C.VNCKH DK I-’KSTOMaC
Douleurs épigastriques, diminution de l’appétit, difficulté de la digestion , nausées ou vomissements , constipation , diminution des forces et de l’embonpoint. Il est rare de trouver tous ces signes réunis, et l’on rencontre des cas dans lesquels l’éveil est à peine donné par de légers troubles de la digestion qui ne sont accompagnés d’aucun autre signe. Mais si l’on rencontre, d’un côté, tous les degrés entre le début peu grave et le groupe des symptômes mentionnés, on trouve cependant dans la majorité des faits, dès le début, les douleurs épigastriques, l’altération de l’appétit et de la digestion, et de bonne heure des nausées ou des vomissements qui, joints à l’amaigrissement et à la perte des forces , font soupçonner le caractère fâcheux de ces maux d’estomac. Passons à présenta quelques détails sur ces symptômes du début. Les douleurs, peu vives pendant quelque temps , ont été notées 18 fois dès le commencement, se montrant dans la région de l’épigastre ou dans les hypochondres, et s étendant vers le reste de l’abdomen ; elles ont augmenté pendant la digestion , et ont été tantôt plus vives immédiatement après les repas, tantôt seulement quelques heures après. La perte de l’appétit, quoique quelquefois assez prompte , est le plus souvent précédée d’un appétit fantasque et irrégulier. Les troubles de la digestion consistent en aigreurs, sentiment de pesanteur à l’épigastre, renvois ou éructations et maux de cœur. Les vomissements, peu fréquents , U reste , au début, sont ou glaireux, ou composés d’aliments. 11 est rare que les vomissements de sang surviennent au début. La constipation est un signe moins certain , parce quelle n’est pas rare chez des personnes d’ailleurs bien portantes. Le dépérissement enhn est un signe d’une grande valeur, et il est d’autant plus rapide que la marche de la maladie l’est elle-même en général. Cependant e plus souvent il ne survient qu’après quelques mois de Iment ^ pourtant nous l’avons observé dès le commen-
Après ces quelques remarques , nous allons revenir à des détails sur chacun des symptômes.
1» hypétil. Il est ordinairement plus on moins complètement aboli , et cette anorexie prolongée est d’une égale importance physioogique et pathologique par rapport au diagnostic. Nous avons analysé les changements de l’appétit dans 33 cas , et nous l’avons trouve 4 fois a peu près conservé pendant la plus grande partie de la duree de la maladie ; une fois même il était augmenté, ce qui coïncidait avec une grande dilatation de l’estomac. Dans 6 cas l’appétit
CANCER DES ORGANES DR l.A DIGESTION.
avait (.liminué, mais il continuait à persister jusqu’à un certain point. Il dtait, du reste, irrégulier, variant d’un jour à l’autre, capricieux , et fantasque chez quelques malades. Chez les deux tiers de nos malades , 22 fois sur 33 l’appétit était tout à fait aboli , et plusieurs éprouvaient un dégoût marqué pour la nourriture , lors même que la perte complète de l’appétit ne survenait point dès le début. Elle avait lieu d autant plus rapidement que la marche de la maladie était plus prompte. Chez quelques uns de ces malades, l’inappétence n’était devenue complète que vers la fin. Lorsque les vomissements étaient devenus fréquents, l’anorexie arrivait aussi au plus haut degré ; et outre le manque d’appétit, les malades craignaient même de manger a cause des digestions douloureuses et des vomissements. 11 est onfin des malades chez lesquels il y a des variations d’appétit , et une anorexie très prononcée a été plusieurs fois suivie d’un retour passager vers un meilleur état de l’appétit. Cela a été surtout le cas chez quelques malades qui, en entrant à l’hôpital, avaient passé d’un état de misère complète dans des conditions hygiéniques meilleures. Ce mieux momentané , observé dans ces cas en même temps pour d’autres symptômes, ne s’est ordinairement pas soutenu.
Nous notons donc comme un des symptômes importants du cancer de l’estomac , l’anorexie plus ou moins complète et prolongée dans la grande majorité des cas.
2® La langue. L’état de la langue a été noté avec soin dans 26 cas , et dans les autres elle a été également examinée et trouvée à peu près à l’état normal, mais elle n’a point été décrite avec assez de détails. 13 fois sur 26 la langue était pâle, humide, ne présentant aucun enduit ni autre caractère anormal. Nous n'avons à noter que l’aspect anémique prononcé qui coïncidait avec la même teinte des gencives , des lèvres et de la figure. Dans les 13 autres cas dans lesquels nous avons noté quelques altérations , celles-ci étaient le plus souvent légères. C’est ainsi que 7 fois nous avons rencontré un enduit jaunâtre , et 3 fois un enduit blanchâtre , mais toujours très léger. Dans un seul de ces 10 cas , nous avons noté une rougeur prononcée des bords et de la pointe de la langue, symptôme auquel l’école de la gastro-entérite a attaché une valeur beaucoup trop grande . Chez 2 de ces malades la langue était très sèche et fendillée, et dans 2 enfin, sur les 26, un enduit blanchâtre pultacé recouvrait la langue , enduit composé de plaques isolées ou confluentes qui s’étendaient dans toute l’arrière-gorge jusqu’au pharynx.
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La plupart des malades avaient un goût fade ou pâteux à la bouche , quelques uns un goût amer, plusieurs enfin n’accusaient aucun mauvais goût.
En somme, l’examen de la langue fournit plutôt des signes négatifs dans le cancer de l’estomac, car elle est ou naturelle ou seulement couverte d un léger enduit 5 et les altérations rares qu’on observe vers la fin se rencontrent tout aussi bien dans d’autres maladies chroniques.
3® La déglutition. Ce n’est qu’exceptionnellement que la déglutition est gênée ; cette gêne, que nous n’avons notée que 6 fois, était due 2 fois à l’enduit pultacé de l’arrière-gorge. Deux fois la dysphagie tenait au développement du cancer à la partie inférieure de l’œsophage vers lequel il s’était propagé depuis le cardia. Dans un cas enfin, il existait une paralysie de la langue dont la cause serait difficile à expliquer, vu que l’autopsie n’a démontré aucune lésion cérébrale.
4 La digestion. Nous notons avant tout, comme un fait digne de fixer 1 attention des pathologistes, qu’une anamnèse faite avec soin nous a démontré dans la majorité des cas , à trois ou quatre exceptions près , un état tout a fait normal de la digestion avant l’invasion du cancer de l’estomac. Un des malades avait depuis sa jeunesse de nombreuses indigestions, et, en général, une digestion lente et difficile. Trois autres malades avaient eu de loin en loin des maux d’estomac accompagnés de vomissements passagers, qui, chez l’un, avaient été plus fréquents pendant les quatre dernières années. Chez tous les autres , la digestion est restée bonne jusqu’au début du cancer de 1 estomac. Nous insistons sur ce fait, parce qu’il nous aidera plus ar a prouver que le cancer de 1 estomac ne se développe guère consécutivement à une gastrite chronique, à une gastralgie, ou à toute autre affection non carcinomateuse dans le principe , et que le
cancer, comme dans tous les autres organes, se montre d’emblée comme tel dans l’estomac.
