CANCER DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
Nous n avons que peu de choses à dire sur cette maladie rare et fort peu observée jusqu'à ce jour, et sur laquelle nous manquons à peu près complètement d’expérience personnelle. Le court exposé que nous allons communiquer sera tiré des deux auteurs qui se sont occupés spécialement des maladies de la moelle épinière, Abercrombie et Ollivier (d Angers). Nous avons pu ainsi réunir 7 observations qui, a part celles de l'auteur anglais , appartiennent encore , en majeure partie , à des auteurs divers , à Wolf, Collin , Hardy, Serres et Guersant fils. La plupart de ces observations sont en outre rapportées avec trop peu de détails pour permettre de tracer l’histoire complète de cette maladie.
§ !**■. Anatomie pathologique.
Les tumeurs cancéreuses de la moelle épinière et de ses enveloppes sont ordinairement de nature encéphaloïde , constituées par un tissu mou. d’un jaune rosé, assez vasculaire, infiltré d’un suc lactescent abondant. Le cancer dur et squirrheux ne s’y trouve qu exceptionnellement.
Quant au siège, aucune portion du rachis et de son contenu n'en est exempte. C’est ainsi que nous avons déjà vu , en parlant du cancer du système osseux, que la substance des vertèbres pouvait devenir le siège de dépôts cancéreux. Parmi les observations que nous avons sous les yeux , nous trouvons une fois pour point de départ de la tumeur carcinomateuse le tissu cellulaire qui entoure extérieurement la dure-mère. Le siège le plus fréquent paraît être dans les méninges. C'est ainsi qu’un de ces cancers méningiens avait acquis une telle étendue , que tout en laissant à peu près intacte la moelle épmiere a laquelle il n'adhérait qu'à la superficie, il avait un autre coté, fait disparaître les apophyses épineuses des vertèbres dorsales depuis la deuxième jusqu’à la huitième, et, en outre les apophyses transverses correspondantes étaient plus ou moins profondément cariées. Dans un autre cas , le cancer avait pris son ori-
CANCEU KT rUMIiUUS NON OANCÉllKUSES
I>ES CENiUKS xNEnVtUX.
gine entre les feuillets de l’arachnoïde spinale ; la moelle était ramollie dans toute son épaisseur au niveau de la deuxième vertèbre dorsale. On voyait de plus, le long du cervelet, des deux côtés, des plaques blanchâtres; mais comme l’individu présentait en même temps des tubercules pulmonaires et delà suppuration dans plusieurs articulations , nous sommes à nous demander si ces deux plaques du cervelet n étaient pas tuberculeuses. Dans un autre cas , une tumeur existait également entre les feuillets de l’arachnoïde, qui siégeait au niveau de la deuxième vertèbre dorsale , à la partie gauche et postérieure de la moelle ; sa forme était olivaire, et elle ne tenait que par quelques filaments au feuillet interne de l’arachnoïde, dans la cavité de laquelle elle était presque libre ; la portion de la moelle qui COI respondait a la tumeur était réduite au tiers de son volume , et ramollie au-dessus ainsi qu au-dessous. Dans un autre cas , un fongus hématode existait a la partie interne de la dure-mère, sur la partie antérieure et latérale, près du grand trou occipital. L’apophyse odontoïde était cariée et en partie détruite. Nous avons enfin 2 cas de ces 7 observations dans lesquels le siège de la maladie était dans la substance de la moelle elle-même. Dans l’un, qui appartient a Abercrombie , on trouve à l’autopsie une masse fongueuse analogue à la substance médullaire du cerveau qui prenait naissance de la moelle épinière, s’étendait de la troisième vertèbre lombaire jusqu au coccyx; plusieurs vertèbres lombaires et dorsales étaient altérées par la carie. Dans un dernier cas enfin , qui appartient à M. Guersant fils, on trouve des masses encéphaloïdes dans la partie postérieure et inférieure du cervelet; elles descendaient dans le rachis en comprimant la moelle en haut et en arrière, de manière que les corps restiformes et olivaires étaient eux-mêmes altérés et comme transformes en matière cérébriforme. L’origine de la maladie, dans ce fait, pourrait plutôt être rapportée à la base du cerveau. Nous n’avons , du reste , pas cité tous les exemples que nous trouvons dans divers auteurs. Mais nous croyons avoir suffisamment prouvé que ces tumeurs cancéreuses , ordinairement encéphaloïdes , pouvaient tirer leur origine du tissu cellulaire extra-méningien , des méninges et de la substance de la moelle ; cela n’a rien d’étonnant , car on sait que le cancer peut naître partout où il y a du tissu cellulaire, et l’existence de celui qui cloisonne la substance de la moelle n’est pas douteux pour les anatomistes modernes.
