ARTICLE TROISIÈME
Traitement des Convulsions dont la cause a son siège ailleurs que dans V encéphale.
Je l'ai déjà dit bien des fois ; il n'est peut-être pas de maladie qui ne soit susceptible de devenir cause de convulsions , parce qu'il n'en est pas une qui ne dépende de l'irritation, et que l'irritation est la cause première des convulsions. Ainsi il nous faudrait tracer l'histoire d'une thérapeutique universelle , et parcourir successivement les maladies de tous les organes et de tous les tissus autres que le cerveau. Mais c'est la thérapeutique des convulsions et non celle de toutes les affections que nous devons présenter. Je mériterais cependant le reproche de n'avoir point rempli convenablement ma tâche, si je me bornais à dire vaguement que ces sortes de convulsions n'étant qu'un accident des nombreuses maladies qui les occasionnent, leur traitement appartient à l'his-
toire même de ces maladies. Ces deux extrêmes seraient également vicieux. Ainsi, quoique toutes les maladies puissent devenir cause de convulsions, et qu'on ne puisse guérir celles-ci qu'en attaquant et guérissant ces maladies , je signalerai la conduite à tenir dans les principales circonstances où elles s'observent.
La douleur, compagne inséparable de presque toutes les maladies, est le résultat de l'irritation du système nerveux cérébral; elle peut avec elle être regardée comme la cause générale des convulsions. Toutes les fois qu'elle sera très-vive, elle nécessitera l'emploi des antispasmodiques. Si elle existe seule et indépendamment de toute lésion d'organe , le traitement ne différera pas de celui qui a été indiqué dans l'article premier. Si elle est liée à une maladie quelconque, outre les calmants, il sera urgent d'attaquer la maladie locale. Dans les douleurs éloignées du cerveau , on doit moins craindre l'emploi des opiacés, à moins que lecer. veau ne soit déjà embarrassé ou ne montre des dispositions à une congestion sanguine. D'ailleurs, chez les petits enfants, il est bien difficile de reconnaître au juste quand ils éprouvent de la douleur : leurs cris n'en sont pas toujours la marque certaine.
L'inflammation est une maladie de tous les tissus, de tous les systèmes, de tous les organes. Quelque part qu'elle ait son siège, quelque variées que soient ses modifications, qu'elle soit aiguë ou chronique, l'irritation en fait toujours le
caractère fondamental, et partout où il y a de l'irritalion , les nerfs cérébraux en transportent la sensation à l'encéphale et y causent la réaction convulsive. L'irritation étant plus sensible au début des inflammations, c'est dans ce moment que- les convulsions ont plus particulièrement lieu ; et comme l'inflammation est le prototype de presque toutes les maladies, on a eu raison de dire que les convulsions marquaient le début de presque toutes les affections des enfants. Plus tard le système nerveux est accoutumé à l'irritation inflammatoire ; ce n'est plus pour lui une sensation nouvelle, les convulsions sont moins fréquentes. Cependant , lorsque l'inflammation donne lieu à un produit nouveau , comme dans un dépôt, dans la période de suppuration de la variole, un nouveau mode d'irritation a lieu, et les convulsions en sont la suite assez ordinaire. Il en est de même lorsque la phlegmasie s'étend à une nouvelle partie du même tissu, ou à un organe voisin, ou lorsqu'elle se déplace pour se transporter à un organe éloigné.
Toutes les fois que l'inflammation sera la cause des convulsions, il faudra l'attaquer elle-même. Gomme ses différentes espèces demandent des moyens différents , il ne faudra pas se faire un traitement banal pour tous les cas possibles. On combinera en général les antispasmodiques avec les antiphlogistiques. Si l'inflammation est intense et fixée sur un organe important, comme le poumon, l'estomac, etc., les saignées et les ap-
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plicatioijs de sangsues constitueront le traitement. Si une maladie éruptive veut paraître, l'esprit de corne de cerf, les bains tièdes, les cataplasmes chauds et sinapisés, les boissons légèrement diaphorétiques favoriseront l'éruption : dans le cas où le cerveau menacerait de devenir un centre fluxionnaire, le siège d'une congestion sanguine ou d'une inflammation , le traitement sera plus actif : c'est aux évacuations sanguines et aux révulsifs les plus énergiques qu'on aura recours ; l'ammoniaque sera très-utile à cause de sa double propriété antispasmodique et diaphorétique. Le calomélas opérera aussi sur le canal digestif une heureuse révulsion. Quelques topiques émolîients suffiront pour calmer l'irritation et les convulsions que causerait une inflammation extérieure , à moins que son étendue ou son intensité n'exige quelques émissions sanguines. Lorsqu'un abcès sera la terminaison de l'inflammation, l'irritation qui résulte de la présence du liquide ou de la distension des parties enflammées demande l'emploi des cataplasmes , si la suppuration n'est pas arrivée au degré de maturité convenable; et, dans le cas contraire, l'ouverture du dépôt pour évacuer le pus et faire cesser l'un et l'autre effet.
