‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 47 sur 113 · DU CANCER DD TESTICDLE · texte numérisé non relu

DU CANCER DD TESTICDLE

On désigne ordinairement le cancer du testicule sous le nom de sarcockU, terme essentiellement vicieux, et qui, littéralement, exprime 1 idée absurde d’une hernie charnue. Dans son acceptation pathologique, ce terme comprend également des affections bien diverses : le véritable cancer, le fongus bénin , les affections tuberculeuses, les tumeurs fibreuses, les affections syphilitiques du testicule, sans compter les erreurs de diagnostic qui peuvent faire confondre ces diverses affections avec l’hydrocèle et l’hématocèle. Nous préférons donc de beaucoup le terme de cancer du testicule , et si nous employons quelquefois celui de sarcocèle , ce ne sera absolument que pour ne pas répéter trop souvent le môme mot.

^ Anatomie pathologique du cancer du testicule.

La classification anatomique des formes diverses de' cette affection , telle que nous la trouvons dans plusieurs auteurs , n’est guère

l^NCKH DKS OH(;aNES OK i.A (iKNÉ.IU 1 lON.

soutenable aujourd’hui. C’est ainsi que dans la distinction, par exemple , entre le cancer occulte et le cancer ulcéré, il ne s’agit que des degrés ditTérents de la même maladie; de plus, la terminaison par ulcération, dans le cancer de la glande séminale, est rare et exceptionnelle ; la ditî’érence entre le squirrhe et l’encéphaloïde du testicule est egalement plutôt théorique que pratique, car le squirrhe est si rare dans le testicule , qu il n y a peut-etre pas d’organe dans l’économie où le cancer revête plus constamment la forme médullaire que dans la glande séminale, ün a parlé aussi de tumeurs mixtes du testicule , en partie cancéreuses et en partie tuberculeuses ; mais ■ nous démontrerons bientôt que la matière décrite comme tuberculeuse , dans 1 encéphaloide du testicule, n’est autre chose qu’un tissu i phymatoïde , c est-à-dire du tissu cancéreux qui a subi la transformation granuleuse et graisseuse.

Le cancer du testicule est ordinairement constitué par une tumeur ovoïde allongée, à surface régulière, de consistance élastique , quii ne prend une forme arrondie que lorsqu’elle acquiert des dimensionstrès considérables. La surface de l’enveloppe propre du testicule est, . dans ces cas, très injectée, et lorsque les deux feuillets de la tunique vaginale ne sont pas soudés ensemble , il y a amas de liquide,, une véritable hydrocèle. Les adhérences entre ces deux feuillets peu-* vent être complètes ou seulement partielles , et c’est dans ce dernier" cas que l’on observe des accumulations partielles de liquide qui ressemblent quelquefois à des kystes. C’est à la résistance qu’offre la^ tunique albuginée qu’il faut attribuer la rareté de l’ulcération dans = ce cancer. Ces tumeurs offrent généralement une pesanteur notable.; Nous avons vu la longeur varier entre 9 et 17 centimètres, la largeur

entre 5 et 8, l’épaisseur entre 4 et 8. La plus grande tumeur de ce ? genre que nous a3'ons observée avait les dimensions d’une tête dei fœtus à terme.

Sur une coupe fraîche , ces tumeurs , lorsqu’elles sont encore ’ de date récente , offrent un aspect lobulé , les lobes se subdivi- ■ sant en lobules et en grains. Plus tard , cette texture devient plus • homogène et des intersections fibreuses indiquent seules encore les vestiges des lobes, si toutefois la consistance n’est pas celle ’ d’une pulpe molle et cérébriforme. La teinte du tissu encépha- ■' loïde proprement dit est d’un jaune rusé ou d’un jaune pâle légè- ^ rement grisâtre , luisant ; il est infiltré d’un suc cancéreux très ' abondant. Cette teinte est d’un jaune pâle et tout à fait terne dans ■ le tissu d’apparence tuberculeuse qui forme le plus souvent des îlots

cwi'.Kii DU TKsriaii.i:.

