DES NERFS
Nous venonâ de jeter un coup d'oeil rapide sur les causes des convulsions qui agissent directement sur l'organe encéphalique, et qui, à cause de cela , ont fait donner aux convulsions qui en résultent le nom à' idlopathiques , quoiqu'elles ne soient dans le fait que sympîomatiques. Il nous reste à parcourir le vaste champ des causes qui agissent indirectement, et à en présenter le tableau.
Comme les nerfs aboutissent à toutes les parties du corps, et comme partout l'irritation et la douleur peuvent naitre , partout aussi ils peuvent puiser la sensation de cette irritation , et en rapporter la cause des convulsions. Nous examinerons d'abord l'action spéciale des sens, et suc-
cessivement celle des divers appareils dans la production des convulsions; nous parlerons ensuite de l'action particulière de quelques causes générales.
Les organes des cinq sens sont les véritables agents de relation du cerveau ; par eux, il apprend à connaître les corps et leurs qualités physiques. Chacun d'eux est chargé d'une fonction spéciale , dont le libre exercice ne devient nuisi= ble que dans des cas particuliers. Toutes les fois Ique la qualité physique, qui est l'objet de leur fonction , agit sur eux avec trop de force et d'intensité , leur sensibilité ne se trouvant plus en rapport avec ce degré exagéré , il y a surexci» tation 5 et les convulsions peuvent en être le résultat. Ce n'est pas seulement par cette somme d'intensité plus grande de leurs qualités physiques que les corps agissent sur les sens , ils agissent souvent par des rapports individuels relatifs à chaque personne. Ainsi ce n'est pas seulement par l'éclat de la lumière , par la violence du bruit, par les molécules odorantes ou sapides que les sens sont désagréablement affectés ; de nombreuses observations attestent que la vue de certaines couleurs, la perception de certains sons ( par exemple , le bruit d'un couteau qui crie en coupant), de certaines odeurs, de certaines saveurs, deviennent causes de malaise , de syncopes et de convulsions, pour quelques personnes qui supportent sans inconvénients des effets plus intenses, mais de nature différente , de la part
des couleurs, des sons, des odeurs, etc. : c'est ce qu'on peut appeler des sensations relatives. Quelles anomalies ne nous présente pas aussi le sens du toucher ! La vaste enveloppe qui en est le siège supportera souvent les causes d'irritation les plus violentes; tandis que d'autres fois le plus simple chatouillement, le contact de certaines substances, telles que du velours , suffisent pour faire tomber en convulsions. C'est par leur propriété tactile que les organes des sens sont quelquefois offensés par la présence de certains corps étrangers introduits dans les fosses nasales, dans le conduit auditif externe , etc. C'est aussi le plus souvent en irritant les papilles nerveuses de la peau qu'agissent ses différentes affections pathologiques, telles surtout que les éruptions de la rougeole (obs. xix), de la variole, de la varicelle, de la roséole, etc., auxquelles nous avons assimilé les effets de la grippe (obs. xx). L'appareil digestif est de tous les appareils celui dont les relations physiologiques avec le cerveau sont les plus nombreuses, les plus marquées et les plus étendues. Cette observation de tous les temps, trop négligée par quelques médecins, trop exagérée par d'autres , nous avertit de l'influence réciproque qu'exercent l'un sur l'autre les deux appareils sensitif et digestif. Chaque jour , de nouvelles preuves établissent de plus en plus cette corrélation, parce que chaque jour le praticien voit les accidents cérébraux les plus intenses prendie leur source dans les affections de i'esto-
mac, et vice versa. Ce que l'observai ion a démontré , les expériences sur les nerfs vagues l'ont expliqué. Cette vérité posée, il nous est facile de pressentir que tous les désordres dont l'estomac sera le siège seront réfléchis sur le cerveau et pourront y produire l'irritation convulsive, c'està-dire j la réaction involontaire sur l'appareil musculaire. Quand on a vu tant de fois la simple ingestion du lait provenant d'une nourrice qui s'était mise en colère, causer les convulsions (obs. xxxr), on ne doit plus s'étonner que des aliments indigestes, qu'une alimentation insuffisante (obs. V ) ou non proportionnée à l'état des voies digestives, que des indigestions (obs. xxxii), que des émétiques, des purgatifs (obs. xxxiv), ou tout autre médicament violent, que des substances acres ou vénéneuses (obs. xxxiii), que la faim même, puissent être causes de convulsions. On ne s'étonnera pas davantage de les voir survenir par la présence d^un corps étranger quelconque dans le tube digestif, par la titillation des vers (obs XXXVI ), par la surcharge légère qu'occasionne le séjour ou l'accumulation des matières saburrales, muqueuses (obs. xlv) ou bilieuses, viciées ou non par une sécrétion opérée dans un moment où les organes sécréteurs étaient mal disposés ; par la rétention du méconium (obs. xxx) ou des matières fécales , par la distension gazeuse de l'intestin ; enfin l'on concevra bientôt comment une plaie des intestins, une gastrite aiguë (obs. xxxviii) ou chronique , une colite , une hernie , un renver-
sèment du rectum , une altération pathologique quelconque, telle qu'ulcération, tubercules, carreau, squirrhe , etc., deviendront causes de convulsions , en répétant sur le cerveau l'irritation qu'elles produisent sur le canal digestif. Toutes ces causes agissent loin du cerveau ; elles sont du nombre de celles qui produisent les convulsions, que nous avons cru pouvoir désigner sous le nom de sympathiques.