Les plaies par instrument piquant sont le plus souvent la cause des accidents nerveux, parce que les nerfs n'étant que piqués causent une douleur plus vive : aussi, depuis Thessalus, donne-t-on le précepte d'agrandir la plaie afin de faire la section complète des nerfs lésés. Si la douleur et les
convulsions résistent à cette opération, on couvrira la plaie de cataplasmes anodyns , et , en cas de continuation , la cautérisation offrira une dernière ressource. Toutes les fois qu'un corps étranger s'est introduit dans la plaie, l'extraction est la première chose à faire, à moins qu'elle ne soit impossible ou dangereuse.
Que les corps étrangers que l'on rencontre dans nos différentes cavités viennent du dehors ou se soient formés dans l'intérieur même de nos organes, aussitôt qu'on peut les reconnaître, il est essentiel de les enlever parles moyens appropriés : ici, par la laryngotomie ; là, par la taille; ailleurs, par le moyen de pinces, de curettes , de tiges métalliques de différentes formes, etc., etc.
Une maladie peut, avant d'avoir parcouru toutes ses périodes , être ce qu'on appelle répercutée, comme cela arrive souvent pour la rougeole , la scarlatine, un érysipèle. Une maladie chronique peut se trouver dans le même cas : telle serait une dartre ou une tumeur scrofuleuse. Enhn un ulcère, un émonctoire, une suppuration, une évacuation quelconque habituelle, peuvent avoir été supprimés. Dans tous les cas, lorsque les convulsions ont lieu, la première indication est moins de chercher à calmer les accidents nerveux que de rappeler la maladie à son siège primitif. Les moyens varieront suivant les circonstances; mais le plus souvent les rubéfiants et les vésicants sur la partie même que la maladie occupait procureront l'effet désiré.
Si quelqu'une des qualités physiques des corps agit avec trop de violence sur nos sens, la première indication est de tempérer l'action de ces qualités : ainsi on modérera la vivacité de la lumière, la violence du bruit, etc. Il a suffi à Borétius de déplisser le béguin mal arrangé, et à Buclian de déshabiller un enfant, pour faire cesser les convulsions. Ces changements ne suffisent pas toujours; souvent les convulsions persistent après que leur cause a cessé d'exister; l'irritation cérébrale survit à celle des sens. Le traitement doit alors se rapporter aux principes que nous avons déterminés.
Lorsque la dentition est difficile, on cherche d'abord à calmer l'irritation des gencives en les enduisant de crème, de beurre, de miel blanc, de graisse, de beurre de cacao, d'un mélange de sirop violât §j b et de suc de joubarbe § b ( De Haën), de moelle de veau, de graisse de poule, de cerveau de lièvre, auquel les mères ont la plus grande confiance. On favorise ensuite la sortie de la dent en donnant un hochet à l'enfant, ou mieux un morceau de racine de guimauve , une croûte de pain; et si la violence des accidents le nécessite, on incise la gencive sur la dent. Enfin, on fait attention à l'état du cerveau, qui a toujours alors la plus grande disposition à s'engorger ou à s'enflammer. On sent de quelle importance seront ici les pédiluves et les autres moyens révulsifs. Comme antispasmodique , Sydenham et
Richard Conyeis conseillent quelques gouttes d'esprit de corne de cerf.
Ce que j'ai dit de l'inflammation en général me dispense de parler de la gastrite et de l'inflammation des autres viscères^ quelque fréquentes que soient les convulsions qu'elles occasionnent.