CANCEll DE LA MOELLE ÉPINIÈUE.
§ II. Pathologie.
Le début du cancer de la moelle épinière et de ses enveloppes ne diffère en rien de celui des maladies chroniques de cet organe en général. Des douleurs très variables pour leur intensité , leur siège et leur durée, se montrent en premier lieu dans les membres inférieurs ou dans les membres supérieurs si le siège de la maladie est dans le voisinage des vertèbres cervicales. Parmi les douleurs qui sont ainsi 1 irradiation de l’affection principale, on observecelles qui se font sentir dans le bassin, dans l’abdomen, dans la poitrine, dans le cou, selon que la portion atteinte de la moelle est plus ou moins haut placée. A ces douleurs , qui appartiennent plutôt aux terminaisons des nerfs , viennent bientôt se joindre des sensations douloureuses dans la partie centrale occupée par le cancer naissant. Ces douleurs peuvent même de bonne heure atteindre un certain degré d’intensité. Lorsque leur siège est près de la tête, on observe en outre, au début, de la roideur U cou , et quelquefois un renversement de la tête en arrière. Tous ccb signes, auxquels de bonne heure viennent se joindre des troubles e la motihte, n ont rien de pathognomonique, et ce n’est que lorsque ie ma a pris une certaine extension , que l’on peut être mis sur la voie de préciser sa véritable nature. Ici nous insistons , avant tout sur les signes physiques. En explorant avec soin toute la réo-ion spinale, on trouvera bientôt une portion plus douloureuse à la pression que tout le reste, et celle-ci correspond alors ordinairement au siège précis du cancer. Bientôt une tuméfaction diffuse se manifeste e on perçoit , entre les interstices des apophyses vertébrales, un tissu mou et fluctuant qui tend à se faire jour au dehors , et qui à mesure que le cancer s’accroît, altère de plus en plus les parties molles et osseuses qui opposent de la résistance à son développement, bi , dans la première période , quelques doutes ont pu exister sur 1 existence d une myélite ou d’une carie vertébrale, le doute dispm-ait des que la tumeur fait saillie sous les téguments. Ceux-ci sont d abord sillonnés de veines dilatées ; ensuite ils adhèrent à la surace du produit accidentel, puis ils s’injectent, et peuvent même evenir le siège d une ulcération superHcielle. C’est alors que le champignon cancéreux pullule et donne lieu habituellement à une suppuration sanieuse,et fréquemment à des hémorrhagies. Si l’usure es parois osseuses du rachis rapproche le cancer des méninges spina es des tumeurs perforantes des méninges cérébrales, la tendance a ulcération au contraire constitue une différence incontestable
A ces signes locaux et exclusivenieiit physiques viennent se joindre des troubles fonctionnels, qui ont surtout leur siège dans la sensibilité et la motilité. Des douleurs de plus en plus vives et constante.^ ont lieu sur le point malade, et s’irradient dans les membres dont les nerfs correspondent à la portion malade de la moelle. La plupart du temps ce sont les membres inférieurs. Ces douleurs ne sont pas constantes ; elles surviennent souvent par accès 5 la marche et les mouvements les augmentent; on les observe aussi bien dans les membres déjà paralysés que dans ceux qui jouissent de leurs facultés motrices. Ce n’est qu’à une époque plus rapprochée de la fin, et même exceptionnellement, que cette disposition aux douleurs fait place à une insensibilité complète.
