DESCRIPTION DE LA MALADIE
Les convulsions appartiennent spécialement à l'enfance; la moindre affection se complique, à cet âge 5 de ces mouvements désordonnés , plus souvent effrayants que dangereux. Elles choisissent leurs victimes dans tous les états de la société, sous les lambris dorés comme sous le chaume. Malgré cette fréquence , leur étude a suivi la marche de l'étude générale des maladies des enfants : un sot préjugé en éloignait les médecins. Harris nous apprend que les plus grands praticiens de son temps ne se rendaient qu'avec répugnance auprès des enfants malades. Il n'est donc point étonnant que leur histoire ait été en retard, et que Gilibert , dans son Anarchie médicale, et Tissot, dans son Avis au peuple, se soient plaints avec raison de ce que cette partie de la pathologie avait été trop négligée par les médecins. En 1805, M. Baumes écrivait ; une bonne médecine enfantine est encore à créer. Avouons-le cependant, l'histoire des convulsions a devancé l'histoire de beaucoup d'autres mala*
8 COJ>fVULSIONS DES ENFANTS.
dies du premier âge : quoique plus rares dans l'âge adulte , elles ne lui sont point étrangères , et l'étude qu'on a faite des convulsions à cette époque de la vie, a coopéré à l'avancement de celle des convulsions du jeune âge. Bien des siècles avant qu'on eût des traités particuliers - sur les maladies de l'enfance , de longs articles sur les convulsions se trouvaient dans les ouvrages des plus célèbres médecins.
Hippocrate, cet observateur universel, ce profond scrutateur de la nature, nous a laissé, dans différents endroits de ses immortels écrits , des passages qui attestent qu'il s'était occupé des convulsions avec ce talent supérieur qui l'a mis audessus des révolutions et des siècles. Ici , il nous parle de l'âge où surviennent plus ordinairement les convulsions *; là, il indique quelques signes précurseurs ^j ailleurs, il remonte à la cause prochaine 3 : il n'a pas même confondu les convulsions avec le tétanos , ainsi que cela a
1 Fiunt aiitem convukiones promptîsslmè quidem pueris quàm prhnùm editîs usque ad septimum annum ( Prognost. , § 34 , et Prœnolionum , §82).
2 Pueris convulsîones accidunt, si vigilent, et litgeant (Aphoris.). Puerilis acuta febris , alviis nihil reddens , unàque somjii vacuitas ; tiim calcitandi vis crebra , coloris item mutatio , et riiboris suffusio ; convidsifica hœc sunt ( Aplior. 115 , sect. vn). Pueris convulsiones accidunt^ sifebns acuta fueritf venter non dejicial; si vigilent, plorenl assidue ^ et calor immutetur , et eœ viridi pallidus , aut lividus , aut rubore contrahatur.
3 A repletione aut ab evacuatione fit convulsio ( Aphor. 39 , sect. vi). Aphorisme fameux qui a servi de type à la plupart des écrits qui ont paru sur les convulsions.
été fait après lui i ; il a tracé le pronostic avec cette vérité que les siècles n'ont fait que confirmer 2. Le traitement, quoique bien insuffisant, ne lui a pas échappé , lorsqu'il nous montre que la chaleur modère les convulsions, convulsiones mitigat 3. Il ne s'est pas montré moins supérieur dans les autres maladies convulsives. Qu'il parle du tétanos, de l'épilepsie ^*, etc., il le fait toujours en homme habile et profondément instruit. Dans ses Epidémies, il a joint l'exemple au précepte, en nous traçant un grand nombre d'obsexvations de convulsions survenues dans des circonstances différentes.
Galien ^ parle longuement des convulsions, et s'applique à commenter l'aphorisme d'Hippocrate, et à tout rapporter aux deux causes, réplétlon et évacuation, auxquelles cependant il enjoint une troisième pour quelques cas : c'est ^irritation produite par une humeur mordicante qui ronge les centres nerveux. C'est ainsi que Galien , trop
1 Frîgidum aulem, commlsiones , tétanos, nigrores, et rigores fébriles (Âphor. 17, sect, v). Les aphorismes 20 et 65 de la même section établissent la même distinction.
