‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 99 sur 113 · II. TUMEURS INTRA-CRANIENNES · texte numérisé non relu

II. TUMEURS INTRA-CRANIENNES

1* Altération d'une seule fonction physiologique.

Sensibilité

Sens

Motilité. ...

818 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX. 2“ Alteration de deux fonctions physiologiques.

Sensibilité , sens 6

Sensibilité , mouvement iO

Sens , mouvement 4

Mouvement, intelligence 3

Sensibilité , digestion 1

3” Altération de trois fonctions physiologiques.

Sensibilité , sens, mouvement 8

Sensibilité , sens , intelligence 2

Sensibilité, mouvement, intelligence 10

Sensibilité, sens, digestion 1

Sensibilité, mouvement, digestion 4

4° Altération de quatre fonctions physiologiques.

Sensibilité , sens , mouvement , intelligence. ... 11

Sensibilité, sens, mouvement, digestion 3

Sensibilité , mouvement , intelligence, digestion. 1

6° Absence de symptômes 4

Total 90

Marche et durée. Tout en distinguant les tumeurs cancéreuses des tumeurs fibro-plastiques , nous n’arriverons cependant point à des différences bien notables dans la marche de ces deux ordres d’affections. Cela se comprend aisément, lorsqu’on considère que toute espèce de tumeur, incapable de disparaître spontanément, et douée de la propriété de s’accroître , doit provoquer une irritation permanente dans les parties encéphaliques avec lesquelles elle est en contact , sans que la nature du tissu y influe notablement. On pourrait croire que , sous ce rapport , une tumeur dure et de consistance squirrheuse dût exercer une action plus fâcheuse qu’une tumeur molle et élastique. Mais , par une sorte de compensation , les tumeurs molles, étant beaucoup plus vasculaires, et, par conséquent , bien plus gorgées de sang et plus volumineuses pendant la vie , que l’autopsie seule ne permet de le constater, exercent une action nuisible sur les parties voisines.

Toutefois, si la différer\ce entre le cancer et la tumeur fibroplastique de l’encéphale n’est pas grande par rapport à la durée , elle n est pourtant pas moins réelle. Nous avons noté la durée totale chez 11 malades atteints de cancer cérébral , et chez 20 malades atteints de tumeurs non cancéreuses. La durée moyenne, dans la première catégorie, a été de 17 mois et 7/11®% un peu moins de 1 an 1/2, pour le cancer, tandis qu’elle a été presque de 2 ans (23 mois et 2/3) pour les tumeurs non cancéreuses. Pour la première catégorie cependant , nous trouvons un peu plus de la moitié , où la durée totale n a pas dépassé 6 mois; mais, d’un autre côté, chez 4 malades , elle a varié entre 2 et 5 ans. Parmi les 20 malades de la seconde catégorie, nous trouvons une distribution plus uniforme. Toutefois , dans la moitié des cas , elle n’a. pas dépassé 18 mois , tandis que dans 1 autre moitié elle a varié entre 1 an 1/2 et 5 ans. Voici le tableau synoptique pour les deux catégories :

Cancer.

De 3 à 6 mois 6

De 6 à 9 mois \

De 9 mois à 2 ans ... . 2

De 2 à 4 ans \

De 4 à 5 ans I

Total il

Tumeurs non cancéreuses.