Quant aux troubles de la motilité, l’affaiblissement allant jusqu’à la paralysie est le symptôme le plus constant. La paralysie des membres inférieurs, la paraplégie, est plus fréquente que celle des bras. Les deux membres se paralysent tantôt à la fois , tantôt successivement. Nous savons que l’abolition des mouvements n’empêche pas les douleurs plus ou moins vives de s’y manifester ; en outre , on observe quelquefois des convulsions dans les extrémités affaiblies, et parfois la roideur, une flexion forcée, de la contracture et même l’atrophie. Lorsque le siège de la maladie est très haut, on peut constater, en outre , l’impossibilité de mouvoir la tête ; la paralysie des muscles de la nuque est accompagnée, dans ces cas, de douleurs occipitales. La déglutition est difficile en pareil cas, et s’accompagne d’un retentissement du mal sur les fonctions du nerf pneumo-gastrique qui se traduit par de l’enrouement et de la dyspnée.
A une période avancée de la maladie , la paralysie s’étend à la vessie et au rectum . Il y a d’abord constipation et difficulté d’uriner, et ensuite émission involontaire des matières fécales et des urines.
L’état général devient de plus en plus mauvais, et un dépérissement de plus en plus complet va quelquefois jusqu’aux dernières limites du marasme, auquel viennent se joindre toutes les souffrances du décubitus.
Nous n’avons point de données précises sur la durée de la maladie. 11 nous a paru possible de la déterminer dans deux observations seulement. Elle a été une fois de deux ans et demi et une fois de six mois. Parmi les causes présumées, nous trouvons plusieurs fois notée une chute sur le dos. On sait à quoi s’en tenir sur la valeur de cette cause dans la plupart des observations ; car si , d’un côté , il ne répugne pas à l’esprit d’admettre qu’une chute puisse, chez un indi-
CANCEh DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 831
vidu prédisposé , localiser le cancer sur la partie contuse , il n’est pas moins vrai qu’il n’existe guère de faits dans lesquels cette causalité soit bien nettement démontrée.
Le sexe a été noté dans les 7 cas. Sur ce nombre il y a eu 4 hommes et 3 femmes, différence insignifiante.
L’âge noté chez 6 malades a été de 10, 11, 14, 21 , 22 et 52 ans : ainsi 5 fois sur 6, entre 10 et 22, avec un âge moyen de 21 ans et 2/3. Ce fait est tellement exceptionnel, par rapport à ce que nous savons sur l’âge de prédilection du cancer , qu’il faut évidemment des faits nouveaux et bien observés pour voir jusqu’à quel point cette prédilection du cancer de la moelle pour le jeune âge est véritablement la règle, et ce n est qu avec méfiance que nous communiquons nousmême ce résultat.
Le pronostic de cette maladie ne peut pas être bon. Le cancer par lui-même entraîne, nous le savons , la perte de presque tous les individus qui en sont atteints, et, localisé sur un organe aussi important que l’est la moelle épinière, il devient par cela même plus fâcheux encore. Une marche initiale rapide, l’extension considérable de la tumeur^et le siège du mal près de la portion postérieure et inférieure de la tete, sont autant.de circonstances aggravantes.
Que dire à présent du traitement? Aucun secours chirurgical n’est possible, aucun moyen curatif n’existe , et il ne reste , par conséquent, d’autre ressource que de soulager ces pauvres malades le
mieux qu’on peut par le traitement palliatif souvent indiqué dans le courant de cet ouvrage.
Nous terminons ici ce que nous avions à dire sur le cancer des centres nerveux. Nous ne consacrons pas un article spécial à celui des neids, qui ordinairement ne sont entraînés que secondairement dans affection carcinomateuse , à l’exception peut-être du nerf optique souvent primitivement malade dans le cancer de l’œil , à l’occasion duquel nous aurons bientôt occasion d’en parler avec détail Nous pouvons donc passer au résumé de ce chapitre.
» Les tumeurs de la boîte osseuse du crâne tirent de préférence eur origine du péricrâne ou du diploé , et la plupart de celles qui on perforé toute lepaniseur de la boîte crânienne proviennent de 1 intérieur du crâne. Les os le plus fréquemment perforés /r/ les pariétaux, l'os ethnioïdal, l'os temporal, la région froiito-parié-
832 CANCRU ET TlIMEimS NON CANCÉKECISES DES CENïllES NEHVEIX.
taie, et l’os coronal. Dans un seul cas, une tumeur faisait saillie à travers le trou occipital. Sur 18 cas de ce genre , 7 fois la tumeur tirait son origine des méninges , 5 fois des os seuls, 4 fois des os et des méninges, 1 fois des os et du cerveau, et 1 fois du cerveau seul.