Les troubles de la digestion doivent être comptés parmi les ymptomes es plus constants du cancer de l’estomac. Ce n’est que ans cas que nous avons vu la digestion se conserver assez onne pour que les malades aient pu digérer encore du pain , e a viande et des légumes sans éprouver de grands malaises pendant les premiers mois de la maladie. Mais, en thèse générale la digestion devient mauvaise de très bonne heure; elle s’accompagne de pesanteur ou de gonflements , d’un malaise assez grand dans
ftOO C.VNCEIl DES OIUJANKn 1>K I.A DK.KSTIoN,
toute la région de l’estomac , de rapports acides ou nidoreux , et ce n’est que dans quelques cas qu’elle est accompagnée des le début de douleurs vives. Pour l’ordinaire, les douleurs se montrent au début indépendantes de la digestion , qui ne devient douloureuse qu’à une époque avancée de la maladie. Les aliments solides sont ceux qui éprouvent les premiers de la difficulté à passer, de légers bouillons ou du laitage peuvent être plus longtemps pris sans grands inconvénients ; il n’est pas rare pourtant d’observer les préférences les plus bizarres de l’estomac , qui digère quelquefois plus facilement des aliments réputés indigestes que ceux qui passent pour être de la digestion la plus facile. Nous avons noté ce fait 7 fois , et tous les auteurs y ont insisté ; toutefois c’est plutôt l’exception que la règle. La plupart des malades sont plutôt incommodés pendant les heures qui suivent immédiatement les repas , tandis que chez d autres les principaux malaises ne commencent que plusieurs heures après l’ingestion des aliments. Les nausées n'existent que lorsqu’il y a des vomissements ; cependant nous les avons observées plusieurs fois sans qu’elles aient été suivies de vomissements.
La digestion difficile et laborieuse survenant au milieu d’un état de santé passable, et précédée d’un état à peu près normal des forces digestives , est donc un des signes dont il faut le plus tenir compte dans le diagnostic du cancer de l’estomac ; si le dérangement de la digestion ne constitue point à lui seul un signe pathognomonique du cancer de l’estomac, il peut du moins être considéré comme d’une grande valeur relative.
5“ Les è.ructaüons . Ce symptôme, qui du reste n’a rien de caractéristique , et se rencontre dans les affeclions les plus diverses de l’estomac , [a été fréquemment noté. Les éructations ont varié de caractère ; tantôt elles revenaient après chaque repas d’une manière incommode et fréquente , tantôt d’une manière irrégulière et plus rares. Quelques malades ont été très incommodés par des flatuosités; chez d’autres, les éructations étaient aqueuses , très aigres , ce qui les rendait même douloureuses ; chez d'autres , elles avaient une odeur d’œufs pourris. Quant à la régurgitation d’une petite quantité d’aliments accompagnant les éructations, elle ne survenait généralement que lorsque les vomissements commençaient à s’établir.
6® Les vomissements. Nous arrivons ici à un signe de la plus grande valeur pour le diagnostic ; aussi entrerons-nous dans des détails plus longs que pour les svmptômes précédents.
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Dans nos 42 cas analysés, les vomissements ont manqué 6 lois et ont existé 36 fois (les 6/7** des cas) ; mais 5 fois sur les 36 ils ont été rares, et dans 4 de ces 5 cas ils ont présenté les caractères de l’hématémèse.
Dans les 6 cas dans lesquels il y a eu absence totale de vomissements, celle-ci coïncidait 2 fois avec un cancer du pylore notablement rétréci et ulcéré dans un cas ; 1 fois le pylore était malade , mais le rétrécissement était peu notable ; 2 fois le cancer avait son siège à la petite courbure ; dans un de ces cas , le mal était constitué par un vaste champignon; dans le sixième cas, enfin, l’absence des vomissements coïncidait avec un cancer colloïde qui avait aussi laissé les orifices libres. L’absence de vomissements ne peut donc point être expliquée par le fait seul de la liberté des orifices, puisque 3 fois sur 6 le pylore était malade , et 2 fois même notablement rétréci.
5 fois sur 36 les vomissements étaient rares, et voici dans quelles circonstances :
1* Un malade atteint d’un cancer du pylore avec rétrécissement n’a eu qu’un seul vomissement abondant et noir cinq jours avant sa mort.
2® Un autre malade n’a eu que de loin en loin des vomissements ; son cancer siégeait à la petite courbure.
3° Un malade atteint également de cancer de la petite courbure , n’avait eu, jusqu’à un mois avant sa mort , ni nausées ni vomissements, quoiqu’une tumeur à Tépigastre , des douleurs vives et d’autres symptômes eussent fait reconnaître la nature de la maladie; une seule hématémèse abondante eut lieu, et il n’y a plus eu d’autres vomissements. A l’autopsie, on constata un vaste ulcère cancéreux entre le cardia et le pylore, et l’on trouva des masses cancéreuses dans le foie et dans d’autres organes.
4" et 5°. Dans ces deux cas , des vomissements de sang eurent lieu plusieurs fois dans le courant de la maladie. Dans l’un des cas, le malade eut pour la première fois , 5 mois après le début de la maladie, un vomissement abondant d’une demi -cuvette pleine d un sang noir mêlé de caillots volumineux , vomissement qui fut précédé de frissons , de malaises et de chaleur à la région de l’estomac, ainsi que de nausées. Trois semaines après le premier, un second vomissement semblable eut lieu ; cinq mois plus tard, survint un troisième, et quelques jours avant la mort, un dernier très abondant. L autopsie démontra un cancer de la petite courbure avec les
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orifices libres. Dans le dernier cas, enfin, deux à trois vomissements de sang eurent lieu vers latin de la maladie, et l’autopsie révéla l'existence d’un champignon cancéreux de la petite courbure.
Il est donc incontestable que la liberté des orifices favorise la rareté ou l'absence des vomissements ; mais, d’un autre côté, lorsqu’on ne veut pas dépasser les bornes d’une sage réserve, les trois cas du cancer du pylore mentionnés plus haut, auxquels il faut ajouter le premier des cinq cas de vomissements rares , prouvent bien que 1 intégrité des orifices n est pas la seule cause de l’absence des vomissements.
L existence d une ulcération dans 1 estomac ne peut pas non plus etre regardée comme une cause essentielle des vomissements, vu que ceux-ci commencent ordinairement avant que le cancer s’ulcère. On les observe en outre dans les cancers non ulcérés, ce qui résulte évidemment de nos chiffres, puisque nous avons noté leur existence dans les 6/7" des cas, tandis que l’ulcération n'existait que dans un peu plus de la moitié. Il est vrai de dire que les vomissements se rencontrent d une manière plus fréquente et plus constante vers la période d’ulcération; mais est-ce là une simple coïncidence ou une liaison de 1 effet à la cause? Voilà ce que nous ne saurions pas décider, et en admettant même cette influence , il est certain pourtant que nous n’en tenons pas par là encore la dernière cause.
Le moment où les vomissements paraissent est , comme nous avons vu plus haut, quelquefois le début de la maladie ; cependant , le plus souvent , c’est au bout de 2, 3, 6 mois , quelquefois au bout d une année de durée du cancer, qu’on les voit survenir. Toujours rares pendant le cours du cancer chez quelques malades, leur fréquence va le plus souvent en augmentant jusque vers la dernière période. Mais il est bon de savoir que leur apparition est quelquefois irrégulière et que les malades peuvent avoir même d’assez longs intervalles sans vomir, ce qui nous a paru plus fréquent dans le cancer de la petite courbure. Il faut être prévenu du fait de l’intermission spontanée des vomissements, parce qu’on a quelquefois cru pouvoir l’attribuer au régime et aux médicaments mis en usage.
