve que des convulsions peuvent être chroniques et intermittentes, sans autre affection de V encéphale quun certain mode d'irritation propre au développement des convulsions.

Le traitement a été simple et indiqué par le souvenir de la suppression d'une ancienne suppuration derrière les oreilles, et de l'apparition progressive des phénomènes convulsifs après cette suppression. Rétablir la suppuration supprimée était la première chose à faire : elle a réussi au gré de mes désirs. Si j'ai associé les calmants et les révulsifs , c'est parce que je me suis fait un précepte d'en agir ainsi dans tous les cas, parce que dans tous les cas, quelle que soit la cause des convulsions, il y à toujours irritation du système nerveux et crainte de congestion et d'inflammation du cerveau, et qu'il devient indispensable de cherchera calmer cette irritation et à prévenir les maux dont l'encéphale est menacé.

Les enfants sont très-sujets à ces écoulements derrière les oreilles. Souvent des boutons pustuleux de teigne envahissent de proche en proche toute la face et la tête. Ces éruptions doivent être respectées; leur disparition trop prompte serait suivie de convulsions ou de maladies non moins graves. Cette vérité est si bien reconnue de tous les praticiens qu'il serait superflu d'y msister..

M. Lallemand a recueilli plusieurs faits de convulsions occasionnées par les suppurations des oreilles. Ils sont consignés dans la quatrième lettre S sous les nos 17, 25 ,27, 28, 29 , 30. Dans la plupart des cas , il n'y a pas eu de suppression ; l'inflammation s'est étendue de proche en proche et a gagné le cerveau par continuité de tissu ; dans tous, la mort a permis de rechercher et d'apprécier les ravages qui s'étaient opérés dans l'encéphale.

Outre ces écoulements et ces suppurations teigneuses, les enfants apportent en naissant une espèce de croûte furfuracée , connue sous le nom de croûte de lait^ qui ne se dissipe que lorsque les cheveux ont bien poussé. Cette croûte leur est alors nécessaire; elle est une espèce de vête-^ ment naturel qui protège la tète , et la garantit de l'impression trop vive du froid ou de la chaleur suivant la saison. Aussi les enfants qui en sont privés, soit naturellement, ce qui est rare, soil parce qu'on l'a enlevée, acquièrent dans cette partie un degré de sensibilité qui favorise les impressions extérieures et les convulsions. Déjà Hippocrate avait fait cette remarque dans le livre De Morbo sacro. Mais il s'est exprimé bien plus franchement sur la production des convulsions par la suppression de la transpiration ou d'un ulcère : quitus tumores in ulcerihus apparent , ii non valdè convelluntur , neque insaniunt. His autem

\ Recherches anatomîco-pathologiques sur l'encéphale-

derepente disparentibus quibus In postera qiiidem parte fuerint, consuls iones fiant et tetani *.

Ce ne sont pas seulement les suppressions d'ëcoulenienîs purulents qui sont susceptibles de produire les convulsions; toutes les suppressions, quelles qu'elles soient, peuvent amener le même résultat. Aaskou , Villiers , Villar , Cartkeuser , Lorry, Diemerbroeck, etc.^ nous fournissent plusieurs observations de convulsions survenues après la dessication des croûtes de lait ou de la teigne. Le professeur Baumes a vu un enfant expirer dans les convulsions, après la guérison maladroite d'une ophtalmie scrophuleuse. La suppression d'une lîémorrhagie habituelle a été notée comme une cause fréquente de convulsions. Profusa narium hœmorrhagia i>i suppressa nonnunquam adducit convulsionem : sanat autem detractio sanguinis phlebotoinia y a dit Hippocrate 2. Slahl ^ et Fr. Hoffmann^^ ont vu la suppressioa des hémorrhoides conduire au même résultat.

Obs. xlii. Madame Jeandoit, journalière, avaife trois enfants : tous trois furent successivement atteints de la rougeole, qui régnait épidémique-» ment dans le quartier qu'elle habitait. Elle était^

i Âphor. 65, sect. v.

^ Prœnot. Coacœ, lib. ii, cap. xiii , §355. ^' Colleg. casual. mag., cas, xiv, pages 181 et seq. De Vlti. ea^turh. sanguin, ahisque evacmt. , sect. i., cap. 15., p. 2(

obligée, pour aller à son travail, de laisser ses enfants seuls sous la surveillance des voisines. Sa fille aînée , âgée de six ans , ne laissa pas de sortir comme à son ordinaire. Le second jour de l'éruption , le temps devint froid et pluvieux : c'était au mois de septembre 1820. Tout disparut, et la malade fut prise de convulsions, qui durèrent trente-six heures et ne cessèrent qu'avec la vie. Le deuxième enfant était un garçon âgé de trois ans et demi. Il présenta de suite , après la mort de sa sœur, tous les symptômes précurseurs de la rougeole : l'éruption parut et fut belle. De même que sa sœur il continua de s'exposer à l'air; il y eut aussi disparition subite de la rougeur, et sans doute métastase sur le cerveau, puisque les mêmes accidents convulsifs qui avaient fait périr sa sœur l'enlevèrent aussi. Il restait à cette malheureuse mère une fille de neuf mois , encore a la mamelle. Les phénomènes de la rougeole se succédèrent convenablement et ils promettaient une heureuse issue, sans l'imprudence inconcevable de madame Jeandoit. La perte de ses deux enfants ne fut point une leçon assez forte. Malgré les recommandations qu'on lui fit , elle emporta sa fille toute rouge de l'éruption et la garda avec elle toute la journée. En rentrant, la rougeur avait disparu; l'enfant refusa de prendre le téton ? fut agité, cria beaucoup, eut des mouvements insolites dans les traits de la face , et fut enfin attaqué d'une crise de convulsions des plus violentes. Le hasard me conduisit dans la maison où de-