De 3 à 6 mois 3

De 6 à 9 mois i

De 9 mois à I an 3

De i 2 à 1 5 mois i

De 1 5 à 1 8 mois 2

De i 8 mois à 2 ans ... 3

De 2 à 3 ans 3

De 3 à 4 ans. 3

De 4 à 5 ans \

Quant à la marche, nous n’avons pas grand’chose à ajouter ici aux détails que nous avons donnés plus haut sur les diverses formes de début et de symptomatologie consécutive. Nous avons vu qu’un ou plusieurs troubles fonctionnels pouvaient marquer le commencement de la maladie. La sensibilité et la motilité sont au premier rang lorsqu’il s’agit de la partie supérieure de l’encéphale, et les troubles sensoriels, ainsi que, dans quelques cas,ceux de la digestion viennent s’y ajouter si la tumeur siège à la base. Les troubles inl tellectuels sont rarement initiaux. Tous les troubles sont d’abord légers et passagers dans la majorité des cas, avant de devenir in tenses et permanents. En outre , il faut distinguer pendant toute h' marche les symptômes de réaction constante de la tumeur sur I '■ parties voisines, de celle qui ne s’exerce que momentanément /I céphalalgie, les troubles sensoriels, la paralysie, .sont dans h.’pre-

820 (,ANChR ET TllMEUKS NON CANCÉHEl’SES 1>KS CENTRES NERVEUX.

inière catégorie. Les paroxysmes de douleurs, les accès de convulsions, les attaques apoplectilormes, les vertiges et les vomissements, lorsqu’ils surviennent à de longs intervalles , sont de la seconde catégorie. Il est un dernier point , enfin , que nous ne pouvons pas passer sous silence : c est la possibilité, de la part de l'organisme, de s habituer à la présence d’une tumeur cérébrale sans qu’il en résulte des troubles bien prononcés. Nous en avons la preuve dans les cas de tumeurs cérébrales découvertes à l’autopsie, sans qu’aucun symptôme pendant la vie en ait révélé l’existence. Tous les meilleurs auteurs, du reste, qui ont écrit sur les affections tuberculeuses, ont déjà noté que 1 on rencontre souvent , dans les diverses portions de 1 encéphale , des tumeurs assez volumineuses dont rien pendant la vie n’avait fait soupçonner l’existence. Nous dirons, en outre, que tout praticien verse dans le diagnostic de ces maladies aura le souvenir de quelques malades qui ont survécu longtemps avec tous les symptômes rationnels des tumeurs de l’encéphale. Ce fait est plus incontestable encore pour les tumeurs non cancéreuses, uniques, qui se sont fait jour à travers une portion des os du crâne , et nous avons insisté, dans tout le courant de ce travail sur les symptômes cérébraux moins prononcés dans ces cas que pour les tumeurs intracrâniennes.

Circonstances concomittantes , Nous ne pouvons pas nous dispenser de donner ici quelques détails sur l’âge et le sexe des malades qui font le sujet de nos observations. Quant aux prétendues causes de ces maladies, telles qu’une affection inflammatoire, une chute, etc. , nous n’avons guère reconnu leur véritable causalité.

Par rapport au sexe, nous trouvons une différence en faveur des hommes. C’est ainsi que sur 89 malades, nous trouvons 5i hommes et 38 femmes , ce qui fuit près d’un quart en sus pour les hommes. Sur ce nombre , il y avait 23 cas de cancer, dont 13 encore pour les hommes et 10 pour les femmes. Relativement à l'âge, nous dirons d’abord que le cancer du cerveau se rencontre, proportionnellement aux autres cancers , à une période moins avancée de la vie ; c’est ainsi que nous trouvons 5 cas (plus d’un cinquième) entre 5 et 30 ans, et 12 en tout (plus de la moitié) avant 45 ans. Si nous prenons les tumeurs encéphaliques dans leur totalité , nous avons le chiffre de 78 cas dont 20 (plus d’un quart) avant l’âge de 30 ans , et 38 (près de la moitié) avant l’âge de 45 ans. Nous trouvons cependant les deux chiffres de la plus grande fréquence entre 45 et 50 et entre 60 et 65 ans. En thèse générale, les tumeurs can-

CANCER El' lUMEUllS iNü.N CaNCÊHKUSES UU CERVEAU. 82 1

céreuses et non cancéreuses sont donc incontestablement plus fréquentes dans la seconde moitié de la vie; mais, d'un autre côté , on les observe fréquemment dans le jeune âge et assez souvent même pendant l’enfance , surtout dans sa 'seconde moitié, car il n’est pas commun de les rencontrer avant l’âge de 10 ans. L’âge moyen a été, pour le cancer, 44 ans et 1/23', et pour toutes les tumeurs encéphaliques en général , 44 ans et 1/13' ; par conséquent , presque identiquement le même.

