HYPERTROPHIE PARTIELLE DE LA GLANDE MAMMAIRE
membres tient surtout à la compression des veines par les ganglions cancéreux ; celui des deux membres supérieurs provient plutôt d’une affection de la veine cave descendante. Le corps de ces malades est ordinairement émacié , les muscles plus mous , les os plus fragiles, les organes parenchymateux petits et souvent anémiques. Le tube digestif est rarement malade ; les poumons n’étaient que 2 fois tuberculeux ; 3 fois nous avons rencontré des tumeurs fibreuses dans l’utérus, 1 fois un polype muqueux.
13" Le cancer du sein parcourt trois périodes : celle du dépôt local ; celle de l’accroissement , avec tendance à envahir les parties ambiantes ; et celle de l’infection, d’abord du système lymphatique, et ensuite de l’économie tout entière.
14» Le squirrhe débute par une petite tumeur qui, de bonne heure, perd sa mobilité et sa forme arrondie, tumeur diffuse, à surface irrégulière , qui bientôt envoie dans son voisinage des traînées indurées. La tumeur est plus volumineuse lorsque le sein est pris en totalité ; au toucher il offre une dureté rigide. Le squirrhe se généralise plus lentement que l’encéphaloïde. Celui-ci débute par une tumeur fort arrondie qui croît rapidement, sans envahir autant les tissus voisins; elle donne souvent au toucher une sensation trompeuse de fluctuation.
15° Les douleurs apparaissent de bonne heure dans le squirrhe , et deviennent de plus en plus fréquentes ; de bonne heure on aperçoit une légère altération de l’état général de la santé ; le mamelon est bientôt fixé par des adhérences , il se ride et se rétracte ; son pourtour rougit, s érode et s’ulcère. L’ulcère cancéreux survient en moyenne au bout de 6 à 18 mois après le début , parfois plus tôt , quelquefois beaucoup plus tard ; les bords sont durs, calleux ; sa surface inégale , son fond verdâtre, quelquefois couvert de bonnes granulations. Lorsque 1 encéphaloide s ulcère, il se forme un champignon cancéreux. Nous n avons rien observé jusqu’à présent
qui parlât en faveur d une guérison locale du cancer de la mamelle.
16o L infection des glandes lymphatiques survient en moyenne dans le courant de la seconde année, quelquefois beaucoup plus tard. C est a cette époque que le teint devient d’un jaune paille , que les malades maigrissent et perdent les forces ; cependant elles ne sont ordinairement obligées de garder le lit que tout à fait vers la fin. Les douleurs augmentent souvent de fréquence et d’intensité ; elles manquent très rarement. Le pouls ne devient fréquent que vers ki
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fin. L œdème d un des membres supérieurs a existé 6 fois , les fractures cancéreuses 4 fois. La mort a ordinairement lieu sans agonie prolongée. ^
17^» L’opération a été pratiquée , avant 2 ans révolus , dans les 5/7- de nos observations , plus tard dans les 2/7-. Sur 34 malades opérées, 6 sont mortes de l’opération, 21 ont eu des récidives dans un espace de temps de 3 mois à 2 ans, et 7 ont été perdues de vue 5 les 2/3 des récidives ont eu lieu au bout de 6 mois , et 1 seulement apiès 2 ans ; 5 malades ont été opérées trois fois.
I80 Rien ne prouve que dans l’état actuel de la science l’opération prolonge la durée moyenne de la maladie prise sur un certain nombre de faits, ce qui ne doit pas empêcher d’opérer selon l’opportunité individuelle des cas ; car les faits sinon de guérison , au moins • d un lépit prolongé par 1 opération , ne sont heureusement pas très 1 rares. La durée moyenne du cancer du sein, dans nos observations, ■ a varié entre 3 ans 1/2 et 4 ans , ce dernier chiffre se rapportant ; surtout au cas de terminaison naturelle, non consécutive aux opéra- ' tions. La durée moyenne de la maladie est donc ici bien plus longue * que pour les cancers des organes internes. j
19° Le cancer du sein est rare avant 30 ans. Son âge de prédilection est entre 35 et 55 ans, et nous avons observé 1 /4 des cas après 55 : l’âge moyen a été de 50 ans. Dans 1 /30' de nos faits, le mal s’est rencontré sur des hommes. Dans la mortalité genevoise , le cancer du sein occupe 1/9® des décès cancéreux, et 1/200* de tous les décès > en général. L’influence de la santé antérieure , ainsi que celle d’une violence externe , est , pour le moins , douteuse ; l’hérédité ne s’y rencontre qu’ exceptionnellement.
