II. SIGNES PHYSIOLOGIQUES
Nous désignons sous cette dénomination les signes qui résultent
776 CANCER ET TUMEURS NUN CANCÉREUSES UES CENTRES NERVEUX, plus spécialement d’un trouble fonctionnel et se manifestent de préférence indirectement par leurs effets , tandis que les symptômes que nous venons de passer en revue tombaient plus directement sous les sens. Nous placerons en première ligne ici les fonctions qui dépendent plus immédiatement du cerveau , et nous les analyserons surtout selon leur degré d’importance , par rapport au diagnostic. Ce sont : 1° les troubles de la sensibilité; 2° les troubles sensoriels; 3° les troubles de la motilité; 4° les troubles de l’intelligence. Parmi les fonctions secondairement atteintes, il y en a une qui, par l’intermédiaire des nerfs pneumo-gastriques, est encore en connexion assez directe avec les troubles cérébraux : ce sont les altérations fonctionnelles des voies digestives, les vomissements surtout, auxquels viennent se joindre, dans un certain nombre de cas , celles de la circulation et de la respiration. Nous ferons ensuite quelques remarques sur l’altération des fonctions urinaires qui survient fréquemment à une période avancée de la maladie, puis nous passerons en revue les principaux signes fournis par l’état général , et nous arriverons ainsi à la clef de voûte de toute la symptomatologie, au mode de groupement des symptômes et à la corrélation qui existe entre les symptômes et les lésions.
1° Troubles de la sensibilité. Nous avons à passer en revue ici, comme symptôme le plus essentiel de cette catégorie, la céphalalgie, puis les douleurs que l’on observe sur d’autres parties du corps, surtout dans les membres, ainsi que les divers symptômes d’anesthésie et d’hypéresthésie.
La céphalalgie attire de bonne heure l’attention de l’observateur, tant par sa fréquence que par sa persistance et par les nuances variées sous lesquelles elle se présente. Nous avons noté pour nos 90 observations 65 fois des troubles de la sensibilité , dont 59 présentaient la céphalalgie comme symptôme marqué; par conséquent, c’est un signe qui se retrouve dans les deux tiers à peu près des cas. Chez une seule malade, elle n’a existé qu’au début, pour cesser tout à fait par la suite. Dans quelques cas, elle a été peu appréciable à la fin , ce qui tenait à ce que la sensibilité était généralement devenue obtuse et que l’intelligence était plus ou moins altérée. Dans la majorité des faits, cependant, dans lesquels la perceptibilité est restée intacte, les douleurs de tête s’aggravaient plutôt par les progrès de la maladie.
On a dit que dans les tumeurs cérébrales, la céphalalgie était souvent unilatérale et bornée à un point circonscrit qui indiquait alors
te siège précis de la tumeur. M. le professeur Romberg (1) de T3erlin , a même indiqué que l’on pouvait distinguer la céphalalgie dépendant des productions morbides du cerveau de celles qui dépendaient de toute autre cause, par le fait que les fortes expirations 'augmentaient, si la tumeur siégeait à la convexité , en froissant le cerveau contre la voûte crânienne, et le cervelet contre la tente. Cet auteur se demande ensuite si la même remarque faite dans l’inspiration où le cerveau est pressé contre la base du crâne, ne pourrait jpas éclairer le diagnostic sur l’existence d’une tumeur de la base. Doutes ces assertions nous paraissent bien plutôt des prévisions 'le la théorie que le résultat de l’observation. Nous n’avons noté que dans 1/6' des cas, 10 fois en tout , le siège de la douleur d’un ceul côté, dont 6 fois à gauche et 4 fois à droite, et pourtant nous avons vu que le siège unilatéral des tumeurs était beaucoup plus ûéquent.
En général, les esprits trop théoriques qui ont cherché à établir une 1 ocalisation stricte dans les fonctions cérébrales, soit à l’état normal, 'soit à l’état pathologique , n’ont pas tenu un compte suffisant de la ^solidarité qui lie entre elles toutes les portions constitutives de l’encéahale, et nous voyons une fois de plus dans l’étude des tumeurs cérébrales, qu’en pathologie il y a un certain nombre de règles, mais peu I le lois, qu’il y a fort peu de symptômes constants, et qu’un des points es plus essentiels à déterminer est leur degré général de fréquence t ;t de corrélation. Dans ces 10 cas de tumeurs unilatérales, nous avons même encore observé des variations qui n’étaient en aucune açon en rapport direct avec le siège précis de la tumeur. Frontale )U occupant tout un côté de la tête , dans la majorité des cas , la ■éphalalgie n’a affecté que 3 fois un siège circonscrit à la partie supérieure gauche de la tête , et encore, dans un des cas , elle s’étendait usqu’à la région temporale.
Sur les 49 cas qui restent, les douleurs ont été , dans plus de la moitié, 26 fois en tout, tout à fait générales; 8 fois elles étaient lornées à toute la région frontale; 5 fois à la région bi-pariétale ; 4 fois à la région occipitale ; 2 fois la douleur était surtout sous-orutaire ; 2 fois temporo-occipitale ; 1 fois occipito-cervicale, et 1 fois i siège variable.
De rare et passagère dans le principe , la douleur est devenue ordinairement de plus en plus continue : dans 2 cas seulement elle est
(1) Archives de médecine , 2e série, 1835, t. VIII , p. 210.