\ oici les deux tableaux synoptiques de l’âge de nos malades : 1 un , pour le cancer proprement dit, comprenant 23 cas; l’autre, pour les tumeurs encéphaliques , prises dans leur totalité , formant 78 cas.

Cancers encèphaliq

lies.

Tumeurs encéphaliques en

général.

De 5 à 1 0 ans.. . .

De 1 0 à 1 5

De 5 à 1 0

De 1 5 à 20

De 1 0 à 1 5

De 20 à 25

De t5 à 20

De 25 à 30

De 20 à 25

De 30 à 35

De 25 à 30

De 35 à 40

De 40 à 45

De 35 à 40 .

Do 45 à 50

De 40 à 45

De 50 à 55

De 45 à 50

De 55 à 60

De 50 à 55

De 60 à 65

De 55 à 60

De 65 à 70

De 70 à 75

yi

De 65 à 70

De 75 à 80

De 70 à 75

Total. .

De 75 à 80

Total. . . .

Pronostic. En thèse générale , le pronostic d’une affection qui attaque 1 organe central de l’innervation, l’organe qui, avec le cœur et les poumons , est de beaucoup le plus important pour l'entretien ’ de la vie, le pronostic d’une maladie qui, de plus, n’est pas susceptible de faire disparaître son produit morbide , doit être fort grave. Aussi la terminaison fatale en est-elle la conséquence la plus ordinaire, et 1 on ne rencontre guère d’observations sur ce sujet, dans la science, sans les voir accompagnées d’autopsie cadavérique. Malgré cela, ce pronostic , fâcheux en général , est susceptible de modifications. Le fait est que, lorsque aucun organe important du cerveau n est comprimé d une manière constante, l’économie peut s’y habituer. On rencontre quelquefois des tumeurs cérébrales chez des in

dividus qui ont succombd à de tout autres maladies, et chez lesquels rien pendant la vie n’avait fait soupçonner l’existence de cette affection.

Abstraction faite de ces cas exceptionnels , il y a encore des différences de pronostic, selon le siège de la maladie. C’est ainsi que les tumeurs qui ont perforé le crâne et font saillie au dehors sous la peau , peuvent débarrasser par cela même le cerveau de tout effet compressif. Aussi existe-t-il dans la science de nombreux exemples où la vie, en pareil cas, s’est prolongée pendant des années; et dans plusieurs d entre eux , elle 1 aurait été davantage sans l’assassinat chirurgical , car c’est ainsi que nous devons désigner les tentatives opératoires proposées contre ces tumeurs. Dans les cas rares, où la tumeur externe finit par s’ulcérer à la surface , le pronostic en devient plus fâcheux. Il en est de meme lorsqu’une partie de la tumeur se développe au dedans du crâne , dont la partie perforée est alors enclavée comme entre un double bouton de chemise. Le pronostic est plus fâcheux lorsque la tumeur est Cancéreuse. D’abord, au bout d’un certain temps, elle a pour conséquence un mauvais état général, et ensuite c’est dans ces cas qu’il se forme volontiers des tumeurs multiples ; et malgré une tumeur saillante qui ne comprime plus le cerveau , d’autres tumeurs placées ailleurs entre les méninges et le cerveau, ou dans la substance cérébrale, peuvent également jeter le trouble dans les fonctions de cet organe. Toutefois nous avons remarqué sous ce rapport une différence curieuse. Lorsque les tumeurs multiples avaient pour foyer primitif le cerveau, les symptômes, et, par conséquent , la gravité de la maladie , étaient bien autrement prononcés , que lorsqu’au contraire ces tumeurs multiples étaient la conséquence d’une infection cancéreuse ultime, partant dans le principe de quelque autre organe.