multijjleâ, au milieu du tissu médullaire; la teinte xanlhiquc , d un jaune ocracé, est très fréquente également et traverse la tumeur par traînées irrégulières. Les épanchements sanguins avec toutes leurs I transformations s’observent à peu près dans toutes celles de ces tumeurs qui ont acquis des dimensions notables. Lorsque 1 épanchement est plutôt infiltré , le tissu en devient dun rouge livide; si j au contraire, les épanchements existent par masses plus considéjl râbles, on les observe sous forme d’un caillot, lorsqu ils sont récents ; pous celle d’une masse grumeleuse en partie décolorée ou sous cette autre forme d’un liquide brun et poisseux comme entouré dun > kyste, lorsque l’épanchement est plus ancien. Un dernier résidu enfin i de ces apoplexies cancéreuses est tantôt un amas diffus de fibrine ; décolorée et granuleuse , tantôt un kyste rempli de sérosité. Nous n’y avons guère observé de cicatrices d’anciens épanchements. On . trouve parfois le tissu cancéreux d’un aspect demi-transparent et i comme gélatineux , contenu dans une trame fibreuse , on a alors affaire au colloïde du testicule. La vascularité est inégale et géné- ■ râlement peu notable , elle n’affecte qu’exceptionnellement la ri- ; chesse du cancer hématode. Nous avons vu deux fois un travail ) phlegmasique au milieu de ce tissu hétéromorphe , provoquer la 1 formation d’un abcès entouré d’infiltration purulente, mais ici encore I nous devons faire remarquer que la marche ordinaire de ce cancer ne tend ni vers l’inflammation , ni vers le ramollissement. Bien au . contraire, cet encéphaloide, primitivement mou et pulpeux, se durcit : plutôt avec le temps dans les points où il subit l’infiltration granuleuse et graisseuse qui constitue sa transformation phymatoïde ; c’est ce que les auteurs allemands regardent comme un cancer rétrograde. Parmi les substances que l’on rencontre quelquefois dans ces tumeurs, il faut signaler le tissu fibro-plastique qui se trouve surtout au pourtour des intersections fibreuses et à la périphérie du côté de l’albiiginée. Nous avons observé une fois, dans une loge d’un de ces cancers , une matière d’un jaune pâle et comme cireuse , qui était constituée par un amas de cristaux de cholestérine entremêlés de cellules ressemblant au tissu cellulaire végétal , éléments que nous avons trouvés dans certaines formes d’athéromes. Une fois, nous avons trouvé aussi dans plusieurs points d’un cancer du testicule , des îlots cartilagineux du volume d’un pois et au delà , offrant à la coupe leur aspect caractéristique d’un blanc mat et comme lacté, et montrant au microscope les éléments propres au cartilage , et même des réseaux osseux distincts. Nous avons rencontré une se-

CANCHK DES OKOANKS DE LA (iENÉHAlloN.

comIe Ibis ces inc'mes plaques cartilagineuses dans un testicule tuberciileux et nous avons trouvé des exemples analogues dans la description de pièces présentées à la Société anatomique. A Cooper et J. Müller signalent même des tumeurs cartilagineuses plus étendues dans la glande séminale, e(, àcoup sur, cette disposition du testicule a renfermer de la matière cartilagineuse, dans ses diverses altérations morbides, doit faire réfléchir les physiologistes sur les éléments qui a 1 état normal, entrent dans la nutrition du testicule.

Le sort que subit le testicule et ses diverses parties constituantes dans le cancer, est important à connaître pour déterminer à la fois le point de départ et le mode d’envahissement de cet organe. Nous avons toujours^ vu le mal prendre son origine dans une portion du testicule lui-même, et la seule fois que nous l’avons vu prendre pour î i point de départ 1 épididyme, le tissu n'était pas cancéreux, mais.*, fibro-plastique. Pour l’ordinaire, une portion de la glande s’infiltre de suc cancéreux qui bientôt occupe un ou plusieurs de ses lobules.

Par les progrès du mal , la glande peut être envahie en totalité ou seulement d’une manière partielle, et, en faisant une dissection attentive de ces tumeurs, il n’est pas rare de rencontrer sur un point de leur circonférence des restes non douteux du testicule.- Quant au mode d’envahissement des canaux séminifères , nous les ii avons d abord vus s entourer de suc cancéreux , perdre plus tard la' netteté de leurs contours, renfermer ensuite des cellules cancéreuses, mêlées à leur épithélium normal, et finir par disparaître complètement.