20® Le pronostic est généralement mauvais, et l’est un peu moins lorsque les malades sont âgés, lorsque la marche est lente et que la | tumeur primitive est squirrheuse. Dans des cas rares, le cancer atrophique peut exister pendant longtemps sans de très graves incon- ‘ vénients.
21" Quant au traitement, l’action des prétendus spécifiques, ainsi que celle des fondants et des antiphlogistiques, est à peu près nulle, et l’on ne peut porter qu’un secours palliatif, tant par l’opération que par le traitement simplement symptomatique.
22" L’opération, malgré les résultats peu favorables, nous paraît indiquée dans les circonstances suivantes : Lorsque les douleurs sont vives, la marche de la maladie rapide, et que les ganglions lymphatiijues sont peu ou point pris , l’adhérence établie avec les os sous-
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J jftconts est une contre-indication. L’opération du squirrhe offre plus ! de chance que celle de l’encéphaloïde. La réunion immédiate doit I être tentée après l’opération. L’extirpation des récidives dépendra I du répit qu’aura donné une première opération. L’application des i| caustiques ne convient que dans des cas exceptionnels, i 23“ Les prétendues guérisons du cancer du sein par la compresi sion sont , pour le moins , fort douteuses. Le traitement palliatif P doit se composer, avant tout, d’une bonne hygiène, d’un régime t tonique, et de l’usage intérieur alternatif de l’huile de foie de morue et de l’iodure de potassium. Les opiacés et les bains tièdes calmeront } les douleurs. Les ferrugineux conviennent à l’époque où l’infection 1 cancéreuse a amené un degré notable de faiblesse et de dépérisse- • ment. Le pansement des ulcères cancéreux se fera d’après les règles ■ générales de la chirurgie ; il en sera de même du traitement des ; fractures cancéreuses.
RÉSUMÉ DE l’hypertrophie PARTIELLE DE LA MAMELLE.
24’ L hypertrophie partielle de la mamelle, souvent confondue avec le cancer, peut se présenter sous les formes suivantes : hyper- (irophie portant principalement sur l’élément glandulaire, sur sa 1 chai pente fibro -cellulaire , .sur 1 un et 1 autre de ces éléments avec prédominance tantôt de l’un , tantôt de l’autre. Toutes ces formes peuvent être compliquées de la formation de kystes tantôt clos , tantôt lacuneux , complication que nous avons rencontrée dans un tiers de nos observations.
^ 25“ Les petites tumeurs de ce genre sont ordinairement entourées 'd’une enveloppe celluleuse, leur surface est grenue et lobulée, quelquefois plus homogène. On constate dans leur intérieur l’absence du suc cancéreux ; on rencontre dans l’hypertrophie fibro-colloïde un suc transparent comme synovial. La couleur de ces tumeurs est d un jaune pale et rosé parfois, violacée lorsque les lobules renferment des épanchements sanguins ; d’autre fois d’un jaune d’ambre , lorsque leur épithélium interne est infiltré de graisse. ^
26° Les kystes clos de ces tumeurs sont constitués par une dilatation lobulaire avec occlusion , tandis que les kystes lacuneux sont ormés par les inteistices do la charpente fibreuse. Les premiers meuvent surtout devenir volumineux. Ils renferment tantôt un liquide dair, tantôt un liquide hémorrhagique , et parfois une substance crémeuse ou butyreuse. On les trouve simples ou multiloculaires.