Parmi les tumeurs intra-crâniennes , le pronostic est plus grave pour celles de la base que pour celles des autres parties encéphaliques , car c’est à la base que sont situés le plus grand nombre des organes importants du cerveau. La symptomatologie est d’abord plus complexe , à cause des troubles sensoriels nombreux et variés qui viennent s’ajouter à tous les autres symptômes ; et , en outre , il y a certaines parties de la base dans lesquelles des altérations même peu étendues entraînent déjà des désordres graves et une mort prochaine. C’est par cette raison que de toutes les tumeurs encéphaliques, celles de la protubérance annulaire et de la moelle allongée, ainsi que de leur proche voisinage, donnent lieu au plus mauvais pronostic.

r.ANCEK ET TUMKIIUS NON CANCEREUSES DU CERVEAU. 8*23

Il faut enfin tenir compte de la marche initiale; car si celle-ci est lente, si les symptôjnes qui caractérisent ces tumeurs ne surviennent que graduellement , on peut espérer une plus longue durée que lorsque la succession des symptômes est plus rapide. Il y a deux symptômes enfin qui peuvent faire craindre une mort subite, et qui doivent engager le chirurgien à en prévenir l’entourage des malades : ce sont les accès convulsifs et les attaques apoplectiformes , car nous avons vu que , dans l’un et l’autre cas , les malades pouvaient succomber subitement.

Nous ne parlerons pas d’une manière spéciale du diagnostic des tumeurs encéphaliques, vu que tout ce travail, d’un bout à l’autre, est destiné à éclairer la symptomatologie de ces affections. En outre, nous serions obligé de passer en revue et de comparer tous les principaux symptômes des tubercules cérébraux , du ramollissement , de la méningite chronique, de l’apoplexie, etc. ; et cette longue discussion ne serait en fait qu’un pont aux ânes pour les paresseux qui ne lisent que des résumés. Du reste , nous avons aussi travaillé pour cette classe de lecteurs , en ajoutant à la fin du chapitre le résumé aphoristique de nos recherches sur ce sujet.

§ III. Traitement.

Nous sommes obligé d’avouer ici avant tout qu’il n’existe point de traitement curatif contre ces tumeurs. Cela n’a rien d’étonnant pour celles qui sont cancéreuses ; mais lors même qu’elles sont d'une autre nature , elles sont également au-dessus des ressources de l’art. Cela s’applique avant tout aux médicaments internes, et, à plus forte raison , aux opérations chirurgicales ; car si les uns n’empêchent j)as , la plupart du temps , de mourir, les autres tuent. Que l’on parcoure tous les travaux faits sur ce sujet , depuis le Mémoire de Louis jusqu’ aux plus récents, on verrapartout la terminaison fatale indubitablement hâtée par les opérations chirurgicales. Que l’on ait plongé par erreur le bistouri dans l’une de ces tumeurs ; que l’on ait recouvert sa surface d’un cau.stique ; que l’on en ait tenté l’extirpation , toujours est-il que la mort a suivi de près ces tentatives hardies et irréfléchies. Nous trouvons , dans tous les auteurs 3 récents sur cette matière , une statistique très soigneusement faite t; de tous ces insuccès. Nous pouvons d’autant plus aisément nous dis- 1 penser de la reproduire ici , que l’insuccès chirurgical en pareil cas est la règle, et que jusqu’à ce jour nous n’en connaissons point d’exception bien avérée ; c’est donc aux partisaus de ces opérations à

rapporter des faits incontestables de succès , et non aux adversaires

de 1 opération de dresser la statistique de ces insuccès dont la science foisonne.

