DIVISIONS
Aucune maladie , peut-être y n'a éprouvé autant de variations dans la manière dont on a établi ses espèces ou ses variétés : autant d'auteurs, autant de classifications. Nous avons déjà vu la distinction de Galien en emprosthotonos , opisthotonos et tétanos , traverser les siècles de barbarie jusqu'après la renaissance des lettres. Enfin on reconnut que les convulsions n'étaient pas toujours toniques, et Cardanus, le premier, distingua les convulsions , spasmes d'Hippocrate , ou mouvements convulsifs, des contractions tétaniques. Dès-lors les convulsions cessèrent d'être confondues avec le tétanos; mais elles se présentent sous tant de formes qu'on en multiplia les espèces. On les classa d'après les variétés de contraction , et on rapprocha ainsi les crampes , le strabisme , le tic , le torticolis , les grincements de dents, les soubresauts, le rire sardonien, le rire cynique , l'épilepsie , la raphanie , les tremblements, les contractures, etc., etc.
Ce mélange indigeste mit en rapport des maux bien différents, et multiplia les distinctions sans
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nécessité, en en faisant autant qu'il y avait de parties susceptibles de se convulser. Sauvages se conforma à cette méthode, et fit, en outre, des variétés autant qu'il put trouver de causes capables de les produire; une observation lui suffit pour en établir une. Toute vicieuse qu'elle est, cette classification a de grands avantages pour la pratique : en connaissant mieux la cause, il est bien plus facile de triompher de la maladie. Aussi beaucoup d'auteurs ont-ils édifié sur la même base, sans se laisser entrahier à cette multiplicité innombrable de divisions et subdivisions souvent puériles.
C'est avec cette sage réserve que Rosen , dans son Traité des maladies des enfants , a fait différents groupes de causes , sur lesquelles il a fondé sa division. Sa distinction la plus importante séparait les convulsions idiopathiques des convulsions sympathiques, ou les convulsions essentielles des convulsions symptomatiques. Cette division fut rejetée par Boissier-de-Sauvages ; elle méritait cependant bien d'être conservée, surtout à une époque où tous les enfants semblaient périr de convulsions. Ainsi que Font observé Armstrong et Underwood, cest faute d'avoir fait cette distinction qu on voit mourir de convulsions plus d'enfants quil n'en meurt réellement: parce que la scène s est terminée par des mouvements convulsifs ^ on ne doit pas en conclure qu'ils soient morts de convulsions : une maladie grav^
existe, et les mous>ements n ont été que V effet de la violente irritation des nerfs,
Cullen , et, d'après lui, le professeur Baumes, ont suivi la grande division de Cardanus , d'Hoffmann, etc., en convulsions toniques et en convulsions cloniques : ils ont rapporté toutes leurs subdivisions à ces deux chefs , quelquefois en les multipliant un peu trop , et d'autres fois en y rapportant d'autres maladies qui ne sont rien moins que convulsives. M. Baumes ne nous persuadera jamais que les coliques, l'ictère, le strabisme, etc., sont des convulsions. Nous ne retrouvons dans la plupart des auteurs que la répétition des divisions admises par leurs devanciers , à peine les ont-ils légèrement modifiées.
Plusieurs de ces classifications sont basées sur l'observation , et elles se rapprochent plus ou moins de la vérité. Mais, créées à une époque où la médecine était privée des immenses richesses que l'anatomie et la physiologie pathologiques lui ont acquises , elles ne sont plus en rapport avec la science , et elles ne peuvent plus être conservées. Je me dispenserai même de leur en substituer une : ce n'est qu'à mesure que nous avancerons dans l'histoire de la maladie qu'il nous sera possible d'établir les distinctions. J'avertis seulement que je ne m'écarterai point du sens dans lequel j'ai renfermé ma définition. De cette manière j'éviterai la confusion.
SYMPTÔMEvS PRÉCURSEURS.
Si les convulsions débutent quelquefois d'une manière brusque et inopinée, plus souvent encore elles sont annoncées par des symptômes précurseurs dont la durée est illimitée, mais qui avertissent l'homme de Fart de l'imminence du mal, et le font tenir sur ses gardes. L'enfant n'est pas encore malade, et déjà on le voit menacé. Son œil est plus vif et presque hagard ; son caractère devient plus impatient, plus colère, plus hargneux; il cherche querelle à ses camarades; tout le contrarie et le dépite; son sommeil, beaucoup moins long et plus léger, est interrompu par des rêves effrayants qui le réveillent en sursaut, donnent à sa figure l'expression de la terreur, et lui font pousser des cris d'effroi. Quelquefois l'insomnie est complète, l'enfant dort à peine une heure pendant les vingt-quatre heures; d'autres fois il y a somnolence pendant le jour et insomnie pendant la nuit.
Ces symptômes font des progrès. Les yeux sont habituellement ouverts ou fixes , ou bien ils ne se ferment qu'à moitié, et alors la prunelle se cache en haut, et la sclérotique paraît seule dans Fécartement des paupières; le globe de l'œil, agité, semble rouler sur lui-même. Le visage change de couleur et se décompose d'un instant à l'autre ; la respiration devient inégale
et même suspirieuse. Parfois Tenfant pousse des cris plaintifs, tantôt interrompus, tantôt continuels. Il tressaille fréquemment sans cause connue, ou poui" la cause la plus légère : ces tressaillements sont plus fréquents et plus manifestes pendant le sommeil, et ils éveillent souvent l'enfant. Il y a des grincements de dents; les bras commencent à se roidir, exécutent quelques mouvements brusques et involontaires ; les doigts s'écartent les uns des autres, les pouces seuls se portent en dedans. Les mains se dirigent machinalement vers les narines, et y produisent un frottement singulier. La contraction des angles des lèvres donne lieu au rire sardonique ou au rire cynique. Souvent il y a vomissement et: constipation,
Ge ne sont point encore là des convulsions , mais c'en sont les avant-coureurs , et on les voit succéder plus ou moins vite. Cependant cet état peut durer assez long-temps sans en être suivi. C'est de cet assemblage de symptômes que quelques auteurs, entre autres Chambon 4, ont fait une description particulière sous le nom à' insomnie et de frayeurs nocturnes ^ : n'est-ce pas multiplier les objets sans nécessité? Si l'on voulait donner un nom à cet état, j'adopterais volontiers l'expression vulgaire de convulsions in-
1 Traité des Maladies des enfants , t. i , chap. l et li.
2 Lazermc (Ciirationes morborum , t. n , pars morborum injanùum , p. 95 et 06 ) les avait déjà signalées comme des maladies distinctes sous les noms de pavor nocturnus et vigiliœ immodicœ.
ternes s convulsions dans la tête , ou celle de coni^ulsions sourdes , con^^ulsions imminentes : du moins on ne serait point détourné de l'idée de la maladie essentielle, on ne ferait point une maladie à part du premier degré des convulsions. Mais à quoi bon créer des mots lorsqu'ils sont inutiles ? ils ne font qu'embarrasser l'étude en présentant comme distinct ce qui est inséparable. Outre ces symptômes avant-coureurs , les convulsions peuvent être précédées d'une foule d'anomalies qui n'ont rien de fixe ni de certain. Ainsi l'imagination égarée peut retracer des objets effrayants, et frapper de terreur quelques instants avant la crise. Une douleur vive à la tête , ou partout ailleurs, peut la précéder; un engourdissement général, une tristesse insurmontable, des caprices, des désirs bizarres, ont souvent été les préludes de symptômes plus graves.