‹ Traité pratique des maladies cancéreusesChapitre 68 sur 77 · A . CANCER DES REINS · texte numérisé non relu

A . CANCER DES REINS

1° Anatomie. Le cancer primitif des reins prend ordinairement son point de départ dans un seul de ces deux organes, plus fréquemment dans le droit que dans le gauche, et l’autre rein ne devient secondairement malade qu’après une certaine durée de la maladie. Quant au siège anatomique du dépôt cancéreux , le plus fréquent sans contredit,c’est la substance corticale, et c’est de làqu’en augmentant, les tumeurs s’étendent d'un côté vers la surface et atteignent souvent les i capsules surrénales; tandis que d’un autre côté le produit morbide 1 s’infiltre entre la substance tubuleuse et atteint ainsi jusqu’au bassinet. La surface externe devient de cette façon inégale et bosselée.

■ On a cru que ces bosselures correspondaient à la disposition lobée des reins. 11 n'en est rien cependant , car ces bosselures offrent ordi- , nairement de l'irrégularité et n’occupent souvent qu’une portion de la substance rénale. Lorsque la maladie a lait de grands progiès, on

M) Traité des maladies des reins .

rencontre bien quelques petites tumeurs cancéreuses, plus loin dans le tissu sous-muqueux des calices et du bassinet , mais celles-ci sont toujours d’un petit volume ; tandis qu’au contraire la substance cancéreuse déposée dans le tissu propre du rein peut acquérir des dimensions considérables, car ce n’est qu exceptionnellement que le cancer rénal primitif avancé offre une tumeur peu volumineuse. Le plus ordinairement il double et triple le volume de l’organe, et dans un tiers de nos observations nous trouvons le rein cancéreux occupant tout l’espace compris entre la crête iliaque et les dernières côtes , depuis la proximité des vertèbres jusqu’à la partie antérieure du flanc. Aussi n’est-ce pas un fait exceptionnel de lui voir atteindre le poids d’un kilogramme et au delà.

Quant à la nature du tissu, l’encéphaloïde est la forme à peu près constante. Deux fois seulement nous l’avons rencontré d’une consistance plus ferme, se rapprochant decelledu squirrhe ; 1 fois lateinte mélanique existait dans quelques portions delà tumeur encéphaloïde. Le cancer des reins a une tendance prononcée à un grand développement vasculaire et à des épanchements sanguins abondants. Sans tenir compte des épanchements d'une petite dimension, nous avons constaté 4 fois la forme hémorrhagique du cancer de la glande rénale. Aussi les grandes dimensions et le poids considérable du rein cancéreux tiennent-ils tout autant à ce sang épanché qu’au développement exubérant du tissu encéphaloïde lui-même.

L’irradiation du cancer a lieu vers les parties qui l'entourent. C’est ainsi que la matière cancéreuse s’est propagée, dans plusieurs de nos observations, aux veines rénales ; dans une, entre autres, elle avait envahi dans une grande étendue la veine cave ascendante. Dans d’autres circonstances le rein conserve des adhérences avec la partie concave du foie, qui de proche en proche s’infiltre de matière cancéreuse. D’autres fois la tumeur cancéreuse adhère aux intestins et finit par perforer le duodénum ou le cæcum. M. Rayer cite des exemples de cette lésion , et M. Hérard nous en a montré dernièrement une préparation à la Société anatomique.

La généralisation du cancer a eu lieu, pour les 12 observations que nous analysons, 7 fois sur 12. Dans les 5 autres, le cancer rénal était unique. L’infection a surtout lieu dans les organes abdominaux et thoraciques. Voici en quelques mots les organes atteints dans ces 7 cas : l°foie, rate, mésentère, ganglions prévertébraux; 2° cœur, plèvres, foie, ganglions mésentériques et abdominaux; 3° poumons et foie ; 4° poumons , cœur , mésentère , ganglions

qui entourent la veine cave et l'aorte , première vertèbre lombaire; 5° foie et poumons ; 6° poumons, veine cave et mésentère ; 7° foie , poumons et huitième côte. Ainsi le foie, le mésentère, les ganglions abdominaux et les poumons, sont le plus fréquemment atteints, et le système osseux l’a été en tout 2 fois sur sept.

Les altérations secondaires non cancéreuses que l’on constate quelquefois sont l’état inflammatoire de la substance rénale autour des dépôts cancéreux , l’inflammation de la muqueuse du bassinet, la péritonite avec des épanchements séreux ou purulents, l’entérite.

Nous notons enfin dans 2 autopsies la coexistence accidentelle de la cirrhose du foie dans l’un des cas, et d’une hypertrophie du cœur dans un autre.

