SUR LA CAUSE PROCHAINE DES CONVULSIONS
La connaissance de ]a nature d'une maladie repose tout entière sur l'examen de l'organe qui en est le siège, et des diffèients modes d'altérations qu'il présente. C'est en pesant la valeur de chacune de ces altérations qu'on peut arriver à ce but. Sjil n'a pas encore été atteint relativement aux convulsions, cela tient : à ce que cette marche sévère n'a pas toujours été suivie dans la recherche des lésions cadavériques qu'elles laissent après elles; à ce que leurs causes sont elles-mêmes excessivement multipliées, et qu'il eût été difficile de leur assigner un caractère unique; et plus encore au peu de connaissances que nous possédions sur la structure du cerveau et sur sa pathologie. Aujourd'hui que les travaux des Gall, des Serre, des Flourens, etc., nous ont fait connaître cette structure intime , la recherche de ses maladies et de ses désordres deviendra plus facile;
on pourra saisir la plus petite nuance d'altération et en tenir compte dans l'histoire des phénomènes morbides. Déjà M. Lallemand a fait beaucoup. Il nous a appris à connaître l'inflammation et la formation des différentes espèces de dépots; il nous a transmis le fruit de ses laborieuses recherches sur les différentes altérations pathologiques du tissu du cerveau, ses transformations de tissu , et la formation de tissus nouveaux ou accidentels, et de nombreuses tumeurs de toute espèce. Il a rendu un service important à la science; il a aplani l'étude des maladies du cerveau, en enchaînant la série des phénomènes et en les assujettissant à des données certaines prises des altérations de l'organe souffrant. Mais ce qu'il n'a point fait , parce que peut-être la chose est impossible, c'est de nous apprendre à reconnaître par les phénomènes existants, non seulement qu'un dépôt existe, mais quelle est au juste la place qu'il occupe dans le cerveau. La physiologie mieux connue de cet organe semble nous promettre un jour cette heureuse application. Si en effet l'encéphale est la réunion de plusieurs organes appelés à remplir chacun ime fonction intellectuelle ou sensitive particulière, ne sera-t-on pas fondé à conclure que la lésion d'une faculté déterminée suppose l'altération pathologique de la partie de l'encéphale qui en est l'organe? Les convulsions nous donneraient aussi le siège et le degré précis de l'altération , suivant qu'un muscle serait convulsé plutôt qu'un autre. Il n'y a guère que le médecin d'un hospice
d'enfants malades de qui l'on puisse espérer ce vaste travail.
Il est peu d'observations d'autopsies des enfants morts de convulsions : les mères gardent auprès d'elles leurs enfants malades, et ne les envoient pas dans les hôpitaux; en ville, la tendresse maternelle ne permet guère les ouvertures. Ainsi nous ne nous étonnerons pas que toutes les autopsies qui ont été faites jusqu'à ces derniers temps soient si peu satisfaisantes : il est rare qu'elles conduisent à aucun résultat. La plupart des auteurs indiquent vaguement ce qu'ils ont observé. M. Portai ^ énumère ainsi les altérations trouvées dans le cerveau , le cervelet et la moelle alongée, à la suite des convulsions : 1° collection d'air, d'eau et de matière gélatiniforme; 2° engorgement des vaisseaux sanguins, ou épanchement de sang; 3*^ engorgements composés de diverses substances; 4*^ inflammation; 5^ induration; 6^ abcès; 7° ulcères; 8^ plaies; 9^ corps étrangers; 10^ augmentation ou diminution de volume; 1 1° changement de couleur, etc.; mais il a soin d'avertir en même temps que ces altérations ne sont pas particulières aux convulsions, et qu'elles appartiennent noa seulement à toutes les maladies convulsives, mais encore à toutes les affections de l'encéphale; et il se demande si ces différentes maladies ne seraient pas toutes analogues , de manière à ne différer que
^ Anatomie médicale ^ lome iv, pages 69 elsuiv.
par des nuances de degrés ou de modifications imperceptibles, ou par la réaction de la partie malade sur une partie saine avec laquelle elle est liée par des relations sympathiques plus directes. Les observations bien faites et accompagnées d'autopsie sont rares chez les anciens. On en trouve cependant quelques - unes dans V ancien Journal de Médecine , dans le Sepulcretum de Bonet , dans Willis 1, Lamotte ^, Lieutaud 3, M. Prost ^; mais elles manquent de détails suffisants , et la plupart n'ont pas été recueillies sur des enfants. Morgagni, le premier, en a réuni un grand nombre dans sa dixième épilre , et leur a imprimé ce haut degré d'intérêt qui caractérise son immortel ouvrage. Tous les auteurs n'ont pas été aussi sages, et ne se sont pas contentés de dire ce qu'ils ont vu et comme ils l'ont vu. Quelques-uns, dirigés par une idée préconçue, ont manqué leur but en ne cherchant et ne voyant que ce qu'ils voulaient voir. C'est ainsi que Bajon ^ , bon observa-
I Opem omnia, tome i, pages 468 et 514. Sa deuxième observation surtout.
*^ Traité de chirurgie , ohs. xxxvi% tome ii, page 171.11 a trouvé , chez un enfant de neuf ans sujet à des convulsions , des lames osseuses développées dans la dure-mére et s'enfonçant dans le cerveau.
3 Précis de médecine-pratique , tome i , page 307.
4 Médecine éclairée par l'ouverture des corps , tome ii , obs. xv, m , Lxxxvi. L'auteur s'est efforcé de trouver des altérations dans les intestins, et y a placé le siège de toutes les maladies , et surtout des maladies cérébrales.
'* Journal de Médecine ^ juillet 1759. Mémoire sur le tétanos d'Amérique.
teur d'ailleurs, n'a dirigé ses recherches que sur l'ëtat des muscles, il les a trouvés d'une couleur livide très-foncée; il a pensé que le cours des liquides y avait été intercepté depuis long-temps ; les fibres motrices étaient crispées et même repliées sur elles-mêmes, et cassaient par la moindre traction. C'est ainsi que Fr. Hoffmann, dans son excellente dissertation De Motihus convulsivis , rapporte tout à la lésion de la moelle épinière et de ses enveloppes , parce que d'avance il a opposé cette lésion à celle de l'épilepsie, qu'il a placée dans le cerveau et ses méninges. Cette manière de raisonner était vicieuse : pour pénétrer dans les secrets de la nature on établissait des principes, on partait d'une proposition générale, et on croyait ensuite tout expliquer avec des notions abstraites et personnifiées.
Déjà les histoires précédemment rapportées nous aideront dans la recherche à laquelle nous allons procéder. Comme elles ne seraient pas suffisantes, j'en puiserai quelques-unes dans Morgagni , dans l'ouvrage du savant professeur de Montpellier, M. Lallemand, et surtout dans les belles Recherches d'Abercrombie.
Obs. xLVii 1. a Une petite fille de cinq mois est prise de fièvre et d'un cours de ventre. Le lendemain, la fièvre seule persiste. Le troisième jour, il se déclare de grandes convulsions cloniquesdes
i Morgagni , de Sedibus et Cousis morborum , tome i , epist. x, § 7.
membres supérieurs; ces convulsions s'étendaient légèrement jusqu'aux muscles postérieurs de la poitrine, et d'une manière beaucoup plus légère encore jusqu'aux muscles fessiers. A la fin du cinquième jour, les convulsions diminuèrent; elles se manifestaient par intervalles seulement; mais elles cessaient entièrement pendant que la petite fille dormait. Sur ces entrefaites il survint un ictère dans tout le corps.
Examen du cadavre. « Après la mort , toute la peau du cadavre, mais surtout celle du dos, était parsemée de taches d'un rouge noirâtre. Dans le ventre , il n'y avait rien de remarquable, si ce n'est que l'intestin rectum était d'une couleur noire. Le péricarde était rempli d'une eau jaune; le ventricule droit du cœur contenait une concrétion polypeuse qui s'étendait jusqu'à l'artère pulmonaire, et qui ressemblait à du mucus concrète. Le reste du sang était entièrement liquide; il se coagula cependant après un certain temps, quand on l'exposa à l'air. Enfin , dans le crâne, tout était dans l'état naturel, si ce n'est qu'on trouva, entre la dure-mère et la pie-mère , une humeur séreuse qui s'était concrétée autour des vaisseaux sanguins, en forme de gélatine. »
Je laisserai de côté les judicieuses réflexions de Morgagni sur l'influence des convulsions sur le sommeil , et du sommeil sur les convulsions ; je ne m'occuperai point non plus du rapport qui a pu exister entre les convulsions et l'ictère; je fe-
rai seulement observer qu'il a trouve entre la dure-mère et la pie-mère une humeur séreuse qui s'était concrétèe autour des vaisseaux sanguins , en forme de gélatine. Cette sorte d'exhalation albumineuse est un indice certain d'un état inflammatoire; jamais la sérosité ne présentera ni flocons albumineux, ni pseudo-membranes, ni aspect gélatiniforme, si l'inflammation n'a pas précédé. Nous pouvons donc assurer que les méninges ont été enflammées, et comme l'inflammation est toujours le résultat d'une irritation vive , et qu'elle-même devient à son tour une cause d'irritation , il n'y a pas de doute que l'arachnitis n'ait réagi sur l'encéphale pour déterminer les convulsions. Les recherches récentes de MM. Denys et Billard sur cette matière gélatiniforme, ne peuvent pas laisser de doute sur le caractère inflammatoire de la maladie qui l'a fournie.