Si nous passons à l'appareil respiratoire, nous y trouverons des causes de convulsions , et dans l'exercice de ses fonctions et dans quelques maladies qui lui sont propres. N'est-ce pas dans l'appareil respiratoire qu'il faut placer le siège des convulsions épidémiques (obs. xviii et xix) que l'on a observées , puisque c'est sur les poumons qu'a du agir l'air infecté? N'est-ce pas à l'impression faite sur l'appareil respiratoire par certains gaz délétères ou non respirables, par un air chargé de différentes molécules, de différents miasmes, qu'on doit rapporter les convulsions qui surviennent lorsqu'on les respire? N'est-ce pas enfin à la fatigue des poumons qu'il faut attribuer encore les convulsions qu'on a vues suivre de grandes courses, de violents efforts , des conversations trop longues et trop animées? Le croup, la coqueluche , l'asthme aigu de Millar , le catarrhe suffocant, le simple hoquet , la pleurésie, la péripneumonie, et toutes les différentes espèces de phlogoses aiguës ou chroniques dont les poumons et leurs dépendances peuvent ét^e
le siège , ont bien des fois été des causes de convulsions.
Il est essentiel de faire remarquer que la manière d'agir de différentes circonstances n'est pas la même pour toutes : l'inflammation n'agit point comme l'asphyxie, ni le gaz azote comme le gaz nilreux , etc. Les uns produisent sur les poumons une irritation qui est réfléchie sur l'encéphale; les autres suspendent l'hématose ou la transformation du sang noir en sang rouge; et le cerveau^ n'étant plus en rapport avec les matériaux accoutumés, en reçoit une impression pénible, qui détermine les convulsions qui ont alors lieu. Quelques-unes, en gênant le libre passage du sang à travers les poumons, font naître dans le cerveau une stase sanguine, une véritable congestion de sang veineux; et le double effet produit, soit par la présence de ce liquide non vivifié , soit par la compression de l'encéphale , est bien suffisant pour causer les convulsions. Enfin , la respiration de certains gaz délétères introduit dans le sang des principes vénéneux qui, transportés par ce fluide, vont agir directement sur l'encéphale.
Nous ne trouvons pas dans l'appareil circulatoire un aussi grand nombre de causes de convulsions que dans les deux précédents appareils , et encore la plupart des circonstances qui peuvent être causes sont le plus souvent elles-mêmes dépendantes de quelques affections éloignées : telles sont la syncope , l'accélération ou le ralentissement de la circulation : ce sont les seules causes
physiologiques dépendantes de la circulation qui puissent agir dans la production des convulsions. Quoi qu'il en soit , lorsque celles-ci en sont le résultat, il est bien aisé de se rendre conipte de leur étiologie. Le sang est l'excitant naturel du cerveau : qu'il cesse d'y aborder ou qu'il y soit poussé en trop grande quantité ou avec trop de lenteur, il en résultera toujours une impression pénible, puisqu'elle n'est pas habituelle ni dans Tordre naturel. C'est de la même manière que nous avons expliqué les convulsions qui résultent de la pléthore (obs. xi) ou de l'hémorrhagie (obs. xxxviii et xxxix). Les palpitations, les anévrysmes par atrophie ou hypertrophie , n'ont pas d'autres manièresd'agir. Les affections inflammatoires et leurs dépendances agissent comme partout ailleurs, par l'irritation locale réfléchie.
L'appareil biliaire et l'appareil urinaire offrent peu de considérations qui leur soient particulières, si l'on en excepte l'action des calculs (obs. xxv et xxvi): encore leur manière d'agir rentre-t-elle dans la classe générale ; irritation par la présence d'un corps étranger. Toutes les autres circonstances appartiennent aux appareils sécréteurs en général.