778 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES UES CENTRES NERVEUX, restée périodique pendant tout le temps de la durée. Chez 5 de nos malades, la douleur devenue continue redoublait souvent d’intensité; mais ces paroxysmes n’avaient point de type fixe. Un de ces malades éprouvait au commencement de chaque exacerbation un sensation de bruit semblable à une détonation. Chez 5 autres individus, les accès plus intenses qui survenaient au milieu d’une céphalalgie habituelle s’accompagnaient de vertiges , de nausées et de vomissements plus ou moins abondants, qui, en l’absence des autres symptômes, auraient pu faire confondre ces accès avec ceux de la migraine. Cette dernière forme existait chezun de nos malades, chez lequel ces apparentes migraines s’accompagnaient d’engourdissement et de fourmillements passagers du côté droit. Il ne faudrait cependant pas trop se hâter de prendre une migraine qui s’accompagnerait de ces signes précurseurs de la paralysie', pour l’expression d’une lésion cérébrale essentielle et grave. J’ai eu moi-même dans ma vie 3 accès de ce genre, l’un au commencement de 1845 , le second en 1847 et le troisième à la fin de 1849 , accès qui débutaient par de l’incohérence dans les idées, de la difficulté de trouver les mots , et de l’engourdissement dans la langue et les derniers doigts du côté droit, malaise qui se compliquait au bout d’une heure ou deux d’une douleur sus-orbitaire droite très vive et s’accompagnait bientôt d’abondants vomissements suivis immédiatement de la cessation du trouble dans les idées et de l'engourdissement, et qui ne laissaient pas plus de traces le lendemain que les migraines ordinaires auxquelles je suis sujet.
Les maux de tête sont rarement légers , surtbut à une période avancée, et leur intensité finit quelquefois par devenir telle que les malades redoutent le moindre bruit et même le moindre mouvement, surtout pendant les redoublements. L'augmentation de l’intensité survient chez quelques uns pendant la nuit, chez d’autres, à diverses heures pendant le jour, elle est quelquefois excitée par l’exercice , par les efforts que les malades font pour aller à la garde-robe ou lorsqu’ils se baissent. Chez les femmes, l'approche de la menstruation augmente leur intensité. Dans plusieurs de nos observations, le repos, les émissions sanguines et les purgatifs produisirent une diminution notable dans leur intensité. Ces douleurs affectent les caractères les plus variés : tantôt gravatives , tantôt plus aiguës et comme névralgiques, elles sont rarement lancinantes.
Quant aux douleurs névralgiques de la face, soit de la région susorbitaire, soit de la joue , nous les avons plusieurs fois observées
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 779 dans les cas où il existait quelque altération ou compression de la cinquième paire à son origine , et une excessive sensibilité d’un côté de la face n’était dans plusieurs cas qu’un symptôme précurseur d’une anesthésie complète. D’autres fois, l’exaltation et la diminution de la sensibilité de ce côté se montraient alternativement.
Les douleurs des membres se bornaient de préférence à ceux qui étaient le siège d’une paralysie commençante ou plus ou moins avancée. Chez un seul malade , des douleurs générales par tout le corps ont été observées.
L’insensibilité est plus rare et appartient à une période plus avancée que la douleur ; elle survient quelquefois à la fin des paralysies, tandis qu’un simple engourdissement, accompagné de fourmillements, précède plutôt l’affaiblissement de la motilité qui s’accompagne parfois d’une sensation de froid, et parfois même d’accès de frissons locaux, le long des membres qui se paralysent. L’insensibilité générale n’a été observée qu’une fois par accès passagers.
Les vertiges méritent aussi toute l’attention et s’observent dans les tumeurs cérébrales comme dans toutes les affections encéphaliques chroniques. Ils accompagnaient en outre le plus souvent les paroxysmes de céphalalgie, et précédaient presque constamment les vomissements. Chez 11 malades , ils survenaient d’une manière irrégulière et indépendante de l’intensité des douleurs de tête , et chez 5 malades, ils ont fini par devenir habituels. Un des effets les plus désagréables des vertiges et des étourdissements, est l’incertitude qu’ils donnent à la marche qui devient alors chancelante et ressemble à celle d’un homme ivre. Dans quelques cas exceptionnels, on observe de vrais vertiges épileptiformes, avec semi-perte de connaissance. Ces sortes de vertiges étaient accompagnés une fois d’évacuations alvines involontaires, une autre fois, de faiblesse musculaire générale, et chez un malade enfin, d’une hémiplégie passagère.
Au total, les douleurs de tête vives et continues, d’un seul côté de la tête ou plus générales, sourdes, ou augmentées par accès s’accompagnant de douleurs dans les membres, surtout d’un seul côté du corps, ou d’engourdissement dans le côté qui s’affaiblit, se combinant volontiers de vertige, constituent ce que l’observation nous a démontré être les principaux troubles de sensibilité dans les tumeurs cérébrales. D’une grande valeur relative lorsqu’elle coexiste avec d’autres symptômes que nous allons analyser, la céphalalgie est cependant loin d’être, dans ces cas, un signe pathognomonique , et il n’y a point de corrélation constante entre
780 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, son siège et son intensité unilatérale et le siège des tumeurs.
2° Troubles clés organes des sens. Nous avons noté avec détail les altérations des fonctions sensorielles dans 44 cas , dont 5 fois à un degré si léger et présentant de tels caractères , que nous ne nous sommes pas cru autorisé à établir une corrélation symptomatologique entre ces troubles et les lésions, ce qui fait que ce chiffre de 44, fourni par l’observation pure et simple , se réduit à celui de 39 'par l’observation raisonnée, et c’est ce dernier chiffre que nous avons fait entrer dans les tableaux généraux de la fin.
Nous avons placé les troubles sensoriels avant ceux de la motilité qui, numériquement sont plus fréquents , parce que les altérations des sens ont, à coup sûr, une valeur pathognomonique plus grande, surtout avec la coexistence de la céphalalgie qui s’observe dans le plus grand nombre des cas de ce genre. La céphalalgie persistante, même unilatérale , peut bien faire soupçonner une affection cérébrale, mais il peut s’agir alors aussi bien d’un ramollissement que d’une tumeur, tandis que la céphalalgie s’accompagnant de troubles prononcés de la vue et de l’ouïe, lors même qu’il n’existerait pas d’autres symptômes , doit d'emblée faire soupçonner l’existence d’une production accidentelle , siégeant de préférence à la base.
