PRONOSTIC. 29S
période, lorsque des déformations vertébrales et thoraciques apportent des troubles dans les fonctions respiratoires et circulatoires et donnent lieu à une difformité très disgracieuse. Il ne faudrait pas cependant, dans tous les cas, apprécier la gravité du pronostic de la scoliose infantile d'après son degré et son ancienneté.
Certaines scolioses ont, dès le début, et avant l'apparition dedifformités importantes, un pronostic très grave. Le rachis, dans ces cas, est rigide, ankylosé ; tout traitement est inefficace.
Les scolioses à pronostic bénin sont surtout caractérisées par la conservation de la malléabilité des os et de la souplesse du rachis, par la réductibilité facile des difformités, par des altérations peu marquées des ligaments et des muscles.
Le rachis scoliotique rigide, avec troubles profonds de la plasticité et de la nutrition du système osseux, avec éburnation des os, est plus difficilement modifié par le traitement que le rachis flexible.
Certaines scolioses très flexibles et surtout le type spécial d'affaissement du rachis par laxité ligamenteuse et par parésie? musculaire que nous avons décrit sous le nom de scoliose flasque ? sont aussi très rebelles au traitement et ont un pronostic très sombre.
Considérées au point de vue de leur siège, les scolioses qui occupent la partie supérieure du rachis sont surtout graves^ parce qu'elles s'accompagnent de difformités apparentes et de troubles fonctionnels des poumons et du cœur.
Les scolioses lombaires, d'un pronostic plus favorable que les cervicales et les dorsales, s'accompagnent souvent de déformations graves du bassin.
Considérées au point de vue de leur forme, les scolioses avecr prédominance de la flexion, les courbures à grand rayon, presque unique, ont un meilleur pronostic que les scolioses avec déformation et torsion, avec courbures multiples presque égales ou à court rayon et à grande flèche, limitées à un petit segment du rachis.
La gibbosité à forme anguleuse (côte de melon) est plus grave, plus difficilement curable que la gibbosité à contour plus ou moins arrondi.
La radiographie en nous indiquant l'état précis du rachis, ei*
nous montrant l'existence de productions osseuses périphériques, nous renseigne sur le degré et les causes de la rigidité du rachis, et nous fixe, par conséquent, sur le pronostic et la curabilité de quelques scolioses anciennes.
Le pronostic de la plupart des scolioses infantiles peut être modifié par un traitement bien dirigé. S'il n'est pas possible de rendre aux vertèbres et aux côtes leur forme absolument normale, on peut tout au moins presque toujours modifier la flexion, arrêter l'évolution de la maladie, atténuer très notablement les déformations.
Le redressement des courbures, les modifications de forme des difformités sont plus faciles à obtenir dans les scolioses d'origine récente que dans les scolioses anciennes, chez les jeunes enfants que chez les sujets âgés.
Chez les jeunes enfants, le traitement est plus difficile à appliquer; il doit être continué pendant un plus long temps que chez les sujets âgés.
Diagnostic. ■ — Le diagnostic de la scoliose est surtout difficile au début, lorsque la ligne des apophyses épineuses n'est pas encore déviée. On recherche attentivement, dans ces cas, les signes indiqués dans notre symptomatologie.
La saillie latérale postérieure qui se répète en sens inverse aux régions dorsale et lombaire, la proéminence d'une des parties antérieures du thorax, avec saillie correspondante sur le côté opposé postérieur, sont des signes certains de scoliose.
Une saillie unique peut dépendre de l'état asymétrique du tronc, sans déviation du rachis, d'un développement inégal des muscles.
On doit, par la palpation et la percussion (Piorry), rechercher la déviation des apophyses transverses, la torsion des corps vertébraux.
Quand la scoliose s'accompagne d'une déviation de la ligne des apophyses épineuses, de courbures multiples, le diagnostic est plus facile.
