‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 58 sur 113 · MORTS · texte numérisé non relu

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Totaux. . .

1"^ trimestre . . . .

Totaux égaux. .

6“ Influence de la richesse et de la pauvreté. Si l’on se laissait guider ici par la fréquence de cette maladie dans les hôpitaux et par l’influence supposée de la misère et des privations , on croirait que le cancer de l’estomac devrait être plus fréquent chez les pauvres que chez les riches, mais ici encore l’observation conduit à un résultat inattendu. Il résulte des recherches de M. d’Espine (1) , qu au contraire toutes les maladies cancéreuses, et le cancer de l’estomac en particulier, sont plus fréquentes parmi la classe riche que

(1) Annules d’hygiène. Paris, 1847, t. XXXVII , p. 323.

CAiNCER PE l’ESTUMAC.

parmi les pauvres : sur 21 sujets chez lesquels la richesse ou la pauvreté ont été notées, 15 étaient riches et 6 pauvres.

T Habitation. Nous ne pouvons reconnaître aucune influence , ni à la nature de l’habitation ni au climat. D abord , la fréquence assez grande de la maladie chez les riches montre déjà combien le logement influe peu ; en outre , nous n avons constaté que 2 fois sur 42 un logement malsain. Quant à la fréquence plus grande de .cette maladie dans les divers pays, c’est une question non résolue dans l’état actuel de la science. Il faudrait , pour qu’on pût ajouter foi aux assertions émises à ce sujet, qu’on eût mis un soin égal par- : tout à constater les causes de tous les décès , mais cela ne se fait guère dans beaucoup d’endroits. Dans bien des contrées, et à la campagne surtout , les médecins suivent rarement d’une manière complète les maladies de longue durée, et les décès, dans beaucoup • d’endroits, ne sont pas même constatés par les hommes de l’art.

8° Nourriture. La nourriture a été mauvaise et insuffisante 3 fois sur 42; nous n’avons pas pu constater non plus l’influence des i excès alcooliques auxquels on a attribué une si large part dans la production du cancer de l’estomac. Nous avons pratiqué pendant longtemps dans une contrée dans laquelle l’abondance, la bonne qualité et le bon marché du vin entraînent beaucoup d’individus à faire habituellement des excès de boissons, et certainement le nombre des sujets atteints de cancer de l’estomac que nous y avons observés pendant onze ans n’a point été considérable. En outre, la fréquence même un peu plus grande du cancer de l’estomac chez les femmes que chez les hommes , est encore un argument contre l’influence des boissons alcooliques , car personne n’ignore que l’ivrognerie habituelle est bien plus rare parmi les femmes que panni les hommes. Quant à l’influence des conditions h}^giéniques en général, on a invoqué les causes les plus étranges : c’est ainsi que Bayle attribue au célibat (avec abstinence bien entendu) une action sur le développement du carcinome de l’estomac.

9“ Hérédité. Celle-ci ne peut être révoquée en doute , mais elle manque bien plus souvent qu’elle n’existe. Tous les auteurs, il est vrai, en ont cité des exemples, et il paraît que cette maladie a été même héréditaire dans la famille de Napoléon. En comparant les cas dans lesquels elle manque avec ceux où elle existe, nous trouvons, pour notre compte , qu’elle n’a existé que 5 fois sur nos 42 cas ; et en supposant même que nous n’ayons pas toujours été suffisamment renseignés, il nous reste pourtant la conviction que ,

CANCün DES OKCiANKS DE LA DIGESTION.

pour le cancer de l’estomac, ainsi que pour toutes les autres maladies ’ chroniques en général , l’hérédité constitue plutôt l’exception que la règle ; encore faut-il, dans les cas où elle est constatée, tenir compte du fait que le cancer de l’estomac fait mourir en général 1/40^ des hommes, et que, par conséquent, l’existence de deux cas dans la même famille peut n être qu une simple coïncidence due à la fréquence de la maladie.

10° Chagrins. S il n est pas douteux que des peines morales profondes et prolongées peuvent détériorer la santé , et que quelquefois le début de la maladie coïncide avec une époque où les malades en ont eu beaucoup (c était 3 fois le cas dans nos observations,) il n’est pas moins vrai que dans la grande majorité des cas, l’influence de ^ cette cause ne pourrait point être invoquée comme ayant exercé une influence marquée sur la production delà maladie; car non seulement cette cause manque le plus souvent , mais lorsqu’elle existe, son influence directe est souvent bien difficile à démontrer , pour peu qu on se livre à un examen exact et impartial.

Nous arrivons au même résultat négatif, quant à l’influence de la i constitution, celle de l’âge climatérique et celle de la santé antérieure qui , chez la plupart de nos sujets, a été bonne jusqu’au moment de l’invasion de la dernière maladie.

