II. TUMEURS INTRA-CRANIENNES
4° Altération d'une seule fonction physiologique.
Sensibilité 4
Sens 2
Motilité. . 8
2° Altération de deux fonctions physiologiques.
Sensibilité , sens 6
Sensibilité, mouvement 10
Sens , mouvement 4
Mouvement, intelligence 3
Sensibilité , digestion 1
3° Altération de trois fonctions physiologiques.
Sensibilité , sens, mouvement 3
Sensibilité , sens , intelligence. 2
Sensibilité, mouvement, intelligence ....... 10
Sensibilité, sens, digestion 1
Sensibilité, mouvement, digestion 4
4° Altération de quatre fonctions physiologiques. Sensibilité, sens, mouvement, intelligence. ... 11
Sensibilité , sens , mouvement, digestion 3
Sensibilité , mouvement , intelligence, digestion. 1
5° Absence de symptômes 4
Total 90
Marche et durée. Tout en distinguant les tumeurs cancéreuses des tumeurs fibro-plastiques , nous n’arriverons cependant point à des différences bien notables dans la marcha de ces deux ordres d’affections. Cela se comprend aisément, lorsqu’on considère que toute espèce de tumeur, incapable de disparaître spontanément, et douée de la propriété de s’accroître , doit provoquer une irritation permanente dans les parties encéphaliques avec lesquelles elle est en contact , sans que la nature du tissu y influe notablement. On pourrait croire que, sous ce rapport , une tumeur dure et de consistance squirrheuse dût exercer une action plus fâcheuse qu’une tumeur molle et élastique. Mais , par une sorte de compensation, les tumeurs molles, étant beaucoup plus vasculaires, et, par conséquent, bien plus gorgées de sang et plus volumineuses pendant la vie, que l’autopsie seule ne permet de le constater, exercent une action nuisible sur les parties voisines.
Toutefois, si la différence entre le cancer et la tumeur fibroplastique de l’encéphale n’est pas grande par rapport à la durée , elle n’est pourtant pas moins réelle. Nous avons noté la durée totale chez 11 malades atteints de cancer cérébral , et chez 20 malades atteints de tumeurs non cancéreuses. La durée moyenne, dans la première catégorie, a été de 17 mois et 7/11'% un peu moins de 1 an 1/2, pour le cancer, tandis qu’elle a été presque de 2 ans (23 mois et 2/3) pour les tumeurs non cancéreuses. Pour la première catégorie cependant , nous trouvons un peu plus de la moitié , où la durée totale n’a pas dépassé 6 mois; mais, d’un autre côté, chez 4 malades , elle a varié entre 2 et 5 ans. Parmi les 20 malades de la seconde catégorie, nous trouvons une distribution plus uniforme. Toutefois, dans la moitié des cas, elle n’a. pas dépassé 18 mois, tandis que dans l’autre moitié elle a varié entre 1 an 1/2 et 5 ans. Voici le tableau synoptique pour les deux catégories :
Tumeurs non cancéreuses.
De 3 à 6 mois 3
De 6 à 9 mois 1
De 9 mois à I an 3
De 1 2 à I 5 mois I
De I 5 à 18 mois 2
De 1 8 mois à 2 ans ... 3
De 2 à 3 ans. ....... 3
De 3 à 4 ans. 3
Quant à la marche, nous n’avons pas grand’chose à ajouter ici aux détails que nous avons donnés plus haut sur les diverses formes de début et de symptomatologie consécutive. Nous avons vu qu’un ou plusieurs troubles fonctionnels pouvaient marquer le commenceiment de la maladie. La sensibilité et la motilité sont au premier irang lorsqu’il s’agit de la partie supérieure de l’encéphale, et les troubles sensoriels, ainsi que, dans quelques cas, ceux de la digestion, viennent s’y ajouter si la tumeur siège à la base. Les troubles intellectuels sont rarement initiaux. Tous les troubles sont d’abord légers et passagers dans la majorité des cas, avant de devenir intenses et permanents. En outre, il faut distinguer pendant toute la
S marche les symptômes de réaction constante de la tumeur sur les parties voisines, de celle qui ne s’exerce que momentanément. La céphalalgie, les troubles sensoriels, la paralysie, sont dans la pre-
Cancer.
De 3 à 6 mois 6
De 6 à 9 mois 1
De 9 mois à 2 ans ... . 2
De 2 à 4 ans 1
De 4 à 5 ans 1
Total 11
inière catégorie. Les paroxysmes de douleurs, les accès de convulsions, les attaques apoplectiformes, les vertiges et les vomissements, lorsqu’ils surviennent à de longs intervalles , sont de la seconde catégorie. Il est un dernier point , enfin , que nous ne pouvons pas passer sous silence : c’est la possibilité, de la part de l’organisme, de s’habituer à la présence d’une tumeur cérébrale sans qu’il en résulte des troubles bien prononcés. Nous en avons la preuve dans les cas de tumeurs cérébrales découvertes à l’autopsie, sans qu’aucun symptôme pendant la vie en ait révélé l’existence. Tous les meilleurs auteurs, du reste, qui ont écrit sur les affections tuberculeuses, ont déjà noté que l’on rencontre souvent, dans les diverses portions de l’encéphale , des tumeurs assez volumineuses dont rien pendant la vie n’avait fait soupçonner l'existence Nous dirons, en outre, que tout praticien versé dans le diagnostic de ces maladies aura le souvenir de quelques malades qui ont survécu longtemps avec tous les symptômes rationnels des tumeurs de l’encéphale. Ce fait est plus incontestable encore pour les tumeurs non cancéreuses, uniques, qui se sont fait jour à travers une portion des os du crâne , et nous avons insisté, dans tout le courant de ce travail sur les symptômes cérébraux moins prononcés dans ces cas que pour les tumeurs intracrâniennes.
Circonstances concom.it/a7iles. Nous ne pouvons pas nous dispenser de donner ici quelques détails sur l'âge et le sexe des malades qui font le sujet de nos observations. Quant aux prétendues causes de ces maladies, tellesqu’une affection inflammatoire, une chute, etc., nous n'avons guère reconnu leur véritable causalité.
Par rapport au sexe, nous trouvons une différence en faveur des hommes. C'est ainsi que sur 89 malades , nous trouvons 51 hommes et 38 femmes , ce qui fait près d’un quart en sus pour les hommes. Sur ce nombre , il y avait 23 cas de cancer, dont 13 encore pour les hommes et 10 pour les femmes. Relativement à l'âge , nous dirons d’abord que le cancer du cerveau se rencontre, proportionnellement aux autres cancers , à une période moins avancée de la vie ; c’est ainsi que nous trouvons 5 cas (plus d’un cinquième) entre 5 et 30 ans, et 12 en tout (plus de la moitié) avant 45 ans. Si nous prenons les tumeurs encéphaliques dans leur totalité, nous avons le chiffre de 78 cas dont 20 (plus d’un quart) avant l’âge de 30 ans , et 38 (près de la moitié) avant l’âge de 45 ans. Nous trouvons cependant les deux chiffres de la plus grande fréquence entre 45 et 50 et entre 60 et 65 ans. En thèse générale , les tumeurs cnn-
céreuses et non cancéreuses sont donc incontestablement plus fréquentes dans la seconde moitié de la vie; mais, d’un autre côté , on les observe fréquemment dans le jeune âge et assez souvent même pendant l'enfance, surtout dans sa seconde moitié, car il n’est pas commun de les rencontrer avant l’âge de 10 ans. L’âge moyen a été, pour le cancer, 44 ans et 1/23% et pour toutes les tumeurs encéphaliques en général , 44 ans et 1 /13e ; par conséquent , presque identiquement le même.