Le traitement palliatif est donc le seul qui mérite de fixer un instant notre attention. Nous avons déjà dit plus haut que M. Louis nous avait communiqué de vive voix plusieurs exemples de malades qui, après avoir présenté pendant quelque temps les signes rationnels des tumeurs cérébrales, avaient éprouvé une amélioration prolongée sous l’influence d’un traitement fondant et dérivatif. Nous pouvons confirmer cette assertion par notre propre expérience. Si l’on nous objectait quen pareil cas il y a eu erreur de diagnostic, nous répondrions que nous avons toujours cherché à établir le diagnostic aussi bien que possible , et que de plus le traitement que nous proposons est si rationnel et si exempt de tout inconvénient , qu’on n’a , en le suivant , que les chances d’être utile aux malades , sans en avoir toutefois la certitude.

Au premier rang nous plaçons les émissions sanguines ; la saignée générale de 300 à 400 grammes est surtout indiquée lorsque la douleur de tête est intense et plus ou moins continue ; que le malade a la tête lourde ; qu’il commence à sentir quelques symptômes précurseurs de paralysie. S’il est bon de commencer par une émission sanguine générale, il ne faut pas, par la suite, y recourir trop fréquemment ; son effet s’userait, et l’on affaiblirait inutilement les malades. On y aura recours de nouveau lorsque les symptômes d’une forte congestion cérébrale, de violentes convulsions , des accès apoplectiformes, etc., se présenteront. On recourra plutôt de temps en temps, pour combattre l’hypérémie cérébrale consécutive à la présence d une tumeur, à des émissions sanguines locales, en appliquant tous les 15 jours, tous les mois, tous les deux mois, ou même à de plus longs intervalles , 3 ou 4 sangsues derrière chaque oreille , ou 6 à 8 sangsues à l’anus. On ne poussera cependant pas trop loin ces émissions sanguines, et l’on surveillera toujours attentivement l’état des forces. Toutefois les émissions sanguines constitueront une ressource précieuse entre des mains habiles, dirigées par un coup d’œil expérimenté.

Les réfrigérants sur la tête , des linges imbibés d’eau froide pure ou vinaigrée, d’eau glacée ou de glace dans une vessie, seront appliqués pendant une heure ou deux chaque fois que les maux de tête seront i)lus intenses. Parmi les dérivatifs extérieurs, les sinapismes et les bains de pieds acides conviennent de préfe-

CAiNCEH Kl TUMELIIIS i\ON CANCÉREÜtiKS DU CERVEAU. 825

rence. Les sinapismes appliqués aux membres inférieurs conviennent surtout lorsque les malades, dans leurs paroxysmes, ont de la peine à se tenir assis et éprouvent des vertiges ou des nausées. En dehors de ces accès de douleurs vives , les bains de pieds acides sont préférables. On en fait prendre un tous les deux ou trois jours , le soir avant le coucher. On peut ajouter de 30 à 60 grammes et au delà d'acide nitrique ou nitro-muriatique , à chaque bain de pieds qui doit être très chaud, avoir un goût légèrement acide , et qui, après 5 à 15 minutes de durée , doit provoquer une rougeur générale modérée et un sentiment de picotement. Pour empêcher le maniement maladroit des acides , on prescrira toujours la quantité nécessaire pour quatre pédiluves mêlée d’un litre d’eau , et l’on ajoutera le quart du litre à 1 eau chaude avant d’y mettre les pieds. Je ne

connais pas de meilleur dérivatif pour la tête que ces sortes de bains de pieds.

Les dérivatifs sur le canal intestinal sont également de précieux remèdes dans ces cas. On fera prendre tous les quinze jours un purgatif salin , une bouteille de Sedlitz ou de limonade magnésienne , ou une purgation pour laquelle j ai une' certaine prédilection : elle consiste à faire prendre le soir, au moment du coucher, 15 centigrammes de calomel , et le lendemain matin 15 grammes d’huile de ricin dans du bouillon aux herbes chaud et bien dégraissé. On aura soin aussi d’entretenir la régularité des garde-robes dans l’intervalle des purgations , soit au moyen de lavements , soit par des pilules d’aloès dont on fera prendre, selon les circonstances, 5 à 10 centigrammes par vingt-quatre heures. Il va sans dire que l’on pourra varier à 1 infini les détails de celte médication.