La simple flexion occupe généralement le point le plus flexible du rachis, c'est-à-dire la partie inférieure du dos et la partie supérieure des lombes; elle présente une courbe à long rayon;
DIAGNOSTIC. 29o
elle s'accompagne d'une inclinaison latérale de la tête et d'une grande élévation du bassin du côté opposé; àmoins qu'il n'existe une contracture spasmodique ou douloureuse des muscles, elle disparaît dans le décubitus et dans la suspension verticale.
La radiographie ne décèle l'existence d'aucune déformation des vertèbres.
Nous avons indiqué les caractères des déviations latérales du mal de Pott (Voy. fig. 33), et les principaux signes qui permettent de différencier cette affection d'avec les scolioses.
Les principaux signes de la llexion, indiqués plus haut, et surtout, dans les déviations lombaires, la très grande inclinaison et obliquité du bassin, permettent de reconnaître les flexions simulées.
Nous avons signalé dans notre étude des déviations d'origine nerveuse, les caractères des flexions vertébrales par spasme, par contracture ou par paralysie des muscles.
Le diagnostic de la variété de scoliose se déduit de la recherche des symptômes que nous avons indiqués en détail, de l'étude de la difformité, de l'asymétrie des contours du tronc, en s'aidant de moyens de mensuration précis.
Il faut, dans tous les cas, rechercher les causes prédisposantes, initiales ou efficientes des scolioses et ne pas se contenter du diagnostic, souvent inexact, de scoliose essentielle, habituelle.
Il y a grand intérêt, au point de vue du traitement, à établir les causes des scolioses, à déterminer les conditions dans lesquelles elles se sont développées.
Il faut examiner si les déviations vertébrales sont sous la dépendance de Y obstruction nasale, des troubles statiques, des attitudes vicieuses, du pied plat, etc.
Les diverses variétés de scolioses (déviations dans les maladies nerveuses, scoliose rachitique, pleurétique, déviations d'origine statique) présentent des signes dislinctifs assez précis.
La radioscopie, et surtout la radiographie, donnent de très utiles renseignements pour le diagnostic des scolioses à leurs diverses périodes.
La radiographie qui nous donne la configuration exacte des parties profondes du rachis, permet d'établir, dans de nombreux cas de scolioses, un diagnostic précis qu'il était impossible
d'obtenir par les anciennes méthodes de recherche, avant la découverte de ce nouveau moyen d'investigation.
Au début de l'affection, à peine ébauchée, alors que la ligne des apophyses épineuses n'était pas déviée, la radiographie, en nous montrant que les vertèbres étaient déformées, nous a souvent permis d'affirmer l'existence d'une véritable scoliose.
Sur plusieurs de nos épreuves radiographiques, nous notons que les vertèbres sont légèrement déformées et en état de torsion, et cependant, sur le sujet, la ligne des apophyses épineuses n'était pas déviée; quelques symptômes peu importants faisaient seulement soupçonner l'existence d'une scoliose.
Le diagnostic de la scoliose au début, nettement établi par la radiographie, permet d'instituer, sans retard, un traitement en rapport avec la gravité de l'affection.
Dans les simples flexions, dans les fausses scolioses et surtout clans les déviations simulées, la radiographie, en démontrant que les vertèbres ne sont pas déformées, est un précieux élément de diagnostic.
Les radiographies, sur plan dorsal et sur plan latéral, indiquent, à diverses périodes de la scoliose, le degré des courbures, de l'asymétrie, l'importance de la déformation et de la torsion des corps et de l'arc vertébral. Elles renseignent sur l'état de flexibilité ou de rigidité du rachis. Elles indiquent nettement le nombre, la forme, la configuration des courbures (Voy. fig. 102, 103, 424 et 125).
Ce nouveau moyen de recherche, permet enfin de reconnaître l'existence de certaines lésions vertébrales, traumatiques, rhumatismales et tuberculeuses, et des flexions latérales sous la dépendance de ces affections.
Traitement. — Un très grand nombre de méthodes et d'appareils, basés sur les théories anatomiques et physiologiques du moment, ont été proposés pour le traitement des scolioses.
Le traitement est pendant longtemps empirique ; les redressements mécaniques sont exclusivement employés.
Vers le milieu du xvme siècle, les lits et les corsets orthopédiques sont surtout en faveur.