Voici les deux tableaux synoptiques de l’âge de nos malades : l’un, pour le cancer proprement dit, comprenant 23 cas; l’autre, pour les tumeurs encéphaliques , prises dans leur totalité, formant '78 cas.
Cancers encéphatiq
ICS.
Tumeurs encéphaliques en
général
De 5 à 1 0 ans.. . .
De 1 à 5 ans
De 1 0 à 1 5
De 5 à 10
De 1 5 à 20
De 1 0 à 1 5
De 20 à 25
De 15 à 20
De 25 à 30
De 20 à 25
De 30 à 35
De 25 à 30
De 35 à 40
De 30 à 35
De 40 à 45
De 35 à 40
Do 45 à 50
De 40 à 45
De 50 à 55
De 45 à 50
De 55 à 60 .... .
De 50 à 55
De 60 à 65
Do 55 à 60
De 65 à 70
De 60 à 65
De 70 à 75
De 65 à 70
De 75 à 80
De 70 à 75
Total. .
De 75 à 80
Total. . . .
Pronostic. En thèse générale , le pronostic d’une affection qui attaque l’organe central de l’innervation, l'organe qui, avec le cœur et les poumons , est de beaucoup le plus important pour l’entretien de la vie, le pronostic d’une maladie qui, de plus, n’est pas susceptible de faire disparaître son produit morbide , doit être fort grave. Aussi la terminaison fatale en est-elle la conséquence la plus ordinaire , et l’on ne rencontre guère d’observations sur ce sujet , dans la science, sans les voir accompagnées d’autopsie cadavérique. Malgré cela, ce pronostic, fâcheux en général , est susceptible de modifications. Le fait est que, lorsque aucun organe important du cerveau n’est comprimé d’une manière constante, l’économie peut s’y habii tuer. On rencontre quelquefois des tumeurs eérébrales chez des in
dividus qui ont succombé à de tout autres maladies, et chez lesquels rien pendant la vie n’avait fait soupçonner l’existence de cette affection.
Abstraction faite de ces cas exceptionnels , il y a encore des différences de pronostic , selon le siège de la maladie. C’est ainsi que les tumeurs qui ont perforé le crâne et font saillie au dehors sous la peau , peuvent débarrasser par cela même le cerveau de tout effet compressif. Aussi existe-t-il dans la science de nombreux exemples où la vie, en pareil cas, s’est prolongée pendant des années ; et dans plusieurs d’entre eux , elle l'aurait été davantage sans l’assassinat chirurgical, car c'est ainsi que nous devons désigner les tentatives opératoires proposées contre ces tumeurs. Dans les cas rares, où la tumeur externe finit par s’ulcérer à la surface , le pronostic en devient plus fâcheux. Il en est de même lorsqu’une partie de la tumeur se développe au dedans du crâne, dont la partie perforée est alors enclavée comme entre un double bouton de chemise. Le pronostic est plus fâcheux lorsque la tumeur est cancéreuse. D’abord, au bout d’un certain temps, elle a pour conséquence un mauvais état général, et ensuite c’est dans ces cas qu’il se forme volontiers des tumeurs multiples ; et malgré une tumeur saillante qui ne comprime plus le cerveau , d’autres tumeurs placées ailleurs entre les méninges et le cerveau, ou dans la substance cérébrale, peuvent également jeter le trouble dans les fonctions de cet organe. Toutefois nous avons remarqué sous ce rapport une différence curieuse. Lorsque les tumeurs multiples avaient pour foyer primitif le cerveau, les symptômes, et, par conséquent , la gravité de la maladie , étaient bien autrement prononcés , que lorsqu’au contraire ces tumeurs multiples étaient la conséquence d’une infection cancéreuse ultime, partant dans le principe de quelque autre organe.
Parmi les tumeurs intra-crâniennes , le pronostic est plus grave pour celles de la base que pour celles des autres parties encéphaliques , car c’est à la base que sont situés le plus grand nombre des organes importants du cerveau. La symptomatologie est d’abord plus complexe , à cause des troubles sensoriels nombreux et variés qui viennent s'ajouter à tous les autres symptômes ; et , en outre , il y a certaines parties de la base dans lesquelles des altérations même peu étendues entraînent déjà des désordres graves et une mort prochaine. C’est par cette raison que de toutes les tumeurs encéphaliques, celles de la protubérance annulaire et de la moelle allongée, ainsi que de leur proche voisinage, donnent lieu au plus mauvais pronostic-
l faut enfin tenir compte de la marche initiale; car si celle-ci est nte, si les symptômes qui caractérisent ces tumeurs ne surviennent :ue graduellement, on peut espérer une plus longue durée que lorsue la succession des symptômes est plus rapide. Il y a deux sym- , tomes enfin qui peuvent faire craindre une mort subite, et qui doivent, ugager le chirurgien à en prévenir l'entourage des malades : ce sont >s accès convulsifs et les attaques apoplectiformes , car nous avons iu que, dans l’un et l’autre cas, les malades pouvaient succomber ubitement.
Nous ne parlerons pas d’une manière spéciale du diagnostic des umeurs encéphaliques, vu que tout ce travail, d’un bout à l’autre, est estiné à éclairer la symptomatologie de ces affections. En outre, ous serions obligé de passer en revue et de comparer tous les prinipaux symptômes des tubercules cérébraux, du ramollissement , de h méningite chronique, de l'apoplexie, etc. ; et cette longue discus- '.on ne serait en fait qu’un pont aux ânes pour les paresseux qui ne sent que des résumés. Du reste, nous avons aussi travaillé pour ette classe de lecteurs , en ajoutant à la fin du chapitre le résumé iphoristique de nos recherches sur ce sujet.
§ III. Traitement.