Il n'en est pas de même de l'appareil de la génération. La vive sensibilité dont jouissent les organes génitaux, l'exaltation convulsive qui a lieu au moment où s'opère l'acte de la reproduction, expliquent l'influence que cette fonction exerce sur le système nerveux, et les fâcheux effets qui naissent de ses excès ou de son exercice vicieux
OU précoce (obs. xl.) Ce n'est pas seulement par Fexaltation de la sensibilité de l'appareil génital que le système nerveux reçoit alors cette impression fâcheuse, cause des convulsions, les choses se passent aussi comme après les grandes évacuations. Si dans l'âge viril, lorsque les organes sont doués de toute leur activité, la continence peut occasionner des accidents nerveux variés , il n'en est pas de même dans l'enfance; ils sont alors dans un état de sommeil et d'imperfection qui la nécessite, et qui rend plus nuisibles les jouissances prématurées. Les maladies peu nombreuses dont cet appareil est le siège dans l'enfance agissent du reste comme celles des autres organes, en réfléchissant l'irritation sur l'encéphale.
L'appareil locomoteur peut-il devenir cause des convulsions, et comment? Il ne peut avoir de l'influence que par le repos, l'exercice ou ses maladies. Le repos n'est jamais cause efficiente des convulsions; mais trop long-temps continué, et faisant partie d'une éducation efféminée, il favorise l'exaltation de la sensibilité du système nerveux, et devient, en ce sens, cause prédisposante. Les excès d'exercice peuvent être plus efficaces pour produire des convulsions. Il suffit pour cela, chez un enfant très-nerveux, de la lassitude qu'il laisse dans les muscles et les ligaments ; il en faut même souvent bien moins. Mais en général l'exercice ne. peut qu'être utile; son excès seul est nuisible , et il est rare que les enfants ne s'arrêtent pas à temps. Quant aux maladies de
l'appareil locomoteur, elles agissent comme toutes les autres causes pathologiques. Que ce soit le rhumatisme fibreux, ou musculaire, la rupture d'un muscle, d'un tendon, une luxation ,une entorse, une carie, une fracture, etc., l'action est; la même : l'irritation douloureuse de la partie malade est toujours transportée au cerveau.
Les organes sécréteurs et exlialants(il estinutile de dire que nous y comprenons les émonctoires et les ulcères habituels) ont trois manières d'agir : par excès, par défaut, et par vice de sécrétion el d'exhalation.
Dans le premier cas, la trop grande abondance des fluides qui sont évacués, tenant déjà à une surexcitation de l'organe , amène une faiblesse positive qui est toujours suivie d'une excitation nerveuse générale; si elle se prolonge un peu, elle intervertit la nutrition, en nécessitant un mouvement de décomposition beaucoup plus rapide, qui, pour fournir à une grande déperdition, enlève aux organes les matériaux mêmes qui les composent. Cette perversion de nutrition ne peut s'opérer sans causer dans les organes une sensation pénible, une espèce d'irritation d'oii naîtra la réaction convulsive. C'est ainsi qu'on a vu des sueurs abondantes, des diarrhées, des dysenteries, des leucorrhées, la masturbation, des hémorrhagies , et tous les autres flux excessifs, devenir causes de convulsions.
Dans le deuxième cas , lorsque les sécrétions ou les exhalations n'ont point lieu, les effets sont dif-
férénts, suivant la cause de ces suppressions: ou bien elles tiennent à une affection qui les a détournées, et alors c'^st à cette affection qu'il faiU tout rapporter; ou bien elles sont liées à une inflammation ou à quelqu'autre maladie de l'organe sécréteur, alors cette maladie mérite seule l'attention , parce que seule elle produit tous les phénomènes qui ont lieu ; ou bien enfln le liquide sécrété ou exhalé reste accumulé dans les réservoirs d'où il devrait être évacué, et il en résulte tous les accidents des distensions trop considérables : mais ici c'est une rétention , et non pas une suppression.
