ACCIDENTS PRIMITIFS ET CONSÉCUTIFS
A priori, il semble que de graves accidents, primitifs et consécutifs, doivent toujours suivre la réduction des gibbosités pottiques. Jusque dans ces derniers temps, les chirurgiens considéraient que le redressement des gibbosités devait fatalement s'accompagner de retentissement sur la moelle épinière et de généralisation tuberculeuse. Les expériences récentes ont démontré que ces craintes étaient exagérées. D'une façon générale, les accidents dépendent de la technique employée, du siège, de la variété, du volume, de l'ancienneté, de l'irréductibilité de la gibbosité, de l'existence de complications et d'un mauvais état général. Nous indiquons, page 104, les contreindications du traitement. La plupart des accidents signalés sont dus à une intervention trop violente, dans des cas graves et compliqués, qui n'étaient pas justiciables de l'opération.
I. Accidents 'primitifs. — Le chloroforme, ainsi que nous l'avons établi, est bien supporté pendant la réduction, surtout dans la suspension en position verticale. Deux cas de mort, qui paraissent dus à l'anesthésie, ont cependant été signalés.
Il est évident que, pendant les diverses manœuvres de la réduction, l'administration du chloroforme ne peut être rigoureusement surveillée; les mouvements respiratoires sont gênés en raison de la compression de la poitrine par les bandes plâtrées. Aussi préférons-nous, lorsque le sujet est peu sensible et que la bosse se réduit facilement, opérer sans le secours de l'anesthésie.
Pendant l'anesthésie, et même après le réveil, nous avons noté dans deux cas de très légers symptômes d'asphyxie dus à la com-
pression trop grande de la poitrine par des bandes plâtrées. Dans une de nos observations, dès le début de la réduction, le sujet, qui n'était pas anesthésié, accusa une très grande gêne respiratoire. La mentonnière de Glisson étant enlevée et l'extension cessée, les accidents disparurent, mais se reproduisirent aussitôt dès que le malade fut replacé dans notre appareil. Cet enfant était porteur de volumineuses végétations adénoïdes et sa respiration ne se faisait que par la bouche. La mentonnière, en produisant l'occlusion de la bouche, supprimait presque complètement la respiration. Si notre sujet avait été anesthésié et s'il n'avait pas été surveillé, de graves complications se seraient certainement produites. Il résulte de ce fait que la gorge et l'état de la respiration des enfants qui doivent être soumis à la réduction des gibbosités par traction sur la tête et le maxillaire inférieur, doivent être attentivement observés, avant l'opération.
Avec les manœuvres douces et progressives au moyen du redressementinstrumentalque nous recommandons, on n'observe pas les craquements, la propulsion en avant d'une lame vertébrale entière, signalés par quelques auteurs.
Les trépidations épileptoïdes des membres et la contraction des extenseurs des pieds pendant les manœuvres (Vincent), les hématémèses pendant l'anesthésie (Calot) ne sont pas, en général, suivies d'accidents sérieux.
IL Accidents consécutifs. — Parmi les accidents consécutifs signalés, nous citerons : la fièvre post-opératoire, la parésie ou la paralysie des membres inférieurs, la paralysie de la vessie et du rectum (Lorenz, Latouche), les épanchements sanguins dans la plèvre (Malherbe), les ruptures d'abcès froids, l'infection du foyer vertébral, la mort par choc opératoire avec convulsions cloniques (Vulpius), la généralisation tuberculeuse du côté des méninges et du poumon (Calot, Civel, Malherbe).
Nous n'avons que très rarement noté une fièvre grave postopératoire.
Les accidents paralytiques sont peu fréquents et s'atténuent dans les jours qui suivent l'opération. Nous n'avons observé, dans nos nombreuses opérations, qu'un seul cas de parésie légère, qui disparut au bout de cinq jours.
Les complications médullaires graves, la mort par choc opéra-
toire se montrent surtout dans les réductions de gibbosités volumineuses et ankylosées, qui ont nécessité, pour leur réduction, le déploiement d'une grande force brutale. Le sujet de Lorenz était déjà partiellement paralysé, avant l'intervention.
La réduction des gibbosités en pleine évolution qui siègent à la région cervicale ou dorsale supérieure, présente une gravité toute particulière et expose à des accidents médullaires et à la mort rapide des sujets ; l'opération doit s'exécuter, dans ces cas, avec une extrême prudence et en ne développant qu'une force de traction et de pression très modérée.
Les épanchements sanguins, ]es ruptures d'abcès froids se produisent, de même, dans les réductions par une violence extrême de vieilles gibbosités ankylosées.
L'opération de la réduction n'a pas, d'après nos observations, une influence défavorable sur la marche et l'évolution des abcès ossifluents.
Dans trois de nos cas, la réduction et l'immobilisation consécutive du rachis ont été suivies de la diminution de volume et de la résorption de deux abcès froids situés dans la fosse iliaque.
La généralisation tuberculeuse est, d'après les auteurs, une cause de mort fréquente chez les gibbeux redressés.
On s'expose moins, croyons-nous, à cette complication, si l'on agit avec douceur en évitant un traumatisme important et des ruptures vasculaires. Il n'est pas juste d'accuser l'intervention de toutes les complications viscérales qui peuvent suivre la réduction de la gibbosité pottique. Il ne faut pas oublier que, presque toujours, nous opérons des sujets qui ont un mauvais état général, chez lesquels la tuberculose est en évolution et en voie de généralisation.
Dans notre statistique qui comprend cent vingt réductions de gibbosités, nous ne notons aucun accident primitif ou consécutif sérieux.
Cette heureuse série est certainement due à la sélection attentive des cas que nous soumettions à l'opération, et surtout à Temploi, pendant la réduction, d'une force continue, régulière et sans secousse.
Nous n'employons jamais une force d'une violence extrême.
Si la bosse résiste à une traction modérée, nous interrompons notre opération et ne cherchons jamais à obtenir quand même la réduction de la gibbosité.
Nous devons une mention spéciale aux complications qui dépendent des appareils plâtrés.
Dans nos premiers essais, les escarres étaient très fréquentes.
Depuis que nous exécutons mieux nos appareils, et depuis surtout que nous appliquons directement nos bandes plâtrées sur un maillot, sans interposition de ouate, cet accident est très rare.
Les compressions douloureuses, le déplacement de l'appareil qui a déterminé, dans un de nos cas, une compression au niveau de la trachée et des phénomènes asphyxiques, l'atrophie de la poitrine, les hernies abdominales peuvent être évités par une application correcte du bandage plâtré.
En résumé, la réduction des gibbosités pottiques est une opération de gravité moyenne. Les complications opératoires ou post-opératoires sérieuses sont rares. Elles peuvent être évitées, grâce à l'emploi d'une technique régulière.