meuiait madame Jeandoit ; on me pria de voir sa fille, que je trouvai agitée par des convulsions générales et sans connaissance. Le récit des deux catastrophes précédentes me fit porterie pronostic le plus fâcheux. (Cataplasme bien chaud poudré de moutarde pour envelopper les deux pieds ; vapeurs de benjoin dans le Ut; vessies huilées et remplies d'eau chaude autour du corps; et au cas que la déglutition vint à s'opérer ^ potion antispasmodique dans chaque cuillerée de laquelle je fis délayer une prise d'un grain de parties égales d'oxide de zinc et d'extrait de jusquiame.) La moutarde irrita beaucoup et sembla aggraver les accidents ; on l'enleva. Cependant les yeux ne furent plus agités aussi péniblement , et la malade parut distinguer et connaître ; elle put boire et on fit usage de la potion. Les vessies ne cessèrent pas d'être renouvelées bien chaudes pendant vingt heures. Alors la peau devint universellement rouge, et se couvrit d'une légère transpiration. Le calme se rétablit peu à peu , et vers la fin du cinquième jour il était parfait , lorsque de nouvelles convulsions se manifestèrent avec intensité sans cause connue , et se dissipèrent de même. Cette petite fille a repris toute sa santé, et elle se portait bien deux ans après.

Trois enfants sont pris de la rougeole, et, chez tous les trois, l'exposition imprudente à un air froid et humide est suivie, en quelque sorte, de la rétrocession de la maladie et de fapparition

des convulsions: ainsi la cause est patente. Cependant on peut demander si l'impression de l'air sur une peau enflammée n'a pas suffi pour produire les accidents , sans les attribuer à une prétendue métastase. La chose est possible; mais à coup sûr les convulsions produites sympathiquement par la simple action de l'air sur la peau ne revêtiront jamais ce caractère de malignité, qui a rendu si funestes celles qui ont fait succomber ces enfants. Je ferai en outre observer que lorsqu'un air frais est la cause d'une semblable affection, elle se développe au moment même de l'impression faite sur la peau ; tandis qu'ici il y a eu d'abord disparition de l'éruption , et consécutivement convulsion. Je laisse de côté la discussion qui pourrait s'élever pour savoir si l'on doit entendre par métastase un transport de matière acrimonieuse, d'un principe morbifique, etc., ou un déplacement d'irritation qui cesse sur un organe parce qu'elle s'établit sur un autre. Avant d'être résolue, la question sera long-temps encore discutée, parce que chacun entre dans la lice avec une idée préconçue, et façonne tout à cette idée. Mais quelle que soit la théorie qu'on adopte, elle ne contredira point ce fait, que la répercussion de la rougeole par un air frais a causé et peut causeries convulsions. J'ajouterai que cette cause est toujours grave, et que les convulsions qui en résultent sont le plus souvent mortelles. Sur trois enfants, deux en sont morts. Armstrong a fait la même remarf[ue. Il est d'observation qu'une des

OBSERVATIONS Eï REFLEXIONS. 299

causes les plus fréquentes de riiydrocéphalite , c'est une rougeole trop tôt terminée, ou une exposition trop précipitée h l'air extérieur, et que cette maladie est alors presque toujours mortelle.

J'ignore quel a été le caractère des convulsions des deux aines; je ne les ai point vues; mais, d'après le récit qui m'en a été fait , je suis porté à croire que c'était une éclampsie. Je regrette beaucoup de ne les avoir pas suivis pour faire ensuite l'autopsie : j'ai quelques raisons de croire que la maladie s'est terminée par une exhalation subite de sérosité dans les ventricules, et que les malades ont succombé àunehydrocéplialite dont les convulsions n'étaient qu'un symptôme. Dans la petite fille que j'ai vue, les convulsions avaient la forme de l' éclampsie.

La première indication a remplir était évidente: il fallait déplacer l'irritation cérébrale par les moyens propres à la rappeler à son siège primitif sur l'organe cutané, et en même temps chercher à calmer l'érélhisme du système nerveux. La moutarde a été appliquée aux pieds, le corps parfumé de vapeurs de benjoin et presque recouvert de vessies chaudes. Les calmants ont été administrés intérieurement. A mesure que la peau est devenue rouge , que le système capillaire dermoïde a été accessible à une plus grande quantité de sang, les accidents cérébraux ont diminué; et ils ont fini par disparaître complètement, parce que cette réaction du système cutané a été entretenue. Je suis persuadé que si je me fusse borné à l'application de

la moutarde, elle n'aurait pas amené un aussi heureux résultat, parce que ce n'était pas sur un seul point, mais sur toute la périphérie, qu'il fallait rappeler l'irritation et le développement vasculaire. Je crois donc que je dois le succès à l'application des vessies i remplies d'eau chaude. Elles ont d'ailleurs un double avantage : l'un, de rappeler plus d'activité à la surface cutanée en dilatant le système capillaire ; l'autre, de produire une action sédative sur le système nerveux par la douce chaleur qu'elles communiquent. Aussi, dans les cas semblables, je ne saurais trop en recommander l'usage, sans négliger les autres moyens. Contre une maladie aussi redoutable, on ne saurait trop s'entourer de toutes les ressources imaginables; il vaut mieux risquer dix moyens inutiles que de laisser au mal le temps de faire de fâcheux progrès par l'omission d'un seul.