2 II nous les montre jugées par la fièvre (Aphor. 57, sect. iv) ; mortelles à la suite des purgatifs ( Aphor. 25, sect. vu).
3 Aphor. 22 , sect. v.
4 Le traité de Morbo sacro paraît ne pas être de lui ; mais il est d'une époque bien voisine de la sienne. Ceux qui ont reproché à l'auteur son opinion sur l'origine de la maladie, ne l'avaient pas lu ; car ils auraient vu qu'il s'élève contre la dénomination de Morbus sacer, l'épilepsie n'ayant rien de plus sacré que les autres maladies.
5 Method. medend.f lib. 12 , in fin.
dominé par ses idées humorales, voyait la vérité , et fournissait un vaste champ à ses éternels commentateurs. Dans un autre endroit de ses écrits * , il place le siège des convulsions dans les nerfs volontaires, et semble, par sa division en trois espèces , ne reconnaître que les convulsions toniques : il n'admet que l'emprosthotonos , Topisthotonos et le tétanos, selon que la contraction est générale, ou que, plus forte dans un sens, elle entraîne le corps en devant ou en arrière.
Aëtius 2 fait jouer le principal rôle à une humeur tenace et mordace; il admet une certaine frigidité analogue à la congélation, et une siccité ou sécheresse des nerfs qui a servi de fondement à la doctrine de Pomme. Il décrit plus loin les convulsions épileptiques, la convulsion canine, qui ne paraît être que la paralysie des muscles d'un coté de la figure : enfin, il admet 3 dans son entier Taphorisme à repletione et ab évacua.' tione, base là-dessus sa thérapeutique, et, comme Galien , les confond avec le tétanos en adoptant les trois espèces. Il est singulier que dans ses vingt ou vingt-cinq premiers chapitres ^ , Aëtius ne fasse aucune mention des convulsions, puisque cette partie de ses œuvres contient les premiers rudiments d'une histoire des maladies des enfants; mais ce faible tableau fut fait au berceau de la
J Lib. de diffcy. Sympt. , cap. m , el de Tremor. et Paljnt. , cap. ult.
2 Tetrab. u , j)art. ii, scrm. i, cap. cxxxi.
3 Tetrab. il , serm. ii , cap. xxxvn.
4 Tetrab. i, serm. iv.
science; il annonce cependant ce que déjà l'on pouvait faire.
Nous voyons les auteurs, pendant des siècles, se traîner sur les traces les uns des autres , rapporter tout à l'aphorisme d'Hippocrate et aux idées galéniques, et s'occuper bien plus de recherches futiles sur les causes prochaines ou les définitions, que de l'observation sévère des faits.
Ainsi que Galien et Aëtius, Guillelmus Rheginus, médecin de Lyon, confond les convulsions avec le tétanos, et en adopte la distinction en trois espèces t.
Rivière donne Je nom de convulsion à la contraction permanente des muscles, et de mouvement convulsifk la contraction alternative ^. Il fait dépendre celle-ci de l'irritation, et la première de la réplétion ou de l'évacuation. Malgré ses efforts, il reconnaît l'impossibilité de tout rapporter à ces causes, et se tire d'affaire en citant des paroles de Y acutissimus Averroès, et du subtilissimus Argenterius , dont le résultat est qu'on ne peut tout expliquer Mais il se montre observateur dans la distinction des convulsions en générales et partielles, et en faisant dépendre le spasme cynique, tortura oris ^ de la contraction des muscles d'un seul côté de la bouche, et le rire sardonique, de la contraction des muscles de l'un et de l'autre côté. La seule observation de
ï Medicinœ Eœercîtamenta , pag. 78, art. Convulsiorti 2 Praxeos medicœ, lib. i, çap. vi, de Convulsione,
convulsions qui lui soit propre, est fournie par un enfant de dix ans *. Il en cite une autre qui lui a été communiquée par le docteur Petro Pascheco 2.