Nous sommes obligé d’avouer ici avant tout qu’il n’existe point e traitement curatif contre ces tumeurs. Cela n’a rien d étonnant our celles qui sont cancéreuses; mais lors même qu’elles sont 'une autre nature , elles sont également au-dessus des ressources e l’art. Cela s’applique avant tout aux médicaments internes, et, plus forte raison , aux opérations chirurgicales ; car si les uns 'empêchent pas , la plupart du temps , de mourir, les autres tuent. )ue l’on parcoure tous les travaux faits sur ce sujet depuis le Mémire de Louis jusqu’aux plus récents, on verra partout la terminaison itale indubitablement hâtée par les opérations chirurgicales. Que on ait plongé par erreur le bistouri dans l’une de ces tumeurs ; ue l’on ait recouvert sa surface d’un caustique ; que l’on en ait tenté extirpation , toujours est-il que la mort a suivi de près ces tentaives hardies et irréfléchies. Nous trouvons , dans tous les auteurs écents sur cette matière, une statistique très soigneusement faite e tous ces insuccès. Nous pouvons d'autant plus aisément nous dispenser de la reproduire ici , que l’insuccès chirurgical en pareil cas ■st la règle, et que jusqu’à ce jour nous n’en connaissons point d’exeption bien avérée ; c’est donc aux partisans de ces opérations à
824 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, rapporter des faits incontestables de succès , et non aux adversaires de l’opération de dresser la statistique de ces insuccès dont la science foisonne.
Le traitement palliatif est donc le seul qui mérite de fixer un instant notre attention. Nous avons déjà dit plus haut que M. Louis nous avait communiqué de vive voix plusieurs exemples de malades qui, après avoir présenté pendant quelque temps les signes rationnels des tumeurs cérébrales, avaient éprouvé une amélioration prolongée sous l’influence d’un traitement fondant et dérivatif. Nous pouvons confirmer cette assertion par notre propre expérience. Si l’on nous objectait qu’en pareil cas il y a eu erreur de diagnostic, nous répondrions que nous avons toujours cherché à établir le diagnostic aussi bien que possible , et que de plus le traitement que nous proposons est si rationnel et si exempt de tout inconvénient , qu’on n’a , en le suivant , que les chances d’être utile aux malades , sans en avoir toutefois la certitude.
Au premier rang nous plaçons les émissions sanguines ; la saignée générale de 300 à 400 grammes est surtout indiquée lorsque la douleur de tête est intense et plus ou moins continue ; que le malade a la tête lourde ; qu’il commence à sentir quelques symptômes précurseurs de paralysie. S'il est bon de commencer par une émission sanguine générale, il ne faut pas, par la suite, y recourir trop fréquemment ; son effet s’userait, et l’on affaiblirait inutilement les malades. On y aura recours de nouveau lorsque les symptômes d’une forte congestion cérébrale, de violentes convulsions , des accès apoplectiformee, etc., se présenteront. On recourra plutôt de temps en temps, pour combattre l’hypérémie cérébrale consécutive à la présence d’une tumeur, à des émissions sanguines locales, en appliquant tous les 15 jours, tous les mois, tous les deux mois, ou même à de plus longs intervalles , 3 ou 4 sangsues derrière chaque oreille , ou 6 à 8 sangsues à l’anus. On ne poussera cependant pas trop loin ces émissions sanguines, et l’on surveillera toujours attentivement l’état des forces. Toutefois les émissions sanguines constitueront une ressource précieuse entre des mains habiles, dirigées par un coup d’œil expérimenté.
Les réfrigérants sur la tête , des linges imbibés d’eau froide pure ou vinaigrée, d’eau glacée ou de glace dans une vessie, seront appliqués pendant une heure ou deux chaque fois que les maux de tête seront plus intenses. Parmi les dérivatifs extérieurs, les sinapismes et les bains de pieds acides conviennent de préfé-
CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. 825 rence. Les sinapismes appliqués aux membres inférieurs conviennent surtout lorsque les malades, dans leurs paroxysmes, ont de la peine à se tenir assis et éprouvent des vertiges ou des nausées. En dehors de ces accès de douleurs vives , les bains de pieds acides sont préférables. On en fait prendre un tous les deux ou trois jours , le soir avant le coucher. On peut ajouter de 30 à 60 grammes et au delà d’acide nitrique ou nitro-muriatique , à chaque bain de pieds qui doit être très chaud, avoir un goût légèrement acide , et qui, après 5 à 15 minutes de durée, doit provoquer une rougeur générale imodérée et un sentiment de picotement. Pour empêcher le manieiment maladroit des acides , on prescrira toujours la quantité nécessaire pour quatre pédiluves mêlée d’un litre d’eau , et l’on ajoutera le quart du litre à l’eau chaude avant d’y mettre les pieds. Je ne connais pas de meilleur dérivatif pour la tête que ces sortes de bains de pieds.
Les dérivatifs sur le canal intestinal sont également de précieux iremèdes dans ces cas. On fera prendre tous les quinze jours un purigatif salin, une bouteille de Sedlitz ou de limonade magnésienne, iou une purgation pour laquelle j’ai une certaine prédilection : elle consiste à faire prendre le soir, au moment du coucher, 15 centigrammes de calomel , et le lendemain matin 15 grammes d’huile de ricin dans du bouillon aux herbes chaud et bien dégraissé. On aura soin aussi d’entretenir la régularité des garde-robes dans l’intervalle des purgations , soit au moyen de lavements , soit par des ; pilules d’aloès dont on fera prendre, selon les circonstances, 5 à 10 centigrammes par vingt-quatre heures. Il va sans dire que l’on i pourra varier à l’infini les détails de cette médication.
Des exutoires placés au cou sont le complément indispensable de tout ce traitement. Les vésicatoires volants , ou même entretenus pendant quelque temps , n’ont pas une action assez énergique. Un certain nombre de moxas, appliqués successivement des deux côtés des vertèbres cervicales, ont une action plus énergique ; et après en avoir mis un certain nombre, on en maintiendra deux dans lesquels on placera des pois, et que l’on transformera ainsi en cautères. Puis enfin un autre exutoire, un peu délaissé aujourd’hui, mais dont nous avons, dans bien des circonstances, constaté la supériorité, c’est l’application d’un large séton à la nuque , dans lequel on entretiendra une suppuration habituelle que l’on rendra plus active lorsqu’elle sera sur le point de se tarir, en graissant la mèche avec la pommade de garou.
Quant au traitement fondant proprement dit , l’usage habituel de l’eau de Vichy, de l’iodure de potassium, des mercuriaux employés avec les ménagements nécessaires, nous y aurions moins de confiance que dans les moyens déplétifs et dérivatifs que nous venons d’analyser. Toutefois on y aura recours selon les circonstances spéciales qui pourraient se présenter.