Dans le troisième cas, le vice de sécrétion et d'exhalation suppose toujours un état morbide de l'organe, ce qui explique déjà en partie les convulsions qui surviennent, en admettant la réaction de l'organe malade sur l'encéphale. Mais cela suffit-il pour résoudre toutes les difficultés, pour expliquer tous les cas de convulsions et tous les autres plrénomènes pathologiques qui se remarquent? Peut*on cioire que les liquides provenant d'un organe malade soient doués des mêmes qualités que lorsqu'ils ont été sécrétés par un organe sain ? En observant le produit des sécrétions qui s'opèrent en quelque sorte sous nos yeux, nous les voyons varier mille fois, souvent pour la cause la plus légère , et sans que l'organe paraisse même avoir subi la moindre altération : il n'a épi'ouvé qu'une modification de sensibilité. Les larmes rares ou abondantes sont quelquefois un
fluide innocent, et d'autres fois sillonnent leur passage sur les joues par une rougeur bien marquée. Le mucus nasal , ordinairement doué de qualités douces, irrite vivement la lèvre supérieure dans certains coryzas. La salive, tantôt claire, tantôt visqueuse, coule plus ou moins abondamment et avec des qualités bien différentes, non seulement dans les cas pathologiques, mais encore par la seule vue ou même l'idée d'un mets délicieux ou d'une substance répugnante. Je ne parle point de l'expectoration pulmonaire : elle est un effet pathologique. Le lait, liqueur si douce, si favorable à l'organisation délicate de l'enfant, prend facilement ou un peu plus, ou un peu moins de consistance, et quelquefois, à la suite de passions violentes, il acquiert des propriétés inappréciables pour nos sens grossiers, et qui agissent sur la fibre sensible du jeune entant avec tant de violence, qu'il en résulte une surexcitation assez forte pour produire les convulsions. Les variations de l'urine ne se bornent pas aux différentes phases des maladies, aux différentes époques de la journée ; elles s'étendent à la position morale de l'individu. L'urine d'un homme livré aux passions gaies est bien différente, en quantité comme en qualité, de Turine d'un homme en proie aux affections tristes, La transpiration, sans parler de ses variations pathologiques, est plus ou moins facile, plus ou moins douce, et tache plus ou moins le linge, selon les circonstances dans lesquelles peut se trouver l'individu. Souvent une
diarrhée abondante a lieu sans irriter la marge de Faniis ; tandis que d'autres fois elle enflamme , excorie même cette partie.
Ce que nous voyons se passer soiis nos yeux s'opère aussi dans la profondeur de nos organes. Partout la nature est une, partout les mêmes causes produisent les mêmes effets : Tanalogie nous le dit assez, et si elle ne suffisait pas , l'expérience nous le prouverait. Tous les jours, à l'autopsie des cadavres, nous trouvons les fluides biliaires , séreux , etc. , avec des qualités physiques bien différentes. Croyons donc, puisque l'observation le démontre, que les humeurs qui entrent dans la composition de notre corps sont susceptibles d'altération, et qu'elles peuvent en éprouver d'un instant à l'autre. Ces altérations dépendent, il est vrai, des modifications senties d'abord par les organes eux-mêmes; mais une fois qu'elles ont eu lieu, les solides ne peuvent-ils pas guérir? Et les fluides ainsi altérés et stationnaires dans nos organes, dans nos tissus, ne peuvent-ils pas devenir à leur tour des causes de maladie , en entretenant ou déterminant des modes d'excitation bien différents de ceux qu'ils produisent dans l'état normal ? Je vais plus loin , j'admets une altération pathologique des fluides antérieure à celle des solides. Un aliment de mauvaise qualité, un air chargé de principes délétères, de miasmes putrides , ne peuvent-ils pas céder, l'un aux absor^bants des voies digestives , l'autre aux absorbants clés voies aériennes les principes nuisibles qu'ib.
recèlent, et ceux-ci aller, par la circulation, altérer la masse des liquides^ qui devient malade avant que les solides en aient rien ressenti? Ceci n'est pGiint une supposition ; Texpérience de Bichat , au milieu des cadavres en putréfaction, en est une preuve convaiucante. Si l'on voulait que, dans ce cas , l'irritation de la muqueuse pulmonaire fût la cause de toute la série des accidents qui se déveiQppent plus tard, il faudrait qu'alors toute introduction d'un air plus irritant devînt une caisse bien plus énergique de maladie ; cependant, nous voyons tous les jours les gaz les plus caustiques causer une toux violente, une oppression trèsgrande, et ne jamais déterminer d'autres accident9; tandis que le simple passage auprès d'une mare d'eau où Ton fait rouir du chanvre, suffira pour occasionner la fièvre muqueuse ( gastro-entérite) la plus grave, quoique la poitrine n'ait éprouvé aucune surexcitation. Est-ce à l'altération des solides qu'est due cette odeur particulière à chaque espèce de maladie? Combien d'observations analogues pourraient servir à étayer cette théorie !