Lazerme 5 suit toutes les distinctions de Rivière. Dans son second volume, au traité des maladies des enfants, il confond les convulsions avec l'épilepsie, et il ne donne que la définition de celle-ci.
Zacutus Lusitanus ^ a fait un long chapitre sur les convulsions; c'est un commentaire insipide de quelques opinions de Galien qu'il discute et adopte. Il n'élève point de doute sur la double cause de la réplétion et de l'évacuation; et, la prenant pour type de toutes les autres causes , il cherche à laquelle des deux elles se rapportent f s'occupe ensuite de la cause première, et fait remonter la convulsion à i^epletione à une matière humide et pituiteuse, et la convulsion ab euacuatione à une sécheresse positive ou privée , siccitas positiva anprivata : recherches longues et stériles qui ne mènent à rien , quoique , sur cette distinction de sécheresse et d'humidité, il établisse son diagnostic , son pronostic et son traitement. Si cette partie est toute hypothétique , il n'en est pas de même de ce qu'il dit dans le livre Introïtus ad Praxin^ recueil précieux de sages conseils sur les talents du médecin , sur la manière de les^
1 Centui'ia iv, obs. nx.
2 Obs. commun. , n® vui , p. 555 , edit. in-fol. Lugd. , 1738.
a Curaliones morborum, t. i, p. 119 ; movborvm internorum capilis , en p. curcUio convulsionis .
^ Lib. V, cap.viM, de Convuhione.
acquérir, et sur sa conduite auprès des malades et dans le monde. On aime à lire le 77^ précepte relatif aux maladies des enfants, qu'il engage à bien étudier parce qu'elles sont nombreuses; on y trouve la sage recommandation d'Avicenne, d'agir sur le lait delà nourrice; et celle de Galien , de la changer si elle est suspecte.
Holler ^ n'ajoute rien aux connaissances acquises; au milieu de quelques bonnes choses, il se laisse entraîner par l'idée de la réplétion et de l'évacuation. Les annotations et les remarques de Duret et de Vallesius sont des réflexions théoriques relatives à une matière morbifîque se dirigeant sur les muscles, etc. Cependant Duret parle de convulsions mortelles causées par la piqûre de la vive (draco marium), et par la déglutition de différentes plantes vénéneuses.
Sennert ^ emploie indistinctement les noms de spasme et de convulsion , et il n ^ comprend que les convulsions toniques emprosthotonos , opisthotonos et tétanos. Ailleurs 3 il établit la même analogie entre le spasme, la convulsion, la distension et la contraction, et il en distingue les mouvements convulsifs, in quibus membrum agitatur, vibratur et \>arid concutitur. Il cite Cardanus, qui, dans ses savants commentaires, avait établi la même distinction, avec cette différence
* Opéra practica, lib. i, cap. ii, ad Convulsionem.
2 Instit. medic, lib. m, pars m , sect. i, cap. vnr, de matricis facultatis symptomatihus .
3 Ibkl. , lib. I , pars, ii , cap. vin.
14 CONVULSIONS DES JENFANTS.
qu'il appelle convulsions les mouvements convulsifs, et tétanos, emprosthotonos et opisthotonos la convulsion de Sennert. A la fin de ses œuvres ^, Sennert a traité en particulier du régime et des maladies des enfants. Dans les chapitres viii, de Pavore in somno^ et ix, de Figiliis nimiis , il indique avec exactitude tous les signes avantcoureurs des convulsions; dans le chapitre x, où il consacre une petite note aux convulsions proprement dites , il renvoie à tout ce qu'il en a dit précédemment.
Au milieu de cet asservissement aux opinions d'Hippocrate et de Galien, on aime à voir, dans des temps encore reculés, deux hommes célèbres, Thomas Willis et Franciscus Deleboë-Sylvius , faire tous leurs efforts pour secouer le joug imposant des grandes autorités. Le premier, qui s'est tant occupé du système nerveux, lui rapporte tout; mais, entraîné par l'esprit du temps, il reconnaît deux espèces de convulsions, l'une causée par une matière spasmodique (^materia spasrnodica) , l'autre par une certaine force explosive des esprits {^spirituum copula explosivd). Il admet que les convulsions varient suivant que les causes agissent sur le cerveau ou sur les extrémités des nerfs. Il fait observer que, de toutes les maladies, ce sont les mouvements convulsits auxquels les enfants sont le plus sujets , et il fixe les deux époques de leur plus grande
ï Instit. medic.^ Hb. iv, Practica.