Voici ce que l’observation nous a appris sur les éléments microscopiques de ces tumeurs : Dans tous les cas que nous avons observés, et sur 18 de nos observations 1 examen microscopique a été fait 12 fois avec soin et détail, les cellules cancéreuses étaient des mieux caractérisées, et proportionnellement, nous y avons trouvé même plus souvent les types de cellules complètes que dans le cancer des autres régions. Ce n est que deux fois en tout que nous avons vu les parois cellulaires n exister qu en petit nombre j une fois , nous avons pu observer toute la filiation du développement entre les cellules jeunes et naissantes et celles qui étaient complètement développées.

■ Dans une de nos tumeurs, nous avons rencontré des cellules à mem- m branes cellulaires doubles. Les membranes d’enveloppe étaient géné- jj râlement pâles et rondes, et variaient en moyenne entre 0““,02 et . O*"™, 025 de largeur, nous les avons vues atteindre jusqu’à 0““,033; d’un autre côté, nous les avons vues une fois de 0““,015 seulement,

l'.ANr.KU DU TESTIUULK.

et une fois, de O™'", 0175. Nous avons, de plus, rencontré quelquefois un certain nombre de noyaux renfermés dans une expansion membraneuse. Les noyaux avaient orénéralement des contours très marqués, sphériques ou ovoïdes, variant en moyenne entre 0“'",012 et 0"'"‘,02; nous avons observé quelquefois de très jeunes noyaux qui avaient de0““,006 à O*"™, 008. Les nucléoles au nombre de 1 à 3, ternes, très marqués , avaient de 0"'“,0025 à 0""",0033, et dans quatre de nos observations, nous les avons vus atteindre 0'"'",005, c’est alors surtout, que nous avons constaté la présence de nucléoles secondaires dans leur intérieur. Ces cellules offrent l'infiltration granuleuse et graisseuse dans bien des endroits, et d’une manière plus marquée dans le tissu phymatoïde. Cette infiltration occupe le plus souvent la cellule tout entière ; et quelquefois de préférence le noyau. Nous avons encore constaté ici la petitesse et le développement arriéré des cellules, dans un cas d’infection prompte et très générale de toute l’économie.

La charpente fibreuse de ces tumeurs se compose essentiellement : de fibrilles pâles , souvent ondulées et fasciculaires. On y voit en outre du tissu fibro-plastique , quelquefois assez abondant , avec ses noyaux et ses corps fusiformes caractéristiques. Nous avons déjà indiqué plus haut la nature des éléments gras : granules, vésicules, cristaux. Nous n’avons point rencontré lamélanose dans le testicule cancéreux. Quant à la xanthose, nous l’avons vue infiltrer des cellules et des noyaux d’une manière uniforme, ou affecter l’aspect de granules moléculaires. Nous insistons de nouveau ici sur le fait que nous avons vu des traînées de cette substance en dehors de tout épanchement sanguin, et sa combinaison fréquente avec les éléments gras nous fait plutôt pencher pour l’opinion que c’est une espèce d huile colorée dans le genre de celle qui donne sa coloration au tissu adipeux et au jaune d’œuf, qu'une matière hématique.

Nous n avons rien à ajouter aux détails déjà donnés sur la composition microscopique des matières d’épanchements sanguins , sur celle des restes du testicule , de la substance cartilagineuse et des éléments de la suppuration.

L infection de 1 économie tout entière n’est pas rare dans le sarcocèle, pour peu qu on lui laisse le temps d’arriver à sa terminaison naturelle. Nous ne 1 avons observée pour notre compte avec détail que dans 6 cas 5 mais nous ne donnons nullement ce chiffre comme proportionnel, vu que dans la moitié de nos observations nous avons perdu les malades de vue après une première opération. Du reste ,