Dans l'observation suivante, § 9, le petit enfant qui périt de convulsions présenta de la sérosité dans le crâne. Cette quantité plus abondante fut le produit d'une augmentation d'exhalation , et comme celle-ci n'a lieu que par une excitation plus grande, les méninges ont donc reçu d'abord un surcroît d'activité , et c'est ce surcroît, cette irritation qui a été la cause des convulsions. Peut-être aussi le liquide épanché a-t-il fait les fonctions de corps étranger, et a-t-il irrité l'encéphale.
L'histoire de la jeune fille, § 7, a présenté le même résultat à l'autopsie cadavérique : seule-
nient il s échappa de quelques petits vaisseaux « qui peut-être étaient rompus , du sang délajé (.(. dans beaucoup de sérosité. » La conjecture de Morgagnisur la rupture des petits vaisseaux pour expliquer la présence de ce sang peut être fondée; mais sur le vivant et sans cause connue, ces ruptures sont plus que rares. Le sang ainsi mêlé à la sérosité a été exhalé avec elle ; il dépend , comme elle, d'une augmentation d'exhalation, d'une excitation de l'arachnoïde, et il suffit pour nous expliquer les accidents.
Le jeune homme qui fait le sujet de l'histoire § 2, n'avait dans le crâne qu'une très-grande quantité de sérosité salée contenue dans le ventricule gauche : les mêmes réflexions que dans le cas antécédent lui sont applicables.
Morgagni trouva dans le crâne du jeune homme, § 17, 1° une espèce de gélatine avec quelques bulles d'air, quoiqu'il ne s'exhalât aucune mauvaise odeur; 2*^ une densité remarquable du cerveau; 3"^ des vaisseaux gorgés de sang dans la substance blanche ; 4^ la glande pinéaie plus volumineuse, plus duj-e, et contenant plusieurs petits calculs ou ossifications; 5^ les petits vaisseaux gorgés de sang dans toute l'étendue de la moelle alongée. D'après cet exposé, on aurait trouvé les traces de deux maladies, l'une aiguë, l'autre chronique. Cette dernière, indiquée seulement par l'état de la glande pinéaie, n'est pas cependant bien constatée; bien souvent j'ai trouvé de semblables concrétions sur des sujets qui, avant la
mort, n'avaient jamais éprouvé ni céphalalgie ni altération dans les fonctions intellectuelles. Cet état, au contraire, dénote suffisamment une maladie aigué : engorgement des vaisseaux, densité du cerveau , et surtout concrétion gélatiniforme. L'encéphale et les méninges étaient également irrités et même enflammés : ces résultats cadavériques le prouvent suffisamment. Je ne tiens aucun compte des bulles d'air; j'ai lieu de croire que l'enlèvement de la calotte osseuse du crâne en a été la cause déterminante. Cependant je ne nie point qu'elles ne puissent se développer sur le vivant même, et dans cette partie aussi bien que partout ailleurs; mais , pour en avoir la certitude, il eût fallu recueillir le fluide qu'elles contenaient, et reconnaître par l'analyse chimique s'il avait de l'analogie avec l'air atmosphérique ou s'il en différait.
Faisons une réflexion qui se reproduira plus tard : c'est que dans la plupart des autopsies rapportées par Morgagni, les méninges ont toujours été affectées, et souvent ont seules présenté l'altération pathologique. Je sais qu'il n'en est pas toujours ainsi; mais il est bon de signaler cette particularité. Cet auteur célèbre est tellement convaincu que les convulsions dépendent de l'irritation des méninges, que, lorsqu'il ne trouve pas de traces d'inflammation^ il cherche une cause irritante suffisante dans la petite quantité de sérosité qui s'est trouvée dans les ventricules, en avertissant g^ il faut juger des irritants non par
leur quantité mais par leur force , et il admet dans cette lymphe une propriété acre irritante. La première observation rapportée par M. Berton 1 présentait au-devant de la commissure des nerfs optiques une substance gélatiniforme , jaunâtre, demi-concrète, qui me parait avoir beaucoup d'analogie avec celle qu'avait rencontrée Morgagni. Dans la cinquième observation, les vaisseaux de la superficie étaient injectés, les circonvolutions déprimées, et l'arachnoïde sèche et enflammée : il y avait des granulations sur les hémisphères et une once de sérosité louche dans les ventricules. Les parties centrales du cerveau et surtout le corps calleux étaient ramollis. Les onzième , treizième et dix-septième observations , dans lesquelles l'hydrocéphale avait été accompagnée de convulsion , ont présenté à Tautopsie cadavérique des altérations analogues.
Les trois observations suivantes sont empruntées de l'ouvrage de M. Lallemand. Réunies aux précédentes, elles serviront de base à Tétiologie des convulsions.
Obs. xlviii. « Un enfant fit une chute sur le pariétal gauche, qui fut suivie d'accidents qui hidiquèrent le trépan. Cette opération donna issue à un épanchement considérable qui s'était fait sur la dure-mère; du reste, cette membrane se trouva
^ Recherches sur l'IiydrocéphaU aiguë ; page 49, 1834.
en bon état , et les accidents disparurent jusqu'au vingt-huitième jour. Il survint alors des mouvements convulsifs, une paralysie incomplète du côte droit, un assoupissement et une perte de connaissance presque continuels. M. de la Peyronie ayant incisé la dure-mère, et ne trouvant rien sous cette membrane , proposa d'inciser le cerveau lui-même. L'entreprise parut trop hardie , on s'y opposa, et l'enfant périt dans les convulsions. M. de la Peyronie lui ouvrit la tête, où il trouva, en effet, vis-à-vis de l'ouverture du trépan, un abcès dans la substance du cerveau, qui n'était qu'à trois ou quatre lignes de profondeur 1. »
Au vingt-huitième jour il survint des mouvements convulsifs et une paralysie incomplète du côté droit. Malgré le peu d'exactitude apportée à la rédaction de cette observation , il est à présumer que les mouvements convulsifs ont précédé la paralysie; qu'ils ont commencé avec l'inflammation de l'hémisphère gauche , et que la paralysie n'a eu lieu que lorsque la collection purulente s'est formée et a exercé une compression assez forte pour la produire. Cependant les mouvements convulsifs n'ont point cessé, et l'enfant est mort dans les convulsions. Aussi nous observe-t-on que la paralysie était incomplète. Cette coexistence de paralysie incomplète et de convulsions
I Lallemand , Lettre troisième sur V Encéphale ^ page 389 , ti° 16 ; page 402 , n° 20.
n'est donc point contradictoire. L'inflammation , sans laquelle il n'a pu y avoir de sécrétion purulente, a produit sur le cerveau une irritation qui a été cause des convulsions : celte irritation n'a point cessé, soit que l'inflammation ait persisté autour du foyer purulent, soit que le pus , devenu corps étranger, ait servi lui-même de cause excitante. La paralysie n^a pas été complète parce que le dépôt était, sans doute, peu considérable, et que, placé près de l'ouverture du trépan, il y a repoussé une portion du cerveau , qui a ainsi éludé en partie la compression.
Sennert cite deux observations dans lesquelles la paralysie et les convulsions alternèrent plusieurs fois jusqu'à la mort. Il les a extraites, l'une de Gaiien , et l'autre de Petrus Salius Dwersus,
Obs. xlix. « Un enfant très-sain en apparence, et né d'une mère très-sensible tant au physique qu'au moral, n'avait ressenti , jusqu'au quatrième mois, que de légères indispositions attribuées au manque de lait de la mère. Sevré à cette époque et nourri de lait coupé avec de la décoction d'orge mondée et de riz, il eut, quinze jours après, un rhume , du malaise , des vomissements de bouillie mêlée de glaires et de matière écumeuse, un sommeil intertomptf. {^Changement de nourriture ^ sirop cT ipécacuanha,') Point d'amélioration; bientôt l'enfant perdit sa gaîté naturelle, et l'œil son éclat ordinaire ; ses paupières se fermaient de temps en tenips; il semblait ne plus fixer comme
à l'ordinaire les objets qui l'environnaient ; la pupille était dilatée et immobile; tout son être était devenu moins sensible; les convulsions des yeux, de la face et des membres se répétaient souvent. (^Boissons antispasmodiques, vin coupé.) Quinze jours après, légère enflure au bras et à la main gauches, qui gênait singulièrement le mouvement de ces parties; Tœil du même côté était moins ouvert; la vue paraissait confuse; Tenfant ne pouvait plus téter; hoquet très-fatigant, pom* lequel on applique sur la région de l'estomac un petit vésicatoire qui produit une exaspération momentanée. (^Sirop héchique ^ lavements émoU lients.) Après six semaines de langueur, mort à l'âge de neuf mois et demi.