DESCRIPTIOPf. 15
fréquence, au premier mois de la naissance et pendant l'éruption des dents *. Deleboë rapporte à quatre chefs principaux les causes des convulsions : V lésion des nerfs, auxquels il fait jouer un grand rôle au sujet des esprits animaux 2; 2® les substances acres quelconques, acides ou salines; 3^ les humeurs acres, bile et pituite; 4o les différentes espèces d'inflammation. L'opposition qu'il établit entre la paralysie et la convulsion , prouve que c'est le tétanos qu'il a eu en vue : in convulsione vero membra rigida et cpntracta. Il tire , avec beaucoup de sagacité , le pronostic des différentes causes de la maladie. Son traitement est beaucoup plus incomplet : il ne consiste qu'en un long commentaire sur l'histoire de Charles IX donnée par Ambroise Paré, et en réflexions sur la manière d'agir de la bile, du sang et de la pituite , humeurs qu'il attaque par les esprits oléagineux, sulfureux et salins.
N'oublions pas Gualterus Harris s^ à qui la médecine des enfants est tant redevable. Il n'a point traité , il est vrai, des convulsions en particulier; mais, en faisant justice d'une foule de théories surannées, il a donné à l'étude des maladies du jeune âge un caractère de simplicité qu'on ne connaissait pas. En faveur des services qu'il a rendus à la science, on lui pardonnera sa
1 Opéra medica, lib. , Pathologice cerebri et nervOsi , cap. iv , de Morbia convuJsivis.
2 Opéra medîca , lib. i , cap. xiii.
3 De morbis aculis infantum.
prédilection pour l'acide, dont il a fait la cause générale de toutes les maladies. Le remède qu'il lui opposait était innocent, et par conséquent utile.
Plus tard, Frédéric Hoffmann ^ consacre un long chapitre aux convulsions. Il y traite la question à fond et l'envisage dans presque tous ses rapports. Mais, dominé par l'idée que la cause de la maladie réside dans la moelle épinière et ses membranes, il rapporte tout à cette idée favorite. Sa dissertation est remplie d'excellentes choses, et il la termine par huit observations intéressantes. Suit un chapitre de Motihus consulsiuîs vagis y dans lequel il traite des convulsions insolites extraordinaires , appelées diaboliques par quelques auteurs. A la fin du tome m se trouve un traité des maladies des enfants et des moyens de les conserver en santé. Hoffmann y avoue la difficulté de reconnaître leurs maladies , se livre à de savantes recherches sur leurs causes en général, et dans le chapitre de l'épilepsie et des convulsions, il renvoie à tout ce qu'il en a dit auparavant. En parlant du traitement, il fixe l'attention sur les qualités du lait de la nourrice et sur ses caractères; sur le méconium, les vers et .la rétropulsion des exanthèmes. Il rejette, chez les enfants, les opiacés et les volatils, quippe quœ non solitm ipsas mali accessiones reç>ocant,
" Opéra omnia, tom. m , sect. i , cap. n, aie Motibua convulsivis, et ni, de Motibus Convulsivis, p. 24 et scq.
verum etiam malum reddunt deierius ac pertina-
dus.
Rleinius * a consacré un article aux maladies des enfants : infantum et puerorum morhi. Il établit plusieurs propositions générales relatives aux convulsions : elles sont toutes justes et vraies, mais bien insuffisantes.
Sydenhara n'a point traité des convulsions en particulier. Dans le chapitre consacré à la colique bilieuse qui régna dans les années 1670, 1671 et 1672, il les assimile aux vapeurs : vapores , cum vulgo dico^ siue convulsiones^ et après, hi vapores sive convulsiones hœ. Dehaen , Stoll et tant d'autres n'ont point traité non plus des convulsions en particulier; mais ils nous ont laissé, sur cette maladie , des réflexions et des observations qui dénotent de grands observateurs, et dont nous aurons plus d'une fois occasion de faire usage.
