‹ Traité pratique des convulsions dans l'enfanceChapitre 17 sur 25 · CAUSES QUI AGISSENT DIRECTEMENT SUR LE CERVEAU · texte numérisé non relu

CAUSES QUI AGISSENT DIRECTEMENT SUR LE CERVEAU

Le cerveau , organe de l'intelligence , de la perception des sensations et des volitions, entretient, au moyen des nerfs, des communications avec toutes les parties de l'économie animale.

Rien ne peut avoir lieu dans aucune partie du corps qu'il n'en acquière la connaissance , ou qu'il n'y participe. Tout vient se rapporter à lui, pouren émaner ensuite. Quelqu'éloigné que soit le point sur lequel une cause irritante agisse, il en ressent l'effet ; c'est lui qui réagit sur le système musculaire pour opérer les contractions qui, seulement alors, sont indépendantes de la volonté. Sous ce point de vue on pourrait rattacher au cerveau toutes les causes des convulsions, ainsi que nous l'avons fait plus haut ; mais n ous avons vu en même temps que la manière d'agir de ces causes était directe ou indirecte, suivant que leur action se passait sur l'encéphale lui-même, ou sur une partie plus ou moins éloignée.

Les causes qui agissent directement sur le cerveau peuvent le faire de trois manières, et, sous ce rapport, on peut les distinguer en physiques, physiologiques et pathologiques.

Les causes physiques sont celles qui agissent sur l'organisation du cerveau en le lésant d'une manière mécanique quelconque. Les plaies pénétrantes, les corps étrangers, les esquilles, les coups, les chutes sur la tête, les commotions, les exostoses, les fongus , en un mbt , tout ce qui peut détruire ou altérer la texture délicate de ce viscère , ou même lui communiquer un simple ébranlement , forme la première classe des causes directes.

Les causes physiologiques dépendent des fonctions du cerveau , qui sont ou morales ou intel-

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lectuelles. Il en est une troisième espèce qu'on pourrait appeler sensitives ou physiologiques proprement dites j parce qu'elles sont liées à la perception des sensations , et aux relations physiologiques du cerveau avec les autres organes ; mais les causes qui agissent au moyen de cet ordre de fonctions n'ont qu'une action indirecte; elles appartiennent à la quatrième section , elles la constituent. Nous ne pouvons donc envisager les causes que sous le rapport moral et intellectuel. Ce n'est point lorsque le cerveau exécute ses fonctions d' après le type normal , mais lorsqu'il s'en écarte, que les convulsions ont lieu. Toutes les fois que le moral sera vivement ébranlé , que des émotions ou des passions violentes, profondes ou long-temps prolongées, monteront le cerveau impressionnable de l'enfant à un liaut degré d'exaltation ou de sensibilité, ou détermineront sur ce viscère une congestion sanguine, toujours ou presque toujours les convulsions en seront le résultat. Chez l'enfant, la frayeur et la crainte ( obs. vu) tiennent le premier rang; puis la colère, l'indignation et même la jalousie, le chagrin , etc. Quoique ces dernières passions ne soient guère celles des enfants , ils en sont quelquefois les déplorables victimes , et j'en ai vu des exemples. L'imitation a suffi bien des fois pour les déterminer (obs. vi), et l'habitude de les simuler finit quelquefois par ôter à la volonté le pouvoir de les arrêter.

Si le développement précoce des facultés in

lellecluelles annonce , chez les enfants , des dispositions à toutes les maladies cérébrales, le coupable empressement des parents et des précepteurs à \ouloir trop profiter de ces dispositions heureuses, qu'il ne faudrait cultiver que modérément, devient cause de convulsions, en augmentant Faction déjà trop grande du cerveau, en exaltant les fonctions nutritives par un afflux plus considérable de sang , par une véritable polyémie. Toutes les violentes contentions d'esprit, tous les travaux de léte trop opiniâtres, trop longtemps continués ou trop prolongés dans la nuit , toutes les études forcées, en produisant cet effet, deviennent d'inévitables causes des convulsions ou de toute autre maladie du ceiveau , dont les convulsions peuvent toujours être un symptôme. Loin de nous cependant Fintention de vouloir conseiller d'élever les enfants dans Fignorance! cet abus ne serait pas moins vicieux que le premier. Le corps , il est vrai , se développerait et acquerrait une santé robuste ; mais cela ne suffit point à Fhomme social ; ses relations avec ses semblables exigent davantage de lui -, il doit payer son tribut de connaissances , et celles-ci ne peuvent s'acquérir que par F éducation morale. Si l'exercice est utile pour donner aux membres la force, le développement qui leur sont nécessaires pour faire un homme fort et robuste , l'exercice n'est pas moins nécessaire au cerveau pour développer les fonctions intellectuelles, pour leur donner touîç l'activité et la force dont elles sont

