‹ Traité pratique des convulsions dans l'enfanceChapitre 22 sur 25 · ARTICLE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ARTICLE DEUXIEME

Traitement des Convulsions dépendantes d'affectio7is cérébrales.

Nous sommes convenus de ce que nous appelons convulsions dépendant^ss d'affections cérébrales. Dans toutes ces maladies, je n'indiquerai que les modifications du traitement relatives à chacune en particulier. Il serait fastidieux de répéter chaque fois que les antispasmodiques et les calmants doivent être employés. Il importe encore de remarquer que l'opium et ses différentes préparations doivent être à peu près rejetés dans tous les cas de maladies du cerveau ; il n'y a que des circonstances bien rares et bien difficiles où le praticien puisse s'en permettre l'usage.

Toutes les fois qu'un enfant est gros , pléthorique ou sanguin, qu'il a le teint animé, les passions vives et un grand appétit, presque toujours il y a congestion sanguine; et si elle n'existe pas, elle peut survenir si facilement qu'on doit agir comme si elle existait. Il ne faut point balancer : les évacuations sanguines et les révulsifs sont les premiers moyens à employer. On dégorgera le plus près possible du siège du mal ; ainsi on appliquera des sangsues aux tempes , derrière les oreilles ou au cou ; le nombre sera indiqué par l'inten-

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site des accidenls et par l'âge du malade ; mais on ne doit pas craindre d'agir grandement : la timidité serait coupable. Si une première évacuation ne suffît pas, on y revient une deuxième, une troisième fois, jusqu'à ce qu'on ait obtenu l'effet désiré. Mais alors il convient d'appliquer les sangsues aux membres inférieurs , afin d'opérer une véritable saignée révulsive et de combattre plus efficacement la direction fluxionnaire qui se faisait vers le cerveau. Les sinapismes et les fomentations sinapisées seront promenés sur les membres inférieurs et sans cesse renouvelés. Quelle que soit la constitution de l'enfant, toutes les fois qu'il y aura des signes évidents de congestion cérébrale, on suivra la même marche que dans, le cas précédent : seulement on versera le sang avec un peu plus de sobriété lorsque l'enfant sera d'un tempérament lymphatique ou nerveux, ou qu'il aura été épuisé par quelque maladie antérieure. On insistera alors davantage sur les calmants et sur les révulsifs.

Lorsque, immédiatement après la naissance, l'enfant est attaqué de convulsions, et qu'on n'a pas eu la précaution de laisser couler par le cordon une quantité suffisante de sang , il faut de suite ouvrir la veine jugulaire et en tirer une ou deux onces, ou bien placer une ou deux sangsues.

Ce sera encore le méaie traitement , lorsque le cerveau , le cervelet, ou les méninges, seront enflammés. Seulement on insistera davantage

sur les évacuations sanguines révulsives , parce qu'ici la direction fluxionnaire n'est pas aussi passagère que dans la simple congestion. Il ne suffit pas pour la dissiper d'enlever le sang surabondant qui la produit : elle survit à l'évacuation sanguine ; et, si celle-ci est opérée près du siège du mal , elle peut l'entretenir et même l'augmenter. Il faut alors une médecine agissante et prompte ment agissante. Trop de lenteur dans l'administration du seul moyen efficace donne au mal le temps de faire des progrès, et de résister ensuite à tous les efforts les mieux dirigés. Après des évacuations sanguines et des révulsifs, j'ai eu souvent à me louer de l'action de légers purgatifs et surtout du calomélas. J'insisterai sur la prescription de ce médicament, seul ou diversement combiné, parce que je crois avoir plus d'une fois, par son moyen , prévenu l'exhalation séreuse de l'hydrocéphalite, ou même avoir dissipé les commencements de cette affreuse maladie ; il est loin cependant de mériter une confiance absolue ; il échoue souvent. Plus d'une fois aussi , lorsque l'inflammation paraissait vouloir passer à Tétat . chronique, ou que la convalescence était lente et douteuse, j'ai obtenu de bons effets de quelques lavements préparés avec le quinquina , la valériane ou le camphre : ont-ils agi comme toniques ? ont-ils produit sur le cerveau une action spéciale par absorption ou par relation sympathique ?

Lorsque la phlegmasie, en partie dissipée, recommence dans le lieu même qu'elle occupait,

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dans le voisinage, ou dans un point plus ou moins éloigné, les phénomènes convulsifs se reproduisent à chaque récidive. Chaque fois il faut les attaquer par la méthode antiphlogistique ; mais alors le sang sera versé avec plus de réserve , et k proportion du temps qui se sera écoulé depuis la première époque , et la saignée révulsive sera préférée.