La fameuse thèse de Stahl ^ réveilla l'attention sur la véritable cause des maladies de l'enfance; on les y fait dépendre d'une énergie vitale qui dirige d'une manière spéciale les mouvements vers la tête , sans méconnaître une énergie analogue du côté des viscères abdominaux. C'est en vain que le professeur Baumes et quelques auteurs ont essayé de nier cette prédominance d'organe, l'observation a prévalu sur leurs raisonnements.
I Interpres dînicus , 1759.
* De Moi'boriim œtatum fundamen'is.
18 coîsvuLSioiys des enfa^nts.
Beaucoup d'auteurs , dans des traités sur les maladies des enfants , ont consacré un article plus ou moins étendu aux convulsions. Dans tous, la concision nécessaire à ce genre d'ouvrages a fait éviler le défaut de se livrer à des discussions futiles; mais , renfermés dans des limites trop étroites, leurs articles , d'ailleurs fort intéressants, ont peu ajouté à la science : cependant il est des auteurs que l'on peut consulter avec plus de fruit : tels sont Armstrong , Jolinston, Hamilton , Underwood, Rosen, Chambon , etc., et la plupart des auteurs de pathologie. Sauvages, Lieutaud, Cullen , Ludwig, Macbride, Vogel, Boerhaave, Pinel, etc.
Les deux ouvrages les plus complets que nous possédions sur les convulsions sont le Traité des nerfs et de leurs maladies , de Tissot , et le Traité des Corwulsions dans V enfance ^ du professeur Baumes , mémoire couronné par la Société royale de Médecine. Ces deux auteurs , riches de tous les matériaux de leurs devanciers et de leur pratique particulière , ont formé, par la distribution, l'ensemble et les détails, des traités exprofesso dans lesquels on trouve tout ce que la science possède sur ces maladies, lis peuvent satisfaire également le théoricien et le praticien. Il ne leur manque que d'avoir écrit quelques années ^\\\^ lard pour être dépouillés d'opinions encore entachées de doctrines surannées. Tissot ne voit que fluide nerveux, humeurs acres, sécheresse et mollesse de la fibre. M. Baumes est beaucoup plus hu-
moriste encore * , et beaucoup trop chimiste.
Il est une classe de praticiens dont les travaux sont précieux pour l'histoire des maladies des enfants , je Yeux parler des accoucheurs. Ils voient l'homme à son berceau ; ils ont du s'occuper de ses premières souffrances et des moyens de les soulager. Effectivement, depuis que d'anciens préjugés ont cessé d'exclure les hommes de la pratique des accouchements, nous avons vu les accoucheurs , en nous donnant les résultats de Jeur pratique, nous donner aussi les observations qu'ils avaient recueillies sur les maladies des enfants. Ainsi Guillemeau , après son traité d'accouchements, s'est occupé du régime et des maladies des enfants , et il a consacré aux convulsions le 29® chapitre , dans lequel il s'élève , en parlant du traitement, au-dessus de l'époque à laquelle il vivait.
Quoique Mauriceau ait destiné la fin du tome premier de ses œuvres aux maladies des enfants , il ne traite point en particulier des convulsions : il en parle au chapitre de la dentition comme étant l'accident le plus ordinaire et le plus grave de cette époque difficile de l'enfance ; il blâme l'usage de bourrer les enfants de bouillie , parce que les tranchées qui en résultent causent souvent les convulsions. Parmi ses nombreuses observations, on en lit quatre de convulsions chez les enfants.
I On lit dans la préface de son ouvrage, page 15 : h Ce ne sont point les Eypothéses du solidisme qui amèneront ce beau résultat , mais les sages lois de rhumorisme.
Burton place à la suite des accouchements un traite des maladies des enfants. Il examine les convulsions sous leur véritable point de vue, et il en place le siège essentiel dans le centre du système nerveux. Il ënumère les causes qui peuvent les produire y et il dit que se sont elles qu'il faut s'appliquer à combattre dans le traitement.