Les exemples de convulsions survenues à la suite de suppression subite de rougeole ou de tout autre exanthème cutané, ne sont point rares. Tous les auteurs qui ont traité des convulsions ou des maladies des enfants les ont signalées. Dans la première observationde Fr. Hoffmann, les convulsions furent causées par la suppression d'une gale. Dufour, Skenkius, Bruchmann , ont vu des faits semblables.

* Je fais toujours huiler les vessies avant de les remplir d'eau cliaude. Sans celle précaution , le liquide nîest retenu qu'imparfaitement , et inonde bientôt le malade.

OBSERVATIONS ET RÉELEXIONS. 30 î

Obs. xliit. Henriette Biilliod, issue d'un pèie et d'une mère lymphatiques, apporta en naissant tous les caractères de ce tempérament. Elle fut allaitée par sa mère. Leur habitation était un magasin dans une rue étroite et humide, comme sont presque toutes les rues de Lyon. Bientôt cette malheureuse enfant se ressentit de l'influence de tant de causes nuisibles. La disposition scrophuleuse se prononça ; des glandes se développèrent au cou, et l'une forma un vaste dépôt froid qui s'ouvrit et se dissipa lentement. Les jointures se ronflèrent et les membres se courbèrent. Le svstème nerveux acquit une excitabilité singulière : la moindre chose agitait la petite Henriette, et souvent la faisait tomber en convulsions. Insensiblement son corps s'y accoutuma , et jamais elle ne passait deux ou trois jours sans être prise de convulsions générales, mais sans perte de connaissance. Pendant plus d'un an elle fut soumise inutilement à tous les traitements imaginables: bains, potions, pilules, etc. Si elle avait quinze jours de bon, la maladie sévissait après avec plus de fureur : elle semblait vouloir se dédommager. L'état de cette malade, âgée de deux ans, était pitoyable. Je ne voulus pas recommencer des moyens déjà plusieurs fois employés. Je conseillai à la mère d'envoyer sa fille à la campagne, de la mettre à l'usage du lait de chèvre, et j'établis un large cautère au bras gauche. Aussitôt que le cautère commença à suppurer, les convulsions furent moins fortes, revinrent moins fréquemment, et

302 CONVULSIO]>fS DES ENFANTS.

déjà elles ne paraissaient plus, lorsqu'elle parût pour la campagne, où le bon air, l'exercice et une nourriture saine et légère lui rendirent la santé. Ses os conservèrent un tel degré de friabilité, qu'en six mois, après son retour à la ville, elle se cassa successivement les deux bras et une cuisse. Un second séjour à la campagne lui a rendu avec les forces les apparences d'une vigoureuse santé. Elle a aujourd'hui vingt-trois ans; elle se porte bien , et sa taille élevée est bien proportionnée. Les os se sont redressés, et elle ne conserve plus la moindre disposition aux convulsions.

Dans cette observation , nous trouvons, dans les scrophules, la cause des convulsions. Ceci demande une explication ; car, les scrophules tenant à une prédominance du système lymphatique , cette prédominance même est un obstacle au développement d'une trop vive sensibilité. Cependant la règle n'est pas générale : il n'est pas rare de voir un cerveau volumineux chez des personnes lymphatiques. On sait que les gibbeux ou noués sont doués de facultés intellectuelles plus précoces et plus étendues. La coexistence des deux prédominances nerveuse et lymphatique n'est donc pas incompatible, et lorsqu'elle existe les souffrances des inflammations glandulaires et des dépôts produisent ce que produisent toutes les douleurs; elles exaltent la sensibilité et la mobilité, et bien des fois cette exaltation va jusqu'à déterminer les convulsions.

Les convulsions ont été chroniques chez mademoiselle Bulliod: c'est la marche ordinaire qu'elles suivent chez les scrophuleux; elles participent de la chronicité de la maladie primitive, et si par elles-mêmes elles ne sont pas dangereuses , elles n'en aggravent pas moins le pronostic de la maladie , parce qu'elles indiquent les plus grands progrès des scrophules et l'irritation du système nerveux.