susceptibles. Mais ne confondons point l'exercice avec l'abus : l'enfant dont on fatigue les membres délicats par un exercice forcé, ne sera jamais un homme fort; cet exercice, au contraire, l'épuisera et le fera succomber. De même, l'enfant dont on surcharge la mémoire de connaissances précoces sera bientôt la victime dé ces études forcées, par l'impossibilité où se trouveront les autres organes de prendre le degré d'accroissement convenable. Le cerveau , épuisé lui-même par cet excès de travail , n'acquiert même pas tout ce qu'il élait susceptible d'acquérir si l'on eût dirigé sagement les études. Il ne faut donc éviter que l'excès , et se tenir également loin des deux extrêmes, en distribuant avec sobriété les exercices de l'esprit et du corps.

Les causes pathologiques sont immenses, si on a égard à la multitude d'altérations dont l'anatomie pathologique à démontré l'existence dans le cerveau. Depuis la plus simple irritation , depuis la plus légère congestion (obs. x, xi,xii, xiii) jusqu'à l'inflammation la plus intense ( obs. xv , XVI ), jusqu'à la gangrène, il est mille degrés intermédiaires , tous susceptibles de faire naître les convulsions. Quelque variées que soient ces altérations, elles sont le produit d'un principe unique, de l'irritation ou de l'inflammation dont les modes différents constituent des produits différents. Ainsi, injection vasculaire , phlogose , inflammation, ramollissement, infiltration , abcès, kystes, épanchements sanguin et lymphali-

que, végétations, tubercules crus ou suppures, concrétions, vésicules hydatiformes , gangrène, cancer, mélanose, etc., tout reconnaît pour cause l'irritation, tout devient à son tour cause d'irritation , tout peut occasionner les convulsions. Que l'on calcule les nuances multipliées sous lesquelles peuvent se présenter ces affections ; que l'on calcule les sièges variés qu'elles peuvent affecter, non seulement dans le cerveau , mais dans ses dépendances, sur ses enveloppes, sur le cervelet , la moelle épinière ; que l'on calcule enfin que toutes les causes de ces maladies deviennent secondairement elles-mêmes causes de convulsions, et l'on se fera une idée de l'immensité des causes pathologiques cérébrales dont les convulsions peuvent être l'effet, ou plutôt le symptôme.

Je ne terminerai pas cette exposition des causes qui agissent sur le cerveau , sans faire une observation qui me paraît importante. Lorsque l'affection cérébrale est une congestion ou une phlegmasie aiguë, lorsque par conséquent elle a été déterminée par des coups , des commotions , des chutes , des fractures du crâne , l'insolation, la répercussion d'exanthèmes cutanés , et surtout de ceux du cuir chevelu, l'exposition de la tête au froid, les frayeurs, etc., les convulsions sont ordinairement brusques et instantanées, elles ne sont annoncées par aucun symptôme précurseur; bien souvent , au contraire , elles sont le premier phénomène patent de la maladie. Aussi n'est-il pas toujours facile alors de remonter de suite à la

cause des convulsions. Tandis que lorsqu'elles sont secondaires et occasionnées par des maladies chroniques de l'appareil encéphalique, on remarque des accidents précurseurs, capables de mettre sur la voie de l'affection cérébrale. Ainsi , un volume extrême de la tête , un sommeil babil uellement trop prolongé ou très-agité , de la céphalalgie , des vomissements avec alternative de rougeur et de pâleur de la face , une douleur peu étendue d'une seule partie de la tête, peuvent diriger l'attention du médecin vers le siège primitif de la maladie.

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