Deleurye consacre un chapitre aux convulsions des enfants. Ee sujet y est faiblement traité. Il fait partir du bas-ventre la cause des convulsions d'une manière un peu trop exclusive.
Smellie, ayant senti la nécessité de rattacher aux accouchements les maladies des enfants qui viennent de naître, n'a parlé que des convulsions qui surviennent à la suite d'un accouchement, dans lequel une tête volumineuse a été longuement comprimée par la filière du bassin.
Levret, dans un fort bon article sur les convulsions, s'efforce 1" de combattre l'opinion exckisiveoù l'on est, que les convulsions dépendent toutes de la dentition; 2^ de fixer l'attention sur les véritables causes des convulsions , parce que ce sont elles qu'il faut attaquer. Ces recherches sont très-délicates , dit-il , mais elles sont quelquefois indispensables.
A l'exemple de Mauriceau , Puzos ne traite que des convulsions qui sont le produit de la dentition.
MM. Gardien et Gapuron , en marchant sur les traces de leurs devanciers, ont donné beaucoup plus d'extension à leurs traités des maladies des enfants. Chaque chapitre est une description, aussi
complète qu'on puisse le désirer, des maladies propres à cet âge. Le chapitre des convulsions, dans M. Gardien , laisserait peu de chose à désirer, si cet estimable auteur ne s'était pas laissé en quelque sorte accabler par l'abondance des matières , qui sortent de sa plume péle-roéle, et donnent à ses descriptions un défaut d'ordre qui fatigue le lecteur. M. Capuron est plus concis ; il expose avec beaucoup d'ordre ce qu'il y "a d'essentiel à savoir.
M. Eusèbe de Salle vient de publier une nouvelle édition des Maladies des enfants d'Underwood; il en a fait un ouvrage nouveau parles notes nombreuses et instructives qu'il y a ajoutées, et surtout par un discours préliminaire où il expose la doctrine de M. Jadelot sur la physionomie des enfants malades , doctrine qui promet de grands résultats.
Les sciences médicales ont reçu une nouvelle direction ; les convulsions ne peuvent rester étrangères à la révolution qui s'est opérée, €t des praticiens distingués se sont déjà empressés de les y faire prendre part. M. Desruelles , dans un Mémoire sur les^ difficultés que présente le diagnostic des Maladies des enfants i , a tenté d'aplanir les difficultés, et d'appeler les médecins à l'étude de ces maladies , en la rendant plus facile. La constitution plus régulière , plus uniforme des enfants, rend leurs maladies plus simples , et par
' Journal gcndral de médecine, cahier Je septembre 1821.
conséquent plus faciles à reconnaître. Les efforts de M. Desruelles sont louables; mais je doute qu'il fasse adopter en entier les conséquences auxquelles il est arrivé.
Les travaux dont nous devons le plus attendre pour compléter l'histoire des convulsions , sont tous ceux qui s'appuieront sur des faits nombreux et bien observés , et sur les résultats de Tanatomie pathologique. Ce dernier caractère a manqué à tous les traités des convulsions : aussi leur théorie est-elle vague et incertaine. Cependant Morgagni avait tracé la marche à suivre. Par des faits nombreux , il avait prouvé la dépendance des convulsions de l'altération pathologique du cerveau. Aussi son immortel ouvrage semble -t -il appartenir à l'époque actuelle. Marchant avec assurance sur les traces d'un aussi beau modèle , le professeur Lallemand donne à ses Lettres sur les Maladies de l'encéphale ce caractère de vérité et de profondeur qui est le cachet des bons livres. Avec un plan différent il arrive aux mêmes résultats. Morgagni, prenant en particulier chacun des phénomènes auxquels on a donné le nom de maladie, remonte à leur cause première, et la trouve dans une foule d'altérations organiques très-variées. Le célèbre professeur de Montpellier a pris pour point de départ ces altérations mêmes, et dans rénumération des phénomènes auxquels elles donnent lieu , il a compris ceux qu'on a long-temps regardés comme la maladie essentielle : la différence n'est donc que dans le point
du départ. On pourrait encoie dire que l'un a fait la synthèse , et l'autre l'analyse.
