OBSTRUCTION CHRONIQUE DES VOIES RESPIRATOIRES SUPÉRIEURES
Ces scolioses se montrent et augmentent pendant l'adolescence (l'âge de nos malades est compris entre douze et dix-sept ans), principalement au moment de la croissance. Elles évoluent surtout chez les sujets délicats, affaiblis pas l'obstruction nasale. Elles peuvent s'améliorer ou rester stationnaires, lorsque le sujet a grandi et a terminé sa croissance.
A l'inverse des scolioses d'origine pharyngo-nasale, les déformations thoraciques s'observent, au contraire, beaucoup plus communément pendant l'enfance.
Les scolioses, notées chez les rachitiques atteints d'obstruction pharyngo-nasale, s'observent souvent chez des sujets très jeunes, chez des enfants de un an à dix ans.
La preuve que la déviation du rachis est bien sous la dépendance de l'obstruction pharyngo-nasale, et non une simple coïncidence, est fournie par les résultats du traitement.
La guérison ou l'amélioration des déformations thoraciques, des cyphoses et des scolioses, survient en effet assez rapidement dès que les fosses nasales sont désobstruées.
L'examen de nos observations démontre très nettement la causalité que nous signalons.
Sous l'influence du seul traitement de l'obstruction, la circonférence du thorax s'amplifie, la capacité pulmonaire augmente, le rachis se redresse.
Nous possédons de nombreuses observations de guérisons de déformations thoraciques et de déviations du rachis que nous avons obtenues par le traitement de l'obstruction pharyngonasale.
Il résulte de ces faits qu'il faut toujours, lorqu'on se trouve en présence de déviations du rachis ou de déformation du thorax, examiner la gorge. S'il existe de l'hypertrophie des amygdales, le traitement de cette affection ne suffit pas. On doit explorer l'arrière-gorge et rechercher les végétations adénoïdes. Il faut d'abord traiter ces végétations; c'est en effet de cette cure que dépendra la guérison des difformités.
« A première vue, dit G. Ziem, on est surpris de voir une lésion, aussi minime que l'obstruction nasale, entraîner des déviations marquées de la colonne vertébrale. On peut donner de ces faits l'explication suivante :
« L'imperméabilité permanente d'une narine produit un trouble de développement des os voisins de la lésion primitive.
« De là, une asymétrie de la tête, d'où pression inégale qui s'exerce sur le rachis.
« La portion cervicale se déviera d'abord, il se formera ensuite des déviations compensatrices dans d'autres régions de la colonne vertébrale. »
La théorie deZiemne peut s'appliquer aux cas dans lesquels la scoliose est bien nettement dorsale, sans déviation cervicale et sans asymétrie du crâne et de la face.
Nous admettons que, dans ces cas, la déviation du rachis succède aux déformations thoraciques produites principalement par le tirage chronique et l'insuffisance respiratoire. L'état de débilité, l'affaiblissement musculaire, le peu de résistance, la malléabilité des os, notée surtout chez les rachitiques et chez les sujets atteints d'obstruction pharyngo-nasale, prédisposent au développement de difformités du thorax, qui sont bientôt suivies de déviations du rachis. Chez la plupart de nos sujets, la difformité thoracique est apparue la première, la cyphose s'est montrée bientôt et ensuite la scoliose. Si la scoliose évolue chez nos obstrués, vers l'âge de douze à seize ans, au moment de la croissance, cela tient au surcroît brusque d'activité organique, qui se produit à ce moment, au niveau du rachis et du thorax, chez dessujets affaiblis par l'insuffisance respiratoire ou chez lesquels l'obstruction nasale est devenue plus complète.
Les scolioses observées chez les rachitiques atteints d'obstruction pharyngo-nasale, se montrent à une époque variable de la vie, en général chez les jeunes sujets, au moment où le rachitisme est en pleine évolution, à la période de malléabilité et de diminution de consistance des os.
Traitement. — Dans les scolioses en rapport avec l'obstruction naso -pharyngienne il faut d'abord traiter les végétations adénoïdes et l'hypertrophie des amygdales, désobstruer le nasopharynx.
Nous indiquons plus loin le traitement gymnastique et orthopédique complémentaire de la déformation thoracique et de la déviation du rachis que nous recommandons.