Les convulsions ont résisté à tous les calmants, parce que les calmants n'ont pu enlever la cause du mal, et que cette cause était permanente, et agissait en irritant toujours de même le système nerveux. Les remèdes dits antiscrophuleux n'ont pas été d'abord plus utiles, parce que cette maladie est le plus souvent rebelle à tous les moyensj quelque bien administrés qu'ils soient. Le cautère seul a triomphé de l'affection nerveuse ; il a agi comme révulsif; mais son action a été lente et nullement irritante. Un vésicatoire et la moutarde n'eussent pas produit le même effet : en irritant vivement , leur action se serait épuisée de suite ; et ne luttant pas long-temps contre l'action prolongée des scrophules , elle ne l'eût point détournée. Que ce soit à la lenteur avec laquelle a agi le cautère , ou à son action sur le tissu cellulaire plutôt que sur le système dermoide , qu'est due son efficacité , il a réussi, et c'est là ce qu'il nous importe de connaître. Il y a quelques jours, je demandai au docteur Martin jeune, ancien chirurgien en chef de l'hospice de la Charité de Lyon , les idées que

sa longue expérience pouvait lui avoir fait naître sur les convulsions : il me parla de l'emploi du cautère dans les convulsions scrophuleuses comme d'une chose dont la pratique lui avait enseigné les bons effets , et qu'il n'avait trouvée indiquée dans aucun auteur. Quoique les scrophules puissent être la cause des convulsions, il ne faut cependant pas les voir où elles ne sont pas, à l'exemple de Sauvages et de Willis , qui , ne sachant à quoi attribuer la cause des convulsions dont périssaient les enfants des deux familles qu'ils ont citées , la font dépendre d'une humeur scropHuleuse répandue sur le cerceau. De même que M. Portai, qui , trouvant des engorgements durs dans le cerveau , se demandait s'ils ne pouvaient pas provenir de scrophules qui alors seraient héréditaires. M. Baumes a eu la même idée : il dit que les engorgements et les endurcissements qu'il a trouvés plusieurs fois dans le cerveau, ne pouvaient provenir que des scrophules, qui avaient porté leurs ravages sur cet organe; il pense que cette inflammation scrophuleuse doit avoir la plus grande influence sur la production de l'hydrocéphalite et des convulsions.

Le scorbut , lorsqu'il est arrivé à un haut degré, porte son action désorganisatrice sur tous les tissus ; cette altération profonde de nos organes produit sur le système nerveux une irritation qui est la source des douleurs quelquefois atroces que les malades éprouvent, leur violence peut être telle que les convulsions s'ensuivent. Aussi , lorsque

OBSERVATIONS ET KÉELEXIONS. 305

les scorbutiques sont en proie à ces moiivemerits, les regarde-t-on comme arrivés au plus haut degré dont le scorbut soit susceptible. Willis a fait un long chapitre (ix.) : De Spasmis universalibus , qui propter succi nervosi diathesin scorbuticaui excitari soient ; il cite plusieurs observations fort intéressantes, où j'avoue n'avoir pas trouvé la diathèse scorbutique. La maladie a été longue et périodique, tantôt régulière^ tantôt irrégulière. Sennert a aussi admis une convulsion scorbutique. Poupart et Van-Swieten ont signalé les convulsions comme le signe du plus haut degré du scorbut. Il est à remarquer que Lind n'en fait nulle mention dans son traité sur cette maladie.

Obs. xliv. Madame B. ,dans un commerce illégitime, devint enceinte et contracta la maladie vénérienne. Elle ignora long-temps sa position et ne se décida à en faire part qu'à une époque déjà avancée de sa grossesse. Un traitement bien léger lui fut conseillé : différentes indispositions ne lui permirent pas de le suivre régulièrement. Son accouchement arriva un mois avant le terme accoutumé. Je la vis alors pour la première fois : elle me confia tout. Elle mit au monde une petite fille assez mince et délicate, mais pourtant forte et vive et avec des chairs fermes. J'ajournai le traitement de la mère. Je fis nourrir^a fille à isitéterole, pour ne pas compromettre une nourrice, et comme elle ne présentait aucun symptôme syphilitique,

j'attendis. L'allaitement artificiel ne parut point nuisible ; mais l'agitation était extrême. A peine l'enfant dormait-il deux heures dans un jour : il ne faisait que crier. Du reste , toutes les fonctions se remplissaient bien. Le cinquième jour , l'agitation allait au point de paraître convulsive; mais comme chez les-enfants il est souvent difficile et même impossible de bien distinguer ces deux états , je renvoyai au lendemain. L'agitation avait augmenté : les convulsions ne furent plus douteuses. Les prises de zinc etjusquiame parurent les modérer. Le 9^ jour, l'œil droit devint rouge et larmoyant; le 10*^, il fournissait une suppuration abondante; les lie et l2e i'Qg|[ gauche se prit de même. Les circonstances antécédentes ne me permirent point de douter du caractère de cette ophtalmie, quoique bien des fois j'en aie vu de semblables chez des enfants sur la santé desquels on ne pouvait élever aucun soupçon. Malgré la crainte d'augmenter l'irritation nerveuse par un traitement antisyphilitique , je m'y décidai en considérant que cette irritation était l'effet même delà syphilis. (Pr. calomélas , gr, ccv\ extrait de jusquiame , gr, xx ; sucre , gr. xxx ; mêlez et faites quinze paquets ; vous en donnerez un trois fois par jour ^ en le délajant dans une cuillerée d'eau sucrée. Pour tisane, infusion de fleurs de mauve et de tilleul. Tous les jours au moins , un bain en^ tier tiède. Pour collyre^ lait coupé avec de la décoc • tion de têtes de pavots. Un petit vésicatoire derrière chaque oreille.) Le 15^ jour, mademoiselle B.