La vue est le sens de beaucoup le plus souvent altéré dans ses fonctions, à tel point que ses troubles ont été notés 40 fois sur 44, dont 26 fois seuls, 8 fois en même temps que l’ouïe, 2 fois avec l’odorat, 1 fois avec, le goût, et 3 fois avec tous les principaux sens altérés. C’est dans les 26 cas premiers que se trouvent les 5 dans lesquels le dérangement fonctionnel n’a pas été assez prononcé pour les faire entrer dans le tableau général. L’ouïe n’a été seule atteinte que 3 fois, l’odorat seul 1 fois.
Les troubles sensoriels se manifestent, en général , à une époque rapprochée du début, et constituent même quelquefois les symptômes initiaux.
Reprenons maintenant en sous-ordre les troubles de chacun de ces sens.
A. Troubles de la vue. — Des troubles légers de la vue, tels que des bluettes, de la diplopie, un affaiblissement de la vision n’allant cependant point jusqu’à l’amaurose, ont été notés 9 fois, et même, dans 5 de ces cas, nous sommes restés dans le doute sur l’influence de la tumeur cérébrale sur ces symptômes. Nous nous sommes demandé s’il y avait là autre chose qu’une simple coïncidence, attendu qu’on
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 78 i observe tous les jours un affaiblissement de la vue chez des personnes qui ne sont nullement atteintes d’une affection cérébrale quelconque. Une fois, il y avait diplopie avec strabisme d’un œil. Chez 2 malades, la vue n’a été troublée que passagèrement, et s’est rétablie presque dans son état naturel. Dans une autre observation , il y avait une singulière oscillation plusieurs fois répétée entre une faiblesse notable de la vue et son retour momentané à l’état d’intégrité. Mais ces troubles légers et passagers constituent l’exception et non la règle. L’amaurose va ordinairement en augmentant et arrive peu à peu à la cécité complète. 20 fois ce fait a été constaté ; en outre, la cécité a été complète sur un œil et incomplète de l’autre chez un malade. Plusieurs fois , l’abolition de la vue ■tait précédée de phénomènes d’hyperesthésie , d’une grande impressionnabilité de l’œil, de photophobie, de douleurs plus ou moins . ’ives, et d'élancements dans le globe oculaire, symptômes auxquels e joignit une fois un strabisme unilatéral. 2 fois la cécité était omplète d’un seul côté, tandis que l’œil du côté opposé était resté ain. Chez un malade, il y avait strabisme, diplopie et affaiblissement de la vue. Chez un autre, les pupilles étaient largement dilates, et le regard était hagard sans que l’amaurose fût complète.
■ )ans un cas, il y avait, outre l’abolition de la vue du côté droit, une ouble exophthalmie provenant d’une tumeur qui avait poussé les eux yeux hors de l’orbite. 2 fois nous avons observé une ophthaliie qui, dans un cas surtout , s’est terminée par l’ulcération de la ornée, par l’abolition de la vision et par une profonde altération ans la partie antérieure de l’œil offrant tous les caractères que ous observons chez les animaux auxquels nous faisons la section îtra-crânienne de la cinquième paire. En effet, dans le cas dont s’agit, il y avait une altération profonde de la cinquième paire, e ce même côté, avant sa sortie de la cavité crânienne. Les pupilles .aient généralement dilatées dans les yeux strabiques ou amauroques. Nous avons cependant rencontré un cas où la pupille était latée d’un côté et contractée de l’autre , quoiqu’il y eût trouble de 3 la vue égal des deux côtés.
Chez 4 malades qui présentaient un degré prononcé de paralysie : î la paupière supérieure , il y avait en même temps strabisme en ;hors avec dilatation des pupilles. 2 fois, dans ces circonstances , i photophobie , le larmoiement et la diplopie avaient précédé cet at qui tenait toujours à une compression ou à une altération plus ofonde de la troisième paire. Chez un malade, la blépharoptose
était survenue subitement à la suite d’un effort de défécation ; elle n’a été que passagère, et à l’autopsie, on a parfaitement pu se rendre compte de ce phénomène par l’existence d’un anévrisme de la base du crâne, qui probablement était survenu brusquement pendant les efforts que faisait le malade pour aller à la garde-robe. Nous n’avons noté qu’une fois l’impossibilité de fermer les paupières sur un seul œil, affection décrite sous le nom de lagophtkalmie .
Ainsi, troubles delà vision , altération du regard , altération de la position de l’œil , strabisme , ophthalmie , paralysie de la paupière supérieure, abolition complète de la vue d’un côté ou des deux côtés, voilà les symptômes principaux que l'on observe du côté de cette fonction sensorielle comme conséquence des tumeurs cérébrales.
B. Les altérations de l'ouïe se bornaient rarement à de simples tintements d’oreille, à des bourdonnements. On observe le plus souvent un affaiblissement de l’ouïe, d’un côté, ou des deux, survenant graduellement et se terminant par une surdité plus ou moins complète. Nous n’avons vu que 3 fois l’ouïe seule gravement altérée en fait de fonctions sensorielles , tandis que 8 fois la vue a été en môme temps profondément troublée, et 3 autres fois , il y avait en même temps affaiblissement de tous les sens.
Par conséquent, si l’ouïe seule s’altère en même temps qu’il existe de la céphalalgie , des troubles sensitifs et moteurs , on peut déjà , par cela même, supposer qu'il y a plutôt une tumeur cérébrale qu’une autre altération du cerveau , et cette présomption devient presque une certitude, si en même temps la vue ou les autres sens subissent une profonde atteinte, et même en pareil cas, le siège de la tumeur à la base, vers la pointe du rocher , devient très probable. Si le plus souvent l'affaiblissement, et même l’abolition de l’ouïe surviennent en pareille cii constance , nous avons cependant noté 2 fois une véritable surexcitation de cet organe , 1 fois des douleurs vives dans les parties profondes de l’oreille , et 1 fois une extrême finesse de 1 ouïe avec grande impressionnabilité au moindre bruit.