2° Les tumeurs crâniennes et intra-crâniennes , envisagées dans leur ensemble , peuvent provenir de toutes les parties du cerveau et de ses enveloppes tant dures que membraneuses. La base du cerveau est un des points de prédilection , et nous y avons rencontré les 5/12®* de toutes ces tumeurs. Chez 15 sujets, nous avons noté des tumeurs multiples.
3° On a pris à tort la plupart des tumeurs solides de ces régions pour des tumeurs cancéreuses. D’après nos recherches , celles-ci ne s’y rencontrent pas plus fréquemment que les tumeurs fibro-plastiques. C’est à cette dernière catégorie qu’appartiennent la plupart des tumeurs uniques qui proviennent des méninges de la base.
4“ Le cancer dans ces organes affecte le plus souvent la forme encéphaloïde, mou, vasculaire, parfois hématode ou hémorrhagique ; on y rencontre plus rarement le squirrhe , mais plus volontiers les tumeurs intermédiaires. On y observe des tumeurs distinctes ou des plaques diffuses , les unes et les autres souvent multiples. Dans le voisinage de la protubérance , elles n’atteignent pas de grandes dimensions ; mais sur les parties convexes du cerveau , elles peuvent atteindre le volume du poing d’un adulte, et au delà.
5® Les cléments microscopiques du cancer y sont généralement fort bien caractérisés ; cellules à grands noyaux , noyaux à grands nucléoles brillants , cellules mères , infiltration granuleuse et graisseuse des cellules. Dans un seul cas elles étaient tr> s petites, quoique bien caractérisées par le volume des nucléoles. Dans un cas de cancer hémorrhagique, nous avons constaté l’existence d éléments hématiques, globuleux et cristallins. Nous y avons vu aussi plusieurs fois le tissu phymatoïde. M. Durand -Fardel y a signalé et nous y avons constaté dernièrement 1 existence d un tissu particulier de couleur vert-pomme,
00 Les tumeurs fibro-plastiques intra-crâniennes proviennent des diverses méninges , tantôt de la dure-mère , tantôt de 1 arachnoïde , quelquefois de la pie-mère. Elles n entrent guère en connexion a\ec les parties voisines. Leur siège de préiilection est la base. Leur volume varie entre celui d’une noisette et d une noix. Leur suiface est lisse et mamelonnée. Sur une coupe fraîche , on constate des teintes jaunâtres tirant quelquefois sur le vert , des teintes d un rouge plus
lUvSlJMH.
ou moins vif, et toujours l’absence d’un suc trouble et lactescent. Le microscope y fait voir des éléments fibro-plastiques. La teinte jaune verdâtre est due à une infiltration graisseuse particulière.
7" La substance cérébrale autour des tumeurs est ou intacte, ou creusée en forme de cavité incomplète , et elle subit fréquemment le ramollissement rouge inflammatoire ou pâle et gélatiniforme. Une hydropisie ventriculaire ou méningienne en est la conséquence fréquente. Les parties trop résistantes pour garder l’empreinte des tumeurs sont quelquefois déviées de leur position normale. Il n’est pas rare de rencontrer des épanchements apoplectiques près des tumeurs ou ailleurs. Une méningite simple ou purulente se manifeste volontiers vers la fin.
8“ Les nerfs cérébraux sont souvent comprimés, aplatis, atrophiés , leurs fibres éparpillées ; d’autres fois ils subissent des altérations inflammatoires. Tous les nerfs cérébraux peuvent être le siège de ces diverses altérations ; mais les plus fréquemment atteints sont ceux des trois premières , de la cinquième et de la huitième paire. Plusieurs de ces nerfs peuvent être à la fois comprimés et altérés. Ce sont encore les paires que nous venons d’énumérer qui présentent le plus souvent cette complication. Ce n'est qu’exceptionnellement qu’un plus grand nombre est atteint à la fois.