Les vomissements étaient généralement fort incommodes pour les malades , précédés le plus souvent de nausées et accompagnés ou suivis de douleurs épigastriques plus ou moins vives.
La fréquence des vomissements est allée en augmentant avec une rapidité généralement en rapport avec celle de la marche delà maladie, et tous les cas dans lesquels on les a vus survenir abondants et
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fréquents très près du début de la maladie , se sont terminés d une manière funeste dans l’espace de quelques mois , 4 à 6 mois le plus souvent; mais dans la majorité des cas , les malades, après avoir éprouvé depuis plusieurs mois un dérangement de la digestion , des douleurs épigastriques , et les premiers signes de dépérissement, commencent d’abord à avoir un vomissement tous les 8 ou 15 jours, ensuite tous les 2 à 3 jours , puis tous les jours , et enfin, plusieurs fois dans les 24 heures. Voilà la marche la plus fréquente. Quelques malades vomissent le matin sans avoir pris de nourriture ; d’autres, surtout après le repas , soit au bout de quelques minutes , jusqu’à une demi-heure, soit au bout de 4 ou 5 heures seulement. Les mêmes individus offrent, sous ce rapport, des variations dans le courant de la maladie, et même d’un jour à l’autre , quelquefois. Dans plusieurs cas de dilatation considérable de l’estomac, les vomissements devenaient à la fois plus rares et plus abondants, et c’est dans ces circonstances que nous avons surtout observé que l’estomac gardait plu-^ tôt un aliment qu’un autre ; c’est ainsi que des malades gardaient, par exemple, des aliments pris le jour même et qu’ils rejetaient ceux de la veille. Un de nos malades vomissait surtout après le repas du soir, et rendait alors presque tout ce qu’il avait pris dans la journée. Deux fois nous avons vu la pression exercée sur la tumeur épigastrique provoquer les vomissements. Hâtons-nous de dire que nous n’avons pas pu jusqu’à présent rattacher toutes ces variations dans les vomissements à la diversité des lésions correspondantes de la muqueuse , soit pour la forme, soit pour le siège du cancer. Si quelques malades supportent plutôt des aliments indigestes qu’une nourriture légère , il faut cependant regarder ce fait comme une anomalie, et, en thèse générale, c’est le bouillon, le bon laitage , l’eau rougie qui sont le plus longtemps supportés. Quant à la quantité des matières vomies, elles varient entre quelques gorgées et plusieurs litres. Si la plus ou moins grande abondance des matières vomies n’offre pas un grand intérêt par rapport au diagnostic, il en est tout autrement de leur qualité. Elles se composent d’aliments intacts , lorsque les vomissements suivent de près l’ingestion des aliments ; mais le plus souvent, au début, on les trouve formées par un liquide filant, incolore, d’une odeur fade, surtout dans les vomissements qui surviennent à jeun, ou constituées par une purée aigre ou fétide, jaunâtre, composée d’aliments élaborés et des boissons ingérées. Chez quelques malades , les vomissements au commencement sont surtout bilieux, d’un vert plus ou moins prononcé, d'un goût très
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amer et luélés pailbis de débris daliments. Quant aux vomissements de sang pur, ils ne sont d’abord pas trop fréquents, et en outre on ne les observe guère que dans la période d’ulcération • mais les vomissements qui contiennent du sang altéré, les vomisse’ ments^noirs sont bien autrement fréquents et constituent un des symptômes les plus importants du cancer de l’estomac. Si nous comptons dans cette catégorie non seulement ceux d’un brun noir prononcé, dans lesquels on observe une teinte de suie délayée ou de marc de café, mais aussi ceux d’un brun couleur de chocolat , ou un peu moins foncé, nous les trouvons notés 24 fois sur 42 (plus de la moitié des cas). La matière colorante des vomissements est regardée par la plupart des pathologistes) comme une altération particulière de la matière colorante du sang. Nos observations microscopiques nous y ont fait voir des granules et des globules, et des taches irrégulières dune matière colorante d’un brun noirâtre; nous n’y avons pas trouvé de globules sanguins. M. Schoenhein dit y avoir constaté des cellules cancéreuses; si cela se confirmait, ce fait pourrait dans les cas douteux éclairer le diagnostic. L’analyse chimique de ces matières noires l’a également démontrée comme très analogue à la matière colorante du sang. Cependant ce fait , qui paraît généralement adopté, est bien loin d’être suffisamment prouvé ; tout ce qu on peut dire , c’est que ces vomissements sont teints par une matière colorante particulière analogue à la matière colorante du sang, ainsi que la mélanose ; mais, bien qu’on se rendît assez facilement compte des altérations particulières que feraient subir les sécrétions gastriques au sang versé en petite quantité à la surface interne de l’estomac , nous manquons cependant de preuves suffisantes pour affirmer que cette matière noire soit du sang altéré. M. Andral cite dans sa Clinique medicale (1) 3 cas dans lesquels des vomissements noirs eurent lieu , sans que l’estomac fût le siège d aucune lésion appréciable. Nous regrettons que ces observations ne soient pas rapportées avec plus de détails , et quoiqu’il en soit , il nous paraît évident que des cas de ce genre ne sont guère que des exceptions. M. Andral dit bien qu’il a observé des vomissements noirs dans plusieurs formes de gastrite chronique , mais on sait qu a 1 époque où il écrivait sa Clinique medicale , il ne distinguait pas suffisamment, sous le rapport anatomique, la gastrite chronique et le cancer de l’estomac ; par conséquent, la symptomato-
(t) Andral, Clinique nudicale ^ t. il, p. 183 et I8ü.
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logie des deux affections a dû s’en ressentir. Pour notre compte , nous attachons une grande valeur aux vomissements noirs pour le cancer de l’estomac , et nous ne connaissons guère d’autre maladie dans laquelle on les observe dans plus de la moitié des cas.
Si nous jetons un coup d’œil sur la nature des vomissements dans les diverses périodes de la maladie , nous voyons que c’est surtout dans le commencement et dans la première moitié qu’ils sont glaireux, muqueux ou bilieux; ce n’est qu’à mesure qu’ils deviennent de plus en plus fréquents qu’ils prennent les caractères des vomissements noirs.
Le moment des vomissements , par rapport à l’ingestion des aliments, ne permet aucune conclusion sur le siège du cancer, et l’opinion assez répandue parmi les médecins , que les malades vomissent très peu de temps après avoir mangé lorsque le cancer siège au cardia , et au bout de plusieurs heures seulement lorsqu’il siège au pylore, est une belle théorie sans doute, mais à laquelle il ne manque qu’une chose pour être parfaite, c’est d’être vraie. Le résultat de nos recherches sur ce sujet est que , ni le siège du cancer, ni son état d’ulcération n’exercent une bien grande influence sur la distance qui sépare 1 ingestion des aliments du moment des vomissements. Un fait qui vient encore à l’appui de ma manière de voir, c’est qu’il n est pas rare de voir des malades vomir le matin à jeun et d’une manière tout a fait indépendante des heures des repas.
Si , d après tout ce qui précède , nous cherchons à nous rendre compte de la cause des vomissements dans le cancer de l’estomac, nous devons avouer notre ignorance. Un des éléments étiologiques à prendre en considération est peut-etre l’état d’inflammation chronique dans lequel on trouve la muqueuse gastrique , chez presque tous les sujets atteints du cancer de l’estomac. On sait que dans la gastrite aiguë, ainsi que dans la gastrite chronique simple ou ulcéreuse , idiopathique ou symptomatique d’une affection tuberculeuse, les vomissements ne manquent presque jamais ; il serait, par conséquent, possible que la gastrite chronique , qui est presque toujours consécutive au cancer de l’estomac, exerçât une influence marquée sur la production des vomissements.