fut beaucoup plus agitée que d'habitude; les convulsions furent plus violentes ; les cuisses, les parties génitales et l'abdomen se couvrirent d'une très-grande quantité de boutons pustuleux d'un aspect très-expressif; quelques aphthes se formèrent dans la bouche et y donnèrent naissance à autant de chancres. (^Wlême s moyens ^ et de plus lotions avec la décoction de mauve dans laquelle on incorpora une once de liqueur de J^an-Scvieteu par vengée. Miel rosat porté dans la bouche avec le doigt. ) Les pustules se desséchèrent assez vite, et les yeux s'amendèrent assez pour nous laisser l'espérance de les conserver. En se dissipant d'un côté, le mal sembla se porter sur une partie plus importante : la poitrine s'embarrassa ; il survint de la toux, et beaucoup de difticulté pour respirer, surtout dans le moment des paroxysmes de convulsions. ( Vésicatoire à un bras ; looch blanc, continuation des prises?) La faiblesse était extrême. Je remplaçai le looch par un mélange de parties égales de sirop de tortue et de sirop de guimauve. La difficulté de respirer et la toux se dissipèrent insensiblement , le vésicatoire du bras se sécha ; tous les symptômes furent dès-lors en s'améliorant , et les convulsions ne reparurent plus dès le 35^ jour après la naissance. Je poussai le traitement jusqu'au 50® jour , époque où la petite B. avait pris deux gros de calomélas. Depuis cette époque, il y a sept ans, la santé de cette demoiselle ne s'est point démentie. Malgré la délicatesse et la fragilité apparente de sa constitution, il ne lui reste

que beaucoup de vivacité et de mobilité. Elle a franchi l'époque de la première dentition sans aucun inconvénient.

Il est facile de démontrer que les convulsions ont été le résultcit de la syphilis, puisqu'elles ont paru chez un enfant infecté, seulement dans le moment où les phénomènes syphilitiques ont signalé par leur apparition l'existence de la maladie. Ces convulsions n'étonneront point , si l'on réfléchit à l'action particulière de la syphilis sur le système nerveux , dont elle augmente toujours l'excitabilité. Ce n'est point parce qu'elle est la syphilis qu'elle a déterminé les convulsions, c'est parce qu'elle a porté sur le système nerveux un degré d'irritation qui a réagi sur l'encéphale et consécutivement sur la contraction musculaire. Si donc on disait que les convulsions ont été l'effet de l'état nerveux et non de la syphilis, la conséquence serait fausse, puisque la syphilis a été la cause de l'état nerveux et qu'elle n'a pu agir autrement; elle ne produit donc les convulsions qu'à la manière des autres causes , en irritant le système nerveux.

L'indication curative était facile : il fallait détruire la cause du mal , tout en attaquant celui-ci. Le calomélas a été choisi comme lem oyen le plus doux et le moins capable d'agir sur le système nerveux. On sait avec quelle facilité les enfants en supportent de fortes doses avec succès et sans inconvénient. Je l'ai associé à l'extrait de jusquiame,

par prudence l)ieo pius que dans l'espérance d'en obtenir la disparition des convulsions, persuadé que j'étais qu'elles ne céderaient qu'à la disparition de la maladie vénérienne. L'événement a justifié ma conduite; je pense qu'on pourrait et qu'on devra même, dans tous les cas semblables, agir comme je l'ai fait, avec les modifications que nécessiteront une foule de circonstances. Le succès que j'ai obtenu chez mademoiselle B. m'a d'autant plus flatté, que j'étais alors imbu de l'idée que chez les enfants l'affection syphilitique était à peu près mortelle : ce qui se passait à notre hospice de la Charité m'avait confirmé dans cette idée. Je me suis convaincu depuis, que j'étais dans Terreur, et qu'avec les attentions convenables, la syphilis était presque aussi guérissable dans le premier âge de la vie qu'à une époque plus avancée. L'ophtalmie, les pustules, les chancres, la congestion pectorale, sont autant d'épiphénomènes qui ont été attaqués par les moyens appropriés, mais qui ont joué un rôle trop secondaire sous le rapport des convulsions pour devoir fixer davantage notre attention. Je ferai remarquer cependant qu'au moment de l'éruption des pustules et des chancres, les convulsions ont été exaspérées.

La marche des convulsions a été chronique, à type intermittent; elles étaient tout à la fois produites par la syphilis et compliquées avec elle , ce qui pouvait entraver le traitement, et a nécessité de le combiner d'après leur coexistence.

Plusieurs auteurs ont placé la syphilis au nom-

bre des causes de convulsions , et on en trouve deux observations dans le Traité de la Syphilis de Benjamin Bell, et une dans le Traité des Maladies vénériennes de Fabre (obs. xx) : elles furent guéries par le traitement de la maladie première. Au nombre des symptômes de la vérole confirmée , Astruc place les convulsions, lorsque^ dit-il , quelques artères du cerç>eau , ti'op pleines de sang , battent a\^ec beaucoup de violence , et poussent avec force et continuellement les esprits dans les mêmes nerfs. Dans la septième lettre de ses Recherches sur V Encéphale^ M. Lallemand cite plusieurs observations dans lesquelles différentes tumeurs cérébrales occasionnées par la svpbilis produisirent des convulsions. Maisonneuve , dans son Traité de l'Epilepsie , rapporte plusieurs faits de cette maladie causée par le virus vénérien, entre autres celui d\ine jeune fille de sept ans qui avait été violée et infectée.