C. Quant aux altérations des autres sens, goût et odorat , elles ont une valeur pathognomonique bien plus restreinte. L odorat étant un sens bien plus incommode par son existence que par son absence, les malades souvent ne s'aperçoivent pas d’une diminution de l’odorat, à moins qu on n’attire spécialement leur attention sur ce point; 1 abolition de 1 odorat même bien constatée , on pourrait encore se demander s il y a une altération de la première ou de la cinquième paire , car on sait que des physiologistes très distingués , parmi les-
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 783 quels nous citerons MM. Magendie et Cl. Bernard, attribuent le sens de l’olfaction à la cinquième paire et non aux nerfs olfactifs. Sur 4 cas où l’altération de l’olfaction, comme seul trouble sensoriel, a été bien constatée, 1 fois l’odorat était notablement diminué, 2 fois il était complètement aboli, et 1 fois diminué notablement à gauche avec état intact à droite.
Au total, il n’y a pas de troubles physiologiques qui, pour les tumeurs cérébrales, aient une aussi grande valeur symptomatologique que les troubles sensoriels , et à part l’exception possible pour le chiasma optique, les troubles unilatéraux se trouvent ordinairement du même côté que l’altération , tandis que les troubles bi-latéraux i et multiples des sens, font plutôt supposer l’existence d’une tumeur du milieu de la base du cerveau qui comprimerait ainsi plusieurs paires de nerfs à leur origine.
3° Troubles de la motilité. Les altérations des fonctions motrices tout en pouvant être très variées dans les affections cérébrales, se réduisent en définitive, sous le rapport de leur valeur pathologique, à deux grandes catégories, la diminution, l’affaiblissement, la paralysie des facultés motrices d’un côté, elles mouvements involontaires •les contractions spasmodiques , les convulsions partielles ou plus .générales et épileptiformes , d’un autre côté. Quant à la roideur et ià la contracture des membres, elles n’ont qu’un effet secondaire, et ne sauraient être envisagées comme une altération essentielle.
A. Motilité. — Nous rencontrons ici une plus grande fréquence încore que pour les troubles sensoriels. Nous avons noté dans plus • les 2/3 des cas , 63 fois sur 90 , des troubles de la motilité en géîéral , et sur ce nombre , nous avons observé chez 54 sujets l’affaiülissement et la paralysie, et chez 29 l'es convulsions comme trouble moteur essentiel ; mais comme , chez près des 2/3 des malades qui présentaient ces convulsions , il y avait en même temps affaiblissement musculaire ou paralysie, nous n’arrivons à ce chiffre total le 63 pour les altérations de la motilité, qu’en les prenant dans leur totalité.
Les 54 cas de diminution notable des forces motrices constituent lonc à eux seuls les 3/5*’. Nous ne voyons, dans ce fait seul, rien ,1e particulier aux tumeurs cérébrales , car nous savons combien la )aralysie , même survenant d’une manière lente et graduelle , est réquente dans le ramollissement cérébral , sans compter que la paaplégie et la paralysie plus ou moins générale surviennent peu à >eu aussi dans les affections de la moelle épinière. Cependant , d’un
784 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, côté, l’analyse de nos observations nous montrera plusieurs points qui imprimeront un cachet spécial aux symptômes paralytiformes qui dépendent des tumeurs. D’un autre côté, cet ordre d’altérations fonctionnelles acquiert une grande valeur pour le diagnostic , lorsqu’on observe en même temps des troubles sensitifs et surtout sensoriels.
Nous constatons tous les degrés différents d’affaiblissement jusqu’à la paralysie générale et bien des nuances diverses d'oscillations , de continuité ou de progression dans la marche de ces symptômes. Nous insistons surtout sur l’établissement le plus souvent graduel et unilatéral de la paralysie qui, ordinairement, n’atteint l’autre côté du corps qu'après que b hémiplégie est devenue complète ; de plus, les oscillations dans la marche de la paralysie , offrent , lorsqu’elles existent, un caractère que l’on ne rencontre également point dans le ramollissement. Ainsi, par exemple, un malade devient hémiplégique d’une manière lente ou plus ou moins rapide , mais la paralysie partielle diminue et disparaît même pour reparaître de nouveau après quelque temps, puis après plusieurs variations de ce genre, elle devient permanente et progressive , mode de ] aralysie que nous désignons dans nos notes sous le nom de paralysie oscillante.
Des fourmillements , de l’engourdissement, des troubles sensitifs divers précèdent ordinairement la paralysie. Des douleurs plus ou moins vives la précèdent quelquefois et l’accompagnent souvent. Ces douleurs , ainsi que les secousses et les convulsions dans les membres paralysés, ont été regardées par plusieurs auteurs, par M. Cruveilhier entre autres, comme plus propres aux tumeurs cérébrales qu’aux autres altérations de cet organe.
La paralysie bi-latérale ou générale est ordinairement précédée d’hémiplégie, la forme sans contredit la plus fréquente ; et même la paraplégie, qui est beaucoup plus rare dans ces cas, ne s’établit pas d’une manière symétrique, progressive, comme on l’observe dans la paraplégie qui dépend d’un ramollissement de la moelle.
La paralysie d’un seul membre, du bras ou de la jambe, ou seulement de la main, aété notéedfois, dont 1 fois accompagnée de contractures du bras. La paralysie partielle de la face a existé 3 fois, et ordinairement il y avait en même temps des troubles partiels et une paralysie de la paupière supérieure.
L’affaiblissement d'un seul côté du corps s’est rencontré chez 6 malades, incomplet, n’atteignant point les caractères d’une véritable
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 785 hémiplégie. Cet affaiblissement était habituellement lent et graduel, et s accompagnait surtout d’une difficulté prolongée de la marche, pendant laquelle les malades traînaient la jambe affaiblie. Il ne s’y joignait une démarche incertaine et comme chancelante que lorsqu ils étaient en même temps sujets aux vertiges et aux étourdissements.