Nous arrivons enfin à cette dernière question de beaucoup la plus sérieuse pour le sujet qui nous occupe. Qu’y a-t il de pathognomonique dans les vomissements pour le cancer de l’estomac ? Cette question est liée d une manière beaucoup plus générale à la pathologie ; elle implique celle du rapport entre la valeur absolue et la valeur
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relative des symptômes. On est évidemment allé trop loin dans le doute , lorsqu’on a voulu nier la valeur pathognomonique d’un grand nombre de symptômes , parce qu’elle n’était pas absolue ; mais la valeur relative est souvent tout aussi grande que la valeur absolue et la réunion de plusieurs phénomènes dont chacun à lui seul ne permettrait pas d’établir le diagnostic peut devenir la base d’un diagnostic à peu près certain.
Les vomissements , tant qu’ils ne sont pas noirs , sont bien loin d avoir une valeur pathognomonique absolue ; mais lorsqu’on les trouve réunis à d’autres signes, tels qu’une douleur vive à l’épigastre , l’anorexie , le dépérissement ; lorsque ces vomissements , d abord rares, deviennent peu à peu plus fréquents , cela seul permet déjà d’attribuer une valeur pathognomonique relative assez grande au symptôme qui nous occupe. Cette valeur devient même absolue dans la majorité des cas , une fois que les vomissements ont pris le caractère noir. Bien qu’on ait signalé leur existence dans la gastrite ulcéreuse et même dans les affections de l’estomac non accompagnées d ulcération , dans l’état actuel de la science ces cas ne nous paraissent constituer que des exceptions, tandis que nous avons vu que les vomissements noirs se rencontrent dans plus de la moitié des cas du cancer de l’estomac à une période un peu avancée de la maladie.
En résumé, les vomissements en général, mais surtout les vomissements noirs, constituent, dans le cancer de l’estomac, un des signes les plus importants.
7° Les douleurs. Sur les 42 cas analysés, 2 malades étaient hors d’état de donner des renseignements sur leurs sensations. Chez 3 malades, l'absence des douleurs pendant tout le courant de la maladie a été bien nettement constatée; chez 2, elles ont existé, mais toujours à un léger degré; chez 35, enfin, elles ont été prononcées. C’est donc un signe qui s’est rencontré d’une manière non douteuse au moins 5 fois sur 6.
Chez un certain nombre de malades , les douleurs ont paru avec intensité dès le début ; nous en avons noté 4 cas , abstraction faite des sujets qui ont également présenté des douleurs épigastriques depuis le commencement, mais à un degré peu prononcé ; à mesure que la maladie fit des progrès , elles devinrent généralement plus manifestes et plus intenses : 27 fois le siège des douleurs a été noté avec détail. L’épigastre était ou le siège principal des douleurs, ou au moins plus ou moins endolori, lors même que les douleurs étaient
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plus intenses ailleurs; 12 fois l’épigastre a été seul douloureux, 4 fois l’hypochondre gauche y participait , et une cinquiènie fois les douleurs étaient beaucoup plus vives dans celui-ci qu’à l'épigastre ; 4 fois elles s’irradiaient vers les côtés de la poitrine et le dos, et nous partageons l’opinion de M. Valleix, qui croit que dans des cas pareils il existe une complication avec une névralgie intercostale, qu’il a pu même faire disparaître par l’application de vésicatoires sur les points douloureux ; 4 fois les douleurs s’étendaient vers l’hypochondre droit et la région du foie , et 2 fois, enfin , la douleur avait pour siège principal la portion de l’estomac placée derrière la partie postérieure et inférieure du sternum : le cancer , chez ces deux malades, avait son siège à la partie inférieure de l’œsophage et au cardia. L’existence et le siège des douleurs sont ordinairement indépendants de la tumeur : elles s’observent non seulement dans de nombreux cas dans lesquels le palper n’en fait pas découvrir ; mais lors même que celle-ci est bien constatée , il est rare encore que la tumeur soit le siège de douleurs spontanées vives et même de douleurs prononcées à la pression. Quant à la nature des douleurs , elles sont rarement gravatives ; elles consistent dans la sensation d’une pesanteur continuelle au creux de l’estomac ; le plus souvent elles sont lancinantes : quelques malades les comparent à des coups de canif; elles sont parfois si persistantes et si fortes , qu’elles privent les malades de tout sommeil. Ces douleurs atroces, jointes au découragement moral qu’amènent ordinairement ces maladies, ne laissent pas au malade un instant de bien-être. La pression sur l’épigastre augmente ordinairement la douleur: quelques malades la sentent plus vivement, très peu de temps après l’ingestion des aliments; d’autres souffrent plutôt plusieurs heures après ; et il y en a enfin qui , outre l’endolorissement continuel, ont deux à trois fois par jour des accès de douleurs vives. Dans un certain nombre de cas les douleurs allaient toujours en augmentant et en se rapprochant jusque vers la fin de la maladie : c était 7 fois le cas dans nos observations. Il y a enfin des malades chez lesquels il n’y a rien de régulier dans l’apparition et la durée des douleurs.
Nous arrivons de nouveau à notre question importante , à celle de la valeur pathognomonique des douleurs ; et nous voyons dans ce symptôme encore un des signes les plus propres à éclairer le diagnostic. Nous ne connaissons, en effet, aucune autre maladie de l’estomac aussi douloureuse que le cancer; car dans la gastralgie, lors même que les douleurs sont parfois vives , elles sont rarement
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de l()iigue durée , et lai.ssent toujours de bien plus longs intervalles de bien-etre ; et meme dans la gastrite chronique, les douleurs n’atteignent guère, en thèse générale, ni l’intensité ni la persistance que 1 on observe dans le cancer. Tout en n’attribuant pas à ce symptôme une valeur absolue, sa valeur relative cependant est bien grande lorsqu’il existe en meme temps d’autres symptômes du cancer, tels que des vomissements noirs , une tumeur épigastrique , le dépérissement, etc. Lt même dans les cas difficiles dans lesquels la tumeur manque, et dans lesquels les vomissements ne sont pas d’une teinte noire , une gastrite chronique très douloureuse , accompagnée de dépérissement , d’anorexie et de vomissements sans complication de tubercules pulmonaires , justifiera toujours un soupçon sur la nature cancéreuse de la maladie. La douleur est, par conséquent, un des symptômes dont il faut le plus tenir compte.
8o^ La tumeur. Dans 36 cas, nous avons trouvé des notes précises sur 1 existence ou sur l’absence d’une tumeur. Quatre fois nous en avons constaté 1 absence ; 2 fois les malades étaient atteints d’ascite , au point qu il était impossible de s’assurer s’il y avait une tumeur ou non ; 5 fois il existait une rénitence assez prononcée dans la région de 1 estomac et surtout vers les fausses côtes droites , qui était accompagnée d’un son mat à la percussion. Dans plus des deux tiers , dans 25 cas enfin , l’existence d’une tumeur dans la région de 1 estomac a pu être bien constatée. Chez 7 malades , nous avons noté une saillie plus ou moins prononcée de tout l’estomac ,
augmentée par 1 ingestion des aliments et diminuée par les vomissements.