« Quand on sépara le crâne, il s'écoula un verre d'eau limpide. L'hémisphère gauche et le ventricule de ce côté étaient sains. Du côté droit, les méninges étaient épaissies et phlogosées; la substance corticale était plus ferme, et marquée ça et là de points comme il arrive aux parties affectées d'inflammation, mais plus profondément; tout cet hémisphère n'était qu'un foyer purulent, sans odeur, et ne conservait plus aucune trace de son organisation. La tente du cervelet paraissait aussi plîlogosée; le bas-ventre présentait aussi quelques altérations; l'estomac et les intestins grêles étaient rétrécis; les gros intestins, au contraires, étaient distendus, ainsi que la vessie, qui contenait beaucoup d'urine: il n'y avait pas de traces de contusion aux parois du crâne. »
L'auteur ne dit point que les convulsions n'eurent lieu que d'un coté du corps ; il laisse entrevoir qu'elles furent générales, excepté vers la fin où une enflure légère au bras et à la main gauches gênait singulièrement le mouvement de ces parties , et cependant l'hémisphère droit et les méninges du même côté étaient seuls malades. L'inflammation avait été extrême ; presque toute la substance blanche était réduite en une matière purulente. Les progrès en avaient été lents, ce qui avait favorisé une désorganisation aussi étendue. Comme l'inflammation des méninges détermine principalement les mouvements convulsifs, n'est-il pas à présumer que cette enveloppe était enflammée des deux côtés, puisque les convulsions n'étaient que limitées du côté gauche ? Ce qui semble ajouter plus de confiance à cette réflexion, c'est que l'épanchement séreux était général , et qu'il ne peut y avoir d'épanchement sans excitation, j'ai presque dit sans inflammation.
Obs. l. « Une jeune fille de douze ans, après avoir souffert pendant quelques jours de la tête, éprouva, le 11 janvier 1817, des convulsions qui furent suivies de la paralysie du bras droit. Les saignées, les purgatifs et les applications froides ramenèrent deux fois les mouvements du bras droit; mais la troisième fois (18 janvier), la saignée ne fit cesser que les convulsions, le bras resta complètement paralysé. Les jours suivants, les convulsions revinrent au bras droit ; le 24,
elles s'étendirent à la cuisse et à la jambe du même côté. Le 4 février, les convulsions cessèrent, mais tout le côté droit du corps resta paralysé. Les jours suivants , pouls de cinquante à soixante pulsations par minute, sensibilité conservée partout. Pendant plusieurs jours, pas de changement; toutes les fonctions s'exécutent bien. Le 11 , état comateux; mort le 14 (33*^ jour de la maladie).
a Dans la partie supérieure de l'hémisphère gauche du cerveau . on trouva deux abcès conte» nant ensemble de six à huit onces d'un pus fétide, et séparés l'un de l'autre par une cloison mince de matière blanche et ferme qui les tapissait de toute part. Un autre abcès renfermant près d'une demi-once de pus existait dans la partie postérieure de l'hémisphère gauche ^. »
Nous trouvons dans cette maladie trois époques caractérisées chacune par deux périodes, convulsions et paralysie. Les convulsions furent sans doute d'abord générales, autrement Abercrombie en aurait informé, comme il le fait pour la seconde ; mais dans la deuxième époque, elles furent bornées au bras droit, puis à la jambe, et l'hémiplégie eut lieu. Enfin après quelques jours d'un état stationnaire, rechute et mort. A chaque époque, les périodes d'inflammation et de sup« puration se sont bien dessinées : convulsions et agitation dans la première , et paralysie dans la
I Lallemand , page 420 , n° 24, tirée d' Abercrombie.
336 CON\ULSIO]?fS DES ENFANTS.
deuxième. L'autopsie a démontré l'existence de trois abcès , deux plus anciens, qui ont donné lieu aux deuxpremières séries d'accidents, et un troisième plus récent, qui a causé la mort. Ici se trouve l'explication du retour des accidents ; chaque époque de la maladie a correspondu à la formation d'un nouvel abcès. Ce sont plutôt trois maladies qui se sont succédé. Les phénomènes ont eu lieu dans la partie droite du corps, et le siège du mal se trouvait dans l'hémisphère gauche. Il y a eu entre-croisement. Cette observation vient à Tappui de celle qu'ont faite tous les observateurs, que dans plusieurs cas, les accidents avaient lieu du côté opposé à la blessure. Ce que nous devons principalement remarquer, c'est que les convulsions ont précédé la paralysie, de même que l'inflammation a précédé la sécrétion purulente; qu'en conséquence elles ont été le résultat de l'inflammation , et la paralysie celui de l'abcès. L'observation n'a pas toujours paru conforme à ces résultats. Les chirurgiens ont vu la paralysie exister d'un côté du corps, et presque toujours du côté opposé au siège des plaies, des épanchements sanguins, séreux ou purulents, tandis que les convulsions avaient lieu du côté malade du cerveau ; d'où il paraissait assez naturel de regarder la lésion du cerveau comme la cause de la paralysie, et les convulsions comme le résultat du défaut d'antagonisme qui pût régulariser les mouvements. Si cette opinion n'expliquait, ne résolvait pas la difficulté, du moins elle était en
rapport avec l'observation. Mais des faits recueillis par Avicenne et quelques autres auteurs , répandirent la plus grande incertitude sur la confiance que l'on devait avoir sur ces explications ; ils rapportèrent des cas dans lesquels la paralysie avait eu lieu du côté même de la blessure, et les convulsions du côté opposé : on ne pouvait contester ces faits, et ils étaient contraires aux idées reçues. De nouvelles observations accompagnées de l'ouverture des corps vinrent heureusement démontrer la cause de ces apparentes contradictions. Antoine Petit i cite l'observation de Paillet, qui reçut un coup de sabre sur le pariétal gauche, et eut peu à peu le côté gauche paralysé : il mourut le vingt-sixième jour. Le cerveau était sain dans l'hémisphère gauche, et un vaste dépôt existait dans le lobe antérieur de l'hémisphère droit. Dèslors tout fut expliqué, et l'on commença à connaître l'effet des contre-coups.
A ces faits puisés dans les lettres de M. le professeur Lallemand , je pourrais en joindre quatre autres qui ne sont pas moins importants. Le premier est le 25e de la huitième lettre. Cétait un enfant qui , neuf jours après sa naissance, mourut au milieu des convulsions , après n'avoir pas cessé de s'agiter et de se plaindre pendant sa courte existence. Les désordres du cerveau étaient immenses. A gauche il s'écoula une grande quantité d'un liquide visqueux , jaunâtre , à peine trouble,
ï Collection d'observations cliniques , poge 223.
et tenant en suspension des flocons d'un jaune sale , ayant l'aspect et la consistance de l'adipocire, et paraissant provenir du détritus delà substance cérébrale , qui manquait à la partie moyenne et externe de l'hémisphère de ce côté , de façon qu*il n'en restait qu'une petite partie du lobe antérieur. A droite il existait une vaste collection purulente communiquant avec le ventricule , et contenant des flocons d'une matière adipocireuse. Le corps calleux, le septum lucidum, les corps striés, étaient plus ou moins indurés et présentaient un aspect fibreux et cartilagineux. Les parois des ventricules étaient tapissées d'une fausse membrane d'une consistance cornée. Le cervelet était ramolli , la moelle alongée était coriace , élastique et comme poisseuse.
Le second fait est le 46^ de la même lettre. C'est une fille de sept ans, idiote, avec contracture de quelques membres et paralysie de quelques autres par altération pathologique de l'encéphale. Elle était fréquemment atteinte de crises de convulsions, et elle mourut de phthisie pulmonaire. On trouva dans la boite osseuse du crâne une sérosité abondante , qui occupait la circonférence du cerveau et ses ventricules. Les circonvolutions étaient à peine développées : elles étaient ratatinées et QOViWivQ flétries , dit M. Lallemand. Le tissu médullaire avait acquis une densité comme cartilagineuse.