L’hémiplégie complète, survenue peu à peu, a été constatée chez .22 malades ; elle était quelquefois accompagnée de contracture , et ;assez souvent de déviation de la bouche avec embarras de la pai rôle . Plusieurs fois oscillante pendant quelque temps, elle a fini [par devenir complète, entre autres, dans un cas fort remarquable , où des accès ressemblant à ceux de la migraine n’avaient produit i abord à leur suite que des fourmillements dans un seul côté du oorps pour entraîner plus tard une paralysie unilatérale complète. IL hémiplégie oscillante , et plus tard permanente, dépendait, chez iplusieurs individus, d accès apoplectiformes répétés, dont l’autopsie [plus taid révélait les produits. Nous nous servons du terme d’accès apoplectiformes , parce que nous avons cru remarquer une différence entre ces apoplexies secondaires, consécutives à une cause locale, et les apoplexies essentielles, les symptômes étant moins bien prononcés dans les cas de la première que dans ceux de la seconde catégorie ; et tout dernièrement encore nous avons constaté , dans me affection cancéreuse multiple , des petits foyers apoplectiques .out autour de plusieurs tumeurs cancéreuses disséminées entre les : circonvolutions cérébrales; la constatation des cristaux hématiques lans ces épanchements nous a prouvé qu’ils n’étaient pas survenus pendant les derniers jours de la vie seulement , mais qu’ils remontaient a un mois environ , époque à laquelle la généralisation de ce ;ancer , sur un grand nombre de points de l’économie, s’était maniestée. Eh bien, dans ce cas, aucun signe paralytiforme n’avait évélé pendant la vie l’existence de ces petits foyers hémorrhagiques.
La paraplégie pure et simple n’a existé que chez 3 de nos maades. Nous verrons plus tard dans quelles circonstances elle est ■urvenue, mais nous voyons, dès à présent, quelle constitue une rare ■xception.
Chez un malade nous avons noté un affaiblissement général penlant les derniers temps, accompagné d’immobilité et de roideur de iresque tout le corps.
Une paralysie plus générale enfin s’est présentée chez 15 des suets dont l’observation a été analysée. Toujours lente et successive,
786 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, et souvent précédée comme , dans tous les cas analysés, de céphalalgie et de troubles sensoriels , elle s’est manifestée ordinairement d’abord d’un côté, puis de l’autre. Nous ne l’avons jamais vue atteindre les quatre membres d’une manière asymétrique. La paralysie de la face et celle de la paupière supérieure ne suivaient point une marche régulière par rapport au côté paralysé ; et cela se comprend aisément lorsqu’on tient compte que la paralysie de ces parties survient sous l’influence d’une action directe , tandis que la paralysie des membres est bien plutôt sous l’influence d’une action croisée. La contracture a aussi existé sous diverses formes dans ces cas de paralysie générale. C’est dans ces observations de paralysie fort étendue que les phénomènes de succession ont été quelquefois très irréguliers. Nous citerons à cette occasion quelques exemples sommaires : 1° Hémiplégie gauche survenue lentement sur tout le côté , la face exceptée , puis paralysie du mouvement et du sentiment du côté droit de la face, et pendant les deux derniers mois affaiblissement notable du côté droit du corps. 2° Hémiplégie gauche incomplète, graduelle, accompagnée de roideur, de contractions involontaires et de douleurs dans les membres paralysés; plus tard les membres du côté droit s'affaiblissent, et pendant les derniers temps les mains se rétractent. 3° Hémiplégie gauche précédée de fourmillement , de crampes et de secousses dans les membres, contractures , convulsions à gauche ; plus tard le bras s’affaiblit et la langue se dévie à droite. 4° Hémiplégie droite avec roideur ; plus tard paralysie du côté gauche de la face et de la paupière supérieure du même côté, puis roideur et faiblesse générale allant en croissant, et à la fin trismus avec difficulté extrême de desserrer les dents. 5° Affaiblissement général , roideur et contracture des quatre membres, rigidité tétaniforme du tronc. 6° Affaiblissement général rapide , paralysie et contracture de la moitié du corps ; plus tard disparition de la contracture, puis paralysie complète du côté gauche de la face, précédée de douleurs névralgiques, d’une extrême sensibilité, et d’une difficulté prononcée dans la mastication. 7° Faiblesse et paralysie du bras droit , puis hémiplégie gauche , avec roideur et secousses convulsives fréquentes dans les membres de ce côté. 8° Faiblesse croissante des membres inférieurs; hémiplégie gauche subite, d’abord passagère et oscillante, puis permanente. 9° Hémiplégie gauche survenant assez rapidement , puis diminuant d une manière graduelle pour faire place bientôt à une paralysie successive et croissante des quatre membres.
Une des questions importantes qui se présentent ici est celle de l’action croisée de la paralysie. Nous reviendrons plus loin encore sur ce point à l’occasion de la corrélation; mais nous pouvons déjà dire, dès à présent, que l’action croisée est le phénomène le plus fréquent, qu’il n’y a d’exceptions constantes que pour l'altération des nerfs, et que lorsqu'il s’agit de la masse cérébrale , l’action croisée est d’autant plus constante que le siège de la tumeur sè rapproche davantage de la convexité des grands lobes. C’est dans les tumeurs de la base que l’on peut observer des paralysies des membres du même côté que la lésion ; on constate aussi, dans ces cas, des paralysies plus générales ou des paraplégies.
Voici, d’après nos observations, la proportion numérique entre les divers modes de paralysies, celles de la face et des sens exceptées. Dans plus de la moitié des cas la paralysie est franchement croisée. [Dans les 2/7“ des cas, elle est à la fin plus générale, mais après avoir débuté le plus souvent par une paralysie croisée. Dans 1 /16e des cas emviron il y a paraplégie , et il ne reste en tout que l/8e des observations dans lesquelles la paralysie, même non sensorielle, existe ’ranchement et d’emblée du même côté que la tumeur cérébrale. Nous l’avons tenu compte ici que des paralysies bien caractérisées en aissant de côté tous les cas de paralysie incomplète.