Des exutoires placés au cou sont le complément indispensable de tout ce traitement. Les vésicatoires volants , ou même entretenus pendant quelque temps , n’ont pas une action assez énergique. Un certain nombre de moxas, appliqués successivement des deux côtés des vertèbres cervicales, ont une action plus énergique ; et après en avoir mis un certain nombre, on en maintiendra deux dans lesquels on placera des pois, et que l’on transformera ainsi en cautères. Puis enfin un autre exutoire, un peu délaissé aujourd’hui, mais dont nous i avons, dans bien des circonstances, constaté la supériorité, c’est l'application d un large séton à la nuque , dans lequel on entretiendra une suppuration habituelle que l’on rendra plus active lorsqu’elle I sera sur le point de se tarir, en graissant la mèche avec la pommade

Quant au traitement fondant proprement dit , l’usage habituel de 1 eau de Vichy, de 1 iodure de potassium, des mercuriaux employés avec les ménagements nécessaires, nous y aurions moins de confiance que dans les moyens déplétifs et dérivatifs que nous venons d’analyser. Toutefois on y aura recours selon les circonstances spéciales qui pourraient se présenter.

Il est indispensable qu’on trace à ces malades une hygiène convenable. On les mettra à une diète végétale , au laitage ; on leur fera manger beaucoup de fruits et de légumes ; on ne leur permettra pour boisson que de l’eau fraîche pure ou faiblement rougie, ou de l’eau de Vichy ; et tout en n’excluant pas complètement l’usage de la viande , on le restreindra cependant notablement. Il faut que ces malades évitent les liqueurs fortes et le vin pur. On leur conseillera d’éviter tout repas trop copieux. En un mot, on les mettra à un régime rafraîchissant et pas plus substantiel que cela n’est nécessaire pour entretenir la nutrition en bon état. Il faut que ces malades s’abstiennent , autant que possible , des plaisirs de l’amour ; et s’ils ne peuvent pas le faire complètement , il faut leur faire comprendre tous les dangers qu’il y aurait à en faire le moindre excès. Les bains tièdes , pas trop prolongés , sont permis , mais les bains froids ou trop chauds , ainsi que les bains de vapeur, sont interdits. On aura soin de surveiller ensuite le traitement symptomatique qui se fera d’après les règles générales de la thérapeutique. On combattra les douleurs névralgiques par des applications réfrigérantes , et , au besoin, par des vésicatoires volants. On prescrira dans ce but les antispasmodiques, le castoréum, le valérianate de zinc ou de quinine, la teinture de succin , la teinture éthérée de valériane, etc. On s’abstiendra , autant que possible, des narcotiques , et l’on n’aura recours à l’opium que dans les cas de douleurs excessives. Lorsque les malades ont des vomissements accompagnés de vertiges , on leur prescrira pendant ces accès l’immobilité dans la position horizontale ; on leur fera prendre à l’intérieur de la glace en quantité plus ou moins considérable ;on leur prescrira des boissons gazeuses, telles que l’eau de Seltz factice ou l’eau de soude ; et si ces moyens échouaient contre l’opiniâtreté de ces troubles digestifs , on pratiquerait une saignée , ou l’on appliquerait des sangsues aux apophyses mastoides. Quant aux troubles sensoriels, rien ne les soulage, et, par conséquent, il est inutile de leur opposer un traitement spécial.

En résumé, le médecin expérimenté est donc à même de soulager considérablement ces pauvres malades, lors même que leur guérison

CANCEH DE LA MOELLE EPINIERE.

est impossible ; et dans cette circonstance , comme toujours, l’inaction , en thérapeutique, est l’apanage à la fois de la présomption et de l’ignorance.

SECTION II

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