‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 65 sur 113 · C.VNCliR Eï CANCROÏUË DE LV PEAU. OJl · texte numérisé non relu

C.VNCliR Eï CANCROÏUË DE LV PEAU. OJl

(leniment, lorsque de l’aveu même de ces deux auteurs, le miciot scope a démontré des différences incontestables avec le vrai cancer, il aurait fallu prouver , pour en faire peut-être une espèce particulière de cancer, que le mal extirpé pouvait se reproduire dans des parties éloignées du siège primitif; il aurait fallu démontrer par des autopsies que le mal pouvait se généraliser dans l’économie tout entière, et produire des dépôts éloignés et multiples semblables àla tumeur primitive. Et lors même qu on voudrait invoquer la loi des i formations analogues que JM. Bruch cherche a établir , lors meme qu'on admettrait que les tumeurs épidermiques ne pourraient se développer qu’à la surface cutanée , au moins faudrait-il établir que la généralisation du cancroide cutané avait lieu dans ce sens , que par suite des progrès de la maladie, des dépôts multiples, semblables aux premiers, se formaient sur des points éloignés du derme. Or , c est ce que nous avons observé dans 1 infection cancéreuse, mais jamais dans le cancroide qui , malgré la possibilité où il est de s étendre de proche en proche , est pour nous une maladie locale , tandis que le vrai cancer est une maladie générale de toute 1 économie , dont la tendance infectante ne saurait être révoquée en doute que par ceux qui n’ont pas une expérience suffisante sur sa marche naturelle. Mais , quant à des observations qui prouveraient la reproduction du cancroide dans un endroit éloigné et la généralisation par des tumeurs multiples , nous les cherchons vainement dans les travaux publiés par ceux qui admettent l’identité entre le cancroide et le cancer.

Vouloir diviser les tumeurs en bénignes et en malignes, est aussi une réminiscence de l’enfance de la science ; cela n’est pas plus rationnel que si un botaniste voulait classer les plantes en vénéneuses, et en celles qui ne le sont pas. Il est certainement important de savoir si un mal enlevé par l’opération a de la tendance à revenir sur place ou non; mais il nous paraît peu rationnel d’en faire un principe de classification. Du reste , que de nuances existent entre la curabilité d’une maladie et sa parfaite incurabilité ! que de circonstances qui influent sur cette prétendue bénignité ou malignité ! Telle affection est curable si l’on peut l’enlever dans une grande étendue, en pratiquant, par exemple , l’amputation du membre , opération que nous avons vu couronnée d’un plein succès pour des cancroïdes fort étendus de la main et du pied, tandis que le même mal peut récidiver sur place, si, diffus de sa nature, il n’est point enlevé par une opération suffisamment étendue. Tel ulcère de la face empire par l’em-

CANCEa ET CANChOlDE UE LA PEAU,

ploi incomplet des caustiques et guérit par la pâte arsenicale bien maniée.

Si, clans les pages précédentes, nous avons signalé les opinions dissidentes de quelques auteurs modernes , malheureusement incompétents par 1 insuffisance de leurs matériaux, nous avons, d’un autre côté, la grande satisfaction de voir la plupart de nos idées sur les cancroides confirmées par un des auteurs qui s’est occupé avec le plus de succès de ces études , c’est M. Bennett (1) d’Edimbourg. Cet auteur nous paraît avoir professé en général des doctrines tout à fait saines sur le cancer et le cancroïde cutané, et c’est par lui que nous savons entre autres choses , ce que nous avions signalé comme infiniment probable , que le cancer des ramoneurs des auteurs anglais n’était également qu’un cancroïde. A Paris, nous avons eu le bonheur de trouver à la fois un contrôle et une pleine et entière confirmation de nos observations, tant anatomiques que cliniques , sur cette matière , dans les recherches de MM. Charles Robin ’ Broca et Follin. Nous avons souvent examiné les mêmes pièces ensemble, et, de plus, chacun de nous a recueilli, de son côté, des observations nombreuses , et nous sommes réellement très heureux d’être arrivés tous à des résultats identiques. Tant les uns que les auties, nous av'ions, du reste, reconnu de bonne heure que l’examen anatomique et microscopique seul n’était suffisant que pour déterminer les éléments histologiques de ces productions morbides , et que 1 observation clinique seule pouvait jeter quelque jour sur leur valeur pathologique.

