DEVELOPPEMENT DU LANCER
Virchow, dans son travail sur le cancer (1), a de nouveau tout particulièrement insisté sur la guérison du cancer , au moins comme mal local. 11 a indiqué , sous le nom de cancer rétrograde , la transformation phymatoïde du tissu cancéreux , opinion qu’il expose avec beaucoup dataient et dont il rapporte la première idée àM. H. Meckel ; il indique de plus , comme cicatrice cancéreuse , la transformation fibreuse, avec disparition de la plus grande partie des éléments mous et cellulaires du cancer. Nous regrettons de ne pas pouvoir partager I l’opinion de cet observateur distingué. Mieux que tous ses prédécesseurs, il décrit avec beaucoup de détails ce qui se passe dans cette transformation granulo-graisseuse du cancer et de ses cellules; mais la valeur de ce changement ne pouvait évidemment point être résolue par la voie anatomique seule. La marche clinique du cancer devait y être constamment consultée. Voici ce que cette dernière nous a appris sur la valeur pathologique de cette forme Je tissu cancéreux. Nous ne voyons autre chose dans la transformation granulograisseuse des cellules du cancer qu’une altération qui se rencontre, du reste, dans toutes espèces de cellules, comme l’ont si bien démon-
tré MM. Reinhardt et Virchow, et nous avons pleinement adopté la manière de voir de ces deux savants sur la non-existence du globule I agminé de l’inflammation de M. Gluge, élément qui, en effet, n’est J autre chose qu’une infiltration granuleuse et graisseuse des cellules i les plus variées. Nous adoptons pleinement aussi l’explication que i ces messieurs donnent de cette altération , en la regardant comme ij un mode de destruction de la cellule. Mais nous pourrions seulement J envisager ce changement rétrograde ^de ces cellules cancéreuses
t comme de nature réellement curative , si , dans la majorité des I cas, cette altération tendait à gagner de proche en proche, et finisi sait par sécher sur place ou par rendre complètement stationnaire le f cancer local. Malheureusement l’observation clinique infirme tous . les jours cette manière de voir. Bien souvent on observe des tumeurs ( cancéreuses qui, jusqu’au moment de l’opération, sont toujours allées en croissant 6ii augmentant, et qui , par ce rapide développement 1 meme , ont dû hâter le moment de l'extirpation , dans lesquelles , ! pourtant, on rencontre de nombreuses portions qui ont subi l’alté- I ration granulo-graisseuse des cellules , et qui ont revêtu dans ces t endroits 1 aspect phymatoïde correspondant à ce changement. JMais a coté de ces éléments détériorés, on trouve des masses considé-
(I) Op. cit., p. 138 etsuiv., et p. 177 et suiv.
IIISTOIHK GKNÉlUUi DU CANCUn.
râbles de tissu cancéreux tout fraîchement formé , mou , luisant , vasculaire , infiltré d’un suc cancéreux type , et montrant des cellules cancéreuses de l’aspect le plus caractéristique. Pour nous , il résulte de l’appréciation de toutes les circonstances dans lesquelles nous avons rencontré cette détérioration des cellules du cancer, que cette altération n’est que purement locale et n’empêche en aucune façon l’accroissement incessant de la tumeur qui en est le siège, ainsi que ses progrès les plus fâcheux. Il existe , il est vrai , quel- ' ques cas dans lesquels cette détérioration , gagnant de proche en proche, a pu finir par correspondre à une véritable atrophie curative du cancer; nous en avons observé, mais ce sont des cas rares et tout à fait exceptionnels.
L’autre forme de cancer atrophique , et de cicatrices cancéreuses d apparence fibreuse , se rencontre bien quelquefois dans le cancer du sein et dans celui de divers autres organes, mais encore en quantité si minime, que si l’on compare des cancers ainsi stationnaires aux tumeurs dans lesquelles une partie subit ce mouvement de retrait, tandis que d’autres se développent et pullulent, on peut se convaincre que le terme de cicatrice cancéreuse ne leur est guère souvent applicable. Une autre forme de cicatrisation du cancer , celle des ulcères, est également fort rare et d’une valeur curative presque insignifiante. Nous avons vu dans l’estomac un ulcère cancéreux à peu près cicatrisé , mais tout autour il y avait une si grande masse de tumeurs cancéreuses fraîchement formées, que cette tendance à la cicatrisation n’avait aucune valeur curative. Nous donnons depuis trois ans des soins à une dame polonaise qui porte depuis treize ans un cancer du sein , dont la surface est rouge, très vasculaire , mais qui , jusqu’à il y a quelques mois , n’était pas ulcérée d’une manière permanente. A plusieurs reprises , cependant , nous avons vu l’ulcération s’y établir, des portions nécrosées de tissu se détacher ; nous en avons enlevé nous-même avec des ciseaux , et puis | la plaie se détergeait et se cicatrisait de nouveau, et pourtant , pendant que ce travail se faisait à la surface , la tumeur cancéreuse n’a • pas cessé de grandir, et des tumeurs cancéreuses secondaires se sont multipliées tout autour depuis deux ans. Nous pouvons pleinement \ confirmer ce que dit à ce sujet A. Bérard(l). <■ On voit quelquefois, j dit-il, les ulcères cancéreux se déterger, se couvrir de granulations |
(I) A. Bérard, Diagnostic différentiel des tumeurs du sein. Paris, 1842, ; p. 125.