B. Convulsions. — C’est avec raison que l’on regarde les convulions survenant avec l’une on plusieurs des altérations fonctionnelles analysées jusqu’ici, comme plus propres aux tumeurs cérébrales qu’aux autres affections encéphaliques. Cependant leur fréquence reative est moins grande que les troubles sensitifs et sensoriels. Nous es avons observées dans près de 1/3 des cas, 29 fois en tout. Leur iremier degré, de beaucoup le plus léger, consiste en des mouvements involontaires , des soubresauts , des secousses plus ou moins vives Mans les membres affaiblis ou paralysés (3 fois en tout). Dans un lombre de cas également assez restreint (4 fois) , les convulsions se (ornaient à un seul membre, 1 fois à la face et 1 fois à un des bras ; hez un de ces sujets les mouvements spasmodiques étaient suivis de remblement ; dans tous les autres cas les convulsions étaient plus •;énérales , ayant leur siège ou dans tout le côté hémiplégique, ou dus souvent encore dans les quatre membres , même dans ceux qui >ie pouvaient plus se mouvoir spontanément, fait qui ne surprendra >as les personnes qui sont au courant de nos notions actuelles sur i l’action réflexe de la moelle épinière. La fréquence des accès conrnlsifs épileptiformes était variable ; dans une observation nous n’en
788 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, avons noté qu’un seul , et 2 fois il y en eut un petit nombre qui ne se reproduisirent plus pendant les derniers temps, et 5 fois nous ne les voyons au contraire survenir que tout à fait vers la fin. Le plus habituellement cependant les convulsions sont d’abord partielles et elles ne constituent que plus tard des convulsions générales ; d'abord rares , elles reviennent ensuite à des distances de plus en plus rapprochées, tous les. huit jours, et plus fréquemment encore.
La durée de chaque accès varie entre quelques minutes, un quart d’heure et plusieurs heures. Dans deux cas les convulsions survenaient dès que les malades prenaient la position assise ; chez l’un d’eux elles cessèrent quand il eut repris la position horizontale, et chez l’autre elles cédaient à la compression des carotides. Quelquefois elles s’accompagnaient d’un embarras passager de la parole, et dans une de nos observations nous trouvons , après chaque accès , une hémiplégie incomplète et passagère, fait que nous avons eu aussi occasion d’observer deux fois , dans notre pratique en Suisse , chez un homme et chez une femme que nous jugions atteints de tumeurs cérébrales, mais pour lesquels le diagnostic n’a point pu être confirmé , attendu que nous avons perdu ces malades de vue avant leur mort.
4° Troubles de l'intelligence. Nous avons à nous occuper ici des troubles partiels ou plus étendus de ces fonctions auxquelles on a assigné comme siège et comme organe la masse encéphalique. Sans vouloir décider ici jusqu’à quel point cette localisation générale est juste , nous trouvons cependant que toutes les localisations spéciales, tentées parles physiologistes et les phrénologistes, sont aussi bien infirmées par la pathologie des tumeurs cérébrales que par toutes les autres recherches sur les maladies de l’encéphale , apoplexie, ramollissement, tubercules, etc.
En fait d’altérations partielles, nous aurons à nous occuper delà perte de la mémoire , de la lenteur de l'intelligence. En fait d’altérations plus générales , nous parlerons de l’aliénation , de la manie , et de cette hébétude qui , dans les derniers temps surtout , va jusqu’au coma permanent, qui est à la fois une altération de l'intelligence et de la perceptibilité.
Il existe des opinions divergentes sur la fréquence de l’altération de l’intelligence dans les tumeurs cérébrales. Tandis que M. Andral (1) les regarde comme rares et exceptionnelles, M. Cal-
(l) Clinique médicale , t. V, p. 632.
neil (1) envisage ces troubles comme si fréquents, qu’il les indique omme ayant existé dans la moitié des cas. Il faut avant tout tenir •ornpte de ce fait, que M. Calmeil a principalement recueilli ses )bservations dans un hospice d’aliénés; mais néanmoins, abstracion faite de cette particularité, nous croyons qu'il se rapproche davantage de la réalité que M. Amiral. Il s’agit, avant tout, de : enir compte de l’époque où cette altération survient et de son degré. 3n ne peut pas, par exemple, regarder une intelligence comme in- 1 acte, lorsqu’il y a diminution notable ou perte de la mémoire , lors même qu’il n’y a ni délire , ni incohérence dans les idées. On exagérerait dans un sens opposé, si l’on voulait noter comme troubles : ntellectuels propres aux tumeurs cérébrales, le délire ou le coma de afin, qui, au fait , n’appartiennent qu’à l’encéphalo-méningite terminale.
Voici le résultat de nos recherches sur les troubles intellectuels. 'Vous arrivons au chiffre de 29 sur 90, près d’un tiers ; sur ce nombre i 1 y avait 3 cas où les troubles étaient très légers , et perceptibles sseulement à une observation attentive ; ces 3 cas , nous les avons , fpar conséquent , éliminés de nos tableaux comme dépourvus de doute valeur pathognomonique. Dans 3 autres cas, ces troubles, tout - ;n étant prononcés et incontestables, ne constituaient qu’un premier degré d’altération fonctionnelle, caractérisé par un affaiblissement général dans toutes les facultés ; 1 fois le trouble intellectuel ne consistait qu’en une paresse et en une indolence remarquables, tandis que, lans un autre cas, les derniers temps de la maladie furent marqués jpar un état opposé, c’est-à-dire, une grande agitation et des plaintes continuelles. Dans une troisième catégorie, nous plaçons des alté- : rations de l’intelligence plus prononcées, mais loin encore de son abolition complète ; et parmi les facultés qui ont le plus constamment souffert chez ces malades, au nombre de 11, nous citerons avant tout la perte de la mémoire qui , dans 6 d’entre eux , était complètement abolie, après s’être affaiblie d’une manière graduelle. Chez 1, elle s’était perdue après des accès répétés de stupeur. Chez 4 malades , la mémoire, sans être tout à fait abolie, était notablement diminuée, et ils conservaient, en général, le souvenir des temps éloignés mieux que ceux des petits événements du jour. Chez 1 malade enfin , il y avait une telle paresse et une telle indolence jointes à la perte de la mémoire, que sa vie, pendant les derniers temps, ressemblait presque
(l) Dictionnaire de médecine, t. II, p. 562.