S'il y a une indigestion, si l'enfant a pris du mauvais lait, on provoque le vomissement, toujours facile; on donne l'ipécacuanha, et ensuite quelque calmant et un nouveau lait, et l'on surveille un peu mieux le régime.
Lorsque des substances vénéneuses ont été ingérées dans l'estomac, on imite la conduite de Boerhaave ; on fait vomir si l'époque où les substances ont été avalées n'est pas éloignée. On s'en tient ensuite, si le poison est végétal, à quelques boissons antispasmodiques et acidulées. Si le poison est acre ou corrosif, après le vomissement, ou lorsqu'il n'est plus praticable , on ne peut plus que combattre l'inflammation gastrique par les sangsues sur l'épigastre et par les boissons émollientes, mucilagineuses, gommeuses, Talbumine de l'œuf étendue, etc. Il est impossible d'entrer dans les détails que nécessiterait Tempoisonnement par chaque poison en particulier.
Les enfants sont très-sujets à un embarras muqueux des premières voies, dont l'évacuation naturelle ou artificielle fait cesser les convulsions. Quelle que soit la cause première de celte viciation dans la sécrétion gastrique, les seuls moyens efficaces sont les évacuants : les adoucissants ne
font que favoriser cette espèce de stagnation muqueuse dans Testomac. C'est dans ces cas que Armstrong a obtenu de si bons effets de son vin antimonié , que Harris réussissait avec la magnésie, et qu'on réussira avec les mêmes moyens, qu'on peut remplacer par l'ipécacuanha, le sirop de Glauber. Si cet état saburral existe dans les intestins , les évacuants par le haut seront plus nuisibles qu'utiles; c'est par le bas qu'il faut éliminer cette surcharge muqueuse : les doux purgatifs atteindront ce but : tels sont le calomélas, la' rhubarbe, l'huile d'amandes douces, la manne qu'on fait sucer dans un nouet; les sirops de chicorée, de fleurs de pécher, de rose pâle, etc. La magnésie elle-même peut convenir. Si des raisons ne permettaient pas de donner des purgatifs par l'estomac, on les administrerait par le gros intestin, en augmentant leur dose.
Quoique le développement des gaz et la distension pénible des intestins qui en résulte , soient l'effet d'un état pathologique de la muqueuse intestinale , on cherche à les expulser par différents moyens bien ménagés, ou bien à les absorber par l'administration de la magnésie calcinée.
Les purgatifs légers par le iiaut et par le bas seront utiles lorsque la constipation ou la rétention du méconium paraîtra la cause des convulsions. Il ne faut jamais trop long-temps insister sur leur usage , le canal intestinal en serait à coup sûr désagréablement affecté. Il suffira bien des fois de faire prendre à l'enfant un bain tiède ou un bain
de siège pour lui procurer des selles ; ce n'est que lorsque ce moyen aura été insuffisant qu'on devra recourir aux autres.
Pour avoir cessé de jouer le rôle qu'ils ont joué dans Thistoire des maladies des enfants , les vers n'en sont pas moins quelquefois la cause des convulsions. Lorsqu'on aura acquis la conviction que telle est la cause de cette agitation , les vermifuges seront indispensables, et comme tel on prescrira le calomélas, qui a l'avantage de convenir lors même qu'il n'y a point de vers, à cause de l'action particulière qu'on lui suppose sur les maladies cérébrales.
Il n'est pas le seul antlielmintique dont on puisse faire usage : l'helminthocorton , la sementine, Fhuile de noix unie au jus de citron, l'huile de ricin, les différents sirops vermifuges procureront aussi des succès.
Si une hernie , un renversement du rectum , ou quelque autre cause physique de douleur existait sur les intestins, il faudrait la réduire ou faire disparaître tout obstacle au libre exercice des fonctions digestives.
La médication des causes de convulsions dépendantes de l'appareil respiratoire se réduit à trois chefs principaux : 1° rétablir la respiration s'il y a asphyxie par soustraction d'air, ou par un air non respirable , chez un nouveau-né ; 2^ remplacer par un air sain l'air vicié et délétère qu'a respiré l'enfant; 3^ combattre l'irritation des poumons dans la coqueluche, l'asthme aigu de Mil-
îar , le croup , etc. , par les moyens appropriés : évacuations sanguines , calmants et stupéfiants , révulsifs sur les membres, etc.