Il est indispensable qu’on trace à ces malades une hygiène convenable. On les mettra à une diète végétale, au laitage; on leur fera manger beaucoup de fruits et de légumes ; on ne leur permettra pour boisson que de l'eau fraîche pure ou faiblement rougie, ou de l’eau de Vichy ; et tout en n’excluant pas complètement l’usage de la viande , on le restreindra cependant notablement. Il faut que ces malades évitent les liqueurs fortes et le vin pur. On leur conseillera d’éviter tout repas trop copieux. En un mot, on les mettra à un régime rafraîchissant et pas plus substantiel que cela n’est nécessaire pour entretenir la nutrition en bon état. Il faut que ces malades s’abstiennent , autant que possible , des plaisirs de l’amour ; et s’ils ne peuvent pas le faire complètement , il faut leur faire comprendre tous les dangers qu’il y aurait à en faire le moindre excès. Les bains tièdës, pas trop prolongés, sont permis , mais les bains froids ou trop chauds , ainsi que les bains de vapeur, sont interdits. On aura soin de surveiller ensuite le traitement symptomatique qui se fera d’après les règles générales de la thérapeutique. On combattra les douleurs névralgiques par des applications réfrigérantes , et , au besoin, par des vésicatoires volants. On prescrira dans ce but les antispasmodiques, le castoréum, le valérianate de zinc ou de quinine, la teinture de succin , la teinture éthérée de valériane , etc. On s’abstiendra , autant que possible, des narcotiques , et l’on n’aura recours à l’opium que dans les cas de douleurs excessives. Lorsque les malades ont des vomissements accompagnés de vertiges , on leur prescrira pendant ces accès l’immobilité dans la position horizontale ; on leur fera prendre à l’intérieur de laglace en quantité plus ou moins considérable ;on leur prescrira des boissons gazeuses, telles que 1 eau de Seltz factice ou l’eau de soude ; et si ces moyens échouaient contre 1 opiniâtreté de ces troubles digestifs , on pratiquerait une saignée , ou l’on appliquerait des sangsues aux apophyses mastoïdes. Quant aux troubles sensoriels, rien ne les soulage, et, par conséquent, il est inutile de leur opposer un traitement spécial.
En résumé, le médecin expérimenté est donc à même de soulager considérablement ces pauvres malades, lors même que leur guérison
CANCER DE LA MOELLE EPINIERE
:t impossible ; et dans cette circonstance, comme toujours , l’inac- :'jn , en thérapeutique , est l’apanage à la fois de la présomption de l’ignorance.
SECTION II
CANCER DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
Nous n’avons que peu de choses à dire sur cette maladie rare et rrt peu observée jusqu’à ce jour, et sur laquelle nous manquons à u près complètement d’expérience personnelle. Le court exposé e nous allons communiquer sera tiré des deux auteurs qui se nt occupés spécialement des maladies de la moelle épinière, fbercrombie et Ollivier (d’Angers). Nous avons pu ainsi réunir observations qui, à part celles de l’auteur anglais , appartiennent core , en majeure partie , à des auteurs divers , à Wolf, Collin , irdy, Serres et Guersant fils. La plupart de ces observations sont outre rapportées avec trop peu de détails pour permettre de tracer istoire complète de cette maladie.
§ Ier. Anatomie pathologique.
iLes tumeurs cancéreuses de là moelle épinière et de ses enve- >pes sont ordinairement de nature encéphaloïde , constituées par tissu mou, d’un jaune rosé, assez vasculaire, infiltré d’un suc ;tescent abondant. Le cancer dur et squirrheux ne s’y trouve 'exceptionnellement.
Quant au siège, aucune portion du rachis et de son contenu n’en exempte. C’est ainsi que nous avons déjà vu , en parlant du icer du système osseux, que la substance des vertèbres pouvait "venir le siège de dépôts cancéreux. Parmi les observations que as avons sous les yeux , nous trouvons une fois pour point de part de la tumeur carcinomateuse le tissu cellulaire qui entoure itérieurement la dure-mère. Le siège le plus fréquent paraît être rus les méninges. C’est ainsi qu'un de ces cancers méningiens avait
( juis une telle étendue , que tout en laissant à peu près intacte la 'elle épinière à laquelle il n’adhérait qu’à la superficie, il avait, in autre côté, fait disparaître les apophyses épineuses des vertèbres
I 'sales depuis la deuxième jusqu’à la huitième, et, en outre, les ophyses transverses correspondantes étaient plus ou moins proidément cariées. Dans un autre cas , le cancer avait pris son ori-
828 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX, gine entre les feuillets de l’arachnoïde spinale ; la moelle était ramollie dans toute son épaisseur au niveau de la deuxième vertèbre dorsale. On voyait de plus, le long du cervelet, des deux côtés, des plaques blanchâtres ; mais comme l’individu présentait en même temps des tubercules pulmonaires et delà suppuration dans plusieurs articulations , nous sommes à nous demander si ces deux plaques du cervelet n’étaient pas tuberculeuses. Dans un autre cas , une tumeur existait également entre les feuillets de l’arachnoïde, qui siégeait au niveau de la deuxième vertèbre dorsale , à la partie gauche et postérieure de la moelle ; sa forme était olivaire, et elle ne tenait que par quelques filaments au feuillet interne de l’arachnoïde, dans la cavité de laquelle elle était presque libre ; la portion de la moelle qui correspondait à la tumeur était réduite au tiers de son volume , et ramollie au-dessus ainsi qu’au-dessous. Dans un autre cas, un fongus hématode existait à la partie interne de la dure-mère, sur la partie antérieure et latérale , près du grand trou occipital. L’apophyse odontoïde était cariée et en partie détruite. Nous avons enfin 2 cas de ces 7 observations dans lesquels le siège de la maladie était dans la substance de la moelle elle-même. Dans l'un, qui appartient à Abercrombie , on trouve à l'autopsie une masse fongueuse analogue à la substance médullaire du cerveau qui prenait naissance de la moelle épinière, s’étendait de la troisième vertèbre lombaire jusqu’au coccyx; plusieurs vertèbres lombaires et dorsales étaient altérées par la carie. Dans un dernier cas enfin , qui appartient à M. Guersant fils, on trouve des masses encéphaloïdes dans la partie postérieure et inférieure du cervelet; elles descendaient dans le rachis en comprimant la moelle en haut et en arrière, de manière que les corps restiformes et olivaires étaient eux-mêmes altérés et comme transformés en matière cérébriforme. L’origine de la maladie, dans ce fait, pourrait plutôt être rapportée à la base du cerveau. Nous n avons , du reste , pas cité tous les exemples que nous trouvons dans divers auteurs. Mais nous croyons avoir suffisamment prouvé que ces tumeurs cancéreuses, ordinairement encéphaloïdes, pouvaient tirer leur origine du tissu cellulaire extra-méningien , des méninges et de la substance de la moelle ; cela n’a rien d étonnant , car on sait que le cancer peut naître partout où il y a du tissu cellulaire , et l’existence de celui qui cloisonne la substance de lu moelle n’est pas douteux pour les anatomistes modernes.
CANCER DE EA MOEf.l.K EPINIERE.
§ II. Pathologie.