Pronostic . — D après tout ce qui précède , on comprendra aisément combien le pronostic est grave dans cette maladie. Cependant on peut encore établir quelques différences. Lorsque les symptômes du début ne se dessinent pas bien franchement , lorsque depuis le premier dérangement de la santé jusqu’à l’établissement des symptômes pathognomoniques, il s’est écoulé un certain temps, il y a des chances pour que la marche de la maladie soit plus lente. Lorsque les vomissements sont rares et irréguliers ,1e pronostic est meilleur que si ceux-ci se répètent un certain nombre de fois dans les vingtquatre heures. En général , les douleurs vives , les vomissements très fréquents, le dépérissement porté à un certain degré, et la complication avec une affection tuberculeuse, font craindre une fin prochaine. Du reste , il faut se rappeler ici tout ce que nous avons dit de la marche et de la durée de la maladie , et le pronostic , toujours fâcheux, n’est modifié que par la lenteur ou la rapidité de la marche de la maladie. Il est possible que les malades placés dans des conditions hygiéniques très favorables puissent , par cela même, prolonger un peu plus leur existence que ceux qui sont placés dans des conditions opposées. Si nous passons rapidement sur le pronostic, c’est

CANCER DE i/ESTUMAC.

qu’il n\y n malheureusement pas autre chose à signaler qu une différence seulement de quelques mois dans la léthalité , qui est à peu

près constante. ^

Diagnostic. — Les détails dans lesquels nous sommes entré a l’occasion de chaque symptôme, le résumé que nous allons donner à la fin de ce chapitre , serviront, nous osons 1 espérer, à établir le diagnostic dans la plupart des cas. Aussi passerons-nous rapidement sur les signes distinctifs entre la gastrite chronique, la gastralgie et le cancer de l’estomac , pour nous arrêter plus longuement sui une des questions fondamentales de nos recherches et de la pathologie en général. Nous voulons parler de 1 ulcère chronique simple de 1 estomac et des caractères qui le font distinguer du cancer. Ici, comme à la surface de la peau, ainsi que dans le rectum et sur le col utérin, les erreurs de diagnostic entre l’ulcère simple et 1 ulcère cancéreux ont été tellement fréquentes , que c’est en partie à cette cause qu il i faut attribuer le vague qui règne, pour beaucoup de médecins, dans le diagnostic de ces maladies en général. Malheureusement, la science I ne possède que des matériaux fort incomplets sur 1 ulcère chronique i de l’estomac.

! Diagnostic entre le cancer de V estomac et la gastrite chronique .

I Dans la gastrite chronique , les troubles digestifs précèdent le plus : souvent d’un certain temps l’invasion des symptômes plus caractéristiques, tandis que nous avons vu que, dans la majorité des cas, le cancer de l’estomac débutait au milieu d’un bon état de la santé générale et des organes digestifs en particulier. La diminution de l’appétit allant jusqu’à l’anorexie complète est commune aux deux maladies. Les troubles digestifs sont plus grands dans la gastrite > chronique, et se montrent en général plus près du moment de l’ingestion des aliments. Les douleurs épigastriques surviennent de bonne heure et sont toujours augmentées par la pression , ce qui n’a pas lieu dans le cancer. Les vomissements, qui ne se montrent dans le carcinome que lorsque la maladie a duré depuis quelque temps , s’observent de très bonne heure dans la gastrite chronique. On n’y constate pas cette fréquence progressive que nous avons notée plus haut, et sous ce rapport, ainsi que sous le rapport de la nature même des vomissements , la gastrite offre pendant toute sa durée une certaine uniformité ; les vomissements ont lieu une ou plusieurs fois chaque jour, et suivent de près l’ingestion des alimenls ; ils sont composés d’aliments ou d’un liquide bilieux , tandis que dans le cancer, les vomissements, très rares d’abord , deviennent de plus en plus fré-