9 Les tumeurs fibro-plastiques ne se généralisent jamais. Le cancer, au contraire , s est généralisé dans un tiers des cas ( 16 fois sur 48) ; 3 fois sur ces 16 cas le cancer cérébral était secondaire, dans le premier cas à un cancer du sein , à un cancer du pylore dans le second , et à un cancer de la matrice dans le troisième. Parmi les 13 autres cas , 5 fois le cerveau a été le siège d’un cancer unique , avec des tumeurs secondaires multiples dans d’autres organes ; 3 fois le cerveau seul était le siège de tumeurs nombreuses, et dans les autres cas il y avait à la fois des tumeurs multiples dans le cerveau et dans d’autres organes secondairement atteints.
10“ Nous arrivons aux symptômes. Le début s’est le plus généralement caractérisé par une céphalalgie plus ou moins vive , continue et plus forte par accès, ou par un commencement d’affaiblissement d’un côté du corps, s’accompagnant quelquefois de convulsions. Les troubles sensoriels multiples n’ont marqué qu’une seule fois le début. La combinaison des troubles de la sensibilité et de la motilité , les derniers ne survenant que lentement , caractérisent volontiers le début lorsque le mal siège dans les parties supérieures de la masse encéphalique, tandis que s’il y a en même temps des troubles
834 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, sensoriels , on peut pnr rein jnCMno pv^>sninor que le si('*ge rie In maladie est à la base. Les troubles de riiilelligence , les nausées et les vomissements sont plus rares au début. Les troubles sensoriels unilatéraux font supposer que la tumeur est du même côté , tandis que l’hémiplégie la fait présumer du côté opposé.
Il® Chez 1/9® de nos malades, nous avons noté des troubles de la digestion, surtout des vomissements, indépendants des repas, évidemment sous l’influence de la maladie de l’encéphale. Les selles et les urines deviennent involontaires à la fin, lorsque la paralysie atteint son plus haut degré. Le pouls reste ordinairement normal. Il est très lent quelquefois ; nous l’avons vu descendre jusqu’à 40 pulsations par minute. La méningite terminale l’accélère au contraire notablement. La respiration a été chez 5 malades, haute, bruyante et accélérée , sans lésion des voies respiratoires. Les tumeurs dans ces cas siégeaient à la base près de la protubérance. Le dépérissement était surtout prononcé chez les malades atteints de cancer cérébral. La mort était souvent précédée des symptômes d’une méningite terminale : 6 malades ont succombé brusquement dans des accès convulsifs ou apoplectiformes.
12® La céphalalgie a existé dans les deux tiers des cas , et dans un sixième seulement , d’un seul côté. Le plus souvent générale , elle peut devenir de plus en plus intense, et constituer, en outre, de vrais paroxysmes accompagnés de vomissements et des signes de la migraine. Les douleurs sont fréquentes aussi dans les membres paralysés. L’insensibilité n’arrive ordinairement qu’à une période avancée ; des vertiges, simples ou épileptiformes , s’observent chez un certain nombre de malades. La corrélation directe entre le siège précis de la céphalalgie et celui de la tumeur est l’exception , mais non la règle.
13° Les troubles sensoriels ont existé dans les 2/5®* des cas, et à peu près constamment dans les tumeurs de la base. La vue était le plus souvent troublée. Viennent ensuite, par ordre de fréquence , l’ouïe et l’odorat; assez souvent plusieurs sens sont altérés à la fois. Les troubles de la vue allaient , chez 20 malades, jusqu’à une cécité complète , précédée parfois d’hyperesthésie. On observe, lorsque la cinquième paire est malade, une ophthalmie avec destruction de la vision , en tout semblable à celle que l’on produit sur les animaux auxquels on fait la section intra-crânienne de la cinquième paire. La paralysie de la paupière supérieure, avec strabisme en dehors , a existé chez plusieurs malades , par suite d’une altération
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de la troisième paire. Les troubles de l’ouïe se terminent ordinairement par la surdité ; mais parfois on observe une surexcitation de ces fonctions, accompagnée de douleurs.