Le troisième est emprunté au docteur Tyson ( Transact. philos. Xom, m, p. 27, ch. ii). Il est le
6« de la neuvième lettre. A la suite d'un coup violent à la tête, il survint de la céphalalgie, des convulsions, du délire , la perte successive des sens et une faiblesse presque paralytique. A l'autopsie, les méninges présentèrent les traces évidentes de l'inflammation, le cerveau était presque en entier désorganisé et sphacélé, ou réduit en putrilage et en une matière purulente , au milieu de laquelle s'est trouvée une pierre semblable à de la craie.
C'est à M. Boulanger {Dissertation sur V hydrocéphale aiguë ^ 1811, obs. 1^'^ ) qu'est du le 4e fait. Il est le 2e de la huitième lettre. Un enfant de trois ans était devenu idiot à dix mois. Il y avait contracture des membres et surtout du bras droit , et des convulsions intermittentes à des époques plus ou moins rapprochées. La substance cérébrale des circonvolutions était en grande partie transformée en une trame celluleuse infiltrée d'une sérosité compacte ; les plus postérieures étaient dures, opaques , presque cornées.
Il est impossible de ne pas reconnaître dans ces quatre cas les effets de l'inflammation du cerveau en totalité ou seulement de quelques-unes de ses parties ou de ses annexes. Ces transformalions de substance, ces accumulations de sérosité, de pus , de matière gélatiniforme , ces productions de fausses membranes ne peuvent être et ne sont en effet que le résultat de la phlegmasie , ou de toute autre modification morbide qui aurait imprimé au tissu du cerveau une excitation quel-
conque. Il n'est donc pas étonnant que des convulsions aient eu lieu chez ces quatre enfants , et nous en retrouvons la cause dans l'irritation qui résultait de ces altérations pathologiques. Toujours est-il vrai que c'est à cette irritation que sont dues les convulsions. Si j'avais voulu corroborer cette opinion de tous les faits que le professeur Lallemand rapporte en sa faveur, ils n'auraient pas manqué; mais tous les autres appartiennent à des sujets adultes, je devais en conséquence m'en 'interdire l'usage.
Je ne puis pas en emprunter davantage à la Clinique médicale de M. le professeur Andral. Ses innombrables observations sont toutes fournies par des sujets adultes. Une seule (page 627) regarde une fille de sept ans, idiote, et avec atrophie des hémisphères cérébraux. Elle était de temps en temps atteinte de convulsions épileptiformes , et elle succomba à des tubercules pulmonaires. Au reste, l'analyse de ce cinquième volume, qui traite des maladies de l'encéphale , prouve que l'étude des convulsions ne peut pas retirer une bien grande clarté des observations prises chez les adult es, puisque : 1° elles sont beaucoup plus rares chez eux ; 2^ elles sont rarement générales, presque toujours elles sont limitées le plus souvent à quelques parties de la face, et quelquefois à quelque membre ; tandis que chez les enfants, la moindre affection cérébrale, la moindre irritation suffit pour les faire développer , et que très-souvent aussi ce sont des convulsions générales avec ou sans perte de
connaissance: ce qui prouve de plus en plus que, chez ces derniers, ce phénomène remplace, comme je l'ai dit , le délire des adultes.
Si les faits de convulsions dans l'enfance manquent dans ces deux auteurs , nous sommes bien dédommagés dans Texcellent ouvrage d'Abercrombie sur les maladies de l'encéphale , par le grand nombre de faits qu'il a recueillis à celte époque de la vie. Il en cite plus de quarante, qui sont presque tous accompagnés des détails de l'autopsie faite avec la plus scrupuleuse attention. Dans l'observation m, on trouva chez une jeune fille de neuf ans , un abcès dans le cervelet, et la dure-mère correspondante était épuisée et spongieuse. La maladie avait été la suite d'une suppuration chronique de l'oreille. Dans les obs.vii,viii, IX et XI, on trouva les traces évidentes de l'inflammation simple et plus ou moins étendue de l'arachnoïde, chez des enfants d'âge et de sexe différents. Dans les obs. xiii, xiv et xiv (bis) , la méningite avait, chez les enfants qui les ont fournies , passé à l'état de suppuration . Les enfants qui font le sujet des obs. xviii, xixet xx n'ont présenté qu'une injection vasculaire de la pie-mère : chez les deux premiers, la maladie avait été déterminée par la coqueluche. Le septumlucidum et la voûte des ventricules étaient ramollis, et de la sérosité était abondamment épanchée dans ces cavités, chez Tenfant de quatre ans dont Thistoire est consignée dans la xxx^ obs. La petite fille de sept ans qui fait le sujet de la xxvîie obs. , présenta une large fausse mem-
brane à la surface du cerveau, et au-dessous une partie de ce viscère rouge et enflammée, et une autre , grise et ramollie, ce qui n'était qu'un degré plus avancé du premier. L'obs. xxxvii contient l'histoire d'une fille de onze ans qui présenta , à l'autopsie, deux abcès distincts, bien circonscrits à la partie supérieure de l'hémisphère gauche du cerveau. Ce fut dans la moelle alongée qu'on trouva un abcès chez l'enfant de seize mois dont la XLiie obs. contient l'histoire. Dans les obs. xltv et XLV, deux enfants, l'un de dix mois et l'autre de six ans, succombèrent à une accumulation de sérosité dans les ventricules , laquelle était occasionnée par la phlegmasie de leurs parois , et par l'altération du septum lucidum et de quelques autres parties centrales. Il en fut de même de l'enfant de six ans, qui fait le sujet delà liii^ obs., de celui de treize ans dont la maladie est décrite dans l'observation suivante, de la petite fille de trois ans de la lv^ obs. , et de l'enfant de sept ans dont il a tracé l'histoire dans la lvii^ obs. Mais dans le cerveau de l'enfant de neuf ans de la Lxie observ. , on ne trouva qu'une hydrocéphalite simple : une sérosité limpide remplissait les ventricules , et il n'y avait point d'autre altération sensible. Deux tubercules et un épanchement existaient dans le cerveau de l'enfant de trois ans , qui fait le sujet de la lx^ obs. Il trouva une masse considérable de matière albumineuse qui dépriiiKiit l'hémisphère gauche du cerveau , chez l'enfant de trois ans et demi de la lxxxviii*^ obs. Un
CAUSE PROCHAIJ^E. 343
épanchement sanguin considérable occupait les ventricules et toute la longueur de la nrioelle épinière, chez un enfant de neuf ans (obs. cxv). Le 6e fait des maladies organiques du cerveau qu'il rapporte, fit voir, à l'autopsie, une tumeur du volume d'une noix , d'une couleur rosée et d'une consistance comme graisseuse. La petite fille de onze ans, qui fait le sujet du 15^ fait, portait , sur la selle turcique , une tumeur du volume d'une noix et formée par une substance médullaire de couleur jaunâtre. Dans le 20^ fait , on trouva, chez un enfant de quatre ans, les corps olivaires , les pédoncules du cervelet et les tubercules mamillaires, d'une dureté cartilagineuse. Chez un enfant de douze ans, qui depuis l'âge de seize mois avait été sujet aux convulsions, on trouva, sous le pariétal gauche à la surface du cerveau , une tumeur ferme et gélatineuse du volume d'un œuf. Un autre enfant , de vingt mois ( 20<^ fait ) présenta dans le lobe droit du cervelet une tumeur enkystée du volume d'une noisette, et qui contenait de nombreuses petites concrétions. Ces faits, auxquels j'aurais pu en joindre une foule d'autres recueillis sur des adultes , n'en sont pas moins précieux et par leur nombre et par la variété des altérations morbides cérébrales qui ont occasionné les convulsions. Ils prouvent que toutes les affections du cerveau peuvent causer ce phénomène, pourvu qu'elles produisent de l'irritation. Or, dans tous les faits recueillis et cités, l'autopsie a dénoncé des désordres analomiques
OU des productions nouvelles, qui tous avaient été bien évidemment le produit d'une irritation et même d'un mode quelconque de phlegmasie de quelque partie de l'encéphale ou de ses dépendances, et c'est tout ce qu'il nous importe de constater.
Chez un enfant de cinq mois, mort au milieu des convulsions en trois jours de temps, M. Billard trouva entre l'arachnoïde et la pie-mère de la surface, une production membraneuse, et, dans les ventricules, une matière purulente et le ramollissement de leurs parois. Ces trois produits étaient le résultat évident d'une violente inflammation.