Le début du cancer de la moelle épinière et de ses enveloppes ne diffère en rien de celui des maladies chroniques de cet organe en général. Des douleurs très variables pour leur intensité , leur siège et leur durée, se montrent en premier lieu dans les membres inférieurs ou dans les membres supérieurs si le siège de la maladie est dans le voisinage des vertèbres cervicales. Parmi les douleurs qui sont ainsi l’irradiation de l’affection principale, on observecelles qui se font sentir dans le bassin, dans l’abdomen, dans la poitrine, dans le cou, selon que la portion atteinte de la moelle est plus ou moins haut placée. A ces douleurs , qui appartiennent plutôt aux terminaisons des nerfs , viennent bientôt se joindre des sensations douloureuses dans la partie centrale occupée par le cancer naissant. Ces douleurs peuvent même de bonne heure atteindre un certain degré d'intensité. Lorsque leur siège est près de la tête, on observe en outre, au début, de la roideur du cou , et quelquefois un renversement de la tête en arrière. Tous ces signes, auxquels de bonne heure viennent se joindre des troubles de la motilité, n’ont rien de pathognomonique, et ce n’est que lorsque le mal a pris une certaine extension , que l’on peut être mis sur la voie de préciser sa véritable nature. Ici nous insistons , avant tout , sur les signes physiques. En explorant avec soin toute la région spinale , on trouvera bientôt une portion plus douloureuse à la pression que tout le reste , et celle-ci correspond alors ordinairement au siège précis du cancer. Bientôt une tuméfaction diffuse se manifeste, et l’on perçoit , entre les interstices des apophyses vertébrales, un tissu mou et fluctuant qui tend à se faire jour au dehors , et qui , à mesure que le cancer s’accroît, altère de plus en plus les parties I molles et osseuses qui opposent de la résistance à son développement. Si , dans la première période , quelques doutes ont pu exister sur l’existence d’une myélite ou d une carie vertébrale, le doute disparaît dès que la tumeur fait saillie sous les téguments. Ceux-ci sont d’abord sillonnés de veines dilatées ; ensuite ils adhèrent à la surface du produit accidentel, puis ils s’injectent, et peuvent même devenir le siège d’une ulcération superficielle. C est alors que le : champignon cancéreux pullule et donne lieu habituellement à une suppuration sanieuse,et fréquemment à des hémorrhagies. Si 1 usure des parois osseuses du rachis rapproche le cancer des méninges spinales des tumeurs perforantes des méninges cérébrales, la tendance à l’ulcération au contraire constitue une différence incontestable.
A ces signes locaux et exclusivement physiques viennent se joindre des troubles fonctionnels, qui ont surtout leur siège dans la sensibilité et la motilité. Des douleurs de plus en plus vives et constantes ont lieu sur le point malade, et s’irradient dans les membres dont les nerfs correspondent à la portion malade de la moelle. La plupart du temps ce sont les membres inférieurs. Ces douleurs ne sont pas constantes; elles surviennent souvent par accès ; la marche et les mouvements les augmentent ; on les observe aussi bien dans les membres déjà paralysés que dans ceux qui jouissent de leurs facultés motrices. Ce n’est qu’à une époque plus rapprochée de la fin, et même exceptionnellement, que cette disposition aux douleurs fait place à une insensibilité complète.
Quant aux troubles de la motilité, l’affaiblissement allant jusqu’à la paralysie est le symptôme le plus constant. La paralysie des membres inférieurs, la paraplégie, est plus fréquente que celle des bras. Les deux membres se paralysent tantôt à la fois, tantôt successivement. Nous savons que l’abolition des mouvements n’empêche pas les douleurs plus ou moins vives de s’y manifester; en outre , on observe quelquefois des convulsions dans les extrémités affaiblies, et parfois la roideur, une flexion forcée, de la contracture et même l’atrophie. Lorsque le siège de la maladie est très haut, on peut constater, en outre, l'impossibilité de mouvoir la tête; la paralysie des muscles de la nuque est accompagnée, dans ces cas, de douleurs occipitales. La déglutition est difficile en pareil cas, et s’accompagne d’un retentissement du mal sur les fonctions du nerf pneumogastrique qui se traduit par de l’enrouement et de la dyspnée.
A une période avancée de la maladie , la paralysie s’étend à la vessie et au rectum. Il y a d’abord constipation et difficulté d'uriner, et ensuite émission involontaire des matières fécales et des urines.
L’état général devient de plus en plus mauvais, et un dépérissement de plus en plus complet va quelquefois jusqu’aux dernières limites du marasme, auquel viennent se joindre toutes les souffrances du décubitus.
Nous n’avons point de données précises sur la durée de la maladie. Il nous a paru possible de la déterminer dans deux observations seulement. Elle a été une fois de deux ans et demi et une fois de six mois. Parmi les causes présumées, nous trouvons plusieurs fois notée une chute sur le dos. On sait à quoi s’en tenir sur la valeur de cette cause dans la plupart des observations ; car si , d’un côté , il ne répugne pas à l’esprit d’admettre qu’une chute puisse, chez un in<h"
CANCER DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 831
ividu prédisposé , localiser le cancer sur la partie conluse , il n’est oas moins vrai qu’il n’existe guère de faits dans lesquels cette causalité soit bien nettement démontrée.
Le sexe a été noté dans les 7 cas. Sur ce nombre il y a eu il hommes et 3 femmes, différence insignifiante.
L’âge noté chez 6 malades a été de 10, II, 14, 21, 22 et 52 ans: kainsi 5 fois sur 6, entre 10 et 22, avec un âge moyen de 21 ans et 2/3. Ue fait est tellement exceptionnel, par rapport à ce que nous savons >;ur l’âge de prédilection du cancer, qu’il faut évidemment des faits nouveaux et bien observés pour voir jusqu’à quel point cette prédiection du cancer de la moelle pour le jeune âge est véritablement a règle, et ce n’est qu’avec méfiance que nous communiquons nousiinême ce résultat.
Le pronostic de cette maladie ne peut pas être bon. Le cancer par tui-même entraîne, nous le savons , la perte de presque tous les inividus qui en sont atteints, et, localisé sur un organe aussi important q [ue l’est la moelle épinière, il devient par cela même plus fâcheux ::ncore. Une marche initiale rapide, l’extension considérable de la umeur et le siège du mal près de la portion postérieure et inférieure l e la tête, sont autant de circonstances aggravantes.
Que dire à présent du traitement ? Aucun secours chirurgical n’est ossible, aucun moyen curatif n’existe , et il ne reste , par conséuent, d’autre ressource que de soulager ces pauvres malades le lieux qu’on peut par le traitement palliatif souvent indiqué dans le' i ourant de cet ouvrage.
Nous terminons ici ce que nous avions à dire sur le cancer des entres nerveux. Nous ne consacrons pas un article spécial à celui des erfs, qui ordinairement ne sont entraînés que secondairement dans affection carcinomateuse , à l’exception peut-être du nerf optique , auvent primitivement malade dans le cancer de l’œil , à l’occasion uquel nous aurons bientôt occasion d’en parler avec détail. Nous ouvons donc passer au résumé de ce chapitre.