Obs. xlv « Un enfant de quatre mois avait depuis trente-six heures des convulsions qui l'empêchaient d'avaler, et qui l'auraieut bientôt fait périr. Mais un lavement avec un gros et demi de vin émétique, ayant procuré un grand mouvement dans les intestins , le pelit malade évacua par haut et par bas au bout d'une demi-heure ^ . »

^ Baumes , TraiU des Convidsiom , page 184. Observalioii rapportée par M. Lépreux, d'apri;s M. Pelit, dans sa lh<- se An comidsîonîbus recens natorwn voirtiloria ?

OBSERVATIONS ET RliELEXlONS. 311

On cherche vainement dans celle observation quelle a été la cause de la maladie : elle manque des détails qui auraient pu conduire à cette découverte. Cependant nous y voyons un gros et demi de vin émétiqae trouble exciter un grand mouvement intestinal, et faire évacuer par haut et par bas, et les convulsions disparaître après, rs^ous demanderons comment le tartre stibiéa pu agir, et Timpossibilité de r-ésoudre la question nous fera renfermer dans ce doute philosophique qui ne permet jamais de décider au hasard ou de voir comme on veut voir. Deux effets ont été produits par le tartre de potasse antimonié : irritation du tube intestinal et évacuation abondante de matières glaireuses. L'un et Fautr e de ces deux effets du médicament , ou tous les deux réunis, ont pu opér^ersur le cerveau l'action qui a guéri le malade : ou bien l'irritation du tube intestinal a déterminé une véritable révulsion en déplaçant l'irritation cérébr^ale ; ou bien l'évacuation d'une abondante quantité de matière glaireuse a débarrassé les intestins de celte cause matérielle d'excitation qui , par sa présence , était devenue une cause permanente d'irritation et entr^etenait la réaction convulsive du cerveau. Cette dernière explication avait quelque chose de séduisant à une époque où la médecine était dominée par l'humorisme : c'est celle qu'a adoptée le professeur Baumes, qui place celte observation dans le chapitre des convulsions produites par les glaires. Cet auteur' ne manque pas de raisons pour ap-

312 CONVULSIOiNS DES ENFANTS.

puyersa manière de voir. C'est là qu'il nous montre son heureuse fécondité. Quatre chapitres sont consacrés à étabUr la cause humorale des convulsions. Dans l'un, c'est la cacochyiie acide; dans l'autre, ce sont les glaires; dans un troisième , les saburres putrides , et dans un quatrième , les humeurs acres. Tous les efforts du célèbre professeur de Montpellier ne peuvent point convaincre; ils prouvent seulement qu'il a payé un ample tribut à i'humorisme delà vieille école. La direction donnée aux études médicales rejette aujourd'hui ces idées d'humeurs acides, alcalines ^ acres, etc., parce qu'elles ne reposent sur rien de solide , que rien ne les prouve et n'en établit l'existence. Tous les faits cités en leur faveur peuvent s'expliquer d'une manière plus conforme à la saine physiologie. Cette acescence qu'il regarde comme la cause de la maladie dans certaines convulsions, et sur laquelle Harris avait établi toute sa théorie des maladies des enfants; cette acescence qu'une odeur acide particulière, qu'un goûtd'acidité et que l'effet des absorbants semblent assurer sur des bases solides, n'est jamais cause, mais effet de la maladie. Tant que l'enfant se porte bien, elle n'existe pas; elle ne paraît qu'avec le mal , et le mal a commencé par sévir sur des solides et non sur des humeurs. Celles-ci ne se sont viciées que parce que leurs organes respectifs étant malades n'ont pu fournir des humeurs de bonne qualité. Les absorbants n'ont eu du succès entre les mains de Harris, queparceque cette médication était moins incen-

OBSEUV AXIONS ET REFLEXIONS. 313

diaire que celles de l'époque où il vivait, et que ces poudres inertes n'ajoutaient point a Tirritation déjà existante. Ce que nous avons dit de l'acide des enfants , nous le dirons de la formation des glaires. Les tissus ont été altérés les premiers, la sécrétion abondante des mucosités leur est postérieure. C'est dans la membrane muqueuse gastrointestinale que siège le mal , c'est sur elle qu'il faut agir. Comme dans l'observation citée et dans milleautrés semblables, les évacuants ont réussi, et ils ne réussissent dans ces cas qu'en faisant rejeter un€ abondante quantité de matières glaireuses :ce fait est vrai et se présente tous les jours : de là le rôle important que l'on seraitendroit de faire jouer =' aux humeurs. Tout croire et tout rejeter n'est pas , d'un ami de la vérité; il faut trouver le vrai au milieu de ces deux extrêmes. Nous avons dit que l'altération deshumeurs était consécutive à l'altération des organes, et par là nous avons laissé pressentir que ceux-ci étaient le siège de la maladie , et que celles-là n'en étaient que l'effet. Si cela est vrai au début , plus tard il n'en est pas toujours ainsi. Bien souvent les organes reviennent à leur type naturel, et les humeurs viciées n'étant point évacuées , causent par leur présence et leurs qualités nuisibles un mode particulier d'excitation , et entretiennent Tétat pathologique. Qu'elles soient rejetées naturellement ou artificiellement , les tissus muqueux, n'en étant plus tapissés, reprennent toute leur énergie et rentrent dans le libre exercice de leurs fonctions. Les évacuants peuvent