le teuiuignage de tous les grands chirmgiens est là pour prouver out le cancer du testicule est un de ceux qui tendent le plus constamirLt à infecter 1 économie. Le mal s’étend d’abord le long du cordon • il franchit bientôt l’anneau inguinal ; des tumeurs cancéreuses et des glandes infiltrées de cancer apparais.sent dans le petit bassin et s’étendent en haut ver.s l’angle sacro - vertébral et le long des gros vaisseaux ; des tumeurs qui atteignent jusqu’au volume d’une tête de fœtus et au delà , englobent les divers organes de l’abdomen , qui quelquefois , est au tiers ou à moitié rempli par d'énormes productions encéphaloides. Souvent le cancer reste ainsi borné à l’abdomen, et il fait périr avant de s’étendre plus loin. D’autres fois les tumeurs de l'abdomen sont un peu moins volumineuses , mais par contre on trouve des cancers secondaires dans les poumons et le foie, plus rarement dans les centres nerveux et le système osseux ; nous en avons vu une fois dans les reins. Nous citerons à cette occasion un des cas les plus remarquables d’infection fibro-plastique qui aient été observés. Dans le cas dont il s’agit (nous ne donnons ici que le résumé très succinct de l’observation que nous avons recueillie avec beaucoup de détails), un jeune homme de dix-sept ans portait dans le testicule une tumeur ovoïde du volume du poing, qui fut extirpée par M. Velpeau. Déjà, pendant 1 opération , on s’aperçut que le cordon était pris au delà de 1 anneau inguinal. La tumeur extirpée montra a la dissection que le mal avait pris son origine dans l’épididymej son tissu était élastique, d un jaune pâle 5 il offrait une vascularité inégale, et montrait par places quelques épanchements sanguins, mais il était dépourvu de suc cancéreux , de tissu phymatoïde et de xanthose , et n offrait au microscope d autres éléments que ceux du tissu fibro-plastique. Après l’opération , les tumeurs intra-abdominales se développèrent avec une extrême rapidité , et le malade succomba 13 mois après le début de la maladie. A l'autopsie , nous trouvâmes le péritoine adhérent à d’énormes tumeurs contenues dans sa cavité j il était , de plus , le siège d un dépôt mélanique et d un épanchement noirâtre 5 sa surface interne était parsemée de tumeurs d un blanc tirant sur le jaune. Au-dessus de l’anneau inguinal droit existait une tumeur fibreuse énorme lobée, jaunâtre, mélanotique par places , et faisant suite à une tumeur semblable qui occupait une grande partie de 1 abdomen. Les intestins étaient rejetés dans le flanc droit, le côlon privé de ses plis transversaux, et les plis longitudinaux avaient pris un aspect ligamenteux ; de petites tumeurs fibreuses existaient du côté du diaphragme , à la surface des

CANCKR DU TESTICULE.

i plèvres et des poumons, et à la surface interne des côtes. Leur tissu i était d’un jaune pâle homogène, dépourvu de tout suc cancéreux, et I formé par un tissu fibreux , gélatiniforme par place, et offrant sur- I tout des éléments fibro-plastiques. La tumeur principale de l’ab- I domeii , sans compter celle qui se trouvait au-dessus de l’anneau I inguinal et qui lui faisait suite, avait 35 centimètres de haut sur ^ 33 de large et 73 de circonférence. Les glandes ly mphatiques , le i( foie, la rate, les reins, le cœur et les centres nerveux étaient sains. i| Nous avons donc ici un exemple fort remarquable d’un sarcocèle I fibreux et fibro-plastique qui a donné lieu à une infection générale;

I mais ce qui , pour ces sortes de tumeurs , est une exception infinii ment rare, est la tendance générale pour les tumeurs cancéreuses ) ordinaires.

Avant de terminer ce que nous avons à dire sur l’anatomie pathologique de ces tumeurs , il nous faut dire deux mots du fongus bénin du testicule , affection souvent confondue avec le cancer , et qui n’a été bien décrite que dans ces derniers temps par M. Jarjavay [Archives générales de médecine , 1849), quoique déjà signalée par Lawrence , A. Cooper et d’autres chirurgiens.

: M. Jarjavay distingue deux formes de fongus bénin du testicule.

• dont l’une a son siège à la face interne de la tunique vaginale , et l’autre provient du testicule lui -même et bourgeonne sous forme’ de . champignons, après avoir traversé la tunique albuginée. L’étude microscopique de ces tumeurs lui a appris qu’elles étaient essentiellement composées de tissu fibro-plastique assez vasculaire , ce que nous avons pu pleinement confirmer dans deux cas de ce genre que aiüus avons eu occasion d’observer. Ces fongus, en effet, ne nous paraissent etre autre chose qu’un produit organisé de l’inflammation chronique , et avoir beaucoup d’analogie avec ces bourgeons charnus et ce tissu fongueux que l’on observe autour des fistules de cane, autour de certaines maladies articulaires. Cette variété du

:issu fibro-plastique est riche en cellules , noyaux et vaisseaux sanguins.

§ II. Pathologie du cancer du testicule.

Le cancer de la glande séminale n’affecte qu’un seul testicule et e second n est guère pris que lorsqu’il y a récidive, après que le tes icule pris en premier lieu a été enlevé par la castration , et encore es r cidives sont-elles plus fréquentes dans le moignon du cordon surtout au delà de l’anneau, que dans le testicule du cote opposé!