Les exercices gymnastiques spéciaux ne seront recommandés que lorsque l'affection du nez et du pharynx sera complètement guérie. Ces exercices seront surtout dirigés dans le but de développer les muscles respiratoires et d'augmenter la capacité thoracique (Voy. p. 324). Les exercices respiratoires au moyen des divers modèles de spiromètres, les ascensions dans les montagnes (Doit), les exercices de chant seront souvent très utiles.
Les maladies nerveuses s'accompagnent fréquemment de déviations du rachis. De récentes études ont démontré l'importance de ce chapitre de neuropathologie.
Le domaine des déviations rachidiennes de cause nerveuse s'étend tous les jours. Plusieurs observateurs attribuent même un rôle capital au système nerveux dans le développement de quelques déviations généralement considérées comme étant sous la dépendance de troubles musculaires ou osseujx.
Tantôt légères, tantôt très développées, ces déviations spéciales sont quelquefois un symptôme principal et un élément de diagnostic de premier ordre, le plus souvent un signe accessoire ou accidentel de l'affection nerveuse. Elles n'intéressent pas seulement le clinicien, mais elles permettent encore, par le mécanisme et les causes nettement établis pour plusieurs d'entre elles, d'éclairer la pathogénie obscure de quelques formes de scolioses, de la scoliose des adolescents, par exemple.
Ces difformités s'observent dans les affections cérébrales, médullaires et des nerfs périphériques; elles sont particulièrement fréquentes dans les affections médullaires, surtout dans les maladies systématisées de la moelle, avec lésions, le plus souvent symétriques, de la substance grise.
Elles diffèrent essentiellement comme fréquence, comme type, comme siège, comme évolution et comme pathogénie, suivant la maladie nerveuse dont elles dépendent.
Elles se présentent sous l'aspect de lordose, de cyphose ou de scoliose, le plus souvent caractérisées par de simples flexions {fausses scolioses). Les déformations osseuses prononcées avec
torsion vertébrale, sont assez rares. On observe, dans quelques cas, sur un même sujet, deux déviations de forme différente, isolément ou en même temps, des déviations se succédant quelquefois à diverses périodes, et occupant le côté opposé à celui primitivement atteint (scoliose alternante).
Mous signalerons dans chaque maladie nerveuse, le type, la variété, l'évolution, le diagnostic et le traitement des déviations rachidiennes, en insistant particulièrement sur la pathogénie, encore assez obscure. Une classification, basée sur les caractères précis de ces difformités, appuyée sur l'étiologie, Fanatomie pathologique ou la symptomatologie ne pouvant être actuellement établie, nous devrons nous contenter dïndiquer, dans Tordre habituel, les diverses maladies nerveuses dans lesquelles les déviations vertébrales ont été signalées.
Cette étude nous démontrera, qu'au point de vue de la pathogénie, ces difformités peuvent être réparties en un certain nombre de groupes.
Un premier groupe comprend les déviations rachidiennes de cause statique, par attitudes vicieuses déterminées par le raccourcissement d'un membre inférieur ou par la douleur.
Dans un deuxième groupe se trouvent les déviations vertébrales de cause musculaire, par paralysie, atrophie, spasme ou contracture, par troubles trophiques (E. Landois), des muscles latéraux du rachis, des muscles extenseurs et fléchisseurs du tronc.
La déviation dépend du groupe musculaire atteint, et, par suite, du groupe musculaire antagoniste normal. Elle se fait dans le sens antéro-postérieur, quand les muscles qui meuvent le rachis dans le plan médian sont atteints, et dans le sens transversal, quand il s'agit d'altérations musculaires unilatérales, ou nettement prédominantes d'un côté du rachis.
Les déviations latérales par paralysie, par contracture, les scolioses hystériques, les déviations sciatiques et les scolioses des hémiplégiques doivent être rangées dans ce groupe.
Dans un troisième et dernier groupe, la déviation vertébrale est sous la dépendance d'altérations trophiques des vertèbres, des articulations et des ligaments vertébraux. Cette théorie trophiqice permet d'expliquer quelques faits de déviations rachidiennes de cause nerveuse.
Chacune des causes que nous venons de signaler peut agir isolément. Le plus souvent les diverses causes se combinent et entrent enjeu simultanément. La même affection nerveuse peut s'accompagner de déviations, produites par des mécanismes différents.