CHAPITRE PREMIER
Nous donnerons dans ce chapitre la description détaillée du cancer de l’utérus, des ovaires, de la glande mammaire et du testicule. Quant aux affections cancéreuses de la vulve et de la verge, il en sera question à l’occasion du cancer des organes tégumentaires externes, toutes ces localisations cancéreuses et cancroïdes de la peau formant un groupe naturel de maladies sur lesquelles les diverses régions de la peau n’exercent point de modifications fondamentales.
SECTION PREMIÈRE
Le cancer de l’utérus est de toutes les affections carcinomateuses la plus fréquente, car si celles de l’estomac paraissent au premier abord se rencontrer plus souvent, il ne faut pas oublier qu’elles sont réparties sur les deux sexes.
On doit être étonné, lorsqu’on pense à la fréquence de ces maladies et à leur terminaison à peu près constamment fatale, qu’il y ait encore tant de lacunes dans leur description anatomique et pathologique, malgré les très nombreux travaux qui ont été publiés sur cette matière. Nous verrons bientôt que, sous le rapport anatomopathologique, on a confondu, sous le nom de cancer utérin, des affections vraiment cancéreuses, des ulcères rongeants sans base carcinomateuse aucune, des végétations exubérantes des papilles et du tissu épithélial du col de l’utérus et du fond du vagin ; enfin des tumeurs polypeuses de la membrane muqueuse du col et de ses glandes , affections hypertrophiques dans lesquelles un tissu fibreux et fibroplastique sert de base ou de trame à de nombreuses glandules. Quant
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aux lacunes que nous rencontrons dans la description pathologique du cancer utérin, nous devons, avant tout, signaler le fait que cette description a été le plus souvent tracée d’après de simples souvenirs, et non d’après des documents et le dépouillement d’observations prises avec soin. Aussi rien de plus vague que les détails que donnent les auteurs sur la valeur relative, la fréquence comparative, les variations et le mode de succession des symptômes, même les plus essentiels. Est-il surprenant alors que la thérapeutique se soit ressentie de cette même inexactitude? En effet, comment justifier par une saine observation les illusions que se sont faites beaucoup d’auteurs sur la curabilité du cancer utérin , et les illusions non moins étranges de l’école, dite à tort physiologique , qui , ne voyant dans le cancer de cet organe qu’une modification de l’état phlegmasique , a cherché dans la méthode affaiblissante des ressources qu’une bonne observation a démontrées bien insuffisantes et souvent nuisibles. Il est donc non seulement utile, mais urgent même, de tracer la description du cancer utérin, comme on doit faire une description en histoire naturelle, d’après l’appréciation de faits rigoureusement observés.
Avant d’aborder les détails de ce chapitre, je dois exprimer à M. Louis toute ma gratitude pour avoir bien voulu me confier ses nombreuses observations sur le cancer utérin, recueillies avec le soin et l’exactitude que tout le monde connaît à cet excellent observateur. Si tous les faits n’ont pas pu également servir, ils entrent cependant pour un bon tiers dans les matériaux qui font la base de ce travail. M. Leudet, interne des hôpitaux, a également bien voulu me confier des notes intéressantes sur cette maladie , et dont plusieurs étaient assez complètes pour me servir utilement.
Le nombre total des faits analysés est de 58 ; mais toutes les observations ne sont pas également complètes. Les unes, d’un diagnostic non douteux, renferment tous les détails symptomatologiques observés pendant la vie, mais sans autopsie. D’autres renferment tous les détails anatomo-pathologiques ; mais il y en a plusieurs dans lesquelles l’observation, pendant la vie, n’a été recueillie que fort incomplètement. Au total, 45 observations serviront à la description anatomo-pathologique, tandis que la symptomatologie sera tracée d’après le relevé de 50 observations.
§ Ier. Anatomie pathologique des affections cancéreuses et cancroides
de l’utérus,
Le véritable cancer est bien plus fréquent dans l’utérus que le can-
croïde, que nous n’avons rencontré que 6 fois sur 45 (2/15“). Il est cependant important d’insister sur la différence qui existe entre ces deux genres d’affections. D’un côté, la différence de structure implique une diversité pathologique; d’un autre côté, on peut se flatter de l’espoir que les affections cancroïdes étant un mal plus strictement local que le vrai cancer, on parviendra un jour, lorsqu’on les aura mieux étudiées, à porter des secours plus actifs à ces maladies, que ne le comporte l’état actuel de la science. J’ai déjà insisté sur cette différence dans mon Traite de physiologie pathologique (1), et je suis heureux de voir que ces opinions ont été adoptées par deux hommes d’un grand mérite, par M. Robert (2) et par M. Ch. Robin (3).
Je ne me bornerai pas, dans les pages suivantes, aux seuls détails sur les altérations de l’utérus et de ses parties ambiantes, dans les affections cancéreuses et cancroïdes. Car pour bien comprendre toute la portée d’une lésion morbide, il est indispensable d’examiner chaque fois l’état du corps tout entier. Ce n’est qu’ainsi qu’on est à même de faire la part de l’affection locale et de son retentissement sur les divers appareils, organes, systèmes et tissus. C’est de cette façon, seule aussi, que la symptomatologie trouve son explication dans l’étude des lésions, et que la thérapeutique peut en tirer parti pour les indications à remplir.
Je passerai ainsi successivement en revue l’état extérieur du corps, le teint, l’embonpoint, l’existence ou l’absence d’infiltration œdémateuse, l’état local des lésions que l’on rencontre dans l’utérus, le vagin, la vessie, les uretères, et les reins, dans les ovaires, dans les glandes lymphatiques, le péritoine, les organes digestifs (estomac,
(1) Lebert , Physiologie pathologique. Paris, 4 845, t. II, p. 334 à 343.
(2) Robert, Des affections du col de l’ utérus. Paris, 1848.
(3) Robin, Mémoire sur la membrane muqueuse utérine (Archives générales de médecine, 4® série, 4 848 , t. XVII, p. 237, 405; t. XVIII, p. 180).
Ce travail était depuis longtemps achevé, lorsque nous avons lu dans les comptes rendus de la Société physico-médicale de Würzbourg quelques remarques fort intéressantes de M. Virchow sur la tumeur en forme de choulleur du col utérin, affection décrite par Clarke, et dont l’auteur démontre la grande analogie avec le cancroïde papillaire de la peau. Ces recherches nous ont fait d’au tant plus de plaisir, que nous avons vu et fait figurer tout récemment plusieurs piècesqui confirment en tout point celte manière de voir, et que nous venons de découvrir récemment des papilles à l’état normal sur le col utérin.
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intestin grêle, côlon et rectum), dans le foie et la rate, dans les organes de la respiration, de la circulation et de l’innervation. Je terminerai ensuite ce paragraphe par des données sur les dépôts cancéreux dans d’autres organes que ceux de la génération, chez les malades qui ont succombé au cancer utérin.