CANCEU DES UHÜANES DK LA GÉNEIUTION.

Le testicule droit paraît être le siège de prédilection de ce cancer ; car dans les 4/5*‘ de nos observations c’était le testicule de ce côté ' qui était pris, et dans ]/5® seulement le cancer affectait la glande ! séminale gauche. 11 est possible que le hasard y soit pour quelque J chose, et nous n attacherions pas une grande valeur à ce résultat si d autres auteurs n avaient déjà signalé cette fréquence plus grande du cancer dans l’organe droit.

Le début de la maladie est difficile à préciser, car non seulement 1 affection paraît peu grave pendant quelque temps encore après que les malades se sont aperçus de 1 existence d’une tumeur, mais même ciu moment où ils constatent pour la première fois l’engorgenrient de leur testicule, la tumeur a déjà ordinairement le volume d’une noisette et même d une petite noix, et doit, par conséquent, déjà exister depuis quelque temps.

Le début apparent de la maladie est donc caractérisé par l’engorgement que le malade perçoit dans le testicule , qui est alors plus gros et plus pesant, et partiellement induré. Bientôt des tiraillements se manifestent le long du cordon ; et au bout de six mois à un an de durée , des élancements et des douleurs passagères commencent à s 3'^ faire sentir. En thèse générale, pendant la première année la maladie n’est pas bien douloureuse ; et au moyen d’un bon suspensoir , ainsi que des ménagements pour les fatigues , le malade ne souffre pas beaucoup. Nous avons cependant observé des sarcocëles à marche beaucoup plus rapide. C’est cette apparente bénignité qui fait souvent confondre cette affection avec l’hydrocèle ; mais bientôt le mal local prend un accroissement plus rapide , la tumeur offre une consistance plus notable , une surface souvent inégale , des dimensions de plus en plus considérables , et une forme plutôt ovoïde que pyriforme. Lorsqu’on cherche à voir le jour à travers, comme dans l’hydrocèle, on constate l’absence de toute transparence, j Si, en palpant , on perçoit par places la sensation trompeuse d’une |ij Iluctuation obscure, on trouve, en examinant attentivement , d’au- |s très endroits où la consistance est évidemment solide. La présence 1 du testicule , que l’on constate toujours aisément dans l’hydrocèle, i est difficile à retrouver dans le cancer lorsqu’il a déjà fait de grands j, progrès. Nous avons vu plus haut que ces tumeurs dépassaient bien r; souvent la longueur d’un décimètre, et pouvaient acquérir les dimen- ti sions d’une tête de fœtus et au delà , et c’est alors que la peau de ^ la surface devient plus rouge et que ses veines sont plus développécs ; des adhérences s'établissent aussi dans ces cas entre la surface ^

CANClvR DU TESTlCULli.

I interne de la peau et les tuniques d'enveloppe du testicule ; niais la grande extensibilité des parties superficielles , ainsi que la résistance : de la tunique fibreuse, oppose un obstacle au travail ulcéreux qui ,

I dans d’autres parties du corps , accompagne si volontiers le cancer superficiel. Nous avons vu deux fois des abcès se former dans Je testicule cancéreux , une fois s’ouvrir au dehors et se fermer plus tard , tandis que, dans le second cas, l’abcès n’a été trouvé que par la dissection de la pièce enlevée. Lorsque la tumeur est volumineuse, la sensation de pesanteur qu’elle donne , en la soulevant avec la main, est très caractéristique. Lorsque l’engorgement s’étend au cordon, et que l’on constate l’existence de tumeurs intra-abdominales , ou que l’on trouve des glandes inguinales très engorgées , la maladie a dépassé cette seconde période de l’accroissement pour passer à la troisième , celle de l’infection. On peut alors suivre l’ex- 1 tension successive de ces tumeurs dans la cavité abdominale et dans les glandes. Après les kystes de l’ovaire et des cas rares de tumeurs t fibreuses très étendues, nous n’en connaissons point qui donnent lieu i. à des engorgements abdominaux sous -ombilicaux plus étendus que île cancer du testicule lorsqu’il arrive à la période d’infection. Nous Lavons vu des malades en proie à une gêne très grande de la respi- I ration , consécutive au développement énorme de ces tumeurs qui , t en refoulant le diaphragme en haut, avaient diminué la capacité de :1a cavité thoracique. La compression des voies digestives donne lieu t a des troubles de leurs fonctions , ainsi que celle des vaisseaux ab- : dominaux provoque des épanchements séreux dans le péritoine et - 1 anasarque dans les membres inférieurs-