RÉSUMÉ
1° Les tumeurs de la boîte osseuse du crâne tirent de préfémce leur origine du péricrâne ou du diploé , et la plupart de celles ai ont perforé toute l'épaisseur de la boîte crânienne proviennent î l’intérieur du crâne. Les os le plus fréquemment perforés sont : i s pariétaux, l’os ethmoïdal, l'os temporal, la région fronto-parié-
832 CANCER ET TUMKl'RS NON CANCÉItEDSBS DES CENTRES NERVEUX.
taie, et l’os coronal. Dans un seul cas , une tumeur faisait saillie à travers le trou occipital. Sur d8 cas de ce genre , 7 fois la tumeur tirait son origine des méninges , 5 fois des os seuls, 4 fois des os et des méninges, 1 fois des os et du cerveau, et 1 fois du cerveau seul,
2° Les tumeurs crâniennes et intra-crâniennes , envisagées dans leur ensemble, peuvent provenir de toutes les parties du cerveau et de ses enveloppes tant dures que membraneuses. La base du cerveau est un des points de prédilection , et nous y avons rencontré les 5/12c* de toutes ces tumeurs. Chez 15 sujets, nous avons noté des tumeurs multiples.
3° On a pris à tort la plupart des tumeurs solides de ces régions pour des tumeurs cancéreuses. D’après nos recherches , celles-ci ne s’y rencontrent pas plus fréquemment que les tumeurs fibro-plastiques. C’est à cette dernière catégorie qu'appartiennent la plupart des tumeurs uniques qui proviennent des méninges de la base.
4° Le cancer dans ces organes affecte le plus souvent la forme encéphaloïde, mou, vasculaire, parfois hématode ou hémorrhagique; on y rencontre plus rarement le squirrhe , mais plus volontiers les tumeurs intermédiaires. On y observe des tumeurs distinctes ou des plaques diffuses, les unes et les autres souvent multiples. Dans le voisinage de la protubérance , elles n’atteignent pas de grandes dimensions ; mais sur les parties convexes du cerveau , elles peuvent atteindre le volume du poing d'un adulte, et au delà.
5° Les éléments microscopiques du cancer y sont généralement fort bien caractérisés ; cellules à grands noyaux , noyaux à grands nucléoles brillants , cellules mères, infiltration granuleuse et graisseuse des cellules. Dans un seul cas elles étaient très petites, quoique bien caractérisées par le volume des nucléoles. Dans un cas de cancer hémorrhagique, nous avons constaté l’existence d’éléments hématiques, globuleux et cristallins. Nous y avons vu aussi plusieurs fois le tissu phymatoïde. M. Durand -Fardel y a signalé et nous y avons constaté dernièrement l’existence d’un tissu particulier de couleur vert-pomme.
6° Les tumeurs fibro-pl astiques intra-crâniennes proviennent des diverses méninges , tantôt de la dure-mère , tantôt de l'arachnoïde , quelquefois de la pie-mère. Elles n’entrent guère en connexion avec les parties voisines. Leur siège de prédilection est la base. Leur volume varie entre celui d’une noisette et d’une noix. Leur surface est lisse et mamelonnée. Sur une coupe fraîche, on constate des teintes jaunâtres tirant quelquefois sur le vert , des teintes d’un rouge plus
RESUME
ou moins vif, et toujours l'absence d’un suc trouble et lactescent. Le microscope y fait voir des éléments fibro-plastigues. La teinte jaune Verdâtre est due à une infiltration graisseuse particulière.
7° La substance cérébrale autour des tumeurs est ou intacte , ou creusée en forme de cavité incomplète , et elle subit fréquemment le ramollissement rouge inflammatoire ou pâle et gélatini forme. Line hydropisie ventriculaire ou méningienne en est la conséquence fréquente. Les parties trop résistantes pour garder l’empreinte des tumeurs sont quelquefois déviées de leur position normale. Il n’est pas rare de rencontrer des épanchements apoplectiques près des tumeurs ou ailleurs. Une méningite simple ou purulente se manifeste volontiers vers la fin.
8° Les nerfs cérébraux sont souvent comprimés, aplatis, atrophiés, leurs fibres éparpillées ; d’autres fois ils subissent des altérations inflammatoires. Tous les nerfs cérébraux peuvent être le siège de ces diverses altérations ; mais les plus fréquemment atteints sont ceux des trois premières , de la cinquième et de la huitième paire. Plusieurs de ces nerfs peuvent être à la fois comprimés et altérés. Ce sont encore les paires que nous venons d’énumérer qui présentent le plus souvent cette complication. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’un plus grand nombre est atteint à la fois.
9° Les tumeurs fibro-plastiques ne se généralisent jamais. Le cancer, au contraire, s’est généralisé dans un tiers des cas (16 fois sur 48) 5 3 fois sur ces 16 cas le cancer cérébral était secondaire, dans le premier cas à un cancer du sein , à un cancer du pylore dans le second , et à un cancer de la matrice dans le troisième. Parmi les 13 autres cas , 5 fois le cerveau a été le siège d’un cancer unique, avec des tumeurs secondaires multiples dans d’autres organes ; 3 fois le cerveau seul était le siège de tumeurs nombreuses, et dans les autres cas il y avait à la fois des tumeurs multiples dans le cerveau et dans d’autres organes secondairement atteints.
10“ Nous arrivons aux symptômes. Le début s’est le plus généralement caractérisé par une céphalalgie plus ou moins vive , continue et plus forte par accès, ou par un commencement d’affaiblissement d’un côté du corps, s’accompagnant quelquefois de convulsions.
, Les troubles sensoriels multiples n’ont marqué qu’une seule fois le début. La combinaison des troubles de la sensibilité et de la motilité , les derniers ne survenant que lentement, caractérisent volontiers le début lorsque le mal siège dans les parties supérieures de la masse encéphalique, tandis que s’d y a en même temps des troubles
g34 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX.
sensoriels , on peut pur cela même présumer que le siège de la maladie est à la base. Les troubles de l’intelligence , les nausées et les vomissements sont plus rares au début. Les troubles sensoriels unilatéraux font supposer que la tumeur est du même côté , tandis que l’hémiplégie la fait présumer du côté opposé.
11 o Chez 1/9° de nos malades, nous avons noté des troubles de la digestion, surtout des vomissements, indépendants des repas, évidemment sous l’influence de la maladie de l’encéphale. Les selles et les urines deviennent involontaires à la fin, lorsque la paralysie atteint son plus haut degré. Le pouls reste ordinairement normal. Il est très lent quelquefois ; nous l’avons vu descendre jusqu’à 40 pulsations par minute. La méningite terminale l’accélère au contraire notablement. La respiration a été chez 5 malades, haute, bruyante et accélérée , sans lésion des voies respiratoires. Les tumeurs dans ces cas siégeaient à la base près de la protubérance. Le dépérissement était surtout prononcé chez les malades atteints de cancer cérébral. La mort était souvent précédée des symptômes d’une méningite terminale : 6 malades ont succombé brusquement dans des accès convulsifs ou apoplectiformes.
12° La céphalalgie a existé dans les deux tiers des cas, et dans un sixième seulement , d’un seul côté. Le plus souvent générale , elle peut devenir de plus en plus intense, et constituer, en outre, de vrais paroxysmes accompagnés de vomissements et des signes delà migraine. Les douleurs sont fréquentes aussi dans les membres paralysés. L’insensibilité n’arrive ordinairement qu’à une période avancée ; des vertiges, simples ou épileptiformes, s’observent chez un certain nombre de malades. La corrélation directe entre le siège précis de la céphalalgie et celui de la tumeur est l’exception , mais non la règle.