Avant d aller plus loin , nous ferons observer qu’on ne saurait mettre assez de soin dans le palper , opération des plus délicates et | des plus difficiles , lorsqu’il ne s’agit pas de constater des tumeurs | tellement manifestes qu’on ne puisse pas ne pas les sentir. 11 faut t examiner le malade dans des positions différentes, couché sur le dos j ou alternativement sur l’un ou l’autre côté; les parois abdominales j relâchées autant que possible, pour ne pas prendre la dureté du ‘ muscle droit pour de la résistance morbide ; quelquefois une forte inspiration fait saillir une tumeur profonde. En palpant avec soin chaque point de l’abdomen , en général , et surtout sa moitié supérieure , il faut toujours comparer les points correspondants des deux cotés de la ligne médiane. La percussion bien faite est d’un grand secours chaque fois qu’il s’agit de rechercher l’existence dun engorgement ou d’une tumeur dans l’abdomen.
(IvNCER DE I, 'estomac. r)0‘>
Le si^ge des tumeurs cancéreuses de restomac est plus fréquemment l'épigastre et surtout la moitié droite, et, en général, 1 espace compris entre la partie sus-ombilicale de la ligne médiane et le rebord des fausses côtes droites. Ce n’est que dans le cancer du cardia que l’on rencontre la tumeur plus à gauche et i)lus rapprochée de l’apophyse xiphoïde. Dans les cas de beaucoup plus fréquents de cancer du pylore ou de la petite courbure , c’est la partie droite de l’épigastre , ou l’hypochondre droit. Il n’est pas rare de rencontrer la tumeur beaucoup plus rapprochée de la région ombilicale que des fausses côtes. En général, un des bons signes pour distinguer une tumeur de l’estomac d’une tumeur qui proviendrait des hj'^pochondres, est celui indiqué par M. Valleix, savoir: que dans le cancer de l’estomac, elle ne s’insinue guère sous les fausses côtes ; et en examinant avec soin , on trouve le plus souvent , entre celle-ci et la partie supérieure de la tumeur, un espace qui ne montre ni engorgement au palper, ni matité à la percussion. Il faut , en outre , être prévenu de la mobilité et des changements de place que ces tumeurs peuvent éprouver , ce qui tient à l’état plus ou moins plein ou vide de l’estomac, et, dans quelques cas, à la liberté de la région pylorique par rapport aux parties ambiantes. Lorsque le foie est engorgé , il est presque toujours possible de distinguer une tumeur de son lobe gauche d’une tumeur de l’estomac; mais quelquefois ce lobe engorgé cache la tumeur pylorique et la rend inaccessible au palper.
! La forme de ces tumeurs est ordinairement inégale , bosselée, de consistance ferme et dure ; leur volume varie depuis celui d’une noix jusqu’à celui du poing. Il est rare que la tumeur soit le principal I siège de la douleur. Elle est sensible à la pression, qui cependant I n’est pas très douloureuse ; nous avons vu plus haut que , dans deux • cas, une forte pression excitait même des vomissements, î Quant à la forme générale du ventre , elle ri’offre guère de parti- I cularité notable dans la région sous-ombilicale , qui quelquefois est •rétractée, et d’autres fois distendue par du liquide, dans les cas 6 d’ascite. Quant au changement de la région sus-ombilicale , nous avons vu qu elle consistait ou dans l’existence d’une tumeur ou dans f une dilatation avec saillie générale de tout l’estomac.
I La valeur pathognomonique d’une tumeur dans la région de l’esn tomac est presque absolue pour le diagnostic du cancer; car nous f avons vu que d’un côté on pouvait, avec quelque attention , la disi tinguer d’une tumeur des hypochondres , et , d’un autre côté, aucune
CANCKU Dl'S OlUIANKS DK l,A DKiKSTION.
ilutiG nuiltulie de 1 estomuc ne s ficcunipugiie d’une tumeur. Liorsqu'il y a une simple rénitence bien constatée , elle peut avoir de la valeur pour le diagnostic , lorsque d’autres signes du cancer existent. L’absence d’une tumeur palpable , enfin , ne permet nullement de conclure a 1 absence du cancer, vu que la tumeur peut parfaitement exister sans être accessible au toucher.
9 Les evcLcudiions divines. 11 est rare que celles-ci restent à l’état naturel dans lecouiant de la maladie. Sur 30 malades, chez lesquels ce symptôme a été noté avec soin, 2 seulement ont conservé des garde-robes naturelles tous les jours ou tous les deux jours, comme à 1 état de santé. Chez la plupart des malades , la constipation est devenue prononcée dès les premiers mois de la maladie ; chez 11 malades, elle a persisté jusqu’à la fin. La plupart d’entre eux n’allaient à la garde-robe que tous les trois à quatre jours, quelques uns plus rarement encore , et l’un d’eux n’y allait que tous les huit jours. La qualité des selles était naturellement en rapport avec le degré de constipation : elles étaient dures, par petits morceaux. Une seule fois seulement elles étaient privées de matière colorante de la bile : c’était chez un malade chez lequel le canal cholédoque était obstrué, ce qui rendait l’accès de la bile dans l’intestin impossible. i
Chez 12 autres malades , la constipation avait été très prononcée pendant une bonne partie de la durée de la maladie , et ce n’est que vers la fin qu’elle avait fait place à la diarrhée, qui était survenue chez quelques uns pendant les derniers mois , chez d’autres pendant les dernières semaines, et chez plusieurs pendant seulement les derniers jours de la maladie.
Chez 4 de ces malades, les déjections alvines renfermaient des matières noires , comme celles des vomissements , et une fois même des caillots sanguins. La diarrhée était tantôt accompagnée de coliques, tantôt sans coliques. Le nombre des selles variait de 3 à 4 jusqu’à 8 à 12. Ordinairement composées d’un liquide homogène , les matières rendues montraient , chez quelques malades , des aliments très peu élaborés par la digestion. Ce dernier phénomène s observe surtout lorsque la valvule pylorique est détruite par l’ulcération et le pylore largement ouvert , ou lorsqu’il y a une communication directe entre l’estomac et le côlon. Chaque fois que nous avons noté la diarrhée , l’autopsie démontra les altérations inflammatoires des intestins décrites plus haut, surtout le ramollissement avec » épaississement de la membrane muqueuse. Chez 5 malades , il y a eu alternation de constipation et de diarrhée.
(lANCKK 1»K l/üSTüMAC.
Ces symptômes observés du côté des intestins se rencontrent aussi bien dans d’autres maladies que dans le cancer, et nont, par conséquent, pas une grande valeur pathognomonique ; ils ne peuvent acquérir une valeur relative que lorsque d’autrt-s signes plus caractéristiques se montrent en même temps.
Nous avons analysé jusqu’à présent les symptômes qui appartiennent en propre aux organes de la digestion. 11 nous reste à parler de l’état général des malades.
10“ Uèiat du pouls. Il est curieux qu’une maladie aussi grave et accompagnée de tant de souffrances n’exerce aucune influence sur la production de la fièvre, et surtout sur l’accélération du pouls. Abstraction faite des cas dans lesquels l’appareil fébrile survient sous l’influence d’une des diverses complications, telles que le développement d’une affection tuberculeuse ou d’une maladie inflammatoire aiguë, la règle générale est que, dans le carcinome de l’estomac, le pouls conserve sa fréquence normale. Quelquefois celle-ci descend même au-dessous de l’état physiologique. 11 en est de même de la chaleur du corps, qui non seulement n’est pas augmentée, mais parfois est même diminuée, et en général ces malades ont plutôt froid et sont très impressionnables à tout abaissement de la température extérieure. Mais si le pouls n’éprouve point de changement sensible dans la fréquence , on en observe pour toutes ses autres qualités , et à mesure que la maladie fait des progrès , il devient petit, mou, dépressible, en un mot de plus en plus faible.