Lorsque la tumeur des bourses prend un très grand accroissement, le raphé du scrotum est déjeté de la ligne médiane, la peau ;du pénis se rétracte et ce membre disparaît en partie, comme dans les cas d hydrocèle volumineux. Dans le cas où la fausse fluctuation d une tumeurde nature douteuse tiendrait le jugement du chirurgien en suspens, il faudrait avoir recours à la ponction exploratrice, qui donne heu à l’écoulement d’un liquide limpide, lorsqu’il s’agit d’un amas de liquide ; si , au contraire, la tumeur est solide, il sort une bouillie jaune ou rougeâtre dans laquelle 1 examen microscopique peut faire reconnaître les cellules d une manière non douteuse ; s’il s’agit d’une tumeur hématique consécutive à des caillots, il ne sort que des élé- Tients hématiques. Deux fois j’ai pu établir le diagnostic du cancer ivant 1 opération par celte exploration , après laquelle la nature cancéreuse du tissu ne pouvait plus rester douteuse.

CANCEU DES OlUiANKS DE I.A GENERATION.

Dans la seconde et la troisième période de la maladie, les doueurs , peu considérables au début, méritent toute l’attention du chirurgien. On sait que l’hydrocèle ne gêne que par des tiraillements et par son poids, et que les autres affections chroniques du testicule ne sont généralement pas très douloureuses. Il n’en est plus de même pour le cancer confirmé , dans sa seconde période ; mais ici encore il ne faut pas être trop absolu , car, dans 1/5* de nos cas. les douleurs ont été peu considérables , et une fois même nulles jusqu’au moment de l’opération . qui fut pratiquée quinze mois après le début apparent de la maladie. Deux fois, les souffrances ont été peu vives. Une fois l’opération n’est devenue nécessaire qu’au bout de dix ans de durée , et ce n’est que pendant les derniers quatre mois que les souffrances ont été vives. Nous venons de citer les cas exceptionnels ; mais ordinairement les douleurs lancinantes, d’abord rares, deviennent de plus en plus fréquentes , en même temps des douleurs gravatives , un sentiment habituel de pesanteur , une tension douloureuse qui s étend le long du cordon à la région inguinale , aux lombes, aux reins, aux cuisses, et qui remontent même dans la fosse iliaque correspondante , donnent lieu à des souffrances habituelles qui, pendant quelque temps encore, se font de préférence sentir pendant la marche et la station et diminuent pendant le séjour au lit, mais que bientôt la position horizontale ne calme plus. Le sommeil alors fuit ces pauvres malades; ils deviennent inquiets et moroses, et leur position devient de plus en plus pénible. Il arrive que les douleurs présentent les caractères d’une névralgie à accès périodiques. Nous avons observé des douleurs plus constantes sur le trajet du nerf sciatique pendant la période de l’infection ; elles reconnaissaient pour cause la compression du plexus sciatique par des tumeurs cancéreuses. Nous les avons vues une fois à une période moins avancée de la maladie, suivre le trajet du nerf crural et s étendre d’abord sur la partie moyenne et antérieure de la cuisse et s irradier ensuite le long du côté interne de la jambe. Dans une seule de nos observations , les douleurs étaient déjà très intenses après quatre mois de durée; mais le plus souvent ce n’est que dans la seconde année que les malades en ont été le plus incommodés. Ici encore , comme pour la plupart des affections cancéreuses , les douleurs constituent un des symptômes les plus pénibles et les plus fréquents. Cela se comprend ; car, à mesure que le mal s’étend, il exerce des tiraillements et de la compression sur les filets nerveux prove- Rftnt des plexus spermatiques et des branches du nerf honteux in-

(:ÀNCE^ DU TESTICULE. lUy

terne, et tant par anastomose que par action réflexe , ces douleurs , peuvent ainsi s étendre au loin.