521 CANCER DES ORGANES DE LA DIGESIION

quents à mesure que lu muludie fait des progrès ; les jjiatières vomies, muqueuses, biliaires ou alimentaires dans le principe, se montrent bientôt sous la forme caractéristique des vomissements noirs Non seulement quelques malades ne vomissent que quelques heures après avoir mangé , mais on observe même une certaine élection dans les matières vomies , et l’on voit tel aliment réputé indigeste passer parfaitement , tandis que de plus légers sont rejetés. Tel aliment pris la veille est vomi, tandis que l’estomac garde ceux de la journée même. Nous avons vu que la tumeur existait dans un grand nombre de cas de cancer de l’estomac, tandis que dans la gastrite chronique on n’en observe point : tout au plus trouve-t-on la région épigastrique un peu tendue et rénitente. Nous avons vu que le pouls ne s accélérait point dans le cancer de l’estomac. La gastrite chronique, par contre, est habituellement accompagnée d’un mouvement fébrile intense. Malgré cela, le dépérissement dans cette dernière maladie n’est guère considérable, et il est moins en rapport avec la maladie en elle-même qu’avec l’abondance des vomissements et la gravité des complications , tandis que nous savons que le carcinome fait dépérir par lui-meme et avant que ces vomissements soient devenus abondants. Cette dernière affection est, comme nous avons vu , la plupart du temps une maladie primitive , et toutes ses complications sont ou secondaires ou au moins accidentelles , tandis que , dans la gastrite chronique , d’après les beaux travaux de M. Louis , il existe presque toujours une autre maladie chronique dont l’affection de l’estomac n’est qu’une complication : cela est surtout le cas pour la phthisie pulmonaire.

2» Gastralgie et dyspepsie. Si, pendant le règne de l’école physiologique de Broussais, toute affection chronique de l’estomac était regardée comme une gastrite ou une gastro- entérite, on est plus tard allé trop loin dans un autre sens, en désignant un bon nombre de maladies chroniques de l’estomac sous le nom de gastralgie, erreur surtout répandue par Barras (1) , dont les travaux , du reste , ne manquent certainement pas de mérite. Nous avons attentivement recherché , après avoir lu pour la première fois son ouvrage, les cas de véritable gastralgie, et nous sommes arrivé à la conviction que la gastralgie pure, la névralgie essentielle de l’estomac, était une maladie rare, et qu on observait bien plus souvent des douleurs d’estomac dans une affection chronique extrêmement fréquente, et qui , certainement , diffère essentiellement de la gastrite phlegmoneuse , ainsi que du

(1) Traité sur les gastralgies. Paris, 1839-f844.

CANCER DE i/KSTOMAC. D'2;>

cancer. Les Anglais désignent cette affection sous le nom de dyspepsie , les écoles de Vienne et de Prague sous le nom de catarrhe de l’estomac, terme qui nous paraît assez bien choisi ; car, en effet, à l’autopsie on trouve dans ces cas les altérations d une phlegmasio chronique, mais superficielle (catarrhale), affection qui, pendant la vie , se caractérise par des troubles dans les fonctions , dans la sensibilité et dans les sécrétions de 1 estojïjac. J avoue que , ne connaissant pas bien la nature intime de cet état morbide très fréquent, je préfère le terme de dyspepsie à tout autre, réservant celui de gastralgie à la névralgie essentielle non accompagnée de troubles fonctionnels ou sécrétoires. La gastralgie se distingue facilement du cancer ; l’appétit y reste intact ; les digestions sont bonnes , à l’exception des douleurs qui les accompagnent parfois , mais qui surviennent aussi souvent par accès quelquefois très violents, d’une manière indépendante de la digestion. Les vomissements sont rares ; il n’existe pas de tumeur, et la région de l’estomac ne montre point de rénitence. Il y a souvent d’autres troubles dans l’innervation , tels que l’hypochondrie chez les hommes ou l’hystérie chez les femmes. L’état des forces et de l’embonpoint n’éprouve point de changement. En outre , cette maladie est bien plus fréquente dans la première que dans la seconde moitié de la vie Quant à la dyspepsie , elle ne produit ordinairement point de dérangement dans l’appétit , et cela constitue même un tourment pour les malades , parce qu’ils savent que presque à chaque repas , ils mangent plus qu’ils ne peuvent facilement digérer. La langue, chez le dyspeptique , est souvent couverte d’un enduit blanchâtre ou tirant sur le jaune , tandis que dans le cancer elle conserve ordinairement sa netteté jusqu’aux derniers temps de la vie. La digestion du dyspeptique est lente et souvent laborieuse , accompagnée de pesanteur à l’estomac, d’éructations, ou de rapports, parfois d’aigreurs qui surviennent deux à trois heures après le repas , de lassitude générale après les repas ; mais cette digestion difficile n’est accompagnée ni de nausées , ni de vomissements , qui ne surviennent dans ces cas qu’à la suite d’excès de table et surtout de boissons alcooliques. Les douleurs manquent ou complètement, ou ne se montrent que lorsque la digestion ne se fait pas bien ; il n’est pas rare de les voir donner la sensation de brûlure et de fer chaud à l’épigastre , et en les neutralisant par du bicarbonate de soude ou par de la magnésie , ces douleurs disparaissent quelquefois comme par enchantement. La dyspepsie prédispose à la tristesse et à l’hypo-

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