790 CANCER ET TUMEURS NON CANCEREUSES DES CENTRES NERVEUX, à l’existence purement végétative que l’on observe dans le crétinisme à son plus haut degré.
Chez 12 malades le degré de l’altération de l’intelligence , et c’est là notre quatrième catégorie , avait atteint un plus haut degré. Elle était affaiblie et obtuse , les idées troubles et incohérentes , la parole embarrassée et mal articulée , la mémoire constamment perdue ; dans un quart de ces cas il y avait en même temps des signes d’aliénation mentale, 1 fois des hallucinations, 1 autre fois des accès de folie au milieu de l’intelligence habituellement obtuse , et chez 1 malade un état maniaque pendant tous les derniers temps de la vie.
Nous avons exclu de cette analyse le délire et le coma , comme appartenant plutôt aux phénomènes phlegmasiques terminaux qu’aux symptômes des tumeurs. Le délire n’a existé que 5 fois d’une manière prononcée pendant les derniers jours. Le coma est, au contraire, un phénomène terminal fréquent, abstraction faite de celui qui accompagne si souvent toute espèce d’agonie. Nous l’avons noté 21 fois à la lin de la maladie , tenant le plus souvent à un état phlegmasique aigu des membranes du cerveau. A un plus léger degré il se présentait sous forme d'affaissement ou de somnolence dont on pouvait encore tirer momentanément les patients. Son plus haut degré était une véritable stupeur. En opposition avec ces cas-là , nous avons noté 5 fois , pendant les derniers jours, une agitation extrême et une insomnie qui résistait même aux préparations d’opium.
L’hébétude, l’état hagard des yeux, tenaient tantôt à l’altération profonde de l’intelligeence, tantôt à celle des fonctions sensorielles.
5° Troubles des fonctions digestives. On sait que les troubles de ce genre , et les vomissements surtout , sont fréquents dans toute espèce d’affection cérébrale aiguë ou chronique. Nous les avons notés 10 fois pour les tumeurs encéphaliques. Ces symptômes, du côté des organes digestifs, avaient tellement frappé Abercrombie, qu’il les a indiqués comme une des formes types de manifestation des tumeurs cérébrales , ce qui cependant nous paraît une exagération. La dyspepsie, en pareil cas, est bien plus rare que les nausées et les vomissements. Dans les cas exceptionnels, où ceux-ci constituent une des premières manifestations des tumeurs , il y a en même temps ordinairement céphalalgie, et de bonne heure de légers troubles sensoriels, surtout de la vue. Les émissions sanguines générales ou appliquées à la tête, les applications réfrigérantes sur la tête, les diminuent ou les font cesser. Ils surviennent en dehors et d’une manière indépendante des heures de repas. L’exploration attentive de la région
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 791 épigastrique et des liypochondres montre l’absence de toute tumeur, an état souple, et des douleurs nulles ou peu considérables à la pression. Le traitement devant être complètement différent selon la cause Ju vomissement , il est naturellement très essentiel que le praticien sache à quoi s’en tenir. Le cas le plus ordinaire en pareille circonstance est , du reste , l’apparition des nausées et des vomissements pendant les forts accès de céphalalgie accompagnés de vertiges. Lorsqu’on les observe au début de la maladie , ils finissent souvent par disparaître après être devenus momentanément plus fréquents ; surviennent-ils, au contraire, pendant les derniers temps, on les voit ; persister jusqu’à la fin. Les malades ne rendent ordinairement que des mucosités incolores ou légèrement teintes de bile, plus rarement des aliments. La dyspepsie n’atteint qu’exceptionnellement un haut i degré.
Quant à la gêne de la déglutition, nous l’avons vue 3 fois survenir '.vers iu uîij ainsi qu’un hoquet assez opiniâtre dont nous avons aussi observé un exemple pendant les derniers temps ; ils constituent plutôt l’une un symptôme de paralysie, l’autre un spasme convulsif de 11’ estomac.
Les garde-robes étaient généralement rares , et la constipation accompagnait la maladie bien confirmée. Dans 7 cas cependant elle faisait place vers la fin à des évacuations alvines involontaires, à une vraie paralysie du sphincter qui succédait à l’affaiblissement de la contractilité de la tunique musculaire des gros intestins.
Nous n’avons que peu de chose à dire sur les autres fonctions. C’est ainsi que les émissions des urines deviennent quelquefois difficiles pendant les derniers temps, et que d’autres fois il y avait à la fin une véritable incontinence des urines , fait que nous avons noté 8 fois.
La circulation, le pouls, restent à l’état normal au début ; et à part quelques cas exceptionnels de ralentissement notable , 40 à 50 pulsations par minute, le pouls en présentait ordinairement 72 à 80. Ce in’est que vers la fin qu’il s’est accéléré, lorsque des symptômes phlegmasiques se manifestaient du côté du cerveau ou de ses enveloppes.
La respiration ne souffrait ordinairement que lorsqu’il y avait quelque affection locale des voies respiratoires , telles qu’une pneumonie , une pleurésie ou le développement de tubercules. Cinq fois cependant elle acté altérée sous l’influence de l’innervation, sans que l’auscultation ni la percussion y fissent découvrir d’altérations lo- I cales. Elle était, dans ces cas, gênée, entrecoupée, fréquente, haute
792 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, et bruyante. Il s’agissait, dans tous ces cas, d’une tumeur de la base dans la protubérance ou dans son proche voisinage.