2° Pathologie. Avant d’aborder les symptômes qui caractérisent le cancer rénal idiopathique , il nous faut insister sur le fait que plusieurs ou même la plupart des symptômes caractéristiques peuvent manquer. Nous admettons, en un mot, avec MM. Rayer et Walshe, la forme véritablement latente du cancer rénal. Ceci posé, nous allons analyser les symptômes que l’on observe dans les cas non latents.

Au début, des douleurs abdominales vagues attirent d’abord l’attention sur cette cavité. Bientôt cette douleur se fixe davantage et occupe plus particulièrement la région rénale proprement dite , et plus souvent celle du côté droit que l’autre. Ces douleurs s’étendent souvent vers l’hypochondre droit et peuvent atteindre l’épigastre. Elles sont tantôt sourdes, tantôt plus vives et lancinantes. Lorsqu’on explore avec soin l’abdomen , les flancs et la région vertébrale qui correspond aux reins, on découvre, après quelque temps de durée des douleurs , une tumeur occupant la région du rein. Mais le plus ordinairement on ne trouve cette tumeur que lorsqu’elle a déjà pris un assez grand accroissement, et c’est dans le flanc surtout, dans ll’espace qui sépare les fausses côtes de la fosse iliaque, qu’il faut chercher avec le plus de soin, et qu'on découvre le plus aisément le irein cancéreux. Ordinairement la tumeur ne présente qu’une,masse i molle, fluctuante, bosselée, qui, une fois qu’elle est volumineuse, va se perdre en haut près du foie, si le siège du cancer est à droite. Cependant on parvient presque toujours à distinguer la tumeur rénale d’une tumeur hépatique, vu qu’en explorant avec soin, on trouve un espace ibre entre la limite supérieure du rein malade, l’hypochondre et les i fausses côtes, espace non occupé par une masse solide, à moins que ce mal ne soit propagé au foie. En outre, la percussion fait toujours [î découvrir lasonorité dans un espace assez notable entre l’hypochondre,

l’ombilic et le flanc, ce qui n’est pas le cas lorsque le foie a subi un engorgement notable. Lorsque les deux reins sont devenus successivementmalades, on peut constater l’existence d’une tumeur de chaque côté. Les urines restent rarement naturelles jusqu’à la fin et seulement dans l’état franchement latent. Ordinairement elles sont de bonne heure troubles , sédimenteuses , mais elles ne deviennent caractéristiques qu’à une période avancée de la maladie.

Il y a un symptôme qui a alors une grande valeur lorsqu’il coïncide avec l’existence d’une tumeur rénale, c’est l’hématurie, qui dans quelques cas ne survient que de loin en loin, tandis que dans d’autres elle est fréquente, quelquefois très abondante. Et comme une partie du sang se coagule dans la vessie, elle donne lieu à une émission difficile des urines et quelquefois à une véritable rétention. Une fois que la maladie est arrivée à ce point, les urines deviennent habituellement fétides, offrent volontiers un dépôt purulent , et leur émission est difficile. L’hémorrhagie rénale peut devenir si abondante, que dans un cas nous avons noté l’émission de sang pur. Ces symptômes du côté des urines sont les plus fâcheux de tous, parce que d’un côté ils démontrent un état avancé de la maladie , et d’un autre côté ils nécessitent un cathétérisme fréquent qui peut irriter la vessie sans pouvoir souvent triompher des amas de sang que renferme cet organe.

Dans la seconde période de la maladie, lorsque les douleurs et l’altération des urines dénotent la maladie confirmée, les fonctions digestives se troublent, l’appétit diminue, la digestion devient laborieuse, et chez plusieurs malades on voit survenir la diarrhée. Bientôt les membres inférieurs s’infiltrent , et l’on ne tarde pas à constater la fluctuation de l’ascite , sans compter les symptômes de péritonite qui se manifestent. La fièvre, lorsqu’elle existe, tient plutôt à des inflammations secondaires. On observe parfois des frissons intermittents. L’état général s’altère constamment, les malades maigrissent , ils perdent les forces et l’embonpoint , leur teint prend 1 aspect jaunâtre qui caractérise les affections cancéreuses avancées , et la mort ne tarde pas à survenir après un degré avancé de marasme.

La marche de ce cancer est assez rapide. Nous ne trouvons malheureusement dans nos observations que des données fort peu complètes sur la durée totale de la maladie. Walshe (1) l'a déterminée d après 6 observations dans lesquelles il l’a trouvée de 8 mois seu-

(I) Op. rit., p. 1 84.

CA.NCEtl DBS VOIES UlUNAIKES.

leiaent en moyenne , ce qui concorde parfaitement avec nos observations , tout incomplètes qu’elles sont. C’est donc un des cancers à marche rapide.