L'explication des convulsions par défaut d'antagonisme ne pouvait satisfaire des esprits exacts. Césalpin , Prosper Martian , Morgagni , etc. , en émirent une beaucoup plus satisfaisante : ils attribuèrent la paralysie aux différentes compressions du cerveau , et les convulsions à son inflammation. Par conséquent, ils pensèrent, lorsqu'il y avait paralysie d'un côté et convulsions de l'autre , qu'il y avait épanchement du côté opposé à la paralysie , et inflammation du cerveau du côté opposé aux convulsions. L'impossibilité où l'on était alors de bien reconnaître l'inflammation du cerveau , de constater son ramollissement, empêcha cette opinion d'être généralement adoptée ; mais aujourd'hui qu'on a si bien dévoilé toutes ses particularités, cette théorie ne peut plus souffrir de contradiction.
CAUSE PROCHAmE. 345
Je ne citerai pas un plus grand nombre d'autopsies. Quand je leur en aurais adjoint beaucoup d'autres, nous n'en aurions obtenu aucun résultat de plus. Partout ils ne nous auraient présenté que les mêmes objets : des engorgements sanguins , des inflammations, des abcès, des kystes, des productions membraneuses ou gélatineuses, des tubercules , des hydatides i , des concrétions osseuses, etc.
Une série d'observations qui nous manque, c'est celle qui montrerait au juste quelle partie du cerveau est altérée, lorsque telle partie du corps a été agitée de convulsions. Cette recherche se fera long-temps attendre, parce que toutes les parties de l'encéphale sont tellement unies, font un tout si bien enchaîné, qu'il est peut-être impossible d'agir sur l'une sans que l'autre ne s'en ressente, et que, bien souvent, la réaction sympathique s'opère sur une partie différente de celle même qui a souffert. Les belles expériences de Blanchi, dans sa réponse au docteur Bassani ^, nous apprennent que les animaux n'avaient que de faibles marques de sensibilité quand il intéressait la substance corticale du cerveau, et que, quand il arrivait à la substance médullaire, les cris et les convulsions redoublaient. Les expériences de Haller et de Zinn sur l'irritabilité conduisent aux mêmes résultats. M. Magendie ,
1 Journal de Médecine , toraexLi, juin 1774 , page 526.
2 Idem , /dem, lome iv, page 46 , année 1756.
M. Floureiis, nous font beaucoup espérer; mais ne nous permettons pas encore de tirer parti de leurs expériences curieuses et intéressantes : elles demandent à être répétées et confirmées.
Il se présente ici une réflexion qui ne permet pas d'espérer de long-temps la solution de cette question ; c'est que chez les enfants en bas âge on ne trouve pas le ramollissement partiel du cerveau, que MM. Rostan , Lallemand, etc., ont rencontré si souvent dans l'adulte et chez le vieillard. Selon M. Denys * , lors même que le ramollissement n'était pas étendu à toute la masse, et qu'il ne comprenait que la périphérie du cerveau ou ses parties centrales , la grande quantité de la pulpe ramollie, sa couleur non altérée, sa consistance seule changée, font trouver entre ce ramollissement et celui de l'adulte une différence notable. Ce qui me paraît tenir à l'organisation plus homogène et plus molle du cerveau, et à ce qu'il n'exécute pas encore les fonctions multiples qu'il exécutera plus tard, lorsque les parties dévolues à chacun se seront mieux dessinées.
Si dans tous les sujets affectés de convulsions nous avions trouvé dans le cerveau la cause de la maladie, la question serait facile à résoudre; mais il n'en est pas ainsi ; nous avons rencontré le siège de cette cause dans toutes les parties du corps; il n'en est aucune où elle ne puisse résider, réelle circonstance n'a rien cependant qui puisse
' Ouvrage cilé , page 529.
nous arrêter ; elle s'expliquera d'elle-même à mesure que nous avancerons.
Les altérations pathologiques infiniment variées qui ont été trouvées dans le cerveau à la suite des convulsions, nous apprennent deux choses : l'une, qu'elles ont été la cause de ces mouvements ; l'autre, que les convulsions ne sont point affectées à un mode unique d'altération. Il serait oiseux et même ridicule d'élever aujourd'hui la question de savoir si ces altérations sont causes ou effets des convulsions. La science est telle qu'elle ne souffre plus ce doute. Il serait , au reste, facile de la résoudre. La même cause doit produire le même effet : or, les convulsions étant toujours les mêmes, les effets devraient l'être aussi, et les altérations pathologiques sont si variées et si multipliées ! D'ailleurs, la convulsion ne préexiste jamais a l'affection du cerveau, elle lui est toujours consécutive. Quelque nombreuses que soient les différentes espèces d'altérations rencontrées dans le cerveau, quelque grande que soit la différence qui existe dans leur nature apparente, elles ont sur ce viscère un mode d'action unique : c'est l'irritation. Qu'il y ait congestion sanguine , inflammation , tubercules , abcès, épanchement séreux ou purulent; que ce soit le sang, le pus, la sérosité, ou toute autre espèce de matière ou de corps soit étranger , soit devenu tel par ses qualités nuisibles , le résultat est toujours le même ; c'est toujours en irritant que ces causes agissent sur la fibre délicate de l'organe des sensations. L'irritation cérébrale, voi-
348 CONVULSIONS DES ENFA.NTS.
là donc la cause, l'unique cause des convulsions. Quel que soit le moyen irritant, il produira toujours le même effet. Tout ce qui excitera le cerveau sera susceptible de produire des convulsions. Or, tous les agents d'excitation de cet organe n'étant pas physiques et matériels , il faudra chercher encore dans une autre classe d'excitants des causes de convulsions. Ces agents non physiques sont les causes morales et intellectuelles , et une certaine manière d'être du système nerveux cérébral. Puisque l'irritation physique du cerveau produit les convulsions, l'analogie nous mène à regarder comme cause des convulsions toute irritation du cerveau, et de là les convulsions si fréquentes que nous pourrions appeler morales , et qui résultent des émotions vives de l'ame, des passions violentes , des travaux forcés d'esprit ^ , des méditations profondes, des chagrins, etc. Ces causes d'excitation, pour ne pas tomber sous les sens , n'en sont pas moins vraies ; tous les jours l'expérience vient le constater. Il ne peut donc nous rester de doute sur la cause première des convulsions; cela est évident; elle consiste dans l'irritation ou dans une certaine modification de l'encéphale. Pour expliquer comment la chose a lieu, il faudrait commencer par expliquer comment le cerveau agit sur les muscles pour les faire contracter. Tout ce que la physiologie nous apprend, c'est
ï Tissot , Traité des nerfs , tome iii , page 288 , a vu souvent, aussi l)ien que Vati-Swielen, des enfants de la plus grande espérance devenir cpilepliques quand des maîtres durs les lorçaient d'étudier sans relâche.
qu'il agit, et que les nerfs sont les moyens de transmission de cet acte. Tout ce qu'on a voulu voir au-delà n'est qu'hypothèse, et n'offre rien de solide. A quoi ont conduit les inépuisables raisonnements , les intarissables subtilités de Sauvages , qui attribuait la contraction musculaire au fluide nerveux envoyé par l'ame avec impétuosité , etc. ? Quel avantage a-t-on retiré des opinions de Rivière, d'Higmore, de Schneider sur cette faculté expultrice de l'ame, qui est déterminée à agir par la matière morbifique ? De quelle utilité a été cette longue faveur dont a joui , depuis Hippocrate jusqu'à nos jours , l'opinion de la réplétîon et de l'inanition ? etc. Laissons de côté toutes ces vaines subtilités de tant d'auteurs , qui ont donné un libre essor à leur imagination.
Au milieu de ces explications , de ces suppositions de fluides qu'on admet sans les voir , on aime à rencontrer des hommes de génie que de légers sacrifices à ces idées du temps n'empêchèrent point de rechercher la vérité et même de s'en approcher assez. C'est ainsi queGalien *, cet ingénieux fondateur de l'humorisme , s'éleva avec force contre les médecins de son temps qui ne faisaient point dépendre les convulsions des nerfs soumis à la volonté j et établit qu'elles prennent avec eux leur source dans le cerveau et dans la moelle épinière; dans le cerveau , lorsque c'est la tace qui est agitée; dans la moelle épinière, lorsque ce sont les
I Lib. m , de Loc. , cap. v.
350 coNvuLSi03>rs des enfants.
membres. Lorsqu'il n'y a qu'un membre ou une partie déterminée de convulsé , le mal vient , suivant Galien , du point même où naît le nerf qui va se rendre à la partie , et de là naît cette foule de variétés dans la maladie , et la nécessité de ne point s'attacher à combattre le membre agité , mais de remonter à la véritable cause. Comme on se plairait à rendre justice à l'esprit observateur de Sylvius Deleboë i , qui place le point de départ , la cause première des convulsions dans le cerveau , le cervelet et la moelle épinière , et surtout dans leurs enveloppes membraneuses, s'il n'avait pas accompagné celte explication lumineuse d'un esprit animal envoyé du cerveau aux fibres musculaires en trop grande quantité, et contre l'intention de la volonté ! Combien on regrette de trouver les grandes vues de Willis 2 sur les différentes manières d'agir des causes sur les nerfs , des nerfs sur le cerveau , et du cerveau sur les muscles; de les trouver , dis-je, délayées dans l'explosion des esprits vitaux, spiritueux, copula exploswa^ qui dépend d'une matière convulsive? materia con^^uiswal Ne lit-on pas avec plaisir les explications de Van-Swieten ^ sur la manière d'agir des corps irritants sur la pulpe nerveuse émanée de la médulle cérébrale ? On est attristé lorsqu'on voit Sennert, après avoir été conduit par ses observations et ses expériences à reconnaître
' Praxeosmedicœ, lib. « , cap. xxviu , de Convulsione vel Spasmo.
