I. Appareil à flexion latérale (fig. 190). — Sur le pied de
l'appareil , est fixée une planche horizontale, que Ton peut élever ou abaisser à volonté et sur laquelle repose le sujet.
Deux tiges ascendantes parallèles et une forte tige descendante sont reliées à un axe très solide et facile à mouvoir.
Sur les tiges ascendantes sont fixées :
1° Une petite barre horizontale métallique, munie d'une poulie
Fig. 189. — Appareil de P. Redard.
sur laquelle s'enroule la corde de l'appareil à suspension verticale ;
2° Deux barres transversales parallèles qui soutiennent deux solides béquillons destinés à fixer les épaules et qui peuvent se déplacer en haut, en bas, en avant, en arrière ;
3° Une barre horizontale terminée par une plaque de compression, qui peut se déplacer dans tous les sens.
La tige descendante, constituant un balancier, est pourvue d'un
MÉCANOTHÉRAPIE.
contrepoids et d'une échelle de mensuration fixée sur un segment de disque.
Elle peut être plus ou moins inclinée, de façon à former avec les tiges ascendantes un angle plus ou moins obtus.
Fig. 190. — Appareil a flexioa latérale de W. Schulthess.
Le bassin est immobilisé au moyen de plaques que Ton peut •éloigner ou rapprocher par Faction d'une vis à engrenage, qui est mue par une manivelle.
Ainsi constitué, cet appareil permet d'obtenir des mouvements
de flexion latérale du rachis, pendant que le bassin est solidement maintenu, que les épaules sont fixées, avec résistance, dans une situation déterminée, que la colonne vertébrale est en extension verticale et que la gibbosité costale subit une forte pression.
Le mode d'application des diverses parties de l'appareil doit varier suivant les cas.
1° L'axe peut être fixé à diverses hauteurs de façon à obtenir, pendant les mouvements de flexion, une action très énergique de redressement au niveau du sommet de la courbure.
2° Les épaules peuvent être :
a. Disposées symétriquement;
b. Poussées en avant ;
c. Tirées en arrière (dans les cas où il existe une forte courbure en avant ou en arrière, une tendance à l'inclinaison en avant ou en arrière) ;
d. L'une des épaules poussée en avant, l'autre tirée en arrière (par cette disposition, on obtient, pendant la flexion latérale, une plus forte inclinaison en arrière d'une épaule, et une plus forte rotation du rachis dans la direction de l'épaule tirée en arrière);
e. Déplacées dans le sens vertical, j c'est-à-dire une épaule placée plus haut que l'autre (il en résulte un mouvement asymétrique, en raison du raccourcissement de Farc du côté de l'épaule la plus basse).
3° La pelote de compression peut enfin s'appliquer à diverses hauteurs, sur des points et dans une direction déterminés, avec une pression plus ou moins forte qui dépend de l'état de tension du ressort dont elle est munie.
4° Le contrepoids de la tige descendante peut être placé plus ou moins bas, la tige peut être plus ou moins inclinée, de façon à augmenter ou à diminuer, pendant son fonctionnement, la force centrifuge de l'appareil.
Dans l'application de l'appareil, on se conformera aux principes généraux suivants :
1° Les béquillons corrigeront, par leur position, l'inclinaison; vicieuse des épaules ;
2° L'épaule, anormalementinclinée en avant, devra être tirée en arrière ;
MÉCAN0TI1ÉRAPIE
3e La pelote de compression s'appliquera du côté où la torsion sera la plus forte ;
Fia. 191.
4° La plus grande résistance sera, en général, appliquée du côté pressé par la pelote.
11. Appareil à rotation (fig. 191). — Sur une forte colonne en fer, sont fixés deux bras en fonte, que Ton peut déplacer et immobiliser à diverses hauteurs : l'inférieur portant le système pour fixer le bassin, le supérieur soutenant l'appareil de rotation proprement dit.
La figure 191 représente la disposition et le mode d'application des principales pièces de l'appareil à rotation : axe rotatif ; poulie destinée à recevoir la corde de l'appareil à suspension; tige de soutien des béquillons et pelote de compression qui se déplacent de la môme façon que dans l'appareil à flexion latérale.
Une résistance au mouvement de rotation de l'appareil sur son axe vertical peut être obtenue, grâce à un système de poulies horizontales et verticales, reliées par une corde qui se termine par une chaîne fixée à un levier pourvu d'un contrepoids.
La figure fait bien comprendre le mouvement de rotation obtenu pendant le fonctionnement de l'appareil, son étendue, sa direction, son action de redressement et de détorsion sur les courbures scoliotiques.
Suivant la disposition des diverses parties de l'appareil, suivant la situation des épaules, suivant le degré de pression des pelotes, suivant le degré de résistance au mouvement de rotation, on peut obtenir, d'une façon plus ou moins énergique, et dans des points déterminés, le déplacement du tronc et la détorsion du rachis.
Ces appareils, que nous avons vus fonctionner chez notre collègue et ami W.Schulthess, mobilisent et assouplissent rapidement le rachis scoliotique; ils corrigent temporairement les attitudes vicieuses du tronc et des épaules, ils produisent une détorsion favorable et ont, d'après Schulthess, une action corrective importante sur les gibbosités costales.
Le traitement mécanique donne surtout la mobilisation et l'assouplissement du rachis scoliotique, la correction temporaire des déformations thoraciques.
11 procure des attitudes corrigées qui ne peuvent être maintenues que temporairement pendant la durée des exercices.
Les exercices de redressement mécanique ne peuvent, en effet, être exécutés que pendant quelques heures de la journée.
La difformité et l'attitude vicieuse se reproduisent, dès que le sujet n'est plus soumis à l'action de la machine.