Le cancer des reins paraît plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Sur 11 cas, nous en trouvons 7 chez l’homme et 4 chez la femme. Par rapport à l’âge, cette maladie nous paraît plus spécialement appartenir à la seconde partie de la vie , à part un seul cas cité par M. Rayer, dans lequel le cancer du rein a été observé chez un enfant de 1 an et 5 mois ; 8 autres cas , dans lesquels nous avons noté l’âge, se trouvaient après 40 ans. L’âge moyen a été de 59 ans. Voici le tableau de l’âge :

De 1 an 5 mois , 1

De 40 à 45 ans 1

De 45 à 50 ans 2

De 55 à 60 ans 2

De 60 à 65 ans 1

De 70 à 75 ans 1

De 76 à 80 ans 1

Total. . 9

Nous ne savons rien sur les véritables causes de la maladie. Nous avons pu seulement constater la nullité de l'influence des violences externes et la nullité de la dégénération; c’est-à-dire , nous avons pu nous convaincre qu’aucune autre maladie des voies urinaires ne devenait par elle-même le point de départ de l’affection carcinomateuse. Nous avons parcouru plusieurs observations dans lesquelles on avait indiqué des calculs rénaux comme cause du cancer. L’existence du calcul, dans ces cas, était incontestable, mais le cancer n’existait point, et l’on avait pris les produits d’une phlegmasie chronique avec infiltration purulente pour le produit d’une dégénération.

3° Traitement . Le traitement de cette maladie est si bien indiqué dans l’ouvrage de M. Rayer (1), que nous n’aurions rien à y ajouter ; nous allons transcrire ici le passage qui s’y rapporte :

<• Le cancer des reins, qu’il soit simple ou compliqué de lésions cancéreuses d’autres organes , est un mal incurable. Toutetois on prolongera l’existence des malades en les plaçant dans des conditions hygiéniques favorables , par une nourriture succulente et par

(1) Truité des maladies des reins . Paris, 1843, t. III , p. 682 à 684.

CANCER MS YultS URINAIRES.

l'usage d'un vin généreux. Leratanbia et les préparations ferrugineuses (limaille de 1er, lactate et sous-carbonate de fer), employés sous diverses formes , ralentiront quelque temps les progrès de la cachexie cancéreuse, et de l’hydropisie qu’amènent inévitablement les longues souffrances et les hématuries habituelles , inséparables de cette dégénérescence parvenue à son dernier terme.

•• On s’abstiendra d’émissions sanguines locales ou générales , même aux premiers indices de la maladie, hors les cas d’hématurie avec fièvre , de péritonite partielle et douloureuse autour de la tumeur formée par le rein dégénéré. On n’y aura même recours qu’après avoir inutilement essayé des bains et des topiques émollients et narcotiques.

» Quant aux douleurs occasionnées par le passage de caillots fibrineux, soit de l’uretère dans la vessie , soit de la vessie à travers le canal de l’urètre, elles ne cessent qu’après l’expulsion des caillots ou après le rétablissement du cours de l’urine, qui peut être favorisé par une ingestion abondante de boissons rafraîchissantes, telle que l’eau de lin, l’eau minérale de Contrexeville, etc. Il est inutile d’ajouter que l’application de la glace aux lombes peut être utile si le rein cancéreux fournit beaucoup de sang. L’accumulation des caillots dans la vessie, ou l’occlusion de son col, peut rendre le cathétérisme et des injections nécessaires.

•> Les cautères, les moxas, que plusieurs praticiens font appliquer à la peau des lombes dans les cas de dégénérescence cancéreuse des reins , sont des remèdes impuissants contre le mal local et contre la diathèse qui le produit. Pour mon compte, j’ai depuis longtemps renoncé à ces remèdes , plus nuisibles qu’utiles , qui fatiguent les malades en nuisant quelquefois à leur sommeil , ou qui, en s’opposant à certaines attitudes , rendent le coucher ou les mouvements du tronc plus pénibles et plus douloureux.

» Les préparations de ciguë , trop vantées contre les affections cancéreuses, ont aussi de graves inconvénients ; elles nuisent , en pure perte, aux fonctions de l’estomac. Le principal remède, le seul vraiment utile , c’est l’opium. La longueur de la durée de la maladie oblige souvent à employer successivement la plupart des préparations opiacées les plus usitées , soit en lavement, soit à l’aide de la méthode endermique.

» Enfin, il faut éloigner du malade la pensée d’un mal incurable, en lui faisant prendre des remèdes insignifiants, dont l’action sera annoncée comme devant être très lente. •*

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