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27“ Au microscope , on reconnaît dans ces liypertropliies les lobules terminaux de la glande mammaire , arrondis ou pointus en forme de lancette, montrant quelquefois une paroi épaissie, anhyste ou fibreuse. Leur intérieur est tapissé d’une couche épithéliale qui offre tous les caractères de celui de la mamelle à l’état normal. C’est un épithélium pavimenteux que nous avons cependant rencontré une lois cunéüorme et une fois cylindrique. Les cellules complètes ont à 0'"“',015 et renferment un noyau rond ou
ovoïde dont les dimensions varient entre O*""*, 006 et 0®"*,075 et . dont 1 intérieur offre un à deux fort petits nucléoles. Beaucoup de i noyaux sont dépourvus d’enveloppe , ces cellules subissant souvent ' l infiltration granuleuse. Il n’est pas rare de rencontrer dans ces tumeurs des cristaux de cholestérine.
28“ Le début de cette affection est ordinairement latent. On s aperçoit d’abord d’une tumeur mobile, roulante, à surface inégale, placée le plus souvent à la circonférence de la glande. Dans 1/5' ■ des cas , nous avons vu ces tumeurs d’emblée multiples dans l’un ou les deux seins. Lorsque les kystes s’y développent rapidement, le sein peut se déformer, mais le bon état général, la fluctuation de ‘ la tumeur, et au besoin, une ponction exploratrice éclaireront le ' diagnostic.
29 Nous n avons vu que deux fois la peau qui recouvrait ces tumeurs, rougie et injectée, et une fois ulcérée. Une fois le mamelon a été trouvé rétracté.
30“ Les douleurs ont été à peu près nulles dans les 2/5** de.s cas ; dans les 2/7** des malaises existaient surtout aux époques menstruelles 5 dans 1/7^ des cas les douleurs étaient vives, il s’agissait de tumeurs fort volumineuses et anciennes dont l’extirpation amena la guérison radicale.
31“ Nous n’avons jamais rien observé dans ces maladies qui resremblât à l’infection cancéreuse. Leur marche est généralement lente et bénigne ; l’opération est plus rarement nécessaire et bien plus heureuse dans ses résultats que pour le cancer. L’ablation de ces tumeurs n’est réellement nécessaire que lorsqu’elles sont volumineuses et tendent toujours à s’accroître, et dans les cas rares où elles occasionnent des souffrances vives. Les récidives sont rares, et lorsqu’elles existent, elles sont aussi bénignes que l’affection première.
32« Les femmes qui en sont atteintes sont généralement plus jeunes quecellesqui sont affectées de cancer. Un tiersdenos malades avaient
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moins île 30 ans, les 2/3 moins de iÜ, et les 6/7“ moins de 15 ; l’âge moyen a été un peu au-dessus de 36 ans. L’influence de l’irrégularité de la menstruation n’est pas démontrée ; la stérilité est proportionnellement fréquente chez les femmes qui ont de ces tumeurs. 6 fois nous avons pu constater une violence externe comme cause.
33o Tant que les tumeurs sont petites , peu douloureuses , roulantes sous le doigt, on mettra en usage un traitement fondant , surtout les préparations indurées à l’intérieur et à l’extérieur. Les émissions sanguines locales conviennent lorsqu’il s’agit d’une affection consécutive à une violence externe , ou lorsqu’il existe une exacerbation momentanée dans l’accroissement et les douleurs. Les douches exercent parfois une action résolutive salutaire. Lorsqu’il y a des douleurs vives de nature névralgique , on associera les calmants aux fondants. Quant à l’opération, dont nous avons déjà précisé les indications , elle se fera de la même façon que celle du cancer ; elle offre sur celle-ci l’avantage d’une énucléation bien plus facile pour les petites tumeurs et de l’absence de l’adhérence intime avec le pectoral , lors même qu’elles sont volumineuses.
SECTION V