^ Opéra omnia.
3 In Aphorismos Boerhauvii, chap. des Convulsions.
l'irritation et son influence sur l'imagination comme la cause première des convulsions, combattre bientôt lui-même cette opinion , en faisant remarquer que les animaux n'ayant pas d'imagination , ne devraient pas être sujets aux convulsions, et que cependant ils y sont sujets : c'est ainsi que l'abus des expressions l'induit en erreur, et lui fait prendre l'ombre pour la réalité. Ces efforts pourront aujourd'hui paraître bien faibles; mais si l'on se reporte au temps de Galien , de Willis, de Deleboë; si Ton se rappelle ce que Ton connaissait de la structure du cerveau, et qu'on avait les idées les plus fausses, les plus absurdes sur ses fonctions, on admirera le génie de ces hommes célèbres d'avoir pu entrevoir la vérité à travers tant d'obstacles , et devancer , ea quelque sorte , l'ère des grandes découvertes physiologiques.
Dans toutes les maladies convulsives qu'on peut appeler idiopathiques , c'est-à-dire, dont le point de départ se trouve dans l'encéphale, et dont l'autopsie a été faite, l'on a toujours trouvé dans ce viscère la cause des accidents. Elle s'est présentée, il est vrai , sous mille formes différentes; mais toujours elle a eu le même résultat : inflammation, dépôt, épanchement, tubercules, etc.; tout a constamment donné lieu aux convulsions. •Comment des affections si différentes en apparence ont-elles pu produire le même effet ? Il faut donc que toutes aient eu une même manière d'agir , aient exercé sur le cerveau une influence
commune, et c'est en effet ainsi que la chose se passe. Chacune de ces affections n'agit point par sa nature, par ses quahtés pathologiques, mais simplement en irritant la fibre cérébrale : c'est leur mode d'action, et il se conçoit aisément.
Puisque l'irritation est la cause unique , la cause première des convulsions, et que la plupart des affections pathologiques ne se développent que sous l'influence d'une irritation phlegmasique différemment modifiée, c'est à l'inflammation que nous emprunterons les données générales qu'il est possible d'acquérir sur cet enchaînement de phénomènes. L'inflammation de la substance du cerveau n'est pas la seule cause des convulsions ; celle de ses dépendances et même de ses enveloppes membraneuses les produisent également, mais c'est surtout celle de ces dernières. Il est même d'observation que l'inflammation des méninges est la cause la plus fréquente des convulsions. La chirurgie, qui, la première, a fourni quelques matériaux sur l'arachnitis et sur la cérébrite , nous avait montré l'inflammation des membranes causant le délire et les convulsions, et l'inflammation du cerveau causant plutôt le coma, une sorte de roideur, de rigidité, et la paralysie : aussi Hoffmann, Willis, Morgagni, n'avaient-ils pas balancé à placer déjà le siège ou le point de départ des convulsions dans les membranes. En cela ils ont été suivis par quelques modernes qui ont avancé que les convulsions ne pouvaient exister qu'avec l'arachnoïdite. Les travaux les plus ré-
CAUSE PROCHimÊ. 353
cents ont four-à-tour confirmé et rectifié ce que cette opinion avait de vrai et de faux. Et surtout les dernières recherches de MM. Denys, Abercroiiibie, Billard, Berton, etc. , dissiperaient tous les doutes s'il pouvait en rester encore ; les faits de convulsions occasionnées par l'encéphalite qu'ils ont publiés sont concluants.
La plus légère inflammation de Tarachnoïde est accompagnée d'agitation et de convulsions cloniques. Les degrés différents et le siège de cette inflammation apportent une foule de nuances dans les phénomènes qu^elle détermine : de là ces anomalies nombreuses que présentent les convulsions et les paralysies. Les convulsions ont lieu du côté opposé à celui de la partie enflammée. Si l'arachnitis occupe les deux côtés, les convulsions sont universelles. Lorsque les convulsions sont bornées aux muscles de la tète, les seules méninges cérébrales sont affectées, et le cerveau n'a pas encpre réagi sur les muscles au moyen de la moelle épinière. Si les membres , et surtout les membres inférieurs, sont convulsés tout seuls, l'inflammation est bornée à l'arachnoïde spinale, et il n'y a pas encore eu de réflexion sur l'encéphale. Cependant lorsque les convulsions sont générales , cela ne tient pas toujours à une inflammation de la totalité des méninges , circonstance très-rare , mais à l'irritation transmise au cerveau, qui réagit sur tous les muscles. Un seul point enflammé de l'arachnoïde peut transmettre assez d'irritation pour causer des convulsions universelles'. Lorsque
354 CONVULSIONS DES KNFANTS.
les convulsions ont lieu pendant quelque temps, qu'elles se calment pour reprendre après un temps plus ou moins long , se calment encore et reparaissent de nouveau , le plus ordinairement alors il y a eu succession de plusieurs irritations sur les méninges. La guérison de l'une amène le calme, et l'apparition d'une seconde reproduit les accidents. Les convulsions que produit l'inflammation de la substance même du cerveau diffèrent de celles que détermine l'arachnitis ; toujours elles sont avec une certaine roideur tétanique, et les mouvements convulsifs ne sont pas aussi étendus; c'est plutôt une espèce de tremblement, de soubresaut des membres, qu'une vraie convulsion; comme dans l'inflammation des méninges , elles occupent toujours le côté opposé à celui où se trouve l'inflammation : cette remarque est constante. Lorsque les convulsions ont lieu des deux côtés à la fois, l'inflammation occupe les deux hémisphères; souvent dans ce cas il n'y a pas encore inflammation prononcée , ii n'y a qu'irritation et afflux du sang dans le système sanguin cérébral. Il arrive même souvent qu'à la première affection générale de l'encéphale il en succède une qui n'est que locale : l'irritation se fixe sur un point et y cause l'inflammation. Cette partie enflammée devient le point de départ de tous les phénomènes. Les convulsions peuvent avoir lieu d'un côté d'abord, et, après une durée illimitée, cesser pouise remontrer du même côté ou du côté opposé. Cela a lieu toutes les fois que l'inflammation du
cerveau se dissipe ou diminue pour reprendre après, ou se transporter sur un autre point, ou sur l'autre hémisphère. Lorsqu'un membre ou un côté du corps, d'abord convulsé, tombe en paralysie, et qu'au bout d'un certain temps il est repris de convulsions qui font place à une nouvelle paralysie, et que ces alternatives se présentent plusieurs fois , il y a eu d'abord inflammation d'une partie d'un hémisphère cérébral; cette inflammation s'est terminée par un épanchement purulent ; une seconde inflammation a eu lieu dans le pourtour du dépôt ou dans un lieu plus ou moins éloigné, et s'est terminée par résolution ou par la formation d'un nouveau dépôt. Une troisième, une quatrième inflammation, peuvent ainsi renouveler les accidents chaque fois qu'elles se présentent. Je dis que ces inflammations consécutives se terminent par résolution ou par dépôt, parce que l'une et l'autre terminaison peuvent s'observer sans que cela influe en rien sur le caractère des symptômes. Si la résolution a lieu , la compression exercée par le premier dépôt est suffisante pour entretenir la paralysie; un plus grand nombre d'abcès ne lui ajouterait rien : cependant ils aggravent l'état général du malade, et plus il y aura de dépôts formés, plus il approchera du terme fatal. La durée de ces apparences d'accès et d'intermittence, est basée sur la durée des différentes inflammations et de l'intervalle qu'elles mettent dans leur retour. Lorsque chacune d'elles s'est terminée par suppuration, il est