14” Les troubles de la motilité consistent dans un affaiblissement d'une partie du corps allant jusqu’à la paralysie, ou dans l’existence de spasmes et de convulsions. Ces divers troubles ont existé 63 fois sur 90 , dans plus des 2/3 des cas. La paralysie est cependant plus fréquente que les convulsions ; elles existent souvent ensemble. La paralysie, précédée de faiblesse et d’engourdissement, est ordinairement graduelle et unilatérale, quelquefois oscillante, c’est-à-dire, offrant des variations d’intensité. Des douleurs vives la précèdent ou l’accompagnent dans un certain nombre de cas. Les convulsions ont tout aussi bien lieu dans les membres paralysés que dans les membres sains. La paralysie plus générale a ordinairement débuté par 1 hémiplégie ; la paraplégie , ainsi que la paralysie d’un seul membre, est plus rare. La paralysie qui dépend de l’altération des nerfs cérébraux existe ordinairement du même côté que la lésion, tandis que 1 inverse a lieu pour l’hémiplégie où la pai'alysie croisée est la règle. Cela est d’autant plus vrai que le siège de la tumeur est plus rapproché de la surface du cerveau. Les paralysies brusques ne s observent que par suite d’une apoplexie accidentelle. Voici la proportion par rapport à l’action croisée. La paralysie était franchement croisée dans la moitié des cas ; elle était d’abord croisée et ensuite générale dans les 2/7”* ; la paraplégie a existé dans 1/16” des cas, et l’action non croisée, les troubles sensoriels exceptés , Il a existé que chez 1/8” des sujets.
15” Les convulsions ont été signalées dans un tiers de nos observations , sous forme de mouvements involontaires, soubresauts, secousses, accès épileptiformes d’abord partiels, ensuite plus généraux; d’abord rares, puis plus fréquents, cessant parfois pendant les derniers temps. Une hémiplégie momentanée leur succédait plusieurs fois. La position assise les excitait chez un malade.
16“^ L’intelligence a été troublée également chez près d’un tiers des malades, mais 3 fois d’une manière presque insignifiante. Chez 3 autres malades , les facultés intellectuelles étaient affaiblies et non troublées; chez 11 ces troubles étaient plus marqués caractérisés surtout par la perte de la mémoire; chez 12, enfin l’in telligence était troublée au plus haut degré. Le délire et le’coinâ ne surviennent ordinairement que pendant les derniers temos Au heu de 1 assoupissement , noté chez 20 malades , il y avait au
836 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, contraire, chez 5 autres, une grande agitation jusqu’à la fin.
17 Les tumeurs qui font saillie au dehors se révèlent surtout par des signes physiques. A travers les téguments ordinairement intacts, on constate une tumeur molle, inégale et bosselée. On perçoit une crépitation particulière résultant de la disjonction des os. Des battements artériels et une fluctuation apparente sont perçus dans ce tissu encéphaloïde comme dans celui des diverses autres régions du corps. L’expansion cérébrale communiquée à la tumeur pendant l’expiration est un signe important. Mais il manque lorsqu une tumeur semblable existe en dedans de la perforation. Il en est de même de la réductibilité. La réduction complète donne lieu à des accidents passagers , tandis qu’une réduction incomplète paraît que quefois soulager les malades. L existence d’un rebord osseux appréciable appartient aussi bien aux tumeurs perforantes du diploé qu’à celles des méninges. Des polypes cancéreux des fosses nasales oivent attirer 1 attention sur la possibilité d’une tumeur de la base qui aurait perforé 1 os ethmoïdal. Les symptômes physiologiques sont moins prononcés pour les tumeurs perforantes , la céphalalgie exceptée. En thèse générale, les signes physiques empruntent leur valeur pathognomonique à la combinaison de plusieurs d’entre eux.
18 ^Si nous résumons à présent la corrélation qui existe entre les symptômes et les lésions, nous tombons d’abord sur 4 cas dans lesquels il y a eu absence complète de tout symptôme, et sur 4 autres où la tumeur perforante constituait la seule manifestation de la maladie. Chez 13 malades (1/7® à peu près), la tumeur siégeait à la convexité. Le symptôme prédominant était une hémiplégie croisée et graduelle , accompagnée de crampes et de convulsions partielles , et une céphalalgie plus ou moins intense. Les troubles de l’intelligence n y étaient que sur le second plan , et manquaient souvent. Toutes les fonctions sensorielles étaient intègres.