La mécanothérapie est principalement un traitement préparatoire à l'emploi d'autres moyens de traitement. Toute tentative thérapeutique échoue, en effet, si le rachis rigide n'est pas préalablement mobilisé et redressé. Employée seule, elle ne donne que des résultats imparfaits.
Complément des manipulations et des exercices passifs de gymnastique, elle agit surtout par des redressements passifs, à l'inverse des exercices actifs de gymnastique, d'auto-redressement, de direction qui sont basés sur le réveil de l'énergie musculaire du sujet et sur la correction personnelle, quotidienne et presque constante, des attitudes vicieuses.
D'après notre expérience, elle n'a que très peu d'action sur la torsion du rachis.
VIII. — Appareils de redressement portatifs. Lits orthopédiques.
Les principaux appareils de redressement, portés par le sujet presque constamment, ou seulement pendant toute la journée, agissent par Y extension et les pressions. Ils sont appliqués sur le sujet pendant la position verticale, oblique ou horizontale.
Quelques-uns des modèles décrits dans le chapitre précédent rentrent dans la catégorie des appareils portatifs de redressement.
A. Extension dans la position verticale du tronc. — Nous avons souvent signalé dans notre Traité, l'importance de la suspension verticale dans le traitement des déviations du rachis.
L. Heister, Huermann, Levacher, I. Sheldrake essayèrent de pratiquer l'extension du rachis dans la position verticale du tronc, au moyen d'appareils portés pendant toute la journée.
Quelques corsets, que nous décrivons plus loin, doivent rentrer dans la catégorie des appareils portatifs de redressement.
Dans l'appareil de Heister, connu sous le nom de Croix de Heister, la traction sur le rachis était exercée au moyen de courroies attachées sur une pièce métallique horizontale, placée en arrière au niveau des épaules, et d'une fronde agissant sur la tête, pre-
nant point d'appui sur une tige rigide verticale, fixée derrière la tête et le rachis.
Dans l'appareil de Levacher, l'extension se faisait au moyen d'une tige en fer recourbée jouant à l'aide d'une crémaillère dans une douille en cuivre.
Les appareils de Portai et de Sheldrake ont une disposition analogue à celui de Levacher.
Dans quelques appareils, la suspension se pratiquait en agissant sous les aisselles au moyen de béquillons [béquilles cachées de Portai).
Quelques orthopédistes ont recommandé des appareils d'extension du rachis qui, le sujet étant assis, prenaient leur point d'appui sur des fauteuils à disposition spéciale (fauteuils de Levacher de la Feutrie, de Huermann, de Darwin, de Blœmer, de Mayor),
Le fauteuil de Levacher de la Feutrie (1768) était constitué par un siège assez élevé. Les barres verticales se prolongeaient en haut, au-dessus de la tête du sujet assis ; à leur point de terminaison, elles étaient reliées par deux barres horizontales croisées. Le bassin du sujet assis étai-t solidement immobilisé au moyen de deux planchettes actionnées par des vis sans fin avec manivelles.
Des lacs, fixés sur les montants verticaux du fauteuil, exerçaient des pressions de redressement et de véritable détorsion en divers points du tronc. Nous retrouvons une disposition analogue pour plusieurs appareils modernes, dits à détorsion, et notamment dans l'appareil de Hoffa (fig. 183 et 184, p. 365).
Nous apprécions plus loin la très grande valeur de la suspension verticale par la méthode de L -A. Sayre, qui est la base des exercices de gymnastique rachidienne et qui sert si utilement dans la confection des appareils rigides et particulièrement des appareils plâtrés.
L'extension, à l'aide d'appareils portatifs dans la position verticale ou assise, qui est difficilement supportée par les sujets, ne donne pas une traction continue et n'est plus employée actuellement d'une façon continue, comme exercice utile.
B. Extension dans la position horizontale ou oblique. — Décubitus dorsal et lits orthopédiques. — Le décubitus horizontal proposé par Duverney (1751) dans le but de diminuer les incon-
vénients du poids du corps, est devenu l'origine des lits orthopédiques. Venel (1788) ajouta Y extension et F. Ranchin (1751) les pressions latérales.
Les lits orthopédiques se composent, en général :
1° D'un plan résistant, horizontal ou oblique;
2° De moyens oT extension ou de contre-extension agissant sur la tête et les épaules, et quelquefois sur le bassin, au moyen d'une ceinture rembourrée ;
3° D' appareils de pression latérale, coussins ou pelotes, reliés
Fis. 192,
à des vis ou des courroies et qui compriment dans un sens déterminé.
Dans la scoliose dorsale droite, avec thorax obliquement rétréci, les pressions destinées à corriger à la fois la courbure vicieuse des côtes et la déviation rachidienne doivent être faites aux extrémités du grand diamètre diagonal droit du thorax, en arrière au niveau de la gibbosité droite, en avant, à la partie inférieure du thorax, au niveau de la convexité des côtes gauches.
Yenel (1788), Shaw, Delpech, Jalade-Lafont, Maisonabe, S. Hare, Mellet, Lonsdale, Goldschmidt, J.-G. Heine, Schildbach, Bouvier, J. Guérin, H. Bigg, J.-C.-T. Pravaz, Staffel, Beely, Lorenz ont proposé des lits basés sur ces principes.
Les figures 192, 193, 194, représentent les lits orthopédiques actuellement en usage à l'Institut orthopédique de Pravaz, à Lyon.
Le sujet est placé sur un plan résistant, obliquement incliné, le tronc est maintenu par des courroies et des plaques latérales
Fis. 193.
dépression; l'extension du rachis est produite par ie poids du corps.
Dans les courbures dorsales ou lombaires uniques et à grand
rayon, le sujet étant couché latéralement sur la partie convexe de la courbure, le tronc est soulevé au moyen d'un cercle métal-