‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 15 sur 113 · MAÏU'.UE, DURÉE ET TERMINAISON DU CANCER · texte numérisé non relu

MAÏU'.UE, DURÉE ET TERMINAISON DU CANCER

lérale et de celle du cancer en particulier qui existent dans la science sont ceux du docteur d’Espine de Genève. Nous trouvons bien dans ouvrage de M. Tanchou des tableaux sur la mortalité cancéreuse dans le département de la Seine, et dans Walsbe , sur la mortalité mur l’Angleterre 5 mais nous nous sommes déjà prononcé sur lim- ,)ossibilité d’avoir des renseignements justes pour la statistique méiicale, lorsqu’il s’agit de chiffres considérables et lorsque de grandes difficultés sont inhérentes au sujet. Par conséquent, tous ces docu- J-ments n’ont pas même pour nous une valeur approximative. La pre- 1 nière condition, pour qu’une masse de chiffres soit probante et porte : a conviction dans l’esprit du lecteur , est qu elle soit composée I i’unités irréprochables, ce qui est extrêmement difficile et impossible , orsqu’il s’agit de registres de l’état civil dans une grande ville ou dans tout un pays. Il nous a fallu pour notre compte onze ans pour recueillir 611 faits relatifs aux maladies cancéreuses ou d apparence cancéreuse. Sur ce nombre, il ne se trouve que 447 cas de véritables jîancers et 164 de maladies cancroïdes ou confondues avec le cancer. i3e dernier chiffre aurait été bien plus considérable si nous avions ■ 'ait entrer en ligne de compte toutes les tumeurs non cancéreuses : ]ue nous avons vu extirper pour des cancers. M. Broca nous a dit encore tout dernièrement que sur 64 cas de tumeurs qu’il a vu enlever à M. Blandin comme cancéreuses, il n’y avait que 38 véritables tancers. Quelle foi ajouter dès lors à ces chiffres si considérables lont l’immense majorité des unités n’a point été contrôlée , et dont 1 )n ne tirerait d’ailleurs , quand bien même elle l’eût été , que peu de parti dans l’état actuel de la science. Les documents de M. d’Espine même , qui sont l’expression de travaux profonds et consciencieux le toute la Faculté genevoise, n’ont pour nous qu’une valeur aporoximative, et nous croyons qu’il doit exister de nombreuses erreurs le diagnostic dans les unités.

Nous avons un peu insisté sur ce point , pour éviter le reproche |u’on pourrait nous adresser à l’occasion de l’étiologie, d’avoir laissé le côté les documents et les matériaux qui existent dans la science. Mais nous aimons mieux avouer notre ignorance que de faire de la oseudo -science avec de mauvais matériaux.

A l’époque à laquelle j’ai consulté les matériaux, soit inédits, 5oit publiés, de M. d’Espine, en 1846, la population du canton de 4enève était de 61,871. Sur ce nombre, il mourait en moyenne, 1 après un relevé de 6 ans , 66 individus par maladie cancéreuse, ce iui fait 1/937* de la population totale et presque la vingtième partie

lllSrOlHE GÉNÉHALK DU CANCER.

de la mortalité genevoise. La proportion exacte que M. d’Éspine a publiée plus tard est de 0,58. ^

Nous devons encore revenir un moment ici sur les divers modes de terminaison du cancer. Déjà, dans notre définition, nous avons dit que le cancer conduisait fatalement à la mort. Aussi regardons nous cette terminaison comme la plus fréquente , comme presque constante. Ce n est que dans des cas infiniment rares que le mal reste stationnaire. En ce qui concerne les récidives après l’opération nous en parlerons dans la partie thérapeutique de ces généralités’ Quant aux divers modes de guérison que l’on a indiqués, ils reposent évidemment sur une observation incomplète ou sur des erreurs de diagnostic. Partant de l’idée fausse que le cancer n’était qu’une terminaison de 1 inflammation , on a cru que le cancer pris au début devait périr par les antiphlogistiques, etLisfranc, dans sa clinique médicale, cite des cas de cancer du sein guéris par des applications de sangsues. La valeur de ces observations est aujourd’hui jugée, et a mémoire de ce grand chirurgien sera éternellement ternie par 1 absence de sévérité, pour ne rien dire déplus, qu.’il a apportée dans appréciation de ses prétendues guérisons de cette affection incurable. A diverses époques , nous avons suivi la clinique de Lisfranc , et jamais nous ne lui avons vu guérir un cancer par les résolutifs et les sangsues. M. Tanchou cite 22 cas de cancer du sein guéris par les antiphlogistiques. Mais nous nous sommes déjà prononcé sur la valeur de ces observations. Les guérisons parla ' compression, sur lesquelles M. Récamier a beaucoup insisté, sont aujüurd hui complètement jugées pour la question du cancer; du reste, nous y reviendrons. Ainsi, en général, la guérison de cette maladie par les secours de l’art est un jjroblème non résolu.