13° Les troubles sensoriels ont existé dans les 2/5c* des cas, et à peu près constamment dans les tumeurs de la base. La vue était le plus souvent troublée. Viennent ensuite, par ordre de fréquence , l’ouïe et l'odorat; assez souvent plusieurs sens sont altérés à la fois. Les troubles de la vue allaient , chez 20 malades, jusqu’à une cécité complète , précédée parfois d’hyperesthésie. On observe, lorsque la cinquième paire est malade, une ophthalmie avec destruction de la vision , en tout semblable à celle que l’on produit sur les animaux auxquels on fait la section intra-crânienne de la cinquième paire. La paralysie de la paupière supérieure, avec strabisme en dehors , a existé chez plusieurs malades, par suite d’une altération
RÉSUMÉ. 835
de la troisième paire. Les troubles de l’ouïe se terminent ordinairement par la surdité ; mais parfois on observe une surexcitation de ces fonctions, accompagnée de douleurs.
14° Les troubles de la motilité consistent dans un affaiblissement d’une partie du corps allant jusqu’à la paralysie, ou dans l’existence de spasmes et de convulsions. Ces divers troubles ont existé 63 fois sur 90 , dans plus des 2/3 des cas. La paralysie est cependant plus fréquente que les convulsions ; elles existent souvent ensemble. La paralysie, précédée de faiblesse et d’engourdissement, est ordinairement graduelle et unilatérale, quelquefois oscillante, c’est-à-dire, offrant des variations d’intensité. Des douleurs vives la précèdent ou l’accompagnent dans un certain nombre de cas. Les convulsions ont tout aussi bien lieu dans les membres paralysés que dans les membres sains. La paralysie plus générale a ordinairement débuté par l’hémiplégie ; la paraplégie, ainsique la paralysie d’un seul membre, est plus rare. La paralysie qui dépend de l’altération des nerfs cérébraux existe ordinairement du même côté que la lésion, tandis que l’inverse a lieu pour l’hémiplégie où la paralysie croisée test la règle. Cela est d’autant plus vrai que le siège de la tumeur est plus rapproché de la surface du cerveau. Les paralysies brusques ne s’observent que par suite d’une apoplexie accidentelle. Voici la proportion par rapport à l’action croisée. La paralysie était [franchement croisée dans la moitié des cas ; elle était d’abord croisée et ensuite générale dans les 2/7®s; la paraplégie a existé dans 1/16® des cas, et l’action non croisée, les troubles sensoriels exceptés , n’a existé que chez 1/8® des sujets.
15° Les convulsions ont été signalées dans un tiers de nos observations , sous forme de mouvements involontaires, soubresauts, sek musses , accès épileptiformes d’abord partiels, ensuite plus généraux ; d’abord rares, puis plus fréquents, cessant parfois pendant es derniers temps. Une hémiplégie momentanée leur succédait plusieurs fois. La position assise les excitait chez un malade.
16“ L’intelligence a été troublée également chez près d’un tiers les malades, mais 3 fois d’une manière presque insignifiante. Chez 1 autres malades , les facultés intellectuelles étaient affaiblies et ion troublées; chez 11 ces troubles étaient plus marqués , caracérisés surtout par la perte de la mémoire; chez 12, enfin, l’in elligence était troublée au plus haut degré. Le délire et le coma e surviennent ordinairement que pendant les derniers temps. Au lieu de l’assoupissement , noté chez 20 malades, il y avait au
contraire, chez 5 autres, une grande agitation jusqu'à la fin,
17“ Les tumeurs qui font saillie au dehors se révèlent surtout par des signes physiques. A travers les téguments ordinairement intacts, on constate une tumeur molle, inégale et bosselée. On perçoit une crépitation particulière résultant de la disjonction des os. Des battements artériels et une fluctuation apparente sont perçus dans ce tissu encéphaloïde comme dans celui des diverses autres régions du corps. L’expansion cérébrale communiquée à la tumeur pendant l’expiration est un signe important. Mais il manque lorsqu’une tumeur semblable existe en dedans de la perforation. 11 en est de même de la réductibilité. La réduction complète donne lieu à des accidents passagers , tandis qu’une réduction incomplète paraît quelquefois soulager les malades. L’existence d’un rebord osseux appréciable appartient aussi bien aux tumeurs perforantes du diploé qu’à celles des méninges. Des polypes cancéreux des fosses nasales doivent attirer l'attention sur la possibilité d’une tumeur de la base qui aurait perforé l’os ethmoïdal . Les symptômes physiologiques sont moins prononcés pour les tumeurs perforantes , la céphalalgie exceptée. En thèse générale, les signes physiques empruntent leur valeur pathognomonique à la combinaison de plusieurs d’entre eux.
18° Si nous résumons à présent la corrélation qui existe entre les symptômes et les lésions, nous tombons d’abord sur 4 cas dans lesquels il y a eu absence complète de tout symptômé, et sur 4 autres où la tumeur perforante constituait la seule manifestation de la maladie. Chez 13 malades (l/7e à peu près), la tumeur siégeait à la convexité. Le symptôme prédominant était une hémiplégie croisée et graduelle , accompagnée de crampes et de convulsions partielles , et une céphalalgie plus ou moins intense. Les troubles de l’intelligence n’y étaient que sur le second plan , et manquaient souvent. Toutes les fonctions sensorielles étaient intègres.
19° La tumeur siégeait 10 fois (1/9C des cas) dans les parties profondes de l’encéphale. La motilité y était profondément altérée. Les troubles de la sensibilité étaient un peu moins fréquents que pour les tumeurs de la convexité. Ceux de l’intelligence l’étaient un peu plus; nous commençons à y constater des troubles rares des sens et de la digestion. Les tumeurs de la faux cérébrale se distinguent par une tendance à une généralisation de la paralysie, qui s’explique par la compression bilatérale. Les sens restent intacts. Du reste , hs tumeurs de la faux n’occupent qu’un trentième de nos observations.
20° Les tumeurs du cervelet tiennent, pour la symptomatologie)
RÉSUMÉ. 837
le milieu entre celles de la base et celles du reste de la masse encéphalique. Nous n’en possédons que 5 observations. Des troubles de la motilité , une céphalalgie occipitale , quelques troubles sensoriels , peuvent quelquefois faire reconnaître cette localisation. Toutefois il n’y a là rien de pathognomonique pour le cervelet.
21° Les tumeurs de la base du cerveau constituent le groupe le ; plus intéressant par rapport à la corrélation des lésions et des symptômes. Leur nombre est de 35, plus d’un tiers de la totalité de nos observations. La combinaison des troubles de la sensibilité, delà motilité et des sens y est fréquente, existant dans près des 4/5e" des icas ; tandis que dans les 2/5cs seulement, l’intelligence a été troublée, et dans ]/6e environ les vomissements se sont joints à ces divers symptômes. La grande fréquence de troubles sensoriels intenses et variés caractérise ce groupe. La multiplicité des troubles y æst plus grande que partout ailleurs.