314 CONVULSIONS DES FNFANTS.

exercer une auhe action sur ia muqueuse gastrointestinale : ils provoquent une abondante sécrétion , et cette espèce de crise artificielle n'est pas sans avantage. Il peut encore être nécessaire d'évacuer à plusieurs reprises, parce que, au moment delà période d'irritation, ce n'est pas seulement sur les surfaces muqueuses que les humeurs ont été viciées, mais par tout le corps et dans l'intérieur de nos tissus, parce que tous les organes, tous les tissus ont participé à la maladie; et les humeurs, n'ayant pas été convenablement élaborées, ont besoin d'être renouvelées. Peut-être aussi des humeurs viciées dans les organes gastriques ont-elles été absorbées et transportées à toutes les parties du corps. C'est dans ces cas que l'humorisme semble triompher. Mais qu'on y prenne garde , il faut bien de la réserve pour agir d'après ce système. Ce n'est jamais impunément qu'on introduit un remède violent sur des organes qui viennent d'être malades , et qui n'attendent que la plus légère secousse pour revenir à ce degré d'irritation qui constitue la maladie. Avec quelle prudence il faut administrer les émétiquesetles purgatifs! avec quel soin il faut auparavant s'être assuré de l'état des organes sur lesquels on va les porter ! et combien il est ordinairement plus sage de s'en rapporter aux efforts de la nature, qui sait mieux que nous choisir la voie par laquelle il lui convient de se débarrasser de ce qu'elle a de superflu et de nuisible ! Je l'ai dit : il ne faut point être exclusif, il ne faut ni adoptai' un remède banal , une panacée, ni rien pros-

OBSERVATIONS ET REFLEXIOIYS. 3î5

crire absolument. INe refusons point de croire à l'existence des humeurs viciées , puisqu'elles existent ; croyons aussi qu'elles peuvent devenir à leur tour cause d'irritation et produire des effets variés , selon les qualités plus ou moins nuisibles qu'elles ont acquises , et selon la susceptibilité des organes sur lesquels elles agissent. Croyons enfin qu'il devient quelquefois nécessaire et urgent de les évacuer. Que les humeurs aient pris un caractère acide, glaireux ou putride, la théorie est la même, le principe reste invariable , et le précepte ne peut point changer : il sera toujours basé sur l'état des organes. Les saburres putrides dont parle M. Baumes ne sont pas différentes des glaires; la fièvre automnale des enfants qu'il décrit est une fièvre muqueuse ou une gastro-entérite, qui a été l'affection première, et la cause de l'altération des liquides etconséquemmentdetous les phénomènes qui se sont manifestés. Son article des humeurs embrasse des sujets si variés qu'il est difficile de bien Texaminer. Cependant il repose en général sur les effets nerveux qu'occasionnent la suppression de quelque suppuration ou écoulement habituel, des exanthèmes cutanés, et l'éruption difficile des maladies éruptives. Quanta celles-ci , l'exemple est mal choisi : la prétendue humeur acre de l'éruption n'existe pas encore , puisque c'est Téiuption qui la développe, ïl est facile de sentir le vice de ce langage, qui attribua des effets à une chose qui n'a pas existé : il est bien plus naturel de reconnaître une

iniîation cuîanëe assez vive pour réagir sur l'encéphaîe. Il n'en est pas de même des suppressions : un ulcère que l'on guérit lentement et sans moyens irritants ne peut pas agir par réaction sympathique : il survient bien une irritation au cerveau , consécutive à la guérison de celle qni entretenait la suppuration, mais qui a pu la faire développer si ce n'est la îétention et le transport d'une matière viciée ? Il me semble impossible d'expliquer autrement le fait. Nous y reviendrons plus loin. Sans admettre tout ce que les humoristes admettent, sans rejeter tout ce que les solidistes rejettent , reconnaissons et signalons les faits. En accordant trop aux humeurs , le professeurBaumes s'est conformé aux opinions de l'ancienne école : c'est dire assez que tous les auteurs qui l'ont précédé saot entachés de la même doctrine, cependant du plus au moins.

Galien avait déjà averti , d'après Pelops , que la corruption spontanée des humeurs occasionnait les convulsions. Gorler abonde dans le même sens. White s'est convaincu * dans cette opinion par le fait d'un enfant qui fut débarrassé des convulsions par un écoulement de pus par les narines et par les oreilles ; et d'un autre que guérirent de légères évacuations alvines provoquées par une dose de calomélas et de rhubarbe.

Tissot s'appuie de l'opinion de ses prédécesseurs, et des faits de dépôt, d'éruptions, de diar-

' Opcra , cap. i, § i, pages 144 cl 197.

OBSERVATIONS ET RliFLEXIONS. 317

rhees, d'hémorrhagies, qui ont guëri des convulsions. C'est d'après ces données que Levret a admis une éclampsie humorale, et Bon et Sauvages une éclampsie par saburres.

Ces faits sont en général mal choisis, et ne prouvent pas tout ce qu'on veut leur faire prouver, si, en effet, on en conclut que l'action irritante des fluides sur les nerfs est l'unique cause des convulsions: c'est aller au-delà delà vérité. Comment veut-on que des liqueurs, le plus souvent si douces , soient si funestes , tandis que les acides les plus violents , les liqueurs les plus fortes sont bien des fois sans effets? Il faut donc supposer une modification préliminaire, une susceptibilité plus grande, en un mot un état pathologique spécial du système nerveux , qui le dispose à recevoir l'excitation de ces himieurs.