L’esquisse rapide que nous venons de tracer des diverses opinions émises au sujet des tumeurs cutanées démontre combien il est nécessaire, et indispensable même , de laisser parler bien plutôt les fai (s et de nombreux faits bien observés et les conclusions qui en ressortent tout naturellement, que d’exposer les vues de l’esprit avec cette dialectique creuse et sonore qui, malheureusement, fait ressembler beaucoup de travaux de science à ces bulles de savon qui, après avoir brillé pendant un instant des plus belles couleurs, éclatent et disparaissent presque sans trace dans l’espace.

Nous avons recueilli plus de 100 observations sur le cancer et le cancroïde de la peau. 1/5* à peu près a rapport au véritable cancer, dont nous allons d’abord exposer les principaux caractères. Le reste de nos observations se rapporte, en majeure partie, au can-

(t) Bennett, On caticerons and cnneroid grotvth. Kdimbourg, 1849.

CANCKK lîT CANCHOÏDK DK LA FKAU. 0»^

croïde des diverses régions du corps. Après une esquisse générale de tous leurs caractères communs, nous envisagerons chacune de ces questions séparément. Les principales divisions, d après les légions, sont celles de la face , des organes génitaux externes et la peau du tronc et des membres. Pour la face, nous trouveions des différences importantes à connaître entre le cancroïde de la lèvre inférieure et celui du reste du visage , le premier étant bien autrement disposé que les autres aux récidives locales et a la propagation aux parties voisines. Nous trouverons des différences non moins curieuses dans le cancroïde des organes génitaux , et sans vouloir nous prononcer sur cette gravite relative du cancroïde du scrotum y nous verrons que celui de la verge est proportionnellement a la fois plus fréquent et plus grave que celui de la vulve. Parmi les cancroïdes du tronc et des membres, nous trouverons une certaine prédisposition pour le dos de la main. Après avoir analysé nos observations sur le cancroïde cutané , nous comparerons à celui-ci le cancroïde du col utérin, de la langue, l’ulcère rongeant de l’estomac et du rectum , les tumeurs épithéliales que nous avons observées à la face interne de la dure-mère, et enfin, les tumeurs kéloïdes. La description anatomique et pathologique sera suivie d’un exposé très détaillé du traitement général de toutes ces maladies , et des modifications qu’on doit lui faire subir , selon les diverses régions affectées. Ce sera principalement à l’occasion du pronostic que nous discuterons la valeur clinique , la bénignité et la malignité des productions cancroïdes en général , et les différences que leur impriment , sous ce rapport, leur siège et leur point de départ.

Avant d’entrer plus loin en matière, nous allons citer, tout à fait en abrégé, la classification des tumeurs cutanées , telle que nous l’avions déjà exposée (1). Cet exposé montrera la place que doivent occuper le cancer et le cancroïde de la peau parmi les autres produits accidentels de cet organe.

« 1*' ORDRE. — Tumeurs épidermiques. Lorsque l’hypertrophie épidermique de la couche superficielle ou de la couche papillaire plus profonde du derme est tout à fait circonscrite ou locale , bornée le plus souvent à un seul point de la surface du derme, il se forme une tumeur dans laquelle on ne trouve d’autres éléments qu’une vascularité plus ou moins prononcée de l’épiderme, considérablement hyper-

(l) Lebert , Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. tarife, p. 200 à 202.

CANCEK ET CANCUüÏDE DE LA I*EAU.

trophié, et les pnpillesde la peau souvent volumineuses. Lorsqu’il n’v a qu un simple tassement de nombreuses couches d’épiderme super posées, il se forme ce que l’on appelle les callosités de la peau. Les cornes sont aussi ^composées de couches superposées d’épidermemais ICI c est plutôt la surface épidermique interne d’un follicule de la peau qui devient le point de départ de ce mal , vu que c’est tou^ jours dans 1 intérieur d un de ces follicules hypertrophiés qu’on leur voit prendre leur point de départ,

» Nous avons observé un cas de fausses cornes. C’était une tumeur papillaire de la lèvre dont la surface était couverte de deux cornes coniques et pointues, qui n’étaient autre chose qu’une croûte composée d’épiderme groupé sans type régulier.

-- Lorsque nous avons enfin à la fois hypertrophie des papilles, de la couche superficielle du derme et une vascularité plus ou moins prononcée, il se forme de ces tumeurs qui, susceptibles de s’enflammer et de s ulcérer , ont été souvent confondues avec le cancer. On observe parfois une sécrétion anormale d’épiderme dans les mailles du tissu du derme lui-meme. Nous en avons même rencontré dans les os, dans les corps caverneux et dans les glandes lymphatiques. Nous récusons ici le reproche d avoir pris des cellules cancéreuses pour de l’épiderme. Nous croyons avoir étudié cette question d’une manière plus approfondie que la généralité des pathologistes et même des micrographes modernes. M. Dietrich , de Prague , en a également rencontré dans l’intérieur d’os malades.