M. Notta nous a communiqué un fait très curieux : c’est l’existence d’un bruit de souffle dans les carotides , bruit qu’il a constaté chez plusieurs malades atteints du cancer de l’estomac ; signe qui appartient, comme on sait, de préférence à l’état anémique. Nous avons pu vérifier l’exactitude de cette remarque.
11“ L’ innervation . Nous avons déjà parlé plus haut des douleurs que les malades éprouvent dans la région affectée. Ces douleurs ont pour effet de priver les malades de sommeil , lequel, lors même qu ils ne soufirent pas beaucoup , est ordinairement agité. La disposition morale des malades est souvent triste, leur caractère devient irritable ; cependant , exceptionnellement , on rencontre des malades qui gardent leur sérénité jusqu’à la fin. 11 est très rare qu ils ne conservent pas leur parfaite connaissance jusque dans les dernières heures, pendant lesquelles le délire survient quelquefois. Une seule fois dans nos observations le délire a précédé la mort de plusieurs jours. Il va sans dire que nous faisons abstraction
CANClilt DES ÔUfaNES DK l.\ DI(;KSTI(<\,
K'i tics CHS (livns lesquels il existait une complication du côtt'* du cerveau.
12“Le/em/. Nous avons déjà parlé, dans la partie anatomopathologique de ce travail , de l'état du teint de la surface du corps en général , nous parlerons de ])référence ici de celui de la face. U teint Ti’est resté naturel que 3 fois ; 2 fois il a été d’un jaune ictérique très prononcé. Dans quelques autres cas , le jaune ictérique moins prononcé se rapprochait du jaune-paille que nous avons noté en tout 18 fois. Mais ici nous ferons observer que ce teint n’était pas toujours bien prononcé, qu il était quelquefois plutôt terreux et jaune presque imperceptible ; d’autres fois le teint jaune-paille était prononcé, mais les pommettes étaient plaquées de rouge ; chez un certain nombre de malades , enfin , le teint jaune-paille était uniforme dans toute la figure. Chez 11 malades, nous avons noté un teint très pâle, bien plutôt anémique que jaune-paille , et chez l'un d’eux qui avait eu des vomissements abondants de sang , la teinte anémique offrait 1 aspect cireux qu elle présente quelquefois , lorsque l’anémie est poussée à un très haut degré.
Notons enfin , outre 1 altération du teint, que la figure de ces malades exprime ordinairement la souffrance et la tristesse , ainsi qu’un aspect cachectique tout particulier bien connu des praticiens , mais difficile a décrire. Si l’état du pouls et l’innervation n’offrent point de signes caractéristiques pour le cancer de l’estomac, l’altération du teint , au contraire , en est un d’une grande valeur ; et quoique les malades atteints d’une autre affection de l’estomac présentent quelquefois un teint pâle et terreux, il n’en est point pourtant qui altère aussi profondément le teint et les traits que le cancer. Par conséquent , ce signe se rencontrant avec quelques uns de ceux que nous avons analysés plus haut, acquiert une valeur incontestable pour le diagnostic.
13“ Amaigrissement et perte de forces. Les cas très rares exceptés , dans lesquels les malades succombent à une maladie intercurrente, dans une période peu avancée du cancer de l’estomac, l’amaigrissement , accompagné d’un affaiblissement notable , doit être compté parmi les phénomènes les plus constants du cancer de l’estomac. Le moment seul varie où ces altérations surviennent. C’est ainsi que quelques malades conservent des forces et de l’embonpoint pendant les premiers 5 à 6 mois. Un de nos malades a conservé ses forces pendant les premiers 18 mois. Mais, en thèse générale, il n’en est point ainsi , et dès les premiers mois de la maladie beaucoup de
r.ANCEH DE l’estomac. .M.3
, malades éprouvent une diminution sensible des forces , suivie bientôt : de maigreur survenant d’une manière plus prompte et plus mar- ; quée , lorsque le cancer de l’estomac suit une marche plus rapide.
- Quoi qu’il en soit, les malades arrivent , à la fin de la maladie, au ; dernier degré de marasme et d’épuisement, et la mort a lieu ordinairement dans cette affection par inanition et dépérissement consécutif.
' On ne peut pas attribuer aux vomissements seuls celte déperdition ' générale des forces, vu que les malades qui n’ont point vomi, et qui I n’ont eu aucune autre évacuation abondante et habituelle capable ! de les épuiser, arrivent également au dernier degré d’émaciation.
La valeur de l’amaigrissement et de la perte des forces par rapport au diagnostic est très grande , et l’on serait même autorisé à i soupçonner une affection organique de l’estomac , lorsqu’un malade I atteint depuis peu de troubles de la digestion perd rapidement les I forces et l’embonpoint , quand même les autres signes du cancer, tels i que les vomissements noirs , une tumeur épigastrique , etc., n’exisi teraient pas encore. Ce fait seul, que l’altération de l’état général ne paraît pas être absolument dépendante des obstacles matériels à la f nutrition , est une des preuves nombreuses de l’existence, dans le I cancer, d’un principe délétère général répandu dans toute l’économie et dont la localisation est l’effet et non la cause.
14” Les complications. Nous avons vu que le cancer de l’estomac î était fréquemment accompagné de cancer dans d’autres organes, mais î il est assez rare que ces dépôts multiples donnent lieu à des symi. ptômes correspondants. Lorsque le foie est cancéreux, on le sent L souvent dépasser les côtes, et il offre une surface inégale et bosselée.
: Les tumeurs cancéreuses dans le mésentère , l’épiploon et les autres ! points du péritoine se sentent quelquefois à travers les parois abdominales. Assez souvent elles sont trop profondément situées pour pouvoir être atteintes par le palper. Le cancer des os se manifeste par des douleurs très vives dans les parties atteintes , et se reconnaît même parfois par les fractures cancéreuses. Le dépôt cancéreux dans les poumons ne donne pas lieu à des symptômes caractéristiques. Il est possible qu’on en découvre plus tard , lorsque l’attention des pathologistes sera plus spécialement fixée sur ce point, mais cela n’est pas le cas jusqu’à présent.
Lorsque , dans le cours de la maladie , il survient une rupture avec épanchement du contenu de l’estomac dans la cavité du péritoine , on observe les signes de la péritonite perforante.
Lorsqu il y a une complication du côté des voies respiratoires,
CANClill DES OUGANES DK LA DKiESTION.
c est aux signes ordinaires fournis par l’auscultation et la percussion à fixer le diagnostic ; car nous avons vu plus haut que , vers la fin de la maladie, il survenait quelquefois une pleurésie ou une pneumonie aiguë, et qu’en fait de maladies chroniques les tubercules et l’emphysëme pulmonaire se rencontraient quelquefois aussi dans le i cancer de l’estomac. ^
L inflammation des veines externes se reconnaît par la douleur et | la dureté survenant sur leur trajet et l’œdème du membre correspondant. Quant à celle des artères , nous avons vu qu’elle s’accom- I pagnait plutôt de sphacèle que de gangrène sèche. Un œdème général accompagné d ascite peut faire soupçonner l’existence de tumeurs i multiples dans le foie et le péritoine. Un ictère bien prononcé fait i supposer un obstacle dans le canal cholédoque. Chez un de nos malades , des douleurs générales par tout le corps , la paralysie d’une î des paupières supérieures, accompagnée de strabisme, étaient dues j a 1 existence d une tumeur a la base du cerveau. Les tumeurs ' fibieuses de 1 utérus et les kystes de 1 ovaire que nous avons rencon- i i très chez plusieurs de nos malades, ne se reconnaissaient guère pen- , dant la vie par des signes particuliers et le toucher abdominal n’en a fait découvrir l’existence que lorsqu’ils avaient acquis un certain volume. i i
Marche et duree de la maladie. — L’analyse des symptômes nous a déjà montré combien le moment de l’apparition de chaque i ; phénomène était sujet à des variations , ce qui fera aisément com- ’ prendre que la marche générale de la maladie aussi doit être variable.