facile de reconnaître leur rang d'ancienneté, suivant que la matière purulente est renfermée ou non dans un kyste, ou que ce kyste est lui-même plus ou moins bien formé. La paralysie devient plus rebelle toutes les fois que le dépôt est trèsgrand , ou qu'il y en a plusieurs, ou que le cerveau est détruit dans une grande étendue : on ne peut plus espérer alors le retour du mouvement musculaire. Tant que les muscles restent contractés ou convulsés, ils sont sous l'influence inflammatoire. Mais dès que la paralysie avec flaccidité existe , la désorganisation est très-étendue. Dans le premier cas , la paralysie peut alterner avec les convulsions; mais dans le second, jamais. C'est de cette manière que s'expliquent les cas de coïncidence des convulsions avec la paralysie d'un membre. Un membre est paralysé, c'est-à-dire, a perdu la faculté de sentir et de se mouvoir par des contractions volontaires : l'inflammation d'un point du cerveau excite des contractions involontaires, de sorte que le membre convulsé n'en est pas moins paralysé. La persistance de la paralysie à la suite d'un dépôt n'est pas une conséquence nécessaire; bien des fois on a vu le mouvement se rétablir dans le membre paralysé sans que le dépôt se soit dissipé, mais ce n'est que lorsqu'il est peu considérable : alors sans doute le cerveau s'est accoutumé à la compression causée par la matière purulente, et il a pu reprendre peu à peu ses fonctions liabiluelles; ou peut-être encore la compression a-t-elle diminué par l'absorp-
^AUSE PROCHA.INE. 357
tion d'une partie du liquide , et a-l-elle ainsi favorisé le retour du cerveau à l'exercice plus libre de ses fornclions. Cependant, la guërison n'est jamais complète, et ces dépôts devenus enkystés exercent par leur présence une irritation habituelle qui se manifeste de temps en temps par quelques symptômes cérébraux , et surtout par des retours périodiques de convulsions ou autres maladies convulsives , telles que l'épilepsie. Les observations, en apparence contradictoires, qu'on a recueillies , ne sont telles que parce que l'on (a mal observé , et surtout parce que l'anatomie pathologique ne permettait pas d'apprécier les différentes altérations du cerveau , et surtout le ramollissement que cause l'inflammation. La chirurgie elle-même a quelquefois été induite en erreur au sujet des plaies de la tête. Elle avait mis en principe que les convulsions avaient quelquefois lieu du côté de la plaie, et que, dans le cas d'épanchement, il y avait paralysie du côté opposé, et convulsions du côté malade, et que celles-cv tenaient au défaut d'antaeonisme. Le mécanisme des contre-<îoups n'était pas connu et l'inflammation du cerveau encore moins. Il est reconnu aujourd'hui que la paralysie et les convulsions peuvent avoir lieu du côté de la plaie de tête comme du côté opposé, et que les convulsions peuvent avoir lieu et ont sans doute lieu bien des fois du côté même de l'épanchement , et sans qu'il y ait là rien de contraire à l'observation ni à l'étiologie^ Nous, savons que les effets d'un coup ou d'uae
chute sur les côtés de la tête ne sont pas toujours limités à la partie du cerveau qui correspond au côté frappé ; mais que , par le mécanisme desg contre-coups , ce côté est quelquefois sain , tandis que le côté opposé est le siège de tout le mal. Cela connu, on n'est plus embarrassé pour l'explication de ces apparentes anomalies. Quand les convulsions existent du côté même d'un épanchement ou sanguin ou purulent, cela n'implique plus contradiction à l'entre-croisement des nerfs. Une recherche plus attentive et mieux dirigée a prouvé alors que Thémisphère ou une partie de l'hémisphère cérébral opposé à celui qui était le siège de l'épanchement, était dans un état d'inflammation. De cette manière, les phénomènes se trouvent en rapport avec les altérations pathologiques : convulsion du côté de l'hémisphère enflammé , paralysie du côté opposé à l'épanchement.
Ce que nous venons de dire des abcès du cerveau s'applique en entier aux différentes altérations pathologiques qu'on a rencontrées dans ce viscère : de quelque nature que soit l'engorgement, le tubercule, la matière de Tépanchement, de la concrétion, etc., son développement et sa manière d'agir sont toujours les mêmes pour nous ; toujours une irritation différemment moditiée, suivant l'espèce de dégénération à laquelle elle doit donner lieu, est le début de la maladie; et ici, comme dans la période inflammatoire des dépôts, ce nouveau tra-
vàil, cette irritation occasionnent des phénomènes parmi lesquels les convulsions jouent un grand rôle. Que ces maladies continuent leurs progrès ou demeurent stationnaires, la présence de la partie altérée n'en iait pas moins les fonctions de corps étranger, de cause irritante ; et quoique l'encéphale s'y accoutume, la moindre circonstance peut réveiller une irritation plus vive et produire le retour des accidents. C'est de cette manière qu'ont lieu ordinairement les convulsions intermittentes ou périodiques, et surtout les épilepsies. Ne croyons pourtant pas que ces altérations pathologiques soient la cause unique de cette périodicité ; s'il en était ainsi , la maladie serait à peu près incurable , et une heureuse expérience nous prouve tous les jours que des convulsions périodiques sont susceptibles de guérison. Il suffit , pour la production de cette espèce de convulsions, que le cerveau soit doué d'une très-grande susceptibilité : la moindre circonstance devient alors pour lui cause d'excitation ; et c'est ainsi qu'il peut trouver dans la faible influence des astres, et bien plus encore dans l'habitude qu'il en contracte, une cause de convulsions. La périodicité semble, au reste , être un apanage des maladies nerveuses. Nous serions dans l'erreur si nous voulions conclure de tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, que l'inflammation du cerveau et de ses annexes, les dépôts, les tubercules, les épanchements,les hydatides, les dégénérescences variées, etc. , sont les causes uniq^ues des convulsions ,,
parce que ce sont les seules altérations pathologiques qu'on ait rencontrées dans le cerveau lorsque les convulsions ont été mortelles. Non sans doute, elles n'en sont point les causes uniques ; mais elles nous conduisent à ce résultat, que le véritable point de départ des convulsions est dans le cerveau , et que l'irritation de ce viscère est la cause première, la véritable , l'unique cause des convulsions. Cette manière plus vaste d'envisager la question nous conduit aussi à des résultats beaucoup plus étendus. Puisque l'irritation de l'encéphale suffit pour occasionner les convulsions , toute cause capable de produire cette irritation deviendra elle-même cause de convulsions; qu'elle soit physique ou morale, qu'elle agisse directement sur le cerveau ou sur une partie plus ou moins éloignée, l'effet sera toujours le même, toujours nous trouverons irritation du cerveau, et consécutivement mouvements involontaires des muscles. Comme l'encéphale communique avec tous les organes, avec tous les viscères, et perçoit, au moyen des nerfs, toutes les sensations qui y sont déterminées , toutes les causes d'irritation qui agiront sur ces viscères, toutes leurs maladies, en réagissant sur le cerveau, deviendront elles-mêmes causes de convulsions. Qu'elles agissent à la surface ou dans l'intérieur des organes, partout les nerfs percevront l'irritation et la transmettront au cerveau. Mille portes sont donc ouvertes aux convulsions, comme mille causes peuvent leur donner lieu. Qu'on jette les
yeux sur les faits que nous avons rapportés comme le type des causes qui peuvent agir de la même manière, et l'on se retracera aisément l'immense tableau de toutes les causes de cette maladie. Quand on songe que, parmi les causes physiques, le simple chatouillement, et que , parmi les causes morales, la plus légère émotion, suffisent pour amener les plus tristes événements, on est effrayé de la quantité de causes qu'on serait obligé de parcourir si l'on voulait seulement faire la simple énumération de toutes celles qui, en causant l'irritation cérébrale, peuvent produire les convulsions.
En nous résumant, nous trouvons que trois choses sont nécessaires pour produire les convulsions: 1** excitation quelconque ; 2** action cérébrale ou nen^euse i^iciée ; 3° contraction irrégu- Hère', et qu'en dernière analyse, toutes les causes des convulsions se réduisent à cette cause unique, r irritation du système nerveux cérébral. Aussi n'avons-nous pas vu sans étonnement M. Sablairoles les faire dépendre de l'irritation du grand sympathique i.
