‹ Traité pratique des convulsions dans l'enfanceChapitre 20 sur 25 · SECTION CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SECTION CINQUIÈME

Nous ne pouvons mieux commencer cette partie importante de l'histoire des convulsions qu'en rapportant cet aphorisme (713) dans lequel Boerhaave dit tant de choses en si peu des mots : « In curationèm priùs pervestiganda est causa (c singularis ^ et locus primarib affectas, undè « convulsio ortum habet , dein ocyus jnedica- « menta applicajida illa , quihus acre leniri , « impactum resohi , contractum laxari possit ^ « undè diluere , laxare , revellere , lenire^ fere « sanare soient convulsiones hasce ; nec unquàm « specloso antispasticorum tiiulo fides adhiberi « débet. »

Jamais les remèdes préconisés pour traiter une maladie ne sont plus multipliés que lorsqu'on ignore sa nature et sa cause ; ce n'est qu'à mesure qu'on s'inslruit que le traitement devient plus simple et plus méthodique. Medicamenlorum varietas ignorantiœ fdia est (Bacon).

Si la multiplicité des remèdes prouvait l'étendue des ressources que l'art possède , il y aurait peu de traitement aussi bien établi et aussi voisin de la perfection que celui des convulsions. Malheureusement cette quantité innombrable de remèdes , tour-à-tour prônés , décriés et abandonnés, ne sert qu'à prouver l'impuissance de l'art et l'inefficacité de ses moyens. Si un médiv^ cament eût guéri, on n'eût point songé à en chercher d'autres. Ne nous étonnons point de cette impuissance apparente de la médecine; elle était inévitable à une époque où la véritable cause de la maladie était ignorée , où le symptôme le plus saillant frappait seul la vue, et où, par conséquent, l'on ne pouvait attaquer que les convulsions. Les causes sont infiniment variées; le traitement doit varier autant qu'elles, car c'est la cause qui est la maladie; le remède qui guérit dans une circonstance sera inutile et même nuisible dans une autre. De là , cette contradiction qu'on remarque dans les auteurs sur les vertus et les effets des remèdes, parce que les praticiens ne se sont pas trouvés dans les mêmes positions ni dans les mêmes circonstances, en un mot , parce qu'ils n'ont pas eu les mêmes maladies à traiter.

Les médicaments qui ont joui d'une confiance plus longue et mieux soutenue contre les convulsions , sont les antispasmodiques ou des substances à peu près inertes. Parmi les premiers , l'huile animale de Dippel, l'alcali volatil, le musc

le camphre , Fopiuin, le zinc, la valériane, etc., tiennent le premier rang, et ont reçu un juste tribut d'ëloges de la plupart des médecins distingués. Parmi les seconds , le crâne humain a joui d'une grande faveur ; long-temps il fut donné de toutes les manières , sous toutes les formes , et on le fit entrer dans presque toutes les formules. On peut placer à côté le gui, auquel le paganisme attribua tant de propriétés merveilleuses que l'expérience a si peu justifiées. La magnésie , les poudres de guttète , de Garignan, etc. , ont aussi obtenu la faveur.

Les remèdes de la première classe méritent la confiance toutes les fois que les convulsions sont en quelque sorte idiophatiques, c'est-à-dire, dépendantes d'une irritation nerveuse simple , sans autre maladie essentielle ; ou lorsque cette maladie, cause première des convulsions, a été combattue et annulée , et qu'il ne reste plus que l'état nerveux ou la convulsionnabilité.

Les médicaments de la deuxième classe ont dû leur vogue et leur succès à l'époque où on les employa. Une médication incendiaire , des remèdes violents , composaient la thérapeutique , et ne pouvaient manquer d'exaspérer les accidents, tandis que ces préparations innocentes laissaient les convulsions se terminer naturellement sans troubler leur marche. C'est ainsi qu'on met assez souvent sur le compte du remède les succès qu'on doit à la nature , parce que le meilleur remède est alors de n'en point faire. Optima

medicina intei^dum est medicinam non facere (Hipp. ).

Les remèdes préconises contre les convulsions ont varié suivant les opinions dominantes. Les évacuations sanguines, les vomitifs, les purgatifs , les toniques, les tempérants, ont eu leur tour de célébrité, suivant que l'opinion plaçait les maladies dans le sang, dans les humeurs , dans la force ou dans la faiblesse. Chacune de ces méthodes a eu des succès, parce que, dans bien des circonstances, leur application s'est trouvée méthodique; mais comme elles ne pouvaient être d'un emploi général, elles ont souvent échoué et elles sont tombées en discrédit.

En remontant à l'étiologie des convulsions, on voit qu'il ne peut y avoir de remède universel contre elles ; que la recherche d'un spécifique serait tout aussi illusoire , tout aussi chimérique que la recherche de la pierre philosophale. Mille indications se présentent, parce que mille causes peuvent donner lieu à la maladie, et que les convulsions n'étant qu'un symptôme, ce ne sont point elles, mais ces causes qu'il faut attaquer. On sent la nécessité de rechercher la cause des convulsions et d'en acquérir la connaissance positive pour être sûr de bien diriger le traitement , et de saisir la véritable indication. Sans cette connaissance préliminaire , on s'expose à bien des erreurs ; avec elle le traitement devient plus facile et plus simple.

Laissant de côté tout le fatras des remèdes qui

400 CONVULSIONS DlîS ENFANTS.

ont été préconisés contre les convulsions , nous allons présenter de suite le plan méthodique du traitement qui leur convient , et faire ressortir les indications à remplir. Ce travail serait immense si nous voulions entrer dans tous les détails relatifs à chaque circonstance ; il embrasserait la pathologie presque entière, puisque les convulsions peuvent être le résultat de presque toutes les maladies. Il nous suffira donc d'établir les principes généraux et de poser les bases du traitement ; il sera facile ensuite d'en tirer des conséquences applicables à tous les cas possibles.

Dans un premier article, j'examinerai les convulsions en elles-mêmes et les médicaments qui leur conviennent. Dans un second, j'indiquerai sommairement le plan de traitement des convulsions dépendantes des affections cérébrales. Dans un troisième , je ferai ressortir les moyens qu'on devra diriger contre les convulsions dépendantes des causes qui ont agi loin de l'encéphale. Enfin, un quatrième sera consacré au traitement prophylactique , c'est-à-dire , aux moyens hygiéniques capables de prémunir le corps contre celte susceptibilité nerveuse si favorable aux convulsions.

Dans cet exposé , je n'aurai égard à aucun système ni à aucune théorie. Je me tiendrai en garde contre les éloges exagérés de l'enthousiasme, et contre les injustes dépréciations de la malveillance , pour n'accorder aux médicaments que les vertus sanctionnées par le temps et par l'obser-

vation. Je ne donnerai point de traitement par- ^ ticulier des complications ; il se rattachera à ce que j'aurai à dire sur les maladies qui peuvent causer les convulsions. Je ne parlerai point non plus de la manière de combattre les accidents auxquels les convulsions peuvent donner lieu ou qui peuvent leur succéder : ce sont autant d'affections dont le traitement est étranger à celui des convulsions.

Page 1