Obs. xLVi. a Une fille de Pijon, travailleur, âgée d'environ sept ans, éprouvait des accidents convulsifs depuis plus d'un mois ; ils la prenaient ordinairement le soir, quelquefois tous les jours, quelquefois de deux en deux jours, ou de trois en trois jours ; et quelquefois elle passait plusieurs jours sans en avoir. Dans l'invasion , elle paraissait s'assoupir ; elle perdait la connaissance , et devenait froide et pâle ; le pouls se perdait, et tout de suite elle était agitée de mouvements convulsifs violents dans les membres et à la téîe. Ces accès duraient ordinairement une ou deux heures; quel-

(juefois ils étaient plus courts. On l'avait purgée deux fois inutilement; et les vermifuges avaient été donnés sans succès. J'essayai les absorbants unis aux poudres tempérantes : je ne retirai aucun secours de ces remèdes ; je me déterminai à faire «sage du quinquina. La malade prit deux onces de son infusion faite dans l'eau , de quatre heures en quatre heures, avec trois gouttes de liqueur anodyne minérale d'Hoffmann, que je faisais ajoutera chaque dose. Depuis que cet enfant fit usage de ce remède, il fut exempt de ses convulsions: il le continua pendant huit jours, en diminuant de jour en jour le nombre des doses, au bout desquels il lui survint une abondante diarrhée , que je regardai comme une évacuation critique qui terminait la maladie et qui assurait la guérison: l'événement l'a justifié i. »

Je ne me permettrai aucune réflexion sur la cause de cette maladie , il y manque des détails qui auraient pu nous la faire trouver. Je ne puis que faire remarquer son caractère intermittent. Le retour des paroxysmes n'était pas régulier , puisqu'ils demeuraient un, deux, trois jours et davantage sans revenir. Ce qui doit particulièrement fixer notre attention , c'est la médication qui a été employée. Les puigatifs , les vermifuges, les absorbants et les tempérants avaient été sans succès j Sumeire donna le quinquina, et les accès

^ Journal de Médecine, septembre 1764, toinexxi, page 224. Observalion publiée par Sumeire.

furent arrêtés. Quoique je sois convaincu de l'efiicacité de Fécorce péruvienne , on peut demander si elle a agi par sa propriété antipériodique ^ ou en produisant la diarrhée et déplaçant ainsi l'irritation cérébrale. Si cette irritation cérébrale avait dû être guérie par l'irritation intestinale et par les évacuations alvines , les purgatifs qui avaient été donnés avant le quinquina , auraient sans doute produit cet heureux effet: s'ils ne l'ont pas fait, il n'est pas à présumer que le fébrifuge ait agi de cette manière, et il reste constant que la guérison est due à la vertu antipériodique du médicament. L'auteur conçut l'idée de recourir au quinquina en lisant le beau travail de Vandermonde sur les heureux effets du quinquina dans les maladies intermittentes i, et le fait raconté par Bornainvilie, qui aurait mérité de trouver place ici s'il avait eu pour sujet un enfant et non un militaire ^ , de même que l'observation de succès citée par Dablain , de Douai 3. Les faits semblables n'ont pas été rares depuis cette époque, et il est bien peu de praticiens qui n'aient eu plusieurs fois l'occasion d'en observer. Le quinquina jouit à cet égard d'une confiance bien méritée. C'est contre les maladies intermittentes que son triomphe est assuré ; quelque inexplicable que soit le fait, il est trop bien établi pour être contesté. Toutefois , de ce que le quinquina a ainsi dompté des

ï Journal de mddecnte, tome vi , page 193.

2 Ibid, ibid, tome viii, page 43.

3 Ibid, ibidy tome xxyi, page 32.

convulsions intermittentes qui avaient été rebelles à beaucoup d'autres remèdes, nous ne nous laisserons point entraîner à l'idée d'en faire un excellent antispasmodique : nous limiterons son emploi aux cas de convulsions intermittentes ; nous ne retendrons point d'une manière abusive à tous les cas de convulsions ; de même que , de ce qu'il échoue quelquefois, nous n'en conclurons pas qu'il faut renoncer à l'employer. Quant aux doses , au moment et à la manière de le donner, je ne crois pas qu'il soit utile de tracer ici ces nuances de traitement : elles sont les mêmes que dans les cas des autres maladies intermittentes. L'âge , le tempérament , la susceptibilité de l'estomac et le rapprochement des accès seront pris en considération, et serviront de guide.

Comme le quinquina n'est pas seul dirigé contre les maladies périodiques, tous ses succédanés, en partageant avec lui cette propriété fébrifuge, pourront lui être substitués et procurer les mêmes avantages. Quelques circonstances particulières peuvent décider sur le choix à faire et même sur leurs combinaisons avec d'autres substances : il est assez convenable de les associer aux calmants et aux antispasmodiques. Peut-être même n'est-ce qu'en agissant à la manière des amers que certains antispasmodiques, tels que la valériane, obtiennent des succès. Leur vertu fébrifuge n'est point contestée, pourquoi n'auraient-ils pas contre les convulsions la même action que contre les autres affections intermittentes ?

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