Le cancer de 1 estomac peut rester latent pendant les premiers temps ; mais ce n’est qu’exceptionnellement que cet état dépasse 1 espace de 2 à 6 mois. Une seule fois cette affection a été pour ainsi dire latente pendant 18 mois. On observe alors quelques troubles légers dans la digestion , et , un peu plus tard , une diminution peu notable des forces et de l’embonpoint. On serait très embarrassé de fixer la valeur de ces signes, d’autant plus qu’ils peuvent appartenir à des affections gastriques très peu graves. Mais bientôt, malheureusement, la marche de la maladie est telle qu’on ne conserve plus de doute sur sa nature. En thèse générale, le cancer de l’estomac montre , dès le début, des symptômes plus alarmants, surtout passé les trois premiers mois de la maladie. C’est alors qu’il est important de connaître la succession des symptômes. Voici ce que l’on observe sous ce rapport , il va sans dire, avec des variations et des excep-
CANCER DF. l’KSTOMAC. 515
lions assez nombreuses. Trouble digestif, douleurs épigastriques, vomissements rares, constipation, altération du teint, maigreur et faiblesse commençante : tel est le premier ordre de symptômes qui, insensiblement, passe au second dans lequel on observe des vomissements de plus en plus abondants qui ne tardent pas a prendre une teinte noirâtre , des douleurs plus constantes , une tumeur dans la région de l’estomac , un dépéi'issement général prononcé et la constipation , alternant avec la diarrhée.
Quoique dans la majorité des cas la maladie procède par la succession régulière des symptômes , telle que nous venons de l’indiquer, on n’est cependant pas en droit de parler d’une première, d’une seconde et d’une troisième période dans le cancer de l’estomac ; vu que depuis la première localisation de l’élément cancéreux jusqu’à la mort de l’individu , les phases de développement ne correspondent pas à des groupes de symptômes nettement délimités. Nous ferons observer ici en passant que les périodes des maladies sont, en général , plus nettes et plus tranchées dans les livres que dans la nature. Tout ce qu’on peut dire quand on veut rester dans le vrai , c’est qu’il y a deux formes par rapport à la marche de la maladie, le cancer de l’estomac à marche rapide de trois à six mois, et celui à marche plus lente d’un à deux ans , et se prolongeant même exceptionnellement bien au delà de ce terme. On peut dire, en outre , qu’il y a une forme de cancer de l’estomac à marche régulière, dans lequel les symptômes se succèdent dans l’ordre et avec les caractères qu,e nous avons indiqués , et une autre forme à marche irrégulière tant pour la nature que pour la succession des phénomènes morbides. Hâtons-nous de dire que cette dernière ne constitue que l’exception , tandis que la première est plutôt la règle. Parmi les anomalies dans la marche, une des plus curieuses est celle que cite M. Valleix (1). C’était un malade atteint de cancer de l’estomac qui eut à faire la traversée d’Alger à Toulon ; pendant sa durée, les vomissements, qui avaient lieu tous les jours, se suspendirent et se reproduisirent dès qu’il fut descendu à terre.
Quant à la durée du cancer de l’estomac , on n’exagère certainement pas en aflirmant que c’est de toutes les affections cancéreuses celle dout la durée est des moins longues , des plus promptement funestes.
Lorsqu on veut préciser la durée par des documents exacts , on Guide du médecin, Paris, 1850, t. Il, p. 595.
CANCRK DES OKCANES DE LA DKiKSTION,
arrive à une grande difficulté , celle de fixer le début de la maladie. i>leme en y mettant le plus grand soin, on peut se tromper de 15 jours a 1 mois; mais chaque fois que les chances d’erreur nous ont paru plus grandes , et que, par conséquent, le commencement a été difficile à préciser , nous avons négligé ces cas dans notre ana- j lyse. I
Dans 30 cas, la durée moyenne n’a pas été tout à fait de 13 mois, j Dans 7 cas, elle n a pas dépassé 6 mois; dans 11 cas, elle a été de 6 mois à 1 an ; dans 11 autres cas, elle a varié entre 1 et 2 ans , et i
une seule fois elle a été de 3 ans et 2 mois. Voici le tableau de cette . durée :
De 3 mois
De 3 à 6 mois
De 6 à 9 mois
De 9 à 12 mois
De 1 2 à 18 mois
De 1 8 à 24 mois
De 24 à 38 mois
Total. . .
Nos résultats sont tout a fait d accord avec ceux obtenus par M. Valleix. Dans 23 cas analysés, le minimum de la durée a été de 4 mois, et le maximum de 3 ans 1/2.
Parmi ces sujets, 7 ont été malades pendant plus d’un an ; 3 ont succombé 1 an après le début , et tous les autres 15 au bout d’un temps plus court. Quant à la moyenne générale de la durée , elle a été dans ces cas de 15 mois et une fraction.
La terminaison a été fatale dans toutes nos observations. Cependant nous ne regardons pas le cancer de l’estomac comme une maladie absolument léthale. Nous accordons , il est vrai , très peu de confiance aux observations de prétendues guérisons de cancers de 1 estomac rapportées par les auteurs, vu qu’elles manquent généralement de preuves et de détails suffisants ; mais nous avons , en faveur de notre manière de voir, un argument bien autrement important ; ce sont les cas d ulcères cancéreux guéris ou à peu près cicatrisés que l’autopsie cadavérique a pu faire constater. Nous insistons de nouveau sur ce point digne du plus haut intérêt.
Causes. — Si nous jetons un coup d’œil sur les causes que les auteurs ont indiquées comme produisant le cancer de l’estomac, nous pouvons nous convaincre que la plupart du temps on s’est payé de
CANCER DE l’ESTUMAC. 517
mots , et qu’üii n’a nullement soumis à une appréciation sévère les diverses causes que l’on a indiquées. Lorsqu’on veut être sincère , on est obligé d’avouer qu’on ne connaît aucune des causes essentielles de cette maladie. Quant aux causes prédisposantes , nous croyons qu’en général, en pathologie, on n’attache pas une idée bien arrêtée à ce terme, et l’on prend le plus souvent pour causes les cir- : constances dans lesquelles une maladie se développe. De ce qu’on ' observe , par exemple , le cancer bien plus fréquemment dans la . seconde moitié de la vie que dans la première, et de ce qu’on en rencontre , d’après les recherches de M. d'Espine, plus souvent chez ; les riches que chez les pauvres , est -on pour cela en droit de dire que la seconde moitié de la vie et la richesse prédisposent au cancer? : Nous ne le pensons pas.