Je n'indiquerai point les moyens excitants et spiritueux qu'on met en usage contre la syncope : ils sont trop connus. Ce sont les mêmes qui conviendront lorsqu'elle sera la cause des convulsions. S'il y a pléthore générale , nous en avons déjà fait l'observation , c^est aux évacuations sanguines qu'on aura recours. Si , au contraire , il y a hémorrhagie abondante , soustraction brusque d'une grande quantité de sang , la première attention est d'arrêter riiémorrhagie , et de suite après il faut faire prendre au malade quelques cordiaux et des analeptiques : sous ce rapport , je ne connais rien de mieux que du bouillon froid , un vin généreux et de légers potages farineux.
Ce n'est qu'avec les précautions les plus sévères et le plus sagement dirigées qu'on parviendra à détruire les habitudes vicieuses et les jouissances trop précoces de l'amour. Les voyages, une occupation capable de distraire l'imagination des goûts naissants, un régime doux, l'éloignement de toutes les causes propres à réveiller les sensations voluptueuses, seront les moyens les plus convenables.
Une luxation existe-t-elle , il faut la réduire; un membre est-il fracturé, il faut un appareil; des esquilles irritent-elles , il faut en faire l'extraction ; a't-on fait un exercice forcé, le repos est indis-
pensable ; est-on dans l'inaction , un exercice modéré devient le meilleur et le plus sûr remède.
Lorsque des évacuations excessives ont augmenté l'irritabilité nerveuse, et que des convulsions en sont la conséquence, c'eat à modérer ces évacuations que doivent tendre tous les moyens , en même temps qu'à relever les forces épuisées et à calmer Texaltation de la sensibilité nerveuse. Les analeptiques sont encore les moyens les plus efficaces. C'est surtout dans le cas d'épuisement par des jouissances prématurées et excessives que la diététique offre ses ressources bien plus que la matière médicale : régime doux , lait de chèvre ou d'ânesse , petit -lait, gelées animales, gelée de corne de cerf, bouillons de vipère, décoctions chargées de scorsonère, d'orge; bains entiers, etc.
Les évacuations supprimées nécessitent autant de moyens différents qu'il y a d'organes sécréteurs ou exhalants. Les diaphorétiques, les diurétiques , les purgatifs , les emménagogues conviendront , mais chacun dans des cas déterminés.
Dans la crainte de me fourvoyer dans le dédale des théories ridicules des humoristes sur la qualité des altérations des humeurs, je ne me permettrai aucune considération sur ce chapitre intéressant. Je me contenterai de dire que le meilleur moyen de corriger les humeurs viciées , c'est de rappeler les organes sécréteurs à leur état de santé : alors les nouvelles sécrétions étant bien faites et naturelles, leurs produits auront bientôt remplacé ceux qui avaient été formés par l'organe malade.
Si pourtant on avait lieu de présumer que ce rétablissement des humeiirs fût imparfait , je ne serais point éloigné de conseiller quelques évacuants, parce que moi-même j'en obtiens tous les jours de bons effets. Combien de fois n'ai-je pas vu, dans des convalescences longues et douteuses, la santé se rétablir par une évacuation abondante naturelle ou provoquée, par l'application d'un vésicatoire , etc. ! Mais , je l'ai dit , nous sommes encore trop peu avancés sur cet objet pour qu'il soit possible de nous en occuper davantage; nous ne pourrions plus maintenant que nous abandonner au vague des hypothèses.
Je ne terminerai pas cet article sans rappeler * qu'il ne faut pas renoncer absolument à un mode de traitement par cela même qu'il a échoué d'abord. Tel remède qui n'a produit aucun effet avantageux un jour, réussira un autre jour, parce que l'état du malade a changé, soit par la marche de la maladie , soit par les modifications que d'autres moyens lui auront fait éprouver. Il faut donc faire succéder les méthodes les unes aux autres ; mais il ne faut pas craindre de revenir aux médicaments que leur insuccès avait fait abandonner un instant, parce qu'ils peuvent avoir plus tard une action qu'ils n'ont pas eue d'abord» C'est ainsi que dans sa Lxviie obs. Abercrombie raconte qu'une fille de onze ans chez laquelle les remèdes administrés ne produisirent aucun effet pendant les premiers jours, et devinrent très-
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efficaces lorsqu'il eut modifié l'état pathologique de la malade par une saignée de bras.