Examinons si la nature est plus heureuse que l’art. A en croire les c auteurs , on la dirait toute-puissante, et l’on ne se fait pas faute de s citer des cas de guérison par résolution, par métastase, par cicatrisation des ulcères, par chute des tumeurs gangréneuses. La résolu- i) tion spontanée des tumeurs cancéreuses a été si peu démontrée, qu’il est inutile de la réfuter, car tous les pathologistes aujourd’hui sont d accord pour regarder la résolution d’une tumeur cancéreuse comme impossible. La guérison par métastase n’est plus du domaine de la science, et elle doit être reléguée parmi ces contes bons à défrayer ■ le noble désir de s instruire qui caractérisait les curieux de la nature. L état stationnaire local , 1 atrophie locale même, s’observent ! quelquefois. Malheureusement l’arrêt n’est que local, et la ma- 'j

M.VRCHE, DL'RÉE ET TEÜMIXAISON DU CANCER. 12^)

ladie, comme affection générale, continue sa marche. La cicatrisation, nous l’avons vu plus haut, n’arrive que rarement à être complète, et ne constitue autre chose qu’une cessation locale de la suppuration. Xous devons, à cette occasion, relever une erreur qui s'est glissée dans l’ouvrage de Walshe (1). Il dit qu’Abernethy rapporte un cas d’une tumeur encéphaloïde de l’aine dans lequel l’ulcère, après qu’on avait enlevé une partie de la tumeur, perdit peu à peu son aspect enllammé; des granulations se formèrent, et la cicatrisation devint complète. 3Iais évidemment M. AValshe a mal interprété l’observation d’Abernethy. Il s’agit dans cette observation, lé dixième cas rapporté à l’occasion du sarcome médullaire, d’un homme de quarante ans, atteint d’un cancer des glandes lymphatiques de l’aine, qui augmentèrent peu à peu de volume et produisirent des ulcérations dans ces régions. Voici le passage qui a trait à cette prétendue cicatrisation d’une tumjgur cancéreuse :

“ La destruction d’une glande donna une sorte de souplesse à la » peau distendue, qui ne s’était ulcérée que sur le sommet de la tu- >• meur, et n’avait pas été affectée ailleurs. Elle perdit son aspect » phlogosé, il s’y forma des granulations, et elle se cicatrisa.

» La même chose arriva à l’aine droite; une glande mise à nu » par l’ulcération de la peau tomba en pourriture , avec les mêmes » circonstances que je viens de rapporter. Néanmoins, avant que » la peau fût cicatrisée, l’ulcération reparut à l’aine droite, par suite " de la grande distension de la peau résultant de la dilatation de la « tumeur ; la chute des portions détruites de la glande avait recom- » mencé , lorsque le patient mourut, ses forces vitales ayant été ” épuisées par la longueur de cette maladie (2). ..

Le malade succomba un an après , et l’on trouva dans le bassin Tde nombreuses glandes cancéreuses. En un mot , il n’y avait eu ni 1 guérison locale, ni guérison générale, mais tout simplement une cilîcatrisation passagère d’une portion de peau non cancéreuse après ^qu’elle eut cessé d’être distendue par le cancer.

1 C est ici le cas de revenir de nouveau sur la guérison du cancer jjpar gangrène. Dans la partie anatomique, nous avons déjà exprimé amtre opinion sur ce point. Cependant il est bon de jeter un coup 'dd'il sur quelques unes des observations que l’on a invoquées à

[\) Op, cit., p. 77.

(2) Mélangea de chirurgie étrangère. Genève, t. II, p.469. (Traduction lu Mémoire d’Abernct/iy sur la classijicnlion des tumeurs.)

lllSTOniE (;ÉNKHAI.E DU CANCEH.

l’appui de ce mode de guérison. M. Tanchou en a réuni 6 (1). La j)remiére a pour litre : Tumeur du sein guérie ‘par ïinoculalion de la gangrène; elle appartient ùM. Rigal, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Gaillac, Cette observation, rapportée d’une manière extrêmement succincte, est si pleine de détails incroyables, que réellement elle ne saurait porter la conviction même dans l’esprit des plus crédules. Il n’existe pas d’exemple que la gangrène soit inoculable. La tumeur n’était pas ulcérée, et c’est sur une incision fraîchement faite que le chirurgien mit de la charpie imbibée de sanie gangréneuse ; cette tumeur, qui dans l’espace de 6 mois avait atteint SI pouces de circonférence , fut entièrement détruite en 18 jours par la gangrène , et 18 ans après cette malade vivait encore sans aucune récidive! Dans la seconde observation , appartenant à M. Garneri, chirurgien en chef de la Charité, à Turin, un cancer ulcéré du sein se gangrena, l’ulcère se cicatrisa, et la malade mourut trois ans après d une fièvre adynamique. Cette observation, comme les suivantes, manque complètement de détails, et lorsqu’il s’agit de faits si exceptionnels, qui seraient fort remarquables s’ils étaient exacts, un fait rapporté de cette façon, en quelques lignes seulement, ne porte nullement la conviction dans l’esprit du lecteur. Dans la troisième observation, pour laquelle il n’y a point de nom d’auteur cité, la gangrène d’un prétendu cancer du sein survint dans le courant d'une fièvre putride ; l’ulcère se détergea, la cicatrice devint complète, et la malade s’en retourna guérie ; mais il n’est pas dit ce que devint la malade par la suite. La quatrième observation, appartenant àRicherand, est plus écourtée encore que les autres. Une femme d’environ quarante-huit ans vient à l’hôpital Saint-Louis avec un énorme engorgement de la mamelle; la peau et le tissu cellulaire de la surface s’enflamment, la gangrène survient, la masse cancéreuse tombe, et l’ulcère cancéreux se cicatrise, et à ce moment on perd la malade de vue. Par conséquent, rien ne prouve la guérison définitive et durable. Dans la cinquième observation, appartenant à M. Fristo, c’est la solution de chlorure d’oxyde de calcium étendu dans 8 parties d’eau qui produisit la fonte putrilagineuse d’une tumeur cancéreuse ulcérée, et une cicatrisation solide. Quelques mois après, est-il dit dans l’observation, la malade se portait encore bien ; mais en supposant même un instant le fait exact, peut -on appeler une malade guérie, parce qu’il y a absence de récidive quel-

(1) Op. fit., p. 7G à 83.

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