Je ne puis me persuader que nos humeurs ainsi viciées séjournent impunément dans nos organes. Le lait causera des convulsions à un enfant fort et vigoureux ; l'absorption du venin syphilitique (quoi qu'en disent les ennemis du virus) ira causer bien loin un phénomène morbide; le virus vaccin préservera de l'infection varioleuse; une transpiration abondante, une diarrhée, des vo-
missements , des urines sédimenteuses îeriiiineront en peu d'instants des maladies graves et rebelles; et les fluides seront sans action dans l'économie ! Je ne présente ces réflexions qu'avec la réserve que doit m'inspirer le peu de recherches auxquelles je me suis livré, et seulement comme propres à faire connaître notre ignorance sur ce sujet; non que je veuille ramener l'humorisme des vieux temps : autant il était absurde, autant il est absurde de tout refuser aux humeurs ; elles sont vivantes comme les solides, et, comme eux, elles sont et doivent être malades. La véritable médecine humorale est encore à son berceau ; c'est un vaste champ à cultiver et qui promet d'abondantes moissons à ceux qui voudront s'en occuper. Déjà quelques essais ont été faits : je désire que ces commencements nous conduisent à la vérité; mais il faut pour cela un jugement sain et réfléchi , un homme à l'abri de la prévention et de l'eiithousiasme. Le peu que j'en ai dit nous porte à admettre que les liqueurs viciées par une circonstance quelconque peuvent agir sur les organes à leur surface ou dans leur intérieur , les irriter et devenir cause indirecte de convulsions , ou aller irriter le cerveau lui-même en se mêlant au sang qui leur sert de véhicule pour s'y transporter. En parlant de l'altération et de la viciation des liquides, j'exclus ces théories qui admettent des humeurs acres, acides, salines, alcafines, une matière convulsive, etc. Lorsque, il y a quinze ans, je manifestais ainsi ma pensée sur
riiumorisine , il y avait une sorte de hardiesse et de courage, parce que le solidisme régnait despotiquement et frappait d'anathème et de ridicule tout ce qui pouvait rappeler Tancien humorisme. Aujourd'hui ces idées ne sont plus nouvelles ; mais il est à craindre qu'on aille trop loin , en admettant, comme le font quelques auteurs, une vitalité des liquides analogue à celle des solides , et en les regardant de nouveau comme la source , la cause et le siège de tous nos maux.
Quant aux autres systèmes ou tissus, ils ne nous présentent à examiner aucune cause de convulsions qui leur soit propre : seulement, comme tous les organes , ils sont exposés à toutes les maladies communes à nos tissus divers : inflammation , suppuration, plaies, etc. Comme ceux-ci , ils peuvent devenir des foyers d'irritation dans lesquels les nerfs viennent puiser la sensation de la douleur pour la transmettre au cerveau , qui la perçoit et réagit toujours involontairement sur les muscles.
Dans rénumération des causes des convulsions, nous avons vu que c'est en irritant qu'elles agissaient : or, l'irritation étant le premier élément de la douleur, celle-ci peut, avec l'irritation, être regardée comme cause générale des convulsions. En effet, partout où l'irritation se présente, sous quelque forme qu'elle se manifeste , quelle qu'en soit la cause, elle est transmise au cerveau, et souvent les convulsions en sont la conséquence. Comme elle est un des éléments de l'inflammation,
celle-ci, en la délermiiiant , devient une cause générale des convulsions; et comme elle se fixe sur tous les tissus , elle peut établir sur tous les points du corps le siège de la douleur, la cause des convulsions. Mais toutes les inflammations ne sont pas également aptes à les produire ni à tou« tes leurs périodes. Celles qui ont leur siège sur les organes les plus sensibles, et qui sont aiguës, sont au premier rang, et voilà pourquoi la variole, la rougeole (obs. xviii et xix), la scarlatine et toutes les autres éruptions, sont si souvent précédées de convulsions ; voilà pourquoi certaines inflammations de la membrane muqueuse pulmonaire, la gastrite 5 l'entérite, sont si souvent des causes de convulsions.
L'inflammation agit encore d'une autre manière dans la production des maladies convulsives : c'est lorsqu'étant fixée sur un organe , elle disparait brusquement pour leur donner naissance (obs. XXXVIII ). Y a-t'il, dans ce cas , simple déplacement d'irritation , métastase , ou transport de l'inflammation de l'organe altéré à une autre partie qui s'enflamme , ou bien la partie malade éprouve-t-elle par cette disparition trop brusque un état de malaise, une sensation particulière qui équivaut à l'irritation et réagit sur le cerveau? Il est possible qu'il n'y ait de vrai qu'une seule de ces trois manières d'agir , comme il est possible que chacune soit vraie isolément , ou qu'elles coopèrent toutes trois au même but.