Nous aurons donc plutôt à anal)'ser les principales circonstances dans lesquelles le cancer de l’estomac s’observe , que de véritables [ causes à constater. Nous passerons ainsi en revue son degré de fréquence en général et selon le sexe et l’âge, ensuite la fréquence com- ' parative du cancer de l’estomac dans les divers mois de l'année, sa I fréquence relative chez les riches et les pauvres, à la ville et à la ! campagne. Nous analyserons ensuite la valeur de l’influence de ; l'habitation , de la nourriture , des excès alcooliques , l’influence de la profession et de l’hérédité ; celle des chagrins , des violences extérieures, de la constitution de l’individu, de la santé antérieure et de l’âge climatérique chez les femmes.
I 1® Fréquence générale du cancer de l'estomac. Les seuls matériaux valables dont nous avons pu nous servir pour ce sujet sont les documents recueillis par le docteur Marc d’Espine. (Essai statistique sur la mortalité dans le canton de Genève (1).)
Le chiffre indiqué par M. Tanchou pour la fréquence du cancer de l’estomac est de 2,303 sur 9,118 cas de cancer enregistrés, ce qui fait un peu plus d'un quart , tandis qu’à Genève , d’après les matériaux du docteur d’Espine , il y a eu dans l’espace de 8 ans , sur toute la population de la ville et de la campagne , 471 cas de cancer en général , et sur ce nombre 209 cas de cancer de l’estomac, ce qui fait à peu près les 4/9'*. Les tableaux publiés sur la mortalité genevoise, pendant les quatre années de 1842 à 1845, donnent en tout 4,554 décès, et sur ce nombre, 119 décès pour cancer de l’estomac , ce qui fait environ 30 décès par an ; d’où l’on
(1) Annales d’hygiène. Paris, 1840 , t. XXIII, p. 5.
CANCKH DKS OlUiANKS DK l,A ülGhSTlON.
voit que dans le canton do Genl've 1 /.‘38* (0,027) à peu près de toute la population meurt par le cancer de l’estomac, chiffre d’une fréquence à laquelle on ne s’attendrait guère à priori.
2® Fréquence comparative dans les deux sexes. On a émis diverses opinions sur la fréquence plus grande du cancer dans l’uii ou l’autre sexe. C’est ainsi, par exemple, que MjM. Louis et Valleix ont trouvé sur 30 cas , 20 chez les hommes et 13 chez les femmes ; et M. Valleix (1) dit même que tous les auteurs qui ont recueilli des observations sur cette maladie ont remarqué que les hommes étaient plus sujets que les femmes au cancer de l’estomac. Nos résultats diffèrent à cet égard , et sur 42 cas , nous en avons noté 19 chez les hommes et 23 chez les femmes. Nous n’attacherions pas une grande valeur à ce chiffre s’il ne concordait pas d’une manière surprenante avec celui qu’a obtenu M. d’Espine. Dans les quatre tableaux publiés sur la mortalité genevoise , il a spécifié pour chaque mois l’âge et le sexe des malades qui avaient succombé au cancer de l’estomac. Les quatre tableaux renferment ainsi 116 cas, dont 54 chez les hommes et 62 chez les femmes. Il paraît d’après cela que, contrairement à l’opinion des auteurs cités, le cancer de l’estomac ne fait pas exception à la loi générale de la fréquence plus grande du cancer chez la femme , à moins d’admettre que la proportion ne soit différente à Genève et à Paris. Cette manière de voir ne serait admissible que s’il existait pour la mortalité parisienne des matériaux aussi 'exacts et aussi complets que ceux de Genève.
3® Fréquence comparative selon les âges. Si nous analysons d’abord les 42 cas de nos observations , nous trouvons cette maladie rare avant l’âge de 35 ans, 2 fois en tout ; de 35 à 40 ans elle devient beaucoup plus fréquente , 6 fois sur 47 ; de 40 à 50 , la fréquence va encore en croissant, et nous notons 10 cas; de 50 à 60, il y a encore augmentation , nous en notons 14 ; après l’âge de 60, nous en trouvons 12 cas. L’âge moyen a été de 54 ans et 25/42**.
Les tableaux de M. d’Espine indiquent l’âge pour 117 sujets; un seul de ces cas a rapport à un malade âgé de 31 ans , et 6 se trouvent avant l’âge de 40 ans ; 13 de 40 à 50 ; 35 de 50 à 60; 34 de 60 à 70, et 28 après l’âge de 70.
Ainsi , le cancer est rare dans la première moitié de la vie , il devient plus fréquent entre l’âge de 40 à 50 , et il atteint sa plus grande fréquence entre 50 et 70 ; et même passé cet âge , il est
(I) Op. cit.^ t. Il, p. 576.
CAN'CER DE l’eSTOMAC. 519
encore incomparablement plus fn^quent que dans la première moitié de la vie. Le tableau synoptique suivant montrera tous les détails de nos recherches sur ce sujet.
Lebert.
De 21 ans »
De 35 à 40 ans A
De 40 à 45 ans 7
De 45 à 50 ans 3
De 50 à 55 ans 7
De 55 à 60 ans 7
De 60 à 65 ans 2
De 65 à 70 ans 4
De 70 à 75 ans 2
De 75 à 80 ans 3
De 80 à 85 ans 1
De 85 à 90 ans »
Totaux. . . 42
D’Espiue. Somme.
4° Fréquence conqoarative entre la ville et la campagne . On a prétendu que le séjour des villes était une des causes qui prédisposaient au cancer de l’estomac. Il n’en est rien pourtant, et d’après les documents de M. d'Espine, sur 108 malades, chez lesquels le séjour a été noté, 53 appartenaient à la ville et 55 à la campagne. Nous rappellerons ici que dans le canton de Genève le nombre des habitants de la campagne est à peu près égal à celui des villes.
5" Fréquence comparative pendant les divers mois de Vannée. Nous avons noté dans 28 cas le mois du début de la maladie , et dans 32, le mois de la mort. Le premier trimestre de l’année a été celui pendant lequel nous avons noté le plus souvent le début de la maladie, 10 fois sur 28, et, sur les 10, 5 se trouvent au mois de janvier ; le mois de septembre offre également le chiffre de 5. Le second, le troisième et le quatrième trimestre n’offrent pas de grandes variétés, 6 cas de début dans chaque. Tout en notant ces résultats, pour être complet , nous n’y attachons pas une grande valeur , vu qu’ils portent sur un trop petit nombre de faits.
Quant à la mort des malades , c’est le dernier trimestre qui nous a offert le plus grand nombre , 12 sur 32. Les trois trimestres offraient peu de variations ; les deux mois de la plus forte mortalité ont été août et novembre , 5 décès chaque, puis viennent février et décembre avec 4 décès chaque.
CANCEU DKS ÜUGAMiS ÜE LA DlGESTlÜA'.
Si nousjetons à prissent un coup d’œil sur 116 cas dans lesquels JVl. d Espine a noté les mois dans le cours desquels a eu lieu la mort nous trouvons aussi la plus forte mortalité dans le dernier trimestre’ savoir, 32 sur 116; viennent ensuite le premier avec 30, le troisième avec 28. et , en dernier lieu , le deuxième avec 26 décès.
Les mois pendant lesquels M. d’Espine a noté la plus forte mortalité ont été mars et mai avec 13 décès. Vient ensuite novembre avec 12; puis janvier, septembre et décembre avec 11; pendant les autres mois, la mortalité a oscillé entre 6 et 9. Le tableau comparatif suivant fera ressortir tous ces détails.