” 2® ORDRE. — Déceloppemeni pigmentaire local de la j)eau. Lorsque la couche épidermique qui renferme le pigment est le siège d une plus forte coloration, ou lorsque les globules pigmentaires pro-' prement dits existent en plus grande quantité , il se forme des ta-' ches brunes accompagnées souvent d’une augmentation de vascularité sous-épidermique , ce qui forme les nævus colorés érectiles.' Il faut en distinguer soigneusement ces tumeurs mélaniques extrêmement malignes qui ne sont autre chose que des encéphaloïdes de la peau riches en pigment noir.

>> 3' ORDRE. — Hypertrophie circonscrite de la couche vasculaire sous-épidermique . La dilatation locale et circonscrite d’un groupe de vaisseaux , ou capillaires , ou plus volumineux , de la surface du derme , mal ordinairement congénial , constitue les petites tumeurs désignées sous le nom de tumeurs érectiles ; elles s’accompagnent le plus souvent d’une formation nouvelle de tissu cellulaire en plus ou moins grande quantité dans les intervalles des vaisseaux dilatés, ce

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qui a fait donner à ces tumeurs le nom de téliangiectasie par les auteurs allemands,

» 4® ORDRE. — Tumeurs glandulaires de la joeau. Les glandes sébacées du derme sont très sujettes à s’engorger et même à s’hypertrophier, et il survient alors ordinairement une occlusion, transitoire ou définitive , de leur conduit excréteur. Lorsque des groupes entiers de ces glandes s’engorgent à un léger degré, ils forment ce que l’on a appelé les comédones. Si , par contre , une glande sébacée I seule, ou plusieurs glandes éloignées les unes des autres se distenident , et que peu à peu leur conduit excréteur disparaisse, il se forme ides tumeurs enkystées susceptibles de prendre un assez grand développement , tumeurs que l’on a désignées sous les noms de loupes , de tannes et à' athéromes . Il faut distinguer ces tumeurs des kystes séreux qui , du reste , sont ordinairement sous-cutanés, et des tumeurs que nous appelons iumeurs enkystées composées, qui monitrent à leur surface interne une couche épidermique, des poils, des [glandes, etc,, et qui ont le plus souvent leur siège au-dessus des [sourcils.

>' 5® ORDRE. — Hyperlrophie du derme. Lorsque c’est le réseau I profond des fibres du derme qui est le siège d’une augmentation Id’afflux nutritif, d’hypertrophie, nous avons, lorsque le mal est diffus et étendu, ce que l’on a décrit comme éléphantiasis des Arabes. Lorsque le siège de l’hypertrophie est moins étendu , plutôt rouge ou [enflammé, lorsque dans son épaisseur il existe des tubérosités dont la surface tend à s’ulcérer, nous avons une des formes les plus fréquentes du lupus. Lorsque l’hypertrophie locale et tubéreuse n’a ni oase enflammée ni tendance ulcéreuse à la surface, le mal se rap- ;proche du léontiasis ou éléphantiasis des Grecs; nous manquons, toutefois , de recherches qui nous soient propres sur ce dernier mal , issez rare dans nos climats. On rencontre toujours dans le tissu hypertrophie du derme une quantité assez notable d’éléments graisseux , ît fibro-plastiques. Ce que l’on a décrit sous le nom de kéloïde n’est prdinairement qu une hypertrophie dermatique, fibreuse et fibreplastique, locale, unique ou multiple, prenant souvent son origine ilans du tissu cicatriciel.

” — Cancer de la peau. Jusqu’à présent nous n’avons

parlé que des altérations des parties normales de la peau; le cancer m diffère en ce que sa nature intime consiste dans la formation d’un plément nouveau, étranger à l’organisme sain, hétéromorphe , en m mot. On rencontre dans la peau toutes les formes du véritable

CANCER ET CANCKülDE DE LA PEAU.

cancer : le squirrhe , l’encéphaloïde , le colloïde, le cancer inélant5, etc., quoi qu’en ait dit M, Mayor fils (de Genève), qui a prétendu que le cancer de la peau affectait toujours la forme épidermique. »

La place du cancer et du cancroïde ainsi marquée, nous allons les décrire successivement.

SECTION PREMIÈRE

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