Cette méthode d'investigation organique ne s'est point ralentie. Elle caractérise l'époque actuelle. Aussi, depuis la première édition de cet ouvrage , nous possédons une quantité immense de faits , dans lesquels l'autopsie cadavérique , en démontrant les altérations auxquelles étaient dues les convulsions , a fait connaître le véritable organe malade , la véritable maladie , le véritable point de départ.
C^est ainsi que M. Sablairoles , en s'occupant de la prépondérance de l'appareil digestif sur le cerveau des enfants, en a fait trop exclusivement, à l'exemple de Deleurye et quelques autres, le foyer de toutes les maladies de celte première période de la vie, et par conséquent des convulsions. Mais cette opinion absolue n'ôte rien au mérite de ses recherches sur ce point de doctrine , ni aux faits qui lui sont favorables, et dont il a enrichi la science.
M. Abercrombie a publié un ouvrage remarquable sur les maladies de l'appareil cérébrospinal. Il y a réuni un grand nombre de faits de phlegmasies et d'altérations diverses de l'encéphale et de ses dépendances, autant chez les enfants que chez les adultes , et dans lesquels les convulsions ont fréquemment été le symptôme dominant et le plus effrayant. De nombreuses nécropsies ajoutent au mérite de ces observations. Cet ouvrage a été traduit et considérablement
annoté par le docteur Gendrin , qui en a fait le Iraitë le meilleur et le plus complet que nous possédions sur les maladies de l'encéphale, parce qu^il est le moins systématique.
Dans ses Recherches sur la méningite des enfants , M. Senn a fait connaître beaucoup de faits intéressants de cette maladie , et dans la plupart on voit les convulsions jouer un rôle bien grand, quoique dépendant de la phlogose méningienne; ce que l'autopsie n'a presque jamais manqué de confirmer.
Les deux ouvrages sur les maladies des jeunes enfants, publiés par MM. Denys et Billard, ne font aucune mention particulière des convulsions. Ils signalent tout simplement ce phénomène , à mesure qu'il a été produit parla méningite, l'encéphalite ou toute autre maladie. En conséquence, ils n'ont pu rien ajouter à ce sujet, puisqu'ils l'ont mis dans l'oubli le plus complet.
L'article du nouveau Dictionnaire de médecine, celui que MM. Roche et Samson lui ont consacré dans leurs Nouveaux éléments de pathologie médico - chirurgicale , n'ajoutent rien non plus à nos connaissances ; car ils ne parlent des convulsions que comme d'un souvenir, et de manière à faire voir qu'ils ne s'en sont pas occupés.
Il vient de paraître un petit manuel de M. d'Huc, sous le titre de Le Médecin des enfants , guide pratique , dans lequel les convulsions sont rangées parmi les accidents de la dentition. L'exposé
succinct qui en est fait, est incomplet et n'apprend rien de nouveau.
Comme on le voit , l'histoire des convulsions n'a rien acquis depuis la publication de mon ouvrage, puisque les médecins, ne les envisageant plus que comme un symptôme, les ont proscrites et effacées de leurs traités sur les maladies des enfants. Cependant les observateurs ont recueilli un grand nombre de faits d'anatomie pathologique ^ qui sont venus remplir une lacune dont je m^étais plaint , en fournissant la preuve que les convulsions sont, comme je le disais, le résultat d'une irritation directe ou secondaire de l'encéphale ou de ses dépendances. Ces faits sont précieux , et ^ plus loin , ils nous seront d'une grande utilité pour étayer et confirmer mon opinion. Quelque nombreux que soient ces matériaux importants ^ quelque redevables que nous soyons aux travaux des modernes , personne ne les a encore mis en œuvre de manière à en former un traité des convulsions que l'on puisse appeler complet. Y aurat-il une main assez habile pour construire ce grand édifice? J'ai tenté l'entreprise, aurai-je été assez heureux pour approcher du but ?