19 La tumeur siégeait 10 fois (1/9® des cas) dans les parties profondes de 1 encéphale. La motilité y était profondément altérée. Les troubles de la sensibilité étaient un peu moins fréquents que pour les tumeurs de la convexité. Ceux de 1 intelligence l’étaient un peu plus 5 nous commençons a y constater des troubles rares des sens et de la digestion. Les tumeurs de la faux cérébrale se distinguent par une tendance à une généralisation de la paralysie, qui s’explique par la compression bilatérale. Les sens restent intacts. Du reste , les tumeurs de la faux n occupent qu’un trentième de nos observations.
20 Les tumeurs du cervelet tiennent, pour la symptomatologie ,
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le milieu entre celles de la base et celles du reste de la masse encéphalique. Nous n'en possédons que 5 observations. Des troubles de la motilité , une céphalalgie occipitale , quelques troubles sensoriels , peuvent quelquefois faire reconnaître cette localisation. Toutefois il n’y a là rien de pathognomonique pour le cervelet.
21® Les tumeurs de la base du cerveau constituent le groupe le plus intéressant par rapport à la corrélation des lésions et des symptômes. Leur nombre est de 35, plus d’un tiers de la totalité de nos observations. La combinaison des troubles de la sensibilité, de la motilité et des sens y est fréquente, existant dans près des 4/5®* des cas ; tandis que dans les 2/5®’ seulement, l’intelligence a été troublée, et dans ]/6® environ les vomissements se sont joints à ces divers symptômes. La grande fréquence de troubles sensoriels intenses et variés caractérise ce groupe. La multiplicité des troubles y est plus grande que partout ailleurs.
22“ Les tumeurs de la partie antérieure de la base, observées 6 fois, montrent surtout des troubles de la sensibilité et des sens. La motilité y est moins constamment troublée , et l’intelligence bien moins encore. Les fonctions sensorielles altérées appartiennent surtout à la première et à la deuxième paire. La troisième reste ordinairement intacte. Les tumeurs de la région pituitaire, au nombre de 7, s’accompagnent , en outre , de troubles digestifs , et quelquefois d’altérations fonctionnelles de la troisième paire. Une extrême indolence, allant jusqu’à l’apathie complète, a été quelquefois notée dans ces cas.
23" Les tumeurs de la protubérance , au nombre de 9 , ont pour symptôme à peu près constant une altération profonde et étendue de la motilité , qui , plus que pour toutes les autres localisations , tend à devenir générale ; puis viennent , par rapport à la fréquence des symptômes, les troubles de la sensibilité (5 fois), des sens (4 fois), de l’intelligence (2 fois), de la digestion (1 fois). L’hémiplégie a été ordinairement croisée ; puis la paralysie est devenue plus générale , s’accompagnant de roideur, de secousses et de convulsions partielles plus ou moins générales. Les altérations fonctionnelles de la cinquième paire se manifestent de plus en plus, à mesure qu’on procède d’avant en arrière dans les tumeurs de la base. Les troubles de la vue sont fréquents, ainsi que l’hyperesthésie et, plus tard , l’anesthésie paralytique de la face. La céphalalgie est quelquefois occipitale et unilatérale , le plus souvent générale. C’est dans ces cas aussi que nous avons observé une respiration haute, bruyante
et accélérée, rrus altération physique des poumons. Les tumeurs de la base , qu. occupent une plus grande étendue que celle des régions que nous venons d ana yser, se rapprochent , en général, dansLrs
symptômes, de celles du voisinage de la protubérance. Elles sont en tout au nombre de 13.
24o Les tumeurs cérébrales uniques accompagnées d’une autre altération sur un autre point, au nombre de 5, ainsi que les tumeurs multiples de 1 encéphale , au nombre de 15 , ne permettent pas de porter pendant la vie un jugement sur le siège qu’elles occupent On peut le soupçonner quelquefois par les troubles variés et multiples
qui ne correspondent d’une manière précise aux signes d’aucun des groupes analjsés.