Si, malgré le traitement le mieux dirigé, l'inflammation est devenue chronique , après les saignées suffisantes, on établira le plus près possible du siège du mal des émonctoires dérivatifs , tels que vésicatoires, moxas, cautères sur la tête , aux tempes , derrière les oreilles et à la nuque : le séton à la nuque mérite beaucoup de confiance. Ces moyens, employés comme révulsifs sur les membres inférieurs, seront aussi d'un grand secours. Les bains tièdes , les pédiluves , peutêtre même les bains de vapeurs, et surtout ceux de la moitié inférieure du corps , seront de puissants auxiliaires. Intérieurement on combinera les adoucissants et les antispasmodiques avec de légers purgatifs , principalement avec le calomélas. Enfin tous les moyens hygiéniques les plus convenables seront mis à contribution.

La thérapeutique est bien insuffisante lorsque l'inflammation s'est terminée par un dépôt , un squirrhe , un cancer , un épanchement , etc. Ces affections et les nombreuses altérations organiques qui peuvent survenir et dont on ne peut guère que soupçonner l'existence, sont à peu près

au-dessus des ressources de l'art. Cependant les moyens conseillés dans les cas précédents sont encore ceux qui conviennent ; il ne faut pas désespérer tout-à-fait ; on a des exemples de guérison de tubercules , d'engorgements , de dépôts , et d'épanchements aqueux. Quoique rares , ces succès doivent soutenir le courage et faire insister sur les moyens conseillés. Il fut un moment où les chii*urgiens , enthousiasmés de quelques heureux résultats, exaltèrent les avantages du trépan , et en multiplièrent sans réflexion les applications. Cet abus a produit son effet ordinaire; de nombreux insuccès ont réduit à la nullité la plus absolue une opération qui pourrait être quelquefois d'une grande utilité. Peut-être le trépan offrirait-il une dernière ressource dans certains cas de dépôts et d'épanchements. Mais il sera rejeté long-temps encore a cause du défaut de signes positifs qui nous indiquent l'existence de ces dépôts, leur nature, et le siège précis qu'ils occupent. Est-il besoin de rappeler que les parties malades, devenues en quelque sorte des corps étrangers au milieu d'un organe aussi délicat que le cerveau, y entretiennent une irritation perpétuelle qui, devenant momentanément plus vive, appelle le sang et occasionne une inflammation aiguë, qu'il faut attaquer par les antiphlogistiques les plus énergiques ? L'on ne guérit point la maladie première , mais on an été l'inflammation secondaire, on l'empêche d'activer la marche de la lésion chronique primitive.

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Si une plaie du crâne avec fracture , déperdition de substance , enfoncement des os ou de quelque esquille , avec commotion ou épanchement ; si quelque corps étranger introduit dans le cerveau , étaient les causes des convulsions, la maladie est du domaine de la chirurgie, le traitement sera chirurgical. C'est contre ces plaies et leurs complications qu'il faut diriger les moyens convenables. On aura surtout l'attention fixée sur l'inflammation , qui en est la conséquence presque assurée si l'on n'a recours au traitement antiphlogistique dans toute sa force ; ensuite la chirurgie nous apprendra quand et comment il faut guérir la plaie , retirer une esquille , un corps étranger, atteindre Tépanchement , etc.

Les convulsions qu'on pourrait appeler morales et intellectuelles parce qu'elles reconnaissent pour cause les affections morales ou un exercice forcé des facultés intellectuelles, supposent toujours un certain âge chez l'enfant qui en est atteint. S'il apporte en naissant des dispositions aux passions et aux sciences , il faut du temps pour les développer. En conséquence on empruntera de la médecine morale les moyens propres à rassurer le malade , à le calmer ou à le consoler. On fera discontinuer ses études pendant un certain temps , ou tout au moins on les modérera. Quant au traitement des convulsions, je ne puis que renvoyer à l'article précédent. Je n'ai rien à changer aux moyens qui y sont exposés, à moins toutefois que l'encéphale ne soit menacé d'une

congestion sanguine, ou d'une cérébrite : alors on se conduirait comme on vient de le dire. 11 faut quelquefois agir avec force sur l'imagination, surtout lorsqu'elle est la première cause de la maladie. Voyez Boerhaave, à l'hospice des orphelins de Harlem , et De Haên , à l'hôpital pratique devienne, obtenir l'un et l'autre la disparition de convulsions imitatives en faisant des menaces sévères et les préparatifs de leur exécution.

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