L’état général était surtout mauvais dans les affections cancéreuses , tandis que les malades qui succombaient avec une tumeur unique non cancéreuse du cerveau n’étaient ordinairement parvenus qu’à un degré peu avancé de marasme. Chez les autres il y avait tous les signes du dépérissement que nous avons souvent décrits avec détail , perte des forces et de l’embonpoint, altération du teint et de l’expression de la figure, affaiblissement croissant, etc.
La mort était ordinairement précédée d’une résolution générale assez complète , d’insensibilité, et de coma , après que les malades avaient présenté les jours précédents les signes d’une affection phlegmasique du cerveau et des méninges. Plusieurs ont succombé, d’une manière subite, par une apoplexie foudroyante ; et chez 6 malades, enfin , la mort est survenue aussi d’une manière rapide, dans un accès de violentes convulsions épileptiformes.
GROUPEMENT DES SYMPTÔMES ET CORRÉLATION ENTRE LES SYMPTÔMES ET LES LÉSIONS.
Nous regardons cette partie de notre travail comme de beaucoup la plus essentielle, car, en réalité, la statistique la mieux faite ne serait qu’un vain étalage de chiffres, si l’on n’avait pas toujours en vue le désir d’arriver, à l’aide des méthodes rigoureuses, à des généralités importantes, à la compréhension des phénomènes, à des doctrines en un mot. Pour le sujet qui nous occupe ici, ce n’est que d’une manière fort incomplète que les auteurs qui ont écrit sur cette matière ont traité ou plutôt effleuré cette question importante du groupement des symptômes et de leur corrélation avec les lésions. Le seul auteur qui ait tenté une classification dans ce sens est Abercrombie (1). Voici les divers groupes de symptômes qu’il indique : 1° Céphalalgie longtemps prolongée se terminant enfin par le coma ou par un épuisement graduel ; 2° céphalalgie, lésion des sens , de la parole ou des facultés intellectuelles ; 3° céphalalgie avec affection des sens et convulsions ; 4° convulsions sans dérangement des sens, intelligence quelquefois affaiblie; 5° symptômes cérébraux avec paralysie ; 6° symptômes dominants ayant leur siège dans les organes digestifs ; 7° vertiges et symptômes apoplectiques , attaques d’apoplexie faibles et passagères.
(t) Des maladies de l’ encéphale et de la moelle épinière. Paris, 1835.
Tout en rendant pleinement hommage à l’idée philosophique qui i présidé à ce besoin de grouper les symptômes, nous verrons cepenlant bientôt combien cette classification est incomplète , et nous -sommes de nouveau obligé de substituer ici le résultat de l’observation et de nos propres analyses aux matériaux fort incomplets qui existent sur ce sujet dans la science.
Nous passerons d’abord en revue les cas dans lesquels il y a eu absence de symptômes , puis les tumeurs crâniennes dont le signe dominant est l’apparition d’une tumeur externe. Nous arriverons tensuite aux tumeurs intra-crâniennes, et ici nous aurons successivement deux directions à suivre. Dans la première , nous étudierons lia corrélation qui existe entre le siège des tumeurs et les symptômes, passant ainsi en revue les tumeurs de la convexité du cerveau , celles des parties profondes des hémisphères , celles de la faux tcérébrale , du cervelet, et la grande classe des tumeurs de la base. 'Nous parlerons ensuite des tumeurs qui , bien qu’uniques , ont été cependant compliquées d’une apoplexie ailleurs qu’autour de la ttumeur, et où, par conséquent, la corrélation devient plus complitquée , ce qui est encore bien plus le cas dans une dernière catégorie dans laquelle nous parlerons des symptômes des tumeurs multiples du cerveau. Après avoir rattaché ainsi les altérations fonctionnelles au siège différentiel de la maladie , nous pouvons aborder le véril table groupement des symptômes, et pour montrer, dès à présent, combien ce groupement est plus compliqué que celui donné par Abercrombie , nous ferons observer que nous arrivons à 20 catégories différentes dégroupements symptomatologiques. Mais que le lecteur ne s’effraie pas , il verra bientôt que cette classification est faite de façon à être retenue facilement par la mémoire dans ses traits principaux. Nous terminerons , en dernier lieu , cette partie du travail , par la détermination de la fréquence relative de chacune des grandes altérations fonctionnelles dans les tumeurs cérébrales.
A. Absence de symptômes. — En faisant abstraction ici de celles le nos observations dans lesquelles une tumeur seule constituait la nanifestation d’un produit accidentel, crânien ou intra-crânien, nous avons 4 de nos observations, à peine 1/20®, dans lesquelles il y a eu absence totale de symptômes, et voici quel était le siège des tui neurs dans ces cas : 1° partie postérieure du ventricule latéral droit, .umeur du volume d’un œuf de poule en connexion avec le plexus ahoroïde; 2° tumeur volumineuse à la partie antérieure de la faux : cérébrale; 3° tumeur de la base du cervequ dans le voisinage de la
troisième et de la quatrième paire de nerfs; 4° tumeurs multiples, une du volume d’un pois dans le corps strié gauche , une autre du volume d’une noisette dans le corps strié droit, et une autre petite également, dans le lobe postérieur droit, touchant le corps frangé. Nous pourrions ajouter un cinquième cas que nous avons observé ces derniers temps, après que l’analyse de nos 90 observations avait été terminée, et qui, par conséquent , n’a pu entrer dans nos relevés. C’est le cas d’une femme morte d’une infection cancéreuse générale, et qui, sans avoir présenté les moindres symptômes du côté du cerveau, nous fit constater à l’autopsie 7 tumeurs d’un petit volume dans les parties profondes des circonvolutions , l’une au cervelet et les autres au cerveau, ayant pris leur point de départ dans la piemère. L’absence de symptômes est d’autant plus remarquable dans ce cas , que de petits foyers hémorrhagiques existaient autour de plusieurs de ces tumeurs.
B. Symptômes des tumeurs crâniennes et intra-crâniennes.