25o La durée moyenne des tumeurs cérébrales oscille entre an 1/2 et 2 ans. Elle a été de 17 mois et7/ll«* pour les tumeurs cancéreuses et de 23 mois et 2/3 pour les tumeurs non cancéreuses. Le minimum de durée a été de 3 mois ; le maximum de 5 ans. La rapidité ou la lenteur de la marche initiale, l’unité ou la multiplicité des troubles fonctionnels, peuvent faire prévoir la marche de la maladie. En thèse générale, tous les troubles fonctionnels sont d’abord légers et passagers, et par la suite plus intenses et plus permanents. Il faut distinguer les troubles essentiels et les symptômes passagers, consécutifs à des congestions momentanées dans les tumeurs ou autour d elles : tels sont , par exemple , les accès de douleurs , de convulsions , d’apoplexie , de vertiges et de vomissements. L’encéphale peut, du reste, dans quelques cas , s’habituer à la présence de ces tumeurs, et alors il y a absence de tout trouble fonctionnel.
26° Les tumeurs paraissent d un quart plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes. Sur 89 cas , il y a eu 51 hommes et 38 femmes. Elles surviennent en général à un âge moins avancé que les tumeurs cancéreuses des autres régions. Un cinquième des cas s est rencontré avant l’âge de 30 ans, et plus de la moitié avant l’âge de 45. Il n’y a pas eu, sous ce rapport, de grande différence entre les tumeurs cancéreuses et les tumeurs fibro-pl astiques de l’encéphale. L’âge moyen a été de 44 ans et 1/22* pour les tumeurs cancéreuses, et de 44 ans et 1/13* pour la totalité de ces tumeurs.
27° Le pronostic est généralement mauvais. Ce n’est qu’exceptionnellement que la tumeur peut exister sans grands troubles , et ceux-ci sont moins prononcés pour les tumeurs perforantes que pour les tumeurs intra-crâniennes. Le cancer est plus fâcheux que la production fibro-plastique. Cependant le cancer secondaire du cerveau
ftKSUME.
tue rarement par le cerveau. Les tu meurs de la base sont généralement plus graves que celles de la convexité. Celles qui ont leur siège dans la protubérance offrent le pronostic le plus fâcheux. Des accès convulsifs , violents, ainsi que des attaques répétées d’apoplexie, doivent faire craindre la terminaison par une mort subite.
28» Le traitement ne peut être que palliatif ; l’opération du fongus de la dure-mère n’a fourni que des résultats désastreux. Au moyen d’émissions sanguines , générales ou locales , modérées , on combattra la disposition aux congestions cérébrales , ainsi que les accidents qui en résultent. C’est dans ce même but que l’on peut faire usage des réfrigérants appliqués sur la tête, des bains de pieds nitro-muriatiques , des purgatifs et des exutoires, moxas ou sétons, appliqués à la nuque. Les fondants proprement dits présentent bien moins d’avantages. Le régime doit être rafraîchissant et pas trop substantiel. Le traitement symptomatique se bornera à calmer les douleurs par les antispasmodiques et les narcotiques d une action douce , les vomissements par les eaux gazeuses et la glace, etc.
29° Le cancer de la moelle épinière est beaucoup plus lare que celui du cerveau. On y observe surtout la forme encéphaloide. 11 peut prendre son origine dans la moelle , mais le plus souvent dans les méninges rachidiennes , et même dans le tissu cellulaire du rachis. Le début de la maladie se caractérise ordinairement par des douleurs variées du tronc et des membres , et par une douleur fixe dans quelques points de la colonne vertébrale.
30“ Dans la maladie confirmée, on constate, en outre, l’existence d’une tumeur rachidienne qui tend continuellement à s’accroître , à détruire les portions osseuses qui l’entourent et à ulcérer les téguments. Les douleurs deviennent de plus en plus vives 5 la paialysie survient dans les membres , souvent sous forme de paraplégie, et gagne pendant les derniers temps la vessie et le rectum , et même les voies respiratoires. L’insensibilité ne survient ordinairement qu’à la fin. On observe, en outre des convulsions , de la roideur, de la contracture, de l’atrophie, dans les membres paralysés. Des douleurs occipitales, accompagnées de dysphagie et de dyspnée, s’observent lorsque le siège du cancer est près de la tête. Le dépé- ,1 rissement est de plus en plus complet pendant la dernière période de ■j la vie. Le pronostic de cette maladie est constamment mauvais et le traitement ne peut être que palliatif.
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