22° Les tumeurs de la partie antérieure de la base, observées 'S fois, montrent surtout des troubles de la sensibilité et des sens. La ( il motilité y est moins constamment troublée , et l’intelligence bien i moins encore. Les fonctions sensorielles altérées appartiennent surl’ ttout à la première et à la deuxième paire. La troisième reste ordinairement intacte. Les tumeurs de la région pituitaire, au nombre de 7, -'s’accompagnent , en outre , de troubles digestifs , et quelquefois | d’altérations fonctionnelles de la troisième paire. Une extrême indo- 1 ence, allant jusqu’à l’apathie complète, a été quelquefois notée dans I ;es cas. •
23° Les tumeurs de la protubérance, au nombre de 9 , ont pour symptôme à peu près constant une altération profonde et étendue de la motilité , qui , plus que pour toutes les autres localisations , tend à devenir générale; puis viennent, par rapport à la fréquence des symptômes , les troubles de la sensibilité (5 fois), des •sens (4 fois), de l’intelligence (2 fois), de la digestion (1 fois). L’héimiplégie a été ordinairement croisée ; puis la paralysie est devenue ; plus générale , s’accompagnant de roideur, de secousses et de convulsions partielles plus ou moins générales. Les altérations fonctionnelles de la cinquième paire se manifestent de plus en plus, à mesure qu’on procède d’avant en arrière dans les tumeurs de la base. Les troubles de la vue sont fréquents, ainsi que l’hyperesthésie et, plus tard , l’anesthésie paralytique de la face. La céphalalgie est quelquefois occipitale et unilatérale , le plus souvent générale. C’est dans ces cas aussi que nous avons observé une respiration haute, bruyante
et accélérée, sans altération physique des poumons. Les tumeurs de la base , qui occupent une plus grande étendue que celle des régions que nous venons d’analyser, se rapprochent , en général, dans leurs symptômes, de celles du voisinage de la protubérance. Elles sont en tout au nombre de 13.
24° Les tumeurs cérébrales uniques accompagnées d’une autre altération sur un autre point, au nombre de 5, ainsi que les tumeurs multiples de l’encéphale , au nombre de 15 , ne permettent pas de porter pendant la vie un jugement sur le siège qu elles occupent. On peut le soupçonner quelquefois par les troubles variés et multiples qui ne correspondent d’une manière précise aux signes d’aucun des groupes analysés.
25° La durée moyenne des tumeurs cérébrales oscille entre
I an 1/2 et 2 ans. Elle a été de 17 mois et7/ll" pour les tumeurs cancéreuses et de 23 mois et 2/3 pour les tumeurs non cancéreuses. Le minimum de durée a été de 3 mois ; le maximum de 5 ans. La rapidité ou la lenteur de la marche initiale, l’unité ou la multiplicité des troubles fonctionnels, peuvent faire prévoir la marche de la maladie. En thèse générale, tous les troubles fonctionnels sont d’abord légers et passagers, et par la suite plus intenses et plus permanents.
II faut distinguer les troubles essentiels et les symptômes passagers, consécutifs à des congestions momentanées dans les tumeurs ou autour d'elles : tels sont , par exemple , les accès de douleurs , de convulsions , d’apoplexie, de vertiges et de vomissements. L'encéphale peut, du reste, dans quelques cas , s’habituer à la présence de ces tumeurs, et alors il y a absence de tout trouble fonctionnel.
26° Les tumeurs paraissent d’un quart plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes. Sur 89 cas , il y a eu 51 hommes et 38 femmes. Elles surviennent en général à un âge moins avancé que les tumeurs cancéreuses des autres régions. Un cinquième des cas s’est rencontré avant l’âge de 30 ans, et plus de la moitié avant l’âge de 45. Il n’y a pas eu , sous ce rapport , de grande différence entre les tumeurs cancéreuses et les tumeurs fibro-plastiques de l’encéphale. L’âge moyen a été de 44 ans et 1/22' pour les tumeurs cancéreuses, et de 44 ans et 1/13* pour la totalité de ces tumeurs.
27° Le pronostic est généralement mauvais. Ce n’est qu’exceptionnellement que la tumeur peut exister sans grands troubles , et ceux-ci sont moins prononcés pour les tumeurs perforantes que pour les tumeurs intra-crâniennes. Le cancer est plus fâcheux que la production fibro-plastique. Cependant le cancer secondaire du cerveau
RESUAIË.
tue rarement par le cerveau. Les tumeurs de la base sont généralement plus graves que celles de la convexité. Celles qui ont leur siège dans la protubérance offrent le pronostic le plus fâcheux. Des accès coni vulsifs , violents, ainsi que des attaques répétées d’apoplexie, doi- ’vent faire craindre la terminaison par une mort subite.
28° Le traitement ne peut être que palliatif ; l’opération du fongus de la dure-mère n’a fourni que des résultats désastreux. Au moyen d’émissions sanguines , générales ou locales , modérées , on combattra la disposition aux congestions cérébrales , ainsi que les accidents qui en résultent. C’est dans ce même but que l’on peut faire usage des réfrigérants appliqués sur la tête, des bains de pieds nitro-muriatiques , des purgatifs et des exutoires, moxas ou sétons, appliqués à la nuque. Les fondants proprement dits présentent bien moins d’avantages. Le régime doit être rafraîchissant et pas trop substantiel. Le traitement symptomatique se bornera à calmer les douleurs par les antispasmodiques et les narcotiques d’une action douce , les vomissements par les eaux gazeuses et la glace, etc.
29° Le cancer de la moelle épinière est beaucoup plus rare que (celui du cerveau. On y observe surtout la forme encéphaloïde. 11 peut iprrtidre son origine dans la moelle, mais le plus souvent dans les ! méninges rachidiennes, et même dans le tissu cellulaire du rachis. Le début de la maladie se caractérise ordinairement par des douleurs variées du tronc et des membres , et par une douleur fixe dans quelques points de la colonne vertébrale.
30° Dans la maladie confirmée, on constate, en outre, l’existence d’une tumeur rachidienne qui tend continuellement à s’accroître , à détruire les portions osseuses qui l’entourent et à ulcérer les téguiments. Les douleurs deviennent de plus en plus vives ; la paralysie survient dans les membres , souvent sous forme de paraplégie, et gagne pendant les derniers temps la vessie et le rectum , >et même les voies respiratoires. L’insensibilité ne survient ordinairement qu’à la fin. On observe, en outre des convulsions, de la roideur, de la contracture, de l’atrophie, dans les membres paralysés. Des douleurs occipitales, accompagnées de dysphagie et de dyspnée, s’observent lorsque le siège du cancer est près de la tête. Le dépérissement est de plus en plus complet pendant la dernière période de la vie. Le pronostic de cette maladie est constamment mauvais et le traitement ne peut être que palliatif.