Je n'ai pas parlé des mouvements convulsifs occasionnés par l'irritation d^in nerf qui se distribue aux muscles convulsés. Ces mouvements, qui, peut-être, ne méritent pas le nom de convulsions, reconnaissent la même cause que les autres irritations et mouvements involontaires des
î Ouvrage cité ; page 69.
muscles ; la seule différence consiste en ce que la médiation du cerveau leur est étrangère, mais le principe est le même ; le nerf transmet l'irritation au muscle, qu'il l'ait puisée dans l'organe d'où il part ou dans son trajet. Lorsque la lésion est ainsi bornée aux troncs nerveux ou aux branches qui se distribuent aux différentes parties, elle constitue ordinairement les névralgies de Ghaussier. >
Il est bien démontré que la cause des convulsions réside dans l'irritation directe ou indirecte de l'encéphale. Les faits et les autopsies cadavériques ne permettent pas d'en douter. Mais si l'on veut remonter à la nature de cette irritation, cause prochaine des convulsions, on est arrêté par cette considération , que les convulsions marchent et se développent souvent avec une rapidité qui n'est pas moindre, dans beaucoup de cas, que la vitesse extrême avec laquelle elles disparaissent. La manifestation et la cessation d'une phlegmasie, quelque légère qu'on la suppose, ne peuvent êlre ni si promptes ni si faciles. L'ouverture du cadavre ne fait pas même reconnaître toujours d'altération appréciable du tissu cérébral, comme l'avait déjà remarqué Willis, et comme l'ont observé dans ces derniers temps Abercrombie, M. Gendrin,etc. Souvent même on a trouvé des lésions qui ont existé dans d'autres circonstances, sans produire de convulsions. Aus^i il est bien souvent difficile de dire pourquoi il y a eu convulsion dans un cas, paralysie dans un
autre, épilepsiechezun individu, danse de St-Gui chez un autre, etc. Les lésions cadavériques ne donnent donc pas toujours une explication exacte des phénomènes morbides, et les mêmes affections du cerveau ne produisent donc pas, dans toutes les circonstances, les mêmes symptômes pendant la vie. D'ailleurs combien de fois les convulsions surviennent et se reproduisent sans qu'il y ait, avant ni après, la moindre trace de phlegmasie , comme on en trouve de nombreux exemples dans les auteurs et surtout dans Abercrombie (page 437) ! Combien d'autres fois encore les phlegmasies et autres altérations cérébrales, ne parcourent-elles pas leurs longues périodes sans occasionner de convulsions ! Ne voyons-nous pas même quelquefois la phlegmasie cérébrale, qui a occasionné plusieurs accidents convulsifs, se terminer par résolution, et laisser après elle une disposition nerveuse qui les fait se reproduire longtemps encore sans cause connue? La même chose ne se présente-t-elle pas, lorsque la cause ou l'irritation agit sur un organe éloigné de l'encéphale ? Cette cause, par exemple, un corps étranger, des vers, est enlevée, et les convulsions lui survivent en quelque sorte. Dans ces cas de causes éloignées, l'encéphale n'est certainement pas enflammé. Nous savons même que dans ces dernières circonstances l'irritation symphatique de ce viscère amène quelquefois sa phlegmasie et ses autres lésions, et que les convulsions leur ont alors préexisté ; et si la contraction musculaire augmente la congés-
364 CONVULSIONS DES ENFANTb.
tion cérébrale et les accidents , l'irritation a précédé, et c'est elle qui appelle à elle la direction fluxionnaire. La thérapeutique enfin ne nous apprend-elle pas que, pour traiter les convulsions, il ne suffît pas de combattre leur cause matérielle, ou la phlegmasie cérébrale, si l'on veut, mais qu'il faut les attaquer directement par les antispasmodiques les plus puissants? Ces raisons, appuyées sur les faits et sur les autopsies, nous empêchent donc de regarder indistinctement l'irritation ou la phlegmasie encéphalique, comme la cause essentielle, la cause prochaine des convulsions. Elles nous forcent de la chercher plus loin. Elle dépend bien d'une irritation ; mais c'est une irritation particulière , c'est une modification spéciale, et tout aussi vraie que celle qui produit i'épilepsie, la danse de St-Gui, etc. Je vais plus loin : il y a souvent une différence très-grande entre les convulsions qui sont produites par la méningite franche, et celles qu'on peut regarder comme de véritables convulsions, et non plus seulement comme le symptôme accidentel de la phlegmasie ; ce que l'autopsie cadavérique a bien des fois démontré , en faisant reconnaître l'inflammation méningienne dans le premier cas, et en n'en laissant apercevoir que de légères traces et quelquefois même pas du tout dans le second, quoique les convulsions eussent été plus intenses. M. Van-Deker, auteur du mémoire qui a obtenu l'accessit, a cité des faits qui établissent cette vérité. Ils méritent d'autant plus de confiance qu'ils
sont contraires à son opinion : car il veut réduire tous les mouvements désordonnés et convulsifs sous la même dépendance, et n'en faire qu'un phénomène uniforme qui ne reconnaîtrait qu'une seule et même cause.
Ainsi Firritation de l'encéphale ne constitue pas les convulsions , elle les produit de la même manière qu'elle produit la céphalalgie, le coma , le délire, etc. ; de sorte que les efforts que nous avons faits pour remonter à la cause prochaine des convulsions ne nous ont point encore donné le résultat que nous cherchions; ils nous ont bien conduits, en dernière analyse, à l'irritation ; mais Firritation ne constitue pas les convulsions. Chercherons-nous cette cause première , cette essence des convulsions dans la contraction musculaire? Il est si facile de sentir le vice d'une pareille doctrine, que je ne crois pas devoir m'en occuper. Nous ne pouvons donc point sortir de cet enchaînement : action directe ou indirecte d'une cause d'irritation sur le cerveau , et réaction de ce viscère sur les muscles. Les convulsions ne sont donc que la réaction du cerveau irrité, du cer^ veau malade sur les muscles ; elles ne sont donc rien par elles-mêmes : la maladie réelle est dans le cerveau ; c'est là qu'il faut la chercher ; les convulsions ne sont qu'un phénomène, un symptôme , un signe de cette maladie ; elles ne sont rien de plus que le délire, le coma, etc. Comme eux, elles indiquent la maladie du cerveau ou des nerfs cérébraux. Est-il besoin d'autres preu-
ves de cette vérité que les observations que nous avons rapportées? N'avons-nous pas vu toutes les causes occasionner d'abord l'irritation du cerveau , et consécutivement les convulsions ? Les convulsions ne sont point une maladie, elles ne sont que le symptôme d'autres maladies ; elles sont dans le cas de la plupart des fièvres dites essentielles ; comme pour elles, on a pris les phénomènes pour la maladie elle-même. De même qu'on dit qu'un malade a de la fièvre lorsqu'un organe souffre, et que ce mouvement insolite de la circulation fait rechercher cet organe malade ; de même aussi les convulsions ne doivent être que l'indice que le cerveau ou le système nerveux cérébral est malade , et les recherches doivent se reporter de suite sur ce viscère et sur la cause sous l'influence de laquelle il se trouve. Je ne saurais trop le répéter , les convulsions ne sont point une maladie, pas plus que la rougeur ou la saburre de la langue ; elles doivent disparaître des cadres nosologiques.
Que penser maintenant de ces divisions des convulsions en idiopathiques , sympathiques et sjmptomatiques ? Des convulsions idiopathiques, il n'en est point, puisque toutes dépendent d'une autre affection. Elles sont toutes symptomatiques, puisque toutes sont un symptôme des souffrances du cerveau. Cependant , comme la cause agit directement sur l'encéphale ou sur une paitie éloignée, on pourrait conserver le nom de sjmptomatiques à celles dont la cause agit sur le
cerveau même ; et celui de sympathiques a celles dont la cause a agi sur une partie éloignée. J'avertis cependant que je ne prétends point faire croire à l'existence d'une sympathie : il n'y en a point ; le point irrité a transmis l'irritation au ' cerveau par le moyen des nerfs ; celui-ci a réagi sur les muscles par les nerfs : il n'y a dans tout cela qu'une succession naturelle de phénomènes vitaux. Je n'emploie donc le mot sympathique que pour indiquer que le cerveau n'est pas luimême le siège de l'irritation , mais qu'elle existe sur un autre organe. Vouloir expliquer les spasmes par les sympathies , dit Sauvages , cest expliquer une chose obscure par une encore plus obscure.
En parlant des vomissements et des émissions d'urine et de matières fécales qui ont lieu quelquefois en même temps que les convulsions , M. Denys i en tire la conséquence que les muscles de la vie organique participent à la contraction irrégulière des muscles de l'autre vie. il n'eût pas conclu aiuvsi, s'il avait su que j'ai démontré que ces muscles appartiennent à la vie animale ou cérébrale aussi bien que les muscles de locomotion. Voy. mes Recherches expérimentales sur les Jonctions du système nerveux gangl., 2^ édit. , 1836.
Si nous ne devions nous renfermer dans le cadre des convulsions seulement, nous nous serions permis de rattacher ici les opinions de
I Ouvrage cité, page 524.
Pison , de Willis et de Demoor, sur le siège de l'ëpilepsie.
Celte discussion sur la cause première des convulsions conduit à ce résultat que les convulsions n'étant point une maladie , ce n'est pas contre elles qu'il faut diriger exclusivement les moyens thérapeutiques , mais contre la maladie qui les a occasionnées. D'après cela , oo sent tout ce qu'avait de vicieux la thérapeutique des anciens, et combien il était absurde de vouloir éjablir un traitement général des convulsions.
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