I La diminution des fonctions génitales a aussi souvent existé dans : nos observations que leur intégrité à peu près parfaite , et chez 1 plusieurs malades la rétraction de la peau du pénis faisait seule obstacle à l’accomplissement de ces fonctions. L influence du mal local sur la santé générale se fait toujours sentir lorsque la seconde période est bien prononcée. Les malades deviennent pâles , leur teint ‘ prend l’aspect jaune-paille caractéristique, les forces et 1 embonpoint I diminuent, le sommeil se trouble, le pouls devient petit et faible,

:■ quelquefois accéléré et fébrile, les membres inférieurs s infiltrent,

1 la respiration devient gênée, 1 appétit se perd 5 quelquefois la diarrhée i s’observe pendant les derniers temps, et si , a une époque où tous ; ces symptômes sont moins prononcés, la castration est pratiquée, les malades peuvent de nouveau revenir pour quelque temps à un 1 certain degré de bien-être; sinon la mort survient en moyenne, f comme nous le verrons bientôt , après une durée qui ne dépasse 1 qu’exceptionnellement trois ans; cependant nous l’avons vue survenir ‘ une fois après neuf mois et une fois après dix ans de durée seulement.

' L’invasion de cette troisième période remonte le plus souvent a la i seconde année. La mort , du reste , a ordinairement lieu sans agonie ( prolongée et par suite d’un affaissement graduel.

1 B. Marche et durée. — Nous avons déjà donné des indications approximatives sur la durée des diverses périodes du cancer du testicule. Nous pouvons nous résumer ici en assignant en moyenne à , la première période une durée de six mois à un an après la première apparition de la tumeur, et une durée approximativement ' égale à l’une et à l’autre des deux périodes suivantes. Quant au résultat des opérations , nous ne possédons pas de chiffres exacts sur la mortalité immédiate. Les récidives sont survenues le plus souvent avant six mois révolus , mais plusieurs fois aussi après un an et demi à deux ans. Nos tableaux sur la durée totale n’ont pas une grande valeur, les chiffres étant trop peu nombreux , aussi ne communiquerons-nous ici que celui de la durée jusqu’au moment de la première opération. Nous dirons seulement que nous avons vu survenir la mort au bout de 13 mois , au bout de 26 mois , au bout de 39 mois, mais dans plusieurs de nos autopsies la durée exacte n’a pas pu être déterminée. En thèse générale , l’opération devient nécessaire dans le courant de la seconde année, et la mort survient dans la troisième.

IJES OHGANIiS Uli LA GENEUATlUN.

Jve%tuo!T P-

De 3 à 6 mois

De 6 mois è I an

De 1 an à i 8 mois

De 1 8 mois à 2 ans

De 2 à 3 ans

De 3 à 4 ans

De 4 à 1 0 ans. . . .

Total.

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C. Causes. ~ Comme pour les autres cancers analysés jusqu'à présent , un examen attentif nous a démontré la nullité des'^causes ndiquées par les auteurs, comme capables de provoquer le sarcocèle C est ainsi que les maladies vénériennes, l'abus des plaisirs sexuels, les violences extérieures , la transformation des épanchements sam gains en raatiere cancéreuse , n'ont guère une influence démontrée. Nous avons bien noté chez 3 de nos malades l'existence antérieure d une violence externe à laquelle ils attribuaient leur maladie mais cette contusion des bourses n'avait eu lieu que plusieurs années auparavant, et rien ne nous a fourni les preuves qu’iW eût eu là quelque chose de plus qu’une simple coïncidence. Cependant nous ne nions pas la possibilité que chez un individu prédisposé à une affection cancéreuse, un coup porté sur les testicules ne puisse avoir

pour effet que le cancer se localise plutôt sur la partie contuse que sur les organes sains.

Nous avons recherché l’influence de l’hérédité dans 7 cas, et 6 fois nous en avons constaté l’absence, tandis qu’une seule fois le père et la mère du malade avaient succombé à une affection cancéreuse.

L’âge de prédilection du cancer du testicule est moins avancé que pour beaucoup d’autres cancers, et nous le voyons ici survenir souvent à une époque de la vie où les fonctions des organes malades sont en pleine vigueur. L’âge de prédilection est entre 30 et 40 ans; nous avons trouvé 9 cas sur 17, dans cette limite d’âge ; les 8 autres étaient également partagés en dehors de cette limite, savoir : 4 avant 30 ans et 4 après 40. Deux fois nous avons observé le sarcocèle cancéreux entre 15 et 25 ans. Un auteur anglais , Earle (1) , cite même l’observation d’un enfant d’un an et neuf mois qui , à l’âge d’un an, ayant eu le testicule gauche pincé par sa sœur, fut pris de douleurs ,

(1) London medko-chimrgk(d transactions , t. III, p. 59.

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